Speaker #0Je suis Sandrine Martin, enseignante et formatrice en Yin Yoga et en Yoga fonctionnelle. J'ai créé ce podcast pour donner une autre vision du yoga. Un yoga où chacun peut trouver sa place, que l'on soit raide ou flexible, petit ou grand, fin ou rond, quel que soit son âge. Je ne crois pas aux règles universelles de l'alignement. En revanche, je crois que chacun peut trouver ses propres alignements. Chaque semaine, seul ou avec mes invités, je vous propose des réflexions, des partages d'expériences et des explorations. L'intention de ce podcast est de vous offrir la liberté de pratiquer un yoga qui vous ressemble et qui vous fait vibrer. Bonjour et bienvenue dans Blabla Yoga. Je suis ravie de vous retrouver après cette petite pause imprévue mais nécessaire. En faisant le tri dans mes archives, je suis retombée sur mes textes de communication où les mêmes mots reviennent très souvent. Ces expressions que j'utilisais beaucoup, que j'utilise peut-être un peu moins maintenant, qui étaient « yoga pour tous » . Il y a 5 ou 8 ans, c'était partout le yoga pour tous, le yoga pour tous les corps. Et je fais partie des défenseurs de cette idée et c'est toujours le cas aujourd'hui. Mais après plus de 15 ans d'enseignement, est-ce que cette notion de yoga pour tous est toujours réelle ? Et finalement, est-ce que c'est plutôt un coup marketing ou une réalité pédagogique ? Si vous écoutez Blabla Yoga pour la première fois, je le rappelle qu'ici, l'intention est d'ouvrir des pistes de réflexion, des discussions. avec vos collègues et les pratiquants qui sont autour de vous. Et il n'est pas question de donner ou d'imposer un point de vue. Alors, avant de commencer, je vous pose cette petite question. Est-ce que pour vous le yoga est fait pour tous ou pas ? Alors si vous enseignez, prenez quelques instants avant de poursuivre l'écoute de cet épisode et analysez un peu à quoi ressemble le public dans vos cours. Quelles sont les similarités, les singularités ? les particuliers, les genres, les âges, les besoins et les questions que posent vos élèves. Et si vous défendez vous aussi le yoga pour tous, est-ce que c'est vraiment le cas dans vos cours ? Si vous pratiquez uniquement, sans enseigner, regardez les personnes qui vous entourent quand vous êtes dans un cours. En quoi sont-elles similaires ou différentes de vous ? Et quand vous êtes régulier à un cours, qu'est-ce que vous venez y chercher ? Et savez-vous ce que les autres pratiquants viennent aussi chercher ? Et si vous n'en avez aucune idée, je vous encourage à prendre le temps de poser la question autour de vous. Cela crée du lien et c'est chouette aussi de partager des moments avec d'autres pratiquants, à savoir pourquoi ils viennent, ce que ça leur apporte, et parfois ça donne aussi matière à échanges, à ouvrir la discussion sur la pratique du yoga. Il y a énormément d'écrits et de recherches qui... qui parle de notre besoin de nous rapprocher des autres et de ce qui nous ressemble. Et ce besoin de se rassembler peut venir pour des raisons socio-économiques, des soucis éducationnels, des besoins de se sentir protégé ou être dans un environnement sécuritaire, et ça dans plein de domaines, dans plein de situations de la vie. Le sociologue Pierre Bourdieu explique à travers le concept d'habitus que nos goûts, nos comportements, Et notre capital culturel nous oriente naturellement vers des individus partageant le même milieu social. D'ailleurs, ne dit-on pas qu'ils se ressemblent, s'assemblent. Alors, sans faire d'études sociologiques moi-même, c'est quelque chose que j'ai constaté avec d'autres parents devant l'école. Attendre son enfant devant l'école, ça permet de discuter, de se rapprocher, ou au contraire de s'éloigner d'autres parents parce qu'ils ne correspondent pas. À nos valeurs, par exemple, on ne partage pas les mêmes environnements, les mêmes envies, les mêmes besoins, etc. C'est un environnement, l'école, où finalement on va se rapprocher de parents qui vont avoir une éducation ou des intentions similaires. C'est moche à dire comme ça, mais c'est hélas une réalité. L'école, elle, de son côté, tente d'atténuer les différences socio-économiques, les différences de provenance, et quelque part, on peut constater qu'elle échoue parce que nous, naturellement, les parents, humainement, consciemment ou pas d'ailleurs, On va recréer des cercles avec des personnes qui nous ressemblent à l'extérieur de l'école. Il suffit d'étudier les groupes de parents attendant devant l'école, à la sortie ou à la dépose. On partage nos inquiétudes, nos questionnements, nos lectures, nos sorties, etc. Mais tous ces sujets sont similaires. Et parce qu'ils sont similaires, qu'on en discute. Sinon, on va parler de la pluie, du beau temps, des devoirs, du quartier. Mais finalement, tout ça reste superficiel. Alors pourquoi je vous parle de l'école ? Parce que ce qui se passe entre parents devant l'école, ça se passe dans n'importe quel groupe, dans n'importe quelle situation. C'est drôle d'ailleurs, en préparant cet épisode, je me suis rappelé un certain nombre d'exercices que j'ai pu faire pour briser la glace. Ces jeux permettaient de lier des personnes qui ne se connaissent pas. Et je me rappelle particulièrement de l'un où chacun devait constituer une liste d'activités que l'on aimait pratiquer. Vous pouvez choisir, je ne sais pas, moi, jouer au ballon, faire des jeux de société. courir, etc. Et puis après, en cinq minutes, on devait trouver un maximum de personnes dans la salle qui pratiquaient les mêmes activités. Alors c'est génial comme exercice de brise-glace, mais après on se retrouvait à papoter avec uniquement ces mêmes personnes, avec ces personnes qui partageaient les mêmes activités. Et sauf que souvent, dans ces groupes-là, ça donnait le ton. Et le résultat, c'est qu'on restait avec ces personnes pour le reste du stage. sans avoir la curiosité ou l'envie d'aller à la rencontre des autres, tout simplement parce qu'on avait retrouvé, en quelque sorte, nos pères, ceux qui partageaient les mêmes idées que nous. Et d'ailleurs, je constate aussi aujourd'hui, dans la pratique du yoga, je vais passer beaucoup de temps ou échanger beaucoup avec les personnes qui ont des idées qui sont similaires aux miennes, et pas forcément aller du côté tranchant des personnes qui ne pensent pas du tout de la même manière, comme par exemple le fait que, je ne sais pas moi, la souplesse, elle est faite pour tout le monde. et qu'à force de pratique, on arrive à avoir de l'assouplissement, etc. Ce qui n'est pas du tout mon système de pensée. Du coup, je vais plutôt être avec des personnes avec qui je vais partager le même point de vue plutôt que de chercher à changer ce point de vue-là chez d'autres personnes. Bref, je m'égare. Donc, revenons à ce yoga pour tous. Et ce yoga pour tous part finalement d'une super intention. Moi, je trouve ça génial de pouvoir... avoir cette idée que, bah oui, le yoga il va parler à tout le monde de quelle que soit ses origines, sa provenance, son milieu économique, etc. Et finalement, l'idée principale, c'est de rassembler des personnes ensemble et de pratiquer ensemble. Mais c'est une intention quelque peu utopique, parce que dans la réalité d'une pratique commune où tout le monde est le ou la bienvenue, est-ce qu'il y a pour autant un espace où effectivement, chacun a sa place ? Admettons, je suis une personne plutôt raide, pas forcément à l'aise avec mon corps, pas très expérimentée, mais diso-volontaire. Comme on dit, toute ressemblance avec des personnes existantes serait purement fortuite. Je décide donc de prendre un nouveau cours et je me retrouve entourée de personnes hyper expérimentées, super flexibles, voire souples en mode bretzel qui peut se plier dans tous les sens. Alors du coup, quelle va être mon expérience si moi je suis raide et que j'ai peu d'expérience ? Est-ce que ma volonté va suffire à rester, à revenir régulièrement, ou est-ce qu'elle va émousser mon expérience ? Jusqu'à peut-être me pousser à abandonner, à me dire que le yoga c'est pas fait pour moi, ou à choisir un autre cours où peut-être je trouverai des personnes qui pourront partager une pratique qui va ressembler à la mienne. Je vous donne un petit exemple. Il y a 25 voire 30 ans, j'adorais prendre les cours d'un chorégraphe, Billy Goodson. C'est un ancien danseur de Michael Jackson. Il a un corps qui ne ressemble pas du tout aux danseurs de cette période-là, il est plutôt rond, pas très souple, mais c'est quelqu'un d'assez drôle et qui pousse aussi les danseurs à aller un peu plus loin dans leur expérience. Et dans son cours, il y avait des personnes du coup de tout gabarit, de tous environnements, mêlant aussi des styles différents. Et dans ce groupe, il n'y avait pas forcément des personnes souples et on se sentait plutôt pas mal dans ce groupe parce que c'était assez mélangé. Mais à ce moment-là aussi, Billy était chorégraphe pour le Moulin Rouge. Alors, à un cours sont arrivés des danseurs majestueux, hyper grands, super gracieux, hyper flexibles. Genre, ils lancent leurs jambes en avant dans un bâtiment et leurs jambes touchent leur front. Vous l'avez deviné, les danseurs du Moulin Rouge ont débarqué dans la salle. Eh bien, ça a changé la dynamique du groupe. Parce que beaucoup de personnes ne se sentaient plus à leur place. Ce qui nous semblait accessible était devenu inaccessible face à... à ces danseurs. En fait, la différence ou les différences étaient trop flagrantes avec ces personnes grandes, avec cette grande souplesse, avec une certaine prestance parce que pour être moulin rouge, il faut avoir une certaine prestance pour porter toutes ces plumes qu'il y a autour des bras, sur les épaules, etc. Donc ça demande une aptitude particulière. Et pendant les temps morts de ces cours, les présents se rassemblaient par groupe comme des petits oiseaux se rapprochant les uns des autres. pour se sentir en sécurité et envoyer donc le groupe de moulin rouge d'un côté, les hip-hop plutôt de l'autre côté, les jazz de l'autre. Donc au sein d'un cours pendant les temps morts, les petits groupes se rassemblaient par similarité. Eh bien en cours de yoga, c'est la même. Si l'enseignant travaille beaucoup sur la flexibilité, les postures qui poussent loin, vous allez retrouver ceux qui aiment aller dans cette direction de la flexibilité et non pas tous les raids qui vont se retrouver un petit peu à part dans ce cours parce que même s'ils sont régulés dans la pratique, leurs possibilités physiques ne retrouveront pas celles des autres qui ont de la grande flexibilité. Et c'est pareil, si vous avez des problèmes d'oreilles internes et par conséquent d'équilibre, Vous allez éviter les cours où les changements de position de tête sont très présents. Vous allez vous retrouver régulièrement la tête en bas et revenir pour vous, c'est une difficulté. Donc vous allez éviter ce genre de cours. Il y a plein d'autres situations comme ça où finalement on ne va pas se présenter, on ne va pas rester dans un cours parce qu'on a le sentiment, on a l'impression, on expérimente le fait de ne pas ressembler aux autres, de ne pas pouvoir faire la même chose que les autres et par conséquent on préfère se retirer. choisir autre chose ou encore tout simplement abandonner et se dire que le yoga n'est pas fait pour soi. Alors quand on dit les cours sont pour tous, qui on est prêt à accueillir ? Dans le public bien sûr. Est-ce que le handicap peut être accueilli ? Est-ce que l'on peut vraiment proposer des variantes à un élève qui en a besoin ? Oui, sûrement, mais ça ne veut pas faire dire que l'on va consacrer la moitié de son temps ou 70% de son temps en tant que professeur. à cet élève au détriment des autres élèves, avec éventuellement en arrière-fond la crainte de voir les autres élèves ne pas revenir. Si par exemple je dis « c'est du yin, c'est pour tout le monde » , mais que la moyenne d'âge est de 60 ans, est-ce que les plus jeunes s'y sentiront à l'aise et voudront revenir ? Ou est-ce qu'ils estimeront que c'est un cours pour seniors ? Sans forcément poser la question, sans forcément que ce soit écrit noir sur blanc disant que c'est un cours pour seniors. Il suffit de regarder dans la salle et de se dire, ils ont quand même plus de 60 ans, la majorité a plus de 60 ans, voire certains ont passé les 70. Est-ce que moi qui ai 25 ans, je suis bien à l'aise dans ce cours-là ? Est-ce que le mélange de générations se fait là aussi ? Et par conséquent, est-ce que ce cours que l'on dit ouvert à tous rassemble la même tranche d'âge ou pas ? Et on peut aller un peu plus loin dans la réflexion en se posant la question, si un yoga est effectivement pour tous, Est-ce que par extension, la salle... aussi pour tous. C'est-à-dire, est-ce que la salle permet d'accueillir tout type de personnes et tout type de cours ? Par exemple, j'accueille des personnes, et j'accueille toujours des personnes avec des petits handicaps, des personnes avec des... Voilà, dans le plâtre aussi. Des personnes avec des colonnes vertébrales fusionnées avec des barres métalliques. Des femmes enceintes dans un cours classique. Je suis ravie de voir toutes ces populations se mélanger, toutes ces personnes se mélanger, parce que, pédagogiquement, c'est hyper stimulant. et j'adore ça. Mais soyons clairs, c'est soit je m'occupe beaucoup d'eux avec ses particularités au détriment des autres, soit je les laisse faire et quelque part, je ne les accompagne pas parce que je consacre les instructions et mon attention aux autres, c'est-à-dire à l'ensemble de la classe. Et je vous pose alors une question. Qu'est-ce qui, économiquement, serait le plus viable ? Parce que oui, c'est un aspect important pour que le cours ait lieu. Il faut un certain nombre de personnes, sinon le cours ferme. Alors, va-t-on faire en sorte de prendre soin de la majorité de la classe ou va-t-on prendre soin des personnes qui ont le plus de soutien ? Parce que là, encore une fois, économiquement, ça ne va pas avoir le même résultat. Donc, l'intention du yoga pour tous est toujours une intention qui est géniale et j'y crois fort. Mais je sais aujourd'hui que ce ne sera pas du yoga pour tous au même moment et au même endroit. certains cours vont répondre à un certain public et d'autres cours vont attirer un autre public et ses objets. Par exemple, proposer un cours de yoga sur chaise, c'est offrir la possibilité de pratiquer à ceux qui ont du mal à aller au sol, qui ont du mal avec l'équilibre ou simplement se sentent plus à l'aise dans la pratique ainsi. Mais il sera difficile d'avoir une partie de la classe sur une chaise et l'autre partie au sol. Vous êtes d'accord avec moi sur ce coup-là ? En début d'épisode... je vous demandais si dans les cours que vous donniez ou que vous preniez, s'il y avait plus de ressemblances dans la salle ou de différences. Je vous repose la question. Est-ce un vrai yoga pour tous, pour tous les corps ? Ou est-ce que finalement, ça n'y ressemble pas ? J'espère que cet épisode vous a apporté de la matière à réfléchir. Ce n'est que le début de la réflexion. Et d'ailleurs, si vous souhaitez continuer la discussion, laissez-moi un message sur Instagram ou un mail à contact.sandrinemartin.fr Si vous souhaitez continuer à réfléchir sur l'enseignement du yoga, sur la pratique côté pédagogique, inscrivez-vous à la newsletter qui paraît chaque jeudi. et vous trouverez le lien en bas dans la description. Merci à vous pour votre écoute. Si vous écoutez régulièrement le podcast et que vous souhaitez le soutenir, vous avez désormais la possibilité avec Tipeee. Pour cela, rendez-vous en description et cherchez tout en bas Tipeee et tout sera expliqué, comme ça je ne vais pas passer du temps ici dans votre écoute. Je vous laisse donc là. Merci d'avoir écouté jusqu'au bout et je vous dis à bientôt pour un prochain épisode. Et d'ici là, je vous souhaite une pratique libre et décomplexée. A bientôt !