Speaker #0L'idil posait ces deux questions lors de la formation yoga adapté. Faut-il toujours utiliser le langage intentionnel ? Et la deuxième question est, à terme, est-ce que ça n'alourdit pas le déroulé du cours ? On répond à ces deux questions aujourd'hui. Hello, hello, je suis Sandrine Martin, prof de yoga depuis 2010 et formatrice depuis 2013, en yin yoga et en yoga fonctionnel. Et ici, dans Blabla Yin yoga, je prends le temps de creuser les questions. qu'on se pose entre profs, celles qui arrivent en fin de formation, parfois en fin de cours ou qui arrivent aussi dans ma boîte mail et qu'on n'a pas toujours le temps d'approfondir. Si Blabla Yin yoga t'accompagne depuis un moment et que tu as envie de le soutenir, tu peux le faire sur Tipeee. C'est une plateforme de soutien aux créatrices et aux créateurs. Tu choisis ainsi le montant que tu donnes une seule fois ou chaque mois comme tu le sens. Tu trouveras le lien en bas dans la description. Merci pour ton soutien et puis merci pour ton écoute. Allez c'est parti, on répond donc aux deux questions de Lydie tout de suite. Avant de creuser, commençons par cette expression « langage yoga fonctionnel posée dans la question de Lydie. Soyons clairs, c'est un beau franglish. Le mot yoga fonctionnel n'existe pas en français. On pourrait traduire par « langage d'invitation » ou encore « consigne invitante » . Certes, ça sonne mieux à l'oreille, mais de mon côté, j'assume complètement l'expression « langage yoga fonctionnel parce qu'entre profs, ça marche bien, on sait de quoi on parle, et c'est très bien comme ça, alors pourquoi aller chercher midi à 14h ? Ensuite, d'où ça vient ? C'est clairement influencé par le trauma sensitiv yoga. David Emerson et l'équipe du Trauma Center de Boston ont popularisé cette expression, et ce, dès le début des années 2000. Et cela vient de leur travail avec des personnes ayant vécu des traumatismes. Si tu ne connais pas cette approche du trauma sensitiv yoga, je t'encourage à écouter l'épisode 85 qui en parle beaucoup. C'est une première approche de cette pratique. Donc l'idée du langage yoga fonctionnel est de remplacer les injonctions comme « lève les bras » , « descend plus bas » par des formulations qui laissent le choix à la personne. Et on retrouve comme expression celle-ci. Si tu le souhaites, Tu peux lever les bras. Peut-être explorer comme ci ou comme ça. Tu es libre de rester là ou de déplacer ton pied. On peut utiliser encore une autre expression, remarquer ce qui se passe quand. Donc il y a plein de façons de changer le langage et donc de remplacer les injonctions par d'autres formulations qui sont beaucoup plus enveloppantes, on va dire. Et le but n'est pas juste d'être poli, mais c'est de redonner à l'élève la position de celui ou celle qui décide de ce que fait son corps. Ce qui est précisément ce qui a été retiré dans une expérience traumatique. Et on associe souvent le langage yoga fonctionnel à l'interoception, c'est-à-dire observer les sensations plutôt qu'à atteindre une forme particulière dans la posture. Et c'est aussi associé au fait de ne pas toucher sans consentement. Et le consentement, j'en ai parlé en détail dans l'épisode 104 sur les ajustements manuels. Tu trouveras toutes les références des épisodes que je cite ici dans le... Commentaire, ce sera un long commentaire, on est d'accord, mais comme ça c'est plus facile à retrouver ensuite. Dans ma pratique, dans mon enseignement, j'utilise beaucoup ce type de langage yoga fonctionnel et c'est vraiment devenu une habitude. Pour ma part, ça ne vient pas du trauma sensitiv yoga, ça vient plutôt de la pratique et de mon enseignement yoga fonctionnel qui intègre les variations anatomiques et morphologiques. Et comme je pars du principe que chaque personne est différente, les consignes et les postures ne pourront être Clairement pas les mêmes chez tous. Donc mon langage va dans ce sens pour inviter tout le monde à aller dans une certaine direction sans encourager une consigne bien spécifique, bien précise, d'autant plus que je ne crois pas en l'alignement universel pour tous, en tout cas le même alignement pour tous. Donc je propose plusieurs choses à la fois, ou encore j'invite d'une certaine manière pour que chacun trouve la posture qui lui convient à ce moment-là. Donc en utilisant ces invitations, ça ouvre le champ d'exploration des pratiquants. Ça va être selon leurs besoins ou l'état dans lequel ils sont au moment de la pratique, leurs capacités aussi. Et chacun peut alors adapter sa pratique aux propositions qui sont faites, aux consignes qui sont faites lors du cours. Pour certaines personnes, ce n'est pas la posture physique qui pose problème. Ça peut être ce qu'elle représente. Et le fait de laisser le choix d'ouvrir. Plusieurs chemins permettent à ces personnes de décider ce qui est OK pour eux ou pour elles à ce moment précis. Donc encore une fois, ça laisse de la liberté dans l'approche de la pratique. Et il n'y a pas qu'un seul chemin. qui va dans une direction spécifique. Ce même type de langage yoga fonctionnel qui est génial et permet donc une plus grande liberté, ça soulève aussi des critiques et des nuances assez intéressantes. Tout d'abord, il y a une surabondance de « si tu veux » , « peut-être » , « éventuellement » , « je t'invite » , etc. Et ça peut devenir hyper insécurisant pour certaines personnes qui ont besoin de repères clairs ou ça peut aussi sonner un petit peu mécanique, pas assez ancré. Et l'élève ne sait pas où accrocher son écoute, son regard, son intention. Il est aussi clair que ça augmente le nombre de mots pour donner une instruction qui, au départ, est simple. Et ça alourdit le discours de prof. Et d'un autre côté, pour les débutants ou les personnes qui ont besoin d'adapter, cela signifie plus d'attention à fournir pour intégrer les consignes. Et donc voilà pour la deuxième question de Lydie. Oui, ça peut alourdir le cours, surtout si on l'utilise tout le temps. S'il n'y a que du langage yoga fonctionnel. Pour les profs, être toujours dans yoga fonctionnel demande une qualité d'attention plus importante quant à l'utilisation du vocabulaire. Quand on donne plusieurs cours par jour, un certain nombre par semaine, cela devient épuisant d'utiliser toujours ce type de langage. Cela augmente la charge mentale même de bien placer les mots au bon endroit, de faire attention à tous et à toutes. Et c'est pas... soutenable tout le temps parce que encore une fois ça augmente la charge mentale et la fatigue. Et puis aussi quand on enseigne, ça peut donner l'impression de parler pour ne rien dire, de combler l'espace alors que parfois on n'a qu'une envie, c'est de simplifier le langage pour que tout simplement ce soit fli et que tout coule assez facilement. Et ça nous emmène donc à la première question de Lydie. Faut-il toujours utiliser le langage yoga fonctionnel ? La bonne nouvelle, c'est qu'il y a toujours un juste milieu. Le langage yoga fonctionnel, à mon avis, ne doit pas être utilisé tout le temps. Il est nécessaire d'apprendre à distinguer les moments où c'est nécessaire, voire indispensable, et les moments où un langage plus directif sera juste. En directif, ça ne veut pas dire autoritaire ni sec. Une consigne claire peut se donner avec douceur. Directif, c'est simplement dire clairement où aller pour que chacun puisse suivre. Alors, à travers ma pratique sur toutes ces années, voici ce que j'ai observé. Les personnes qui ont eu des problèmes de santé, dispersées ou avec une difficulté de concentration vont préférer un langage directif comme placer votre équilibre sur le pied droit fléchissez le genou gauche et ramenez le vers la poitrine maintenez le genou avec vos mains le langage directif Langage directif est essentiel quand il faut guider une classe dans son entier et notamment quand il faut donner des directions de placement et de positionnement du corps dans l'espace. Imagine que je pars de la même posture mais cette fois-ci avec un langage yoga fonctionnel. Si tu le souhaites, tu peux peut-être porter ton poids sur le pied droit. Et si ça te parle, explore une flexion du genou gauche. Éventuellement, on pourrait ramener le genou vers la poitrine, si c'est ok pour toi, etc. Une chose est sûre, c'est que là, la moitié de la classe est déjà tombée parce que les instructions sont super longues et que les chevilles ont déjà du mal à tenir la posture tout simplement. C'est la même chose avec les malvoyants ou les appareils auditifs. Quand j'utilise un... à un langage yoga fonctionnel, il leur faut plus de temps pour comprendre mes consignes. Et parfois, je les perds avant même de commencer la posture et je dois recommencer mes explications. Ici aussi, le langage directif sera plus approprié. À l'inverse... Certaines postures vont appeler un langage yoga fonctionnel comme par exemple la posture de l'enfant heureux. Je sais que certains élèves évitent cette posture parce qu'elle se rapporte à un traumatisme. Dans ces cas-là, je propose ainsi. Vous pouvez soit prendre la posture de l'enfant classique ou encore la posture de l'enfant aversé, c'est-à-dire allongé sur le dos avec un bolster ou pas d'ailleurs sous le bassin, les genoux vers la poitrine. Vous pouvez aussi prendre la posture de l'enfant heureux. En proposant ces trois postures, sans pourtant expliquer pourquoi je propose trois postures différentes, je leur laisse juste le choix, ils sont libres d'adopter la posture qu'ils souhaitent prendre, dans laquelle ils souhaitent rester et expérimenter leur état de yin yoga. C'est aussi simple et c'est aussi suffisant. Et puis, quand il y a des blessures ou des pathologies, le langage yoga fonctionnel va laisser la liberté d'exploration à ses élèves et respecter leur bobo du moment. Et donc finalement, ce qui fait l'invitation, ce n'est pas le « si tu peux » , parce que « dire si tu peux » Si tu veux, lève le bras, alors que toute la classe lève le bras, c'est une consigne qui est polie, mais pas vraiment un choix. L'invitation, c'est quand il y a plusieurs chemins possibles, comme pour l'enfant heureux. Si on revient sur cette proposition des bras, on peut dire les bras le long du corps, les bras ouverts sur les côtés, ou le bras vers le plafond. Trois postures de bras, chacun choisit la sienne. Et c'est exactement ce que l'on fait en yoga fonctionnel avec les variations, c'est proposer des options réelles. Pas juste adoucir une gossine qui va être un petit peu dans le vague, si t'as envie, tu lèves les bras. Du coup, on peut être très clair, assez directif même dans la façon de dire, tout en restant ouvert dans ce que l'on propose. Personnellement, j'utilise les deux langages selon les circonstances. Je passe facilement de l'un à l'autre. Et j'avoue que la question de Lydie m'a permis de revoir ce que je faisais et comment. Ça a remis aussi en perspective certains de mes choix. Et j'espère d'ailleurs que cet épisode fait la même chose pour toi et qu'il t'aide à te dire, tiens, comment je fais moi ? Est-ce que ça me va toujours ou est-ce que j'ai besoin de revoir ma pédagogie, ma façon de faire ? Donc, ma réponse donnée à Lydie était la suivante. Alterne selon les besoins de tes élèves devant toi, mais surtout, choisis selon les circonstances pédagogiques. Et surtout, rappelle-toi qu'il n'y a rien de figé et que c'est en essayant que l'on progresse. et qu'on en trouve les meilleures façons de s'adresser à ces élèves. C'est donc sur cette réponse que l'on arrive à la fin de l'épisode. Si tu as envie d'aller plus loin sur cette façon d'enseigner qui part du principe que chaque corps est différent, j'ai rassemblé plein d'astuces dans un guide qui s'appelle Enseigner le yoga source yoga fonctionnel et qui est disponible sur mon site. Je te mets le lien en description, je l'avais dit au début, la description va être très longue sur cet épisode. Donc comme ça, tu pourras le retrouver Enseigner le yoga source yoga fonctionnel . Merci d'avoir suivi l'épisode jusqu'au bout. Je te remercie pour ton attention et ton écoute. N'hésite pas, si tu as des questions, il suffit de passer par Instagram en DM ou par mail si tu le souhaites. Je finis là. Je te souhaite une pratique libre et décomplexée et des consignes qui le sont tout autant. À bientôt !