- Speaker #0
Bonjour à toutes et à tous et bienvenue dans ce nouvel épisode de Bléd'are. Aujourd'hui, cet épisode est spécial parce que je vais vous parler de mon histoire, de mon parcours d'immigration et donc je suis l'invitée de mon propre podcast. Je suis l'invitée d'Élodie qui est podcasteuse et qui est une amie et j'ai le plaisir de partager ce podcast avec elle. Bonjour Élodie !
- Speaker #1
Bonjour Wassila et merci pour l'invitation, je suis super honorée de pouvoir t'interviewer pour qu'on parle de ton parcours. Et donc j'ai le plaisir de prendre le micro de Blédard pour t'interviewer. Alors Wassila, t'as un parcours hyper impressionnant, t'as été analyste marketing chez JFK, t'as fait un passage chez Cantart, t'as été directrice marketing digital et communication chez Pilon et depuis quelques années tu es à ton compte pour partager tout ce que tu as appris dans tout ce parcours, mais surtout, tu as un parcours qu'on ne connaît pas forcément, qui est bien plus riche que ce que je viens de dire, que ton LinkedIn. Et on va en parler dans cet épisode spécial de Blédard.
- Speaker #0
Avec plaisir.
- Speaker #1
Alors, pour commencer, est-ce que tu peux te présenter, donc d'où tu viens, et hormis ce que je viens de dire, ton parcours professionnel ?
- Speaker #0
Je viens d'Algérie et d'Alger plus particulièrement. Ça fait 20 ans cette année, en septembre, le 11 septembre. Ce n'est pas par hasard. Je t'avoue que quand j'ai pris l'avion le 11 septembre 2006, je n'étais pas très confort. J'avais vraiment le 11 septembre en tête et donc ça fait déjà 20 ans que je suis ici. J'ai eu un premier parcours professionnel en Algérie où j'ai été banquière parce que j'avais fait mon premier parcours d'études à l'école supérieure de banque qui est une école de commerce. Et en fait, au bout d'un an et demi en agence, en banque, je me suis rendu compte que j'avais envie de faire autre chose. Et j'avais découvert le marketing grâce à une personne de mon réseau qui travaillait là-dedans. Et puis, ça m'a donné envie de faire une reconversion. Raison pour laquelle j'ai fait une licence en France en marketing. Tu me dirais, pourquoi tu ne l'as pas faite à Alger, par exemple ? En Algérie, le bac n'est valable que deux ans. C'est à mon époque. Donc si, au bout de deux ans, tu as envie de changer de vie, tu repasses ton bac.
- Speaker #1
Ah punaise.
- Speaker #0
Donc je n'étais pas très motivée à repasser mon bac.
- Speaker #1
Bizarrement.
- Speaker #0
Et donc j'ai fait une équivalence, parce que tu dois faire valoir ton diplôme algérien en France. Donc j'ai fait une licence. économie et gestion. Ensuite, j'ai fait mon master, ce qui m'a conduit à travailler dans les études marketing en institut et qui était vraiment l'objet de mon master. Et j'adorais ça, j'ai adoré ça. J'ai fait ça pendant sept ans. Et le digital est arrivé et je me suis dit, il y a quelque chose à faire. Je vais prendre le train avant qu'il passe. Et donc, j'ai fait une reconversion là encore dans le digital. Et c'est dans ce cadre-là que j'ai occupé le poste de directrice marketing digital. que j'ai occupé pendant 4 ans. Et après ça, j'ai encore eu envie de faire autre chose, la transmission. Donc j'étais manager, donc j'ai transmis à mes équipes et là j'avais envie de transmettre plus largement à travers la formation. Et c'est comme ça que je me suis lancée à mon compte à travers des formations que je donne dans des centres de formation, dans des écoles de commerce. Mais pas que, parce que je travaille aussi avec des associations. Donc, aujourd'hui, ça fait cinq ans que je fais principalement ça, en plus de quelques missions de conseil. Voilà.
- Speaker #1
Eh bien, super intéressant. Alors, du coup, ça me pose une question. Tu as ton bac, tu ne veux pas le repasser parce qu'il ne va là que deux ans. Tu dois venir en France. Finalement, c'est plus un choix pragmatique qu'un rêve de venir en France. Comment, toi, dans ton imaginaire, arriver en France, ça se passait ? Est-ce que c'était plutôt, certes pragmatique, mais plutôt... un rêve ou vraiment une nécessité, pas le choix, pas envie de repasser le bac ?
- Speaker #0
En fait, c'est plusieurs choses. Depuis toute jeune, je disais à ma mère, je vais partir. Tu vois, quand on part en chemin, je lui dis, ouais, mais de toute façon, moi, je partirai, je ne reste pas là. Vraiment ? Donc, tu avais déjà ce projet. Très jeune, à l'adolescence. À l'adolescence, je savais que je voulais partir, mais je ne savais pas où. Après, la France s'est posée comme une évidence pour des raisons historiques, culturelles. Mon père a grandi, a fait ses études en France et après, il est rentré à l'indépendance. Mais c'était une évidence, parce que culturellement, déjà, j'avais baigné là-dedans. On parlait français à la maison. Donc, je n'avais pas d'autre alternative, en tout cas, pour moi. Je veux dire psychologiquement. Et puis est arrivé effectivement ce moment où j'avais envie de changer d'orientation. Donc c'était vraiment le bon moment pour moi. Et je voulais pas, en fait j'étais encore jeune, donc je voulais pas attendre trop longtemps pour partir aussi.
- Speaker #1
Et c'est super courageux de partir comme ça, de tout lâcher, de laisser la famille derrière. Parce que mine de rien, tu mets quelques milliers de kilomètres entre vous. et de te dire, je lâche ma famille, je pars dans un pays que je ne connais pas finalement et je vais faire une reconversion. Donc quand même, triple dose de courage. Donc bravo pour ça. Je pense qu'il faut le valoriser aussi parce que ce n'est pas évident de tout quitter. Et dans les choses pas évidentes, du coup, tu as eu des petites démarches à réaliser pour venir en France.
- Speaker #0
C'était le parcours un peu du combattant parce que pour venir en France, il faut déjà... prouver qu'on est un candidat éligible à venir en France, que ce soit par rapport à son profil en tant que citoyen ou par rapport à son parcours universitaire ou scolaire dans le cadre des écoles. Donc ça m'a mis un an. C'est vraiment des procédures qui sont assez longues, fastidieuses. Tu passes des tests, donc après des tests de connaissances en français, ce n'est pas un sujet, mais la lourdeur administrative de la demande de visa quand tu es étudiant, c'est quelque chose. Donc, c'est ces étapes-là, oui, qui étaient nécessaires pour venir en France, mais après, ce n'était pas les plus compliqués. Les plus compliqués sont en France.
- Speaker #1
Après, pour faire le pendant de ça, moi, j'ai vécu en Australie. Et c'est vrai qu'avant d'arriver en Australie, On te demande finalement un peu d'administratif, mais surtout d'avoir l'argent sur ton compte en banque. Et aux Etats-Unis, c'est pareil.
- Speaker #0
C'est le cas aussi en France.
- Speaker #1
Et en plus, en France, on rajoute une couche administrative de tests de langue, etc. Ce que tu n'as pas en Australie ou aux Etats-Unis.
- Speaker #0
Tu dois avoir, à l'époque, c'était il y a 20 ans, on devait avoir 5 000 euros en tant qu'étudiant. Normal.
- Speaker #1
Vous l'avez dit, c'était 3 000.
- Speaker #0
Voilà.
- Speaker #1
Logique. C'est tellement peu d'argent.
- Speaker #0
C'est tellement une galère pour les étudiants.
- Speaker #1
Non, mais c'est clair. Donc, tu l'as dit, tu es venue pour une question pragmatique, continuer tes études, faire une reconversion. Mais du coup, tu as quand même laissé ta famille derrière. Ça a été quoi le déclencheur ? Est-ce que c'était vraiment ce moment où tu t'es dit je ne veux pas repasser le bac ? Ou est-ce que tu t'es dit en fait, c'est une opportunité aussi. Mon papa est parti là-bas, il a fait ses études de découvrir ce pays. Qu'est-ce qui a vraiment été le déclencheur ?
- Speaker #0
C'était, alors il y a deux choses. Il y a ce bac-là que je ne voulais pas repasser et il y a mon père qui est parti. Il est décédé. Ok. Donc, voilà. J'avais besoin de changement, je pense. Et je me suis dit, il faut que je parte.
- Speaker #1
Ok. Et puis, quelque part, justement, ça renoue l'histoire de « il a vécu là-bas, je vais découvrir ce qu'il a vécu » , etc. C'est très beau. Je vais pleurer dans cette vidéo, parce que mon papa est aussi parti. Donc, ne vous inquiétez pas s'il y a des petits...
- Speaker #0
On va pas faire des petits... C'est des histoires, c'est la réalité.
- Speaker #1
Et c'est ce qui motive aussi à bouger. Moi, je me suis lancée d'entrepreneuriat à cause de ça aussi. Donc bref, autre histoire. Donc ce que tu as, donc tu pars, tu quittes ton foyer, ta maman, tes frères et sœurs, et tu arrives en France. Est-ce qu'il y a quelque chose que tu as ramené avec toi, évidemment, mais une habitude, des valeurs qui n'étaient pas dans tes valises ?
- Speaker #0
Maniaque, je pense. Je pense maniaque. parce que t'en as besoin sinon tu t'en sors pas je suis arrivée, je connaissais personne je suis arrivée avec mes valises et ma tête,
- Speaker #1
c'est tout et c'est déjà hyper fort parce que l'ANIAC effectivement t'en as besoin pour pour tout et c'est beau belle réponse donc t'arrives en France, les premiers temps concrètement c'était comment ? parce qu'une fois que t'arrives il faut te loger il faut trouver ton université j'imagine comment ça s'est passé ?
- Speaker #0
Alors, le logement, c'était la maman d'une amie de ma sœur. Donc, je ne la connaissais pas. Donc, elle a été sympa de m'accueillir. J'ai fait plusieurs recherches d'appartements. C'était un échec total parce que je n'étais pas française. Je n'avais pas de garant. Donc, très, très compliqué. Je suis partie voir. Donc, cette histoire, je l'ai déjà racontée dans un épisode. Je vais la re-raconter pour ceux qui ne l'ont pas écoutée. Donc j'ai été voir l'assistant social de la fac dans laquelle j'étais. Donc je lui explique ma situation. Je lui dis voilà, je suis algérienne. Je ne connais personne, je n'ai pas de garant. Est-ce que vous pourriez m'aider ? Donc il m'écoute attentivement. Il me regarde et me dit écoutez, je crois que vous n'avez qu'une seule chose à faire, c'est de rentrer chez vous. Mais non ! Oui, mais non. Donc, je le regarde avec un air un peu dépité. Et je lui ai dit, je pense que je vais rester, continuer mes études, quitte à dormir sous les ponts. Et je pars.
- Speaker #1
Et ça t'a, à l'inverse, d'autant plus motivée. Je suis allée. C'était choquant. Je suis allée.
- Speaker #0
Mais c'est horrible. Je l'ai rappelé cinq ans après, ce monsieur. Je l'ai rappelé, c'est quand j'étais en poste. Je l'ai rappelé, je lui ai dit, voilà. Est-ce que vous vous souvenez de moi ? Je suppose que non. Moi, je lui ai dit, il y a 5 ans, je suis venue vous voir. Vous m'avez dit de rentrer chez moi. Aujourd'hui, je suis à 4 supérieurs. Donc, la prochaine fois que vous penserez à dire ce genre d'atrocité à une jeune fille de 20 ans, pensez aux conséquences. Merci. J'ai raccroché.
- Speaker #1
Oh là là. Mais c'est les conséquences, et puis de briser un rêve, de briser des projets.
- Speaker #0
Mais il y a des gens qui peuvent se...
- Speaker #1
Bien sûr. C'est tellement... Violent. Violent. C'est ça, c'est le terme.
- Speaker #0
Ouais. Et après, du coup, n'ayant pas trouvé d'appartement, je suis restée en colocation avec cette personne-là qui m'avait reçue. Mais en colocation, je payais le loyer. C'était mes premiers pas en France.
- Speaker #1
Bienvenue ! Tu te sens accueillie, aidée, c'est nickel ! Après, le côté pas de garant que tu sois français ou pas, t'as pas de garant, t'es en galère.
- Speaker #0
Oui, oui, bien sûr.
- Speaker #1
C'est un vrai problème. Je ne vais pas revenir sur ce que t'as dit ce monsieur, mais c'est vraiment... Hyper choquant. L'université, tu l'avais trouvée avant de venir ? Oui, bien sûr,
- Speaker #0
c'est obligatoire.
- Speaker #1
Sinon,
- Speaker #0
si tu fais tes demandes d'inscription, il faut avoir la demande d'inscription pour faire la demande de l'université étudiant. Autrement, tu ne peux pas.
- Speaker #1
Et alors, sur une note peut-être positive ou pas, est-ce qu'il y a quelque chose qui t'a surpris ou amusé ? On en parlait, je ne sais pas, un petit peu avant l'épisode, quand tu es arrivée.
- Speaker #0
Amusé. Alors, amusé... amusée, surpris et amusée, mais c'était très étrange. Je m'étais rendue dans une agence bancaire, je me rappelle c'était le LCL, et quand t'es étudiant étranger, tu dois ouvrir un compte bancaire. Mais pour avoir le droit d'ouvrir un compte bancaire, il faut avoir un titre de séjour. Mais pour avoir un titre de séjour, il faut avoir un compte bancaire. Voilà. Je vous hurle, mais c'est tellement absurde. Donc, on va te débrouiller avec ça. Et donc, je vais voir une dame à la queue, je lui dis bonjour, là j'explique un peu ma situation, donc elle me confirme un certain nombre de choses, elle me fait « dis-moi pardon » . Je ne sais pas si vous l'entendez vous au son, mais ce « ouais » là, j'ai dit « mais qu'est-ce qu'elle est en train de s'étouffer la dame ? » Je ne connaissais pas. Tu lui fais tellement bien. Je suis là, ça m'avait marquée, ça m'avait amusée. Et autre chose aussi, là du coup c'est vraiment culturel. Quand j'étais étudiante, la première année, je suis arrivée, tu vois, à l'heure du goûter, tu sors ta barre chocolatée, ton goûter, quoi. Chez moi, quand tu sors quelque chose pour le manger, tu le proposes aux autres. Si tu ne veux pas le proposer, tu manges toute seule. Et là, ça m'avait choquée, parce qu'il y avait plein de gens qui sortaient leur goûter, ils ne me calculaient même pas. Je faisais ça, je me déplaçais. Après, j'ai compris. Moi aussi, je sortais des trucs, je voulais bouffer toute seule. Mais les premières semaines, les premiers mois, je... Je trouvais ça bizarre.
- Speaker #1
C'est surprenant. C'est surprenant. Et puis,
- Speaker #0
il y a aussi la place de l'enfant dans les transports. Nous, l'enfant se lève pour laisser la place aux plus âgés. Alors que dans le métro, on cède la place aux enfants.
- Speaker #1
C'est vrai.
- Speaker #0
C'est vrai.
- Speaker #1
C'est marrant. On sait qu'il y a des choses, forcément, des habitudes qui sont différentes d'un endroit à l'autre. Mais le « ouais » , il restera jamais.
- Speaker #0
Après... Voilà, Paris, quand je suis allée la première fois à la Tour Eiffel, Paris, les Champs-Elysées, le Louvre, où je découvre le musée. Tu découvres la beauté de Paris. C'est un rêve éveillé, c'est magnifique. Ça, je m'en souviens très, très bien.
- Speaker #1
Je comprends parce que j'habite à côté depuis très longtemps et je suis toujours une gamine dès que je vois la Tour Eiffel. Donc, c'est tellement magique.
- Speaker #0
Oui, c'est une ville, c'est un musée à toi. Enfin, jusqu'à maintenant, c'est un musée à toi ouvert et ça me... Ça m'émerveille toujours. Je comprends.
- Speaker #1
Alors, tu disais, tu arrives à la banque. Patite de séjour, si patite de séjour, pas de compte en banque. Comment tu as fait, justement, pour t'en sortir ? Est-ce qu'il y a un moment où tu t'es dit, je vais tout lâcher ?
- Speaker #0
Les premiers mois, oui. Les premiers mois, j'appelais ma mère en pleurs, où je lui disais, c'est dur. Elle me disait, t'as qu'à rentrer. Et bon, j'ai tenu un mois, deux mois, trois mois. Après, tu sais, quand tu commences à étudier dans tes examens et tout, tu ne vois pas. Tu ne vois pas le temps passer. Puis tu te dis, tu as des objectifs, tu vois. Tu as des objectifs concrets. Et au bout d'une année, là, je me suis dit, bon, là, c'est bon, je suis stable. J'avais donc ce logement. J'avais commencé à me faire des copines. Je commençais à avoir des petites habitudes à sortir. Voilà, donc j'ai tenu, mais j'ai serré les dents. J'ai serré les dents.
- Speaker #1
Et ce qui t'a fait tenir, c'est justement cette NIAQ ?
- Speaker #0
La NIAQUE, oui. Et puis j'avais, je te disais, cet objectif. C'était un projet professionnel, donc je fais quoi ? Je reviens à la banque, je n'avais pas envie. Je n'avais clairement pas envie. Et j'avais envie aussi dans cette formation-là un peu de laisser exprimer ma créativité. J'adore faire des choses de mes mains. C'est vraiment un aspect de ma personnalité. Et je me disais, tu n'as pas le droit d'abandonner cette partie de toi.
- Speaker #1
Ok. Une vraie niaque. On parle des sportifs, mais moi je vous présente voici là. Cette niaque justement, elle va servir à la prochaine question que j'ai à te poser. On va parler de ce que on n'entend pas souvent parler. Alors moi, ce que tu me dis là, je le découvre et j'ai découvert à travers ton podcast. Donc j'ai peut-être des questions naïves et je m'en excuse par avance. Mais c'est vrai que les démarches administratives avant d'arriver dans le pays, la préfecture, les titres de séjour, les rendez-vous, impossible à obtenir. Ce que tu dis, ça fait me penser à un épisode d'Astérix. Il faut le formulaire B3, chercher au truc B2, machin. Et finalement, quand est-ce que j'ai ce titre de séjour ? Et je sais. Qu'est-ce qui va se passer de mon avenir ? Donc, les coulisses de ça, raconte-nous comment ça s'est passé pour toi.
- Speaker #0
Alors, un trauma à chaque renouvellement de titre de séjour, vraiment. À chaque fois, je pleurais en sortant de la préfecture. Et pourtant, je ne suis pas une petite nature. En fait, tu as une maltraitance administrative qui est systémique. Tu le sens que c'est volontaire. De l'accueil jusqu'au... Jusqu'à la personne qui va traiter ton dossier. C'est l'administration la plus maltraitante et la plus désagréable que j'ai eu à fréquenter en France. J'en ai fréquenté aussi bien en tant que professionnelle, dans le cadre professionnel que dans le cadre personnel. Et j'avais la boule au ventre une semaine avant. C'était un stress permanent pour rassembler les documents parce que si tu manques un document, c'est mort. Le rendez-vous, il est décalé, donc tu prends le risque de perdre ton titre de séjour. Donc, tu as droit à t'inscrire à l'école, dans une université, de faire un stage, etc. Et des anecdotes, j'en ai plein. Je ne vais pas toutes les raconter, mais je vais en retenir peut-être une quand j'étais étudiante. Aussi, pour mettre en évidence certains... Certaines idées ou certains fantasmes sur le statut des Algériens en France, où on pense qu'on a des avantages parce qu'il y a eu un accord franco-algérien 68 blablou blablou. Oui, certes, mais en tout cas, moi, de mon expérience, ça n'a pas du tout été un avantage. Pourquoi ? Parce que les Algériens, comparé à tous les autres étudiants du monde, ont un quota d'heures de travail par semaine, par mois. C'est 21 heures à l'époque. C'est toujours la même chose parce que la loi n'a pas changé. Ce qui fait que tu ne peux pas dépasser ce quota et que tu es limité en termes de ressources, d'une part. Et d'autre part, ça implique que tu ne peux pas faire d'alternance en tant qu'étudiant. Donc, j'ai voulu faire mon master en tant qu'alternante et j'apprends, aujourd'hui je ne sais plus comment j'apprends ça, que Paris, le préfet de Paris, permet aux Algériens de faire des formations en alternance. Je ne sais pas s'il a fait un décret, un arrêté, je ne sais pas. J'habitais dans le 78 à l'époque. Donc, je me suis débrouillée pour avoir quelqu'un, l'ami de quelqu'un que je connaissais pour me faire une attestation d'hébergement. Et enfin, pouvoir présenter un dossier à la préfecture de Paris pour pouvoir faire mon master en alternance.
- Speaker #1
Et tu sais d'où vient cette loi ? C'est complètement aberrant, 21h, pourquoi ?
- Speaker #0
Je ne connais pas l'organisation. Je ne connais pas, mais en tout cas, c'est aujourd'hui toujours le cas.
- Speaker #1
Donc, pour avoir accès à une solution qui bénéficie aux entreprises, qui bénéficie aux étudiants, qui est clairement, moi, l'alternance, je suis pro-alternance parce que c'est une vraie école de la vie,
- Speaker #0
il faut se battre. Mais je pense qu'aujourd'hui, je pense que même Paris, cette option n'existe plus. Je pense que les ingénieurs ne peuvent pas faire d'alternance, point.
- Speaker #1
C'est complètement fou.
- Speaker #0
Voilà. Pourquoi ? On ne sait pas. La loi, c'est ce qu'elle dit, mais c'est une contrainte plus qu'un bénéfice.
- Speaker #1
Et tu disais, et peut-être que je remue des couteaux dans la plaie, donc je suis désolée de poser cette question, mais tu avais la boule au ventre à chaque fois que tu allais faire ton test de séjour. Est-ce que c'était que sur la partie administrative ou est-ce que toi, tu ressentais, parce que tu disais, on sent concrètement qu'ils sont là pour nous empêcher.
- Speaker #0
Ah bah oui ! C'était pas pour passer une journée à la préfecture, j'avais l'habitude. C'était une journée entière. Ah bah oui. Vas-y, acculture-moi là.
- Speaker #1
Non, mais moi, je découvre. Je me dis qu'il faut appeler une journée pour aller faire un document.
- Speaker #0
Non, tu dois te lever à 5h du matin. Ça, c'est minimum. Il y a des gens qui passent la nuit là-bas. Ouais.
- Speaker #1
Pour être sûre d'avoir un rendez-vous ?
- Speaker #0
Pour être sûre de pouvoir passer. À l'époque, c'était pas ton rendez-vous. Avant, c'était tu allais récupérer un ticket et après, tu passais à l'accueil. Et en fait, il y avait un nombre de tickets limité. Donc, on va dire qu'il y avait 100 tickets. Donc, si t'arrives, t'es là sans une. rentre chez toi, même si tu es là depuis 5h du matin. Donc, il y a des gens qui passaient la nuit. Ils venaient avec leur couverture passer la nuit pour être sûr d'avoir ce fameux ticket.
- Speaker #1
Déjà, c'est aberrant, disons-le.
- Speaker #0
Et puis, tu vois les gens faire la queue à 2h du matin à côté de la soupref, tu te dis, qu'est-ce qui se passe ?
- Speaker #1
C'est ça.
- Speaker #0
Ils attendent un ticket.
- Speaker #1
Et une fois que tu as ton ticket,
- Speaker #0
après, tu passes avec ton dossier. S'il n'est pas complet, tu vas crever. Tu reviens, je ne sais pas, dans un mois, deux mois, trois mois ou que sais-je. Et s'il est complet, on te fait chier. Excusez-moi, anecdote. Vas-y. Je vais te raconter une anecdote. Donc, j'étais, quand je suis arrivée à Paris, je vais à la préfecture de Paris pour renouveler mon titre de séjour. À l'époque, j'étais à Cergy, je faisais la fac de Cergy. Donc, il y en a un nana qui m'accueillait, qui me demandait d'aller chercher un papier. de l'université, je ne me rappelle plus de quel document il s'agit exactement. Donc, elle m'a demandé d'aller chercher le document à Cergy. Elle m'a dit, vous avez une heure et demie. Une heure et demie pour aller de Paris à Cergy, faire le truc. Parce que les gens qui m'attendent à Cergy, qui disent, ah ouais, si elle va arriver, on va lui préparer son doc fils à fils.
- Speaker #1
Rien que la distance, tu en as pour une heure et demie.
- Speaker #0
Voilà, déjà. Donc, j'ai couru, mais je ne te dis pas, j'ai sprinté dans les transports, dans le RER A, tout ça. Donc, je vais, j'appelle L'assistant pédagogique en route, je le supplie de préparer le document avant que j'arrive. Il a été sympa, il l'a fait, tout ça. Donc ça, c'était en fin de matinée. Donc le déjeuner, la pause-déj. J'arrive vraiment tout début d'après-midi. Donc les équipes avaient changé. Donc j'arrive. Consulat avec le sésame. Mais là, j'ai ramené le document. Il y en a qui me regardent. Andy, mais on n'en a pas besoin.
- Speaker #1
C'est pas vrai.
- Speaker #0
Je vais rester polie. Je ne pense pas à moi.
- Speaker #1
Oh là là, mais pourquoi ? Ah ouais, c'est du sadisme administratif, là.
- Speaker #0
D'accord.
- Speaker #1
Ok, j'imagine que des anecdotes comme ça, tu n'en as pas. Oui,
- Speaker #0
mais comme je n'ai pas toutes les fêtes, sinon, on va passer la journée.
- Speaker #1
Allez chercher. Ok, c'était déjà assez instructif, en tout cas, sur ce que peut représenter... l'administration, il y a beaucoup de gens qui pensent, alors c'est un fantasme sûrement de personnes qui ne savent pas comment ça se passe, mais que c'est facile d'avoir une situation régulière en France. C'est un peu l'Eldorado, tout le monde veut venir en France. Quand on écoute les discours politiques, on a trop d'immigration, etc. Donc on a un petit peu ce côté de, en fait, c'est hyper facile de venir ici. Qu'est-ce que tu voudrais leur dire à ces gens-là ?
- Speaker #0
Juste de se renseigner, d'aller regarder le site officiel. le site de l'ANEF, qui est le portail pour tout étranger qui veut faire une demande de titre de séjour, qui se renseigne sur quelles sont les conditions pour venir en France, quelles sont les conditions pour séjourner régulièrement, quelles sont les conditions pour être naturalisé. Et là, il s'en rendra bien compte de la réalité. Je dis souvent, la France n'est pas une passoire. Quand j'entends les politiciens dire « on va fermer les vannes » , « Mais de quoi tu parles ? Mais de quoi tu parles ? » Arrête en fait. Mais vraiment. Si vous voulez faire plus, arrêtez. Fermez les frontières. Parce que c'est hyper compliqué même d'avoir un visa touristique. Moi, ma mère, moi je suis française, ma mère a déjà eu des refus. Alors qu'elle a ses enfants français. Elle a des petits-enfants français. Donc, je ne sais pas ce qu'ils pourraient faire de plus. Donc, je dis à ces gens-là d'aller se renseigner, mais je pense que c'est trop compliqué pour eux. Et c'est pour ça que je fais ce podcast. C'est pour raconter la réalité des gens issus de l'immigration, en tout cas la nouvelle, parce que ceux qui sont des descendants, ils n'ont pas de problème administratif. Très bien, heureusement. Et juste d'arrêter d'écouter les fachos qui eux-mêmes, je pense, ignorent la réalité vraiment des démarches administratives pour venir et pour rester. Et aujourd'hui, c'est d'autant plus compliqué. Beaucoup d'associations dénoncent la maltraitance, mais aussi le défaut. de traitement des dossiers dans les préfectures, il y a des gens qui attendent leur titre de séjour depuis trois ans. Donc c'est des gens qui ne travaillent pas, qui ont des enfants. Comment ils font ? Et après, on va se plaindre qu'il y ait de plus en plus de gens dans la précarité, qui sont dans la précarité, ou des gens qui sont issus de l'immigration, qui sont au chômage. Tu m'étonnes !
- Speaker #1
Ça ne fait rien pour les aider à changer cette situation.
- Speaker #0
C'est, pour moi, encore une fois, un manque de... Oui, de culture et aussi un désintérêt pour le sujet. Ils traitent le sujet que d'un prisme et pas d'un autre.
- Speaker #1
En superficie. Et par rapport à ce que tu viens de dire, justement, la personne qui attend trois ans son titre de séjour, le stress du renouvellement, le stress administratif, psychologiquement, comment on tient, comment on garde sa dignité quand on doit cesser de trouver qu'on a le droit d'être là ?
- Speaker #0
Alors, il y en a qui ne tiennent pas. Il y a l'ONG Amnesty International qui a fait un rapport et qui a parlé des maltraitances psychologiques des étrangers. Et donc, il y a des gens qui sont en dépression, qui sont angoissés, qui font des crises d'angoisse. Donc, il y a ceux qui ne tiennent pas. Et puis, pour ceux qui tiennent, honnêtement, ce que je te disais, c'est la volonté, l'ANIAC. Et aussi, peut-être, si on a la chance de se faire aider grâce à son entourage, ses amis. de la famille aussi qui est stable en France, ne pas hésiter aussi d'aller vers eux et de se faire aider. Parce que tu sais, quand on est dans ce genre de situation, on a souvent tendance à se renfermer et à rester seul. Si vous avez la possibilité, en tout cas si vous avez la chance d'avoir des gens dans votre entourage qui peuvent vous aider, allez demander de l'aide. C'est le meilleur conseil que je puisse donner. Aussi, se rapprocher des associations qui existent heureusement. qui ne sont pas très soutenues par les budgets du gouvernement, mais qui continuent à exister. Donc, faites-vous aider.
- Speaker #1
Donc, ton conseil, en parler,
- Speaker #0
ne pas avoir honte. Tout le monde.
- Speaker #1
En parler, essayez d'avoir de l'aide où qu'elle soit, parce que demander de l'aide, ce n'est en aucun cas un signe de faiblesse, et au contraire, quand on voit effectivement les situations qui sont quand même très difficiles et à encaisser psychologiquement. et physiquement aussi, parce que je tapais des sprints de rien pour avoir un peu de conditions physiques. Mais ne pas hésiter à demander de l'aide, à en parler autour de vous et à vous renseigner sur les associations si jamais vous n'avez pas de famille à côté. Sur une note un petit peu plus positive, toi, quelle est ta plus grande fierté par rapport à tout ce que tu as traversé dans cette première partie administrative ? Tu arrives en France, tu arrives à avoir ton diplôme, tu l'as dit, tu as continué ton master, tu as une belle situation. À ce moment-là, c'est quoi ta plus grande fierté ?
- Speaker #0
C'est d'être un modèle pour certains jeunes. Ça, c'est ma plus grande fierté. Et qui se disent que... En fait, pas forcément pour des profils issus de l'immigration. Pour tout jeune qui a des projets professionnels. C'est d'être un modèle et je vois dans le regard de mes apprenants, de mes étudiants, une lueur. Parfois, quand je leur parle aussi de mon parcours personnel et professionnel, quand certains sont face à des difficultés aussi personnelles et professionnelles, le fait que je parle de mon parcours, ça leur donne de l'espoir. Je pense qu'ils se disent « c'est possible » , d'autant plus que je leur parle aussi, Jean-Joli ne veut rien, je leur parle vraiment de ma réalité. Et puis parfois, j'ai aussi des jeunes. qui vont adopter une posture de victime parce que c'est des troisième génération issues de l'immigration. Donc, je leur dis, on va s'asseoir, on va discuter ensemble et peut-être que tu vas relativiser. Donc, je pense que c'est ça.
- Speaker #1
Double fierté, parce qu'on parle certes du parcours administratif, d'être naturalisé, etc. Mais aussi, on parle de reconversion et de partir de la banque, de faire du marketing et de faire son chemin et d'avoir tracé une carrière comme tu l'as fait. assez incroyable, je le rappelle encore. Mais du coup, un vrai bel exemple complet et pas juste je suis partie d'Algérie et je suis venue en France, mais je me suis reconvertie, j'ai obtenu mes diplômes, j'ai eu l'ANIAC et j'ai un parcours qui fait que je suis là aujourd'hui pour vous transmettre aussi toutes ces valeurs. Moi, je trouve ça très beau. Moi, je suis fan de toi. Moi aussi. Et on va rentrer dans la partie signature du podcast Blédar.
- Speaker #0
Parce qu'en fait, il y a toujours des anecdotes que tu m'as racontées avant, mais que tu vas pouvoir raconter du coup au micro, qui sont surprenantes de par le manque de tact et finalement une stigmatisation qui arrive avec ses fausses bonnes intentions. Et alors, est-ce que cette stigmatisation, selon toi, elle a plutôt évolué au fil des années ou est-ce qu'elle est restée la même ?
- Speaker #1
Alors moi, perso, je n'ai pas souffert de stigmatisation au sens... classique. Je n'ai jamais senti vraiment, que ce soit au travail ou dans la vie de tous les jours, un racisme notoire, on va dire. Cependant, il y a certaines réflexions ou certains réflexes qui m'ont interrogée, par exemple, sur des situations de la vie courante. Typiquement, quand j'avais J'avais mon fils qui était petit, j'avais fait un rendez-vous à la PMI pour parler de diversification. Et donc, je discute avec la puerre et on me dit voilà, maintenant, il peut passer au solide, tout ça. Et dans quelques mois, vous savez, madame, vous allez pouvoir lui mettre une louche de votre tagine.
- Speaker #0
Normal.
- Speaker #1
Alors, je suis algérienne. Les tagines, c'est plus marocain. J'aime beaucoup les tagines. Mais c'est plus marocain. Voilà, ce genre de réflexion où, pareil, je suis partie à la crèche, à un goûter de clôture de fin d'année. La directrice me dit, dans le plus grand des calmes, je n'ai plus de thèlamante. Je n'ai rien demandé.
- Speaker #0
Ça me fait penser à une... C'est un humoriste, soit, qui disait ça, qui disait, ah, c'est ta chanson, c'est ta chanson. Ouais, c'est pareil. Ah, mais connant, dès que t'entends Yali Baba, allez, dis, c'est ta chanson. Non, mais attends... Tu ne sais pas qui je suis, tu ne connais pas ma culture, tu as des préjugés.
- Speaker #1
Je ne sais pas comment appeler ça, est-ce que c'est du racisme bienveillant, est-ce que c'est de la malade ? Mais des situations comme ça, il y en a plein. Parfois, on rigole avec mes copines, on parle de ça. J'avais une pote qui me disait, il y avait sa boss pour lui dire, ça c'est ton problème. Elle lui a dit, ça c'est ton couscous.
- Speaker #0
Oh là là ! Il n'y a pas la caméra, mais je suis... tellement choquée de ces propos parce qu'effectivement, ça parle d'une fausse bienveillance et en fait, c'est un gros cliché, quoi,
- Speaker #1
finalement. C'est fatigant au bout de 20 ans. C'est tout.
- Speaker #0
Tu m'étonnes. C'est tout. Tu m'étonnes. Du coup, comment toi, tu réagis à ça alors ? En fait,
- Speaker #1
je ne réagis pas. Je laisse couler et puis c'est dans une conversation. Qu'est-ce que tu vas dire ? Tu vas lui dire non, je n'aime pas le tadjik, tu vas faire. Tu laisses pisser, c'est tout. Puis c'est dans... Tu vois, c'est toujours furtif. Donc, tu n'as pas le temps d'intellectualiser le truc.
- Speaker #0
Oui, mais du coup, ça te marque à posteriori. Parce que j'aurais dû lire ça, j'aurais dû faire ça. Et finalement, ça te marque...
- Speaker #1
Mais même, tu vois, qu'est-ce que je vais lui dire ? Je vais lui dire, ah non, je préfère le Darjeeling pour le thé. Tu vois ce que je dis ?
- Speaker #0
Mais grave. Mais grave. Mais bien sûr. Je ne bois pas de thé, je bois que du café. Bim, elle tombe dessus. Non, mais après, voilà, je suis un peu dans le choc. Donc, je me dis, il faut faire ci, il faut faire ça. Mais c'est vrai que quand on le subit... C'est comme n'importe quelle agression, sur le coup, on réagit pas.
- Speaker #1
En fait, t'es sidéré de la situation.
- Speaker #0
Est-ce que t'as trouvé, à l'inverse, peut-être au travail, où c'est peut-être moins sidérant, parce qu'on a l'habitude d'être labellisé, etc., peut-être un petit ton d'humour, une petite ristourne ? Est-ce que toi, t'as une répartie ou une astuce qui permet de désamorcer cette situation de racisme bienveillant, si on peut l'appeler comme ça ?
- Speaker #1
Je te le dis, hein ! À part ces situations, après, j'avais eu un boss qui ne voulait pas reconnaître que Zidane était algérien.
- Speaker #0
Tu vois, donc je... C'est pour lui, ça aussi. Pour lui, il était français. Il était hors de question qu'il soit algérien.
- Speaker #1
Il est français. Non, il n'est pas algérien. Non, c'était... Donc, je le chariais un peu là-dessus en lui disant qu'il était kabyle comme moi, tu vois, où je lui parlais de ses origines. Donc, ça me grandit.
- Speaker #0
Ça l'énervait pourquoi ?
- Speaker #1
Pour lui, c'était un produit purement français. Point. Alors que la réussite ne pouvait pas être associée à l'Algérie.
- Speaker #0
Alors, on en parlait hors micro. Le fait d'avoir une binationalité, c'est d'avoir deux cultures. Et on en parlait, parce que je crois que ça ne sera peut-être pas forcément... Enfin bref, je spoil un peu, je suis dans le désordre. Mais c'est demander à une personne, parce qu'elle réussit pour son pays, la France, pour lequel elle a joué. d'omettre le fait qu'elles soient d'une autre nationalité également, d'effacer finalement ce binationalisme pour...
- Speaker #1
Alors qu'elles peuvent complètement coexister. En tout cas, moi, c'est le cas aujourd'hui. Je suis autant française qu'algérienne et j'ai l'impression que ça fait chier les gens.
- Speaker #0
Oui, je te regarde avec des gros yeux parce que je me dis, mais pourquoi ça fait chier les gens ? C'est quoi le problème ?
- Speaker #1
C'est binaire.
- Speaker #0
Oui, tu ne peux pas être et algérien et français. Il faut choisir. Magnifique. Alors aujourd'hui, tu es naturalisée française. Comment s'est passée cette démarche ? Je dis que c'est un grand moment.
- Speaker #1
C'est un grand moment. C'était prête ! Are you ready ? Est-ce que vous êtes prêts ? Je vous entends pas là. Oui ? Alors, comment c'était ? C'était long ? C'était long, ça a pris un an, mais c'est pas le plus long. Aujourd'hui, ça prend encore deux, trois ans. J'ai un invité, je crois que ça lui avait pris trois ans. La nationalité, donc après, les documents, tout ça. C'est OK dans tous les pays pour être naturalisée. Il faut un certain nombre de documents sur tes ressources financières, sur ta stabilité. Il fallait aussi que je prouve que j'étais très intégrée dans la société et que j'étais très engagée socialement dans le sens où je devais prouver que j'étais membre d'association.
- Speaker #0
Ah ouais ?
- Speaker #1
Hum hum. Comme si tous les Français étaient membres d'associations.
- Speaker #0
C'est exactement ce que j'allais te dire.
- Speaker #1
Il s'avère que j'étais membre d'associations par engagement personnel quand je suis arrivée en tant qu'étudiante. C'est l'une des premières choses que j'ai faites. Donc voilà. Et ce n'est pas le plus compliqué. Le plus compliqué, c'est le rendez-vous. En tout cas pour moi, ça a été le rendez-vous. Donc on te pose des questions sur l'histoire de France, ça n'a aucun problème. J'avais révisé la République, l'histoire vraiment.
- Speaker #0
Ce serait bien que les Français la prennent aussi. Parce que, clairement, il y a des vidéos que je vois sur la Gen Z passées. Il y a des petits trous dans la passoire.
- Speaker #1
Et encore, c'est devenu beaucoup plus compliqué maintenant. Il y a des tests qui sont beaucoup plus soutenus ou même il y a des associations qui ont fait passer ça à des hauts responsables. Ils n'ont pas réussi le test. Voilà.
- Speaker #0
Alors nous,
- Speaker #1
il n'y avait pas de test officiel. Il y avait un questionnaire par préfecture. Voilà, mais ils faisaient leur truc. Il s'avère que pendant cet entretien, j'ai été ramenée à mes origines, bien entendu. Donc les questions qui étaient un peu tendancieuses, celles qui m'ont marquée, sont Vas-tu à la mosquée ? Est-ce que ton mari te laisse travailler ?
- Speaker #0
Alors qu'avant, tu justifies quand même d'un salaire et d'une situation.
- Speaker #1
Oui, ça faisait... Ça faisait combien de temps ? Ça faisait plus de dix ans que j'étais enfant. Donc, Anthony, est-ce que tu as besoin de l'autorisation de ton mari pour travailler ? Est-ce que je côtoie des gens de ma communauté ? Quand on disait tout à l'heure que je fréquente des gens de ma communauté, ça veut dire que je ne fréquente pas les autres ? J'ai répondu, je ne fréquente pas. aussi bien des gens de ma communauté que des Français, que des étrangers d'autres pays.
- Speaker #0
Ben oui.
- Speaker #1
Et que pensez-vous du port du voile en France ?
- Speaker #0
Il y a vraiment cette question ? Oui.
- Speaker #1
OK. C'était sous Sarkozy.
- Speaker #0
Oui.
- Speaker #1
Bon, après, j'ai envie de te dire sous... Sous Rotaillot. Oui,
- Speaker #0
il faut se garder. OK.
- Speaker #1
Voilà.
- Speaker #0
Ok, et donc si tu réponds bien aux questions, tu es naturalisée. Si tu ne réponds pas bien, tu reprends un rendez-vous pour l'année d'après ?
- Speaker #1
Non, c'est deux ans.
- Speaker #0
C'est deux ans.
- Speaker #1
C'était deux ans. Si tu avais un refus, il fallait attendre deux ans avant de relancer la machine.
- Speaker #0
C'est quand même beaucoup de clichés qui sont dans ces questions.
- Speaker #1
Et je pense qu'ils ont un questionnaire Afrique et le reste du monde. Quand je dis Afrique, c'est du Nord, Afrique subsaharienne. Et peut-être aussi un formulaire musulman, assimilé musulman.
- Speaker #0
De fou, parce que tu n'as pas demandé le voile à un Portugais, tu n'as pas demandé à la mosquée. Ok, c'est sympa ça. C'est une belle ouverture d'esprit en tout cas pour avoir la nationalité. Il y a peut-être même un flag Algérie. Peut-être,
- Speaker #1
complètement. J'en suis sortie, je me suis dit, est-ce que j'ai bien répondu du coup ? C'est ça,
- Speaker #0
c'est ce que j'ai demandé.
- Speaker #1
Quelle réponse est attendue ? Moi, j'ai été... Moi-même, tu vois. Quelle réponse est attendue ?
- Speaker #0
Et du coup, ça se termine, ils disent merci, au revoir, on vous tient au courant. Oui,
- Speaker #1
merci, au revoir, on vous tient au courant. Après, c'est encore six mois.
- Speaker #0
Six mois d'attente ?
- Speaker #1
Oui.
- Speaker #0
Pour savoir si tu es naturalisée ou pas ?
- Speaker #1
Oui.
- Speaker #0
Et alors, quand tu le découvres ? C'est quoi ? C'est un papier que tu reçois ?
- Speaker #1
C'est un papier que tu reçois. Après, c'est un décret en fait. Donc tu reçois un papier qui te dit que tu as été naturalisée. Après, c'est un décret qui sort, qui dit que tu es naturalisée. Et là,
- Speaker #0
un soulagement.
- Speaker #1
Un soulagement, là tu es délivrée. Après, tu récupères ton... En tout cas, moi j'avais récupéré mon journal officiel où il y avait écrit mon le décret. Il y avait écrit que je suis naturalisée française.
- Speaker #0
Ok. Et ça a changé quelque chose ? Hormis, bien sûr, toute la facilité, j'imagine, administrative. Ça a changé quoi dans ta vie ?
- Speaker #1
Le fait que quand je me présente, je dis que je suis franco-algérienne. Je dis que je suis franco-algérienne, je ne dis pas que je suis algérienne. Encore une fois, c'est intégré dans mon quotidien, dans ma réalité aujourd'hui. Le fait de dire que je suis franco-algérienne, de parler aux gens, et que les gens m'interrogent sur la France quand je parle étranger.
- Speaker #0
Une vraie, enfin une vraie. Une assimilation des deux pays. La binationalité dont on parlait tout à l'heure.
- Speaker #1
C'est ça.
- Speaker #0
C'est-à-dire il y a les deux. Ok, c'est beau. Et t'as fait une fête ? T'as fait quelque chose ? On fait quoi ? Une fois qu'on est naturalisé, est-ce que c'est un peu comme un mariage ? Non,
- Speaker #1
on ne fait pas ça. Mais il y a certaines préfectures, en tout cas moi à l'époque, ils faisaient une cérémonie.
- Speaker #0
Ah, c'est ça.
- Speaker #1
Donc il y a le préfet, mais ça se fait de moins en moins. Donc il y a le préfet qui appelle les... naturalisé, on récupère un exemplaire de notre décret, en tout cas moi j'avais récupéré un exemplaire, les déclarations des droits de l'homme, que j'ai toujours, dans un petit ruban, et on chante la marseillaise.
- Speaker #0
C'est un peu cliché, mais bon, il faut. Très bien. Déjà, merci d'avoir partagé tout ce parcours. J'ai encore quelques petites questions. Si tu devais dire une seule chose ? aux personnes qui sont dans ta situation aujourd'hui, donc qui galèrent avec leurs pas de pied, qui se sentent invisibles aussi, parce qu'on en parlait hors micro, mais c'est vrai qu'on a aussi des personnes qui viennent des pays qui sont de Colombie, Espagne, Portugal, qui galèrent tout autant, mais pour le coup, on minimise leur parcours.
- Speaker #1
Tout à fait.
- Speaker #0
Ou même des personnes qui se sentent invisibles parce qu'elles n'ont pas d'aide, qu'elles n'en ont pas parlé, etc. Si tu avais un message, une chose à leur dire, ce serait quoi ?
- Speaker #1
Ce serait de se renseigner. En fait, comme les choses ne sont pas très bien faites pour les étrangers, il y a plein d'infos qui sont hyper utiles pour les étrangers, sur leurs droits notamment. Et ces infos-là, si tu ne les cherches pas, tu ne les trouves pas. Aujourd'hui, il y a l'IA générative qui nous permet de nous renseigner assez rapidement. Mais après, bien sûr, précisant les sources toujours. mais vraiment, renseignez-vous. Renseignez-vous et faites-vous aider encore une fois. Ne restez pas ne restez pas seuls. C'est vraiment le conseil que j'ai à leur donner.
- Speaker #0
Ok. Alors, je fais un petit parallèle. Moi, j'ai vécu en Australie et j'ai dû ouvrir un compte en banque, etc. Mais j'ai un ami, Sofiane, qui m'a pris par la main, qui a tout fait pour moi, pour m'aider, parce que sinon, j'aurais perdu des semaines, des mois, j'aurais pleuré, etc. Donc, c'est vrai que J'insiste un peu lourdement là-dessus, mais demandez de l'aide à des amis, renseignez-vous, parce que ça peut vous ouvrir des portes et vous faciliter en tout cas l'accès à certaines informations. Il y a alors aux Français qui nous écoutent et qui... Qu'est-ce qu'on pourrait leur dire, qu'est-ce que tu pourrais leur dire pour qu'ils comprennent la réalité ?
- Speaker #1
Déjà, de s'intéresser aux étrangers.
- Speaker #0
Est-ce que vraiment ils en connaissent, des étrangers ?
- Speaker #1
Vraiment, est-ce qu'ils les connaissent dans leur vie de tous les jours ? Vous ne les connaissez pas, alors intéressez-vous sur les réseaux. Il y a plein de gens qui partagent leur parcours sur Instagram, par exemple. Il y a plein d'avocats aussi qui parlent des parcours d'immigration et des cas qui sont vraiment absurdes de traitement de dossiers d'immigrés. Encore une fois, se renseigner et ne pas laisser les médias classiques. s'accaparer la réalité des récits de ces personnes-là. Parce que c'est toujours déformé. Les chiffres, on peut les faire parler comme on veut. Je suis bien placée, j'ai fait 7 ans en institut d'études, donc on interprète un chiffre comme on veut. Donc allez vous-même vous renseigner. Tout est sur Internet. Tous les rapports d'immigration sont sur Internet. Le dernier rapport de l'OCDE est sur Internet. Donc, renseignez-vous. Je sais que ça demande un effort, mais ça nous évite des fachos. Voilà !
- Speaker #0
Ce serait un bon fil rouge, renseignez-vous. Si tu pouvais... Écrire un mot à la femme que tu étais le jour de ton arrivée. Si tu pouvais lui dire quelque chose, ce serait quoi ?
- Speaker #1
Crois en toi. Crois en toi.
- Speaker #0
C'est beau. C'est une belle conclusion.
- Speaker #1
Je lui dirais crois en toi. Parce que c'est dur.
- Speaker #0
C'était dur, mais tu as eu le bien. J'ai douté,
- Speaker #1
j'ai douté, mais je lui dirais ça. Je lui dirais crois en toi, tu as de la ressource.
- Speaker #0
Et c'est un message qu'on pourrait transmettre à tous les auditeurs qui doutent et qui se disent que c'est difficile en ce moment, etc. Oui,
- Speaker #1
on a des ressources qu'on ne soupçonne pas, franchement. Être persévérant, résilient aussi. Mais tout ce que j'ai eu, là pour le coup, moi, je n'ai pas eu beaucoup d'aide. Je n'avais pas de réseau. Tout ce que j'ai eu, je l'ai arraché avec mes dents, mes pieds, mes doigts, mes mains, tout. Je l'ai arraché, j'ai tout arraché. Vraiment. Donc, faites-vous confiance, croyez en vous et allez chercher cet avenir que vous voulez construire.
- Speaker #0
Merci beaucoup, Asila. Je trouve que c'est un témoignage magnifique. C'est important que tu partages ton histoire aussi sur ton podcast. Merci. Beaucoup d'authenticité et de générosité dans ton partage. Donc, merci.
- Speaker #1
Merci à toi d'avoir accepté cette invitation et d'assumer cette tâche qui n'est pas... Ce qui n'est pas facile, mais j'étais ravie de te raconter mon histoire un peu plus personnelle. Parce qu'on se connaît, mais il y a des détails que tu ne connais pas. Et donc, je les ai partagés avec toi et avec nos auditeurs et nos auditrices. J'espère en tout cas que maintenant, vous me connaissez un peu mieux. Et j'espère aussi que cet épisode vous a plu. Donc, je vous dis à bientôt pour un prochain épisode. Et merci encore, Élodie. Merci à toi aussi.