- Speaker #0
J'ai été kick-off de France en 2000.
- Speaker #1
Est-ce que tu pourrais ?
- Speaker #0
Je me suis fait tej.
- Speaker #1
Pour les non-bilingues.
- Speaker #0
Je me suis fait jeter. Entre temps, moi je sortais avec une meuf à l'époque. Pourquoi tu rigoles ? Non mais on s'en fout pas parce que c'est la suite. Tu vas voir, elle juge.
- Speaker #1
Eh ben, comme quand on peut toujours plaire à la nana du guichet.
- Speaker #0
C'est important.
- Speaker #1
Mais moi ça marche pas trop sur nous. Bonjour à toutes et à tous et bienvenue dans ce nouvel épisode de Blédard, les voies invisibles. Aujourd'hui, je reçois Sami, qui est dentiste de métier et qui a un side project assez surprenant. Bonjour Sami.
- Speaker #0
Bonjour.
- Speaker #1
Est-ce que tu peux nous parler justement de ce parcours-là de dentiste et évoquer le side project et nous en parler un peu plus ?
- Speaker #0
Ouais, t'as tout bon, je m'appelle Samy, je m'appelle Samy Graïne, je suis chirurgien dentiste depuis 2005, je suis diplômé depuis 2005, et là ça fait maintenant trois ans que je fais du stand-up à côté. Voilà, donc c'est la side quest de ma vie, c'est la scène.
- Speaker #1
Et comment tu es venu à en faire un side project aussi concret ? Parce que moi je t'ai vu en spectacle. et il y avait des gens en salle t'étais pas tout seul donc t'as quand même une petite notoriété et c'est assez surprenant pour un dentiste moi je pense que mon side quest c'est plus dentiste finalement avec du recul quand
- Speaker #0
moi je suis arrivé là c'est pas la première fois de ma vie je pense où je me suis demandé ce que je voulais vraiment faire c'était de la scène. J'ai atterri dans la dentisterie Pas par obligation, mais en fait, mon père était dentiste. Donc, c'était une suite logique. Je reprends le cabinet du daron. Donc, les parents, ils ont été assez malins pour ne pas me forcer à le faire, pour me le suggérer jusqu'à ce que je me dise après le bac, tiens, je vais faire ça. Mais je n'ai jamais eu... Enfin, je ne me suis pas restreint pour faire dentaire à une époque où j'aurais pu vouloir faire de la scène. Je pense que si j'avais voulu à l'époque la faire, je l'aurais faite. Mais ouais, écoutez, à un moment, ça m'a appelé. naturellement. Je ne peux pas dire exactement une raison précise comme ça, c'est juste que je kiffe.
- Speaker #1
Une information que n'ont pas nos auditeurs et nos auditrices, c'est que tu es originaire d'Algérie, donc tu as grandi dans une ville qui s'appelle Sétif.
- Speaker #0
Ouais, ouais, ouais ! Big up à Sétif !
- Speaker #1
Et donc, tu avais exercé pendant deux ans là-bas. Non, plusieurs années.
- Speaker #0
Alors, je suis né à Alger. Je suis né le 21 mars 1983.
- Speaker #1
Pour ceux que ça intéresse.
- Speaker #0
Exactement. Pour ceux qui s'en battent les steaks. C'est aussi la même chose, c'est une information, vous en faites ce que vous voulez. Je suis né à Alger, à Elbière. Et je pense que je devais avoir 3-4 ans quand les parents ont déménagé vers Sétif. Donc Sétif, c'est une ville du nord-est de l'Algérie. Très, très belle ville que je kiffe, que j'aime d'amour. Et donc j'ai grandi là-bas jusqu'à ma terminale. J'ai fait toute ma scolarité là-bas. Ensuite, il n'y avait pas de fac de chirurgie dentaire à Sétif, donc j'ai dû m'inscrire à Alger, donc retour à Alger, la ville où je suis né. Ensuite, diplômé en 2005, j'ai bossé peut-être un an dans le cabinet de mon père à Sétif. Ensuite, je suis venu en France pour me spécialiser. Je suis retourné ensuite en Algérie un peu malgré moi, mais finalement, c'était cool. Et j'ai rebossé là-bas deux ans pour ensuite revenir à Paris et m'installer définitivement.
- Speaker #1
Et quand tu dis malgré toi,
- Speaker #0
qu'est-ce qui s'est passé ? C'est parce que j'ai été kick-off de France en 2000.
- Speaker #1
Est-ce que tu pourrais...
- Speaker #0
Je me suis fait têche.
- Speaker #1
Pour les non-vilains.
- Speaker #0
Je me suis fait jeter. En fait, on ne m'a pas renouvelé mon titre de séjour d'étudiant à l'époque. Et moi, je ne voulais pas rester avec des... Comment on appelle ça ? prolongation, truc provisoire ou quoi. Donc moi, je m'étais dit...
- Speaker #1
Et pourquoi tu t'es fait kick-off ?
- Speaker #0
Pour aucune raison. Ils n'ont juste pas accepté le renouvellement.
- Speaker #1
Et ils ne t'ont pas dit pourquoi ?
- Speaker #0
Si, ils m'ont dit que ça n'ouvre pas le droit au renouvellement. Alors c'était complètement faux parce que j'avais des amis avec moi à l'époque, un étudiant qui était étranger qui l'avait eu, donc je ne comprenais pas. Je pense que la meuf du quichem n'a pas kiffé. Ouais,
- Speaker #1
de toute façon, c'est à la tête du client.
- Speaker #0
Ouais, après ma tête, ça va.
- Speaker #1
Ouais, en vrai.
- Speaker #0
On va voir, ça va. Vous ne voyez pas, là, dommage, il n'y a pas, mais là, ça va. On va voir la photo.
- Speaker #1
Et donc, tu es rentré ?
- Speaker #0
Je suis rentré, j'ai bossé deux ans et en fait, j'avais fait un recours. Pardon, deux secondes, je bois un verre. Alors, il faut savoir, chers auditeurs et auditrices, qu'elle a horreur des bruits à côté. Donc, je vais vous faire un bruit de moi qui bois du thé. Non,
- Speaker #1
mais il est grave, lui. Mais c'est pour la qualité de l'audio !
- Speaker #0
Si tu coupes pas ça au montage, je t'aime.
- Speaker #1
Je coupe pas, j'assume.
- Speaker #0
C'était quoi la question ?
- Speaker #1
La question... Ok, donc t'as été kick-off, donc t'as bossé... T'as bossé quoi, deux ans ?
- Speaker #0
Comment je suis revenu, c'est ça la question. En gros, moi j'avais fait un recours. Donc entre temps... J'explique vraiment ?
- Speaker #1
Je ne rentre pas dans le nom des serfas, mais...
- Speaker #0
Non, bien sûr que non. Madame Deleuze, elle s'appelait. J'étais... Je devais terminer une formation qui allait sur deux ans. Donc je devais faire les examens de la première année pour passer ensuite à la deuxième année de spécialisation. Ça s'appelait la pathologie des muqueuses buccales. Bon, là,
- Speaker #1
on s'en fout.
- Speaker #0
On s'en fout. Du coup, pour le coup... Pour le coup... Et du coup, je vais pour renouveler mon titre de séjour, parce que c'est des titres de séjour d'un an, et ils me disent non, vous n'avez pas le droit. Après, moi je trouve ça aberrant, je monte sur mes crans-chevaux, qu'est-ce que c'est que cette histoire et tout, et je demande à voir la responsable. Donc je vais vraiment voir la directrice de la préfecture. S'il te plaît. Ouais, la directrice. Enfin,
- Speaker #1
c'est la préfète, quoi.
- Speaker #0
Je sais pas si c'est la préfète, en tout cas c'est la directrice. Elle avait un truc de directrice sur le ensemble. Ok, peut-être des services. Des services, peut-être.
- Speaker #1
Étrangers.
- Speaker #0
Et du coup, elle me reçoit, elle me dit, c'est pas moi, alors moi je peux pas décider. Je lui dis, mais si c'est pas vous, c'est qui du coup ? Après elle m'a dit, bon, je lui dis, mais moi j'ai un examen en plus à passer pour l'année prochaine. Elle me dit, ok, c'est quand votre examen ? Elle a été sympa. Elle m'a dit, je vous prolonge, je vous donne un papier pour avoir le temps de passer votre examen et vous avez une semaine derrière, comme ça vous pouvez faire vos valises et vous casser. Donc entre temps, moi je sortais avec une meuf à l'époque. Pourquoi tu rigoles ? Non mais on s'en fout pas parce que c'est la suite, tu vas voir. Elle juge hein ! Mais vraiment ! Alors je t'explique, je t'explique pourquoi.
- Speaker #1
Si c'est un élément central de l'histoire, je veux bien l'entendre. Ok, écoutons.
- Speaker #0
Regardez, alors je sortais avec une meuf à l'époque. Et cette meuf-là m'avait dit, écoute, elle a été super cool parce qu'elle avait son père, je pense, qui connaissait un avocat, une avocate qui était spécialisée dans le droit des étrangers. Elle m'a pris un rendez-vous avec elle. Donc l'avocate, elle me dit, on va faire un dossier de recours. Donc elle envoie le recours. Moi, en attendant, je suis en train de réviser pour mon examen. Et je lui dis, par contre, maître, moi, la veille de l'expiration du papier que j'ai là, si je n'ai pas de réponse, je me casse. Moi, je ne suis pas là pour raser les murs ou avoir peur de mon ombre ou quoi que ce soit. Et la veille, il n'y avait pas de réponse. Donc, je me suis cassé. Et je suis resté en bon terme avec cette ex. Selon OECD, tout le monde se fout, mais pas du tout. Elle s'appelait Alix. Et du coup, je rentre en Algérie. Je fais une croix. Je tire une croix sur ma vie ici. Je rentre. Et sur Alix,
- Speaker #1
du coup ?
- Speaker #0
Sur Alix aussi, bien entendu. Mais on reste en très bon terme. Bon, encore, c'est gentleman. Et du coup, en rentrant en Algérie, je commence à taffer. Et puis, je reçois un appel d'elle, genre peut-être un an et demi après. Elle me dit, ouais, j'ai reçu un courrier à ton nom. Est-ce que je l'ouvre ? Ah, tu vois que ça t'intéresse. Et je lui dis, ouais, vas-y, ouvre. Eh bien, c'était la réponse au recours.
- Speaker #1
Un an après.
- Speaker #0
Un an et demi après. Donc, c'était une lettre de la préfecture me disant, voilà, votre titre de séjour est prêt et vous attend. C'était une erreur de notre part, parce qu'on avait fait un recours avec le truc et tout. Et donc moi, du coup, j'appelle et c'est ça qui a réactivé le truc de Je Reviens. Parce que moi, j'étais rentré en Algérie en me disant, vous savez quoi ? Je suis bien dans mon pays, ce qui est vrai en plus. Et du coup, je rappelle la préfecture, je leur dis, vous êtes mignons, mais moi, je suis rentré en Algérie. Ils me disent, écoutez, vous n'avez qu'à redemander un visa. Vous redemandez un visa et avec la lettre qu'on vous a envoyée ici, ça passera. Donc moi, je me pose mille et une questions. Après, je le fais. Je vais à Annaba. Je vais au consulat d'Annaba. Parce que ces tifs, on dépendait d'Annaba. Je redemande le visa avec... Alors, il y a encore une histoire de meuf. Mais ça a du sens, je vous jure. Je vais au consulat d'Annaba. Je pose le dossier avec la lettre du préfet me disant c'est bon, c'est renouvelé, etc. La meuf du guichet, elle prend mon dossier. Je rentre, je prends ma voiture pour rentrer à ces tifs. Un numéro de téléphone, un numéro inconnu qui m'appelle. Je réponds, c'était la meuf du guichet. Elle me dit, ouais, je sais que c'est pas professionnel et tout, mais je vous ai trouvé mignon. Je te jure que c'est vrai. Elle me dit, je te jure que c'est vrai.
- Speaker #1
Vous voyez pas comment je le regarde. Je sens le mytho arriver.
- Speaker #0
Je vous jure que c'est vrai. Vas-y,
- Speaker #1
je t'écoute.
- Speaker #0
Moi, je me dis, la meuf à travail...
- Speaker #1
C'est pas Georges Clooney non plus.
- Speaker #0
C'est des goûts et des couleurs, c'est tout. Je dis pas que je suis Georges Clooney, mais c'est mon histoire. Tu la veux ou tu la veux pas ?
- Speaker #1
Dans le cadre de l'émission.
- Speaker #0
Elle est pas très... On n'est pas bien reçus. Et du coup, moi, la meuf, elle bosse au consulat, donc bien entendu, je lui dis, bien sûr, vous pouvez m'appeler quand vous voulez. Juste, mais nous, bien quoi, pour le dossier. Et du coup, Deux, trois semaines après, je reçois mon passeport. Mon passeport APS ou comment c'était ? UPS. Ouais, UPS. Je l'ouvre, refus.
- Speaker #1
Du visa ?
- Speaker #0
Du visa. Ouais. Je me dis, qu'est-ce que c'est que ce délire ? Du coup, j'ai le numéro de la meuf, je l'appelle. Je fais, ouais, ça va, c'est le mec mignon, là. Le mec mignon. Je dis, c'est comment ? Ils ont refusé. Elle me dit, quoi et tout ? Attends, je te rappelle, en fin de journée, je suis au taf. Eh ben, elle me rappelle, elle demande à son supérieur, tu sais ce qu'il lui dit ? Il lui dit, ah, le dentiste, là ? Oh, c'est bon, il redemandera.
- Speaker #1
Ah ouais.
- Speaker #0
Je t'aime. te jure. Et là, elle me dit écoute Sami, je te promets, repasse, redemande et c'est moi qui suis ton dossier de A à Z.
- Speaker #1
Et donc t'as dû repayer tout ça ?
- Speaker #0
J'ai refait et c'est passé.
- Speaker #1
Et ben... Comme quand tu es toujours au plaire à la nana du guichet.
- Speaker #0
C'est important. Mais bon,
- Speaker #1
ça marche pas trop sur nous.
- Speaker #0
Et après, du coup, quand je suis revenu, c'est là où je me suis dit tu sais quoi, je passe mon équivalence ici. Parce que je vous... En fait, la première fois où j'étais venu pour être franc avec toi, c'était vraiment... Moi je suis bien un Algérien. Mais j'étais venu pour... Il y a mon chat, si vous entendez une clochette à côté à mon chat, il s'appelle Vénus.
- Speaker #1
Vous avez tous les fonds sonores dans cet épisode.
- Speaker #0
Et du coup, moi, je suis venu vraiment, franchement, pour la vie sociale. Je commençais à m'ennuyer un petit peu. J'ai dit quoi ? 2005, j'avais quoi ? J'avais 22 ans ? Non, ouais, 22-23 ans. Donc, tu as envie de bouger et puis tu regardes... Tu regardes la télé, tu regardes tes potes qui sont là-bas. Non, mais même, tu vois la télé, tu te dis, putain, ça a l'air d'être cool. Mais ce n'est pas la vraie vie,
- Speaker #1
tu vois. Oui,
- Speaker #0
mais tu te dis, c'est cool. Donc, c'est ça qui m'a amené. Et donc, la première fois où je suis venu, j'étais vraiment dilettante. Bon, étudiant, j'étais quand même... Moi, je suis un bosseur un petit peu, donc je prenais ça au sérieux. Mais je kiffais la life aussi. Je sortais, je me faisais des potes, des petites soirées, la vie parisienne. Mais la deuxième fois, du coup, quand je suis revenu, je m'étais dit, tu sais quoi, on va dans le concret, je passe mon équivalence et voilà, je l'ai eu et depuis je suis là.
- Speaker #1
Ok, donc une arrivée en France mouvementée et ouais.
- Speaker #0
Non mais c'était cool, je ne l'ai pas mal vécu.
- Speaker #1
Tu n'as pas mal vécu le fait qu'on a... Non,
- Speaker #0
absolument pas.
- Speaker #1
Même pas quand tu es refusé ? Bon,
- Speaker #0
je te jure, je m'étais juste dit, c'est un signe, j'entre.
- Speaker #1
Ok.
- Speaker #0
Même mon avocate m'a dit, vous avez le droit à partir du moment où on fait un recours, vous pouvez le garer. Mais moi, je dis non, en fait. Donc,
- Speaker #1
la préfecture, ça n'a pas été pour toi une torture ou une désexpérience ?
- Speaker #0
C'était chiant parce que j'avais mon ex, en fait. J'étais amoureux. Donc, c'était plus ça. Le souvenir que je garde, c'était j'étais amoureux et je n'avais pas fini la formation. Oh,
- Speaker #1
t'es romantique.
- Speaker #0
Je l'étais. Ça change depuis. C'était en 2006. C'est une expérience. 20 ans après.
- Speaker #1
Et donc, suite à ça, aujourd'hui, t'es installé à Paris. en tant que dentiste. Donc, tu pratiques depuis du coup, combien d'années ?
- Speaker #0
En France ? Alors, j'ai bossé dans des opérations. Je vais dire comme ça, peut-être depuis 2011. Ça fait quoi ? 15 ans à Paris ? 15 ans,
- Speaker #1
oui. Et dans cette vie-là parisienne, est-ce qu'il y a des choses qui t'ont surpris ou étonné globalement ? Non pas sur la vie parisienne. Classique, mais par rapport à ton profil à toi en tant qu'étranger. Est-ce qu'il y a des choses où tu t'es dit, c'était un peu lié au fait que tu sois étranger ou pas ? Des anecdotes ?
- Speaker #0
Anecdotes, peut-être les recherches d'appart. Les recherches d'appart, ça m'a marqué. Parce que je suis arrivé, j'ai atterri chez un cousin, moi. Je dis son nom aussi, tout le monde s'en fout, mais il s'appelle Taar, Big Up Taar. Il m'a accueilli, il habitait dans le 19ème studio, j'ai partagé les datés, le lait avec lui à l'époque du Zarko. Le
- Speaker #1
Zarko, c'est-à-dire qu'on n'a pas de thune.
- Speaker #0
Ouais, le Zarko c'est vrai, c'est fauché. A l'époque on était fauché, mais c'était vraiment une belle période de ma vie moi je trouve. Donc j'étais collé avec lui dans un petit studio et j'ai galéré à trouver un appart.
- Speaker #1
Parce que t'avais pas de garant ?
- Speaker #0
Non j'avais un garant mais c'était dur quoi, j'ai eu de la chance, alors moi je suis un anti, mon père il a couvert un petit peu, je vais pas faire d'algérien torturé, ouais je suis venu j'ai galéré, alors j'ai galéré un peu parce qu'en fait j'avais un peu de thunes que mon père m'avait passées pour louer, en gros il me disait écoute je te loge, tu trouves un truc pas cher j'assume et après ta vie, ta bouffe et tout tu gères tout seul, donc j'ai fait des petits boulots à droite à gauche, ah tiens ça ça m'a marqué aussi. Mon premier taf, c'était vendeur de pommes dans un marché.
- Speaker #1
Carrément.
- Speaker #0
C'était génial, parce que je ne connaissais pas du tout les pommes, enfin les variétés de pommes. Je viens de Sétif, je connais les pommes vertes, les pommes rouges. Je ne me pose pas trop de questions. Les jaris, c'était une pote d'un pote qui m'a mis sur le plan. Les marchés, il faut se réveiller tôt, mais c'était bien payé. Je crois que je me faisais 50 balles la matinée. C'était cool, tu es étudiante, tu as 50 euros. Tu fais ça deux fois par semaine, c'est bien, vu que le loyer t'est payé. Et du coup, c'était une très, très belle expérience. J'ai appris c'est quoi les commis, les jaunes à gold et tout. Et je mitonnais grave aux clients parce qu'ils me demandaient elles sont comment les jaunes à gold ?
- Speaker #1
Aujourd'hui ?
- Speaker #0
Et moi je disais, croquantes, c'est ce qu'il y a de fameux. Donc ça, c'était bien. J'ai fait aussi veilleur de nuit. Ça, c'était pas cool. J'ai bossé chez un cabile. Il m'a mis la misère un peu.
- Speaker #1
Hé, je suis cabile. Moi, je suis cabile aussi. les cabiles peuvent mettre la misère aussi mais ça sert à rien de le préciser dans ce cas là si,
- Speaker #0
pourquoi je précise que je suis algérien en fait c'est pourquoi c'est important parce que le jour de l'entretien il me dit mais je connais ton père,
- Speaker #1
je lui donne mon nom de famille il me dit ouais on est du même village et tout je lui dis trop bien il m'a fait la misère il y a peut-être quelque chose contre ton père peut-être, j'ai jamais pensé à ça et donc aujourd'hui ça y est c'est derrière toi ces histoires de paplard de pommes et tout Merci. Pourquoi je fais le lien entre les dents et les pommes ?
- Speaker #0
Parce que ça brosse les dents, les pommes.
- Speaker #1
Ça doit être ça. J'ai dû l'apprendre à un moment de ma vie. Et donc, aujourd'hui, t'es français ?
- Speaker #0
Je suis naturalisé.
- Speaker #1
Depuis quand ?
- Speaker #0
2019. Ouais, 2019. C'était Covid. J'ai eu une naturalisation Covid, moi.
- Speaker #1
Ok. À Paris ?
- Speaker #0
À Paris, oui.
- Speaker #1
Et tu te souviens des démarches, de comment ça s'est passé ? Est-ce que c'était pour toi un truc...
- Speaker #0
Genre le dossier, c'est quoi et tout ? Non, je m'en rappelle pas.
- Speaker #1
On va pas rentrer dans le dossier, mais... Est-ce que pour toi, c'était une expérience ?
- Speaker #0
C'était stressant, parce qu'il y avait beaucoup, beaucoup de papiers à... À fournir ? À fournir. L'entretien, il s'était pas trop mal passé, moi. Voilà, Nana, elle était cool avec moi.
- Speaker #1
C'était ton ex aussi ?
- Speaker #0
Non, c'est pas mon ex. Elle n'a pas pris mon numéro de téléphone. Non, c'était une dame sympa, écoute. C'était sympa. Je n'ai pas senti de truc comme ça. Contrairement à la dame de la préfecture. Un jour, je l'empatiente. Je te jure, non. Je ne le ferai pas. Je suis professionnel. Je l'arrache tous ses chicots. Non, non, non. Je suis pro, mais je te jure, je lui rappellerai le truc. Vous vous rappelez ? Hein ? Vous vous rappelez ? Moi, je ne peux rien faire pour vous, moi non plus. Non, non, écoute, naturalisation, c'était lourd. Le dossier est gros, l'attente est longue, mais je n'ai pas... C'est derrière, quoi. Je n'ai pas de cicatrice.
- Speaker #1
Ah bah, tant mieux, ma foi. Tant mieux, il faut aussi des gens comme toi. On va revenir un peu sur ton side project. Donc, tu es humoriste. En fait, je me dis, est-ce que finalement, l'humour est universel ? Parce qu'on sait que Sami, il est rigolo. mais est-ce que t'es rigolo aussi en français ?
- Speaker #0
ouais ouais je crois la barrière de la langue je l'ai pas j'ai pas en fait même en Algérie je parlais très très bien français c'est pas j'ai toujours fait des blagues en français et en arabe même en Algérie ouais mais est-ce que l'humour du coup est
- Speaker #1
le même ? Ça te vient aussi naturellement ? Ou alors tu te dis, il y a des registres. Il y a des registres,
- Speaker #0
c'est indéniable. Il y a des registres, il y a même des blagues du terroir que tu ne peux pas raconter. Enfin, tu peux les raconter, mais elles ne vont pas être comprises. Mais ça va dans les deux sens. C'est-à-dire que tu peux raconter une blague du terroir. Tu sais, comme un Algérois, un Oranais, un Sitiqien, les gens ne vont pas comprendre. Tu es obligé de dire un Belge, un truc. Mais après, si une blague est drôle, elle va être drôle dans toutes les langues. Donc, il faut juste avoir... Il faut juste avoir la présence d'esprit de se dire bon, ils ne vont pas avoir cette rêve. En fait, la blague, c'est quelque chose qui va titiller ton cerveau. Mais en fait, à toi de faire l'effort de dire alors, je vais transformer cette rêve qu'ils ne peuvent pas comprendre en une autre rêve. Après, parfois, ça ne marche pas. Parfois, je ne suis pas drôle en Algérie aussi. Je ne suis pas drôle dans l'absolu. Et puis, c'est subjectif aussi. Je peux être drôle, je peux faire rire quelqu'un et une autre personne va me trouver con. Mais ouais, j'ai compris ta question. Est-ce qu'il y a une barrière de la langue, mais elle n'est pas infranchissable ? Mais faut taffer, quoi.
- Speaker #1
Mais c'est comme une de mes invités qui me disait j'aimerais tellement faire rire les gens dans ma langue maternelle parce que je pense qu'elle a raison. Il y a des rêves, il y a des choses. Tu vois, même les mots, il y a des mots. J'ai envie de te dire, dans les deux sens, si tu les traduis de l'arabe au français, ça ne fait pas la même chose comme du français vers l'arabe. Ça ne résonne pas de la même manière. Oui,
- Speaker #0
mais c'est propre à toutes les langues, je suis d'accord. Je suis d'accord que tu es forcément plus golerie dans ta langue maternelle. Ouais. Donc ça,
- Speaker #1
tu le vérifies.
- Speaker #0
Mais quand t'en as deux, moi je considère que j'ai deux langues maternelles, je pense que t'as moins de... Elle était d'où la personne qui a dit ça ? Elle était d'Algérie ? Elle était de Roumanie. Roumanie, voilà. Peut-être que sa langue maternelle n'avait rien à voir avec le français, mais moi j'ai grandi avec les deux langues. Vraiment, je regardais la télé, on avait la parabole, donc on regardait... Moi, je suis matrixé Club Dorothée, je suis matrixé Les Inconnus, je suis matrixé plein de trucs. Comme je suis matrixé Les Blagues du Terroir, les trucs bien salaces de Sétif, tu connais Sétif, voilà. Donc j'ai les deux. Ce n'est pas une barrière, mais c'est très pertinent ce que tu dis. C'est vrai qu'on est plus drôle dans sa langue maternelle.
- Speaker #1
Et qu'est-ce que tu penses de... Bon, je vais aller sur un sujet un peu plus grave, on va dire. Qu'est-ce que tu penses des polémiques qui existent aujourd'hui sur les médecins étrangers ?
- Speaker #0
Oula, je ne vais pas te faire plaisir.
- Speaker #1
Écoute, tu es honnête. Quelle polémique ? C'est le sujet sur les salaires des médecins. dans les hôpitaux. Il y a aussi le sujet qu'aujourd'hui, on ne reconnaît pas assez la place des médecins dans les hôpitaux. Il faut constater qu'il y a quand même beaucoup d'étrangers dans les hôpitaux, donc des chirurgiens, des médecins. Pour autant, ils sont assez invisibilisés dans le corps médical parce qu'aujourd'hui, on invite les étrangers à rentrer chez eux sauf que les hôpitaux nous disent que s'il n'y a plus d'étrangers, le service... de santé ne tient plus. Qu'est-ce que tu en penses ?
- Speaker #0
Alors, je pense que c'est vrai qu'il y a beaucoup d'étrangers dans les hôpitaux. Et que si les décisions qui font polémique, les décisions politiques qui font polémique étaient appliquées demain, je pense qu'il y aurait un gros problème en matière de soins dans ce pays. Mais après, il y a une nuance parce que c'est un peu, moi je considère que c'est un peu de notre faute. Et quand je dis notre faute, il y a vraiment moi dedans. C'est notre faute avec moi dedans. Parce que moi, j'ai été dans ce cas de figure. Moi, je t'ai dit, quand je suis revenu la deuxième fois en France en 2010, J'ai eu mon équivalence. Donc l'équivalence, en fait, c'est un parcours. Quand t'es médecin étranger, d'où que tu viennes, t'as deux voies pour que ton diplôme soit reconnu. Soit tu repasses le concours d'entrée, donc ce qu'ils appellent la P1, tu repasses le concours d'entrée et ensuite t'as deux, trois années à valider à la fac. Soit tu fais ce qu'on appelle la PAE, c'est la procédure d'autorisation d'exercice. En gros, tu viens avec ton diplôme d'étranger et t'as un concours en one shot. T'as beaucoup moins de chances de l'avoir. les quotas ils sont vraiment ridicules moi c'était je crois que c'est 0,4% de taux de réussite, dans le dentaire en tout cas les médecins je suis passé un petit peu plus haut les médecins mais c'est pas loin et du coup tu passes ce concours là et ensuite la validation elle se fait à l'hôpital tu dois ensuite, le concours que tu passes c'est de l'écrit, il part sur deux jours et ensuite donc une fois que tu as la théorie, tu dois faire la pratique tu dois faire plusieurs services hospitaliers, des CHU des services hospitaliers ou universitaires Et tu dois ensuite te faire valider par tes pairs, les chefs de service qui disent, bon, il a tué personne, il a rendu service, etc. Et moi, en fait, j'ai vraiment mis beaucoup de temps à trouver un poste pour valider mon équivalence. J'ai mis beaucoup de temps et j'ai dû bosser gratuit. Parce qu'en fait, ça n'existe pas à dentaire. Il n'y a pas de poste à temps plein en dentaire. Ça n'existe pas. Il n'y a pas de dentiste qui bosse que à l'hôpital. Contrairement aux médecins qui peuvent faire une carrière, tu peux être cardiologue, chirurgien, tu fais que de l'hôpital du lundi au samedi. En dentaire, c'est pas rare, ça n'existe pas. Donc il me fallait un poste à temps plein pendant 12 mois. Du coup, ce que j'ai fait, c'est que pendant un an et demi, j'ai bossé dans quatre services gratuits, quatre services hospitaliers pour juste que les chefs de service voient qui je suis. Donc j'étais ce qu'on appelle un... J'étais... Comment ça s'appelait ? Attaché externe. J'étais attaché au hospital universitaire. Donc je bossais, je soignais des gens et tout, mais j'étais pas payé. Mais en fait, c'est moi qui l'ai voulu, ça. Donc en gros, je vois le truc de la polémique, c'est indécent qu'on nous paye pas et tout, mais les gars, en fait, c'est nous qui voulons. Personne nous a sortis de notre pays ou qui nous a formés pour nous dire, venez dans telle ville, dans tel pays, bosser.
- Speaker #1
Donc toi, t'as accepté ta condition ?
- Speaker #0
Mais totalement, totalement. Mais je trouve que c'est pas bien. Je trouve que normalement, tout le monde devrait être payé pareil pour le même taf. Mais quand les règles sont énoncées, en fait, je trouverais ça sournois si tu venais, si on te faisait miroiter un truc et que tu venais et qu'on te disait finalement, je te l'ai fait à l'envers. Mais au moins, on me l'a dit en fait. Les chefs de service, les années où j'ai bossé gratos, ils me disaient on n'a pas de budget. Tu veux quand même ? Je disais ouais.
- Speaker #1
Après toi, c'était pour davantage valider. C'était pour valider.
- Speaker #0
Mais tout le monde, même les médecins, c'est pour valider.
- Speaker #1
Après, ceux qui sont en exercice, c'est les internes.
- Speaker #0
En fait, les internes, ils sont là pour valider. Mais en gros, ma sœur, elle est passée par là. Par exemple, ma sœur est psychiatre. Elle a fait le même parcours que moi, la PAE, etc. On a vraiment deux visions différentes. Elle, comment on appelle ça ? Elle pointe du doigt ce système-là qui, pour elle, est discriminant. Il l'est. Mais meuf, pourquoi t'es venue ? En fait, je pense que c'est de notre faute. On alimente un système qui n'est pas juste. Alors, je ne suis pas en train de te dire, je me répète, le système n'est pas juste. Mais c'est de ma faute. Je l'alimente.
- Speaker #1
Je comprends.
- Speaker #0
Ou alors tous ceux qui se font mal payer, ils n'ont qu'à dire du jour au lendemain, vous savez quoi, fuck. On ne bosse pas.
- Speaker #1
C'est ce qu'ils ont fait. Oui, mais une vraie grève. Pas genre,
- Speaker #0
je ne bosse pas vendredi. Genre, vraiment, je ne bosse pas. Après,
- Speaker #1
il faut avoir les moyens de ne pas bosser aussi. Exactement. Si tu n'es pas assez bien payé, quand est-ce que tu ne bosses pas ? Donc voilà,
- Speaker #0
je te dis, on alimente. On alimente un système injuste. Voilà mon avis.
- Speaker #1
Et du coup, tu dirais quoi aux jeunes qui voudraient venir pratiquer ? Tu leur dis, il faut savoir ce que vous voulez ?
- Speaker #0
Je leur dis, c'est dur, mais si vous voulez vraiment venir... Venez, vous ne plaignez pas et bossez.
- Speaker #1
Très clair. Et si tu avais un dernier mot pour nos auditrices et nos auditeurs, ça serait lequel ?
- Speaker #0
Ce serait que dans la vie, la vie peut être très, très simple. La vie peut être très, très simple si on a envie de l'avoir comme ça. Si c'est trop compliqué, les gars, lâchez l'affaire, c'est tout. Et si vous voulez vraiment, vous n'allez pas voir la chose si compliquée que ça. Ou alors, parfois, en fait, c'est compliqué pendant qu'on le fait, mais quelques années après, on se retourne et on oublie que c'était dur. C'est comme tout, en fait. Je pense que c'est du sens commun, ce que je suis en train de dire. Mais ouais, je terminerai sur ça, sur la vie, elle est... Faites en sorte que votre vie, elle soit simple. C'est tout.
- Speaker #1
Mais quand on te la complique, tu fais comment ? Pour être résilient. Tu fais quoi ? On ne va pas se casser à chaque difficulté.
- Speaker #0
C'est quoi se casser en fait ? Moi je me suis cassé de l'Algérie aussi. Alors moi j'étais très bien en Algérie. Je ne suis pas en train de te dire l'Algérie. Moi en fait financièrement je suis mieux en Algérie. Socialement je suis mieux en Algérie. Je te dis la vérité. Je galère plus ici que là-bas. Je suis venu vraiment pour le côté social, en fait, une certaine liberté qui me faisait rêver quand j'étais jeune et qui me fait toujours kiffer aujourd'hui. C'est un truc d'anonymat, un truc de non-jugement où on a un petit peu de travail à faire, un petit peu dans nos sociétés, à mon avis, sur ce côté-là. Mais je me suis cassé, moi, une première fois.
- Speaker #1
D'accord. Donc,
- Speaker #0
en fait, quand c'est dur, casse-toi. Parce que la vie, elle est trop courte, la vie est trop facile. Regarde, je me suis cassé, je suis bien là. Et si ce n'est pas bien ici, je me recasserai.
- Speaker #1
J'ai envie de te dire, il y a des gens qui n'ont pas. pas les mêmes conditions dans leur pays d'origine, raison pour laquelle ils sont partis, et ils n'ont pas d'autres alternatives, et l'option de retourner dans leur pays d'origine, quel qu'il soit, n'est pas une option.
- Speaker #0
Dans ce cas-là, ça rejoint ce que j'ai dit au début, ça veut dire que si ton envie, elle dépasse la dureté, finalement, t'inquiète, à la fin, tu te diras, c'était pas si difficile que ça.
- Speaker #1
La résilience.
- Speaker #0
La résilience, ouais. Il faut trouver en soi la force de quelque chose comme tout. Après, je ne suis pas Iron Man. Je pleure dans mon lit. Parfois, je suis dépressif. Là, tu tombes sur un bon jour. Et encore, je suis sorti du taf, j'étais éreinté sur les rotules. Là, ça va mieux après un petit thé et avoir respiré un petit peu. Mais non, je pense qu'il faut se battre. Rien n'est facile. Et en même temps, tout est facile.
- Speaker #1
Ça sera le mot de la fin. Merci Sami pour ta bonne humeur tes anecdotes comment je les décrirais ?
- Speaker #0
T'as dit on s'en fout plusieurs fois je pense que mes anecdotes c'est pas la meuf qui s'intéresse à moi si elle coupe pas vous allez voir qu'elle s'en fout de pas mal de choses c'était un plaisir pour moi aussi merci infiniment de m'avoir invité ça fait peut-être avril qu'on essaie de caler ça merci infiniment, je te suis t'as un podcast de qualité meuf j'adore le message, j'adore ta DA et juste continue de le faire.
- Speaker #1
Merci beaucoup. Merci à vous de nous avoir écoutés. Et puis, je vous dis à très bientôt. Au revoir.