- Speaker #0
On parle souvent des immigrés en France, mais on les entend rarement. Ils travaillent, ils réussissent, ils contribuent à construire le pays, et pourtant, ils restent invisibles, dont l'ombre. Bledar est le podcast qui les met en lumière. Bled, pour nos origines, ar, comme we are, pour dire qui nous sommes, aujourd'hui, ici, en France, est pleinement légitime. Je m'appelle Wassila Moussaoui, française, née et grandie à l'étranger, immigrée depuis 20 ans, et un jour, j'en ai eu assez qu'on parle de nous, sans nous. Alors, j'ai créé Blédard, un espace de paroles, de témoignages vrais, pas un débat, pas une polémique, juste des réussites, des histoires, les leurs, celles qu'on n'entend jamais jusqu'ici. Blédard, les voix invisibles, c'est parti ! Bonjour à toutes et à tous et bienvenue dans ce nouvel épisode de Blédard, les voix invisibles. Aujourd'hui, je reçois Nezaha, une amie de 20 ans. que je n'ai pas vue depuis 20 ans, avec laquelle j'avais fait mes études à l'École supérieure de banque à Alger. Donc, ça date. Je suis ravie de la recevoir et de la retrouver dans ces circonstances. Bonjour Nezha.
- Speaker #1
Bonjour Wassila
- Speaker #0
Alors, qu'est-ce que tu deviens depuis 20 ans ?
- Speaker #1
Un long parcours, en tout cas d'ailleurs. Avant de commencer à raconter mon histoire, je te remercie de m'accueillir aujourd'hui et de me donner l'opportunité de... raconter ma trajectoire. Et en tout cas, franchement, ça me fait plaisir déjà de te revoir au bout de 20 ans, même si on est quasiment dans la même ville. Alors depuis, depuis, qu'est-ce que je suis devenue ? J'avais repris des études après l'école supérieure des banques. J'ai travaillé avant trois ans à la Société Générale en Algérie. J'ai repris mes études à la Sorbonne, puis à l'école des ponts et chaussée. Et après, j'ai poursuivi avec une carrière professionnelle entre l'audit chez Deloitte et récemment, depuis maintenant un peu plus de huit ans, je suis en direction financière en tant que directrice de consolidation. Entre temps, je suis maman aussi de deux petites filles de 11 et 5 ans. Tu as eu ton MBA récemment. Exactement, bien sûr, parce que les 40 ans, c'est, comment on dit, la crise de la quarantaine. plutôt 40 is the new 20. Et du coup, j'ai décidé de reprendre mes études et j'ai fait un exécutif à l'EM Lyon que j'ai très sereinement terminé. C'était un long parcours de deux ans très intense, donc cumulé avec déjà mon statut de directrice de conso, mon job à plein temps de maman et d'épouse.
- Speaker #0
Et tes activités par ailleurs aussi.
- Speaker #1
Exactement, mes activités par ailleurs de théâtre,
- Speaker #0
entre autres.
- Speaker #1
Voilà.
- Speaker #0
Et donc, t'es arrivée en France en quelle année ?
- Speaker #1
Je suis arrivée le 15 septembre 2008, plus exactement. Cette date, elle parlera beaucoup aux financiers parce que c'est la date de la faillite de Lehman brothers
- Speaker #0
Symbolique !
- Speaker #1
Symbolique ! Je suis venue en pleine crise financière, des subprimes
- Speaker #0
Et quand t'es arrivée, est-ce que t'avais un repère ? Est-ce que t'avais un pied-à-terre ? Ou t'as posé tes valises sans vraiment savoir où aller ?
- Speaker #1
Alors, le choix de Paris n'était pas un choix anodin. C'était déjà le projet de venir en France. C'était un projet... qui a été réfléchi, un processus que j'ai fait pendant deux ans. Le choix de Paris, parce que j'avais déjà un cousin qui habitait, j'étais surtout pour rassurer les parents que j'avais un pied-à-terre où loger au moins les premiers mois avant de voler de mes propres ailes. Et surtout, le deuxième critère de ce choix de Paris, c'était par rapport aux universités que je visais, notamment c'était la Sorbonne.
- Speaker #0
Et quand tu es venue, tu avais travaillé combien d'années en Algérie ?
- Speaker #1
Trois ans.
- Speaker #0
Donc tu avais ton diplôme de l'ESB. tu as travaillé et après trois ans, tu as fait ta demande d'inscription dans les universités.
- Speaker #1
Exactement. Donc, il y avait un élément déclencheur à ça. C'était déjà je suis quelqu'un qui a pris curieux, culturellement plutôt, intellectuellement parlant. Du coup, parce que juste avant, comme je dis, je travaillais à la Société Générale. En 2007, il y avait l'affaire de Kerviel qui a éclaté. Je me rappelle que j'avais beaucoup de questions de mes clients à la banque à l'époque. Et je ne savais pas trop comment leur répondre, parce que moi, effectivement, je fais les conspires de banque, mais c'était la banque de détail, et pas forcément la banque de marché, donc les banques d'investissement. Et ce qui m'a poussée à venir, à dire, OK, la finance, comme je l'entends, elle est assez réduite par rapport au périmètre que j'ai pu utiliser en Algérie. Et je voulais poursuivre mes études, justement, pour élucider ce problème des subprimes. Bon, la coïncidence a fait que je suis arrivée en plein. En pleine crise, donc c'était pas mal.
- Speaker #0
Et les démarches que tu as entreprises pour venir en France, tu les décrirais comment ?
- Speaker #1
Alors, c'était, moi j'avais fait, pour l'anecdote, j'avais fait déjà mes démarches, c'était la deuxième année que je les avais faites. La première fois, j'ai été acceptée par cinq universités, mais je n'ai pas eu mon visa. Et la deuxième fois, j'ai été acceptée par une université, mais j'ai eu mon visa. Quand c'est le destin, c'est le destin. Donc, un parcours classique avec Campus France. La première année, c'était bien sûr, on est un peu perdu à l'époque. Déjà en 2007 et 2008, il y avait l'existence de forums, donc on pouvait pas mal échanger les informations entre étudiants aspirants à venir en France, entre nous. Et après, il fallait passer des tests de langue. Donc moi, j'avais opté au lieu de faire un TCR à l'époque, de faire carrément le DALF. Ça, c'est un diplôme à durée indéterminée. Et le process le plus dur, c'était vraiment l'acceptation des universités. Donc comme j'avais déjà travaillé pendant... Des fois, ils ne comprenaient pas forcément le projet professionnel derrière. C'était la partie la plus, on va dire, longue.
- Speaker #0
Et les premiers temps en France, c'était comment ?
- Speaker #1
Alors, c'était un mélange entre excitation, parce que c'est le rêve qui est en train de se concrétiser, de dire voilà, enfin on y arrive, au bout de deux ans de démarche, j'y arrive. Donc, c'était l'excitation de la découverte. Il y avait aussi beaucoup d'appréhension parce qu'il fallait aussi, entre autres, chercher un appartement, un logement et toutes les démarches administratives, la préfecture. Donc, tout un environnement et un monde inconnu qu'on ne savait pas. On n'était pas forcément préparés. Et d'un autre côté, au moment où on se retrouve. seule, de dire, voilà, est-ce que finalement j'ai fait le bon choix ? Parce qu'il y a un moment de doute aussi derrière. Et je me rappelle, moi, je raconte cette anecdote. Mon premier cours à l'université, c'était un cours de probabilité. J'étais assise devant. Je vois les gens, tout le monde comprend ce que dit le prof. Je me retourne, je pose la question à la personne qui était à ma gauche. Je dis, mais est-ce que tu comprends ? Oui, oui, c'est un rappel de l'année dernière. Je dis, oups ! Oups ! Je me rappelle, je suis sortie, j'ai bu mon premier café. le premier café de ma vie à 24 ans. J'ai besoin d'être réveillée. Et j'ai passé beaucoup, beaucoup d'heures à l'université pour rattraper le retard parce que je sentais que j'avais un retard par rapport aux autres. Et je voulais absolument réussir mon année parce qu'il y a du sacrifice qui est fait là. Donc, j'ai laissé plein de choses derrière moi et surtout, j'estimais que je n'avais pas le droit à l'échec. Il ne faut pas que j'ai ce retour comme moi. Tout ça pour finalement ne pas réussir en dernière année de licence. Après, pour les cours de proba
- Speaker #0
autant on avait des super profs à l'ESB, c'est une école de renom, autant on avait un prof de stats qui était naze. Je m'en rappelle très très bien,
- Speaker #1
je le vois. Il était particulier.
- Speaker #0
Je visualise très bien son tableau et sa tête. Donc, franchement, ça ne m'étonne pas.
- Speaker #1
Oui, oui, oui. Après, c'était effectivement, c'est aussi le programme qui n'est pas forcément le même. Le même, oui. Mais franchement, j'ai eu beaucoup d'aide. par des élèves. Le fait que j'avais 24 ans, j'avais travaillé avant, donc il y avait une certaine maturité où j'allais voir les profs de TD pour déjà leur raconter un peu mon parcours et leur demander des tips, des conseils. Voilà, je dis, écoutez, j'ai un peu de retard dans ça, donc ils n'hésitaient pas. Franchement, ils m'aidaient naturellement en me conseillant des ouvrages et je travaillais énormément. Franchement, je travaillais énormément dans les premiers mois. Je ne me baladais pas dans Paris. J'avais de la chance, heureusement que c'est la Sorbonne, c'est en plein. Le chemin de l'université, c'était une balade en soi. Mais c'était le dimanche, je faisais le chemin. Le chemin, j'allais jusqu'à la bibliothèque Pompidou. Je faisais la chaîne pour avoir accès. Je restais jusqu'à la fermeture pour rentrer. C'était un parcours, on va dire.
- Speaker #0
La première année, de toute façon, c'est une année charnière.
- Speaker #1
C'est là où tu te dis,
- Speaker #0
je reste ou je pars.
- Speaker #1
C'est les trois premiers mois les plus compliqués.
- Speaker #0
Moi, ça a été une année.
- Speaker #1
C'est vrai ?
- Speaker #0
Toute l'année où je me suis dit que c'était dur. Ecologiquement, c'était dur. Être seule, c'est dur. Reprendre ses études, c'est dur.
- Speaker #1
Oui, oui. Ce n'est pas facile. Déjà, il y a un gap aussi entre… Moi, j'arrive 24 ans. J'étais en dernière licence. La moyenne d'âge, c'était une vingtaine d'années, 21 ans. Donc déjà, il y avait une petite blague qui m'appelait Tata. C'est pas grave, je le prends avec humour. Donc, il y a ça. On n'avait pas… la différence culturelle, donc on n'a pas forcément les mêmes codes. Exactement, les mêmes codes, c'est ça. Et pour moi, franchement, c'est les trois premiers mois qui étaient les plus durs parce que déjà la découverte de la vie, toute la démarche. administratives, donc auxquelles on n'est pas habituée forcément, et bien sûr sans papier, tu n'existes pas. Il fallait absolument que je ne tombe pas malade. Il ne faut pas que je tombe malade parce que je n'ai personne qui va prendre soin de moi. Et d'ailleurs, je suis tombée malade le premier mois, le deuxième mois, parce qu'il a neigé. J'étais super contente de voir la neige Je n'étais pas forcément équipée pour. J'ai passé 48 heures à longer chez moi, et c'est là que j'ai pleuré. Il n'y a pas ma maman qui va me ramener un petit bol de soupe.
- Speaker #0
Justement, par rapport à ces démarches-là, est-ce qu'il y a quelque chose qui t'a marqué, que tu as retenu ? Aujourd'hui, c'est derrière toi. On a aussi tendance un peu à oublier, mais est-ce qu'il y a quelque chose qui est resté, qui t'a marqué ?
- Speaker #1
Oui, tout le stress autour. Parce qu'effectivement, il y a une date de renouvellement. Il y a déjà minimum trois mois avant la date de dépôt. du titre, du renouvellement du titre de séjour. Déjà, il faut préparer tous les justificatifs. J'imagine que ces dernières années, c'est un peu plus compliqué. Il fallait avoir tous les justificatifs, l'attestation d'assiduité, etc. Donc, beaucoup de paperasse. Et ça reste les séquelles. Je suis devenue une phobique de la paperasse. Je suis devenue vraiment une phobique de la paperasse. J'en pouvais plus parce que six mois où, déjà, préparer mes documents, et être sûr du jour du rendez-vous, être à l'heure, ne rien oublier, parce que sinon, on est reparti pour quelques mois. Et des fois, je pense qu'il y a une anecdote où j'étais en stage et j'ai senti que ce jour, il y a eu un retard, on a arrêté pendant quelques semaines. Il y a du stress qui va avec. Si jamais je ne vais pas avoir mon titre de séjour, c'était vraiment...
- Speaker #0
Oui, c'est l'angoisse perpétuelle. Exactement, t'as l'impression que... À chaque année, c'est la même rongue.
- Speaker #1
Exactement.
- Speaker #0
Est-ce qu'il y a quelque chose qui t'a... Une chose qui t'a surprise ? Tu parlais des trois mois. Est-ce qu'il y a quelque chose qui t'est arrivé ? Tu as dit, ouais. Par rapport, comme tu disais, les codes. Des choses vraiment simples de la vie.
- Speaker #1
Simples de la vie, je pense que... Allez, c'est le fait de pouvoir faire du vélo librement. Je pense que vraiment, c'est le truc que j'ai le plus apprécié. Parce que je suis quelqu'un de féru de vélo, mais je n'avais pas l'occasion d'en faire en Algérie ou dans ma vie parce qu'on n'avait pas forcément de bicyclables. Après, il y a tous les codes derrière. Et pourtant, je me rappelle, je l'avais exigé comme cadeau de réussite au brevet. J'ai eu très peu d'occasion d'utiliser. Une fois que je suis arrivée en France avec le V-Lib, je pense que j'ai vraiment découvert une liberté. Et je passais beaucoup, beaucoup de temps sur le libre. C'est comme ça que j'ai beaucoup visité Paris.
- Speaker #0
Paris, grâce au libre.
- Speaker #1
Ah oui, ça, c'était cet élément-là. Et les manifestations. Parce qu'en plein... Je pense que la première année, il y avait les manifestations des professeurs. Donc, il y avait le blocage des campus. Et je trouvais vraiment... Il y a des profs qui redoublaient d'ingéniosité pour pouvoir faire leurs cours. On a fini par faire des TD en plein parc de Luxembourg. Au mois de février, il faisait très froid, mais c'était agréable, ça reste un bon souvenir.
- Speaker #0
Et quand tu étais étudiante, tu me racontais que tu devais un peu conjuguer avec ta vie d'étudiante,
- Speaker #1
ton travail d'étudiante et que c'était assez compliqué. C'était compliqué, oui et non. Je pense compliqué les premiers moments, parce que quand on est étudiant, on a besoin aussi de financer ses études. Je suis venue avec mes propres moyens. tout l'argent que j'ai pu économiser pendant mes trois premières années à la Société Générale, quand je travaillais. Et du coup, il fallait trouver un travail. Donc, j'ai enchaîné pas mal de petits boulots. Et après, il fallait aussi que je réussisse mes études. Donc, du coup, c'était le compromis derrière. Et il fallait juste s'organiser. Donc, voilà. J'avais enchaîné. Il y a une année, je pense que j'ai fait trois jobs étudiants. Je faisais babysitting, caissière à Auchan pendant les cours. Et le samedi, babysitting, certains jours de la semaine. Et l'été, je travaillais réceptionniste dans un hôtel.
- Speaker #0
Il n'y a pas de back-up, quoi. Donc, tu dois te dé-exécuter.
- Speaker #1
Exactement. Il fallait payer les frais d'inscription. Et surtout, le billet d'avion pour retourner voir les parents.
- Speaker #0
Et puis, la vie de tous les jours. Oui,
- Speaker #1
bien sûr.
- Speaker #0
La vie de tous les jours. Et est-ce qu'il y a autre chose qui t'a surprise plus négativement ?
- Speaker #1
Oui. On ne va pas se mentir, il y a certains moments où on peut recevoir des remarques un peu borderline, on va dire, par rapport à nos origines ou par rapport à un petit accent qu'on peut entendre. C'était aussi lors d'un job étudiant, je faisais du... télé...
- Speaker #0
Comment on appelle ça ? Le conseil ou le...
- Speaker #1
La téléprospection. Voilà, la téléprospection. Et du coup, une dame, elle m'a tellement descendue juste au halo, là. Elle m'a tellement dit des remarques très désobligeantes. Gratuitement, alors qu'elle ne me connaît pas. Mais je comprends. Je me mets à la place de ces personnes qui se font des marchés chaque jour, etc. Mais c'était gratuit. C'était gratuit et je me rappelle... Le manager me dit, mais ce n'est pas personnel, c'est contre tout le monde, donc du coup, il ne faut pas le prendre personnellement. C'était le meilleur conseil à prendre. Donc, aujourd'hui,
- Speaker #0
tu es plus concernée par ces démarches à la préfecture, que tu es française ? Oui,
- Speaker #1
effectivement. Donc, du coup, j'avais fait la procédure de naturalisation pour plusieurs raisons. parce que j'estime que... J'ai fait ma phase d'intégration. Il y a certaines valeurs et beaucoup de valeurs de la France qui s'appliquent à mon quotidien, auxquelles je m'identifie. Du coup, naturellement, j'ai fait cette démarche de naturalisation. Je pense que c'était aussi pour me débarrasser des démarches administratives. Mais c'était la dernière fois où j'avais à faire autant un dossier assez long et complexe. Il y a les délais administratifs qui peuvent être. Et je pense que je me rappelle très bien le journal de naturalisation. Le décret, plutôt, il est sorti le 19 mai 2015. C'était un mois avant que j'accouche de ma fille. C'était mon objectif. D'être française pour ta fille.
- Speaker #0
Et les gens qui, aujourd'hui, sont en difficulté. Parce que, comme tu disais, les choses ont changé. Déjà, bon, c'était compliqué. Moi, j'ai déjà raconté. C'était une épreuve pour moi, la préfecture. Chaque année, c'était traumatisant. À chaque fois, j'en sortais en pleurs parce que j'avais été maltraitée, tout simplement. Et je pense qu'aujourd'hui, c'est pire. Ce n'est pas « je pense » , je le lis, je l'entends. Je suis beaucoup d'associations ou même je suis pas mal d'avocates qui sont spécialisées dans le droit des étrangers, qui accompagnent et qui constatent aujourd'hui qu'il y a une défaillance du système. Et il parle, donc il y a Amnesty qui a alerté sur l'impact psychologique de ces démarches administratives qui sont traumatisantes pour les étrangers. J'ai envie de leur dire.
- Speaker #1
Non mais à juste titre, c'est effectivement le cas. Peut-être que, effectivement, moi j'oublie un peu par quoi, toutes les difficultés par lesquelles je suis passée. Mais effectivement, c'est hyper traumatisant. Les étrangers, si on n'est pas accompagné, on se sent vraiment seul. et aussi le sentiment de solitude plus... difficultés administratives liées au titre de séjour. Et je pense que je l'ai dit précédemment, tu as l'impression que tu existes uniquement parce que tu as ton titre de séjour ou tes papiers dans les règles. Sinon, tu n'es pas un être humain. Et c'est ça qui est grave. Et je comprends aujourd'hui quand on dit qu'il y a un gros impact sur la santé mentale de ces personnes-là. Ce qu'il faut leur dire, il ne faut rien lâcher, il faut s'entourer. L'avantage ces dernières années, il y a quand même pas mal d'organismes qui sont assez actifs pour justement l'aide destinée à ces personnes-là. Mais il faut aussi anticiper. Il ne faut pas se laisser tomber dans des situations d'OQTF. Pour commencer à réagir, il faut vraiment être assez structuré dès le départ. Même s'il y a des personnes qui avaient des profils... et réprochables, mais qui ont été victimes de ce retard-là. Je pense qu'il y a même une commission européenne qui a été enclenchée par rapport à ça, parce que c'est une situation inadmissible. On ne va pas se mentir, c'est une situation inadmissible, parce qu'il y a des vies qui ont été détruites, des familles où le seul revenu vient du père, et le père ne peut pas travailler, donc c'est compliqué tout ça. Il y a des personnes qui ne peuvent plus se soigner. Donc il ne faut pas lâcher. Il ne faut pas lâcher, il faut vraiment être persévérant. Et de toute façon, je pense qu'on en a parlé tout à l'heure, une des grandes qualités, on va dire, d'un parcours d'un étranger, c'est la résilience. Parce qu'on est déjà passé par plein d'épreuves auparavant. C'est une épreuve en plus. Elle peut être dure sur le moment, parce qu'effectivement, ça peut conditionner ton futur. Mais on est déjà passé par pire. Ça a recroché. D'après, j'ai oublié pas mal de choses que j'ai pu vivre.
- Speaker #0
Est-ce qu'il y a d'autres choses justement par rapport à ton parcours dont tu te souviens que tu voudrais nous partager ?
- Speaker #1
Par rapport à l'administration ?
- Speaker #0
Non, par rapport à ton parcours, une anecdote en particulier que tu voudrais partager, quelque chose qui t'a marqué, que tu voudrais transmettre ?
- Speaker #1
Oui, d'une manière générale. Après, j'ai subi, je pense comme pas mal d'entre nous, quelques remarques désobligeantes, des fois des remarques très frontales, d'autres un peu plus, on va dire, silencieuses. Mais en parallèle, j'ai été aidée par beaucoup de gens aussi français. Moi, j'estime que je n'aurais pas pu être là aujourd'hui sans... La chance m'a été accroyée par des personnes françaises qui ont vu en moi mon potentiel. Donc du coup, il faut dire, il n'y a pas que du négatif, il y a beaucoup de positif. Et je remercie toutes les personnes qui ont placé leur confiance en moi, qui ont vu la personne que je suis au-delà de mon origine. Parce que voilà, malheureusement, il y a beaucoup qui vont te définir, ou une étiquette qui vont te définir par rapport à nos origines, par rapport à notre nom. Mais c'est une richesse. C'est une richesse. Et moi, je dis toujours, savoir d'où on vient nous permet de mieux connaître où on va. C'est ce qui rend nos profils très, très appréciables et très riches. Et on a cette capacité de résilience, cette capacité d'adaptabilité. Tout à fait. Et de flexibilité. Exactement. Et on se met aussi, on a une capacité, je trouve, d'empathie parce qu'on se met à la place des autres. Comme on est passé par des difficultés. Quelles qu'elles soient. Exactement. Quelles qu'elles soient. Quelles qu'elles soient. Et après, pour les personnes qui sont passées par tout ça, moi, je pense qu'il y a un message plus fort. Il faut aider ceux qui arrivent. Il faut vraiment aider les étudiants, ne serait-ce pas forcément que dans les démarches administratives, mais aussi dans leurs études, la force du réseau, les ouvertures aux stages, aux alternances. Moi, j'ai pu aider quelques-uns, surtout dans la structuration de l'RCV, ou plutôt leur faire un retour un peu sur les entretiens, comment ils peuvent aider. vous pouvez le faire. C'est des petites aides, rien du tout. Mais bien sûr. Mais c'est quelque chose qui peut changer.
- Speaker #0
Complètement.
- Speaker #1
Leur expérience. Et après, moi, je dis, voilà, je crois fort à l'effet papillon. Donc, comment on m'a aidée un jour, donc j'aide aujourd'hui et cette personne que j'ai aidée, elle va aider à son tour et c'est comme ça qu'on vend.
- Speaker #0
Ça résonne complètement ce que tu dis parce que l'un des objectifs de ce podcast, c'est justement de donner de la force aux immigrés d'aujourd'hui, aux étudiants. qui n'ont pas forcément, qui ne se reconnaissent pas peut-être dans des récits qui ne sont pas les leurs et qui se disent, c'est possible, il y en a qui ont réussi, les gens sont passés par les mêmes difficultés que moi, il faut que je serre les dents et que j'y aille, que j'y crois. Et comme tu disais tout à l'heure, faire preuve de résilience et d'avoir son objectif et de se donner les moyens d'y aller.
- Speaker #1
Exactement. Et voilà, c'est l'objectif. Sans objectif entre les yeux, il faut donner tous les moyens, il faut faire tout ce qu'on peut faire pour réussir. Parce que je pense que ça fait partie un peu aussi de notre ADN, de notre éducation. Le travail, ça peut être toujours, mais il ne faut pas perdre espoir. Donc, on sait ce qu'on veut pour l'avoir.
- Speaker #0
Et les Français qui ne sont pas concernés par l'immigration et qui, aujourd'hui, l'immigration telle qu'ils la connaissent, c'est ce qu'ils entendent, notamment des médias et des politiques. Qu'est-ce que tu as envie de leur dire ?
- Speaker #1
Je pense qu'il faut qu'ils comprennent que derrière les personnes, il y a un parcours. Des fois, jalonniers dans le bûche, mais pas qu'eux. Et ce n'est pas parce qu'on est là aujourd'hui, c'est pour empiéter forcément sur leur bonne plate. Je pense qu'il y a vraiment de la place pour tout le monde. Ces immigrés-là, s'ils sont venus, ils ont choisi la France et pour des éléments vraiment qui leur parlent, c'est pour pouvoir s'en sortir, réussir, apporter et contribuer à la croissance de ce pays-là. Je pense qu'aussi le fait que le mot immigré, aujourd'hui, il est tellement stigmatisé et il devient réducteur parce qu'on efface les autres dimensions de la personne. Donc voilà, on me dit que c'est juste un immigré. d'origine étrangère ou un étranger. C'est malheureux parce que les étrangers, ça a permis aussi d'enrichir la culture française, une culture ou plutôt une nation sans enregistrement de toutes les cultures. Au fil des temps, on le voit, ce n'est pas une histoire linéaire. La France, ce n'est pas un emploi tranquille ou on va dire l'histoire du monde. Ce n'est pas un emploi tranquille. Ça s'est enrichi justement avec tous les brassages culturels qu'on peut avoir aujourd'hui. Le couscous est un des plats préférés des Français. Je pense que ce sondage aurait été fait il y a quelques années. Il y a une centaine d'années, ça aurait été un peu fourbillant. Donc, ce n'est pas pour rien, mais ça n'enlève en rien la force de cette nation et qu'on s'identifie tous aux valeurs montrises de ce pays.
- Speaker #0
Merci beaucoup, Nisera, pour ton partage, pour ton partage de points de vue, pour le partage de ton récit et pour tes messages d'encouragement et tes messages positifs. ça s'inscrit du coup complètement dans mon... Mon objectif à moi, de transmettre des récits de vie qui racontent la réalité des immigrés au-delà des stigmates et des préjugés, comme tu le disais à juste titre. Merci à vous de nous avoir écoutés, merci pour votre fidélité pour ceux qui écoutent régulièrement et bienvenue au nouveau. Si vous êtes reconnus dans cette histoire et si vous voulez vous aussi raconter la vôtre, n'hésitez pas à me contacter par mail, je vous mets le mail en description. ou directement sur LinkedIn. Je serai ravie de partager votre histoire. Si l'épisode vous a plu, je vous encourage à me laisser un commentaire, à me laisser 5 étoiles. Ça donnera de la visibilité et de la force. Merci encore et je vous dis à très bientôt.