- Speaker #0
Parce qu'aujourd'hui, t'as pas de ressources.
- Speaker #1
Non,
- Speaker #0
Parce que tu ne peux pas t'inscrire en plus au pôle emploi.
- Speaker #1
Non.
- Speaker #0
Parce que tu n'as pas de titre de séjour.
- Speaker #1
Voilà.
- Speaker #0
Tu ne sais pas quoi faire. Peut-être que demain, tu recevras une OQTF. Tu sais pas, finalement.
- Speaker #1
Non, je sais pas. Troisième fois, c'est se marier. Mais bon, on le dit comme ça, comme si c'était aussi facile. Comme si c'était quelque chose qu'on voulait forcément.
- Speaker #0
Bonjour à toutes et à tous et bienvenue dans ce nouvel épisode de Blédard, les voies invisibles. Aujourd'hui, je reçois un nouvel invité, Fernando, originaire du Nicaragua, qui souhaite témoigner du piège administratif dont il est victime en tant qu'immigré depuis plusieurs semaines et qui illustre l'absurdité de la politique migratoire du moment. Et j'ai envie de dire pas uniquement du moment, parce que malheureusement, Fernando n'est pas un cas isolé. D'autres cas comme lui existent, et ce, depuis plusieurs mois, et j'ai envie de dire même... plusieurs années. Alors Fernando, je le connais. Comment ? Je le connais parce que j'ai travaillé avec lui et j'ai eu le plaisir vraiment de collaborer avec lui en tant que responsable pédagogique dans un centre de formation. C'était mon assistant, enfin un fabuleux assistant et j'ai eu vraiment beaucoup plaisir à travailler avec lui. Et j'ai aussi beaucoup plaisir à le recevoir aujourd'hui. Bonjour Fernando.
- Speaker #1
Bonjour Roissila. Déjà, merci beaucoup de m'avoir accueilli. Dans ton podcast, moi je suis Fernando Galdamez Espinoza. Je viens du Nicaragua, un petit pays d'Amérique centrale. Petit, mais le plus grand pays d'Amérique centrale d'ailleurs. J'ai 26 ans et ça fait 8 ans que je suis arrivé en... en France. Et voilà, j'ai fait toutes mes études ici, j'ai fait la licence en géographie et après j'ai fait un master en sciences sociales de l'Amérique latine ici à Paris.
- Speaker #0
Ok. Du coup, comment ça se fait qu'on soit rencontrés en centre de formation ?
- Speaker #1
Ah, bien sûr. En fait, je suis sorti de mes études, du master en sciences sociales, sauf que... Je voulais poursuivre dans un doctorat, sauf que mon sujet de recherche était un peu niche et mon employabilité était au plus bas. Et j'ai fait une petite reconversion en faisant un stage dans le centre de formation que tu évoques. Et c'est là que je suis rentré dans le secteur de la pédagogie, un secteur que j'apprécie particulièrement, à cause de ce côté humain, mais aussi beaucoup de travail, beaucoup de responsabilité, et ça c'est très stimulant.
- Speaker #0
Et suite à cela, du coup, est-ce que tu as intégré un autre centre de formation dans un poste similaire ?
- Speaker #1
Et j'ai eu la chance, suite à cette expérience, un mois après, j'ai eu beaucoup de chance, de devenir coordinateur pédagogique dans une école, dans une école bachelor, master. Et j'étais très content parce que j'avais déjà tous les conditions minimales, des salaires. Tout était bien parti pour avoir le titre de séjour salarié, sauf que voilà je me retrouve aujourd'hui avec une situation assez particulière. J'ai perdu mon travail car la préfecture a tardé plusieurs semaines à traiter mon dossier et mon dossier a été classé sans suite parce que j'avais pas de travail. Après j'ai perdu mon travail et après j'ai eu un rendez-vous grâce à une avocate. Et lors de ce rendez-vous, on m'a dit qu'ils ne pouvaient rien faire.
- Speaker #0
Donc, juste pour comprendre, tu as eu un emploi, tu as eu un titre de séjour qui était valable, tu as fait une demande de renouvellement de titre de séjour en tant que salarié, parce que tu étais étudiant jusqu'alors, on est d'accord. La préfecture a tardé à répondre à ta demande, ce qui a fait que ton titre de séjour a expiré, on est d'accord. Et suite à cela, ton employeur... a dû mettre un terme à votre collaboration parce que tu n'avais plus de titre de séjour.
- Speaker #1
C'est bien ça.
- Speaker #0
Parce qu'en France, il faut être régulier, avoir un titre de séjour régulier, donc valable, pour pouvoir travailler. On est d'accord jusque-là ?
- Speaker #1
On est d'accord, oui, tout est bon.
- Speaker #0
OK. Et suite à ça, tu as du coup entrepris des démarches pour demander des nouvelles de cette demande-là parce qu'elle a été finalement... Tu as eu... Ce n'est pas un refus. Non, ce n'est pas un refus. Donc, il n'y a pas eu de suite à ta demande. Et tu as du coup fait appel à une avocate qui a eu comme réponse... Corrige-moi si je me trompe, qu'il fallait que tu aies un travail pour avoir un titre de séjour.
- Speaker #1
C'est ça.
- Speaker #0
Voilà. Donc l'absurdité, elle est là. Chère auditrice et cher auditeur, Fernando a perdu son travail parce qu'il n'avait pas de titre de séjour. La préfecture a tardé alors qu'il avait entrepris les démarches dans les délais impartis. a perdu son travail. Suite à cela, la préfecture lui demande de retrouver un travail pour lui donner un titre de séjour.
- Speaker #1
C'est ça. Aussi, avec les avocats que je consulte, ils me disent qu'il y a peut-être trois choix. C'est trouver un emploi, c'est la voie que j'ai privilégiée. Et la deuxième voie, ça me surprend un peu parce que c'est juste attendre. Juste attendre que ça se régularise d'une façon ou de l'autre. Ou peut-être attendre le QTF pour qu'après il y ait un recours. Mais bon, pendant ce temps, il faut trouver quoi faire. Et ça, c'est aussi difficile. Non,
- Speaker #0
mais surtout trouver des ressources.
- Speaker #1
C'est ça.
- Speaker #0
Parce qu'aujourd'hui, tu n'as pas de ressources.
- Speaker #1
Non, non, non.
- Speaker #0
Parce que tu ne peux pas t'inscrire en plus au Pôle emploi.
- Speaker #1
Non.
- Speaker #0
Parce que tu n'as pas de titre de séjour.
- Speaker #1
Voilà. Et bon, heureusement, je compte sur l'aide de... de mes parents, de ma famille. Et voilà, la troisième fois, c'est se marier. Mais bon, on le dit comme ça, comme si c'était aussi facile, comme si c'était quelque chose qu'on voulait forcément. Mais bon.
- Speaker #0
Voilà, on ne va pas se marier pour un... C'est complètement absurde. On ne va pas trouver un compagnon, une compagne juste pour un papier. Donc, on va encourager le mariage blanc. Tout va bien Et donc aujourd'hui tu es dans cette salle d'attente
- Speaker #1
C'est ça où tu ne sais pas quoi faire peut-être que demain tu recevras une OQTF tu ne sais pas finalement Je ne sais pas et je ne peux pas faire de recours parce que sinon la préfecture se rend compte en immédiat que je suis en situation irrégulière et là je risque bien l'OQTF dans quelques jours J'attends sans rien faire, mais voilà. Sans rien faire pour trouver une promesse d'embauche.
- Speaker #0
Oui, donc vraiment, il faut que le premier papier qui est nécessaire pour toi, pour prouver qu'une entreprise s'intéresse à toi, c'est d'abord d'avoir ne serait-ce qu'une promesse d'embauche. Ce n'est même pas un contrat. Déjà, avoir une première promesse d'embauche. Et à ce qui est de t'en donner un délai. Pour présenter cette promesse d'embauche ou pas du tout ?
- Speaker #1
Non, pas du tout. Je suis vraiment dans une zone grise où je n'ai pas d'informations.
- Speaker #0
Tu n'as ni un titre de séjour, tu n'es ni régulier, ni irrégulier.
- Speaker #1
Je n'ai pas de retour de la préfecture. J'ai une réponse très claire, mais après, je n'ai pas eu de retour. Sur mon compte en ligne, c'est toujours marqué comme classé sans suite. Il n'y a pas d'évolution dans mon dossier.
- Speaker #0
Et on ne t'a pas donné les arguments de ce refus ? Enfin, c'est pas un reçu. C'est comme si c'était une condamnation. Tu vois, c'est comme quand tu fais un dépôt de plainte et c'est classé sans suite.
- Speaker #1
C'est ça, c'est complètement ça.
- Speaker #0
Et on t'a absolument rien dit.
- Speaker #1
C'est ça.
- Speaker #0
Ok. Et aujourd'hui, tu es dans cette impasse. Qu'est-ce qui te fait tenir ? Pourquoi t'as envie finalement de rester ?
- Speaker #1
Parce que j'ai fait un lycée français à l'étranger depuis mes trois ans. D'ailleurs, pour la petite anecdote, c'est mon père qui voulait forcément un collège international. La première option, c'était l'éducation américaine, sauf qu'elle est trop chère. Après, l'éducation allemande, trop chère. Et il s'est dit, bon, les philosophes français sont... Les philosophes allemands sont bien, les philosophes français aussi. Et bon, je les ai inscrits au collège français avec ma soeur. Et sinon, ça fait depuis huit ans que j'ai pu comprendre toutes ces valeurs de la France qu'on a vues au lycée, qu'on a vues au collège. J'adore la vie ici, j'adore les gens. Je sais qu'on dit beaucoup de choses sur les Français, mais non, c'est des clichés. Et voilà, j'aime ce pays et j'ai l'impression, non j'ai pas l'impression, je veux porter ces valeurs au quotidien.
- Speaker #0
Et puis aujourd'hui, tu as contribué aussi au même titre que les autres aujourd'hui.
- Speaker #1
Et ça me fait plaisir de contribuer, vraiment.
- Speaker #0
Et est-ce que tu aurais demain envie d'être naturalisé ?
- Speaker #1
Oui, parce que déjà, si un titre séjour pluriannuel, c'est le Graal pour moi. T'imagines même pas la naturalisation, ça serait vraiment avoir un pied ici et vraiment avoir un point d'ancrage pour vraiment commencer à faire sa propre vie.
- Speaker #0
Oui, c'est clair que ça... Ça donne un nouveau départ dès lors qu'on devient naturalisé. Déjà, on a les mêmes droits que les Français, parce qu'on a les mêmes obligations quand on est étranger, sans avoir les mêmes droits. L'un des premiers droits que j'attendais, c'était le droit de voter. Parce qu'on subit les lois, mais finalement, on n'a aucun droit de s'exprimer. Mais là-dessus, déjà de voter, je me rappelle, au présidentiel et au municipal, c'était pour moi plus d'important en tant que citoyenne. Et quand tu es venue en France, on va un peu parler de ton arrivée, vu que tu connaissais déjà un peu la culture française à travers ton parcours scolaire. Est-ce que c'était finalement ce que tu avais en tête ? Comment toi, tu t'étais projetée ? en arrivant, enfin avant d'arriver, et justement en arrivant, est-ce que c'était fidèle à ce que tu avais en tête ?
- Speaker #1
Oui, en fait, je n'ai pas eu trop de mal à venir parce que justement je baignais dans cette culture, je connais plus l'histoire, la géographie, même la grammaire en français qu'en espagnol. Oui, oui, non, non, c'est incroyable, vraiment. On me demande des fois les français des règles de grammaire en espagnol, je dis,
- Speaker #0
je ne sais pas,
- Speaker #1
je parle, juste je parle. Et pour moi ce n'était pas dur parce que c'était un désir d'autonomie. Je voulais vraiment quitter, pas quitter ma famille, mais quitter le cocon familial, quitter cette zone de confort. Et j'ai rêvé de la France parce que je sentais que si les choses étaient stables, plus belles, plus propres, plus organisées, on pouvait aller n'importe où avec le train, avec le tram, avec le bus. Vraiment c'est ça que... Les commodités, la facilité de vivre. Je ne voyais pas forcément les opportunités lors de mon arrivée, mais c'est plus cette facilité de vivre. Tu l'as bien décrit.
- Speaker #0
Et quand tu es parti, tu as laissé tes parents et tout ça. Qu'est-ce que ça t'a fait ?
- Speaker #1
C'était pas si difficile que ça. Pas parce qu'il ne me manque pas, mais c'était un projet qui se cuisinait depuis très très longtemps. Vraiment, même mes parents, des fois, on demande à ma mère « Mais comment t'as laissé tes enfants partir si tôt ? Il te manque ? » Elle dit « Bien sûr qu'il me manque, mais je suis contente qu'ils aient fait leur vie à l'étranger et qu'ils soient si autonomes à un si jeune âge. »
- Speaker #0
Ouais, et qu'ils disaient, de toute façon, c'est ce que tu dis, c'est un projet de vie qui a été construit depuis... Oui, oui,
- Speaker #1
oui. Il me manque, mais voilà.
- Speaker #0
Ben, tu l'assumes.
- Speaker #1
C'est ça.
- Speaker #0
Et les premiers temps en France, comment ça s'est passé ? Est-ce que tu connaissais du monde, par exemple ? Ou est-ce que t'es arrivé avec tes valises et ta bonne volonté ?
- Speaker #1
Non, très heureusement, j'avais ma soeur, ma grande soeur, qui m'a beaucoup, beaucoup, beaucoup, beaucoup aidé. Toulouse, c'était aussi une ville que je connaissais déjà. Donc, tu es arrivé à Toulouse ? Oui, je ne suis pas arrivé à Paris. OK,
- Speaker #0
d'accord.
- Speaker #1
Parce que quand on est venu avec ma soeur en 2015, on est resté un mois pour son installation et tout. Et du coup, c'était une ville que je connaissais, que j'appréciais déjà. Et voilà, je ne me sentais pas si dépaysé. Après, les jours... Je vais continuer et là je vais découvrir certaines différences quand même, certaines choses qui me surprenaient, qui me choquaient. Par exemple ? Bon, des choses qui te surprennent peut-être, c'est l'accessibilité, on en parlait, le fait de... En fait, le fait de pouvoir se déplacer librement. Aussi, quelque chose, on parlait de ça avec un ami. Quand on vient ici, on voit les bâtiments hyper beaux, hyper modernes. On se dit, waouh, mais ici, il y a le développement. Et après, on se rend compte que ces bâtiments peuvent être des HLM. Ces bâtiments peuvent être pas forcément... représentatif de ce développement qu'on veut montrer. Et voilà, d'autres choses aussi, peut-être pas à Toulouse. Mais à Paris, le manque de végétation, le manque de nature. À Managua, je voyais les étoiles, j'entendais chanter les oiseaux. Ici, pas du tout. Mais voilà, c'est des choses, des petites choses un peu différentes.
- Speaker #0
Ça dépend du secteur, mais effectivement à Paris, surtout avec, on s'en rend compte, on s'en est bien rendu compte cet été avec la canicule. Ça manque de verre, mais il faut un peu s'éloigner.
- Speaker #1
Oui, ça c'est vrai.
- Speaker #0
Et ton arrivée administrative, est-ce que ça a été quelque chose de facile ou pas ? Ou alors c'est vraiment la première difficulté que tu as eu, la situation dans laquelle tu es aujourd'hui ? Est-ce que c'est vraiment le plus gros truc que tu as eu jusqu'à maintenant ? Ou alors tu as eu aussi des cas où c'était aussi difficile ?
- Speaker #1
Ça, c'est quelque chose dont j'avais envie de parler parce qu'à Toulouse, c'était beaucoup plus facile. Vraiment, j'ai eu mon visa. Et après un an, j'ai eu un titre séjour de deux ans.
- Speaker #0
D'accord. En tant qu'étudiant.
- Speaker #1
En tant qu'étudiant. Et tout ne se faisait pas directement avec la préfecture. Ça se faisait avec... une structure qui s'appelait le Welcome Desk, qui réunissait la CAF, qui réunissait la... Ça existe à Toulouse ? Oui, ça existe à Toulouse.
- Speaker #0
Mais c'est genre de... Attends, attends que je le dis, parce que je dis souvent dans mes émissions, quand tu arrives en France, tu n'as pas un Welcome Pack. Non,
- Speaker #1
pas...
- Speaker #0
Est-ce que c'était la FEC ou alors c'était la ville ?
- Speaker #1
Non, c'était vraiment la ville, c'était une initiative de la CAF, la préfecture, les universités, c'était vraiment très, très sympa.
- Speaker #0
Mais c'est génial ça ! Oui, oui, c'est faux ça. Il faut que Paris et le reste du monde prennent exemple. Ça s'appelle le Welcome ?
- Speaker #1
Le Welcome Desk.
- Speaker #0
Le Welcome Desk, ok.
- Speaker #1
Et c'est pour ça, ça me choque un peu, parce que je ne vais pas dire que Toulouse est une ville qui manque de moyens, mais par rapport à Paris. Et je me dis, mais pourquoi on ne met pas les mêmes moyens ? Au moins pour les étudiants. Je comprends qu'en tant que salarié, peut-être on va commencer à aller à la préfecture, mais bon. Et c'est en arrivant ici, à Paris, que je découvre de plus en plus la difficulté. Et c'est après mes études que je découvre la vraie difficulté. Vraiment, se réveiller tôt le matin pour faire la queue. Je ne sais pas, ce n'est pas une expérience si agréable que ça.
- Speaker #0
Et toi, parce que toi, tu dépends de quelle préfecture ?
- Speaker #1
C'est la préfecture, la sous-préfecture de la Seine-Saint-Denis. De Saint-Denis, pardon. C'est la préfecture de la Seine-Saint-Denis.
- Speaker #0
Et comment ça se passe, du coup, pour renouveler son titre de séjour là-bas ?
- Speaker #1
Quand t'es étudiant, c'est relativement facile parce qu'on te donne un rendez-vous. Alors que quand t'es salarié, ou quand tu finis tes études, parce que j'avais un titre de séjour, recherche d'emploi ou création d'entreprise, c'était vraiment, viens à 8h du matin et on verra si t'as de la place. Ok. C'est bon. Et un jour, je suis arrivé à 8h du matin. Il y avait la queue déjà, au moins 70 personnes. Oui,
- Speaker #0
parce que les gens sont là à 4h, 5h du matin.
- Speaker #1
Du coup, le lendemain, j'arrive, 6h du matin, il y avait déjà 20 personnes. Voilà, tout c'était... Excuse-moi pour l'expression, mais on était un troupeau de gens. Et ça, ça m'a choqué. Ça, c'est un truc qui m'a particulièrement choqué. Et j'ai une petite anecdote vis-à-vis de ça.
- Speaker #0
Vas-y, je t'écoute. Nous t'écoutons tous et toutes.
- Speaker #1
C'était drôle, drôle. Bon, on verra, on verra comment les gens voudront voir ça. Mais en fait, il y a un petit espace. C'est un tout petit espace. Et tout le monde est très regroupé. C'est vraiment... Moi, je me sentais comme du bétail. Et à un moment, on te dit, même si tu es vraiment serré, on te dit, là, il faut faire une queue pour les gens qui ont un rendez-vous. Là, c'est la queue pour les gens qui n'ont pas de rendez-vous. Et là, c'est la queue pour les gens qui veulent déposer leur dossier. Et là, il y a le mec de la sécurité, le monsieur, qui dit, mais personne ne fait attention là. Mais vraiment, ils sont brouillés avec tout le monde. moment il crie Ça, c'est les Arabes. Les Arabes ne font pas attention aux ordres et tout. Ça, c'est les Asiatiques. Ça, c'est bien. Ils sont organisés, ils savent suivre les ordres. Et après, j'étais choqué. Il a dit, non, mais moi, je peux dire ça parce que je suis Arabe. Pourquoi je raconte ça ? Parce que déjà, c'était une expérience pas agréable en tant qu'étranger. Je n'étais pas forcément visé, mais c'est assez agréable d'entendre tout ça. Mais aussi de voir que... Que dans ces situations, il y a même une concurrence qui s'est créée entre les communautés alors qu'on est tous un peu dans le même bâton. Et ça, c'est... Et en plus, le gars,
- Speaker #0
il n'est même pas concerné.
- Speaker #1
Non, c'est ça. Mais bon, c'est...
- Speaker #0
C'est pour ça que moi, je parle tout le temps de maltraitance.
- Speaker #1
Oui.
- Speaker #0
On est maltraité. De l'agent de sécurité jusqu'à l'agent d'accueil, jusqu'à... jusqu'au fonctionnaire qui traite ton dossier et personne n'en parle.
- Speaker #1
Je ne pense pas qu'il ait dit ça dans une mauvaise intention, mais voilà, ce n'est pas agréable, ce n'est pas une expérience agréable. Ça m'a appris aussi que toute cette situation te met en concurrence avec les autres communautés alors que ça ne devrait pas être comme ça. Et comme tu l'as dit au début, on est tous dans le même bateau. Ça,
- Speaker #0
c'est sûr. Et en fait, ils considèrent, et en plus, ils considèrent qu'il n'y a, en fait, finalement, pas tant de nationalité dans la queue, alors que toi-même, tu vois. Oui, c'est ça. Alors, moi, je suis dans quelle... Tu es censé te reconnaître dans quelle communauté ?
- Speaker #1
C'est ça, c'est ça. Moi,
- Speaker #0
je suis où ?
- Speaker #1
Alors, on voit plein... Ça, c'est intéressant quand même. À la Seine-Saint-Denis, on voit... Des gens de tous les horizons. Et ça, c'est sympa.
- Speaker #0
Oui, comme tu dis. Et puis finalement, vous avez tous le même traitement, peu importe. votre pays d'origine. Et on dit souvent que c'est facile finalement de renouveler son titre de séjour, d'avoir des allocations, que la France, ça suffit, il faut arrêter, d'ailleurs il y a des politiciens qui disent il faut faire un moratoire sur l'immigration parce que c'est une passoire, il faut arrêter l'hémorragie. Qu'est-ce que tu as envie de leur dire ?
- Speaker #1
Je pense que ce que peut-être ces hommes politiques ne comprennent pas forcément, c'est qu'il y a des gens qui ont une grande diversité de profils d'étrangers. Mais la plupart d'étrangers viennent ici pour contribuer et ne se plaignent pas de contribuer parce qu'ils sont conscients que si tu donnes, ils vont recevoir aussi. Et c'est aussi, par exemple, Peut-être que ça va être considéré un peu comme un comportement toxique de ma part, mais par exemple, moi je ne faisais pas des arrêts maladie. Parce que je me disais, tant que tu es sain, que tu peux marcher et que tu peux... Vraiment travailler. Vas-y, contribue vraiment à quelqu'un qui est peut-être malade de longue durée. Et ces petites réflexions que tu te dis, bon, peut-être je ne vais pas aller à l'hôpital, mais je veux contribuer à ce système. Là, je n'ai pas le chômage, mais je suis content d'avoir contribué au chômage. Voilà, c'est ça. On ne doit pas avoir tout blanc et noir, les étrangers qui profitent, les bons étrangers. Il ne faut pas tomber dans cette vision manichéenne, mais juste savoir qu'il y a beaucoup de nuances. Et que c'est pas...
- Speaker #0
Faut pas mettre tout le monde dans le même sac. Et surtout aussi bien lire les chiffres, parce que finalement, ceux qui détournent le plus la sécurité sociale, ce sont les professionnels. Je vous invite à lire le rapport. Les rapports qui existent en ligne, vous tapez détournement de fonds sécurité sociale, vous serez peut-être surpris. Et je suis tout à fait d'accord avec toi, par rapport à parfois... Ce comportement qu'on peut avoir de se dire parce que je suis étranger, je dois être encore plus blanc que blanc. J'avais reçu un invité qui était lui de Colombie, juste avant toi, et qui disait qu'il avait, alors qu'il y avait droit, il n'avait pas demandé les APL. Il n'avait pas demandé d'avoir les APL parce qu'il estimait. qu'il pouvait, avec le peu d'argent que ses parents lui envoyaient, vivre, et que c'était suffisant pour lui, et qu'il ne voulait pas justement profiter, alors qu'il en avait le droit, en tant qu'étranger, au vu de ses ressources. Donc vraiment, réfléchissez à tout ça, à tout ce qu'on est en train de se dire, à tout ce qui se dit dans les médias et la réalité, encore une fois, de ces sujets-là. écouter les gens Donc écoutez des gens comme nous, comme Fernando, comme moi et comme tous les autres invités. Informez-vous sur ces sujets-là et ne vous laissez pas berner par les discours qui servent ceux qui les tiennent parce qu'ils ont des objectifs, surtout des objectifs politiques ou idéologiques. Et qu'est-ce que tu aurais envie justement de dire aux Français qui pensent ça ? Si tu avais une chose à leur dire.
- Speaker #1
Justement, j'ai pensé à cette question et je vais utiliser une petite métaphore. Je viens de Saint-Denis et chaque fois que je dis « je vis à Saint-Denis » , j'ai un regard un peu particulier. Je dirais… Bon, peut-être méprisant à un certain moment. Ah ouais ? Mais voilà. Mais je me dis, il y a plusieurs Saint-Denis. Et où j'habite, c'est vraiment... Moi, j'adore mon quartier. Je suis aussi nicaroyen, mais je suis aussi salvadorien. Et des fois, quand je dis ça, je vais partir à Salvador pour les vacances. Mais c'est très dangereux. Genre, les gens pensaient que j'allais sortir de l'aéroport et que les gangs allaient me tuer. Qu'est-ce que je veux dire avec ça ? C'est que c'est normal d'avoir des billets, c'est normal d'avoir ses propres idées préconçues. Mais des fois, il faut dépasser ces idées. Et je pense qu'ici, les gens sont souvent capables de le faire, mais de continuer à le faire malgré toute cette époque un peu dystopique, si on peut dire ça comme ça, où les idées sont de plus en plus polarisées. Ne pas se laisser de ces idées. Et vraiment essayer toujours de voir les nuances, d'accepter ces idées préconçues, mais de les discuter dans un environnement bienveillant. et empathique.
- Speaker #0
Ce que je souhaitais aujourd'hui, c'est de trouver un boulot, surtout. Donc je lance un appel. Fernando cherche un travail dans la pédagogie, en tant que coordinateur pédagogique ou en tant qu'assistant pédagogique, dans un centre de formation, dans une école, peu importe.
- Speaker #1
Aussi assistant administratif, assistant... RH. Vraiment, ce que j'ai bien aimé dans mon ancien poste, c'est que j'ai touché à beaucoup de choses.
- Speaker #0
Est-ce que tu peux en parler ?
- Speaker #1
Oui, en fait, ça ne s'arrêtait pas à la coordination pédagogique. On était une petite équipe. On n'était que quatre à faire tourner une école de 150 étudiants. Et c'était assez éprouvant, assez challengeant. Mais c'était intéressant parce que je touchais à la comptabilité, un peu au suivi de la facturation. Tout ce qui est notes, voilà, toute la relation scolaire, tout l'accompagnement des étudiants, bref, beaucoup de choses. Et je me suis rendu compte à quel point j'aimais bien aussi les outils numériques. Et étant donné qu'on était une petite équipe, vraiment ma chef et la directrice m'ont laissé beaucoup de liberté pour créer des choses. Et du coup, je retrouve aussi une structure qui serait aussi intéressée par un profil qui soit à l'aise. avec les outils digitaux assistant administratif assistant RH ou assistant dans un secteur qui veut optimiser ses processus. Voilà.
- Speaker #0
Ok, ben voilà. Donc, n'hésitez pas à contacter Fernando, à me contacter aussi sur mon LinkedIn ou sur le mail blédaregmail.com donc blédare, B-L-E-D-A-R-E arrobase gmail.com Voilà. éventuellement collaborer avec Fernando et je suis garante de sa qualité. J'ai travaillé avec lui, mais vraiment avec plaisir. Il a travaillé avec moi, j'encadrais une promo. Il a toujours été au taquet, hyper réactif. Les apprenants l'apprécient beaucoup. Vraiment, je suis garante et je le recommande vivement. Est-ce que tu aurais un dernier mot, Fernando, avant de clôturer ? Notre épisode d'aujourd'hui.
- Speaker #1
Peut-être j'ai parlé, j'ai eu un petit message pour les Français, mais j'ai un petit message aussi pour les étrangers, de ne pas y argisser, de ne pas tomber dans les... Dans les stigmatisations des communautés, des fois j'entends des amis ou des connaissances en train de mal parler d'une communauté ou de tomber dans ces clichés et je me dis non, on est tous sur le même bateau et ne nous mettons pas des bâtons dans les roues entre étrangers.
- Speaker #0
Il y a les autres déjà qui nous tapent dessus, si entre nous on pouvait éviter de se taper dessus.
- Speaker #1
C'est beaucoup plus commun de ce que l'on pense malheureusement.
- Speaker #0
Oui, il faut plus de cohésion et plus on sera... Enfin, de toute façon, on est de toute façon confrontés aux mêmes difficultés. Donc, rassemblons-nous et soyons forts tous ensemble face à ces difficultés qui nous concernent tous, finalement.
- Speaker #1
Oui, c'est ça.
- Speaker #0
Merci, Fernando, pour ton témoignage. Moi, j'ai été vraiment particulièrement touchée de... D'apprendre ta situation actuelle, parce que j'en parle à travers mes épisodes, j'en parle dans mes contenus. Et aujourd'hui, tu es l'incarnation de ce dysfonctionnement qui est volontaire. Certains préfets sont vantes même, je ne donnerai pas de nom. Et je souhaite que ton message passe à travers cet épisode et à travers aussi mes contenus sur les réseaux sociaux. Merci à vous de nous avoir écoutés, d'avoir pris le temps d'écouter l'histoire de Fernando. Si vous aussi vous voulez raconter votre histoire, votre réalité, la réalité de votre quotidien en tant qu'étranger en France, qui n'a qu'une envie, c'est de continuer à contribuer à construire ce pays qui est notre pays, la France, n'hésitez pas. Encore une fois, à me contacter, que ce soit sur LinkedIn ou par mail sur blédar.gmail.com. Et puis, je vous dis à très bientôt. Merci encore, Fernando.
- Speaker #1
Merci à toi, Rosila.
- Speaker #0
Au revoir.
- Speaker #1
Au revoir.