- Speaker #0
Bonjour à toutes et à tous et bienvenue dans ce nouvel épisode de Blédard, les voix invisibles. Aujourd'hui, je reçois une nouvelle invitée, Yana. Ça faisait un petit moment que je la convoitais pour qu'elle puisse venir, donc je suis ravie de pouvoir enfin la recevoir aujourd'hui. Bonjour Yana. Bonjour,
- Speaker #1
voici là.
- Speaker #0
Comme ce que je fais habituellement, est-ce que tu peux te présenter à nos auditrices et à nos auditeurs et nous parler un peu de ton parcours ?
- Speaker #1
Oui, bien sûr. Je m'appelle Yana Museland, j'ai 38 ans et je vis en France depuis 2001. Je suis arrivée de Russie, d'une petite ville sud-ouest, avec ma mère et ma grand-mère.
- Speaker #0
Et quand t'es arrivée, t'avais quel âge en 2001 ?
- Speaker #1
J'avais 12 ans. J'avais 12 ans et nous sommes arrivées à Paris pour les raisons qui m'échappent aujourd'hui encore. Ma mère avait sûrement ses raisons, elle, qui l'ont poussé de quitter la Russie. Sûrement, pour moi, aujourd'hui, je peux le dire qu'elle cherchait une meilleure vie. Et donc, nous avons pris le car dans mes souvenirs et nous avons quitté la Russie. On a voyagé à travers l'Europe et nous avons atterri à Paris.
- Speaker #0
Et à 12 ans, tu es arrivée au collège ?
- Speaker #1
Alors, à 12 ans, je suis arrivée au collège, mais... Pas tout à fait un collège classique qu'on connaît. J'ai été intégrée dans des classes qui apprenaient le français, mais avec un programme qui suivait mon niveau. Et pendant deux ans, je suivais les cours de français assez renforcés. Et il faut dire que j'étais dans des très beaux collèges de Paris.
- Speaker #0
Lesquels ?
- Speaker #1
Alors j'étais au collège Candorcet pendant deux ans. Et bon, après ça a changé. C'est vrai qu'après j'ai atterri au collège à Port-de-Clechy. Ça a changé d'ambiance.
- Speaker #0
Et est-ce que tu as des souvenirs clairs de cette période-là ?
- Speaker #1
Alors, j'ai été quand même assez jeune, à 12 ans. On ne m'a pas demandé si je voulais partir ou pas. On ne m'a pas expliqué pourquoi. Ça, ça m'a quand même beaucoup marquée parce que c'était... Aujourd'hui, je l'analyse comme ça, avec les émotions que j'avais à l'époque. C'était un déchirement total. Mon environnement de vie, mes amis que j'ai laissés derrière, mon père, qui ne savait même pas que je suis partie, je crois. Et venir dans un pays où je n'ai absolument aucun code, pas la langue, ça c'était extrêmement dur. Et je pense que j'ai fait comme tous les enfants, je me suis tuée, je me suis adaptée.
- Speaker #0
Et après, en étant adulte, est-ce que justement le fait d'être étrangère... A impacté ta vie au quotidien ?
- Speaker #1
Bien sûr. Alors ma vie adulte en tant qu'étrangère, déjà, t'as qu'un seul mot qui te définit, t'es étranger. Quand tu viens à plusieurs reprises dans les administrations françaises, tu es étrangère. Tu portes un nom, voilà. Une étiquette. Une étiquette ou un numéro de dossier, mais tu n'es certainement pas adulte. Nous, je n'ai pas à me plaindre des droits que j'avais, mais on n'a pas tous les droits, on n'a pas la voix. On n'est certainement pas tout le temps entendus.
- Speaker #0
Et ce que tu me racontais un peu en off, justement tout le parcours du combattant que tu as eu à affronter, est-ce que tu peux nous en parler un peu plus ?
- Speaker #1
Alors. Il faut savoir qu'à partir de l'âge où j'avais commencé à maîtriser le français, c'est-à-dire 13-14 ans, parce que j'ai passé deux ans dans une classe non francophone et puis après j'ai quand même vite assimilé le français, toutes les questions administratives se sont posées sur mes épaules. Donc je les connais pas juste de loin, je les ai pratiquées à partir de 13-14 ans.
- Speaker #0
Parce que ta mère ne parlait pas français ?
- Speaker #1
Ma mère maîtrisait beaucoup moins le français parce qu'elle n'avait pas de suivi de cours, elle ne pouvait pas travailler, elle ne pouvait pas s'intégrer rapidement parce qu'elle n'avait aucune autorisation à part vivre en France. Et donc je devais gérer le quotidien et l'administratif. L'administratif consistait à quoi ? Il ne consistait pas plutôt. Donc à traduire les lettres, à jouer les avocats, à jouer les traducteurs. Composer les dossiers sans cesse, en fait c'est une histoire sans fin. L'administration a pris des années de vie. En fait, ce n'est pas juste faire les dossiers, mais les années de vie s'écoulent. A prouver que tu vis ici, à prouver que tu vis dans cette adresse, à prouver que tu n'as jamais quitté la France, à prouver que tu es allé à l'école. En fait, c'est une histoire sans fin. Sans fin, sans fin, sans fin, qui se répète sur les épaules d'une enfant. Oui, mais en même temps, sur les épaules d'une enfant, il est vrai que mon enfance est terminée à l'âge de 12 ans. Mais ça a forgé d'autres compétences et puis d'autres traits de caractère qui me définissent aujourd'hui peut-être. Et donc moi j'ai entendu notamment dans un témoignage d'un des podcasts une amie à toi qui témoignait la queue. qu'elle faisait pour la préfecture. Je me rappelle ma mère qui se réveillait à 5h du matin pour aller sous la pluie l'hiver ou l'été, peu importe quelle saison, aller faire la queue dans la préfecture. Et pourquoi ? On ne sait pas. Pourquoi est-ce qu'il fallait être là à 6h du matin ? Mais ça, c'est une histoire qui s'est beaucoup répétée, qui m'a beaucoup marquée. J'ai un autre souvenir qui me revient quand tu dis quand je suis arrivée en France, des choses qui m'ont marquée. C'est l'éducation aussi, parce que j'ai intégré une école. Et c'était de très bonnes écoles, ce qui a différencié avec mon pays. Et ça m'a beaucoup touchée parce que les gens qui m'entouraient, les professeurs, étaient extrêmement bienveillants. Et personne ne me jugeait parce que je ne parlais pas français. Au contraire, ils voulaient que j'y arrive et du coup, ça, ça m'a beaucoup marquée. Un autre point qui m'a marquée à vie, je pense qu'aujourd'hui, je n'en fais pas une fixette mais j'y travaille, c'est la nourriture. Quand on arrive en France, on n'a pas le droit de travailler. Ma mère n'avait pas le droit de travailler, moi j'étais mineure. Ma mère ne pouvait pas travailler, donc on ne pouvait pas avoir de revenus. Et en fait, le temps que l'administration se mette en place pour avoir un papier... qui t'autorise à vivre et qui ne t'autorise pas à faire autre chose. Il s'écoule énormément de temps. On avait un petit peu d'argent et qui s'est écoulé très vite. En fait, à un moment, tu te rends compte que tu n'as plus rien à manger. Et je me rappelle de ça. Bon, après, on a... On a su qu'en France, on ne te laisserait pas mourir de faim. Mais il faut quand même aller prouver que tu n'as rien. Il faut prouver que tu n'as rien. Il faut un papier qui prouve que tu ne touches pas ça, ou que tu ne touches pas une aide. Et que tu viens parce que tu es juste pauvre. Et enfin, avec ce papier-là, tu te mets dans la queue, encore une fois, le soir pour avoir ta soupe. Je me rappelle à Saint-Lazare, on faisait la queue pour avoir de la soupe le soir.
- Speaker #0
Tu peux être fière de toi aujourd'hui.
- Speaker #1
Je comprends. Cette notion de nourriture, tu dis mais c'est pas possible en fait. Comment on en arrive à là ? Et quand on est arrivé en France aussi, un autre souvenir qui me revient. Tu dis en fait, c'était une rupture brutale. Sans comprendre pourquoi, ta mère elle y va, tu y vas. Moi je me rappelle le premier jour quand on est arrivé. On a dormi dans un hôtel parce que c'était inclus dans le voyage. Mais le deuxième jour, tu dors dans un hôtel par terre. Ce n'est pas un hôtel, c'est un hôpital abandonné.
- Speaker #0
D'accord.
- Speaker #1
Et en effet, quand tu es enfant, on n'explique rien. Tu as l'impression de vivre un mauvais rêve. Sauf que cette expérience, je n'ai pas envie de dire que... c'est horrible, voilà, c'est des choix qui ont été faits par ma mère et la France nous a quand même offert un toit je ne suis pas mort de faim et aujourd'hui je me dis, voilà, je ne me plains pas mais c'est des souvenirs qui sont qui sont douloureux,
- Speaker #0
bien sûr et est-ce que tu peux quand dans ta présentation tu ne l'as pas évoqué est-ce que tu peux nous dire aujourd'hui ce que tu fais et la réussite que tu as atteinte aujourd'hui Tu as beaucoup de mérite.
- Speaker #1
J'ai beaucoup de mal à accueillir ce que tu dis. Parce que la vie a été beaucoup trop dure. Et en fait, je me dis qu'avec cette expérience de toujours prouver, toujours ne pas abandonner, toujours y aller plus loin, persévérer, tu dis qu'en fait, ce n'est jamais assez. Dans ma vie privée, c'était un peu pareil parce que mon éducation fait qu'on a toujours été... élevée un peu à l'ancienne, à la dure. En fait, il faut toujours prouver. Donc aujourd'hui, mérite, je ne sais pas si je l'ai, parce que je pense que tu es beaucoup plus méritante que moi.
- Speaker #0
Ben non, pas du tout.
- Speaker #1
On ne m'a jamais dit que c'est super, tu as eu ton bac, c'est super, tu es devenue infirmière. Mais en fait, je peux... lui dire, sans peut-être trop le croire aujourd'hui, mais c'est vrai que merci la France parce que j'ai eu une éducation, j'ai eu accès aux études, merci. C'est super parce que, voilà, j'ai quand même pu reconstruire ma vie d'adolescente, j'ai eu mon premier amour en France, j'ai construit ma famille, j'ai eu un super parcours scolaire, j'ai été dans les plus beaux lycées, collèges et lycées de France. Après, j'ai pu J'ai eu... J'ai eu un bac littéraire pour une étrangère, franchement. Ensuite, j'ai pu faire quelques années de droit, mais bon, j'ai compris que ce n'était pas ma tasse de thé. J'ai enchaîné sur un parcours pour devenir infirmière. Et ce n'est pas pour rien. Aujourd'hui, je l'analyse comme ça, en fait. Je suis auprès des gens qui souffrent. Et franchement, mon parcours en psychiatrie, franchement, ce n'est pas les gens qui, peut-être qui ont des souffrances physiques, mais énormément de souffrances psychiques, psychologiques. C'est des vies cassées et je me retrouve auprès d'elles.
- Speaker #0
Je ne pense pas que c'est un...
- Speaker #1
Donc tu es infirmière Je suis infirmière diplômée d'état depuis 2013 Bon, on va dire que je suis fière mais j'ai toujours l'impression que j'aurais pu faire plus, j'aurais pu faire mieux
- Speaker #0
Mais tu as aidé beaucoup de gens parce que tu as travaillé dans des maisons d'arrêt
- Speaker #1
J'ai eu un parcours assez diversifié j'ai fait de l'intra-hospitalier j'ai un parcours extra-hospitalier en entreprise où je me suis beaucoup amusée Et j'ai un bloc, j'ai un énorme bloc. J'ai beaucoup travaillé en psychiatrie. Et la psychiatrie, elle se décompose au pareil. On peut travailler en ville, on peut travailler en maison d'arrêt. Et j'y ai travaillé. Et j'ai vu, en effet.
- Speaker #0
Oui.
- Speaker #1
Mais voilà, mon parcours de vie fait que j'aime mon métier, j'aime aider les gens d'une certaine manière. Mais j'ai fait beaucoup de bénévolat.
- Speaker #0
Oui ?
- Speaker #1
Oui. J'ai un ami qui s'appelle Père Jean-Philippe qui m'a quand même pris sous son aile à part très très tôt. Et qui m'a quand même permis d'avoir un repère parce que je n'avais pas mon papa avec moi. et qui m'a transmis toutes les valeurs chrétiennes, parce que je suis chrétienne du coup, et humaine. D'ailleurs, merci à lui, parce que c'est vrai que, bon, ma mère c'est une chose, mais un repère masculin c'est autre chose. Et grâce à lui, je... J'ai fait pas mal de bénévolat et je continue à aider les gens quand même autour de moi.
- Speaker #0
C'est un juste retour des choses et bravo à toi. Tu me parlais de ta maman et tu me disais qu'elle était médecin.
- Speaker #1
Elle était médecin, oui, en Russie.
- Speaker #0
Elle était médecin mais elle ne pouvait pas travailler, peu importe l'emploi qu'elle aurait pu ou voulu occuper.
- Speaker #1
Alors, elle ne pouvait pas travailler. Déjà, elle ne pouvait absolument pas travailler, même faire des heures de ménage ou de repassage et que ça soit déclaré et que ça apporte quand même à tout le monde. Je trouve que, à l'époque, je trouvais que c'était vraiment... c'était illogique et aujourd'hui encore les étrangers ne peuvent pas travailler je ne comprends pas ça je trouve que c'est juste insupportable on te demande de t'intégrer dans un pays parler le français travailler, payer les impôts et on te dit vous pouvez vivre encore 3 mois si vous êtes gentil 6 mois et après si vous êtes gentil 1 an c'est illogique, c'est pas possible on veut s'intégrer, on veut apporter à la France nous connaissons. connaissance, notre culture, mais en fait, on est bloqués dès le départ. Voilà. Et maman était médecin au laboratoire et elle a essayé de reprendre les études de médecine, sauf qu'elle est rentrée dans l'âge. Elle est rentrée dans l'âge où elle ne maîtrisait pas aussi bien le français, parce qu'elle n'avait absolument pas les moyens de prendre des cours. Si elle le prenait, mais en fait, il aurait fallu qu'elle soit intégrée mieux que ça, qu'on propose aux étrangers aujourd'hui. des solutions avec des suivis de cours de français et même des petits travaux à faire, j'en sais rien, ménage, jardinage, mais il nous manque de la manœuvre aujourd'hui. Pourquoi ne pas inclure les gens qui veulent travailler et qui veulent s'intégrer ?
- Speaker #0
Oui, c'est toute l'hypocrisie du système où on appelle à l'immigration du travail, mais on ne donne pas d'autorisation au travail. aux personnes qui le veulent et on ne leur donne pas la possibilité. J'en ai fait le sujet de mon précédent podcast que je vous invite à écouter, où je parle justement de mon invité qui a perdu son travail dû à un retard de délivrance de titre de séjour, ce qui est juste déplorable. Et par la suite, tu as réussi à avoir tes papiers et ton parcours de naturalisation. Qui a suivi ? Est-ce que tu peux en parler ?
- Speaker #1
Alors, le parcours de naturalisation, c'est toujours une croix et une bannière. J'ai essayé de déposer mon dossier, ne serait-ce que déposer le dossier, pour qu'il soit étudié à deux reprises. Et à deux reprises, il a été ouvert à la première page et refermé, en disant que j'étais une simple étudiante et que personne ne garantissait que j'allais rester en France, alors que ça faisait des années que je vivais en France.
- Speaker #0
Depuis tes 12 ans ?
- Speaker #1
Voilà, depuis mes 12 ans. que j'œuvrais pour... Justement, j'étais étudiante à la faculté et je voulais m'intégrer, je voulais avoir les mêmes droits que les autres. Surtout, je faisais du droit, je voulais absolument... Je m'intéressais à la politique, je voulais voter. Donc, on m'a dit non, au revoir. Et il a fermé le dossier, donc je suis repartie et j'ai dit d'accord. Sans aucune... Aucune autre explication, c'est non. Non, C'est trop tard. En plus, bon, on est reçus dans un petit cabinet sans témoin. Et moi, je n'avais même pas en rêve de venir avec un avocat. Je me dis, c'est mon droit, je peux déposer. Pourquoi ? C'est marqué noir sur blanc. Venez déposer votre dossier. Bon, ça, c'est premièrement. Deuxièmement, deuxième tentative, c'est quand je suis venue déjà enceinte de Timothée.
- Speaker #0
Oui, ton premier enfant.
- Speaker #1
Pareil, ouverture à la première page du dossier. Alors, le dossier, il faisait ça, genre 4 kilos. Et on me dit, la photo-là, ce n'était pas là quand même. Vraiment, quelque chose de vraiment dérisoire. Et puis... Donc la professionnelle regarde mon dossier et trouve que je n'ai pas déclaré. Alors j'avais les fiches de paie qui ne correspondaient pas aux déclarations. Mes explications ne l'intéressent pas. Elle dit une phrase qui dit que je ne suis malheureusement pas loyale à la France. Parce que je n'ai pas déclaré.
- Speaker #0
Alors que ce n'était pas...
- Speaker #1
Alors que c'était quelque chose que je faisais régulièrement. Sauf que j'ai fait confiance à la... à la tête des impôts auxquels je me rendais à chaque fois pour bien remplir la déclaration d'impôt pour ne pas me tromper. Et puis là, on m'a dit « Ah non, mais la loi a changé cette année, donc on ne déclare pas au-dessus de 8000 euros, ce n'est pas la peine. » Bon, cette explication n'allait pas, donc elle m'a dit « 5 ans » . pendant 5 ans vous ne pouvez plus vous représenter parce qu'on va rechercher les antécédents sur 5 ans et puis là vous n'avez pas déclaré donc merci au revoir et tu étais déjà mariée ? non alors moi je ne voyais pas le mariage comme quelque chose de nécessaire à la vie du couple j'ai revu ma copie rapidement parce que tu es mariée aujourd'hui je suis mariée et surtout qu'après la naissance de Timothée j'ai dû voyager et puis pendant ce voyage là j'ai dû prouver À l'aéroport que je voyageais avec mon fils, parce que mon fils était français, pas moi. Donc quand je suis rentrée à la maison, j'ai dit mon chéri, ce serait bien que j'arrête de prouver que c'est mon fils. Parce que nous avons des noms différents. Nous sommes mariés, et donc là je me dis, il faut y aller, on y va, on revoit. Parce que moi j'étais complètement découragée.
- Speaker #0
Oui, à un moment donné t'es dégoûtée.
- Speaker #1
Non mais, sauf que bon là, les aventures ne se terminent pas. Je prépare mon dossier de naturalisation par conjoint. à ma grande surprise j'arrive donc à la préfecture à ma grande surprise, je compare ma liste avec la liste d'une voisine qui attend avec moi qui me dit, ah bah tiens j'ai apporté l'EDF et me dit, bah tiens moi j'ai apporté le téléphone dans ma liste c'était marqué noir sur noir bref, j'arrive à l'accueil la voisine qui est à côté, je vois son dossier accepté pas le mien, on m'a dit c'est pas la bonne liste, j'ai dit attendez voilà, je l'ai mis Elle me dit, oui, oui, mais ce n'est pas la bonne voie-là. C'est celle qu'il faut. Donc, merci, au revoir. Alors, pour prendre rendez-vous, c'est un quest. Devinez où il faut prendre rendez-vous, comment il faut le faire, sur quel bon site, à quelle heure. Parce que quand parfois tu cliques, il n'y a déjà plus de créneau. Et donc, il faut être rentré. Non,
- Speaker #0
mais il faut être un bot qui, toute la nuit, essaie de trouver des créneaux.
- Speaker #1
Donc, bon, d'accord, merci, au revoir. Apportez ça, ça et ça. Elle rejette le papier. Donc, je reviens.
- Speaker #0
Ça remonte à quand, ça ?
- Speaker #1
Il y a trois ans.
- Speaker #0
Il y a trois ans. OK.
- Speaker #1
Je reviens. Qui me reçoit ? La même dame.
- Speaker #0
Elle te reconnaît ou pas ?
- Speaker #1
Non.
- Speaker #0
Non.
- Speaker #1
Mais moi, je la reconnais.
- Speaker #0
OK.
- Speaker #1
Je peux dire que... Je me dis déjà, c'est mort, elle va trouver quelque chose. En effet, elle m'a dit, bon, il manque ça, mais revenez pour le second entretien avec votre mari. Entre temps, donc, elle accepte mon dossier. Entre temps, elle me dit que j'aurai une visite de la police chez moi. Bon, tu te prépares à tout.
- Speaker #0
C'est la police ou c'est un agent de la préfecture ?
- Speaker #1
Non, c'est deux agents de la police municipale.
- Speaker #0
Avec leur tenue et tout ?
- Speaker #1
Non, en civil.
- Speaker #0
Ah, en civil, bon.
- Speaker #1
Et tu ne sais jamais quand est-ce qu'ils passent. En fait, ils t'appellent et disent « Bon, on va passer lundi ou mardi, quand est-ce que c'est possible ? » Et tu attends toute la journée. Bon, bref, ça, d'accord. Sauf que bon, comme tu sais, j'ai trois enfants. Quand tu rentres chez moi, ça sent la cuisine, ça sent les épices. Il y a des photos partout, il y a des jouets, il y a un chien. Et ça fait surtout 12 ans qu'on est avec mon mari. Il y a trois enfants. bon Tu viens de checker, je peux comprendre. Oui,
- Speaker #0
vite fait, mais bon.
- Speaker #1
Mais là, c'est aller jusqu'à ouvrir les placards. Pourquoi il n'y a pas de vêtements de monsieur dans votre dressing ? J'ai dû justifier que monsieur a un autre placard. Maintenant, salle de bain. Où sont les affaires de monsieur ? Vous pouvez montrer avec quoi il se rase. Oui, c'était... Pareil, le lit. Bon, ils n'ont pas touché le lit, mais ils ont voulu voir notre chambre pour voir notre lit.
- Speaker #0
Oui, que vous avez bien allé.
- Speaker #1
Qu'on a bien allé ensemble et qu'on a une vie. Donc,
- Speaker #0
si tu fais chambre à part, c'est mort. Parce qu'il ronfle.
- Speaker #1
Je ne sais pas, mais je peux comprendre. Mais tu vois, c'est des incohérences qu'aujourd'hui, il faut... On perd beaucoup de temps pour ça. Oui, non,
- Speaker #0
mais c'est sûr.
- Speaker #1
Je ne fais pas trois enfants pour m'amuser. Je ne vis pas douze ans avec une personne pour juste avoir un papier.
- Speaker #0
Non, mais puis, il y a leur scolarité. Vous les déclarez dans les... enfin... Ils savent tout.
- Speaker #1
On a tout présenté à la préfecture. On a tout montré à la préfecture à partir de l'âge où Timothée est né, avec tout.
- Speaker #0
Donc Timothée qui a bientôt 11 ans aujourd'hui.
- Speaker #1
Donc oui, ça te laisse un goût amer, mais bon.
- Speaker #0
Et t'es naturalisée depuis, du coup ?
- Speaker #1
Depuis 2023. Ah bon, là, c'est autre chose. On te réserve quand même une très belle cérémonie. Tu respires. J'espère. Je pense que j'ai pleuré pendant cette... cérémonie qui était très belle, avec un très beau discours, qui m'a beaucoup touchée. Et enfin, je ne suis plus étrangère.
- Speaker #0
Oui, mais c'est ça. C'est clair. Et puis, comme tu dis, le fait d'avoir les mêmes devoirs et ne pas avoir les mêmes droits pendant plus de dix ans, c'est vrai qu'à un moment donné, ça devient pesant et puis tu ne te sens pas légitime. Tu as cette volonté, encore une fois, de construire et juste d'exister. Sans vouloir prouver à chaque fois que tu as le droit d'être là.
- Speaker #1
Exactement.
- Speaker #0
Pour les gens qui sont aujourd'hui confrontés à ces difficultés, qu'est-ce que tu as envie de leur dire maintenant que tu n'es plus concernée parce que tu es française ? Qu'est-ce que tu as envie de leur dire ?
- Speaker #1
J'ai envie de leur dire que malgré les difficultés qu'ils vont rencontrer, parce que je ne vais pas cacher que... Ça va être difficile, ça ne va pas être une promenade de santé. Par contre, n'abandonnez pas à persévérer. En France, il y a beaucoup de portes avec beaucoup de clés qu'il faut tenter de trouver. Une porte s'ouvrira, mais peut-être que vous ne trouverez pas ce que vous cherchez là-dedans. Il y aura beaucoup de parcours, il y aura beaucoup de refus. Peut-être certains jours, vous allez être démoralisé, découragé. N'abandonnez pas. Apportez vos couleurs, apportez vos connaissances, apportez votre joie pour faire de ce pays... Quelque chose de mieux, pour faire avancer, pour changer le regard sur nous les étrangers. Respectez les règles et battez-vous. Parce qu'un jour ou l'autre, on réussit. En France, je ne sais pas comment ça se passe ailleurs. Mais je pense que malgré tout, on peut réussir. Mais en fait, pour devenir français, je pense qu'il y a aussi plusieurs voies. Moi, je ne suis pas arrivée toute seule. Moi, je suis arrivée grâce à mon mari, grâce à la loi qui me le permettait. Mais derrière toutes ces années de bataille, de parcours administratif totalement décourageant, j'ai des amis desquels je me suis entourée. J'ai une équipe qui me soutenait, qui ne m'ont jamais abandonnée. J'ai des gens qui m'ont aidée, qui m'ont donné des coups de pouce, même dans l'administration. Il y avait toujours des gens bienveillants qui m'ont fait des clins d'œil, qui m'ont dit « ne vous inquiétez pas, continuez, ne baissez pas les bras. On a besoin de vous, on a besoin de cette force et portez-le aux couleurs. »
- Speaker #0
Et pour les Français qui ne sont pas concernés par ces sujets, qu'est-ce que tu as envie de leur dire, surtout par rapport à ce qui se dit depuis plusieurs années sur l'immigration et sur les étrangers, qui n'est pas très louable et positif, j'ai envie de dire ?
- Speaker #1
Qu'est-ce que j'ai envie de dire aux Français ? Malheureusement, on vit dans une époque très médiatisée et c'est vrai que ce qui est montré sur les étrangers, c'est surtout les cas... Pour moi, les gens qui sont montrés à la télé, qui tuent, qui volent, ce que j'ai vu en prison, ce ne sont pas des gens peut-être qui aiment la France, qui n'aiment pas respecter la loi, qui n'aiment pas jouer avec les règles du jeu. Ce n'est absolument pas représentatif de ceux qui veulent venir et s'intégrer. En fait, je voudrais dire aux Français qu'il faudrait vraiment qu'on réfléchisse tous ensemble comment on pourrait améliorer. L'avenue des gens qui veulent s'insérer. Je sais qu'il y a certaines choses qui peuvent faire peur. Et en effet, on nous montre des choses qui font très peur. Et c'est des choses qui existent malheureusement. Oui, bien sûr. On ne peut pas dire le contraire.
- Speaker #0
Mais il ne faut pas juste généraliser, il ne faut pas mettre le focus uniquement sur ces populations. Il n'y a personne qui parle de nous. Il n'y a personne qui vient nous interroger, qui nous dit « Alors, toi, ton parcours, ça a la brillance, c'est chouette et tout. » Et c'est pour ça que je fais ce podcast. Sinon, je n'existerais pas.
- Speaker #1
C'est parler aussi de belles réussites. Parce que... En France, il y en a beaucoup des étrangers qui réussissent. Marie-Béry, Charles Aznavour, etc. Parlons de nous aussi, mettons les lumières sur les gens qui apportent à la France.
- Speaker #0
Tout à fait. Je suis complètement d'accord. Et on est en ligne avec cette idée-là de mettre en avant et de rendre visibles des étrangers qui réussissent et qui contribuent encore une fois à construire la France. Et on est, je pense, en majorité. Merci beaucoup, Yana, pour ton témoignage très touchant. et... Très touchée par ton témoignage. Je pense que vous l'entendez vous aussi. Si vous aussi voulez raconter votre histoire, n'hésitez pas à me contacter. Que ce soit ici, par mail, sur blédar.gmail.com ou sur LinkedIn. Merci encore et merci à vous de nous avoir écoutés. Je vous dis à très bientôt. Au revoir.