- Speaker #0
On parle souvent des immigrés en France, mais on les entend rarement. Ils travaillent, ils réussissent, ils contribuent à construire le pays, et pourtant, ils restent invisibles dans l'ombre. L'Edard est le podcast qui les met en lumière. L'aide pour nos origines, art comme We Are, pour dire qui nous sommes aujourd'hui ici en France est pleinement légitime. Je m'appelle Wassila Moussaoui, française, née et grandie à l'étranger, immigrée depuis 20 ans, et un jour, j'en ai eu assez qu'on parle de nous, sans nous. Alors j'ai créé Blédard, une espèce de parole, de témoignage vrai, pas un débat, pas une polémique, juste des réussites, des histoires vraies, les leurs, celles qu'on n'entend jamais jusqu'ici. Blédard, les voix invisibles, c'est parti !
- Speaker #1
Je me suis dit qu'est-ce que je fais avec ma vie, je suis toute seule dans un pays, j'ai pas de famille ici.
- Speaker #0
Bonjour chères auditrices, chers auditeurs, bienvenue dans ce nouvel épisode de Blédard. Blédard, le podcast qui met en lumière les voix invisibles. Aujourd'hui, je reçois Anna Edlin. Anna a eu un parcours atypique et je suis ravie de la recevoir aujourd'hui pour nous raconter son parcours et son histoire. Bonjour Anna.
- Speaker #1
Bonjour Wassila, ravie d'être là.
- Speaker #0
Ravie également. Est-ce que tu pourrais s'il te plaît te présenter à nos auditeurs et à nos auditrices simplement ?
- Speaker #1
Je suis artiste plasticienne. qui vient du spectacle vivant. Et aujourd'hui, j'accompagne les personnes hypersensibles grâce à l'art.
- Speaker #0
Et comment t'en es arrivée là ? Est-ce que tu peux un peu revenir sur ton parcours initial et cet acheminement jusqu'à ce que tu fais aujourd'hui ?
- Speaker #1
Oui, alors c'est une histoire, c'est vrai, un peu particulière. Donc, je grandis en Allemagne. Et je passais beaucoup de temps avec ma grand-mère. Et ma grand-mère, elle était prof de théâtre et de la musique. Et donc, je baignais dans ce milieu très, très créatif, très artistique. J'ai toujours fait la danse, du théâtre, de la musique, etc. Et donc, naturellement, ça a façonné le choix de mes études. Et voilà, j'ai étudié le spectacle vivant et je me suis spécialisée dans l'écriture des pièces et dans la mise en scène. Donc je commençais à travailler dans ce milieu-là, dans les théâtres et opéras, après mes études en Allemagne et en Autriche. Et en fait, j'avais le ressenti à un moment que la scène culturelle de l'Europe était en train de stagner, que la source de la création, elle était toujours la même. Et il me manquait de... de créativité, il me manquait quelque chose qui sortait de l'ordinaire. Et j'avais découvert, ça c'est assez marrant, parce que j'avais fait un Erasmus en France, alors sans parler français parce que tu connais Erasmus, tu passes six mois à la plage pour faire la fête, donc c'est ce que je fais. Mais pendant ces Erasmus, j'avais un cours en danse indienne appliqué. parce que j'avais fait un master en études de danse, mais c'était plutôt la théorie. Et là, je découvre une culture qui a réussi de préserver la communication à travers la danse pour raconter des récits, raconter des récits mythologiques. Et je trouvais ça incroyable parce que c'est ce qu'on avait perdu en Europe. Et donc, je voulais partir en Inde pour comprendre la culture indienne. Et donc, je suis partie travailler en Inde où je passais presque deux ans. Et là-bas, j'avais rencontré quelqu'un avec qui je continuais mes voyages. Donc, comme très souvent, on fait des choses par l'amour. Et donc, après, on est parti au Vietnam où nous avons travaillé. Donc, je travaillais dans plein d'autres secteurs, dans l'événementiel, dans le marketing, la communication. Voilà, la culture, je la... L'aspect culturel que j'ai eu avant dans mon travail, je valorisais ça autrement. Mais je me suis effectivement éloignée un peu du spectacle vivant, à part par hobby où je jouais dans des groupes d'impro. Et un jour, la santé de mon compagnon à l'époque a commencé à se dégrader. C'est devenu très difficile et on ne pouvait plus rester en fait. Au Vietnam, on a décidé de venir en France parce que lui, il est encore français.
- Speaker #0
Ok.
- Speaker #1
Et c'est par ce billet-là que nous sommes arrivés, ou que moi je suis arrivée en France. Mais comme souvent l'histoire le raconte, je ne suis certainement pas un cas isolé. Cette relation s'est finie au bout d'un an. Mais moi, je suis restée en France.
- Speaker #0
Ça remonte à quand ça ?
- Speaker #1
C'était en 2017 que je suis arrivée en France. Au début, c'était un peu particulier parce que je suis arrivée sur un territoire inconnu. son compétence ou capacité particulière, surtout avec une charge émotionnelle parce que j'étais surtout là pour accompagner quelqu'un qui était très malade. Donc, ce n'était pas du tout évident. Je cherchais en même temps du travail, ce qui n'était pas du tout évident parce que je ne parlais pas le français et en France, on aime bien quand on parle le français. Finalement, je trouvais un travail en anglais, mais ce n'était pas très exigeant. Et donc, je profitais surtout... tout de mon temps pour apprendre le français et j'ai réussi d'apprendre le français grâce à quelqu'un, un jeune homme qui était passionné par les langues et moi j'étais passionnée par les sujets qu'il a proposés et donc c'était un bon match. Je trouvais un autre travail en français cette fois-ci, mais il était très exigeant, très dur. Je n'étais pas du tout alignée avec qui j'étais. J'avais... énormément de pression et j'ai essayé de gérer cette pression avec beaucoup de sport. Du coup, j'étais émotionnellement déjà pas très bien parce qu'après une rupture, en plus un travail qui était hyper exigeant, j'ai saisi beaucoup de sport jusqu'au moment que je me suis cassé le pied. Je me suis cassé le pied, donc on pourrait dire que je l'ai juste cassé le pied, mais en vrai, il y a... Un monde qui se cassait, il y a un nouveau monde qui s'est ouvert à moi. Et tout à coup, je commençais à faire la peinture. Je n'ai pas touché des pinceaux avant. Donc, c'est toute une histoire pourquoi j'ai eu tout à coup des pinceaux et du papier chez moi, dans tous les cas. Premier soir, je suis chez moi, par terre, avec mon pied cassé, avec le talon cassé. Je me suis dit, qu'est-ce que je fais avec ma vie ? Je suis toute seule dans un pays. Je n'ai pas de famille ici. C'est tellement dur, le système médical.
- Speaker #0
Quand tu es arrivée et après, quand tu as justement, tu t'es retrouvée toute seule, qu'est-ce qui était le plus compliqué pour toi ?
- Speaker #1
Alors, le plus compliqué, c'était d'abord trouver un appartement parce qu'il faut avoir un garant. moi j'ai commencé un nouveau travail, j'avais pas encore assez de fiches de paye et ça c'était très difficile et finalement je suis tombée sur quelqu'un qui était très, qui a tout simplement fermé les yeux, il n'a pas demandé d'autres supports et donc j'ai pu trouver une chambre dans une coloc voilà, ça c'était une difficulté et une autre difficulté c'était quand je me suis cassée le pied C'est que le système médical est complètement différent par rapport à ce que je connais. Déjà, c'est bien qu'il y ait un système médical, parce qu'avant, j'ai vécu dans d'autres pays où il n'y en a pas forcément disponible de la même manière. Mais en fait, le médecin avait constaté que je me suis cassé le pied. Il a dit, maintenant, vous allez faire une radio et après, vous vous débrouillez. Mais parce qu'en Allemagne, en fait, on t'envoie chez quelqu'un. Et après, on t'envoie chez quelqu'un. En fait, il y a un parcours patient qui est prévu pour toi et tu n'as pas besoin de te débrouiller. Moi, on m'a juste dit « Bonne courage ! » Voilà, pied cassé, bon courage, tu te débrouilles. Et en fait, je ne savais pas où aller.
- Speaker #0
T'as été prise en charge à l'hôpital quand même.
- Speaker #1
Alors, le diagnostic s'est fait chez un médecin qui était spécialisé dans les blessures de sport. Il m'a juste envoyé de faire une radio. Et donc, j'étais là-bas en train de faire une radio. Déjà, je ne savais pas qu'il existe secteur 1, secteur 2, secteur 3. Donc, moi, je suis juste allée là où la porte était ouverte. Donc, tu imagines bien combien ça m'a coûté. Parce que je ne savais pas. Déjà, pour obtenir sa carte de sécurité sociale, c'est wow. C'est plus facile de voyager autour du globe qu'obtenir sa carte sociale ici en France. J'avais déjà ma sécurité sociale, mais il fallait quand même organiser tout. Et en fait, j'étais assise là, je me souviens très bien, avec mon téléphone dans ma main, en train d'écrire. « Maman, je me suis casée la plage, je ne sais pas quoi faire. » Et finalement, je suis allée voir la réceptionniste. Et je dis, madame, on me laisse comme ça avec les images de la radio. Je ne sais pas, je tiens aux larmes. Je ne sais pas quoi faire. Je ne sais pas où aller. Je ne comprends rien. En fait, je ne sais même pas comment rentrer à la maison.
- Speaker #0
Oui, tu ne connais pas les rouages encore quand tu arrives. Et on ne t'explique pas forcément comment ça se passe. Et effectivement, on peut vite s'épuiser ou dépenser beaucoup d'argent. Parce que oui, les étrangers, sachez que les étrangers ne se soignent pas gratuitement en France. Ça, c'est pour les idées reçues qu'on peut avoir. Souvent, on dit que les étrangers viennent se soigner gratuitement en France. Non, nous recevons des factures quand nous allons dans les hôpitaux et on ne sort pas d'un cabinet sans payer. Donc, c'est de la foutaise. Voilà. Et donc, après cet accident, ça t'a euh Un peu forcée, on va dire, à te poser les bonnes questions et un peu recentrer peut-être les choses, notamment professionnellement.
- Speaker #1
Exactement. J'ai compris que je ne pouvais plus continuer à vivre la vie que j'ai vécue avant. Déjà, j'ai ressenti la vie autrement. Il y a cette fibre artistique qui est sortie à nouveau. et je tout de suite commençais à faire des œuvres plus importantes, faire des installations et tout de suite animer aussi des ateliers autour, écrire des méditations, des ateliers participatifs, etc. C'est sorti de moi, je l'accouchais, je ne savais même pas que j'étais enceinte. Et du coup, c'était clair que le changement de vie est venu à moi et j'ai compris à un moment que les personnes qui viennent à mes ateliers ou à mon accompagnement sans des personnes hypersensibles comme moi. En fait, j'ai compris aussi à un moment que je suis une personne hypersensible et que je ne supporte pas en fait toute la charge que la société propose dans la vie quotidienne. Et donc, j'ai décidé de prendre ma vie dans mes mains et agir pour être plus alignée avec ce que je décris aujourd'hui comme ma vocation de vie.
- Speaker #0
Tu étais déjà artiste avant de proposer ces ateliers où tu peins des toiles. Je veux en parler là parce que j'adore ce que tu fais et je trouve que ton art est d'une sensibilité rare. Merci. Et en fait, cette expression finalement de ton art, pour moi, elle résulte justement de toutes les difficultés que tu as pu vivre. Et pourquoi je veux insister là-dessus, c'est juste pour dire que parfois dans la vie, on vit des choses qui sont compliquées, qui sont difficiles, mais au bout, au final, toujours une issue qu'on peut-être n'envisage pas. Et je trouve que tu incarnes très bien ça.
- Speaker #1
Merci, Wassila. Effectivement, en fait, c'est vraiment l'attitude de ma vie parce que je crois profondément que le chemin humain est un chemin initiatique et que toutes les difficultés... qui se trouvent sur notre chemin sont là pour être examinées, valorisées et transformées dans quelque chose qui nous apporte des ailes pour avancer mieux et plus alignées sur notre chemin de vie.
- Speaker #0
Tout à fait. Et quand tu es arrivée en France, est-ce qu'il y avait des démarches particulières que tu devais entreprendre en tant qu'européenne ? Parce que je connais un peu les démarches Quand on est hors Union européenne, mais entre Européens, je ne sais pas trop comment ça se passe. Je suis intéressée de savoir comment ça se passe.
- Speaker #1
Non, c'était assez fluide, à part les difficultés classiques de l'administration française, que ça prend une éternité et qu'on te parle mal, ou on ne te répond pas du tout, ou on a perdu tes documents, je les ai renvoyés genre dix mille fois. Mais bon, ça arrive à tout le monde. Je ne pense pas que c'est une particularité à moi.
- Speaker #0
Après,
- Speaker #1
est-ce que c'était vraiment perdu ou est-ce que c'est autre chose ?
- Speaker #0
Est-ce qu'il y a quelque chose qui t'a amusée ou quelque chose qui t'a surprise ou choquée ou les deux ?
- Speaker #1
Oui, alors il y a une chose qui m'a choquée. Alors, il y a plusieurs choses qui m'ont choquée. Alors, une chose, même une situation assez désagréable qui m'est arrivée. Quand je suis arrivée en France, on était hébergée par des amis. Et vu que mon copain de l'époque était très malade, c'est moi qui s'occupais surtout de trouver un appartement. Lui, il n'était pas en mesure de le faire, mais moi, je ne parlais pas français. Et donc, j'essayais de me débrouiller comme je pouvais. Et je cherchais aussi, je crois que c'était sur Le Bon Coin. Et à un moment, parce que dans chaque pays, la recherche fonctionne un peu différemment. Il y a d'autres règles de jeu dans chaque culture. Et donc à un moment, j'ai vu un appart qui était sympa. Et on me demande d'envoyer la pièce d'identité des garants et aussi les infos sur les impôts. Ce que je fais. Ça n'a pas donné rien. Apparemment, l'appartement était donné à quelqu'un d'autre. Jusqu'au jour quand ça sonnait à la porte des personnes qui étaient les parents de mon copain à l'époque, qui étaient les garants, parce qu'on a volé leur identité. Donc, c'était par le billet que j'avais envoyé cette pièce d'identité que leur identité était volée. réutilisé pour d'autres types d'arnaques, etc. Donc ça, ça m'a choquée.
- Speaker #0
Qui est venu taper chez vous ? Qui est venu taper du coup ?
- Speaker #1
La police est venue taper à leur porte. Et moi, je me suis sentie super mal, bien sûr, parce que c'était ma faute, mais en même temps, je ne savais pas que ce n'était pas la norme.
- Speaker #0
Oui, c'est ennuyant, effectivement.
- Speaker #1
Oui. Mais il y a une chose qui m'a particulièrement choquée quand je suis arrivée à Paris, parce que j'étais au début à Paris, c'était le nombre de personnes qui dorent dans la rue et leurs conditions. Il faut quand même dire que j'ai vécu avant en Inde et au Vietnam, mais j'étais choquée à Paris en fait. Ici, de ce que je vus, Les gens se retrouvent complètement seuls, abandonnés et aussi dans les états les plus choquants en fait. Aussi le nombre de femmes que j'ai vu dormir seules dans les stations de métro jusqu'à ce que la police arrive et dit « vous devez partir » . Ça, c'était choquant.
- Speaker #0
Est-ce qu'il y a des choses qui t'ont agréablement surpris ?
- Speaker #1
Alors, ça ne m'a pas surpris, mais… Ce que j'ai vraiment beaucoup, beaucoup apprécié après l'Inde et le Vietnam, c'était qu'il y a des trottoirs. Parce qu'en Inde, la culture est organisée différemment, donc on n'a pas forcément l'habitude, ou beaucoup moins, d'aller se balader ou aller à pied dans un supermarché. Et déjà, très souvent, au moins dans la ville où j'étais. Parce que l'Inde est quand même très, très grand. On ne peut pas le généraliser. Mais là où j'étais, il n'y avait pas vraiment de trottoir. Et moi, j'aime bien me balader. Donc, quand j'ai découvert ça en France, je trouvais ça vraiment merveilleux. Ça incarne un peu la liberté. Même le soir, après un verre, je peux rentrer à pied. Ça, c'est chouette, en fonction d'où j'habite, bien sûr. Et aussi que...
- Speaker #0
Pardon, tu avais oublié les trottoirs et pourtant, tu as grandi en Europe, quoi.
- Speaker #1
C'est ça, exactement. Parce que quand je suis partie en Inde, j'ai eu ce qu'on pourrait appeler un choc de culture et ça a complètement changé mon système de valeur. Je suis devenue quelqu'un d'autre profondément. Ça m'a complètement métamorphosée. Exactement, merci beaucoup. Et c'est quand même très agréable de vivre dans un système où il existe un service social. il existe un système médical, ça pourrait toujours être mieux. Mais j'ai vu aussi des endroits où le système était beaucoup moins dans le soutien de l'individu. Et il faut quand même dire qu'en France, on peut s'adresser aux services sociaux et dire « pouvez-vous m'aider à remplir ce papier ? » Parce qu'il faut quand même dire, et ça c'est très important et à ne pas oublier, quand une personne se retrouve dans la détresse, par exemple, elle n'a plus de ressources financières, elle ne peut plus payer son appart, ça peut être la personne la plus intelligente du monde avec 10 doctorats. Si tu es dans la détresse, ton cerveau ne fonctionne plus de la même manière. Je me souviens très bien quand j'étais dans un moment financièrement très difficile, je voulais remplir un papier, je ne pouvais plus écrire mon nom. et je me suis adressée au service social, j'étais en larmes. devant cette femme et je dis je ne sais pas où mettre mon nom et je maîtrise la langue mais je ne peux pas, je ne comprends pas, je me sens complètement démunie aussi face à un énorme système qui a tellement de pouvoir et j'ai l'impression que je ne vais jamais apprendre comment nager dedans en fait. Parce que c'est aussi très très complexe, il faut savoir quel serfa avec quel numéro etc. Déjà, c'est compliqué quand tu as une bonne tête et quand tu vas bien, mais quand tu ne vas pas bien, tu es complètement démuni. Et ça, c'est dur. Mais tu peux à un endroit et je t'ai reçu et on m'a juste écouté, on m'a aidé à remplir ce formulaire et on a reçu mes larmes avec beaucoup d'empathie. Et ça, je trouve que dans toute détresse humaine, dans toutes les difficultés que nous rencontrons sur notre chemin, la beauté de l'existence, c'est que... À un moment, on tombe sur quelqu'un qui va révéler de l'empathie ou de l'amour et ça va élever notre âme et ça va nous transformer et ça rend en fait toutes les choses qui sont difficiles très relatives. Et je voudrais même aller plus loin et dire, si les choses ne seront pas si difficiles, la beauté de l'individu se verra beaucoup moins.
- Speaker #0
Non mais c'est vrai que les difficultés révèlent aussi bien la vérité des autres et notre vérité intrinsèque. Merci pour ce partage et cette jolie histoire. Est-ce qu'aujourd'hui tu es française ou pas
- Speaker #1
Anna ? J'ai la nationalité allemande.
- Speaker #0
Allemande mais pas française ?
- Speaker #1
Non, pas française.
- Speaker #0
Et ça ne t'intéresse pas ?
- Speaker #1
Alors, si je pourrais bien imaginer de faire une demande, d'avoir une double nationalité, je me sens très bien en France. J'ai l'impression d'être chez moi, même si je garde un accent. Quand je suis arrivée en France, il y avait quelque chose qui était différent par rapport à tous les autres endroits où j'étais dans ma vie. J'avais l'impression que les murs me parlent. Je suis attachée à la France par les rencontres que je fais. Et aussi les difficultés que j'ai rencontrées et que j'ai pu transformer en légèreté au enseignement.
- Speaker #0
Et qu'est-ce que tu voudrais dire aux personnes qui seraient aujourd'hui dans la même situation dans laquelle tu étais quand c'était compliqué pour toi ?
- Speaker #1
J'aimerais dire que chaque complexité, chaque difficulté est une opportunité.
- Speaker #0
Et qu'est-ce que tu as envie de dire aussi aux personnes qui n'ont pas immigré ou qui ne sont pas du tout concernées par ce sujet ? Quel regard tu voudrais qu'ils portent vis-à-vis des étrangers ?
- Speaker #1
Je pense que c'est important de se rendre compte qu'on juge les choses dans leur relation à autre chose. Donc si je n'ai jamais quitté mon village, Je vais toujours juger tout par rapport à mon voisin. Donc ça, c'est important de prendre en compte qu'en fait, il y a une culture qui fonctionne à sa manière, mais il y a aussi les micro-cultures aux fonctions où on se trouve. Et que chaque culture ou micro-culture est un écosystème très complexe, très individuel, et on ne peut pas les comparer parce que chaque fonctionnement est différent. Et il faut garder en tête, si moi je suis en minorité, Quelque part, c'est plus facile de se rendre compte de la différence. Mais si les autres sont comme moi, je vais juger par rapport à ça. Donc ça, c'est la première chose. Et la deuxième chose, c'est qu'il faut aussi garder en tête que notre perception du monde et aussi des cultures différentes sont façonnées par ce que les médias nous racontent. Donc, si un pays est mal positionné dans les médias, de mon pays, la télé ou les médias que je consomme, je pense que je vais avoir un avis, mais en réalité, tu n'as pas d'avis, tu as juste redit ce que tu as entendu quelque part. Ça s'appelle façonner un avis, ça s'appelle la doctrine publique, si on veut bien, même si on se retrouve dans le camp opposé et on pense d'avoir une expression de une libre pensée, on se retrouve quand même dans le camp opposé. Donc, on est toujours un peu infiltré par les opinions publiques. Et moi, j'en fais bien sûr partie, mais je pense que c'est important de s'en rendre compte que quand je rencontre un individu, je rencontre l'individu. et racontée dans les médias, n'importe si c'est un pays fortuné ou pas, ça ne miroite pas l'essence de l'individu et son potentiel, et si c'est une bonne ou une mauvaise personne.
- Speaker #0
Il faut avoir la curiosité justement d'aller rencontrer cette personne et de s'intéresser profondément à elle pour la juger individuellement au-delà de ce qui est raconté par ailleurs.
- Speaker #1
Oui, absolument. Absolument.
- Speaker #0
Merci Anna pour ton témoignage. Merci pour ta sensibilité, ta sincérité et ta générosité. En tout cas, je sais que tu parles toujours avec ton cœur et ton âme. Je suis ravie de t'avoir reçu aujourd'hui.
- Speaker #1
Avec joie. Merci à toi.
- Speaker #0
Merci à vous de nous avoir écoutés. Si vous aussi, vous avez envie de partager votre histoire, n'hésitez pas à me le faire savoir, que ce soit ici ou sur LinkedIn. Je serai ravie de vous recevoir. Si cet épisode vous a plu, partagez-le, laissez un avis, ça va me donner de la force et de la visibilité. Puis ça donnera envie à d'autres personnes de l'écouter. Et puis je vous dis au prochain épisode. À bientôt Anna, au revoir.
- Speaker #1
Au revoir.