- Speaker #0
On parle souvent des immigrés en France, mais on les entend rarement. Ils travaillent, ils réussissent, ils contribuent à construire le pays, et pourtant ils restent invisibles, dans l'ombre. Bledar est le podcast qui les met en lumière. L'aide pour nos origines, « are comme we are » pour dire qui nous sommes aujourd'hui ici en France, est pleinement légitime. Je m'appelle Wassila Moussaoui, française, née en Algérie, immigrée depuis 20 ans, et un jour j'en ai eu assez qu'on parle de nous sans nous. Alors j'ai créé Blédard, un espace de paroles, de témoignages vrais, pas un débat, pas une polémique, juste des réussites, des histoires, les leurs, celles qu'on n'entend jamais, jusqu'ici. Blédard, les voix invisibles, c'est parti !
- Speaker #1
Bonjour Monsieur,
- Speaker #0
bonjour Monsieur les impôts !
- Speaker #1
Bonjour Monsieur les impôts,
- Speaker #0
je viens vous payer ! Bonjour Laura !
- Speaker #1
Bonjour Wassila, ça va ?
- Speaker #0
Ça va, merci et toi ?
- Speaker #1
Oui, très bien, merci.
- Speaker #0
Merci de participer à cet épisode, à ce nouvel épisode de Blédard, les bois invisibles. Je suis ravie de te recevoir aujourd'hui pour nous partager ton histoire, ton parcours et ton récit. Est-ce que tu pourrais, dans un premier temps, nous parler un peu de toi, te présenter à travers ton parcours personnel et professionnel ?
- Speaker #1
Oui, bien sûr ! Moi je m'appelle Laura, je suis costaricaine, j'ai 37 ans et ça fait, ça va être 10 ans cette année depuis que je suis arrivée à Paris. Moi je suis arrivée à la VAS pour faire mes études, la deuxième partie de mes études, parce qu'au Costa Rica on démarre notre carrière, on fait une licence, on fait notre vie professionnelle et quand on arrive on se... et à ce moment on décide si faire un master ou pas. Donc je suis venue à Paris à la base pour faire un master et à l'issue de mon master j'ai été recrutée dans les structures où je fais mon stage de fin d'études où j'ai passé mes derniers 7 ans et où je suis arrivée de stagiaire jusqu'à arriver à être directrice générale adjointe de cette boîte et l'année dernière, et j'ai décidé de quitter cette voie. pour faire une econversion professionnelle et devenir coach sportif pour monter un programme d'accompagnement aux femmes en post-partum pour les aider à retrouver l'équilibre mental, physique et émotionnel à travers le mouvement du corps.
- Speaker #0
C'est un super projet et je pense que les mamans ont besoin effectivement de ce genre d'initiatives et je parle en connaissance de cause. Et est-ce que tu pourrais justement nous parler de ton parcours depuis ton arrivée ? Déjà la première étape qui était tes études, comment ça s'est passé quand t'es arrivée, quelles ont été les étapes, les différentes étapes, et aussi les différents challenges que t'as eus ?
- Speaker #1
Bien sûr, ça m'a amenée un peu à « Back to Memory Lane » , parce que c'était quand même un bel parcours de combattant en fait. Et je pense que moi, dans mon cas précis, ce n'était pas si compliqué que dans les autres personnes qui prennent cette même décision. C'est une chose que j'ai appris justement dans ce parcours d'immigrés. Et déjà, pour moi, comme je l'ai dit, je suis venue ici pour faire mes études. J'ai toujours voulu étudier à l'étranger, j'ai toujours voulu avoir cette expérience de vie. Et moi, à la base, je voulais étudier dans l'Amérique. En fait, dans une université, je voulais faire un parcours spécifique dans mon continent. Et je suis venue pour la première fois en Europe en 2015. Et c'est là où je me suis rendue compte que je voulais faire différemment, que je ne voulais pas déjà faire les projets que j'avais en tête, que je me suis sentie bien pendant les voyages que j'ai fait, même si j'étais très consciente que voyager par le plaisir, par le tourisme, ce n'est pas la même chose qu'aller déménager dans un nouveau pays. C'est une autre chose en fait. Mais j'ai envoyé des candidatures. Je suis prise dans plusieurs universités et le parcours que j'ai fait au CNAM, c'était le seul qui m'a apporté ce que j'ai eu. Une fois que j'ai fait... et que j'avais du coup ma m'acceptation au master, c'est là où les démarches ont démarré. Ça a démarré chez moi déjà, et la première chose c'était d'identifier comment j'allais financer cette décision, parce que je n'avais pas mes parents qui allaient payer mes études, donc du coup comment j'allais le faire ? Donc je me fais tout un chemin financier pour pouvoir le faire, donc faire mes économies, ce que j'avais pu. pendant mes premières années de carrière, j'ai vendu tout ce que j'avais à mon nom. Et en plus, j'ai demandé un prêt d'éducation. Au Costa Rica, il y a une institution qui fait ça. Donc déjà, de pouvoir assurer ça. Une fois que j'avais fait ça, il fallait faire la demande du visa. Donc d'aller à l'ambassade, de pouvoir présenter toute la démarche, et l'attente de savoir s'ils vont me donner la visa ou non. Et après... C'est la démarche de « ok, j'ai la partie financière, check, check, j'ai la partie visa, check, maintenant où est-ce que je vais habiter ? » Je suis venue avec mon ex, donc je lui ai présenté mon projet, il a décidé de venir avec moi. Et donc là, j'avais aussi mon meilleur ami qui avait une connaissance française à Paris, qui m'a mis en relation. Donc je l'ai contacté, je lui ai demandé si par hasard il ne connaissait pas. et quelqu'un à qui je pouvais louer l'appartement, etc. Et par hasard, son voisin allait déménager, donc du coup l'appartement allait être libéré, mais c'était deux mois avant notre arrivée prévue. Donc j'ai dû booker l'appartement avant de venir pour assurer. Donc j'aimerais dire que, quand moi je suis arrivée à Paris, moi je savais au moins où j'allais m'installer. Ce n'est pas tout le monde en fait qui a cette chance de venir. à Paris, en fait, c'est un nouveau pays, de savoir déjà comment ça va se passer. Donc, disons que la première année, pour moi, c'était assez simple. Les galères sont venues un peu plus tard pour moi. En fait, je suis arrivée à Paris en septembre 2016 avec mon ex. Et on a vécu ensemble pendant une année. Et c'était après cette première année de vivre ensemble que la relation... tout n'a pas... N'a pas survécu. Exactement. Et c'est là où j'ai connu vraiment que c'était vraiment la galère de la partie administrative en France. Parce que lui,
- Speaker #0
il parlait français.
- Speaker #1
Exactement. En fait, il parlait français. Donc déjà, quand on est arrivés, moi je parlais pas français. Donc c'était lui qui était mon traducteur. C'était lui déjà qui avait signé le contrat avec la propriétaire de l'appart. Et quand on est arrivé, lui il m'accompagnait à toutes les démarches administratives parce que c'est lui qui parlait français, il avait fait ses études au lycée franco-causse-aritienne. Et voilà, mon français, il était en français de base. Je savais dire bonjour, bonsoir. J'avais eu trois années au lycée, mais c'était la base de la Je savais compter jusqu'à 20. Et ce qu'on ne s'est rien fait forcément compte, c'est que... C'est pas la même chose d'apprendre le français dans un autre pays avec l'accent de l'autre pays et venir en fait se trouver à 5000 accents où parfois on ne comprend pas. Donc les premières années pour moi c'était hyper dur parce que je ne parlais pas la langue. Et en plus j'étais dans un univers plus international, ce qui faisait que je parlais plus en anglais.
- Speaker #0
Dans le cadre de la formation.
- Speaker #1
Exactement, voilà. Et donc là la relation s'est rompue en Europe. après, dès qu'on était ensemble, et c'est là où en effet j'ai dû me trouver à chercher un appartement par moi-même, parce que je n'avais pas de garants qui pourraient me soutenir dans la démarche. Ça,
- Speaker #0
c'est la galère de tous les étrangers. Tu as beau avoir les ressources, tu as beau arriver avec… tu vois, tu as l'équivalent d'un an de loyer, supposons, parce que de toute façon, quand tu viens de l'étranger, tu vas pas donc papa Moi, personnellement, à l'époque, pour pouvoir ne serait-ce que prétendre au visa, il fallait démontrer que j'avais déjà 5 000 euros.
- Speaker #1
Exactement.
- Speaker #0
À l'époque.
- Speaker #1
Exactement.
- Speaker #0
Aujourd'hui, parce qu'on sait bien que tous les Français étudiants ont 5 000 euros dans leur besace. Tu vois, mais bon, ça, c'est une spécificité pour les étrangers et encore plus aujourd'hui avec les nouvelles lois. Et tu as beau avoir les ressources, si tu ne connais pas quelqu'un sur place, c'est hyper compliqué. d'avoir un appartement parce que le garant, c'est... Et puis, un garant, ce n'est pas le garant qui a deux salaires, l'équivalent de deux salaires. C'est toujours trois salaires, quatre salaires...
Donc, c'était hyper dur. Juste, quoi. que j'ai trouvé une famille. En fait, j'ai eu vraiment la chance, une petite chambre de monde de 14 mètres carrés. Et là, c'était tout ce dont j'avais besoin. Et elle, elle m'a dit, c'est pas grave, déjà, ne me montrez pas votre compte bancaire, ce n'est pas nécessaire. Si vous avez du moins de loyer, c'est bon, en fait. C'est suffisant. Et donc là, j'ai trouvé un appartement. Et c'est là où, en effet, j'ai commencé à m'installer plus. proprement ici et de pouvoir continuer. Après, les autres démarches administratives, il y a eu toujours le renouvellement des titres de séjour parce que oui, on demande un visa, mais cela ne s'arrête pas en demandant un visa. En fait, on arrive ici et les démarches continuent parce qu'il faut quand même avoir les titres de séjour de longue durée et donc d'aller à la... préfecture déjà de comprendre où est-ce qu'il faut y aller parce qu'il y a deux choses qui me tuent moi si cela m'est arrivé. Un c'est que moi je viens d'un pays où normalement quand il faut donner un chèque on va à la banque et on les dépôtent au compte de la personne, de l'institution etc. et que j'avais l'habitude de faire ça, que je vois déjà... qui est les comptes et ils nous avaient demandé de faire les premiers paiements du compte du programme. Et il y avait une adresse, l'adresse qui était des impôts. Donc du coup, nous on y va, moi avec mon chèque, là tranquille, tac tac tac, je voulais. Et là ils nous disent « Non mais madame, c'est la nécessité. » « Bonjour monsieur les impôts. »
- Speaker #1
Voilà, ils sont prêts.
- Speaker #0
Je viens vous payer.
- Speaker #1
Ils se sont dit, mais ça ne va pas du tout. Déjà, il y a ça, déjà, de comprendre, OK, où est-ce que je vais devoir payer ?
- Speaker #0
Oui, c'est sûr. Quand tu arrives, tu découvres.
- Speaker #1
Tu découvres tout le monde.
- Speaker #0
Tu apprends par toi-même, parce qu'effectivement, il n'y a pas... Franchement, il devrait exister un bureau, un service, une institution qui est destinée aux êtres proches pour leur expliquer de A à Z, mais... Je ne sais pas si c'est volontaire, tu vois, justement, de ne pas être très claire, mais c'est vrai que tu vas à la chasse aux infos parce que tu dois aller picorer dans différentes ressources, soit sur Internet, dans les blogs. Moi, je me rappelle, j'avais passé des jours entiers à chercher des infos sur les forums et tout. C'est un enfer.
- Speaker #1
Non, mais c'est ça. Et en plus, je trouve que la France, il y a des choses en tête qui sont vraiment très bien. Mais il faut les comprendre. Et là, par exemple, nous comme étudiants, et surtout des étudiants étrangers, là, ils nous demandent quand même de débarquer la carte vitale, déjà, ça veut dire la carte vitale, où est-ce qu'on doit y aller pour demander nos numéros de sécurité sociale, comment on doit faire les troupes, des assurances spécifiques. Là, vraiment, il n'y a pas forcément un accompagnement. Donc, on arrive et il faut découvrir ce monde magnifique. Après, il y a eu toutes les démarches administratives. qui ont suivi les années, parce que ça fait quand même, ça va être quand même 10 ans, et c'est des démarches administratives, après des démarches administratives, entre la partie qu'on est étudiants, le renouvellement des séjours, une fois qu'on a fini notre master, qu'est-ce qui va se passer ? Donc dans notre cas, c'était l'anxiété de savoir si je vais trouver un boulot ou pas. Moi, depuis que je suis arrivée à Paris, je me suis bien sentie ici. Donc moi je me suis dit, s'il y a une opportunité qui se trouve, par ici.
- Speaker #0
Ok.
- Speaker #1
Exactement.
- Speaker #0
D'accord.
- Speaker #1
Mais, le plus on avance en étant ici, le plus on commence à se sentir chez soi.
- Speaker #0
C'est vrai.
- Speaker #1
Et surtout, on commence à voir la vie dans son limbo, où on n'est plus de là-bas, mais on n'est plus non plus d'ici. Je ne sais pas si tu vois ce que je veux dire. Non, non, je comprends ce que tu veux dire.
- Speaker #0
Je comprends ce que tu veux dire, c'est que tu as construit une nouvelle vie, ou du coup, tu as laissé, c'est ce que je disais dans l'un de mes précédents postes, où je dis, quand tu pars de là-bas, tu laisses une partie de toi qui erre un peu comme ça, et qui se dissocie presque de toi, et du coup, tu as un peu un nouveau toi qui est en train de se construire, mais qui n'a pas encore, en tout cas, à l'époque, maintenant ça va faire 20 ans, donc la question ne se pose plus, mais tu as tes bases que tu dois construire, Et puis, tu dois tout reconstruire, toute ta vie amicale, ton réseau, connaître des gens même en dehors de ta communauté et tout ça. Et parce que la facilité, c'est ça. Quand tu arrives, c'est que tu essayes déjà d'aller vers les gens qui ont vécu la même chose que toi. Et après aussi, d'aller chercher d'autres horizons, même des personnes étrangères d'autres origines. Et c'est pas juste lié au fait de venir étudier ou pas. C'est comme quand tu pars à l'étranger, de toute façon, c'est toujours compliqué de se refaire un réseau.
- Speaker #1
C'est ça, en fait. Là, on perd une vie et on gagne une autre. Mais l'échelon, parfois, ça peut être dur. Les personnes que tu connais dans la nouvelle vie, elles ne vont pas forcément comprendre ce que tu es en train de ressentir. Les personnes que tu as laissées non plus. Mais ça vient aussi de créer parfois un peu l'anxiété de ne pas savoir ce qui va se passer. Et parce que ce qui va se passer après, c'est aussi de continuer dans des démarches administratives qui sont assez lourdes, de devoir s'assurer que chaque fois que tu donnes, c'est dans l'échément qui va t'assurer aussi la légitimité de rester ici. Parce que, par exemple, pour avoir été étudiante, ensuite de faire la demande de l'APS, c'est quoi l'attestation provisoire de séjour, pour ensuite avoir un titre de séjour de longue durée. En fait, à chaque fois, c'est une démarche différente. Une démarche différente, oui.
- Speaker #0
Et puis c'est différent aussi en fonction de la nationalité, tu vois. Toi, tu me parles d'attestation provisoire de séjour. Moi, je n'ai pas connu ça. Il fallait que je fasse un changement de statut. J'aurai l'occasion d'en parler. De passer étudiante à salariée. Et je peux te dire que c'est encore autre chose. Parce qu'il faut vraiment qu'il y ait l'entreprise qui prouve qu'il n'y a que toi qui peut prendre ce poste-là. Et on parle de préférence nationale. Il y a déjà de la préférence nationale parce que l'entreprise doit prouver qu'il n'y a personne d'autre qui... a répondu en tout cas aux critères qu'ils doivent poster sur Pôle emploi, etc., enfin France Travail aujourd'hui, et c'est un...
- Speaker #1
Moi aussi j'ai vu cette démarche en fait, on est... Parce que là la thèse c'est juste une année, on va dire, qui te permet de chercher un travail à avoir fait. et deux ans d'études après du coup qui permettent ça. Et une fois que tu as trouvé une entreprise en effet qui peut te recruter en avoir fait la démarche que tu viens de citer, à ce moment-là, il faut faire les changements pour un statut de salaire. Donc du coup, moi, j'ai dû enchaîner en fait ça. J'ai eu l'avantage, on va dire, que j'étais… que mon expérience précédente au Costa Rica… C'était exactement l'expérience qui était nécessaire pour le poste dans lequel j'ai fait mon stage, qui a justifié en effet que j'étais la bonne personne pour pouvoir en fait te recruter chez Origami pour gérer le recrutement des apprenants. Parce qu'en fait j'ai coché toutes les classes. Mais en effet, là ils ont dû faire en fait la procédure pour pouvoir justement... et me récluter en temps d'honneur et faire les changements de statut. Et c'est une démarche qui ne se fait pas des jours au lendemain, en fait. Ça prend du temps, du temps, en fait, il faut attendre.
- Speaker #0
Et quand tu es arrivée en stage, tu ne parlais pas encore français ?
- Speaker #1
Non ! Mon entretien a été fait en anglais, et c'était très frustrant. Même, c'était parce que je venais d'être dans un univers, on va dire… international où j'étais habituée, c'était ma soin de confort, tout était bien, à être submergée dans un environnement, sa portion français, avec mes collègues qui, ben le fondateur il parlait anglais donc du coup on échangeait en anglais mais le reste en fait c'était en français et le pire c'était pour faire un job en français. Donc j'ai utilisé beaucoup Google Translate, j'utilisais beaucoup et là les différents outils. Je pense que si JCPT aurait été là-bas, si elle avait déjà assisté là-bas, ça aurait facilité énormément de choses. Mais là, en fait,
- Speaker #0
elle a utilisé vraiment les Français.
- Speaker #1
Alors, ça c'est sûr. Mais ça m'a en fait utilisé les différends pour pouvoir créer moi-même les Français. Mais après, c'est un double travail aussi pour mes collègues qui devaient repasser derrière pour assurer qu'ils avaient les Français, etc. Donc, ça a été frustrant dans les faits que j'ai ajouté de la charge de... travail à mes collègues, mais ça a été aussi bénéfique dans l'effet que ça marche. Pour apprendre le français très rapidement pour pouvoir montrer en fait mes différentes compétences. Mais j'avoue que dans cette frustration c'était compliqué parce que moi je me sentais beaucoup moins capable. de toute première dure que j'ai eu, moi j'avais 17 ans. En fait, je savais quelles étaient mes compétences, je savais de quoi j'étais capable, et là, j'étais complètement bloquée par rapport à la langue.
- Speaker #0
Donc parfois,
- Speaker #1
ça a venu en fait, créer une frustration énorme chez moi en fait.
- Speaker #0
Et tu t'es pas... Oui, oui, vas-y, je t'en prie.
- Speaker #1
Pardon, non, j'allais juste dire en fait que ça m'a aussi affectée... Tu vois, j'ai perdu la confiance en moi, j'ai perdu la confiance en mes compétences. Ça m'a créé en fait des problèmes qu'on ne s'est rien fait compte vraiment, qu'est-ce qu'on a vu en fait.
- Speaker #0
Je comprends tout à fait, je comprends. Et est-ce que justement tu t'es pas dit, bon là c'est trop compliqué, je lâche l'affaire ? Non. Ben génial, tant mieux, parce que ça veut dire que tu savais ce que tu voulais et que tu étais déterminée pour atteindre ton... ton objectif. Et quand tu es arrivée, est-ce qu'il y a quelque chose où tu t'es dit « waouh » , une chose qui t'a surprise positivement et ou négativement ?
- Speaker #1
Oui. Depuis que je suis arrivée, je pense que je ne m'avais jamais sentie autant en sécurité que quand je suis arrivée à Paris. Il y a beaucoup de gens qui disent que Paris, ce n'est pas la ville la plus safe. pour être une femme, par rapport à des choses qui se passent dans la rue, etc. Mais moi, je viens d'une famille où vraiment, c'est difficile. Par exemple, je sais qu'on ne peut pas le faire dans tous les quartiers, ça c'est sûr, mais un truc que moi j'ai adoré, c'était de pouvoir me balader à minuit, à 1h du matin, en marchant chez moi, et de savoir que j'allais arriver en sécurité chez moi. Savoir que je peux me balader à 19h dans la rue. et savoir que je vais arriver en sécurité chez moi. Le fait que je n'ai pas besoin d'utiliser une voiture pour me rendre en Europe, parce que je peux utiliser les transports publics et pouvoir le faire en sécurité. Et je sais que ce n'est pas en fait que Paris n'est pas la ville la plus sèche du monde. Mais dans mon cas particulier, moi, je me sens en sécurité ici. Et ça, c'est quelque chose qui m'a beaucoup surpris. Ça m'a beaucoup aussi... Et je pense que c'est lié à la culture parce que ça dépend de chacun. Moi, j'adore le côté individualiste qui existe ici. Le fait que chacun est en train de « mind their own business » . En fait, chacun regarde ses affaires et pas forcément les affaires d'eux autres. Comment on est habitué à vivre dans un quartier ? où tout le monde connaît ta vie, et que les voisins, tout le monde est connecté parce qu'en fait, c'est un tout petit monde, etc. D'avoir dans une ville, tu peux toi-même faire de tout, c'est fini. Là, j'avoue que c'était libératoire. En fait, pour moi, ça donnait une liberté qui était rafraîchissante. Et ça, c'était cool.
- Speaker #0
Oui, comme quoi on a tous des besoins différents et des sensibilités différentes et des choses qui paraissent parfois évidentes et qui ne le sont pas. Oui. Et, corrige-moi si je me trompe, aujourd'hui tu es française, tu as été naturalisée ?
- Speaker #1
Oui, je suis française.
- Speaker #0
Et est-ce que ça a changé quelque chose pour toi ?
- Speaker #1
Oui, ça m'a enfin permis de me sentir à ma place. Les gens, en fait, ils me voient, ils pensent… en fait, il y a peu de personnes qui savent que je suis française. C'est pas quelque chose, je ne me malade pas dans la roue, on me fait comprendre comme mon jour, je suis l'oral, je suis française. Surtout avec l'accent, mes demandes directes, tu viens d'où ? Et je suis fière d'être australienne aussi. Donc je peux en faire en fierté les deux nationalités. Après, c'est plus à l'intérieur de moi que ça a changé. Parce que, enfin, je sais... En fait, je suis sortie de la limbo dont je parlais tout à l'heure. Je ne la ressens plus parce que je suis à ma place. Je suis chez moi. Et déjà, il y a ça. J'avoue que d'avoir devenu française et de ne pas devoir continuer les démarches administratives, de renouvellement des titres de séjour, etc., ça élève un niveau d'anxiété, de stress. Ce n'est pas anodin en fait.
- Speaker #0
Ah oui,
- Speaker #1
c'est compliqué. Là je me rappelle à chaque fois que je savais que je devais déjà être sûre, je devais réviser chaque deux mois, trois mois, quelle était la date d'expiration pour être sûre en fait de pouvoir faire les décomptes des mois avant que j'avais besoin. pour sortir les papiers, pour être à jour, etc. De voir aussi l'anxiété chaque fois d'aller à la préfecture pour donner des dossiers, de ne jamais savoir en fait si tout allait bien se passer ou pas, etc. J'avoue que de m'avoir libérée de cette charge, c'est pas mal. C'est pas mal et en plus, ça ouvre aussi des portes. En fait, moi je sais que si demain mon mari est français, et a une opportunité pour aller dans un pays, on va pouvoir y aller plus facilement, on va pouvoir faire des démarches, en fait, parce que je viens d'un autre pays, etc. Je le vois aussi avec mon fils qui est français. En fait, le fait d'avoir cette nationalité, ça me donne aussi une partie d'identité qui, je pense, est importante pour chaque personne. Et même si je garde mon côté costaricain, Et je les porte avec fierté les deux.
- Speaker #0
Là, tu as bien raison. Et pour les personnes qui aujourd'hui vivent les difficultés que toi tu as vécues, qu'est-ce que tu as envie de leur dire ?
- Speaker #1
Si c'est ça qu'ils veulent en fait, si c'est ça que leur cœur leur dit de faire, et malgré les difficultés, il faut tenir parce que je pense que les résultats qu'on a derrière, c'est assez gratifiant. Et ça montre aussi qui est la personne. Ça montre des valeurs, du courage, des références, des persévérances, exactement, qui déjà sont, on va dire, c'est des valeurs, c'est des traits qui vont servir pour beaucoup de choses dans la vie.
- Speaker #0
Ça développe des obstacles.
- Speaker #1
Exactement, mais franchement ça fait partie de l'histoire de chacun, il faut le porter avec fierté. Et les choses qui arrivent facilement, ce ne sont pas forcément les choses qui vont nous rendre les plus fiers dans la vie, mais au contraire en fait. Et après, chacun doit écouter son corps et chacun doit savoir aussi quand le temps pour retourner ou faire une autre chose est arrivé.
- Speaker #0
Et aux Français qui nous écoutent, quand je dis Français, les personnes qui ne sont pas concernées par l'immigration, qui n'ont jamais été, qu'est-ce que tu voudrais qu'ils comprennent justement de ta réalité ?
- Speaker #1
J'aimerais qu'ils comprennent plusieurs choses. La première, c'est de ne pas faire de suppositions. Vous ne pouvez pas supposer en fait que l'histoire immigrante d'une personne est la même pour tout le monde, parce que la raison pour laquelle on est migre est très différente pour tout le monde. Cela ne veut pas dire en fait qu'il y a des personnes qui, comme moi, c'était un choix, il y a d'autres qui sont en position. Et c'est une question aussi de survie. Cela ne veut pas dire que parce qu'une a vécu d'une certaine façon, que pour une c'est plus simple que l'autre. La réalité c'est que n'importe quel était le choix de faire cette décision d'immigrer, c'est un choix qui est difficile. Et que nous, on essaye de s'adapter au mieux. dans la culture en fait. Parfois les faits, parce que parfois j'entends des gens qui disent « Non mais là cette personne, il vient d'ici, il n'est pas français, il ne veut pas faire de ses efforts » , ben non en fait. La personne est en train de faire énormément d'efforts. Apprendre une langue, c'est hyper dur. Surtout quand on est déjà âgé, ce n'est pas quelque chose qui est simple. Et la personne est en train de faire de son mieux. La personne est en train de faire et ce n'est pas dérangé déjà. parce qu'on ne veut pas déranger les autres, on n'est pas ici pour déranger, on veut apporter. Et c'est en gardant en fait une ouverture d'esprit qu'on peut voir les différences en fait de chacun et ce que chacun peut apporter. Moi j'aimerais aussi dire que vous avez une chance énorme dans ce pays. C'est une chance déjà de comment vous êtes grandi. au niveau de l'éducation, au niveau de la santé, au niveau de la sécurité. C'est une chance qu'on n'a pas tous dans notre pays d'origine. Mais aussi la chance de vivre dans un pays qui est apprécié par le monde et donc que vous pouvez trouver énormément de cultures différentes ici qui peuvent vous apporter.
- Speaker #0
Puis la diversité, c'est comme tu dis, dans notre vie au quotidien, que ça apporte de la valeur, mais ça apporte aussi de la valeur en entreprise et ça a été documenté. La diversité de genre, la diversité des origines est un levier de performance dans les entreprises et ça a été prouvé scientifiquement. Donc, ce n'est pas juste des bêtises.
- Speaker #1
C'est ça, exactement.
- Speaker #0
Merci beaucoup Laura pour ton témoignage, pour ton partage. Et encore une fois, une nouvelle histoire qui est vraie et qui reflète la réalité de plusieurs personnes, des millions de personnes je dirais. En tout cas, si vous êtes reconnue dans ce témoignage, si vous voulez partager votre histoire vous aussi, n'hésitez pas à me contacter sur LinkedIn ou à me laisser un commentaire. Je serais ravie de raconter votre histoire. Et puis si le podcast, cet épisode de podcast vous a plu, touché, partagez-le, laissez un avis, parce que ces voix ont vraiment besoin d'être entendues. Et je tiens encore à remercier Laura et à vous remercier vous aussi de soutenir ce projet qui me tient à cœur et qui je pense être essentiel. Donc je vous dis à bientôt pour un prochain épisode.