- Julien Chorier
Il y avait des escaliers qui s'enchaînaient, mais en n'envoyant pas le bout. Et à chaque fois, je me disais, mais ce n'est pas possible, ça ne va jamais s'arrêter. En plus, il faisait très chaud. Et en nombre de marches, je pense que ça dépassait les 1000 marches d'affilée. Et donc, c'est 300, 400 mètres de dénivelé, parce que c'est rarement des montées très, très longues. Mais tout en petites marches de 20, 30 centimètres, à la fois de haut et de profondeur. Donc, des petits pas, des petits pas. Et on voit ces rampes à perte de vue. à monter et le prêve c'est la même chose à descendre et donc c'est pas évident donc là il y a eu un moment, je trouve le temps dur et après la vraie difficulté a été en fin de deuxième nuit et là c'est lié au sommeil parce que sur un ultra classique en 24h ça va bien là sur plus de 50h il y a un moment, il faut dormir et voilà, ça c'est pas évident donc des petites siestes sur le chemin et ça se passe bien
- Maéva Bonfils
Bonjour et bienvenue dans ce nouvel épisode de BPM. On se retrouve aujourd'hui pour un format 120 BPM aux côtés de Julien Chaurier. Julien est un trailer de renom, double vainqueur de la Diagonale des Fous, vainqueur de l'Ultra Trail du Mont Fuji, du MIUT, de la Hard Rock 100 et récemment de la Race Across Switzerland 1000K en 2025 et du Hong Kong 4 Trails Ultra Challenge en février 2026. Mais Julien n'est pas qu'un athlète puisqu'il a été aussi coordinateur du Team Oka et maintenant sport directeur de l'UTMB. A mes côtés également Romain Adam, cofondateur de RunMotion Coach. Julien, merci pour ta présence, comment ça va ?
- Julien Chorier
Bonjour, merci pour l'accueil, tout va très bien, merci.
- Maéva Bonfils
Et toi Romain, comment ça va aujourd'hui ?
- Romain Adam
Très bien aussi, début de prépa UTMB cette année.
- Maéva Bonfils
Super, comme ça Julien pourra te donner tous ses conseils. Pour commencer ce podcast, on a une petite question à te poser Julien, pour en savoir un petit peu plus sur toi. Quelle a été ta pire anecdote vécue en course ?
- Julien Chorier
Allez, pires anecdotes, je pense que c'est de la déception que j'ai vécue à travers les yeux de ma fille suite à un abandon justement sur l'UTMB. Parce que l'abandon c'est quelque chose de personnel, c'est déjà dur, donc je me rappelle abandonner à la foulie. Et donc je monte dans la voiture avec ma femme et j'arrive en voiture à Champais où je rejoins mes filles qui étaient avec mes parents. Et là la petite sort de la voiture et se met à pleurer parce qu'elle voulait me voir arriver en courant. Et là, déjà que l'abandon n'est pas facile, c'est quelque chose qui me reste. A la fois, c'est hyper dur, mais c'est hyper riche en émotions. Je pense que depuis, je n'ai plus abandonné. Ça me permet de réfléchir et de se pousser un peu plus.
- Maéva Bonfils
C'est un levier motivationnel maintenant sur tes courses actuelles.
- Julien Chorier
Tout à fait. C'est de vraiment se rendre compte de l'image qu'on renvoie. On n'a pas à être le meilleur, mais on doit donner le meilleur.
- Romain Adam
Et là, en l'occurrence, c'était lié à une blessure, j'imagine, l'abandon ?
- Julien Chorier
C'était lié à une blessure que je pensais une fracture de fatigue au niveau du pied. Je n'arrivais plus à poser le pied. Et en fait, c'était une entorse de... Je ne me rappelle plus du nom parce qu'il y a tellement des os dans le pied. En fait, j'avais un petit os qui avait brillé dans le pied. Alors là, pourquoi ? Et donc, j'ai vu un ostéo, il me l'a remis en place et je n'ai plus eu mal après. Donc, éventuellement, ça aurait pu être traité, mais bon, il fallait trouver la bonne personne sur place. Et voilà.
- Romain Adam
Et puis l'ultra, ça ne peut pas être que de la souffrance finalement. Et donc quand la souffrance est trop importante, il vaut parfois mieux abandonner.
- Julien Chorier
Oui, c'est...
- Romain Adam
Même si du coup, ça peut occasionner la déception évidemment pour soi-même, mais aussi pour ses proches.
- Julien Chorier
Après, je pense que la souffrance pour moi, c'est l'intégrité physique. Il faut se respecter. Et là, moi, je pensais vraiment à une fracture de fatigue. Je vois vraiment qu'il y avait quelque chose de cassé dans le pied. Donc je me suis dit, de toute manière, c'est irréversible. Ça ne va pas aller mieux. Ça ne peut pas se guérir à part ne pas m'en remettre. Je ne voyais pas d'issue. Il y aurait resté 5 km, j'aurais été à la flégère, j'aurais certainement fait l'effort, mais là, le chemin était trop long.
- Maéva Bonfils
Oui, c'est ça, c'est savoir aussi jauger en fonction d'où on en est dans la course. Souffrir sur un ultra, je pense que c'est quelque chose où on se prépare pour. Mais quand on sait que c'est comme ça, autant de souffrance. Et puis à ce point-là, dans le parcours, c'est aussi savoir se jauger et abandonner l'objectif.
- Julien Chorier
Oui, je pense qu'il faut tout simplement se respecter, penser à son intégrité physique le jour J et pour la suite. Parce que si c'est derrière des mois, des années ou quelque chose qui nous suit à vie, je pense que ça n'en vaut pas le coup.
- Maéva Bonfils
Exactement.
- Romain Adam
Et justement, ça rejoint un peu les questions autour de la raison pour laquelle on court. Et du coup, toi, c'est quoi ? Pourquoi tu cours ?
- Julien Chorier
Pourquoi je cours ? Je pense que premièrement, c'est pour être dehors. C'est pour me dépenser, prendre l'air. Je pense que c'est un besoin de... Voilà, de vivre des aventures qui s'est certainement et probablement transformées en une certaine mycorexie, parce que c'est un besoin que j'ai au quotidien pour être équilibré.
- Maéva Bonfils
Et ça, comment tu as commencé à courir ? Est-ce que tu peux nous raconter un petit peu comment tu t'es mis sur les sentiers ?
- Julien Chorier
Le début de la course à pied est assez rigolo, parce que j'ai eu un tout premier début... J'étais en première au lycée, j'ai commencé à courir avec le groupe d'athlètes à Bourgoin-Jailleux. J'ai fait quelques séances, au bout de deux mois, j'ai eu une périostite. Et on m'a dit, c'est normal quand on commence à courir. J'ai dit, d'accord, ça fait mal, j'arrête de courir. Donc là, je devais avoir 16 ans, donc deux mois de course à pied, arrêt de la course à pied. Et après, j'ai fait du vélo de route pendant 10 ans. Et je ne courais plus. Et je me suis mis à courir quand j'ai arrêté le vélo. Parce qu'à 26 ans, le vélo me prenait trop de temps. Donc entre le boulot, la maison, j'ai eu ma première fille. Enfin bon, c'était très compliqué de rouler. Donc j'ai arrêté le sport en mai. C'était il y a 20 ans, en mai 2006. Et pendant l'été, je n'ai plus fait grand-chose. Boulot, maison, dodo, enfin bon, classique. Et en fait, là, je n'étais pas très... Je me disais, je devenais un peu tendu et il faut faire quelque chose. Et le plus simple, ça a été d'aller courir avec des collègues de boulot entre midi et deux sur Technolac. Et donc là, c'était septembre, je me suis fait embarquer sur le tour du lac du Bourget en relais. Et donc j'ai fait mon relais, j'ai trouvé ça très très dur, une vingtaine de kilomètres, mais qui se passe bien parce que je remonte plein de monde, enfin trop cool. Donc j'ai commencé à courir comme ça en septembre 2006, parce que la course à pied passe tout seul, il y a besoin juste d'un petit trou entre une heure pendant la pause déjeuner.
- Romain Adam
Donc embarqué par tes collègues les midis à Technolac, entre lac et montagne, donc finalement les montagnes qui sont juste à côté.
- Julien Chorier
Non, mais un environnement qui est super propice, on a une région où on est au top pour ça. Et en plus, en venant du vélo, je me suis dit je vais me mettre à courir, il n'y a plus aucune contrainte de m'entraîner, de plan d'entraînement. Je n'y vais pas pour performer, je vais juste pour prendre l'air et courir avec les collègues. Bon après, ça a duré trois mois.
- Romain Adam
Ça a duré trois mois et après tu as été pris au jeu et tu n'as plus arrêté de courir depuis, c'est ça ?
- Julien Chorier
C'est ça, et avec une accélération assez rapide, donc je ne le conseillerais pas puisque j'ai commencé en septembre. Et ses collègues me disent, on fait des équipes pour la Saint-Élion en relais à deux, donc viens avec nous. Là, j'ai une copine qui court bien en relais à deux mixtes, vous pourriez faire un truc sympa. Je dis, c'est cool, mais de 20 à quasiment 40 kilomètres, ça me faisait un petit peu peur. Donc, je me suis mis à faire des sorties un peu plus longues. Et voilà, tout allait assez bien. Sauf qu'à trois semaines de la course, cette personne-là se blesse. Ce fille se blesse. Et là, j'ai juste transféré mon inscription de relais à Solo. Et du coup, je me suis retrouvé sur cette Saint-Élion qui était un peu plus courte que maintenant. Elle devait faire, je pense, dans les 70 kilomètres à l'époque, 72 de mémoire. Voilà, en Solo, en décembre, après trois mois de course à pied. Et en fait, ce qui a été encore plus drôle, c'est que la course démarre et moi, je suis parti comme en vélo. Donc ça part, je suis parti devant et on s'est retrouvé à 2, 3 en échappé avec le groupe des favoris à 4, 5 minutes derrière. Je me disais, mais pourquoi ça ne part pas vite ? Pourquoi ça ne part pas vite ? Sauf que j'avais une gestion comme en vélo. Si tu n'es pas à fond, c'est que tu peux aller plus vite. Mais en course à pied, ça ne se passe pas pareil. Donc, j'ai eu le mur des 30 kilomètres. Je l'ai pris bien comme il faut. Sauf que sur les Saint-Élion, le mur des 30 km, ce n'est pas la mi-course. Donc j'ai eu un bon gros passage à vide bien difficile avec des problèmes de digestion. Parce que ça aussi, l'estomac qui secoue, l'alimentation, ce n'est pas la même. Pas mal de petits soucis. Donc je finis quand même cette Saint-Élion assez bien, pas tout devant. Et voilà, ça a été le début. Parce que derrière, on me dit, tu sais, il y a des trails l'été. Il fait jour, c'est beau. et du coup l'année d'après j'étais sur le tour des glaciers de la Vanoise et la CCC donc voilà une progression de 0 à 100 1 an d'ailleurs c'est le projet de Guillaume Millet donc c'est pas compliqué
- Romain Adam
Bon t'étais pas complètement sédentaire parce que lui son projet c'est d'emmener des sédentaires qui sont vraiment sur le canapé en 1 an pour faire la CCC
- Julien Chorier
Non tout à fait j'étais sédentaire presque sédentaire depuis 2 mois mais je passais de 20h de vélo quand même par semaine donc j'étais pas tout à fait sédentaire Tout à fait.
- Maéva Bonfils
Il y avait un certain foncier qui était présent, c'est certain.
- Romain Adam
Est-ce que tu as rencontré des difficultés au-delà de la gestion de l'effort ? Niveau musculaire par exemple, est-ce que tu as trouvé que c'était assez proche du vélo ? Ou est-ce que tu as eu un moment d'adaptation sur le fait de passer du vélo au trail ?
- Julien Chorier
La transition s'est vraiment très bien passée pour moi et je pense que là-dessus, on n'est vraiment pas égaux parce que je vois des cyclistes, des vététistes qui ont pas mal de difficultés. Pour moi, je me suis dit que je vais être avec mon passif de vélo où j'étais plutôt grimpeur, puncher. Je me suis dit qu'en montée, ça va bien se passer, en descente, il va falloir apprendre. Et en fait, il s'est avéré qu'en course, c'était le contraire. En montée, je n'étais pas spécialement facile et en descente, j'étais vraiment... très à l'aise et aller plus vite que beaucoup d'autres. Donc, les cuisses, la force dans les cuisses m'aidait pas mal, même en excentrique, ce qui m'a surpris. Donc, ce qui m'a demandé, je pense, le plus d'apprentissage est l'alimentation en course, qui est différente. La gestion de l'effort, qui doit être beaucoup plus lissée et individuelle, parce que c'est moins stratégique qu'une course de vélo. On ne peut pas rester dans la roue à pied. En tout cas, ça n'économise pas beaucoup. Et après, ce qui a été le plus difficile pour moi, ça a été d'apprendre à courir. Et tout simplement sur le plat. Et d'ailleurs, là c'était en décembre, et après je me suis rapproché du club d'athlètes de Chambé. Et on m'a dit, ouais c'est bien, tu prépares quoi le tour des glaciers de la Vanoise en juillet ? Donc en janvier on va préparer un 10 km. Et j'ai fait, ah mince ! Et en fait, l'entraîneur de l'époque de Chambéry, Gildas, je pense qu'il avait eu vraiment raison de prendre ces trois mois pour mettre des fondamentaux, parce que globalement, musculairement et physiquement, la caisse était là. Mais il fallait vraiment que je travaille une foulée. Sur mes 20 ans de course à pied, je pense que ça a toujours été un peu un point faible, parce que je n'ai pas de passif d'athlétisme en me mettant à courir assez tard.
- Romain Adam
Et sur ce premier 10 km, c'est quel chrono que tu fais ?
- Julien Chorier
Je crois que c'était le 10 km de Bourgoin-Jailleux en 34,50.
- Maéva Bonfils
Ce qui est quand même un beau chrono, un 10 km. On sent qu'il y avait quand même du potentiel derrière, même si tu courais depuis pas longtemps.
- Julien Chorier
Non, non, non, mais c'est... Et après, globalement, je l'ai assez peu amélioré ce chrono, parce que j'ai descendu d'une minute deux mois plus tard pour faire, je crois, dans les 33. 40 et j'ai fait mon PR à Aix-les-Bains il y a ah non c'était Villeurbanne il y a un an ou deux justement en passant sous les 33 en 32-40 voilà et avec un objectif qui devait être plutôt sous les 32 mais la prépa se passe pas tout à fait comme il faut
- Romain Adam
Oui et puis quand tu fais des ultra trails le 10 km c'est quand même difficile c'est assez intense et t'as peut-être des chronos qui sont meilleurs sur marathon par exemple ou là t'as un très bon record personnel
- Julien Chorier
Ouais, un peu mieux. Après, comme tu dis, c'est vraiment intense le 10 km. D'ailleurs, ça a fait rigoler beaucoup de gens qui font de l'athlée, mais j'ai réussi quand même à me faire une déchirure à l'ischio sur 10 km. Parce que pour moi, ça pousse trop. C'est comme une blessure de sprinter. Mais pour un ultra trailer, le 10 km est presque du sprint. Et après, sur marathon, j'ai essayé de chasser l'objectif des 2h30 sans y arriver. Et du coup, j'ai buté à 2h32.
- Maéva Bonfils
Ce qui n'est pas... Très mal non plus comme record.
- Romain Adam
Parce qu'il fait 3 minutes 35 au kilomètre.
- Julien Chorier
Tout à fait.
- Maéva Bonfils
Et justement, tu t'es parlé du coup de l'entraînement. Donc, tu avais rejoint un club d'athlétisme. Comment tu t'entraînes actuellement ? Est-ce que ça a changé depuis tes débuts de course à pied il y a 20 ans ?
- Julien Chorier
Donc, depuis mes débuts en course à pied jusqu'à il y a un an, j'ai toujours fait confiance à un entraîneur pour structurer ma préparation. que... tendance à soit en faire trop, soit pas assez, soit que ce que j'aime. Donc voilà, besoin d'un regard extérieur. Et ça, ça a été important avec des approches qui ont globalement été assez similaires tout le temps. C'est travailler les points faibles et insister sur les points forts. Il n'y a pas de secret. Et après, sur des volumes d'entraînement qui sont restés, qui ont augmenté progressivement, mais pour être constant de toutes les dernières années. Et on va dire sur une moyenne annuelle à une quinzaine d'heures par semaine. Mais forcément, il y a des semaines un peu de récup à 5 heures et des semaines de charge l'été avec beaucoup de sorties longues en montagne où ça montait à 35-40 heures. Mais aussi des semaines avec pas mal de vélos. Et j'ai toujours gardé une part importante de vélos dans mon entraînement. Et pour moi, pour de l'ultra trail, en tout cas, ça me paraît vraiment important. Si on a le temps, il y a un moment, passer trois sorties semaine. La quatrième ou la cinquième, c'est bien de la mettre dans un autre sport. Et c'est aussi ce que vous conseillez. Et pour moi, le vélo, c'est parfait pour ça.
- Maéva Bonfils
Est-ce que tu penses que c'est ça qui te permet de durer aussi ? dans le temps, de ne pas te blesser en particulier grâce au sport croisé ?
- Julien Chorier
Je pense qu'il y a le sport croisé, indéniablement, c'est important, que ce soit du ski de rando l'hiver, du vélo quasiment toute l'année, et une charge et un volume d'entraînement qui est aussi assez constant. Et maintenant, avec les années, j'ai eu un entraîneur qui m'a dit, bon c'est bien de couper, donc là tu peux couper 15 jours, mais à ton âge, je coupe 15 jours ou 3 semaines. mais il ne reste pas plus de deux jours sans rien faire. Et sans courir, même. Parce qu'on est à un moment où, avec les années, la coupure, je pense, peut être presque plus préjudiciable que de continuer à s'entraîner. Mais c'est une coupure de l'entraînement, mais pas de l'activité physique. Et pour garder des petites contraintes musculo-articulaires tendineuses tous les deux, trois jours, je pense que ça permet, sur du footing d'une demi-heure, vraiment pas grand-chose, d'éviter si on... trois semaines, on s'arrête à la reprise de se faire mal. Parce que la reprise, elle n'est jamais assez progressive quand on a beaucoup couru. Partir sur des footings de 20 minutes en alternant marche et course, après trois semaines, un mois d'arrêt, non, on n'a pas envie. On repart à 15 à l'heure et c'est là qu'il y a pas mal de risques,
- Romain Adam
surtout passé 40 ans. Par exemple, tu as gagné deux fois la diagonale des fous, ce qui nécessite aussi au niveau musculaire d'être très très fort au niveau des cuisses. Est-ce que tu as intégré aussi du renforcement musculaire dans ta préparation ?
- Julien Chorier
Ça fait 20 ans que je me dis qu'il faudrait que je m'y mette. Donc j'en ai eu intégré de manière ponctuelle, mais quasiment pas. Et du coup, à mon échelle et jusqu'à présent, ça a fonctionné en passant du temps sur les sentiers, en montagne. Donc quand on a la chance... D'être au pied des montagnes, le renforcement musculaire, il va se faire en montant avec un sac marche-bâton. On va travailler le haut du corps, les cuisses, en vélo, en faisant un peu de la force. Donc, du renforcement musculaire en salle, j'en ai très peu fait. J'ai dû faire deux, trois hivers où j'allais à la salle, mais ça n'a pas été tous les ans. Mais d'ailleurs, quand je l'ai fait, je me suis dit, c'est vachement bien. J'en voyais les intérêts. Donc, voilà. Après, c'est des priorités.
- Romain Adam
Tu préfères passer du temps dehors et donc t'enfermer dans une salle, c'est moins ton truc.
- Julien Chorier
C'est ça. Après, à chacun de mettre le curseur où il veut. Je pense que pour optimiser mes performances, j'aurais peut-être dû le faire un peu plus. Mais pour moi, à titre personnel et ma pratique du sport, je n'en avais pas trop envie.
- Maéva Bonfils
Et pour revenir un petit peu sur ta carrière, tu es ingénieur en génie civil de salle de formation. Et du coup, pourquoi avoir choisi ta carrière d'athlète plutôt qu'une carrière en génie civil ?
- Julien Chorier
En fait, c'est un peu de la voile. Je me suis fait pousser par les vents. Donc, étudiant, j'ai passé un diplôme d'ingénieur. Après, même, j'ai poussé avec un doctorat en génie civil. J'ai bossé derrière quelques années en R&D dans un gros labo sur Grenoble. Et c'est là que je n'avais plus le temps de faire du vélo, que je me suis mis à courir. Et petit à petit, les résultats sont arrivés tout en travaillant. Et donc du coup, c'est les opportunités qui m'ont permis de passer à mi-temps au niveau du boulot, puis derrière d'arrêter ce boulot pour orienter mes activités professionnelles liées au trail. Donc j'ai passé le diplôme d'accompagnateur en montagne, donc j'ai encadré des stages trail, j'ai collaboré avec des marques, dont avec Oka. sur la coordination du team. Donc ça m'a permis de laisser de côté la partie ingénieur. Ce qui fait un peu bizarre au début, mais de vivre et de travailler pour sa passion, c'est top. Et là maintenant, depuis deux ans, c'est une opportunité qui m'a été proposée à l'UTMB qui a fait que ma pratique sportive a un peu diminué et au niveau professionnel, je me suis réorienté complètement dans le sport.
- Maéva Bonfils
Et au niveau de ta pratique du sport, tu l'as dit, tu as couru la Saint-Élion comme première course, qui est un ultra, puisqu'on te considère à partir de 80 km, donc c'était ton premier ultra. Puis ensuite, tu t'es lancé, tu l'as dit, sur le TGV et la CCC. Comment on passe à l'ultra trail ? Toi, qu'est-ce qui t'a motivé d'aller sur ultra ?
- Julien Chorier
En fait, pas grand-chose, dans le sens où c'est vraiment les efforts que j'aimais déjà à vélo, où les dernières années... J'étais moins sur les courses, on va dire, fédérales, qui n'étaient pas forcément excitantes pour moi, mais sur des cyclos sportives qui faisaient 150-180 kilomètres en montagne. Et donc, quand je me suis mis à courir, j'ai tout de suite voulu retrouver le même type d'effort, la belle balade en montagne. Et aller faire le 10 kilomètres pour un chrono, ce n'est pas du tout des choses qui m'attiraient. Je n'aurais jamais pensé le faire. C'est que le coach m'a fait passer par là en étape de préparation. Mais c'est vraiment ce côté découverte de l'environnement et de soi-même, parce qu'on ne sait pas trop ce qui va se passer, passer dix heures sur les chemins.
- Romain Adam
Est-ce que tu peux nous parler de ton dernier challenge à Hong Kong ? Parce que, alors évidemment, tu as fait des 100 miles, mais a priori, ça ne te suffisait pas de faire des 100 miles. Tu as voulu passer sur des distances supérieures. Comment c'est venu finalement, cette envie d'aller sur encore plus long et plus de 300 kilomètres ?
- Julien Chorier
Tu l'as bien défini déjà, ce n'était pas une course, c'était bien un challenge. Et c'est ce qui m'attirait, parce que depuis deux ans... J'ai un peu moins envie, on va dire, de course, parce que pour moi, on définit course et performance. Et je n'ai plus envie et les moyens, les ressources pour aller vers la performance, on va dire, sur les courses. Donc le côté challenge m'attire. J'adore Hong Kong, parce que c'est quelque chose qui est complètement atypique, une nature assez sauvage qui est à proximité d'une énorme ville. Donc avec la spécificité qu'il y a énormément d'escaliers, mais ça, il faut s'y préparer. Et ce qui m'attirait, c'est ce côté complètement décalé, c'est-à-dire que c'est un peu comme en France, si on te disait tu dois enchaîner le GR20, le GR5 et quoi. En gros, quatre chemins de randonnée sur une distance totale de 300 km, sans balisage, sans assistance. sans rien, même pas le droit à la montre. Heureusement, ils nous avaient laissé le téléphone pour un peu se rassurer, pour ne pas se perdre. Et la seule chose qui était autorisée comme assistance, c'est pour aller d'un chemin à l'autre. Et avec en plus des règles précises, et c'est ça que je trouvais assez drôle, parce qu'il y avait le métro à prendre, les lignes de métro étaient contraintes, et c'est marqué dans le règlement, si une des lignes de métro est fermée, il faut attendre qu'elle ouvre. Et donc du coup, il faut regarder en même temps les horaires d'ouverture des lignes de métro, on devait prendre le ferry aussi. Et de la même manière, et donc ça, c'est assez drôle, parce qu'en fait, on est dépendant de choses qu'on ne maîtrise pas. Et on pourrait se dire, il suffit juste de planifier le premier chemin. Il y a 100 kilomètres, donc on va mettre à peu près tant de temps. Sauf que l'heure du départ est donnée 12 heures avant. Et donc, comme on ne connaît pas l'heure du départ, c'est compliqué de planifier les horaires. Et à un moment, j'ai cru que j'allais arriver avant la réouverture du métro. Mais bon, en allant un peu moins vite que prévu, le métro a eu le temps d'ouvrir, donc je n'ai pas eu à attendre. Mais du coup, c'était des choses que j'ai trouvées super sympas. Et il y a un énorme lâcher prise parce qu'on ne peut pas planifier comme un ultra classique. Et pareil au niveau de l'alimentation. Du coup, j'ai été quasiment autonome, donc pas mal de choses dans le sac. Et après, s'il y a un magasin d'ouvert, on a le temps, on s'arrête, on achète ce qui fait envie et puis ça repart.
- Romain Adam
Est-ce que tu as eu des moments où tu t'es senti un peu au fond du seau ou à l'inverse des moments d'euphorie sur ce 300 kilomètres ? J'imagine que ce n'est pas tout à fait linéaire comme type d'effet.
- Julien Chorier
Non, non, ce n'est pas linéaire. Il y a eu des moments que j'ai trouvés difficiles. Au bout, je ne sais pas, 150, 160 kilomètres, il y avait des escaliers qui s'enchaînaient, mais en n'envoyant pas le bout. Et à chaque fois, je me disais, mais ce n'est pas possible, ça ne va jamais s'arrêter. En plus, il faisait très chaud. Et en nombre de marches, je pense que ça dépassait les 1000 marches d'affilée. Et donc, c'est 300, 400 mètres de dénivelé, parce que c'est rarement des montées très, très longues, mais tout en petite marge de 20, 30 centimètres à la fois de haut et de profondeur. Donc, des petits pas, des petits pas. Et on voit ces rampes à perte de vue à monter. Et le problème, c'est la même chose à descendre. Et donc, ce n'est pas évident. Donc là, il y a eu un moment où je trouve le temps dur. Et après, la vraie difficulté a été en fin de deuxième nuit. Et là, c'est lié au sommeil, parce que sur un ultra classique en 24 heures, ça va bien. Là, sur plus de 50 heures, il y a un moment où il faut dormir. Et voilà, ça, ce n'est pas évident. Donc, des petites siestes sur le chemin et ça se passe bien.
- Romain Adam
Oui, parce que d'habitude, quand tu fais un ultra, finalement, c'est souvent une nuit, en tout cas à 100 miles. Et là, de nuit, tu as trouvé que c'était beaucoup plus difficile qu'une seule nuit, du coup ?
- Julien Chorier
Pour moi, complètement. Et je me suis retrouvé sur des fonctionnements des personnes qui font la diag en 48-50 heures. Et ce n'est pas le même sport. parce que la première nuit de sommeil... de non-sommeil la première nuit blanche, elle passe globalement bien. Mais la deuxième, ça devient vraiment difficile. Il y en a qui arrivent à gérer sans dormir de nuit. Moi, je sais que c'est difficile.
- Maéva Bonfils
Et justement, comment tu t'es préparé pour ce challenge-là ? Parce que comment on se prépare pour autant de...
- Romain Adam
Il faisait chaud, il faisait chaud, il y avait des escaliers. Comment tu as fait ?
- Julien Chorier
En fait, c'est marrant parce que depuis 20 ans, c'est la première fois que je n'avais pas de coach. et du coup je me suis préparé en mode que je définis sport loisir donc dès que j'avais un créneau globalement j'allais courir un collègue faisait une séance de route parce qu'il préparait un marathon j'allais avec lui je me disais tout à l'heure c'est rouler en cong donc c'est bien de faire de la vitesse un collègue allait faire une séance de coach et c'est cool c'est bien pour le déniveler donc en fait voilà j'ai pris un peu les séances de tout le monde j'ai empilé ça et essayer d'en faire entre guillemets le plus possible c'était raisonnable et heureusement les Pendant les vacances de Noël, la météo a été assez clémente et ça m'a permis de mettre un gros bloc d'entraînement sur fin décembre, début janvier, ce qui tombait assez bien pour la course.
- Romain Adam
Est-ce qu'il y a d'autres challenges ou d'autres courses qui te font rêver ?
- Julien Chorier
Il y en a pas mal. Donc, à la fois à pied et à vélo. À pied, un challenge qui me fait rêver à moyen terme, j'aimerais bien tenter le Spartathlon. Donc, alors là, pareil, il y a contre-courant parce que là, il y a 250 kilomètres quasiment, c'est sur la route. Donc, ça rejoint Sparta à Athènes. Donc, je me suis dit, ça pourrait faire un bel objectif 2027. Mais le problème, c'est qu'il faut une course pour ce qu'il faut. qualifiés et donc qui montrent nos aptitudes pour pouvoir prétendre à un dossard donc j'ai regardé les conditions c'est pas si évident que ça, il faudrait que j'aille faire un 12h sur route ou un 24h avec une distance minimale qui me donne accès à la course, donc je sais pas si je vais trouver ça et j'ai un peu du mal parce que c'est vraiment un domaine que je connais pas, donc le calendrier des 12h et 24h, voilà je le connais pas, donc s'il y a des personnes qui ont des dates à me conseiller je suis preneur
- Maéva Bonfils
Et donc tu l'as Tu as remporté la Race Across Switzerland, qui fait 1000 km, avec 18 000 m de dénivelé, donc c'est une course de vélo. Pourquoi tu es revenu sur le cyclisme et du coup là c'est une course d'ultra-cyclisme ?
- Julien Chorier
Justement c'est sur ce changement de pratique, un peu comme je l'ai fait il y a 20 ans où je m'étais mis à la course à pied en me disant pas de pression, je ne vais plus y aller de manière compétitive. l'ultra vélo pour moi c'est le vélo c'est mon sport de cœur. Et du coup, l'ultra-vélo, je le considère comme vraiment la grande sortie. Et c'est un sport qui est un peu au niveau que le trail était il y a 20-25 ans. Donc, on n'est pas très nombreux au départ. Il n'y a pas d'athlètes, je ne pense pas en tout cas d'athlètes professionnels. Il y a des athlètes très performants, mais beaucoup moins qu'on pourrait retrouver sur le trail. Et du coup, j'y allais sans attente envers moi-même, sans rien du tout, si ce n'est de rouler le... plus vite possible. Mais bon, après, quand on a un tracker GPS et qu'on a le téléphone avec l'application et on voit où sont les autres, rapidement, l'esprit compétitif reprend le dessus. Et après, on roule le plus fort possible pour ne pas se faire attraper.
- Maéva Bonfils
Et justement, est-ce que c'était différent ? Tu disais à Hong Kong, tu n'avais pas le droit à la montre, etc. Est-ce que tu savais, à Hong Kong, où étaient tes concurrents ou pas du tout ?
- Julien Chorier
On avait, sur le téléphone, avec l'application, on voyait les balises des GPS. où étaient les autres concurrents avec les aléas quand il n'y avait pas de réseau. Mais voilà, ça permettait d'avoir les infos quand même où étaient les concurrents.
- Maéva Bonfils
Et comment tu t'es senti quand tu savais que tu étais le premier ?
- Julien Chorier
En fait, c'est dur dans le sens où ça m'a mis une pression. Parce qu'en y allant à la base pour faire bien, mais pas spécialement pour être devant, quand on est devant, on se dit maintenant, il ne faut pas lâcher. Et donc, du coup, ça met des contraintes et surtout sur des courses aussi longues au niveau de la gestion du sommeil. Si je m'arrête dormir, je vais me faire rattraper. Mais ce n'est pas viable de ne pas s'arrêter dormir. Surtout en vélo, là ça devient dangereux si on ne s'arrête pas dormir.
- Maéva Bonfils
Est-ce que c'était un petit peu la même sensation que quand tu savais que tu étais premier sur la CCC ou même ta première Diag ? Est-ce que tu avais cette même stimulation de la première place ?
- Julien Chorier
Beaucoup moins en vélo que sur une Diag ou même une CCC. Pour plusieurs raisons, en fait. L'arrivée d'une course à pied, vraiment un soulagement. Parce qu'un ultra à pied, on finit musculairement, on a vraiment mal. Et c'est rarement facile, les derniers kilomètres, malgré l'euphorie de finir la course, etc. Il y a un soulagement de finir. À vélo, en fait, c'est presque plus confortable, en tout cas pour moi. Et donc, j'avais moins ce soulagement. Et j'avais honnêtement, réellement... pas l'impression d'avoir fait quelque chose de génial. J'ai l'impression juste d'avoir fait du vélo pendant deux jours. Lorsqu'à pied, j'étais vraiment content et heureux de ces victoires que je considérais vraiment comme une belle réussite.
- Maéva Bonfils
Et en termes de récupération, comment ça se passe quand on arrive de challenges comme celui que tu as fait à Hong Kong ? Comment on récupère d'un tel effort ?
- Julien Chorier
C'est... C'est contre-intuitif, mais c'est des courses où je me remets musculairement, je pense, bien plus vite qu'un marathon. C'est-à-dire qu'après Hong Kong, je n'ai quasiment pas eu de courbature. J'avais un peu mal aux jambes le lendemain, mais on va dire un peu, c'est assez surprenant. Et deux jours après, je n'avais plus du tout mal aux jambes. Mais d'un point de vue physiologique, je suis depuis pas mal de temps ma VFC. Maintenant, tout simplement sur la montre, avant c'était un peu plus complexe. Je voyais que j'étais à un niveau avant la course assez haut, qui est descendu très bas après la course. Je suis resté à un plateau bas pendant plus de deux semaines avant que la VFC commence à remonter la troisième semaine. C'est là qu'il faut être très vigilant parce que le corps a l'impression d'avoir récupéré musculairement, mais on est très fatigué. Le risque, c'est de reprendre trop tôt et d'être sur un cycle vraiment de fatigue. Les blessures, je pense, peuvent arriver très vite. donc s'écouter C'est bien, mais il faut vraiment prendre le temps. Et je pense que les trois semaines, c'était nécessaire. Et comme pour la coupure, ce n'est pas trois semaines sans activité, mais c'est trois semaines avec de l'activité physique, mais très, très légère.
- Maéva Bonfils
Pour nos auditeurs, la VFC, c'est la variabilité de la fréquence cardiaque. C'est un indicateur de forme. Ça veut dire qu'avant la course, tu avais un super indicateur de forme et que les jours après la course, tu étais justement en difficulté ou ton corps avait besoin de récupérer. Et donc, toi, tu te dirais... Tu fais en général 2 à 3 semaines derrière de récup légère. On entend parfois qu'il y a des personnes qui disent que c'est un jour de récupération par heure d'effort. Si par exemple tu fais une courbe de 30 heures, ce serait 30 jours de récupération derrière. Toi, comment tu gères une saison quand tu as déjà fait un ultra, mettons en milieu de saison ?
- Julien Chorier
Classiquement, sur des ultras, je laissais au minimum... Il y a ultra et ultra. En fait, il y a l'ultra à la journée et il y a l'ultra qui fait 24 heures. Et quand il y a une nuit blanche, la récupération n'est pas du tout la même. Donc pour un ultra où on passe la nuit dehors, pour moi, il fallait laisser au moins 8 semaines avant un autre ultra. Donc le temps de récupérer, de repartir à l'entraînement. Et donc si c'est du petit ultra, c'est-à-dire des courses à la journée, où on part, il n'y a pas de nuit blanche. Donc, sans nuit blanche, ça peut être des courses qui partent à minuit, comme le Lavaredo, la Transgrancanaria, qui font une centaine de kilomètres, 120 kilomètres. Donc, pour les personnes qui courent assez vite, le lendemain, en milieu d'après-midi, c'est fini. Donc, en fait, on n'a pas un cycle de sommeil qui est complètement coupé et sauté. Donc, six semaines après, on peut repartir, je pense, sur une autre course et on peut l'utiliser en course de préparation. Ça aussi, ça dépend si c'est un objectif principal ou une course de préparation. Et si c'est un ultra plus long qui fait dans les 24 heures, type un UTMB, pour reperformer derrière, je pense que les 8 semaines pour moi sont nécessaires. Le temps à la fois de se récupérer et de retrouver l'envie et un niveau physiologique intéressant. Mais bien sûr qu'il y a plein de contre-exemples de personnes qui recourent 15 jours, 3 semaines après et qui font des performances. Mais à long terme, je ne suis pas sûr que ce soit viable.
- Maéva Bonfils
Tu as déjà fait l'enchaînement par exemple UTMB-DIAG sur une même saison ?
- Julien Chorier
Oui, les enchaînements où j'ai fait UTMB-DIAG, à chaque fois, si je ne me trompe pas, je n'ai pas fini la DIAG. Donc, est-ce que c'est un hasard ? Les deux fois où j'abandonne, où je ne cours pas l'UTMB, ça se passe très bien la DIAG. Donc, voilà, et sans forcément le ressentir. Plusieurs fois, j'ai voulu aussi enchaîner... UTMB et Templier et j'ai même pas pris le départ des Templiers parce que le temps de se reposer, de se remettre à l'entraînement, je sentais que j'étais pas prêt sur un format un peu plus court où il fallait aller vite donc voilà, après à titre personnel je pense qu'il faut prendre le temps et surtout si on veut enchaîner les années Et du coup,
- Romain Adam
pardon, ma question c'était selon toi, qu'est-ce qui te permet de pallier l'usure mentale au fil des saisons de toutes tes préparations ?
- Julien Chorier
Il y a plusieurs choses. Je pense que j'aime et j'adore m'entraîner. Et je pense réellement qu'à l'entraînement, je suis tout aussi performant qu'il y a 20 ans. Même quand les chronos sur piste montrent le montre, donc ça, il n'y a pas de souci. Mais après, en course, je ne transforme pas forcément la chose. Et c'est pour ça que j'ai levé le pied dans le sens où il y a certainement moins cette envie de se... pousser vraiment dans la difficulté pendant longtemps, moins ce niaque, voilà, et donc je prends moins de plaisir à me faire mal très longtemps sur un ultra, et c'est pour ça que... Encore une fois, ça va paraître bizarre, je préfère faire du plus long, dans le sens où ça dure beaucoup plus longtemps, mais à des intensités beaucoup plus faibles. Et se retrouver 55 heures sur les chemins, la moyenne cardiaque, je crois qu'elle est aux alentours des 100 pulses ou 105 pulses. Donc en fait, on est en zone endurance, mais presque un peu dans le bas de la zone d'endurance. Donc en fait, on n'est pas en train de se pousser en permanence et c'est de la rando course, rando active. Et ça, c'est maintenant la zone qui me plaît le plus.
- Romain Adam
Et du coup, est-ce que tu as eu des moments pendant ta carrière de doutes ? Enfin, dans ta carrière sportive, pardon.
- Julien Chorier
Il y a toujours des doutes quand on se prépare vraiment fortement pour un objectif et que ça ne se concrétise pas pour différentes raisons. Il y a jusqu'à peu de temps, c'était un investissement à 100% de mon temps, de mon énergie. Une partie de ma vie pro-familiale était vraiment orientée autour de tout ça. Et pour ne pas y gagner grand-chose. Il n'y avait pas grand-chose à y gagner financièrement. Et du coup, à se poser la question, est-ce que ça vaut vraiment le coup ? Parce que quand on transforme sur un objectif, c'est comme tout investissement. Il est rentabilisé, il y a du plaisir qu'on gagne ou qu'on ne gagne pas la course. Mais quand la course ne se passe pas du tout comme prévu et qu'il y a un abandon, on se dit mince, ça fait trois mois, ça fait six mois que je me prépare pour cet objectif. Les vacances d'été, je les ai passées à la montagne à m'entraîner lorsque ça aurait pu être pas mal de faire comme plein de gens, d'aller à la plage, boire des bières en terrasse. Et du coup, il faut juste trouver cet équilibre. Mais après, c'est un moment de doute. comme je disais avant, j'aime pas plus m'entraîner à aller faire une séance de côte voire même de piste presque que d'aller à la plage donc ça va
- Maéva Bonfils
Oui et puis probablement aussi que sur tes plus de 20 ans de carrière, t'as eu des saisons qui étaient ultra intenses et puis peut-être des saisons qui étaient moins intenses c'est ce qui fait que tu peux aussi recharger peut-être les batteries pour repartir encore mieux sur une saison suivante ?
- Julien Chorier
Oui c'est ce qui est important, c'est vraiment la planification à moyen et long terme, parce qu'à l'heure actuelle il n'y a pas de saison, on peut Euh... On peut faire des trains, si on finit la saison à la Saint-Élion et qu'on la commence sur des courses où on enchaîne avec les crosses, on peut être à 100% toute l'année et je pense que ça peut créer pas mal de fatigue. Il faut justement avoir ces phases plus intenses, moins intenses et après, en tout cas pour moi, il ne faut pas forcément penser en saisonnalité en se disant l'hiver je coupe et je reprends. en janvier, il faut penser à l'équilibre de l'année et la coupure, elle peut être au mois de juin et voilà. Et ça, c'est important, il faut juste cibler ses bons objectifs.
- Maéva Bonfils
C'est peut-être un des seuls avantages en ce moment, c'est que c'est devenu tellement difficile de s'inscrire à des courses, que finalement il faut planifier sa saison relativement longtemps à l'avance. Pour plein de courses, si tu ne t'inscris pas 8 ou 10 mois avant, tu ne peux pas accéder au départ. Donc c'est peut-être un des avantages qu'on a en ce moment. de ces courses qui sont de plus en plus pleines très tôt.
- Julien Chorier
C'est un des avantages, mais qui est aussi la contrainte, parce que le calendrier peut être contraint par les courses et du coup le rendre un peu moins pertinent éventuellement.
- Maéva Bonfils
Et puis peut-être aussi la difficulté de rajouter des courses intermédiaires quand tu sens que tu as besoin de mettre une course, je ne sais pas, deux mois avant ton objectif principal. Si tu ne l'as pas anticipé, ça peut être aussi difficile de trouver.
- Julien Chorier
Non, c'est vrai que c'est... Cette évolution rend les choses difficiles, mais heureusement, il reste encore en local pas mal de petites courses qui méritent d'être découvertes et qui ont souvent de la place à quelques semaines de l'événement. Et ça, c'est chouette.
- Maéva Bonfils
On va peut-être parler de ton rôle à l'UTMB. Est-ce que tu peux nous expliquer tes missions en tant que directeur des sports à l'UTMB ?
- Julien Chorier
La première mission est... Et plus global, c'est vraiment un rôle de relation avec les différents acteurs du trail. Donc principalement... les élites, les athlètes d'un côté, donc échanger avec eux et être leur porte d'entrée pour leur retour. Et à côté de ça, il y a aussi les fédérations ou par exemple la PTERA, Professional Trail Running Association, avec qui on échange beaucoup sur tous les sujets. Et derrière, justement de faire que là il y ait cohabitation, parce qu'on a des fois des points de vue divergents, mais le premier souci en général c'est un problème de... de communication et même si on n'est pas d'accord, ça n'empêche pas de discuter et de nous comprendre les points d'un côté des athlètes et eux qui comprennent nos contraintes aussi d'organisateurs. Déjà ça permet de mettre les choses au clair et essayer d'aller ensemble dans la même direction où on est sur une professionnalisation du sport. Il y a de plus en plus d'enjeux pour les athlètes, d'enjeux pour les partenaires. Donc voilà, ça c'est un rôle global. et sur différents sujets qui vont aller du système sportif de manière globale avec l'évolution des systèmes de qualification. Après, on est une série, donc on ne peut pas y déroger. La pierre angulaire de notre modèle qui est l'index, donc l'index UTMB qui permet d'évaluer les performances et aussi de donner des accès, des qualifications, des gratuités. Après, encore, il y a aussi quelque chose qui me tient beaucoup à cœur, c'est le modèle sur l'antidopage. Donc, il y a quelque chose qui est très coûteux, mais on ne peut pas s'y couper. Donc, voilà, c'est vraiment les axes de travail. Et pour ça, c'est important pour moi d'échanger avec ces athlètes, d'être présent sur les grands événements, les rencontrer et avoir leur retour.
- Maéva Bonfils
Parce que ton rôle, il a démarré en 2024. Oui,
- Julien Chorier
c'est ça, en 2024.
- Maéva Bonfils
C'était un moment donné où il y avait pas mal d'interrogations sur le modèle, sur les systèmes de qualification. Comment ça s'est passé sur les premiers mois ? Je pense qu'aujourd'hui, les règles sont comprises de tous. Comment ça s'est passé, en tout cas l'évolution, depuis ces deux dernières années ?
- Julien Chorier
Globalement, la première chose, ça a été « Vous avez un problème, vous n'êtes pas content, on s'appelle. » Et donc, ça a commencé comme ça. pour ne pas qu'il y ait l'impression qu'il y a un modèle fermé d'un côté qui avance en mode bulldozer en n'ayant rien à faire des autres, ce qui n'est pas le cas et qui ne l'était pas. Après, c'était juste des fois des problèmes de temps, de moyens, de personnes, de pouvoir mieux communiquer. Donc le but a été de mieux faire comprendre les choses et de faire aussi un peu évoluer avec un peu plus de moyens pour les athlètes. Je pense que ce sont des choses qui ont été mieux comprises. Et après, la mise en place, par exemple, de price money plus important a aussi répondu à une des demandes, ce qui est normal.
- Maéva Bonfils
Et donc, cette année, sur l'UTMB, c'est quoi le plateau qui se dessine ? Il y a eu quelques annonces récemment.
- Julien Chorier
Oui, le plateau, tous les ans, on dit que c'est le plus gros plateau. Et bien, ça va encore être le cas cette année. Donc, il y a quelques noms qui sont déjà sortis, côté homme, côté femme. Et donc, en fait, ça fait aussi partie des choses qui sont discutées avec les athlètes, parce que beaucoup d'athlètes ne souhaitent pas que leur nom, ou en tout cas que la liste des participants, sorte trop tôt. Et qu'ils ne souhaitent pas annoncer leur participation pour certains avant mai, juin, juillet, août. Et nous, ça, on le respecte. Et la liste est publique en général au mois d'août de l'ensemble des partants, parce que certains ne veulent pas se mettre la pression, ne sont pas sûrs de pouvoir être au départ, parce qu'ils ne veulent pas être au départ s'ils ne sont pas à 100%. Donc, en fait, ils préfèrent qu'on ne l'annonce pas trop tôt. Et donc, voilà, c'est des discussions qu'on a avec ces athlètes. Et je trouve que c'est très bien. Ça montre qu'on respecte leurs choix et on ne veut pas les utiliser, les mettre en avant sans que ce soit pertinent pour eux.
- Romain Adam
Et justement, selon toi, est-ce que tu trouves que le plateau élite est de plus en plus... Que la densité est de plus en plus élevée ou pas du tout ?
- Julien Chorier
Si, si, non mais là, c'est un... Indéniable, la densité augmente de manière pas du tout linéaire, c'est exponentiel. Et on voit bien l'évolution des chronos, déjà dans un premier temps, et ça c'est factuel, ils vont beaucoup plus vite. Quand moi je vois un chrono qui me permettait de faire un podium il y a une quinzaine d'années, maintenant c'est... Je pense tout juste podium femme. Donc c'est pour dire l'évolution et ça ferait aux alentours du top 15 homme. Donc le niveau homme et femme a extrêmement évolué, le sport s'est professionnalisé. Et là on voit en chrono et même au niveau des index, avant des athlètes à 900 il n'y en avait quasiment pas. Maintenant ils sont plus d'une dizaine au départ. clairement le niveau évolue énormément et c'est lié en partie à la professionnalisation. Les athlètes ont plus de moyens pour aller vers la performance mais qui dit plus de moyens, ça attire plus d'athlètes et du coup parmi ces athlètes il y en a de plus en plus qui ont un réel talent et qui l'optimisent.
- Romain Adam
Et justement comment tu vois toi l'avenir du trail en termes de professionnalisation et puis même du coup sur les évolutions à venir ?
- Julien Chorier
Sur les... L'évolution, la professionnalisation, je pense qu'on va arriver à un moment où on aura des vrais athlètes professionnels. À l'heure actuelle, on a énormément d'athlètes qui vivent très bien de leur sport, mais il n'y a pas vraiment de statut d'athlète professionnel. Donc pour moi, un athlète professionnel est salarié d'une marque, salarié d'une équipe. À l'heure actuelle, ils ont un gros contrat d'un équipementier, mais ce n'est pas un fonctionnement vraiment professionnel. Donc je pense que ça arrivera. Ça arrivera, donc des athlètes qui soient salariés, mais qui disent salariés aussi, c'est couverture sociale, c'est vraiment quelque chose qui est important, parce qu'à l'heure actuelle, les athlètes sont tous prestataires pour des marques, et globalement, dans les contrats, l'athlète se blesse, la marque pourrait éventuellement arrêter le contrat presque du jour au lendemain. Mais derrière, il n'y a pas de chômage, il n'y a rien du tout. Les marques sont plus intelligentes que ça, elles ne le font pas à l'heure actuelle, et heureusement... Je pense que c'est des choses sur lesquelles ça va évoluer. Avec cette professionnalisation, les événements qui les accueillent devront aussi monter en gamme pour les accueillir dans des conditions adéquates.
- Romain Adam
En termes de communication aussi, parce que le trail, c'est un sport qui est « jeune » . Est-ce que tu penses que la professionnalisation des athlètes et la communication autour du sport va permettre un essor encore plus grand du trail ?
- Julien Chorier
Je pense. Après, on est complètement dans notre milieu et on se dit qu'il y a un vrai potentiel attractif télévisuel, même sur de l'ultra. Je suis convaincu que même sur des grandes chaînes de télé, on pourrait intéresser des personnes à un ultra-trail. On voit les audiences qui sont de plus en plus élevées sur l'équipe TV, sur les lives. Donc, voilà. Après, les formats sont à définir, à redéfinir parce qu'on ne pourra pas mettre sur France 2 20 heures du TMB, clairement. Mais on voit qu'il y a des énormes audiences sur des courses au large qui durent des mois. Donc, je pense qu'il y a des formats à trouver, des deals avec ces chaînes-là. Et je pense que ça va arriver parce que c'est un peu comme du vélo et un Tour de France. Pas grand monde regarde l'étape. en totalité, même si c'est plus court. Mais déjà, on regarde l'étape parce qu'on voyage, parce que c'est beau, parce qu'il y a du narratif. Et en trail, c'est la même chose. Quand maintenant, on a des moyens de faire des images avec des drones, avec les camrunners, qui permettent d'être embarqués sur les chemins. C'est juste top.
- Maéva Bonfils
Et puis l'année dernière, par exemple, il y a eu pas mal de suspense aussi, que ce soit chez les hommes, chez les femmes. Et c'est vrai que c'est des moments qui sont superbes quand tu as les dépassements. Et c'est ça.
- Julien Chorier
Et la densité qui augmente, on a des scénarios de course qui sont de plus en plus sympas. C'est sûr que quand on avait une course avec le premier homme ou la première femme qui avait une heure d'avance, on se retrouve un peu comme en vélo. D'ailleurs, on se dit maintenant, on va regarder la course pour la deuxième place. Mais c'est sûr que c'est plus sympa quand il y a la bagarre. Et à l'heure actuelle, même quand Kylian Jornet devient sur une course, on n'est pas sûr qu'il gagne. et c'est ça qui est chouette il est challengé et ils sont plusieurs à pouvoir le faire et ça c'est génial
- Maéva Bonfils
Et tout à l'heure en aparté on parlait aussi du rôle pour les amateurs finalement parce qu'il y a une chance aussi dans le trail c'est que n'importe qui qui est qualifié sur la course peut courir avec ses grands champions ou en tout cas prendre le départ avec eux toi dans ton rôle au sein de l'UTMB est-ce qu'il y a un impact derrière pour les amateurs ce que vous mettez en place pour les élites ?
- Julien Chorier
Déjà, les courses sont presque faites pour les amateurs. Et derrière, on va adapter... pour les élites, pour que ça fonctionne bien pour eux. Et derrière, du coup, c'est un ajustement, parce que forcément, s'il y a quelques modifications qui sont faites pour les élites, les amateurs en bénéficieront en partie. Donc, que ce soit les zones de départ, les ravitaillements. Mais globalement, les courses sont définies pour que tout le monde fasse la même course. Les règles sont les mêmes pour tout le monde. Et c'est vraiment ce qui est chouette sur notre sport. Il n'y a quand même pas... assez peu de sports où on est sur la même ligne de départ et on fait le même parcours, mais vraiment à 100%. Donc que ce soit le premier ou le dernier, ils vont fouler les mêmes chemins à quelques heures d'écart, mais c'est le même sport.
- Maéva Bonfils
Et puis même des règles presque encore plus égalitaires que la course sur route, parce que finalement, la course sur route, les élites ont souvent une gourde que n'ont pas accès les athlètes amateurs. Alors que sur l'UTMB, tu as exactement les mêmes règles. Si tu veux une assistance en tant qu'amateur, tu peux avoir ton assistance. ou pas d'ailleurs, mais c'est vrai que c'est très égalitaire finalement.
- Julien Chorier
C'est l'objectif, oui, tout à fait. Après, ce sujet des assistances, c'est un grand débat. Et ce qui est assez marrant, c'est que d'un côté, il y a des élites qui demandent qu'il y ait moins d'assistance en disant ça fait trop de voitures. Mais pour le côté amateur, et ce que je comprends totalement, qui disent clairement, moi, l'UTMB, c'est la course de ma vie. J'ai envie de la partager avec mes proches, avec ma famille. Ces zones d'assistance sont des moments de partage d'émotions qui sont indissociables du trail à l'heure actuelle. On est toujours dans un modèle qui se cherche et il faut garder cette identité. Pour moi, ça reste important.
- Maéva Bonfils
On voit qu'il y a une mise en place de transports qui sont très efficaces pour les assistances. On voit que l'UTMB réfléchit évidemment à l'expérience coureur, mais aussi de plus en plus à l'expérience de transport. des assistances ?
- Julien Chorier
Ah oui, c'est un énorme investissement du côté UTMB parce que c'est des centaines de bus qui tournent justement pour ces assistances, pour enlever la charge mentale aussi de conduire jour et nuit des voitures avec le danger et éviter de surcharger les valets en véhicule. Et c'est là aussi qu'il y a ce travail avec les élites parce que les têtes de course vont trop vite pour les bus. Donc, c'est pour ça qu'il y a des adaptations pour ces coureurs-là.
- Maéva Bonfils
On a parlé d'une plus grande densité. Pour toi, on voit qu'il y a beaucoup d'améliorations, par exemple sur les techniques d'entraînement, sur la nutrition, aussi sur le matériel. On a parlé aussi de professionnalisation. Forcément, si les gens ont plus de temps de s'entraîner et dédiés à leur pratique, forcément les niveaux augmentent. Pour toi, c'est quoi les éléments prépondérants dans cette amélioration de performance ?
- Julien Chorier
Je pense que c'est très difficile de les dissocier. Je pense que tu les as tous cités. Et après, je pense que l'exposition médiatique et un peu plus de moyens aussi attirent des gens qui auraient peut-être envisagé une carrière sur la route ou sur un autre sport et qui se disent « Ah mais le trail, c'est cool ! » Et du coup, c'est des talents qui viennent vers le trail plutôt que d'aller vers un autre sport parce qu'ils envisagent une carrière professionnelle maintenant dans ce sport. Mais oui, c'est entraînement, nutrition, matériel, stratégie, tout ça. C'est tous des éléments. Je pense que tous ces indicateurs sont de plus en plus performants.
- Maéva Bonfils
Est-ce que tu penses qu'à un moment donné, on aura des Kenyans qui pourront gagner l'UTMB ? Parce qu'ils viennent de plus en plus sur des courses, mettons intermédiaires, sur des 40 km, où là, ils gagnent des courses, même des 80 km. Sur l'UTMB, tu en penses quoi ?
- Julien Chorier
Moi, je pense qu'on est sur vraiment une internationalisation du sport. On voit que l'an passé, dans le top 10 à l'UTMB, on avait trois coureurs chinois. Donc, c'est des choses qu'on voyait assez peu avant. Les couards kényans, ils sont peu sur les distances longues parce que je pense qu'il y a plusieurs choses. Ce n'est pas dans leur culture. Ensuite, le long, parce que la montagne, c'est dans leur culture. Et ensuite, quand on prépare un ultra trail, on ne peut en faire qu'un dans l'année. Et ils sont sur un modèle où il faut vivre de leur sport. Et à l'heure actuelle, les sponsoring, les marques s'orientent. assez peu vers des athlètes kenyans donc leur donne moins l'opportunité de pouvoir passer une année à se préparer à un ultra trail et sur les formats plus courts ils peuvent courir plus souvent donc exposition régulière, prize money sur plusieurs courses, donc ça leur permet d'en vivre plus facilement donc petit à petit avec cette exposition ultra trail je pense que ça va en attirer un petit peu aucune raison qu'ils ne réussissent pas parce que physiologiquement, ils sont très forts. La montagne, c'est leur environnement. Donc, ça va arriver. Dans combien de temps ? Je ne sais pas. Je suis même surpris. C'est une question qu'on me pose depuis 15 ans. Que ça ne soit pas déjà arrivé. Mais les raisons, pour moi, sont principalement socio-économiques.
- Romain Adam
Est-ce que tu parlais de la médiatisation et du fait que l'entraînement s'améliorait, en tout cas les facteurs entraînement, nutrition amélioraient les performances. Est-ce que le fait que ce soit médiatisé et que ce soit mis en avant au niveau des élites, ça bénéficie aussi pour les coureurs amateurs ?
- Julien Chorier
Je pense, et c'est ce qui rend tous ces événements si attractifs, voire trop attractifs. Et avec les problématiques citées juste avant sur les inscriptions qui partent très tôt. Mais il ne faut pas avoir le mal. Moi, je trouve que c'est une opportunité géniale. C'est qu'on sort des gens de leur canapé pour les mettre sur les chemins. Oui, il y en a qui vont dire qu'il y a trop de monde en montagne sur fréquentation des chemins. Oui, mais globalement, là, ça devrait être remboursé par la sécu. Parce qu'on fait énormément de gens qui vont se... porter mieux, qui vont être mieux équilibrés à la fois physiquement, mentalement et donc tant mieux que les gens sortent et se mettent sur les chemins et donc si à travers des courses, des événements, on arrive à intéresser les gens, les faire rêver, leur donner envie d'aller dehors, génial merci, top
- Maéva Bonfils
Et c'est vrai que certains disent oui il y a des gens qui se blessent mais maintenant il y a quand même de plus en plus de solutions qui existent pour s'entraîner, notamment l'application Runmotion Coach, toi c'est quoi ton avis sur sur ces solutions d'entraînement pour accompagner les coureurs amateurs ?
- Julien Chorier
Pour moi, c'est une opportunité qui est géniale et qui n'existait pas avant. Parce qu'avant, un coureur amateur, c'est soit il allait courir, fin de l'histoire. Tous les jours, il faisait une demi-heure, 40 minutes, la même boucle. L'étape d'après, c'était prendre un magazine et appliquer un plan vraiment bateau et pas forcément adapté avec des allures qu'il ne connaissait pas. En général, soit ça durait deux mois, soit ça se finissait en blessure parce que la charge était trop importante. Donc ces outils permettent vraiment, je pense, de s'adapter aux athlètes et à leur progression. Et moi, j'ai beau avoir eu coaché du monde, à titre personnel, ma femme et ma fille utilisent l'application. Et je trouve ça très bien parce que ça permet de prendre du recul, d'avoir des allures qui sont adaptées. Et surtout pour des personnes qui se mettent, la progression, en tout cas pour moi, je trouve ça super dur de coacher quelqu'un qui se met à courir et qui veut progresser. Et l'avantage de ces applications, c'est que c'est l'utilisateur qui va mettre le curseur un peu plus haut s'il le souhaite. De passer de deux entraînements par semaine à trois, ta charge te le permet, t'appuies sur trois. Ce n'est pas le coach qui dit ce serait bien de t'entraîner plus pour être meilleur. Globalement, il n'y a pas de doute, tu t'entraînes un peu. de plus, tu seras meilleur. Mais jusqu'à quel moment c'est supportable au niveau de ta charge hebdomadaire pro-familiale. Là, du coup, c'est la personne qui pousse le curseur, ce n'est pas le coach qui rajoute la séance. Donc, si on le sent bien, on rajoute une séance, on adapte. Et en plus, l'appli permet, dans les limites du raisonnable, de compenser une séance qui a été un peu annulée, décalée. Et ça, c'est vraiment un confort d'utilisation que je trouve sympa. Hmm. C'est exactement ce qu'on fait chez Run Motion Coach. Donc content que ça puisse être utile aussi à ta famille ou aux gens que tu connais.
- Maéva Bonfils
Non, non, top, merci.
- Romain Adam
Est-ce que tu as une dernière question que tu voudrais poser à Julien ?
- Julien Chorier
Non, je pense qu'on est pas mal, on va pouvoir passer à l'instant cœur à cœur.
- Romain Adam
Exactement, donc l'instant cœur à cœur, l'idée c'est que l'ancien invité, enfin l'invité de l'épisode précédent... Tu as posé une question et donc, du coup, toi, tu pourras poser la question à l'invité du prochain épisode. Tu ne le connais pas, nous aussi, on ne sait pas qui c'est, mais tu pourras poser ta question. Ça peut être sur les sujets de ton choix, tant que ça respecte le politiquement correct. Donc, la dernière fois, nous avions Hugo Ferrari qui avait posé la question. Quel podcast tu écoutes ?
- Maéva Bonfils
Au niveau des podcasts, j'en écoute beaucoup en courant. Je ne suis pas musique, mais j'écoute. énormément de podcasts. Je pense, j'ai écouté 4-5 podcasts de sport, course à pied différents, mais aussi d'actualité. J'en donnerai pas un. Mais après, j'écoute de temps en temps Hugo. J'ai de temps en temps qu'il passe à l'oreille quand même.
- Romain Adam
Est-ce que tu peux nous citer les podcasts que tu écoutes ?
- Maéva Bonfils
C'est dur parce que le problème, c'est que j'en ai que 2 ou 3 qui... viennent en tête et je ne vois pas...
- Julien Chorier
Ça dépend peut-être des sujets aussi.
- Maéva Bonfils
Ça dépend des sujets. Il peut y avoir vraiment du podcast général d'actu et au niveau sport, au niveau... Il y a eu une période où j'étais vraiment beaucoup sur des podcasts en prépa mental. Donc, je trouvais ce sujet vraiment intéressant. Après, il y en a qui sont un peu plus poussés au niveau physiologie et d'autres très coinçapiers, mais de manière assez générique et générale. Et ce que je trouve intéressant, parce que banaliser les choses, ce n'est pas le plus facile. Et de raconter des choses très techniques, c'est bien. Mais quand on veut banaliser les choses sans dire de bêtises, ce n'est pas évident. Et c'est pour ça que c'est des podcasts que j'aime bien aussi écouter.
- Romain Adam
Oui, puis c'est vrai que quand tu cours, en général, tu es concentré, mais en même temps, pas forcément. Donc, des fois, d'avoir des choses très spécifiques, ça peut être compliqué. En tout cas, à l'explication, le fait que ce soit banalisé, ça permet aussi de pouvoir comprendre plus facilement. et surtout quand on est en...
- Maéva Bonfils
C'est vraiment pour m'occuper. Quand je cours, je me rends compte que j'écoute beaucoup de choses. Des fois, je finis de courir, on me demande sur quel sujet j'ai écouté un podcast. Je ne m'en rappelle pas forcément. Mais en fait, les points importants sont retenus. Ça permet d'alerter vraiment sur deux ou trois points. C'est sympa, il faut que j'essaye.
- Julien Chorier
Quand on court, on a souvent plein d'idées qui viennent. Si tu ne les notes pas tout de suite, quand tu arrives, il faut avoir ton petit calepin et noter les idées.
- Maéva Bonfils
C'est pour ça que la course à pied, c'est bien.
- Romain Adam
Quelle serait ta question pour le prochain invité ? Ça peut être sur tous les sujets de ton choix.
- Maéva Bonfils
Ça va être assez facile. Ton parfum de boisson préférée à l'effort ?
- Romain Adam
Pas mal. On avait eu la question d'Emilien qui participe à l'organisation des passerelles du Monténard qui nous avait demandé justement sur le ravitaillement, la chose qui l'attendait le plus.
- Julien Chorier
Qu'est-ce qui était le plus réconfortant ? Mais du coup,
- Romain Adam
le goût de boisson d'effort,
- Julien Chorier
toi tu répondrais quoi Romain ? C'est difficile à répondre comme ça. Ça dépend en fait pas mal des heures. Au début de course, c'était plutôt sucré. Et là, j'ai hâte de goûter. Je crois que Baou va sortir une boisson d'effort goût bouillon cet été. Et là, je suis assez curieux de voir comment une boisson d'effort avec des glucides, donc quelque chose qui est quand même plutôt sucré à la base, ils ont réussi a priori à faire quelque chose de salé. Et donc, je pense que ça peut être intéressant parce que la deuxième partie de course, en général, tu as un peu moins envie de boisson sucrée. Ça m'était arrivé sur l'UTMB en 2022, d'avoir une petite saturation. Au bout d'un moment, tu n'as plus envie de sucré du tout. Et donc, hâte de tester ça.
- Romain Adam
Et toi, Julien ?
- Maéva Bonfils
C'est par période. Et c'est vrai qu'en ce moment, je suis pas sur une boisson pêche. Mais après, en général, la période, elle va durer un ou deux sachets. Et après, il y en a marre de la pêche, donc je passe à la menthe. Donc, il faudrait peut-être que j'en ouvre plusieurs en même temps pour alterner. Mais j'ai tendance à vraiment tout aimer. Et c'est vrai que ce passage salé-bouillon, moi, je l'ai eu fait... pas mal pendant les courses. Et du coup, j'utilisais une boisson neutre dans laquelle je mettais un bouillon, un cube bouillon. Et en général, à l'assistance, on me le préparait tiède. Et du coup, en fait, le bouillon est tellement fort en goût salé que la boisson neutre, du coup, elle n'avait plus du tout de goût, on ne se rendait pas compte. Et en fait, quand j'avais bu une flasque de ça, j'étais vraiment content de revenir au sucré. Donc, en fait, c'est vraiment l'intérêt. Et donc, non, non, ça, ça va... Cette nouveauté va être chouette chez Wawoo.
- Romain Adam
Bon, super. Merci beaucoup, Julien, pour ta présence. On est ravis de t'avoir reçu et encore bravo pour ce beau challenge à Hong Kong. Et merci aussi, Romain, pour ta présence et tes questions. Et nous, on se dit à la semaine prochaine pour un nouvel épisode de BPM.