- Maéva Bonfils
Si tu aimes le podcast et que tu veux nous le faire savoir, n'hésite pas à nous laisser ton commentaire et ton avis sur ta plateforme d'écoute préférée, ça nous aiderait beaucoup à faire progresser le podcast. Bonne écoute !
- Ugo Ferrari
J'ai eu pendant très longtemps le syndrome de « je pars trop vite » qui m'a suivi. Je me suis remis en question en 2021, donc là tu vois... Il y a 5 ans d'ultra, en 2016 à 2021, pour se remettre en question. Cela dit, en 2016, j'avais assez bien géré mes ultras, mais c'est peut-être les résultats de 2016 qui m'ont amené à moins bien gérer de 2017 à 2021. Et en 2021, en fait, je suis arrivé très très en forme sur l'UTMB, justement. Et cette année-là, en 3 heures de temps, j'ai grillé absolument toutes mes cartouches. Donc après, j'ai fini un peu loin. Et là, je me shuis dit, t'as fait du gâchis quand même, Ugo. T'avais une forme impressionnante au départ. Tu avais 22-23 heures de course, toi tu as tout cramé en 3 heures. C'est comme si je te donnais un sachet de bonbons pour la semaine et lundi à 10h30 il n'y avait plus rien. Après tu regrettes tous les autres jours de la semaine. Et là ça m'a fait vraiment prendre conscience et le pacing je m'y suis mis en 2022.
- Maéva Bonfils
Bonjour et bienvenue dans ce nouvel épisode de BPM. On se retrouve aujourd'hui pour un format long, 120 BPM. Le format parfait pour pouvoir nous écouter en courant, dans les transports ou dans votre quotidien. Aujourd'hui nous avons le plaisir de recevoir le plus emblématique des Ducs de Savoie, Ugo Ferrari. Ultra trailer, 6 fois dans le top 30 de l'UTMB, speaker, organisateur de course et fondateur de la Duc Army. Le seul site internet avec du contenu sur le trail qui traite de la préparation complète réalisée sur le terrain, qui propose des interviews de champions chaque semaine et une chronique de ce qui s'est passé en compétition chaque semaine. Ugo, comment ça va ?
- Ugo Ferrari
Ça va bien, j'étais justement en train de préparer une nouvelle préparation pour mon site internet, c'est-à-dire celle au championnat de France de trail, qui est un petit peu nouvelle pour moi, puisque c'est un inconfort, c'est une distance qui n'est pas dans mes standards, qui est un peu plus courte que d'habitude, donc je fais des choses que j'aime un peu moins, mais ça permet de bosser ses points faibles. Et ce matin, j'étais justement sur quelques graphiques qui le prouvent.
- Maéva Bonfils
Super, on verra ça alors d'ici quelques jours, semaines.
- Ugo Ferrari
Ça commence demain, le J-30. Après, c'est parti. Ce sera quotidien, parfois long, parfois court.
- Maéva Bonfils
Super. Et à mes côtés également, Romain Adam, cofondateur de Romotion Coach. Romain, comment ça va ?
- Romain Adam
Très bien.
- Maéva Bonfils
Super. Ugo, si tu le veux, on va un petit peu aborder ton parcours de sportif. Ton choix aussi de passer de l'autre côté du dossard avec l'animation et l'organisation de courses. Est-ce que ça vous convient ? Super. Pour commencer, on aura une petite question pour en savoir un petit peu plus sur toi. Quand tu pars sur une course type UTMB, est-ce que tu as un petit rituel d'avant-course ou un petit objet porte-bonheur que tu as toujours sur toi ?
- Ugo Ferrari
Objet porte-bonheur, c'est sûr que non. Cela dit, ça pourrait être intéressant d'en trouver un pour, en cas de coup dur, se rappeler à des choses un peu plus positives. Je prends l'exemple de cette année. La météo, elle a été vraiment mauvaise et à un moment donné, si on t'ouvre une porte de voiture, tu rentres. Mais sinon, le petit rituel, c'est depuis quelques années, je pense depuis 2021 ou 2022. Avec mon frère, on participe chaque année et on aime bien regarder le live de la CCC pendant qu'on glandouille un peu avant le départ. Et à un moment donné, on a le téléphone qui sonne à la même heure à chaque fois pour nous dire, voilà, maintenant. Vous vous habillez et vous allez sur la ligne de départ vers 16h30, quelque chose comme ça. Et après, on se met dans le mode combat et c'est parti, on va au départ.
- Maéva Bonfils
Super. Est-ce que tu peux nous expliquer un petit peu quand tu as commencé à courir et surtout pourquoi ?
- Ugo Ferrari
Oui, c'est une bonne question. J'ai fait beaucoup de vélo, de VTT, d'abord de VTT et puis après du vélo de route en compétition. Et à un moment donné, c'était plus possible, c'était plus plaisant aussi, parce qu'en fait, je n'avais pas non plus des très bons résultats. Donc je n'avais pas accès aux courses sympathiques, on va dire. Et je voyais bien que je ne pouvais pas réellement progresser, puisqu'il me manquait de la technique, il me manquait de la confiance. Rouler dans un peloton, c'est très, très particulier. Donc ça, je suis vraiment admiratif des coureurs qui sont à la télé. Pas forcément des premiers, parce qu'ils ont des capacités physiques hors du commun. mais... plutôt ceux qui sont dans le peloton toute la journée parce qu'ils ont des capacités que je n'ai pas de vigilance, de placement, d'anticipation, de technique, d'aisance aussi sur la machine. J'avais senti que tout ça, ça me manquait donc ce n'était pas possible d'aller plus loin et comme j'étais en école d'ingénieur, je ne voyais pas vraiment comment j'aurais pu investir du temps là-dessus. Du coup, je vais arrêter le sport. Et au bout d'un moment, je suis allé courir avec des copains, un peu par hasard, un peu pour en accompagner un et là, tout de suite... On pensait à ce que faisaient mes parents, ils faisaient un peu de try, ultra try aussi une fois dans l'année. Et je me suis inscrit sur celui qui faisait tout le temps l'ultra tour du Beaufortin, ce qui était assez stupide pour une première année. Mais je l'ai fait, c'est pas très bien passé, mais ça m'a donné envie de continuer quand même.
- Romain Adam
C'est quoi, c'est 120 kilomètres ?
- Ugo Ferrari
C'était 105 à l'époque, là maintenant il a grossi, il fait quasiment 120. Mais c'était 105 à l'époque, on restait quasiment que sur le GR. Aujourd'hui il y a des petits détours. pour durcir un peu ou changer un peu de coin aussi certaines années. Et nous, c'était 105, je ne me souviens plus trop du dénivelé, il était conséquent, mais c'était un peu dur.
- Romain Adam
Tu t'étais préparé comment ? Parce que quand tu viens de nouvel vélo, tu as forcément de l'endurance, mais plus de 100 km en courant, c'est dur.
- Ugo Ferrari
J'avais fait un bon hiver, mais si tu veux, au mois de mars, j'en étais encore à découvrir ce que c'était de courir 25 km. Donc le trail étant mi-juillet, après là-dessus, j'ai eu une blessure d'un mois parce que j'ai fait une chute en ski de fond et je me suis arraché un muscle de la cuisse. Donc un mois et demi sans courir, ça nous a balancé à début avril. Là, j'ai fait mon premier 50 km avec le niveau Lerovard. J'ai fini à même pas courir à 10 km sur le plat. Donc le 50 km m'avait vraiment entamé. Un mois après, j'avais la maxi race parce que boum, j'avais pris des dossards. J'ai pas enchaîné quoi. J'avais suivi la réflexion du cycliste qui a l'habitude de courir tous les week-ends et qui va jusqu'à sa course objectif, durcir sa préparation. Maxi race, c'est encore très très mal passé. J'ai fini avec des tendinites un peu partout, ce qui m'a empêché encore de courir un mois facilement. J'ai fait beaucoup de vélo, 30 heures par semaine, mais bon, ça ne suffisait pas, donc je suis arrivé sur la course avec un bon physique. Je crois qu'après la première montée, je devais être troisième. sur un rythme effréné. Et puis, comme la carrosserie n'était pas là, après, ça a fini en marchant pendant 50 bornes. Donc, je n'ai pas du tout fini 3e. J'ai même dû ressortir la frontale qui était au fin fond du sac, que je ne pensais pas en avoir besoin. C'était une expérience vraiment inoubliable.
- Romain Adam
Et là, tu t'es dit, j'ai souffert, j'en ai vraiment bavé, mais j'y retourne.
- Ugo Ferrari
Oui, mais du coup, j'étais encore blessé pendant un mois. Ça, c'était l'année 2014, l'année de la découverte. Je n'y suis pas retourné. J'ai fait le relais une fois, mais je ne suis pas retourné sur l'ultra-tour du Beaufortin. Parce qu'après, en 2015, j'ai fait des trucs plus courts pour cette fois-ci, vraiment construire les bases du coureur ou du trailer. Mais il fallait quand même faire les étapes correctement. Et en 2016, j'ai tout de suite fait la TDS sur l'UTMB. Donc, je n'avais pas d'ultra-tour du Beaufortin dans la deux As.
- Maéva Bonfils
Et est-ce que c'est cette course-là qui t'a le plus marqué ? Où est-ce que tu en as une autre qui t'aurait le plus marqué dans ta carrière de coureur ?
- Ugo Ferrari
Je pense que l'année 2014, en termes de trucs complètement fous, est vraiment pas mal. Parce que j'arrivais au départ de la course, j'avais pas couru pendant un mois, c'était complètement fou. C'est des trucs aujourd'hui qu'on voit quasiment plus, c'est très très rare. J'avais 23 ans, oui si j'étais, c'est pour la première année, donc je devais même avoir 22 ans. Et je me lançais là-dedans, mais j'avais un porte-gourde, j'avais un débardeur Calenji, c'était vraiment... Aucune préparation, je ne savais même pas ce que j'allais manger, potentiellement à des moments il me manquait complètement de la nourriture. L'eau, c'était pareil, je me souviens même plus que je mettais dans le bidon peut-être du fructose acheté à Leclerc. On était vraiment très, très loin de ce qu'on fait aujourd'hui. Et c'est les meilleurs souvenirs, par contre. Mais sur le coup, c'était très, très difficile. Quand t'as mal partout, c'est pas rigolo.
- Maéva Bonfils
Oui, tu prends pas forcément le même plaisir qu'actuellement. Tu peux prendre le reste sur les courses.
- Ugo Ferrari
Mais les anecdotes sont folles. En fin d'année, le dernier trail que j'avais fait, le grand trail du lac, je sais pas ce que j'ai fait avec ma frontale. En fait, j'avais pas l'habitude de l'utiliser. Elle a dû se mettre en mode maximum. Bon, elle avait plus de batterie au bout d'une heure trente. Il restait encore 1h30 de nuit. J'étais devant avec un gars. Du coup, je devais le suivre. Mais en fait, je n'avais pas le niveau. Donc, pour le suivre, j'ai dû m'employer à fond. Et quand le jour s'est levé, j'étais cuit. Après, j'ai fini comme je pouvais. Mais c'était des anecdotes folles.
- Romain Adam
Et au bout de combien d'ultra, tu as commencé à te dire j'ai quand même suffisamment d'expérience et maintenant, j'arrive à gérer un effort long ?
- Ugo Ferrari
Oui, ça aussi, c'est une bonne question. Parce qu'en fait, après, j'ai eu pendant très longtemps le syndrome de je pars trop vite.
- Romain Adam
Oui.
- Ugo Ferrari
qui m'a suivi. Je me suis remis en question en 2021. Donc là, tu vois, il y a 5 ans d'Ultra, 2016 à 2021, pour se remettre en question. Cela dit, en 2016, j'avais assez bien géré mes Ultras, mais c'est peut-être les résultats de 2016 qui m'ont amené à moins bien gérer de 2017 à 2021. Et en 2021, en fait, je suis arrivé très, très en forme sur l'UTMB, justement. Et cette année-là, en 3 heures de temps, j'ai grillé absolument toutes mes cartouches. Donc après, j'ai fini un peu loin. Et là, je me suis dit, t'as fait du gâchis quand même, Ugo. T'avais une forme impressionnante au départ. tu avais 22-23 heures de course, toi tu as tout cramé en 3 heures. C'est comme si je te donnais un sachet de bonbons pour la semaine et lundi à 10h30, il n'y avait plus rien. Après, tu regrettes tous les autres jours de la semaine. Et là, ça m'a fait vraiment prendre conscience. Et le pacing, je m'y suis mis en 2022.
- Romain Adam
Ça peut faire écho peut-être aussi à pas mal de gens qui nous écoutent, qui se lancent sur de très longues distances et qui peuvent aussi faire cette erreur. Ce que tu dis, c'est que maintenant, sur les trois premières heures, comment tu gères cet effort-là sur tes débuts de course ?
- Ugo Ferrari
C'est difficile parce que c'est propre à chacun. En fait, le problème, c'est qu'on arrive sur un ultra en ayant fait, normalement, des très gros entraînements avant. Donc, on quitte tout l'aspect vitesse, deux mois avant, un mois avant. On n'est vraiment que sur des randos course en montagne pour l'UTMB, la vitesse ayant été travaillée avant. Donc on commence à prendre l'habitude de monter avec les bâtons, de descendre en courant, d'efforts dénivelés, de trottiner un petit peu à plat. Et puis voilà, ça c'est un peu les cases qu'on coche pendant la préparation. Plus on fait des choses comme ça en endurance, en zone 1, aller un petit peu en zone 2, etc. Plus on a les endorphines de l'endurance, donc on se sent à l'aise, etc. Et après, on se repose avant la course, parce qu'on va quand même courir, pour mon cas, à peu près 24 heures. C'est quand même très long. Quand on se repose, la forme physique va monter, on va surcompenser par rapport aux entraînements. C'est ce qu'on essaye tous de faire. Et du coup, le jour J, on arrive dans une forme. C'est peut-être le seul jour de l'année où on est autant en forme. Donc, les sensations sont vraiment biaisées au départ. Tu cours naturellement très vite. Première montée, même si tu développes une énergie folle, en fait, tu ne le sens pas parce que ta forme le compense. avec l'excitation de la course, parce qu'en fait tu l'as rêvé depuis des mois, les ultra trails c'est des choses qui se préparent très très longtemps en avance, tu visualises vraiment, d'ailleurs en général tu t'inscris parce que tu apprécies le parcours, l'ambiance, le lieu, etc. Il y a tout un tas de critères qui font que tu vas débourser entre 200 et 500 euros pour la course, plus tout le logement, l'investissement, quand j'étais salarié je mettais des jours de repos pour m'entraîner, des jours de congés sans solde, donc il y avait un investissement financier. Et tout ça fait que ta fréquence cardiaque peut être biaisée. Pour moi, elle est souvent très très haute au début de l'ultra, alors que par rapport à l'allure et à la pente, je vois bien que c'est un peu décorrélé. Mais il faut quand même essayer de prendre en compte toutes les données. Et comme il y a de plus en plus de monde qui court, de plus en plus de monde qui s'entraîne et qui va sur les ultra-trails qui étaient un peu dépeuplés avant, et bien maintenant, quand on part doucement ou à son rythme, en fait, on se retrouve vraiment très loin dans le peloton. L'exemple frappant, c'est que cette année, je termine 26e de l'UTMB. Et en haut de la première montée, donc au bout d'une heure vingt, une heure trente d'effort, je suis 120e. Et après, je ne cesse de gagner des places jusqu'à la 20e. Puis après, je suis retourné 26e parce que j'étais un peu fatigué. Et une personne qui me double à la fin, que je connais, qui est abonnée à mon contenu, avec qui j'échange souvent, un coureur suisse. Lui, c'était encore pire parce qu'il... termine 22 ou 23ème, Robin Fournier, et en fait, en haut de la première montée, il est 240ème. Je lui demande, je lui dis, mais pourquoi ? Moi déjà, j'avais l'impression de pas être parti trop vite, on aurait pu chipoter pour 3 minutes, tu vois, au bout d'une heure 25, ce qui est assez raisonnable. Et lui, donc, c'était encore pire, il était encore plus loin. Je lui demande pourquoi il a fait ça, et comment il a réussi psychologiquement à tenir, parce que déjà, quand je suis 120ème, je panique, je vois autour de moi des gens qui ont... peut-être pas du tout le niveau. Enfin d'ailleurs, oui, puisque j'ai ce double après. Et Robin, il me dit, en fait, je regardais ma montre et je ne voulais pas dépasser mon seuil ventilatoire numéro 1, donc zone 2 à peu près. Et il m'a dit, dès qu'un BPM dépassait, je freinais. Tant pis s'il y avait 100 ou 500 personnes devant moi. C'était impressionnant, sa force mentale qu'il avait, parce que même si je me l'étais dit et répété que ça fait des années que je fais ça, au moins 3 ans, Eh bien, je me suis quand même excité dans la montée. Quand je voyais des gens me doubler un peu au sprint, j'hallucinais. C'était fou. Et ça te déstabilise quelque part. C'était dur de rester dans son monde. J'y suis quand même arrivé. Mais j'ai senti que j'étais quand même à deux doigts d'en tarter un. Et Robin, lui, était beaucoup plus calme.
- Romain Adam
C'est vrai que moi, j'ai fait l'UTMB un peu moins vite que toi en 2023. Et c'est vrai qu'aux Zouches, des fois, tu vois déjà des gens au bout de 10 km, c'est quasiment 10 km à plat au début, mais qui sont déjà vraiment fatigués et tu as l'impression qu'ils sont partis sur un 10 km.
- Ugo Ferrari
À l'UTMB 2024, juste après les Zouches, tu commences à monter. Moi, j'avais mon rythme, ça allait bien. Je t'appartiens. plus fort cette année-là, peu de choses près. Il y avait un gars à côté de moi, un peu vieux, les cheveux blancs. Tu ne le connais pas encore si c'est quelqu'un du team Salomon ou Adidas, etc. Là, c'était un peu un inconnu. Il soufflait très fort, comme quand tu fais un try-court de 20 kilomètres. Et il me dit, ça part vite, ça part vite. Je lui dis, ben non, chacun part à son rythme. C'est pas de... effectivement si tu suis Jim ou Hans Les ça va peut-être te paraître un peu rapide et donc là on était entre la 40 et 50ème place et après j'ai regardé sa position à Courmayeur il était 500ème alors il s'est quand même accroché et il a fini mais je pense qu'il a vécu une nuit très compliquée
- Maéva Bonfils
Est-ce que c'est pas aussi l'expérience qui apporte ce recul là parce que c'est vrai que tu peux avoir comme tu dis les endorphines, ton corps qui est au max, l'ambiance de la course aussi qui fait que Merci. stimulé et puis surtout au début pour avoir vécu le départ à Chamonix et puis même jusqu'à Saint-Gervais où il y a quand même beaucoup d'ambiance, tu sais que ça va aller bien est-ce que c'est pas ça aussi qui fait ton expérience qui fait que maintenant tu arrives à prendre du recul et à dire ok, c'est ok si je suis pas top 10 on va dire au début mais après je sais que je peux gagner des places ?
- Ugo Ferrari
Oui oui exactement je dis ça mais c'était cette année mon septième départ donc sur... forcément quand on a raté 3 après tu commences à te canaliser un petit peu mais on sort vite quand même des plans qu'on s'est fixé alors on y arrive de mieux en mieux avec l'expérience justement certains y arrivent du premier coup mais c'est une très petite minorité et par contre ce qui est amusant c'est de discuter comme il y a beaucoup de gens qui ont à peu près mon niveau chez ceux qui s'entraînent bien etc Il y a une grosse densité autour de moi, parce que faire l'UTMB en 23, 24, 25 heures, ça se fait tout à fait avec un travail sans problème. Et souvent, ces gens-là, j'aime bien parce qu'on échange un peu avant la course, ils planifient leur course. Et puis en fait, au bout d'une heure, je vois que c'est complètement parti d'une autre manière. Parce que c'est leur première fois.
- Romain Adam
J'avais regardé aussi les femmes en général, elles gèrent mieux leurs efforts.
- Ugo Ferrari
Tout à fait.
- Romain Adam
Parce que moi, je fais 29 heures en 2023. Et j'avais regardé les plans des années précédentes. J'avais regardé, en général, il y avait deux typologies de personnes. En général, les femmes, elles gèrent très bien. Et les personnes au-dessus de 45 ans gèrent aussi très bien. Et donc, peut-être une des possibilités aussi, quand tu vises un chrono, c'est de regarder les chronos des années précédentes et essayer de voir les gens qui ont maintenu leur place, voire amélioré leur place. Et toi, tu fais comment pour connaître tes temps de passage sur un ultra, par exemple ?
- Ugo Ferrari
mais... juste si tu as maintenu tes places, c'est que tu as galéré à la fin quand même.
- Romain Adam
Oui, parce qu'il y a des abandons. Donc, il faut plutôt regarder les gens qui ont gagné des places. Qui ont gagné des places,
- Ugo Ferrari
c'est beaucoup plus sûr. Si tu suis quelqu'un qui a gagné un peu, si tu l'interroges, il va te dire qu'il a mal fini. Et les femmes, j'ai été surpris cette année, en 2025. C'est la première fois où, justement, le top 10 féminin part assez vite. Parce que, moi, je... toujours à quelques minutes près dans les mêmes temps de passage, au bout d'une heure, une heure et demie. Et là, je ne sais pas si j'étais encore dans le top 10 féminin ou pas. Et ce qu'on voit, c'est que juste derrière moi, il y avait Camille Bruyat. Donc elle aussi, elle n'était pas dans le top 10 féminin au début. Et qui c'est qui fait deuxième ? C'est Camille Bruyat. Ce n'est pas celle qui était devant. Après, on les a rattrapées. On les a rattrapées assez vite. Je pense que c'était rentré dans l'ordre au bout de 4-5 heures. Mais du coup, elles ont... Elle était aspirée par ce phénomène, comme c'est aussi de plus en plus dense chaque année chez les femmes. C'est là où on va voir des changements majeurs dans les prochaines années. C'est qu'on était à 10% de participantes à l'UTMB il y a quelques années, puis là on est passé à 17%, on va bientôt arriver à 20%, sans doute facilement 25-30% après. Et du coup, elles vont se retrouver, puisqu'avant elles étaient au milieu des hommes un peu toutes seules, et du coup elles rigolaient en doublant ces couillons qui partaient trop vite. Et maintenant, comme elles sont un peu entre elles, le phénomène compétition va prendre aussi le dessus. Et on va voir des comportements un peu différents. D'autant plus que certaines femmes sont tellement fortes qu'elles sont à l'avant de la course. Cathy Shane, quand elle gagne, au bout de deux heures, elle est encore dans le groupe de tête. Parce que là, le groupe devant, c'est très impressionnant. Et derrière, chacune va vouloir s'étalonner par rapport à la première. Et il va y avoir peut-être des gros gaps. C'est un phénomène intéressant à suivre. Moi, comme je suis dans les trois premières femmes tout au long de la course, je vois la bataille pour le podium. Là, par exemple, j'ai été doublé par Camille Bruyat. Je l'ai quasiment rattrapé parce qu'on finit dans la même minute. Rootcroft, je l'ai doublé. Elle m'a redoublé. On a couru un peu ensemble. Puis après, elle s'est échappée. Courtenay de Walter, je suis revenu sur elle un peu sur la fin de course. J'ai vu toute la bataille de ce podium féminin.
- Maéva Bonfils
Et justement, Courtenay, cette année, elle parlait de sa pain cave. Elle a vraiment montré qu'elle était allée puiser au fond d'elle. Est-ce que toi, tu as aussi rencontré ta pain cave ? Tes moments de douleur et de souffrance ?
- Ugo Ferrari
Je pense qu'elle avait une année un peu en deçà de sa forme habituelle. Courtenay, on avait déjà vu au Lavaredo qu'elle était sur des chronos quand même un peu plus... élevée que ce qu'elle aurait sans doute pu faire. Donc voilà, ça doit s'expliquer de son côté de plusieurs raisons, mais la Pen Cave, je l'ai visitée à chaque fois que je suis parti trop vite. Déjà, ça, voilà. Ça fait souvent. Et même des fois, sur ce Lavaredo, cette année, juste avant l'UTMB, je m'étais beaucoup entraîné en amont, et c'est vrai que je n'avais pas très très bien récupéré, ce qui fait que au milieu de la course, j'étais vraiment pas bien. Et puis, après, j'ai avancé pour finir. C'est revenu un peu sur la fin, mais c'est vrai qu'au milieu, j'en menais pas large. Je courais pas là où je pensais que je pouvais courir. Les descentes, ça courait pas aussi vite que ce que je pensais. Les portions de plats, du coup, paraissaient interminables. Donc oui, quand rien ne va, c'est là où, si t'as une conviction forte d'aller au bout, tu y vas. Et si tu es un peu fragile mentalement ou si tu n'es pas venu sur la course pour les bonnes raisons, là par contre tu peux avoir l'abandon facile parce que tout le monde te tend les bras pour arrêter. Ton cerveau te dit d'arrêter, il va inventer des douleurs dans ton corps. D'un coup tu vas avoir mal au genou droit, il n'y a aucune raison. Puis en fait ça te lance, tu as l'impression que c'est terrible. Ta famille va te dire, oh là là, tu n'as pas l'air bien, arrête. Les bénévoles aussi vont peut-être avoir parfois du mal à te dire de continuer. Ils vont te dire, vas-y arrête. toi un petit peu astravito, etc. Tout le monde va vouloir te sortir un peu de ton truc. Et après, si tu finis, c'est justement grâce à ta force mentale et aux objectifs que tu t'étais fixés sur la course. Alors l'objectif majeur, il est raté parce que tu es en train de faire une contre-performance. Mais il y a l'objectif de finir, il y a l'objectif... Moi, à la Varedo, je me suis dit, il fait beau. Il fait beau, c'est super joli. Bon, je continue. Et puis tant pis, si je dois marcher au lieu de courir, c'est comme ça. Je n'avais pas de grosses douleurs, mais en fait, je n'avais pas de sensations. Donc voilà, c'était un peu plus long. Et puis bien m'en a pris, parce qu'au final, j'ai réaccéléré sur la fin. Après, on ne sait jamais de quoi demain est fait en ultra. C'est vrai que ça vaut le coup des fois de passer un peu la tempête. Alors dans le cas de Courtenay, cette année à l'UTMB, malheureusement, j'étais trop fatigué. Je pense que ce n'est jamais revenu. Ça arrive aussi souvent. Il ne faut pas non plus faire croire à tout le monde que dans deux heures, ça ira mieux. Mais voilà, des fois, ça vaut le coup de s'accrocher quand il n'y a pas de tempête. pas de quand il n'y a pas de blessure bien évidemment si on s'est tordu la cheville oui là c'était voilà il ya d'autres choses qui rentrent en compte pour beaucoup il faut aller travailler 24 heures après le lundi matin donc on peut pas non plus s'arracher tous les ligaments de la cheville il faut faire il faut faire attention est ce que tu penses que l'ultra sata apnée à aimer la souffrance entre guillemets parce que quand même vous infliger quand même de l'épique ou
- Romain Adam
est ce que c'est Le fait que tu aimes la souffrance qui t'a emmené vers l'ultra. Ça,
- Maéva Bonfils
c'est une bonne question.
- Romain Adam
C'est pareil quand tu viens du cyclisme. Il faut aussi aimer se faire mal d'une certaine manière.
- Ugo Ferrari
Oui, même si c'est différent l'effort cycliste, puisqu'en fait, tu vas devoir faire un effort quand les autres le font. Typiquement, suivre un peloton, suivre une accélération, etc. C'est quand même différent. Mais effectivement, à un moment donné, il faut envoyer sacrément. Je pense que dès que j'étais petit, j'avais déjà un peu ce rapport aux efforts de longue distance. Toujours aimé, y passer un peu du temps. Après, souffrir, non, pas forcément. Par contre, quand c'est une souffrance acceptable, je dis pas de blessure, si t'es tombé et tu t'es cassé. Je me suis cassé le genou une fois, c'était plus acceptable comme douleur, évidemment. Mais c'est sûr que j'aime bien lutter un peu pour arriver à réussir un objectif que je me suis fixé. Et j'ai l'habitude, ça apparaît depuis tout petit, que c'était à l'école. Dans les sports que j'ai pu pratiquer, j'ai l'habitude de travailler beaucoup pour réussir l'objectif que je me suis fixé, des objectifs souvent un peu trop ambitieux. J'ai ce défaut ou cette qualité-là. Du coup, je suis habitué à être un peu déçu, à avancer encore, puis finalement à être heureux d'y être arrivé ou d'être arrivé pas trop loin. Cette année, quand je coupe la ligne de l'UTMB, le chrono n'est pas tout à fait celui que j'avais visé, la place non plus. Mais les conditions météo étaient tellement dures. J'avais eu une petite blessure pendant la préparation qui m'avait quand même beaucoup fait douter. Donc, quand j'ai passé la ligne d'arrivée, il n'y avait finalement plus que du bonheur. Si tu n'avais pas coché toutes les cases, c'était quand même un sacré plaisir.
- Romain Adam
Souvent la dernière heure c'est dur parce que tu as envie d'arriver mais d'un autre côté tu as aussi conscience que tu as vécu un moment un peu hors du temps et que tu vas devoir revenir dans une phase de vie plus normale. Tu vis comment toi la dernière heure ?
- Ugo Ferrari
Moi c'est quand j'arrive à la flégère parce qu'en fait il faut descendre à Chamonix et là tu n'as plus envie, tu te dis c'est bon j'ai tout fait pourquoi on ne peut pas s'arrêter ici ? Le plus dur c'est ça, c'est la dernière heure comme tu dis. Après par contre j'aime bien l'après-course moi.
- Romain Adam
Juste le moment juste après. Vous avez correctement un peu ce que je dis. Je dis pas ça,
- Ugo Ferrari
c'est un peu dur.
- Romain Adam
T'arrives en plus pile pour la sieste. Ouais, un peu.
- Ugo Ferrari
Pour l'apéro. Tu vois, cette année, j'ai encore mis 23h30, donc j'arrive juste avant 18h. C'est vrai qu'on profite un peu de la soirée, mais sur le coup, je suis quand même bien fatigué. Moi, j'aime bien revenir le lendemain. Ça, le dimanche. Cette année, le dimanche, à 9h, j'étais à côté de la ligne d'arrivée et je suis parti avec le dernier à 17h.
- Romain Adam
C'est vrai qu'on ne le vit pas tous de la même manière. Parce que toi, tu ne fais qu'une nuit dehors. Tu arrives moins de 24 heures. Et il y a plein de gens qui passent deux nuits dehors.
- Ugo Ferrari
Ce qui est complètement différent, effectivement.
- Romain Adam
Est-ce que tu t'es déjà mis dans la peau de ces gens qui font deux nuits dehors ? Qu'est-ce que tu en penses ? Est-ce que c'est pour toi, entre guillemets, plus facile de faire 24 heures ? Ou est-ce que c'est plus facile de faire 45 heures à l'UTMB ?
- Ugo Ferrari
En fait, avec mes capacités physiques, si je fais l'UTMB en 45 heures, je vais... pas trouvé ça dur parce que je vais jamais me mettre physiquement dans la douleur alors que quelqu'un pour qui le niveau c'est 42h et qui va mettre 41h lui ce sera employé, il se sera fait mal pour arriver à cette performance, donc j'ai du mal à me l'imaginer, je pourrais d'ailleurs pas le vivre il faudrait que je fasse une course plus longue un 200, un 250km la seule chose que je peux te dire c'est qu'effectivement quand je vois mes amis qui arrivent le dimanche matin, pour certains ils ont eu tout un tas de problèmes que j'ai pas eu, la somnolence sur... Les hallucinations, à un moment donné, tu prends des décisions vraiment stupides sous le coup de la fatigue. Je l'ai un tout petit peu vécu à l'échappée belle parce qu'on partait à 4h du matin. J'avais déjà très très mal dormi. J'avais dû dormir 2-3h. On a pris le départ à 4h du matin. Après, on a fait toute la nuit blanche. Et on est arrivé le lendemain. Donc, je n'avais pas dormi pendant, on va dire, une trentaine d'heures. Et là, j'ai vu, j'avais des douleurs sous les pieds alors que je n'avais pas d'ampoule. J'ai vu que le cerveau, il commençait à déconnecter. envoyait des signaux qui n'étaient pas en adéquation avec la forme physique. On a un pêcheur à la fin qui était un ami. Je m'énervais contre lui parfois, gentiment bien sûr, mais je voyais que mon comportement était vraiment altéré par cette fatigue.
- Maéva Bonfils
Et justement, si tu devais donner un conseil à quelqu'un qui prendrait le départ de l'UTMB pour la première fois cette année, ce serait quoi ?
- Ugo Ferrari
C'est vraiment de... Peut-être pas trop faire de plans sur la comète au niveau du chrono ou des places. C'est vrai qu'il faut faire quand même des temps de passage parce qu'on a peut-être de la famille ou des amis qui nous suivent. Donc voilà, il faut leur dire rendez-vous à telle heure à Courmayeur. Mais il faut toujours garder une grosse fourchette. Les 6, 8, 10 premières heures, il ne faut vraiment pas être stressé. Si on est un peu en retard, on est un peu en retard, il n'y a pas de problème. Vraiment, ne pas sous-estimer le truc, ça va être très très long. Il faut aussi se dire qu'à un moment donné, on aura marre. C'est sûr et certain, ça va arriver à un moment donné, tu vas te dire, c'est nul, j'en ai marre, etc. Donc il faut, quand on s'inscrit, il faut être sûr de son coût, il ne faut pas s'inscrire juste parce que, tiens, c'est cool, je vais pouvoir faire un selfie devant l'Arche de Départ à Chamonix. Il faut vraiment avoir l'envie de la faire, cette course. D'ailleurs, là, on parle de l'UTMB, mais ça se trouve, il y a des gens qui nous écoutent, ça ne les intéresse pas du tout. Et ils ont raison, parce que pour faire un effort aussi long et aussi dur, il faut vraiment que le truc nous plaise. J'ai parlé d'Echappable tout à l'heure. J'ai des amis qui apprécient les cailloux, la technicité du terrain. Pour eux, l'UTMB, c'est un peu ridicule. Ils préfèrent aller faire l'échappée belle, justement.
- Maéva Bonfils
OK. Et justement, est-ce que tu as une course, toi, qui te ferait... rêver enfin la course qui te fait rêver bah moi c'est l'UTMB mais mais il n'y a aucune course qui m'a déçu de toutes celles que j'ai faites grandes ou pas grandes il n'y en a aucune où je me suis dit c'est nul ici même les côtes rails de Paris franchement j'ai adoré ils faisaient beau ce jour là en plus il y avait du soleil à Paris c'était incroyable mais j'ai vraiment tout aimé après c'est vrai que l'UTMB moi j'aime bien le côté sport spectacle un peu média etc donc forcément en plus ça a une heure de chez moi Euh... C'est dur de ne pas l'aimer. Mais des courses qui me feraient rêver ? En fait, ce qui me ferait rêver, c'est un style de vie différent. C'est de partir, peut-être six mois, faire une course aux Etats-Unis. La Western, la Hard Rock, et puis rester six mois là-bas. Tu apprends la langue, tu te fais des amis là-bas. La Diagonale des Fous, j'ai des amis kinés ou infirmiers qui ont passé peut-être deux ou trois ans. C'est vrai qu'ils ont épousé complètement le style de vie de Lille pendant ce temps-là. À l'inverse, la Diagonale des Fous... C'est la Diagonale des Fous. Et en fait, si j'y vais 5 semaines et que je fais la course, je pense que c'est cool, j'y prends du plaisir. Si j'y vais 10 jours et que je fais la course, je n'aimerais pas ça. Ça ne m'intéresserait pas. Donc, il y a deux manières de vivre la même course. Et des courses qui me font un peu rêver, par contre, en dehors du coup de ce TUTMB que je vais faire pour la 8e fois cette année. C'est vrai que petit à petit, avec l'âge, et aussi avec l'aura médiatique qui grandit autour de cette course, il y a le tort des gens qui m'intéresse. Là, je vais faire trois nuits blanches. Ça va être une expérience nouvelle. D'autres courses aussi, un peu plus longues. Je sais qu'autour de l'Aiger, ils font 250 bornes. Ça peut être intéressant sur un parcours un peu plus souple, un peu plus facile que le Thor. Il y a des trucs comme ça encore à explorer.
- Ugo Ferrari
Comme Romain, toi, tu t'entraînes avec ton frère. En tout cas, vous êtes tous les deux sur le circuit de l'Ultra Trail. Comment ça se passe les entraînements, les jours de course ? Tu l'as dit, la veille de la course, vous regardez la CCC ensemble, puis après vous partez ensemble. Comment ça se passe ?
- Maéva Bonfils
Oui, ça va au-delà de ça, parce qu'on loge quasiment une semaine ensemble avant la course. Depuis l'été 2025, on se réserve un mois de vacances à Tignes. On met tout en place dans notre quotidien tout au long de l'année pour pouvoir prendre ce mois de vacances. où on va répondre à quasiment aucune sollicitation et puis on ne va pas se rendre au travail. Mais par contre, comme lui, il est parti travailler au cœur de la Suisse, qu'il habite là-bas, etc., un peu plus loin qu'avant. Avant, on habitait à côté. On ne se voit plus trop aux entraînements. Par contre, oui, on prend ce mois de vacances ensemble. Il y a deux ou trois compétitions dans l'année où on y va ensemble et on garde quand même un lien fort. Et puis surtout, on s'écrit quasiment quotidiennement. On a les mêmes sponsors à peu de choses près. Il doit y avoir un sponsor nutrition différent du mien. Des petites bricoles qui divergent, mais Altra, on les a depuis 2017. Donc on partage énormément de choses ensemble. Et puis c'est marrant parce qu'au début, il était un peu moins fort. Il était un peu en deçà. Et puis à partir de 2022-2023, là par contre, il est passé devant en termes de capacité physique. On n'a pas tout à fait les mêmes qualités, les mêmes défauts. C'est amusant. Avec le temps, chacun s'est un peu écarté en termes d'avantages et inconvénients. Donc c'est amusant parce que du coup, on essaye de se retrouver comme ça. Par exemple, l'an dernier, il abandonne à l'UTMB, pas parce qu'il était sous-préparé, il était dans une forme physique exceptionnelle. Moi, je l'avais vu pendant le mois d'entraînement à Tignes. Je ne voulais pas lui dire, mais dans ma tête, c'était possible qu'il finisse entre la 5e et la 10e place, ce qui est exceptionnel. Et par contre le jour J, avec la tempête, la pluie, il a pris froid parce qu'il était un peu tendre, il avait un peu moins d'expérience là-dessus. Moi j'ai déjà fait des trucs un peu stupides en montagne. Je me suis déjà retrouvé dans des situations où à un moment donné tu n'as pas le choix de faire ce que tu n'as pas envie de faire. Et lui par contre il pensait qu'il y avait encore des portes ouvertes. Comme l'erreur qu'il a fait c'est je m'arrête à un ravitaillement et potentiellement je me réchauffe et je repars. Sauf qu'on était à 2000 mètres d'altitude, c'était un barnum donc en fait ce n'était pas possible. Mais pris dans la tempête, il n'arrivait pas à prendre les bonnes décisions. Et ça lui a manqué un peu d'expérience, de résistance. Mais il a travaillé dessus cet hiver, donc on verra si ça joue. Moi, par contre, j'ai essayé de travailler sur la forme physique, en essayant de déceler quels étaient les paliers à passer pour aller un peu mieux physiquement. Parce que c'était ça qui me manquait. Donc chacun un peu son truc et on échange là-dessus.
- Romain Adam
Et toi, je crois que les dernières années, tu t'es mis aussi sur des distances plus courtes, par exemple des crosses, des 10 km. Qu'est-ce que ça t'apporte de travailler un peu plus la vitesse à plat ?
- Maéva Bonfils
Oui, l'hiver, je me suis inscrit dans un club d'athlétisme et du coup, j'allais aux séances. Au début, je ne savais pas trop ce que j'allais y trouver. Finalement, il y avait un groupe super sympa, donc les séances se passaient très bien, même si pour moi, c'était un peu dur. Puis rapidement, je me suis habitué. Je pense que quand on fait du plat, on progresse assez vite. C'est assez grisant. Je partais de loin aussi. Et du coup, je me suis inscrit comme eux, au cross, aux 10 km, tout ça. Trois ans après, je me rends compte que je ne suis vraiment pas fait pour ça. Mais voilà, ça fait passer le temps. C'est sympa, c'est différent. Et je pense que c'est d'autres qualités de coureurs qui sont de toute manière intéressantes à travailler l'hiver. Après, par contre, je ne fais pas un focus dessus. Quand ça ne va pas, je baisse rapidement le drapeau. La veille de la course, il faut travailler plutôt que se reposer. Tant pis, c'est comme ça. Il n'y a pas trop d'investissement personnel là-dessus. Je le prends plus comme un exercice, même s'il y a un dossard.
- Romain Adam
Et tu sens que même sur des longues distances, ça t'apporte d'avoir gagné en vitesse ?
- Maéva Bonfils
Oui, exactement. C'est ce que je me suis dit cet hiver avec mon entraîneur. J'ai participé à un 10 km et un semi-marathon. J'ai fait des performances qui étaient médiocres. J'étais un peu vexé par rapport au cycle de vitesse que j'ai fait. Et il m'a dit, mais c'est pas grave, parce que le cycle de vitesse, tu l'as fait. Moi, je vois tes entraînements, et ils sont meilleurs qu'avant, donc c'est bien. Et de toute façon, l'an dernier, je m'en suis rendu compte. Dès qu'il y a une portion de plat, maintenant, je prends un peu plus de plaisir, je la fais vraiment un peu plus vite, etc.
- Romain Adam
On a fait une séance ensemble où tu as été très fort, c'était 12 fois 1000 en 3 ans, je crois même. On a même fini mieux que ça.
- Maéva Bonfils
Je l'ai fait sur, parce que la veille, je faisais une traille.
- Romain Adam
Donc oui, tu as gagné énormément en vitesse, en tout cas à l'entraînement, mais tu as eu un peu de mal sur les compétitions. Oui,
- Maéva Bonfils
si tu veux, je n'arrivais pas à le concrétiser. Tu n'as pas pu t'en valider en compétition,
- Romain Adam
mais tu as progressé.
- Maéva Bonfils
En fait, ce que me disait mon entraîneur, c'est que finalement, ce n'était pas la peine de faire des compétitions. Par contre, c'était important de faire le cycle vitesse. Après, tu as l'occasion, tu fais la compétition. Tu n'as pas l'occasion, tu ne fais pas la compétition.
- Ugo Ferrari
Est-ce que tu as une séance que tu détestes, mais que tu sais qu'elle est indispensable ?
- Romain Adam
Oui, le 12 x 1000. Non ! En plus, je crois qu'il n'y avait que une minute de récup. Ouais, c'était court. Il était dit, jamais je ne vais faire ça. Et puis quand il m'a proposé, je me suis mis à le finir. Des séances que je déteste.
- Maéva Bonfils
Tout ce qui va être un peu du seuil. J'aime bien les séances courtes. On travaille des trucs vraiment puissants. C'est assez grisant, puis tu donnes tout. Après, quand on est dans un truc de seuil qui dure entre une heure et demie et trois heures, un peu vicieux, où il y a un peu de... tout, c'est très dur parce que ça ressemble à une course. Par contre, si on fait quelque chose de très long, je vais adorer. Partir à 8h, faire du trail en montagne, c'est 100% plaisir.
- Ugo Ferrari
Et quelle est ta vision du trail aujourd'hui ?
- Maéva Bonfils
Ça dépend. À quel propos ? Moi, j'aime bien, je me régale.
- Ugo Ferrari
Par exemple, avec les nouveaux trailers, on va dire, l'émergence des trailers qui sont aussi à la fois influenceurs, qui préparent du contenu, qui partagent du contenu. Est-ce que tu trouves que ça modernise le trail ? Qu'est-ce que tu as à ton avis sur ça ?
- Maéva Bonfils
Oui, carrément. Ce midi, je regardais encore une petite vidéo courte de Thomasio, qui est vraiment un influenceur. Il court bien, mais ce n'est pas non plus un élite. Par contre, il avait sorti son nouveau sketch. Je vais dire ça comme ça. Ça m'a bien fait marrer. C'était cool. J'étais le premier à faire des podcasts en 2018. Donc aujourd'hui, c'est vrai que le podcast que je fais, il a zéro intérêt par rapport à tout ce qui s'est professionnalisé autour, ou des gens qui en font beaucoup plus, ou des choses comme ça. Mais au final, c'est bien, parce que chacun trouve sa chaussure à son pied. Il y a tellement de choses différentes. Et pour moi, je ne vois que des avantages. Après, il y a peut-être des gens un peu frustrés et tout, qui s'en plaignent. Mais bon, c'est leur problème, parce qu'en fait, si quelque chose ne te plaît pas, tu ne la regardes pas. Et puis, à tes yeux, elle n'existe pas, du coup. Mais non, non, moi, je vois que c'est que du mieux. puisque finalement ça tire aussi tout le monde vers le haut même si t'aimes pas en fait tu te challenges pour les battre en compétition ça met des gens un peu au sport j'étais assez étonné de ça ça te médiatise aussi ouais à ma petite échelle je fais des commentaires de cyclisme qui n'avaient rien à voir avec la course à pied il y a des gens que ça a fait rigoler ils les ont aimés, ils les ont regardés et comme ils sont tombés aussi sur mon contenu course à pied ils se sont mis à courir et là il y en a un qui m'a écrit cette année il me suivait depuis un an, il a fait son premier 30 km Il a trouvé ça hyper dur, du coup, il en a vraiment bavé, mais je me suis dit, c'est puissant quand même. Puis il était content, même s'il en a bavé, il était vraiment content.
- Romain Adam
Quand tu es dans ce côté-là inspirationnel, c'est ça qui est super intéressant.
- Maéva Bonfils
Oui, même si je ne le fais pas forcément exprès, parce que moi, je publie du contenu, les gens qui veulent le regarder, le regardent. Ceux qui ne sont pas d'accord, je ne force pas pour leur plaire. Mais oui, effectivement. Beaucoup plus d'informations. De toute manière, c'est une évolution qui va avec celle de la société. Par exemple, aujourd'hui, qui sait qui va acheter le journal Le Dauphiné ou Le Figaro pour le lire tranquillement à la maison après le café à midi avant de retourner au boulot à 14h ? Ça n'existe plus. C'est ce que je voyais de mon grand-père, un peu peut-être de mon père. Mais en fait, ça a changé maintenant. Le rythme de travail a changé. Les horaires sont devenus beaucoup plus différents d'un métier à l'autre. Il y a beaucoup plus de gens qui sont entrepreneurs sans être forcément des sociétés. Donc beaucoup de choses ont changé et le travail a grandi puisqu'il était tout neuf. En fait, quand j'ai commencé en 2014, c'est vrai que l'UTMB n'avait entre guillemets que 10 ans. La Saint-Élion était vieille, mais c'était un truc vraiment particulier. Le Grand Raid de la Réunion avant se faisait en marchant, typiquement comme un raid aventure. Ça a tout changé, ça a grandi avec les pollutions de la vie.
- Ugo Ferrari
Et du coup, depuis quelques années, maintenant tu es speaker. Pourquoi tu as choisi d'animer des courses ?
- Maéva Bonfils
Au début, j'y suis venu un peu comme ça, parce que j'aimais le sport, j'aimais commenter le sport. Je regardais beaucoup le sport à la télé. Maintenant, je n'ai plus du tout le temps. Donc là, par exemple, les JO d'hiver, je n'ai pas vu une seule épreuve. Alors qu'en 2014, j'aurais pu voir toutes les épreuves. Donc, on a vraiment changé de paradigme. Mais en fait, après mon CDD en tant qu'ingénieur, j'étais sur le marché du travail. Et déjà mon CDD je trouvais qu'il avait très peu de sens, ça me paraissait vraiment étrange de devoir rester dans une entreprise de 9h à 17h quoi qu'il arrive. Je trouvais ça bizarre, parce que c'était pas adapté par rapport à la charge de travail. Certains jours je regardais des vidéos sur Youtube, d'autres jours j'étais surchargé de travail et il fallait que je parte plus tard. Je trouvais ça un peu incohérent. Et quand j'ai dû rechercher un travail, c'était au centre-ville de Grenoble, il n'y avait rien d'intéressant, c'était très urbain. C'était tout ce que je n'aimais pas en fait. C'était passer son temps dans un bâtiment, finalement sortir, faire du transport en commun, de la voiture, des trucs comme ça. Puis en fait, tu habitais proche des montagnes, mais tu n'y allais jamais. Enfin si, tu avais le droit d'y aller le samedi-dimanche. Donc ça ne m'intéressait pas plus que ça. J'y allais à reculons, aux entretiens d'embauche. Même d'ailleurs, une fois, j'ai torché le truc. Alors on m'avait dit, ça vous savez pas le faire, j'ai dit oui mais c'est pas intéressant pour le travail, donc c'est pas la peine de me poser la question, donc évidemment ça s'était mal passé. Et je voyais que c'était délicat en fait, tu reçois des ordres d'un DRH qui a aucune compétence technique dans le domaine que tu fais, pour moi c'est pas possible de dialoguer avec des gens comme ça, et du coup je me suis dit, il faut que je fasse un truc d'entrepreneur. Là c'était le choc, parce que je savais rien faire. Je suis pas musier, je suis pas plombier, je suis pas peintre. Je me suis dit, mince, c'est terrible, tu ne sais rien faire en fait.
- Romain Adam
Mais tu es passionné.
- Maéva Bonfils
Oui, voilà, je me suis dit, j'aime le sport. C'est super, qu'est-ce que je fais avec ça ? Et après, je me suis dit, c'est vrai que j'aime bien commenter le sport. Et là, j'ai réalisé qu'en fait, les commentateurs étaient payés. C'était un travail, c'était un métier. Et j'ai appelé Ludo Collet, comme on s'était vu à la TDS un an avant. Il m'avait interviewé, puis il y avait eu un bon feeling. On avait discuté un peu après. Et il m'a dit, oui, c'est un vrai métier, viens avec moi, je t'amène sur des événements, je te passe un peu le micro au gré de l'événement. Et puis on verra, on verra si ça te plaît, si tu es à l'aise là-dedans, si tu apprécies. Donc ça m'a tout de suite assez plu. Et quelques mois après, il me donnait un événement auquel il ne pouvait pas se rendre. Là, j'y suis allé pour la première fois en faisant une prestation. Et puis après, de fil en aiguille, voilà, en 2018, j'avais déjà un calendrier assez complet.
- Ugo Ferrari
Et comment tu gères justement l'entraînement en tant qu'athlète et le fait d'être speaker ? Parce que du coup, forcément, les courses, c'est les week-ends. Les sorties longues, c'est les week-ends. Enfin, quand on travaille aussi la semaine, c'est les week-ends. Comment ça s'est organisé tout ça ?
- Maéva Bonfils
C'est le bonheur d'être indépendant. Si tu travailles quand tu veux, ça amène aussi tout un lot d'inconvénients. Attention, mais du coup, si je ne veux pas avoir de contrat la semaine de l'UTMB, je n'en ai pas. Ce qui est délicat, en fait, c'est quand... Tu as un contrat depuis quelques années. C'est toujours la même course. En fait, tu reviens à chaque fois sur la même course en tant que speaker. Et ce qui est délicat, c'est quand un jour, tu as envie de faire une course, qu'est ce week-end-là. Là, tu dis mince. Il faut que je lourde l'organe une année. Ça, j'ai du mal à le faire. Je ne le fais quasiment pas. C'est exceptionnel. Ça n'arrive même pas une fois par an en moyenne. Parce qu'en fait, dès le début, je me suis organisé pour avoir mes périodes, un peu de repos. Et c'est vrai que comme il y a moins de courses à animer, on va dire fin d'automne, on va dire début décembre jusqu'à mi-mars, il y a quand même moins de compétitions, j'avais, parce que maintenant j'ai comblé ça, mais j'avais une certaine marge de manœuvre qui me permettait, je suis allé trois ou quatre fois à la Transgrande Canaria par exemple, qui était début mars, ça coïncidait parfaitement avec l'emploi du temps. Et du coup, mi-bout à bout, je pouvais faire trois mois une course, Parce qu'un calendrier est plutôt sympa.
- Romain Adam
Oui, complètement.
- Ugo Ferrari
Et qu'est-ce que tu cherches à transmettre en tant qu'animateur ?
- Maéva Bonfils
Oui, ça, c'est une question pas facile parce que chacun a un peu sa patte.
- Ugo Ferrari
Oui.
- Maéva Bonfils
Ludovic Collet, il a sa manière d'animer qui est très très bien. Tout le monde pourrait copier, ce serait génial, ça marcherait tout le temps. Mais moi, je me rends compte que je n'ai pas les mêmes aptitudes que lui. Du coup, je fais un peu différemment. Je suis quelqu'un peut-être qui va peut-être un peu moins s'adresser à tout le monde toute la journée. Mais par contre, à des moments, je vais peut-être débriefer avec un seul coureur pendant longtemps. Micro ou pas micro, ça dépend des fois. Donc voilà, on a chacun un peu le... sa manière de faire que la journée se passe bien pour tout le monde. Par contre, c'est vrai qu'il y a toujours le même but, c'est qu'il faut que les coureurs aient des informations importantes avant le départ. Par exemple, avant le départ, je ne vais pas leur dire « Ouais, les masseurs, ils sont dans la salle à 14h30, tout le monde s'en fout. » Je vais leur dire « Attention, c'est dans 20 minutes, c'est dans 32 minutes, préparez-vous, n'oubliez pas ça, ça et ça. » Et puis, par contre, le matin obligatoire, 10 minutes avant, je ne le rappelle pas parce que la voiture est trop loin. Personne ne peut y aller. Donc, il faut timer un peu les informations au bon moment. Et puis, sur les arrivées, c'est simple. Il faut mettre le paquet quand il y a les premiers. Ça, c'est ce que tout le monde adore. Et puis après, il faut avoir un petit mot pour tout le monde. Donc, ça, c'est un peu les bases du truc. Et je vérifie aussi que ça plaise à l'organisateur. Ça, c'est quand même sa course, c'est quand même son bébé. Donc, si à un moment donné, il me fait une remarque pour un truc ou l'autre, je l'écoute tout de suite. Ça, ça me paraissait évident, mais il y en a certains qui ne le font pas. Ils partent dans leur délire. Et après, on ne peut jamais les rattraper. Ils sont partis. Mais je fais attention à ce que l'organisateur trouve que son événement soit plaisant.
- Ugo Ferrari
C'est une bonne explication. Et du coup, tu as créé la Duke Army. Est-ce que tu peux nous expliquer un petit peu tout l'univers que tu as créé autour de ça ? Et puis un petit peu à quoi ça fait référence ?
- Maéva Bonfils
J'avais pris le costume de déguisement de Duc de Savoie en 2019 pour faciliter l'humour sur YouTube. Comme j'étais déguisé, vous savez tout de suite que c'était de la blague. Et pendant le Covid, je ne pouvais plus animer de course, il n'y avait plus de course, donc je n'avais plus d'argent. C'était un peu dur. Et à un moment donné, quelqu'un qui me suivait... qui travaille aux Etats-Unis m'a dit fais un Patreon ici aux States tout le monde a un Patreon tous les créateurs de contenu c'est une sorte de cagnotte en ligne et en fait c'est une page internet tu postes des trucs dessus, ça peut être des photos, des vidéos des audios des lives et les gens sont abonnés au mois je dis bon ok premier mois j'avais quelques inscrits ça faisait 100€ par mois puis rapidement ça a augmenté, au bout de 6 mois ça faisait un revenu assez intéressant Et là, j'ai commencé à publier vraiment du contenu. Donc je faisais... Enfin, je fais toujours d'ailleurs une petite chronique le lundi. Il faut qu'elle grossisse maintenant sur tout ce qui s'est passé en trail le week-end. Un an et demi plus tard, comme j'avais de plus en plus d'abonnés, je fais venir un champion. Là, c'est un peu dur parce qu'il faut les connaître, il faut avoir les numéros, il faut avoir le feeling, il faut qu'ils acceptent de venir. Les rémunérer un petit peu aussi pour leur temps, comme ça, vraiment, ils viennent. Et puis, il faut que ce soit dans les 24 heures, quoi, après la course. Sinon, c'est plus la news, quoi. Et ça, les gens apprécient vachement ce truc un peu difficile. Et puis tous les vendredis, en fait, ce que je faisais, mais là, ça va changer un petit peu, maintenant, ça va être un peu différent, mais ce que je faisais, tous les vendredis, il y avait un article intelligent. Et plus j'ai des abonnés, plus j'ai du budget, et plus j'ai du budget, plus je peux aller voir des professionnels en les rémunérant sur leur temps. Par exemple, un ostéopathe qui ne peut pas me recevoir parce qu'il a des clients toute la journée, enfin des patients, je lui paye deux séances, et comme ça, on peut enregistrer un podcast. Et lui, du coup, ça ne lui change pas son quotidien. Donc, cette puissance financière m'a permis de créer du contenu un peu différent de ce qu'on peut voir ailleurs. Ou peut-être d'autres gens comme les magazines. Parce que ça fait beaucoup référence à des magazines, ce que je fais. Ça mettait peut-être plus de temps à faire. Parfois, on peut aussi se payer le reportage photo d'un photographe. Le gars, il est allé faire le tour de Madère en itinérance sur une semaine. Il nous fait un compte rendu et puis moi, je l'achète.
- Romain Adam
Ça, c'est réservé à tous tes abonnés. C'est réservé à tous les abonnés,
- Maéva Bonfils
exactement. Et en fait, au début, c'était Ugo qui parle aux autres. Enfin, le duc de Savoie qui parle à ses abonnés. Et assez rapidement, comme j'ai réanimé des courses à partir de loin 2021, assez rapidement, les gens qui étaient abonnés pendant le Covid, etc., on s'est rencontrés sur les courses. Finalement, on a organisé des week-ends ensemble. Après des week-ends, on fait une course tous ensemble. Et de fil en aiguille, on a commencé à très bien se connaître. Certains ont créé des liens entre eux. Donc après, j'ai mis une carte interactive où tout le monde se met sur la carte. Là, moi, ce qui me fait rigoler, c'est de regarder ceux qui sont à l'étranger. On a créé un calendrier où les gens écrivent leurs courses. Puis après, ils peuvent se rejoindre, se retrouver, etc. De temps en temps, éco-voiture, tout ça. Et on a créé un petit forum. Alors maintenant, c'est beaucoup plus passé sur un Discord. Pareil, on revient à l'évolution de la société. Moi, en 2011, j'étais sur un forum et je lisais scrupuleusement tous les posts le soir. Maintenant, ce n'est plus comme ça. On a aussi un petit Discord, on a des groupes WhatsApp. Au fur et à mesure du temps, certains qui sont en race campagne, ils voulaient une licence FFA pour faire le championnat de France. Donc on a aussi mis en place ça. Du coup, toute la communauté vivote, un petit peu en autarcie. Et moi, je me suis mis aussi à travailler avec des gens qui sont abonnés à mon contenu. Par exemple, celui qui me fait la mise en page graphique de mes articles, c'est un abonné. Donc en fait, lui, au début, il était abonné, il payait 6 euros par mois. Et puis aujourd'hui, il est payé entre 400 et 800 euros par mois pour faire le travail. Donc finalement, lui, il est content.
- Ugo Ferrari
Tout va être net.
- Maéva Bonfils
Il y en a d'autres qui m'aident pour la chronique le lundi, parce qu'il y en a un qui va corriger l'orthographe. Il y en a un qui va apporter des infos que je n'ai pas vues. Donc au final, la communauté d'elle-même, elle travaille ensemble et elle grossit ensemble. Et après, j'ai fait un petit peu de vêtements aussi pour le caractère un peu identitaire du truc, pour se reconnaître. quoi. Et là... Au début, j'ai fait des trucs un peu nuls. Et puis, assez rapidement, je suis parti sur des choses fabriquées en France. On a gardé cet ADN. Même si, du coup, c'est vachement limitant. Parce qu'en fait, on peut faire très peu de textiles en France. Et bien, voilà, chaque année, on arrive quand même à faire un truc de plus. Alors, on n'a toujours pas de veste Gore-Tex ultra technique. Et puis, ça ne viendra pas. Mais on a des trucs sympas.
- Romain Adam
Des bonnets, des chaussettes. Oui, voilà. En fait,
- Maéva Bonfils
en France, on peut fabriquer tout ce qui est du textile simple. Des textiles qu'on coud. Mais dès qu'il faut mettre des poches... des matériaux un peu bizarres, des nips, des élastiques, des choses comme ça. Là, on n'a plus trop le savoir-faire.
- Ugo Ferrari
C'est vrai qu'au niveau identitaire, c'est assez reconnaissable, en tout cas sur les couleurs. On avait vu la nuée de drapeaux à l'arrivée de l'UTMB. C'était facilement reconnaissable.
- Romain Adam
Le rendez-vous aussi à Notre-Dame-de-la-Gorge qui est un petit peu votre passage.
- Maéva Bonfils
Tu vas bouger parce que on en parlait, les fonctions du try. En fait, il y a de plus en plus de coureurs mais il y a de plus en plus de spectateurs aussi. Il y a des gens dans mon entourage qui sont peut-être des amis à mes parents que j'ai vus pendant mon adolescence, mon enfance. Ils n'ont jamais couru et ils ne courent toujours pas. Mais c'est des gens qui regardent l'UTMB parce que c'est à l'équipe 21 où ils ont vu les Golden Try Series sur Eurosport et des trucs comme ça. Et du coup, ils viennent me parler de la course, alors qu'on n'avait pas d'atome crochu, en fait, de base. Et il y a de plus en plus de spectateurs, en fait, sur les courses. Et là, par exemple, on ne peut plus faire notre petit rassemblement Notre-Dame, parce que comme il y a déjà beaucoup de monde, on ne peut pas rajouter... On n'était pas beaucoup, on était 30-50, mais c'est trop. Donc, on sera à un autre endroit.
- Romain Adam
Tu peux déjà nous dire où ?
- Maéva Bonfils
Je pense que ce sera entre Les Oûches et Saint-Gervais. Parce que le but, pour ceux qui viennent m'encourager et m'applaudir avec les vêtements du Kermit Sotsa... C'est aussi de voir les autres de la communauté. Et là, on en a jusqu'à la fin. Parce qu'on en a un l'an dernier, il s'est fait arrêter à la flégère par la barrière. Donc du premier au dernier, enfin non pas du premier au dernier parce que je n'étais pas premier, mais quasiment jusqu'au dernier, on a dû du carmi.
- Romain Adam
Ça rajoute un peu l'ambiance type Tour de France. Oui, exactement. Là,
- Maéva Bonfils
on sera sans doute dans la piste de ski au début parce que c'est très large, il y a vraiment la place. On pourrait même y venir en 4x4. Il y a vraiment de la place. Et comme ça, on pourra encourager du premier au dernier. Et puis après, les supporters, quand ils ont fini d'encourager, il sera 21h et quelques. Donc pour eux aussi, c'est un peu plus confort que si tu viens encourager à Courmayeur, c'est de 3h à 14h. Ça n'a rien à voir.
- Ugo Ferrari
Oui, c'est plus pratique. OK, on a hâte de voir ça alors. On va passer un petit peu plus maintenant sur ta partie organisateur de course. Donc ça fait quelques années maintenant que tu es à la tête du Niveau Les Revards. C'est un trail qui a lieu... en Savoie début mai, si je ne me trompe pas.
- Maéva Bonfils
Exactement.
- Ugo Ferrari
Quelles évolutions tu as remarquées, toi, dans l'organisation de courses depuis que tu participes ?
- Maéva Bonfils
Là aussi, tout a grossi. Notre course, elle a démarré en 2003, comme l'UTMB d'ailleurs. On était avant. Comme on est en mai. Ce qui a changé, c'est que... Il y a de plus en plus de coureurs. Alors nous, on a atteint une certaine jauge qu'on ne peut pas dépasser. Donc pour nous, c'est un non-sujet. Après, voilà, terminé, on a la jauge. Et après, moi, j'ai ajouté, avec mes bénévoles, bien sûr, je ne fais jamais rien tout seul. On a ajouté des courses enfants. On n'avait pas de course enfants. Ça, c'est sympa. Ça a permis de meubler un peu l'après-midi, en fait. Et comme le village a grossi, il y a aussi plus d'enfants maintenant. L'école maternelle et primaire est plus grosse, en fait. Les bâtiments ont été refaits. Donc c'est très intéressant pour les enfants, on en a beaucoup, on en a eu plus d'une centaine. On a ajouté une distance qui était un petit peu plus petite pour les débutants. C'est vrai qu'avant on partait tout de suite sur un 15, qui était peut-être un peu trop dur pour ceux qui se mettent à la discipline. Sinon on n'a pas changé grand chose, on est resté très très authentique. On a justement essayé de garder un peu le travail à l'ancienne. Mais voilà, on a quand même ajouté un petit peu plus de photographes, un petit peu plus de vidéos. On s'est mis à communiquer un peu sur les réseaux, bien sûr, comme tout le monde, mais très modestement.
- Romain Adam
Tu as toujours la tartiflette à l'arrivée.
- Maéva Bonfils
On a gardé les bases. Toutes les bases ont été gardées, c'est-à-dire visiter depuis Chambéry la Croix-du-Niveaulet et le Mont-Revard. manger un repas savoyard, donc la tartiflette, tous ensemble après. Mais ce qu'on a vu, on a vu aussi que les gens prenaient de plus en plus de temps sur la course. C'est-à-dire qu'avant, moi que j'étais petit et que mes parents étaient dans l'organisation, on avait toujours des parts de tartiflette au frigo le soir. Maintenant, ça n'arrive plus, c'est fini complètement, c'est siphonné. Et même les gens, on doit leur demander de partir à la fin, parce que nous, on veut laver les tables et ranger. Et les coureurs restent jusqu'au bout à discuter entre eux, etc. Donc, on a vu que les gens prenaient de plus en plus de plaisir autour de la course. Et après, on a vu évoluer les contraintes, des chemins interdits, des dossiers préfectures qui sont chaque année plus gros, alors qu'en 23 ans d'existence, on a eu zéro accident. Donc, on peut se demander pourquoi on nous demande des documents supplémentaires alors que les années d'avant, c'était très bien passé. Il y a des chemins qui sont devenus interdits alors qu'en fait, il n'y a aucun problème. Il y a la gestion du flux de coureurs. Parce que c'est vrai que comme il y a... plus de coureurs, plus de spectateurs, plus de voitures. Ça aussi, c'est à prendre en compte. Donc, il faut rédiger des règlements ou des guides pour les accompagnants qui leur disent, voilà, ici, vous pouvez y aller. Ici, vous ne pouvez pas. C'est une toute petite route. Ça va bouchonner. N'y allez pas. Il faut mettre en place des petites navettes pour que les gens puissent venir de la gare sans galérer. Comme ça, on peut... Comme il y a des trains à Chambéry-Aix-les-Bains, c'est des choses à mettre en place pour réduire le nombre de voitures. On a mis en place un petit parc à vélo, pareil, très modeste, mais ça fait quand même le taf pour 50 vélos. On essaie d'inciter un peu les gens à couvauturer, ce qui ne se faisait pas du tout en 2010, on n'en parlait pas. C'était même choquant d'avoir un intrus dans sa voiture. Donc voilà, on a évolué aussi un peu sur ces points avec le temps. Donc c'est à chaque fois pareil, il y a de plus en plus d'avantages. Parce que c'est vrai que maintenant, on ne stresse plus, on sait qu'on va remplir la course, qu'on va attribuer tous les ossards. Donc en fait, on a un budget fixe chaque année du coup. Ça, c'est vraiment confortable sur le plan financier. Et par contre, les inconvénients ont aussi augmenté parce qu'on nous demande de plus en plus de choses de manière administrative.
- Romain Adam
C'est combien de personnes qui participent et il y a combien de personnes à l'organisation ?
- Maéva Bonfils
On a 1800 dossards. Et en bénévole, l'an dernier, on a signé un record. Là aussi, on a de plus en plus de bénévoles avec 257. Du coup, je n'avais pas assez de bob parce qu'on avait fait 250. sachant qu'on n'avait jamais dépassé 230 et quelques bénévoles, je pensais avoir de la marge et je me suis fait avoir.
- Ugo Ferrari
Et justement, quelle est l'importance que tu portes ? On sait qu'il n'y a pas d'événement sans bénévoles. Quelle est l'importance que vous portez, vous, l'organisation, sur ce maillon de la chaîne qui est très important ?
- Maéva Bonfils
Quand j'ai repris la course en 2018, je m'asseyais sur 15 ans d'existence. Le vivier était là, c'est les gens du village, c'est les gens un peu d'à côté, les villages à côté. Ce qui a été difficile, c'est que les gens qui étaient bénévoles en 2003, en 2018, ils ont 15 ans de plus. Donc si tu commences à 50 ans, tu as 65 ans. Ce qui veut dire pour certains une incapacité à continuer à être bénévole. Donc il a fallu renouveler aussi. Et pour ça, comme on s'assoit sur toujours plus de coureurs sur Chambéry et Aix-les-Bains, il y a un petit club de trail à Chambéry, il y a un gros club de trail à Aix-les-Bains, enfin non, même à Chambéry, ils sont beaucoup maintenant. Donc ces gens-là viennent aussi aider. Ils participent à la course, mais ils participent aussi en tant que bénévoles. Donc ça, c'est super. On a recruté aussi, pareil, ça c'est un phénomène nouveau, des étudiants qui viennent faire bénévole le jour de la course. Et puis voilà, ils vont vendre des crêpes ou des trucs comme ça. Pareil, c'est sold out, il n'y en a plus la fin de la journée. Et bien voilà, ça va leur payer un projet d'études. Donc voilà, on a aussi ça qui est un peu nouveau, qui est une belle aide. Et puis, l'esprit de la course a été toujours aussi de partager avec les bénévoles. Donc dans le bureau, on est tous bénévoles. Moi aussi, c'est beaucoup de temps. personnel dessus. Surtout que moi, je suis plus sur l'administratif, donc les trucs pénibles. Je ne vais pas dans la forêt avec la tronçonneuse coupée des arbres, c'est beaucoup plus rigolo. Et du coup, on fait un petit apéro avec les bénévoles avant la course, très important, on parle un peu du truc. Moi, je les croise parce que j'habite dans le village tout au long de l'année. Le jour J, en fait, à l'issue de l'événement, il nous reste beaucoup de vivres. Du ravitaillement, parce que c'est assez amusant. Les coureurs ne mangent pas la même chose chaque année. C'est assez étonnant chaque année. Donc il nous reste des trucs. On dispatche avec tous les bénévoles qui nous aident à ranger, etc. On finit par un nouvel apéro ce soir-là, qui dure jusqu'à 22-23 heures. Et puis après, on a le repas bénévole, qui est là un grand moment de fête. Cette fois-ci, on a toujours les mêmes gamelles, mais on fait une omelette. On ne fait plus une tartiflette, on change. Et voilà, on met des petites animations. Une année, on a fait venir un magicien. voilà puis après c'est terminé mais celui qui est bénévole sur la course potentiellement pendant un mois il est il est à fond quoi oui c'est pas que le jour j finalement il ya toute une expérience pour les le bénévole voilà qui est pensé c'est des gens qui courent un peu il a été bénévole de trois fois l'année d'après il veut faire la course on lui on lui donne le dossard quoi on le fait pas payer tu vois c'est toujours c'est cet esprit assez convivial et
- Ugo Ferrari
bonne entente en tout cas
- Maéva Bonfils
C'est aussi pour ça que les gens aiment bien venir sur notre épreuve. Souvent, ils sont surpris qu'on ait beaucoup de bénévoles comme ça, qu'ils soient à des postes un peu ingrats, de signaleurs. C'est vrai que ça, c'est vraiment pénible. Quand tu es trois heures au milieu d'une forêt, ou plus même. Donc voilà, ils aiment bien l'ambiance.
- Romain Adam
Oui, il y a pire, c'est quand tu es à la circulation. Là, tu as des gens qui sont excités. Oui,
- Maéva Bonfils
tout à fait. Notre course, c'est le dimanche matin. On traverse une grosse route, entre guillemets, le dimanche. Mais c'est 8 heures du matin. Les années d'avant, il n'y avait personne. personne ne se déplaçait le dimanche matin,
- Ugo Ferrari
personne et là aujourd'hui il y a un trafic de voitures incessant qui est dur à canaliser et pour avoir couru en 2019 je sais que la météo peut être compliquée, c'était une mauvaise année donc la course est début mai et on a eu la neige en tout cas ceux sur le format full ont eu la neige l'année d'avant c'était la canicule comment on gère ça en tant qu'organisateur ?
- Maéva Bonfils
C'est ça qui est très très dur en fait. La neige en 2019, elle n'était pas annoncée le lundi. Au milieu de semaine, on commence à nous annoncer qu'il y a une perturbation le week-end. Bon, ça n'a pas de problème parce qu'au mois de mai, en Savoie, il y a toujours des jours où il pleut beaucoup. Et puis, en fait, dans la nuit du samedi au dimanche, les températures avaient chuté un peu plus que prévu. Et donc, de la pluie, c'était transformé en neige. Beaucoup de neige. Un centimètre sur au moins 15 bornes. Là, c'était très très dur parce que c'était ma première année. J'avais préparé la course en 2018 pour l'année 2019. Donc là, je ne savais pas s'il fallait donner le départ ou pas. Puis j'ai vu le peloton face à moi. J'avais les bénévoles au toki qui étaient dans la neige. Puis bon, le temps passait, le temps passait. Puis j'ai dit, bon, vas-y, donne le départ. On les arrêtera en cours de route s'il faut. Tant pis, on peut les arrêter. Puis bon, mes bénévoles qui sont des gens aguerris à la montagne, ils ne sont pas forcément aussi sensibles que certains coureurs un peu citadins. Donc ils m'ont dit, ça passe, Et pour les premiers, en fait, ça a été dur. Ils ont damé le parcours. Mais derrière, les gens étaient assez contents. Ils étaient assez bien équipés aussi. Donc, pas eu de problème.
- Ugo Ferrari
Mais du coup, ça, par exemple, c'est des... Enfin, du coup, la question de la sécurité, bien évidemment. Mais aussi, même sur la... Enfin, par exemple, une canicule, ça veut dire devoir gérer, par exemple, l'eau. Enfin, les vivres, justement, t'en parlais.
- Romain Adam
C'est d'abandon aussi.
- Maéva Bonfils
Ouais, l'eau, on a toujours un... Nous, on a énormément de rab.
- Ugo Ferrari
OK.
- Maéva Bonfils
Mais la canicule, le problème, c'est que les gens s'épuisent. La chaleur, c'est vraiment traître. Des fois, les gens font des malaises. C'est le principe du malaise. Tu ne t'en doutes pas. Puis, deux minutes après, tu es couché par terre, endormi. Et le problème, c'est que des gens le font alors qu'ils sont un peu seuls à un certain moment de la course. Donc, ils vont peut-être s'écarter sur le côté pour se reposer. Personne n'a vu qu'ils ont quitté le sentier. Et donc, personne ne sait que ce coureur a disparu de la circulation. Donc c'est le plus dur, la canicule c'est le truc le plus enquiquinant. Là les deux dernières années, on a eu une météo changeante, il faisait gris, il pleuvait, ça s'est découvert, il a replu, là il n'y a aucun problème.
- Ugo Ferrari
Et dernière question concernant la course, avant il y avait la Vauglanez qui est le format de 13 km qui était réservé que pour les femmes.
- Maéva Bonfils
Ouais ça c'était moi qui avais fait juste deux ans, on a arrêté.
- Ugo Ferrari
Justement, est-ce que tu penses que des événements que pour les femmes, ou en tout cas un quota spécifique pour les femmes, comme tu parlais à l'UTMB, un quota un peu plus élevé de dossards féminins, permettraient de rendre plus accessible la course à pied aux femmes ?
- Maéva Bonfils
Il y a énormément de points d'attaque sur cette question. Nous, en fait, en 2019, je crois que la course Lavaux-Glanèze n'était pas complète. Maintenant, elle est complète. Et du coup, je m'étais dit, on va la réserver aux féminines, parce que j'avais vu une course féminine à la Maxi Race, et ça marchait du tonnerre. Il y en avait, je ne sais pas, 500, 600. C'était sold out. Je me suis dit, c'est génial, on va faire ça. Et puis, en fait, ça n'a pas du tout marché. C'est-à-dire que... On avait autant de féminines que l'année d'avant où c'était mixte.
- Ugo Ferrari
Ok.
- Maéva Bonfils
Je dis bon, ça n'a pas marché. C'était la première année. On refait une année encore de plus. Donc, on l'a fait l'année suivante. Après, il y avait eu le Covid, etc. Donc, c'était en 2022. Et là, pareil, on était 100, 110 femmes. Je me dis putain, ça bide complet. Du coup, après, j'ai rouvert aux hommes en 2023. Et on avait re 350 concurrents. Donc, réserver une épreuve que pour les dames. En fait, j'avais... Pas vraiment de retour ultra positif. Il y avait un peu de tout. Certaines étaient contentes, parce qu'elles disaient, c'est bien, comme ça, on n'est pas au milieu des hommes. Comme ils ont tendance à faire n'importe quoi, nous, ça nous va. C'est plus sympa. Ça, c'était mon intuition de départ. Et par contre, d'autres m'ont dit, en fait, c'est nul, parce que du coup, on est un peu toutes seules, moins nombreuses. Et puis, je ne comprends pas pourquoi on n'a pas le droit de courir avec les hommes. Donc, en fait, chacun a un peu sa vision du truc. Il y avait des plus et des moins. Je me suis dit, bon, c'est un peu ambivalent comme question. Du coup, on a abandonné. Mais ça peut être intéressant de mettre des quotas. Par exemple, l'UTMB aujourd'hui, il y a des tirages au sort parce qu'il y a beaucoup de monde qui veut s'inscrire. C'est le cas sur tout un tas d'autres courses très connues. L'échappée belle, c'est pareil, il n'y a plus de dossard comme tu veux. Ce qui peut être intéressant sur ces courses, peut-être, c'est de dire, je mets un petit quota de femmes. Comme ça, pour les hommes, c'est un peu plus dur de s'inscrire parce qu'on sait qu'ils sont hyper nombreux. Par contre, pour les femmes, sur des ultras, j'ai peut-être 85% d'hommes, 15% de femmes. Et peut-être qu'il y a des femmes qui sont bloquées à cause du tirage au sort. Elles voulaient venir, elles n'ont pas pu à cause du tirage au sort. Et bien là, peut-être que je vais mettre un quota à 20 ou 30% de dossards uniquement féminins. Et je vais essayer de remplir comme ça ma course. Et ça, ça pourrait être intéressant. Pour l'instant, personne ne le fait. Ce système-là...
- Romain Adam
Je crois avoir vu, c'est par exemple sur la liste d'attente. Je crois que maintenant, il y a certaines courses qui donnent 50%. aux hommes et 50% aux femmes. Ce qui fait que sur ton tirage au sort initial, tu n'as pas de préférence en fonction du genre de la personne. Par contre, derrière, pour la liste d'attente, ça permet d'un petit peu rééquilibrer le pourcentage.
- Maéva Bonfils
Tu vois, il faut aller encore un peu plus loin. Par exemple, ça fait deux ans qu'au Marathon du Mont-Blanc, il y a 40% des dossards qui sont réservés aux gens qui viennent en train. Donc là, eux, ils savent qu'ils vont être complets. Ils se sont dit, ceux qui ne veulent pas venir en train, On leur laisse quand même 60% de douceur, donc on leur ferme pas la porte. Simplement, on l'entrebaille. Et par contre, je vais mettre 40% aux gens qui font l'effort de venir en train. Alors après, c'est catastrophique de venir en train sur Chamonix. C'est un enfer. Même quand on habite à Chambéry, il y a trois changements. Mais bon, donc on met trois heures au lieu d'une heure vingt. Mais on voit que c'est intelligent, parce que du coup, personne n'est réellement puni. Et ceux qui vont faire l'effort sont récompensés. Donc ça, c'est une manière assez vertueuse. on pourrait... A voir exactement pareil pour les féminines. On dit, il n'y en a pas assez sur l'UTMB. C'est statistique. Je n'ai pas 50-50. Ou peut-être comme il y a moins de femmes qui courent par rapport aux hommes, on peut dire que finalement, la parité, c'est 60-40. On peut arbitrer comme ça aussi. On dit, voilà, j'ouvre 40% de mes dossards féminins. Une fois qu'ils sont terminés, on passe aux hommes. Donc, on pourrait faire des trucs un peu hybrides comme ça. Ça pourrait être pas mal.
- Romain Adam
Ou aussi peut-être favoriser l'emprunt éducatif. sur comment s'entraîner etc c'est ce qu'on va essayer de faire en fait sur des projets parce qu'en fait si des parfois si tu as des publics sont un peu plus éloignés de certaines distances c'est aussi peut-être par manque de préparation manque de l'entraînement de pouvoir passer aussi sur les ultras il ya aussi pendant longtemps il n'y a pas eu beaucoup de figures de proue féminine maintenant il y en a plein c'est ça qui est aussi intéressant et du coup tout ça peut être irrationnel la forte comme elle doit en fait quasiment avec les meilleurs hommes on les voit et constamment les convaincre. Ça va aussi évoluer dans les années qui viennent parce qu'il y a de plus en plus d'inspiration, de plus en plus de contenu sur l'entraînement, sur la préparation.
- Maéva Bonfils
Tu vois un petit peu sur les championnats universitaires de trail où là, tu as un public féminin qui est très élevé. Les années passant, ça va venir tout seul.
- Ugo Ferrari
Merci pour cette question. On va bientôt terminer cet épisode, mais avant, on a une dernière question à te poser. C'est l'instant un petit peu cœur à cœur, on appelle. L'idée, c'est que tu vas pouvoir poser la question de ton choix à l'invité. prochain. Tu ne connais pas son identité, nous non plus, on ne sait pas qui c'est, mais tu pourras lui poser une question qui est libre. L'important, c'est que ça respecte le politiquement correct. Et juste avant, en fait, on va te poser la question de l'invité de l'épisode d'avant. Donc là, on va faire un petit voyage dans le temps, parce qu'à l'heure où on enregistre l'épisode, l'invité qui t'a posé la question, son épisode à lui sera publié plus tard. Donc c'est un petit micmac. Mais du coup, sa question, c'était, quelles sont les perspectives, le futur de ton sport ? Selon toi ?
- Maéva Bonfils
Oui, selon moi, je pense qu'on va continuer l'évolution qui est en cours. Certes, il y a la professionnalisation des athlètes. En 2014, il y avait peut-être François Denne et Kian Jornet qui gagnaient de l'argent. Puis le reste, ils faisaient ça comme ça, avec un short red light, avec des bandeaux qu'ils avaient trouvés par-ci, par-là. Alors que maintenant, on a un petit vivier d'athlète professionnel qui est absolument ridicule par rapport au monde du cyclisme par exemple, mais ça augmente d'ailleurs chaque année. Je pense que ça va continuer. Les médias qui sont autour vont aussi continuer à grossir de leur manière en faisant des contenus toujours plus qualitatifs et professionnels. Moi je fais un podcast, je l'enregistre tout seul chez moi, j'ai quand même fait l'effort d'acheter un micro. C'est de l'amateurisme complet alors que là, on est dans un studio professionnel de podcast. Donc, c'est des choses comme ça qui continuent de grandir, de grossir et qui proposent aussi aux pratiquants toujours plus de contenu de qualité. Donc, tout le monde gagne. En fait, certaines personnes créent leur métier. D'autres ont des conseils pour améliorer leur pratique de leur loisir. Donc, tout le monde est gagnant. Et voilà ce que je vois pour l'évolution du sport, c'est-à-dire que la droite qu'on a tracée de 2022 à 2026 va continuer à augmenter, alors ce que ce sera de manière linéaire ou de manière exponentielle, ça je ne me prononcerai pas, mais voilà, je pense que l'engouement est là. Il faudrait peut-être un point qui est un peu oublié, c'est peut-être les organisations de courses, ça va être les problématiques, c'est comment je fais courir autant de monde sur un territoire finalement aussi petit que ce qu'est la France. C'est des questions qui se posent. Un peu partout dans le monde, d'ailleurs, parce qu'aux Etats-Unis, il y a des législations très fortes dans les parcs nationaux. On a un quota de coureurs qui est très, très bas, ce qu'on n'a pas encore pour l'instant en France. Est-ce qu'il faut y venir ? Est-ce que c'est une nécessité ? Est-ce que c'est différent ? Voilà. On va voir comment tout articuler.
- Romain Adam
Et toi, justement, dans ce futur, mettons dans 10 ans, tu te vois où, toi ? Toujours en tant qu'athlète, développer ta communauté ?
- Maéva Bonfils
J'ai prévu de faire le Thor pour mes 40 ans, le Thor des géants. C'est dans moins de 10 ans. Mais je me vois vraiment... toujours là-dedans. Après, dans 10 ans, j'en aurai 44. Je pense que le côté création de contenu sera peut-être mis un peu de côté pour avoir une vie plus tranquille. Aujourd'hui, je tire un peu tous les curseurs valo, parce que je ne pourrais pas continuer à faire longtemps.
- Ugo Ferrari
Et toi, quelle serait la question que tu poserais aux prochaines invitées ?
- Maéva Bonfils
Une question, une question, une question, une question, une question amusante dans le monde du travail. Quel podcast tu écoutes et pourquoi le mien ?
- Ugo Ferrari
C'est pas mal. Merci du coup, Ugo, pour ton retour. On a été ravis de t'avoir dans cet épisode de BPM. Et si vous souhaitez en savoir plus sur l'actualité du Duc, on vous laisse suivre son Instagram. Donc, c'est Ugo. U U G O Ouais,
- Maéva Bonfils
c'est un vieux compte.
- Ugo Ferrari
Ou sur le site internet de la Ducarmi.fr. Et nous on vous dit à très bientôt pour un nouvel épisode de BPM.