- Marion Watras
Brest dans l'oreillette, le podcast qui révèle les dessous de l'art et des patrimoines de Brest.
- Laurence Moal
Le 10 août 1512, le combat entre la Cordelière et le Régent a une issue tragique. Des réserves de poudre explosent.
- Alexandra de Liniers
On a eu plusieurs campagnes de recherche subaquatiques qui ont été menées pour essayer de retrouver sous mer des traces archéologiques.
- Laurence Moal
Ce navire, la Cordelière, permet de comprendre le processus d'intégration de la Bretagne à la France. L'héroïsme des Bretons est valorisé.
- Alexandra de Liniers
Cette Marie Cordelière, navire de Anne de Bretagne, qui tombe en rade de Brest, protéger la ville de Brest et éviter qu'elle tombe entre les mains des Anglais, c'est quelque chose d'assez mythique dans l'histoire.
- Marion Watras
Retrouvera-t-on un jour l'épave de la Cordelière ? Jusqu'à aujourd'hui, malgré plusieurs campagnes de fouilles sous-marines menées entre la pointe Saint-Mathieu, l'Anse de Berthaume et la pointe de Camaret, le lieu précis de son naufrage n'a toujours pas été identifié. Ce mystère entretient la légende construite siècle après siècle autour de ce navire. Pour retracer le fil des événements de la construction de la Cordelière à son naufrage, j'ai rendez-vous avec Laurence Moal, docteure en histoire médiévale. Elle est spécialiste du duché de Bretagne à la fin du Moyen-Âge et au début du XVIe siècle.
- Laurence Moal
En 1494-1495, le roi Charles VIII a besoin d'une flotte pour soutenir les troupes qui conquièrent l'Italie. Il demande à la Bretagne, récemment intégrée à la France par le mariage avec Anne de Bretagne, il demande aux villes bretonnes de financer un navire. Et ce navire est construit entre 1496 et 1498 à Morlaix. On parle de la nef de Morlaix,cette construction qui est assez compliqué, le financement est difficile. Et finalement ce sont les impôts qui financent la construction de ce navire. Et ce n'est pas rien à l'époque de construire un navire. On ne sait pas exactement combien mesure cette nef de Morlaix. C'est un chantier assez considérable, peut-être deux ans pour construire ce navire.
- Marion Watras
Difficile de connaître avec précision la taille de la Cordelière, mais nul doute qu'il s'agit alors d'un des navires les plus imposants de la flotte franco-bretonne. Le vaisseau amiral, disent certains, le favori d'Anne de Bretagne, racontent d'autres. Quel lien la Duchesse entretient-elle réellement avec la cordelière ? Laurence Moal nous explique.
- Laurence Moal
Anne de Bretagne a perdu sa souveraineté sur la Bretagne en épousant le roi de France. Et c'est vraiment Charles VIII qui règne sans partage sur la Bretagne. Charles VIII meurt en 1498 et Anne de Bretagne finalement retrouve sa souveraineté. Donc elle garde son titre de duchesse et donc elle a des prérogatives importantes en matière de défense des côtes du duché. C'est peut-être à ce moment-là que la nef de Morlaix prend le nom de la Cordelière. Donc le nom de la Cordelière renvoie à un ordre religieux, l'ordre de Saint-François d'Assise. Donc c'est vrai que ce navire, la Cordelière, est finalement symbolique de cette souveraineté retrouvée.
- Marion Watras
On parlera aussi plus tard de la Marie Cordelière, peut-être pour mettre le navire sous le patronage de la Vierge. Au tout début du XVIe siècle, le bateau participe à la campagne de Mytilène contre les Turcs en Méditerranée. Avant de revenir à Brest pour y être réparé. Anne de Bretagne nomme alors Hervé de Portzmoger, capitaine du navire jusqu'à ce fameux 10 août 1512. Ce jour-là, la flotte franco-bretonne est avertie de l'arrivée de navires anglais en Rade de Brest.
- Laurence Moal
La rencontre a lieu, mais visiblement les franco-bretons ne veulent pas engager le combat. Et seuls deux ou trois navires restent en avant pour protéger le repli de la flotte franco-bretonne sur Brest. Et c'est là que, finalement, le combat entre la Cordelière et le Régent a lieu. Et ce combat a une issue tragique, les réserves de poudre explosent.
- Marion Watras
Les deux navires, la Cordelière et le Régent, coulent, entraînant la mort de centaines d'hommes. Là encore, difficile de savoir précisément combien, car les versions sont nombreuses et les récits varient suivant le camp de ceux qui les relatent.
- Laurence Moal
Les sources les plus contemporaines de l'événement sont des lettres, des correspondancesd onc des ambassadeurs. Alors le problème c'est que ces lettres, elles n'ont pas seulement pour but d'informer, elles sont aussi produites dans un contexte de guerre de communication. Il s'agit à la fois de légitimer un combat naval, et en même temps de calomnier l'adversaire. C'est-à-dire qu'on a là deux navires qui sont coulés, et c'est pas rien, parce que c'est vraiment... Un navire c'est quand même très cher à financer, à construire, à armer. C'est la mort de dizaines, de centaines d'hommes. Il faut transformer finalement une défaite en une victoire.
- Marion Watras
Toujours est-il que cet épisode donne à Anne de Bretagne l'image d'une duchesse qui a sacrifié ses hommes pour la France. Le courage des Bretons est salué dans les poèmes de l'époque. Le mythe de la Cordelière est né.
- Laurence Moal
Ce qui est intéressant aussi, c'est de voir toute l'exploitation qui en a été faite après. La mise en avant de l'héroïsme des hommes, comment finalement de très peu de faits avérés, on arrive à différents récits, différentes versions. Mais c'est intéressant de voir la construction d'une légende.
- Marion Watras
Cet épisode, survenu à un moment charnière de l'histoire du duché de Bretagne, continue aujourd'hui encore à nourrir l'imaginaire local. D'autant que malgré les différentes campagnes de fouilles sous-marines menées ces dernières années, les épaves de la Cordelière et du Régent demeurent à ce jour introuvable.
- Laurence Moal
C'est, je pense, assez difficile de retrouver l'endroit exact. De toute façon, je pense qu'il y a eu deux campagnes de fouilles avec des gens extrêmement compétents qui se sont penchés sur la question. Ce n'est pas moi qui vais ensuite deviner l'endroit. J'ai essayé de faire des cartes. Mais bon, la zone est quand même extrêmement large, c'est une zone balayée de courants, il y a beaucoup d'autres naufrages aussi. On sait quand même assez peu de choses finalement sur ces batailles navales du début du XVIe siècle.
- Marion Watras
Preuve que le naufrage de la Cordelière a marqué l'histoire locale, l'artiste Jim Szevelek a consacré à cet épisode un de ses dioramas, exposé à la Tour Tanguy à Brest. Je vous propose d'aller y faire un tour. Alexandra Deligny du service musée patrimoine de la ville m'y attend.
- Alexandra de Liniers
Jim Sevellec a choisi de représenter 14 scènes de la ville. Il aurait pu choisir n'importe quelle autre scène, mais il a choisi celle-ci. D'une part parce qu'il était extrêmement attaché à la marine. Il était peintre de la marine, il était extrêmement attaché à cette thématique. Et d'autre part parce que c'est un des mythes fondateurs de Brest.
- Marion Watras
4,40 mètres de long, le diorama représentant le naufrage de la Cordelière est le plus imposant de la tour Tanguy.
- Alexandra de Liniers
Comme tous les dioramas, c'est une grosse caisse de plâtre dans laquelle on va retrouver des éléments en trois dimensions. Là, en l'occurrence, les deux navires qui s'affrontent. En vert, le Réjean, le navire anglais. En rouge, la Cordelière, le navire français. Et la scène qui est représentée très exactement, c'est ce qu'on appelle l'abordage.
- Marion Watras
Une scène qui fourmille de détails.
- Alexandra de Liniers
Il y a vraiment pléthore de personnages dans des positions différentes. Des hommes au combat, des hommes en train de vérifier les abords de la Cordelière, des hommes qui sont en train de tomber à l'eau. Et puis toujours cette humanité que Cévelac arrive à rendre avec des matériaux qui ne sont que des matériaux de récupération. Si on prend le temps de regarder ce diorama, on voit que les casques, c'est souvent des bouchons de colle, que tous les bouts de tissu sont des petits bouts de tissu rapiécés les uns aux autres, qu'il y a des petits objets qui ont été coupés dans du carton, dans du bois, tout est très très minutieux pour réussir à donner cette vie au diorama. Les enfants adorent, mais tous les publics effectivement sont assez impressionnés parce que ça rend de force dans la représentation d'un moment de la Cordelière.
- Marion Watras
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