- Marion Watras
Brest dans l'oreillette, le podcast qui révèle les dessous de l'art et des patrimoines de Brest.
- Olivier Polard
C'est un bouillon de culture ici, ça a toujours été parce que c'est un port.
- Mathilde Vigouroux
Moi j'ai beaucoup traîné jeune dans les MPT à voir tous ces groupes de rock.
- Olivier Polard
Je pense que Brest avait une identité forte, un côté brut de fonderie, un état d'esprit un peu particulier par rapport aux autres villes bretonnes. Oui, il y avait un côté festif.
- Mathilde Vigouroux
Il y a toujours une émulation brestoise. C'est tout un écosystème du rock'n'roll qui continue.
- Marion Watras
Est-ce lié à son passé de ville ouvrière, à sa relation frontale aux éléments, au caractère à la fois fier et rugueux de ses habitants ? C'est sans doute un peu tout cela à la fois qui donne à Brest ce côté rock, punk même, diront certains. Entre la ville et la musique, nul doute en tout cas qu'il s'est noué au fil des ans une relation très intime. Mais quand tout cela a-t-il commencé ? Le rock a-t-il vraiment débarqué à Brest avec les Américains en 1917, comme on l'entend dire parfois ? Pour répondre à cette question, un nom s'impose, celui d'Olivier Polard, historien, musicien à ses heures perdues, il est l'auteur de plusieurs livres, dont 40 ans de rock à Brest, paru en 2005.
- Olivier Polard
Pour la batterie, pour le saxophone ou le banjo, c'est là que c'est arrivé, ça a modifié pas mal de choses dans le paysage local avec l'émergence de salles de balle et de nombreux orchestres qui ont animé les week-ends des Brestois pendant une quarantaine d'années facile. Et c'est surtout au milieu des années 60 qu'il y a toute une génération des baby-boomers qui arrivent et qui vont monter plein de groupes de reprises de rock et qui vont faire les beaux jours de la Redoute notamment, le Vauban aujourd'hui. C'est une ville de garnison, Brest, surtout avant, un peu moins maintenant, mais Il y avait une vie nocturne assez intense, il y a toujours eu. Et puis, on dit souvent que les Bretons aiment la musique traditionnellement. Je pense que ça a dû jouer aussi dans le fait d'avoir une population qui aime bien ça, qui a été baignée et puis qui est assez curieuse des nouveautés.
- Marion Watras
Les années 60, une période d'effervescence où la musique prend une place de plus en plus importante dans la vie des Brestois. Olivier Pollard nous replonge dans l'ambiance de l'époque.
- Olivier Polard
C'est trois balles par week-end, le samedi, le dimanche après-midi, le dimanche soir. Et donc les concerts en matinée, le dimanche après-midi, qui sont pour les jeunes, à 15 ans ou 14 ans, on allait aux bals le dimanche après-midi. Et on entendait sur scène un groupe qui reprenait les Stones ou les Beatles ou les Doors et tout ça, mais avec un gros son. Et tout le monde dansait, les filles, les garçons. C'était une jeunesse qui savait qu'elle vivait un truc quand même un peu exceptionnel que les parents n'avaient pas du tout vécu. Et ça cartonne. Après, il y avait surtout la Redoute. Dans le reste du Finistère, il y avait des salles partout, il y avait des cars qui partaient de la place de Saint-Martin pour aller vers la Tocade, à Ploudalmézeau, vers Lesneven, au Capri. Il y avait vraiment des lieux partout. C'était du yaourt au niveau du chant et tout ça, mais petit à petit, avec 12 heures de musique non-stop sur deux jours, ça forme d'excellents musiciens, et les grands musiciens des années 70 en France sont des musiciens qui viennent du bal.
- Marion Watras
Dans les années 70, les salles se transforment petit à petit en night club. Beaucoup de musiciens de bal arrêtent alors leur activité. Il faudra attendre la fin de la décennie pour qu'une nouvelle génération arrive.
- Olivier Polard
Le premier grand groupe de rock Brestois c'est Nicolas Cruel en 1978, entre Blues Rock à la docteur Feelgood et l'émergence du punk à la Damned to Sex Pistols quoi. Ils étaient un peu entre les deux, alors ça va pas durer très longtemps parce que c'est compliqué pour un groupe de vivre sans argent. Le problème c'est l'argent essentiellement, et pouvoir tourner ça demande avoir un fourgon, mettre de l'essence dedans, etc. Donc c'est une économie très compliquée à l'époque, et ils vont rater le coche et le groupe va s'arrêter assez vite en fait. C'est là qu'on se rend compte qu'on est vraiment très loin de tout, parce qu'il faut faire 300 km pour aller jusqu'à Rennes, puis 600 pour aller jusqu'à Paris, et que vraiment on est excentré. On parlait toujours de Rennes, Ville Rock, et de ça en 80, 79 avec Marquis de Sade, et du coup il y a un sentiment de... un peu les losers, les prolos du bout du monde. Et ça ne va pas empêcher les groupes de se former, de jouer dans les bars essentiellement. Ça va devenir un réseau qui va se créer. Il y a Rock Sur La Blanche aussi, un festival, Bresto-Brestois, pour la fête de la musique, tous les ans à Kennedy. Et ça va donner vraiment une période vraiment chouette et vachement riche.
- Marion Watras
Fin des années 80, un âge d'or dans les souvenirs d'Olivier Pollard. Les Locataires, groupe phare de la scène brestoise, émergent à ce moment-là et sortent deux albums. Mais c'est surtout avec Miossec que la scène brestoise se fera véritablement un nom dans toute la France.
- Olivier Polard
95, l'arrivée de Miossec, qui parle de Brest surtout. Voilà, et qui en parle tellement bien et qui du coup ça nous a fait vraiment chaud au cœur à ce moment-là. Vachement fier de ce gars-là. C'est vraiment Miossec qui va offrir à Brest une lisibilité qu'elle n'avait pas du tout avant. Juste après Miossec, Matmatah arrive dans un genre très différent quand même, mais qui vont un peu... enfoncer le clou quoi et là on est les premiers surpris parce que pendant des années des années on résonnait pour nous mêmes à défaut de résonner pour le reste de l'hexagone et là tout d'un coup claque on parle dans la presse française on entend Lambé An Dro à la radio. Mais viens faire un tour à Lambé... enfin pour un marseillais ça veut rien dire c'est rigolo... le début d'autre chose, à partir de ce moment là.
- Marion Watras
C'est à cette époque-là que Mathilde Vigouroux découvre le rock et les concerts. Aujourd'hui responsable de la communication à la Carène, la salle de musiques actuelles créée à Brest en 2007, elle a grandi dans la cité du Ponant. Elle nous raconte comment la jeunesse prestoise occupait ses soirées dans les années 2000.
- Mathilde Vigouroux
Moi j'ai beaucoup traîné jeune dans les MPT. Il y avait des concerts à l'époque tous les week-ends dans les MPT, entre celles du Valy Hir, de l'Harteloire, de Bellevue, de Plouzané également. Et c'est vrai qu'on se retrouvait tous les week-ends à voir tous ces groupes de rock.
- Marion Watras
Mathilde Vigouroux n'est pas nostalgique de cette époque pour autant, car l'énergie est toujours bel et bien là.
- Mathilde Vigouroux
Il y a toujours une émulation brestoise quand même. Dans les studios de la Carène, il y a quand même 450 musiciens qui répètent à l'année. Et beaucoup de groupes rock, d'ailleurs. Et puis, il y a toujours des groupes qui ressortent, qui continuent aussi. Je pense à Justice Divine, qui fait des tournées, mais à Syndrome 81 aussi... Le Mamøøth. C'est tout un écosystème plutôt du rock'n'roll qui continue.
- Marion Watras
Particularité brestoise très précieuse pour les groupes, l'existence de radios comme Fréquences Mutines et Radio U qui aident les musiciens à émerger, et les nombreuses associations portées par des passionnés qui se démènent pour organiser des concerts. Mathilde Vigouroux en a créé plusieurs, dont la dernière en date, Pen Ar Dead, mais ce n'est pas la seule caractéristique du monde de la musique à Brest.
- Mathilde Vigouroux
Il y a cette capacité qu'on a aussi à travailler ensemble, à faire des passerelles entre plusieurs associations, entre plusieurs esthétiques. La musique, elle n'est pas cloisonnée en fait. Et ça, c'est très brestois.
- Marion Watras
Quid des femmes dans ce milieu du rock dominé par les groupes masculins ? Elles sont bien là et la carène notamment leur porte une attention particulière.
- Mathilde Vigouroux
Je pense à Louise Papier qui est maintenant à Rennes mais qui a été suivie par le label brestois Music from the masses. Je pense à Championne, je pense aussi au groupe ici qui répète dans les locaux, les Band of bitches qu'on a vu beaucoup aussi sur Brest. Et puis toutes ces femmes qui aussi ont marqué l'histoire du rock à Brest avec par exemple HHM, en tout cas à cette époque des MPT où on y allait tous. La musique c'est une expérience, donc des shoots d'adrénaline, c'est des souvenirs de concerts, d'aller voir des groupes. Je trouve que les gens viennent vivre encore des expériences live en tout cas.
- Marion Watras
C'était Brest dans l'oreillette, le podcast de la ville de Brest. Les Loups-Noirs, Nicolas Cruel, Les Locataires, Matmatah, Miossec, Justice Divine, Syndrome 81 et Louise Papier ont constitué la playlist de cet épisode. Il vous a plu ? Abonnez-vous !