- Speaker #0
Tu as dit que l'une des façons de te déconnecter ou bien justement d'éviter de tomber là-dedans...
- Speaker #1
Et hop, une autre perche ! Exact !
- Speaker #0
C'est de prévoir un voyage que tu ne feras peut-être pas ou que tu verras. L'année passée, donc en 2025, tu es allé trois semaines en Chine. Pour t'immerger au maximum, tu es... Tu étais allé en Chine, mais... Quelques années avant,
- Speaker #1
il y a 15 ans,
- Speaker #0
effectivement. Et donc, toi qui viens du monde IT, donc maintenant depuis plus de 30 ans, on parle beaucoup des US, de la Chine, de l'Europe, où on a un retard en Europe qui est assez gigantesque, si on prend aussi les investissements massifs qui sont faits aux Etats-Unis ou justement en Chine, donc pour l'IA typiquement. Selon toi, parlons de l'Europe, après on pourra parler de la Suisse, est-ce qu'on peut encore gagner quelque chose dans cette thématique-là ?
- Speaker #1
C'est intéressant parce que la question de la souveraineté aujourd'hui est fondamentale. On voit avec les comportements de notre allié américain. qu'il faut faire attention, il faut se positionner quand même de manière assez intelligente sur du long terme. Bien évidemment que ce ne sont pas des choses qui se résolvent de manière facile sur du court terme. Ce que j'ai réalisé en allant en Chine, je fais juste une petite parenthèse. Ce qui est intéressant, c'est que mon voyage en Chine, c'était un voyage anti-burnout. À un moment donné, j'ai réalisé que j'étais dans le rouge. Je me suis dit, il me faut trois semaines. Il me faut trois semaines, j'ai pas les moyens de me faire trois semaines n'importe où. Donc en gros, j'ai choisi la Chine parce qu'économiquement, c'était intéressant d'y aller et d'y vivre pendant trois semaines parce que j'y avais été il y a quinze ans et ça m'avait pas mal perturbé déjà et j'avais envie d'y aller. Mais après, je me suis construit tout un narratif pour justifier que je prenne quand même trois semaines de vacances, j'allais rencontrer une culture, j'ai publié sur LinkedIn et puis en fait, j'ai rencontré plein de monde et c'était super. C'est pas parce que je suis parti tout seul sac à dos, peu près. Enfin non, je... Je prépare mon voyage bien à l'avance, mais je suis quand même parti tout seul. Et donc, effectivement, ce que ça m'a marqué, j'ai plein d'aspects qui m'ont marqué en Chine, mais notamment l'aspect lié à l'impact de l'évolution technologique. Alors, je mets juste en deux mots et après je reviens sur l'Europe. L'avenir se construit en Asie, dont... Notamment en Chine. Je pense que c'est impressionnant, on ne se rend pas compte quand on est ici dans notre monde, on est très orienté sur ce qui se passe aux Etats-Unis, etc. On entend parler de la Chine mais on n'y croit pas. On a même de la peine à penser qu'un pays communiste peut devenir la première puissance capitalistique mondiale. On a de la peine à penser qu'un pays où on n'a pas une liberté de pensée, d'expression et d'académie, qu'on peut être innovant, en fait il nous montre le contraire. Ce n'est pas la même innovation que chez nous, mais c'est une innovation de scale-up qui est hallucinante. Donc déjà, ça c'est le premier élément. Alors pourquoi je parle de ça ? Parce qu'effectivement ça veut dire que pour eux l'Europe c'est un musée, c'est un endroit où on va en vacances regarder des vieux bâtiments puis voir de l'histoire ancienne, mais qui est moins pour eux connectée et vivante que leur histoire qui remet au goût du jour à travers une puissance économique en forte progression alors que nous, nous sommes une puissance économique je dirais en descente. Donc ça c'est pas bien ou mal de le dire. je pense que c'est juste factuel.
- Speaker #0
On parle beaucoup de souveraineté digitale, mais quand il s'agit de passer à l'action, on ne sait pas toujours par où commencer. Heureusement, ici en Suisse, on a un acteur de confiance, Infomaniac. Avec ses outils comme le mail, le chat professionnel, le drive ou encore son IA Eurya, Infomaniac permet de garder ses données en Suisse avec un contrôle total. Moi, je les utilise depuis des années. Le respect de la vie privée, leur engagement social et leur engagement vis-à-vis de l'environnement C'est exactement ce que je cherche. C'est pour ça que cette collaboration est une évidence.
- Speaker #1
Maintenant, tout nous appartient. Alors je dis l'Europe, parce que je pense que la Suisse fait partie de l'écosystème européen. Je suis plutôt pro-européen. Juste rationnellement, on est dans cet environnement-là. Donc je pense qu'on a intérêt, nous, en Europe, à se réveiller. On a été, pendant un siècle, un siècle et demi, la première puissance, collectivement, la première puissance mondiale. On l'a perdu à la fin de la Deuxième Guerre mondiale grâce aux États-Unis qui nous ont sauvés, on ne va pas le redire. Mais on s'est beaucoup appuyé sur eux quand même. Je veux dire, quand on est en train de réaliser que notre système de défense dépend des Américains, que notre système économique dépend des Américains, que notre système technologique dépend des Américains, c'est quand même un constat un petit peu con, quoi. Pour se dire qu'on est quand même censé être intelligent, on est quoi ? 450 millions en Europe ? On est quand même collectivement la première puissance économique. ou la deuxième en tant qu'entité, qu'on a les moyens de faire des choses. Et je pense que si on veut arrêter de dépendre des décisions, pour l'instant ça nous frappe beaucoup les décisions de notre ami Trump, tant mieux parce qu'en fait il nous montre juste ce qui nous attend après, quand ce sera Xi Jinping et ses collègues. Donc il y a un moment donné, il faut qu'on se réveille, il faut qu'on se mette ensemble. Alors c'est dur de se mettre ensemble quand on est aussi différents. C'est assez intéressant, je pense qu'en Suisse on est bien placé pour le comprendre. Mais je pense que la seule chose qui peut vous fédérer, c'est les autres à l'extérieur. Parce qu'en fait en Suisse, on n'est pas d'accord sur plein de trucs, sauf qu'on est d'accord qu'on est les meilleurs que tous les autres pays autour de nous. Donc fondamentalement, je trouve ça intéressant de pouvoir justement travailler un petit peu sur cette thématique-là. Alors on voit très bien qu'il y a un engagement aujourd'hui autour de la défense, intéressant. Il y a des impacts dans les technologies, bien évidemment. Mais je pense que sur les technologies, on doit aussi réagir très très vite. Parce que ça va prendre du temps tout ça, la défense sur les technologies bien évidemment. Et je pense que la guerre, qu'elle soit économique ou même militaire, elle se met en place aujourd'hui sur les éléments technologiques. Si on prend un exemple très très simple, il suffit de couper Starlink pour les Russes pour que les Ukrainiens regagnent 200 km² de terrain. Ça montre juste l'impact d'une technologie et le fait d'avoir laissé cette technologie aux mains d'une entreprise privée américaine peut avoir sur l'écosystème mondial. Donc je pense que c'est important et nous, en tant qu'école, alors là je reviens sur notre rôle en tant que 42, parce que j'ai ma vision de citoyen d'abord, que je peux exprimer, j'ai ma vision de patron d'une école, qui est de dire nous on est là pour former des gens ici. Parce qu'on nous a dit il y a 20 ans il n'y aurait plus d'informaticiens en Suisse parce qu'on allait tout mettre en Inde. On nous a dit il y a 10 ans il n'y aurait plus d'informaticiens parce qu'on allait tout mettre dans le cloud. On nous a dit il y a 2 ans il n'y aurait plus d'informaticiens parce qu'on allait tout mettre dans l'IA. Résultat, on a toujours des informaticiens et on en a besoin de plus en plus. Arrêtez vos conneries. Donc il faut les former là, il faut former des gens locaux, différents, divers et variés. Et il faut travailler avec des acteurs locaux, il faut que les entreprises locaux aient du bon. On travaille avec Infomaniac par exemple, tu as interviewé Marc il n'y a pas très longtemps. parce que c'est un acteur local qui fournit, on parlait d'IA, nous c'est important d'utiliser des modèles d'IA qui sont open source, qui sont hébergés chez Infomaniac, qui sont responsables en termes de souveraineté, en termes d'impact aussi écologique, parce que tout ça consomme, et c'est important de travailler là-dessus. Si on veut aller, si on ouvre à Zurich, c'est aussi pour avoir cette vision nationale, pour soutenir les acteurs nationaux. Et on n'est pas les seuls, les PFL, les TH, les UNI, les HES, donc tous ensemble. Il faut avoir cet écosystème-là et puis il faut résister aussi à la facilité, parce que c'est effectivement plus facile. Tu en parlais, je ne sais plus, avec Mathieu, sur la facilité d'utiliser les GAFAM. Oui, bien sûr que c'est plus facile. Mais sauf qu'à un moment donné, si on ne donne pas la chance à d'autres acteurs locaux d'utiliser leurs solutions et de payer pour leurs solutions, ils ne vont pas avoir les moyens de se développer. Moi, j'étais dans une équipe de développement e-banking à la Banque Autonome Vaudoise. Notre concurrence, c'était l'UBS ou le Crédit Suisse. On n'avait pas les moyens de l'UBS et du Crédit Suisse. Mais nos clients, ils regardaient les produits et puis ils comparaient. Quand tu es chez Infomaniac, tu n'as pas les moyens de Google, mais tes clients, ils regardent les produits et ils ne comparent pas. Donc si on veut faire un effort, nous, en tant que consommateurs, parce qu'on vote avec notre portefeuille, c'est aussi de choisir ça et de soutenir ça. Si on veut faire un effort en tant que pays, c'est de continuer à investir et puis de soutenir aussi les acteurs locaux. Et puis peut-être pas aller tout déco-localiser chez Alibaba et les GAFAM, nos écosystèmes confédérés. Donc voilà. Je pense que c'est super important aujourd'hui. Il y a un vrai enjeu là-dessus. C'est politique. C'est un choix politique. C'est un choix de société, c'est un choix politique. Et je pense qu'on a plus de liens avec nos collègues européens qu'avec même nos collègues américains, que nos collègues russes ou chinois. Ce n'est pas une question d'être gentil ou méchant, c'est une question d'être pragmatique. Je pense que là, il faut vraiment faire attention.
- Speaker #0
Et par rapport à la Chine, est-ce que nos devs ont encore un avantage ici en Suisse ?
- Speaker #1
Alors, je pense que leur avantage principal, c'est d'être proche de l'entreprise qui doit se réinventer. Parce qu'en fait, ce qu'on a bien vu avec l'offshore, c'est que quand on externalise des commodities, les RH, la compta, des choses qui ne sont pas la clé de leur différenciation, ça marche. Parce qu'en fait, c'est des produits standards qu'on utilise de manière standard au sein des entreprises. Par contre, où ça ne marche plus, ou beaucoup plus difficilement, c'est quand c'est notre cœur de métier. La grande force de la deuxième vague de l'arrivée d'Internet, c'était la digitalisation. Non pas l'automatisation des processus qu'on avait, genre je vais faire des paiements à la poste à la main, ou je les fais sur un e-banking, c'est de l'automatisation. Par contre, quand j'achète de la crypto-monnaie, ce ne sont plus les mêmes produits, ce ne sont plus les mêmes logiques derrière. Donc là, c'est la phrase que j'appelle la digitalisation. Quand on a commencé à changer complètement la manière de faire les produits ou les produits eux-mêmes, ça pour le faire, il faut être au cœur de l'entreprise. Déjà, je ne peux même pas externaliser ça chez un prestataire, quel qu'il soit, et encore moins quand il est complètement ailleurs. Alors, si je suis une entreprise internationale, industrielle suisse, et puis que j'ai mes équipes, ma production en Chine, je pourrais avoir mes équipes informatiques au plus proche de ma production en Chine. Ça a du sens. Maintenant, quand je suis une entreprise suisse établie en Suisse, même d'aller le mettre ça à Grenoble. qui parle la même langue qu'il y a deux autres voitures, c'est déjà en soi pas forcément ultra intelligent. Donc moi je crois beaucoup à ce que toutes les métonagines nous disent, si vous n'êtes pas assis dans la même pièce, c'est plus difficile de vous comprendre. Déjà deux étages différents, dans le même bâtiment, c'est pas simple. On est en train de parler de la Chine. Moi j'y étais, c'est loin. Personne ne parle l'anglais, personne ne parle l'anglais. Je veux dire, à Shanghai, la réception de l'hôtel, c'était une chaîne française. J'avais vaguement un gars qui parlait l'anglais. Il faut juste se rendre compte. Heureusement qu'il y avait WeChat où je pouvais écrire les messages, puis lui les repasser, puis on s'envoyait des messages. Donc voilà, c'est ça dont on est en train de parler. Et ça, je trouve intéressant. On est tellement centré sur nous-mêmes qu'en fait, on ne se rend pas compte qu'on est, quoi, 450 millions ? à parler. Il y a combien de langues en Europe ? Il y a 30 pays, il y a, disons, une quinzaine de langues, pour faire simple. Là-bas, ils sont 1,4 milliard, dans 90% par le mandarin. Quand ils créent une start-up, ils scalent direct. Ils n'ont pas le problème de la scale-up. Wow ! C'est assez intéressant. Moi, je trouve super intéressant d'aller voir ailleurs. Je vais au Japon cette année parce que je suis allé au Japon il y a 20 ans, que je vais y retourner. Le Japon m'intéresse parce que c'est une civilisation occidentale au sein de l'Asie depuis l'ère Meijing. Ça a été la deuxième puissance économique du monde dans les années 80-90. ça a perdu la place, passe à la Chine, ils sont, au niveau de l'écosystème, ils sont dans l'aspect d'influence chinoise, comment eux, ils vivent maintenant cette transformation-là ? Je trouve intéressant d'y retourner pour voir ça. Et effectivement, moi, je parlais de ma curiosité, moi, j'aime comprendre ces mécanismes, et puis après, c'est de dire, mais qu'est-ce que je peux faire à mon niveau ? Déjà en parler, déjà me questionner, me battre, essayer de convaincre. Ce n'est pas grand-chose. Je ne veux pas changer la politique européenne en matière de technologie, ni la politique suisse, ni même la politique vaudoise. Mais je pense que c'est intéressant de le faire, c'est intéressant d'en parler. Et puis, on peut tous faire des petites choses pour que ça aille mieux dans ce contexte-là.
- Speaker #0
Merci d'avoir écouté cet extrait. Et s'il t'a plu, n'hésite pas à aller regarder ou écouter l'épisode en entier. D'ailleurs, n'hésite pas à partager le podcast autour de toi. Ciao, ciao !