- Speaker #0
Bonjour et bienvenue, je suis Mickaël Salinière. Après avoir travaillé plus de 10 ans en banque, je me suis lancé dans l'entrepreneuriat pour créer Maison Lajwa une marque de boissons sans alcool. Partant de zéro, j'ai décidé d'aller à la rencontre des acteurs du secteur pour comprendre les défis qui m'attendaient. C'est cette aventure que je vous invite à partager dans le podcast Business & Boissons. Au fil des épisodes, nous découvrirons des personnalités qui nous raconteront leur parcours, mais surtout qui viendront nous donner des clés pour appréhender au mieux l'univers de la boisson. Aujourd'hui, j'ai le plaisir de recevoir Gwen Salley. Avec son associé Yulia, ils ont fondé Maison Giulia, une marque de boissons sans alcool d'exception qui célèbre l'art de vivre méditerranéen. Ils se sont lancés sur le marché il y a un peu plus d'un an et aujourd'hui, Gwen va nous raconter son histoire, la jeunesse de sa marque et surtout, nous faire un retour d'expérience de cette première année. Gwen, bienvenue.
- Speaker #1
Salut Mickaël, merci de m'accueillir.
- Speaker #0
Merci, je suis ravi que tu sois là. Moi, quand j'ai commencé à m'intéresser au... Au secteur des boissons sans alcool, vous vous lancez sur le marché et souvent quand on entreprend, on regarde ce que font les leaders, les gros du marché. Mais ce qu'on nous dit aussi, c'est que finalement, c'est en observant ceux qui sont proches, ceux qui ont un peu d'argent sur toi, que tu apprends le plus. Donc j'ai vraiment été très attentif à votre trajectoire, à ce que vous avez fait et je vous félicite pour tout ce que vous avez déjà réalisé. Et du coup, je suis très content que tu sois là aujourd'hui.
- Speaker #1
Merci beaucoup et puis je dois dire que nous, on a fait exactement la même chose quand on s'est lancé. On voyait des marques qui s'étaient lancées un an avant nous et puis on regardait un petit peu leur trajectoire, les choix qu'ils avaient faits. Puis ça nous a forcément nourri.
- Speaker #0
Super, je suis encore une fois ravi que tu sois là et j'espère qu'on va passer un bon moment ensemble.
- Speaker #1
J'en suis sûr.
- Speaker #0
Alors, comme pour chaque épisode, au début j'aime bien que nos invités prennent le temps de se présenter. Est-ce que tu peux te présenter en quelques mots pour celles et ceux qui ne te connaissent pas ?
- Speaker #1
Oui, bien sûr. Écoutez, bonjour. Moi, je m'appelle Gwen, j'ai 31 ans. On a monté Maison Giulia avec mon épouse il y a un peu plus d'un an, après 18 mois de R&D. On a tous les deux un passé un peu plus dans la tech. On a tous les deux travaillé dans des organisations plutôt liées à l'innovation. Moi, en travaillant dans des incubateurs, des accélérateurs et des fonds d'investissement à Paris et puis ensuite dans le sud de la France, à Marseille. J'ai grandi moi initialement dans le sud de la France et donc c'était un petit peu un retour aux sources et puis c'est de là qu'on a créé Maison de Giulia et c'est de là que vient la marque aussi. Et puis peut-être un élément important aussi sur notre parcours c'est que Giulia n'est pas française, elle est russo-canadienne et on s'est rencontré au Canada où j'ai vécu pendant 8 ans. Et donc voilà c'était aussi Maison Giulia c'est aussi un petit peu le regard de personnes qui viennent d'ailleurs sur la Méditerranée. sur son terroir, ses gens, ses paysages, et essayer de capturer ça et de le partager avec le monde.
- Speaker #0
Super, c'est une très belle présentation. Tu as dit que tu avais grandi ça dans le sud de la France ? Est-ce que tu peux nous en dire plus ? Où est-ce que tu es né ? Où est-ce que tu as grandi ?
- Speaker #1
Je suis né en Bretagne, donc ce n'est pas trop dans le sud de la France. J'ai grandi en Bretagne de 0 à 10 ans, précisément à Cancale. Et ensuite, par... mes parents ont déménagé dans le sud de la France pour des raisons professionnelles et donc j'ai fait de 10 à 18 ans finalement dans le sud de la France entre Marseille et Toulon dans une ville qui s'appelle Saint-Cyr-sur-mer et puis ensuite à 18 ans je suis parti au Canada pour faire des études, apprendre, voyager, faire plein de trucs et puis voilà après la vie nous a fait, on n'avait pas forcément une volonté de revenir vivre dans le sud de la France et c'est vraiment par le biais de tout simplement professionnellement en fait on a été amené à vivre dans le sud et on se dit c'est trop bien et maintenant on adore et on n'a pas envie de partir comment ça se passe à 10 ans quand tu passes de cancale à saint-cyr sur mer c'est un choc culturel non c'est profondément un choc culturel ouais non c'était pas simple parce que on a grandi Comme des bretons, quoi. Tu peux dire plus,
- Speaker #0
ça veut dire quoi, comme des bretons ?
- Speaker #1
Non, mais tu vois, on est habitué à l'Océan Atlantique, on a nos petites habitudes, et puis nous, on n'était pas une famille qui voyageait forcément beaucoup. Moi, je n'avais pas quitté la France avant un certain âge, etc. Et donc, c'est sûr qu'à 10 ans, quand on est arrivé dans le sud de la France, c'est un changement culturel majeur. Donc, ça n'a pas été forcément si simple, mais bon.
- Speaker #0
ça nous a donné le goût du voyage ça c'est sûr et t'as réussi à t'intégrer facilement dans ta nouvelle école ?
- Speaker #1
c'est une super bonne question parce qu'en vrai pas tant que ça au début c'était dur ? ouais ça m'a pris un petit 6 mois en fait je suis arrivé en plus j'étais en CM2 je suis arrivé en milieu d'année et donc là t'arrives et tout le petit nouveau machin en plus il supporte pas l'OM du coup tu vois ça pose question Donc non, ça a été un peu compliqué les six premiers mois. Et puis après, j'ai changé d'école quand j'ai passé la sixième. Et là, ça a été plus simple parce que c'est un nouveau cycle, tu vois, quand tu rentres au collège. Et donc là, tu t'adaptes un petit peu plus. Et tu te fais des amis que tu gardes beaucoup plus longtemps. Oui,
- Speaker #0
parce que quand tu arrives en sixième, tout le monde est un peu nouveau, tout le monde arrive dans un nouveau collège. Donc, ça rebat les cartes.
- Speaker #1
Oui.
- Speaker #0
Ok.
- Speaker #1
Et ça, c'est l'intérêt du voyage aussi. C'est que dès que tu emménages dans un nouvel endroit, tu peux un petit peu te réinventer aussi au passage.
- Speaker #0
Et quand tu étais plus jeune, tu avais déjà des passions ? Tu faisais du sport ?
- Speaker #1
Oui, bien sûr. J'ai fait le foot, forcément. Mais j'ai fait aussi pas mal de cyclisme. Ouais, c'est un sport, c'était un de mes cousins qui faisait beaucoup de vélo. Je regardais toujours le Tour de France à la télé l'été. C'était pour moi un sport exceptionnel. Et puis justement, je voyais aussi que je découvrais la France en fait, en regardant ce Tour de France au mois de juillet. Et ça m'a donné envie de faire du vélo et j'en ai fait quelques années.
- Speaker #0
C'est pas évident comme sport.
- Speaker #1
C'est super dur. Et puis j'ai dû arrêter pour des raisons. J'avais ces petits trucs au genou là où tu dois t'arrêter de faire du sport pendant quelques années. Et en fait, à côté de mon école, il y avait un golf. Donc, je n'avais plus le droit de faire de sport pendant deux ans. Et du coup, mes parents m'ont dit, mais tu dois avoir une activité. Et en fait, il y avait une école de golf. Et donc, je suis allé faire du golf. Et ça m'a appris d'autres trucs.
- Speaker #0
C'est complètement différent, mais...
- Speaker #1
Genre la patience, tu vois, ce genre de truc.
- Speaker #0
Bien sûr. Oui, c'est assez différent. Mais il y a le côté de la maîtrise de soi, peut-être, qui est important dans les deux. Et OK, très sympa. Et j'ai vu qu'au moment de tes études, tu es parti très tôt à l'étranger. C'était une volonté de ta part, de tes parents ?
- Speaker #1
Alors non, ni de mes parents. En fait, comme je te le disais, nous, on n'est pas une famille qui a forcément beaucoup voyagé à l'étranger dans notre jeunesse. Et je ne sais pas comment l'expliquer, mais je me suis retrouvé en première avec un petit peu en regardant les options qui se présentaient devant moi, avec des gens qui commençaient à parler de prépa, d'école de commerce, de un petit peu les voies traditionnelles qu'on peut voir en France. et je ne me retrouvais pas du tout dans ces... Je ne comprenais pas, je ne savais pas trop où je voulais aller à ce moment-là. Et je commençais à développer cette passion pour la tech, l'entrepreneuriat. Et voilà, ça me travaillait beaucoup. Tu vois, j'étais en classe, au lieu d'écouter, j'étais en train de dessiner des sites Internet sur des feuilles blanches. D'accord. Voilà, ça me travaillait beaucoup. Et je cherchais un peu cette troisième voie. Et par le biais de recherches sur Internet, je me suis rendu compte qu'il y avait un partenariat entre la France et le Québec. Donc la province de Québec au Canada, qui permettait aux étudiants français de ne pas payer très cher leurs études. Et nous, on ne voulait pas payer trop cher pour les études. Je n'avais pas envie de m'endetter. On essayait de faire quelque chose avec nos moyens aussi. Et je me suis dit, mais attends, c'est une opportunité exceptionnelle d'aller vivre en Amérique du Nord, d'aller faire des études, de découvrir autre chose. Et donc, mes notes n'étaient pas au rendez-vous à ce moment-là. Donc, j'ai dû cravacher pendant 12-18 mois pour avoir des notes qui me permettent d'accéder à ces... à ces écoles. Et écoute, ouais, j'ai été pris. Donc, j'ai étudié à l'université Laval où je me suis fait plein de potes, notamment français et notamment parisien, d'ailleurs. Il y a plein de français au Canada. Je pense qu'il y a eu un âge d'or des français qui allaient étudier au Canada. Et non, ça a été une expérience exceptionnelle. Et pour te donner un ordre d'idée, j'ai déménagé au Canada en 2012. Et quand j'ai pris l'avion, c'était mon premier vol long courrier de ma vie.
- Speaker #0
D'accord.
- Speaker #1
Et je déménageais, en fait.
- Speaker #0
Et t'as pas eu peur justement d'aller aussi loin, de partir aussi loin pour toi qui n'avais pas beaucoup voyagé jusqu'à présent ? Même si t'avais eu ce déménagement qui t'avait peut-être marqué dans ton adolescence ?
- Speaker #1
Non, j'avais pas peur. C'était complètement l'insouciance qui parlait. Par contre, le matin après mon arrivée, où le soleil s'est levé sur ma petite chambre étudiante en plein milieu du Québec, et j'ai vu par un autre continent, quoi. Et là, je me suis pris une énorme claque dans la tête en me disant « Mais qu'est-ce que tu fais là, mec ? » Il se fout que tu le fais là ? Bah oui, carrément. Ah ouais, non, non, je me suis pris une grosse claque. Et puis, bah pareil, tout reconstruire, repartir de zéro, se refaire des amis, étudier. Bon, voilà, ça a pris un petit peu de temps, mais je ne regrette absolument pas. Et c'était une des meilleures expériences de ma vie. Et je suis resté longtemps.
- Speaker #0
Et au niveau scolaire, le fait de s'intégrer à un nouveau système, ça s'est bien passé ?
- Speaker #1
Ouais, bah oui, oui, parce qu'en gros... Tu apprends vite les codes de ton nouveau système universitaire. Les notes, elles ne sont pas sur 20, elles sont sur 4. Tes cours, ils sont différents. L'intensité est différente. Les structures sont différentes. La méthodologie d'enseignement est différente. Mais ça, tu t'y fais assez vite, parce que dans tous les cas, tu sors du lycée, donc tu t'attendais en partant aux études supérieures. Je pense que les mecs qui arrivent en prépa, ils se prennent aussi une claque. Bien sûr. Voilà, donc non, non, ça a été une super expérience et je recommande à tout le monde d'aller étudier au Canada parce que les structures sont d'une qualité folle. La qualité de l'enseignement est exceptionnelle.
- Speaker #0
C'est vrai que souvent on voit les étudiants, ils sont souvent invités à voyager pendant leur cursus scolaire. Toi, ce qui est marquant, c'est quand même que tu y étais très tôt finalement. Tu as été directement après le bac. Oui,
- Speaker #1
je pense que ça te fait prendre en maturité aussi parce que tu passes de vivre chez tes parents, aller voir une à deux fois par an. Et donc, en fait, tu te recrées un cocon familial. C'est ce qui a été très fort aussi, je pense, dans mon aventure canadienne. C'est qu'on vivait dans des petites résidences universitaires, une chambre qui devait faire 6 mètres carrés ou 7 mètres carrés. Tout le monde vivait la porte ouverte. Enfin, vraiment dortoir, quoi. Ok. Et en fait, on était pas mal de Français et d'étudiants étrangers à vivre dans ces résidences, majoritairement des gens qui venaient d'Afrique du Nord, d'Afrique, de France. C'était majoritairement des pays francophones qui étaient représentés dans ces universités francophones. En fait, ça devenait ta nouvelle famille.
- Speaker #0
Carrément, j'imagine.
- Speaker #1
Et donc, je me suis fait des super bons potes qui sont encore mes meilleurs potes aujourd'hui.
- Speaker #0
Pendant ton cursus, tu as continué à... T'as eu l'occasion d'aller voyager, d'aller découvrir d'autres universités aussi après ?
- Speaker #1
Ouais, alors à la fin de ma première année, mon frère vivait à ce moment-là. Il venait d'emménager en Chine, à Shanghai, où il travaillait dans l'automobile. Et je me suis dit, autant continuer sur les voyages. Et je me suis cherché un stage à Shanghai que j'ai réussi à trouver dans une startup qui faisait de la livraison de nourriture importée, un petit peu l'équivalent de... je sais pas moi la belle vie comme on peut avoir ici à paris ou alors au champ de rail vous je sais pas les autres systèmes de livraison qui existent ailleurs mais et en fait il faisait ça à shanghai en 2013 avec puis c'était complètement fou on est passé de 80 à 300 personnes en trois mois l'entrepreneuriat à la chinoise quoi directement complètement fou et puis moi j'ai découvert je me suis repris une autre claque quand je suis arrivé à l'aéroport de shanghai très différent du québec j'imagine ah bah oui donc non et et en fait je pense que c'est ça que... Je devenais un peu accro à ce sentiment de se sentir perdu. Quand tu arrives pour la première fois dans un endroit qui est vraiment très éloigné de ce que tu as connu, cette claque culturelle où tu es carrément déstabilisé par tout ce qu'il y a autour de toi, c'est une drogue, c'est trop bien. C'est comme, tu vois, je pense que c'était en deuxième année de l'école, donc j'habitais à Québec. On était à 1000 kilomètres à peu près, donc pas très loin de New York. La première fois où je suis arrivé à New York, on était en bus scolaire avec d'autres étudiants. J'avais les yeux d'un enfant. un enfant de 5 ans qui arrivait dans un Toys R Us pour la première fois. C'est vraiment, t'as l'impression de vivre dans un film. Donc non, j'ai eu cette chance-là. Et puis, je pense que j'ai eu cette chance-là aussi de le découvrir assez tard dans ma vie, c'est-à-dire après 18 ans, parce que tu comprends ce qui t'arrive beaucoup plus. Bien sûr. Non, c'est trop bien.
- Speaker #0
Tu faisais quoi comme cursus scolaire ? Est-ce que ton cursus, il était déjà en relation avec la tech, avec l'entrepreneuriat ? Ou c'était quelque chose de plus généraliste ?
- Speaker #1
Beaucoup plus généraliste, moi j'ai étudié l'économie, donc moi je suis économiste de formation et d'ailleurs ma cofondatrice et épouse Giulia est également économiste. Donc nous on adore dire qu'on sait rien faire, on est carrément des généralistes et en fait on se définit majoritairement par les sujets qui nous intéressent, par nos passions et par l'intensité qu'on a dans ces passions à apprendre et à faire des projets. Donc moi pendant longtemps, et c'est encore le cas, mais c'est complètement l'entrepreneuriat, la tech, c'est des sujets qui m'ont beaucoup passionné. Et là, aujourd'hui, on arrive dans ce monde des boissons avec beaucoup d'insouciance, mais une envie d'apprendre et une envie d'aller vite qui est forte.
- Speaker #0
Et quand tu finis tes études, qu'est-ce que tu fais quand tu finis ?
- Speaker #1
Ouais, alors en fait, pendant mes études, à côté de mes études, j'ai commencé à monter des premières boîtes, des projets. Et notamment un premier projet qui m'a occupé pendant 2-3 ans dans le domaine de l'art, c'était une start-up en fait. une plateforme en ligne qui permettait aux particuliers et aux artistes finalement de d'interchanger une sorte de leboncoin de l'art finalement et ça marche plutôt bien on a levé un peu de fond on avait une jolie équipe et puis est arrivé un moment où on devait faire un petit pivot c'est à dire qu'on devait un petit peu recentrer le produit le projet et puis un des cofondateurs est parti puisqu'il a eu une opportunité moi j'arrivais à la fin de mes études mon vida quand même sous visa mais sous j'avais pas de sous et donc là tu dis ok je dois retrouver un peu une équipe on doit faire un changement sur le produit j'ai pas de job pas de sous pas de visa ça fait beaucoup ouais ça fait beaucoup et donc moi le côté très rationnel de me dit va trouver un job en fait et donc on a on a mis de côté ce projet de boîte et je suis rentré dans un cabinet conseil à toronto Donc j'ai déménagé de Québec pour partir à Toronto. Il s'appelle Deloitte et qui a un gros cabinet qui fait notamment de l'audit. Et moi, je faisais plutôt la partie conseil dans le numérique, dans le digital, pour accompagner des grosses boîtes justement sur des sujets d'entrepreneuriat. Ça, ça me plaisait bien et j'ai fait ça pendant trois ans avant de rentrer en France,
- Speaker #0
ce qui n'était pas prévu non plus. Et très tôt, tu as eu cette vocation finalement, cette fibre entrepreneuriale. Est-ce que ça vient de tes parents ? Tu sais d'où ça vient ?
- Speaker #1
C'est une super bonne question. Mes parents ont été entrepreneurs. Ils ont monté quelques projets au cours de leur vie. Est-ce que ça vient d'eux sûrement ? Je ne sais pas trop d'où ça vient en fait. Je ne saurais même pas l'expliquer. Pour le coup, c'est assez naturel. Je ne me force pas.
- Speaker #0
C'est quelque chose qui t'a attiré et vers lequel tu as été assez naturellement. Quand tu es rentré en France, tu as bossé chez Station F, ça ? Oui,
- Speaker #1
tout à fait.
- Speaker #0
Comment on rentre chez Station F ? Est-ce que tu connaissais déjà Xavier Niel ?
- Speaker #1
J'ai postulé sur LinkedIn, mec.
- Speaker #0
Ok.
- Speaker #1
Non, c'est une super histoire parce qu'on était au tout début de Station F. Station F a été créée en juin 2017. Bien avant, mais en tout cas, l'ouverture était en juin 2017. Et en gros, début 2019, donc un an et demi après l'ouverture, moi j'étais, je me rappelle, dans un taxi, probablement entre un hôtel et un aéroport, parce que je voyageais beaucoup dans le conseil. Et j'étais fatigué, je me dis mais qu'est-ce que je fais ? J'ai envie de faire autre chose. Je m'ennuie et j'avais suivi, évidemment, étant passionné d'entrepreneuriat, l'émergence de Station F, de l'écosystème français. Et j'étais assez passionné par ça.
- Speaker #0
Tu peux rappeler pour ceux qui nous écoutent et qui ne connaissent pas forcément ce qu'est Station F aujourd'hui ?
- Speaker #1
Oui, bien sûr. Alors Station F, c'est le plus grand campus de startup au monde qui a été créé en 2007 par Xavier Niel et qui est dirigé depuis ses débuts par Roxane Varzard, avec finalement la promesse d'accompagner et de faire grandir l'écosystème français en donnant un lieu qui rassemble une communauté, des ressources et des outils pour les entrepreneurs de la tech. donc c'est basé à Paris, c'est une ancienne gare et ça, c'est plus de 3500 personnes au quotidien, plus de 1000 startups accueillies, 30 programmes d'accélération, dont un tiers d'écoles, un tiers de corporate et un tiers d'organisations internationales. Donc c'est un lieu ultra inspirant pour monter une boîte.
- Speaker #0
Bien sûr, c'est assez impressionnant ce qu'ils ont réussi à faire finalement. Comment ils ont réussi à créer cet écosystème à Paris, Paris qui était peut-être en retrait des autres capitales européennes dans le monde des startups. Et qui, grâce à Station F, est devenu aujourd'hui un des leaders presque même mondial, j'ai envie de dire. Oui,
- Speaker #1
alors je n'attribuerai pas ça qu'à Station F. Mais non, non, c'est le génie de Xavier. Il a assez tôt, en fait, eu cette volonté de soutenir l'écosystème et de rendre à l'écosystème aussi. En fait, on avait un souci en France aussi qui était profondément culturel. La place de l'entrepreneur dans la société, la place du risque. voilà vaut mieux aller travailler en banque que monter une start-up et donc en effet on était très en retard dans les années 2010-2015 et il y a eu une succession de projets de politique publique, privée qui ont permis l'émergence de cet écosystème
- Speaker #0
Et Xavier Niel on sait que ce projet là il lui tient fortement à coeur il l'oeuvre beaucoup et il se montre très présent j'ai l'impression pour l'écosystème est-ce que toi c'est quelqu'un que tu avais l'occasion de rencontrer régulièrement ?
- Speaker #1
Quelques fois il passait voir les équipes forcément, il venait assez régulièrement à Station F, donc j'ai eu l'occasion de le voir une ou deux fois et il est comme on l'imagine, il est au jeu. D'une part il prend soin de ses équipes, c'est quelqu'un d'exigeant, c'est quelqu'un de visionnaire, c'est quelqu'un d'extrêmement disponible, aussi bien pour les entrepreneurs que pour ses équipes. Et puis c'est quelqu'un qui laisse aussi énormément d'autonomie, de liberté à ses équipes. Tu peux regarder des interviews où on lui pose des questions sur Station F et à chaque fois il répond la même chose, il dit mais allez parler aux équipes de Station F, c'est pas moi Station F, c'est les équipes. Et c'est vrai, il est comme ça. Donc c'est un entrepreneur exceptionnel qu'on a la chance d'avoir en France.
- Speaker #0
Ouais c'est bien, quand tu travailles avec des gens aussi inspirants, je pense que ça doit t'aider, ça doit te faire mûrir. Un peu plus vite.
- Speaker #1
Forcément.
- Speaker #0
Après, tu rejoins les équipes de The Box à Marseille.
- Speaker #1
Ouais.
- Speaker #0
Donc The Box, c'est un incubateur aussi. Ouais. Mais cette fois-ci, dirigé par Rodolf Saadé. Qu'est-ce qui a fait la bascule ? Pourquoi tu décides de quitter Station F et de partir à Marseille ?
- Speaker #1
Ouais, alors moi, j'ai fait 4 ans à Station F, donc aux côtés de Roxane, des équipes, où on a vraiment fait grandir le projet. On est passé, je pense, quand on est arrivé, on devait être 17 ou 18. Quand je suis reparti, on devait être 40-45 personnes dans l'équipe. Le projet tourne ultra optimisé, fonctionne bien. Bah écoute, quand tu es dans un rôle depuis plusieurs années, tu as forcément envie de continuer à grandir, surtout quand tu es encore jeune. Et c'est vrai que j'avais été approché une première fois par les équipes du groupe CMACGM, et au début je ne comprenais pas forcément, et je ne connaissais pas The Box, et je me posais des questions, et puis un an plus tard on a ré-échangé, et puis j'ai senti que, donc on était en 2022, qu'il y avait une vraie ambition de faire quelque chose de... d'assez fort et à un moment aussi où le groupe CMACGM, qui est à la base un groupe maritime marseillais, pas forcément sur le devant de la scène, c'est vrai qu'ils ont pris une place un peu plus importante dans l'économie française et Rodolphe Saadet a aussi été visionnaire en créant The Box en 2018 et en souhaitant avoir cet écosystème d'innovation côté du groupe donc je les ai rejoints en 2022 avec un mandat c'est assez simple Le mandat, c'était donc de doubler en taille la structure. Donc, il y avait trois accélérateurs qui existaient déjà. Un à Marseille, un en Guadeloupe et un aux États-Unis. Et en gros, on a ouvert dans d'autres lieux qui étaient importants et pour le groupe et pour le secteur. Donc, on a ouvert à Singapour, on a ouvert à Abidjan et on a ouvert aussi au UK. Et donc, l'idée, c'était et c'est toujours d'avoir un réseau d'entrepreneurs liés au... à des sujets de décarbonation, à des sujets de transformation du secteur maritime, qui est un enjeu majeur. On parle beaucoup des métiers de l'ombre, s'en est un, le transport et la logistique. Et aujourd'hui, c'est une industrie qui se transforme et qui se décarbone très, très rapidement.
- Speaker #0
Qu'est-ce qui t'a motivé, du coup, à lancer une marque de boisson après cette aventure auprès des startups ?
- Speaker #1
Rien à voir. Non, bah écoute, donc on a déménagé, donc moi en novembre 2022, je me suis installé à Marseille. Giulia, mon épouse, a suivi quelques mois plus tard, elle travaillait encore à Paris, donc on a eu une petite période de transition. Et c'est vrai qu'en arrivant à Marseille, on commençait à jouer tous les deux avec des idées de monter un projet ensemble. C'est quelque chose qui nous avait toujours un petit peu travaillé. Et c'est vrai que quand t'arrives dans le sud et qu'il fait beau, bah tu prends pas mal d'apéro.
- Speaker #0
Ok.
- Speaker #1
Et donc on se disait, la bouteille de rosée, elle s'ouvre quand même très facilement, le pastis c'est très bon, et on est lundi soir, on prend l'apéro, c'est pas normal. Et donc on se disait, ce serait intéressant qu'on trouve un petit peu des substituts, et au début on a commencé tout simplement à infuser nous-mêmes à la maison des thés froids, on faisait des trucs, et on se disait, c'est intéressant, c'est intéressant, et on a commencé à creuser ce marché-là, et on a découvert ce segment du sans-alcool, en pleine croissance. Et on a découvert des projets qui commençaient à émerger plutôt bien, comme French Bloom, comme d'autres. Et on s'est dit, tiens, c'est intéressant, on a vraiment envie de capturer la Méditerranée et de faire quelque chose de similaire. Et donc, c'est surtout Yulia qu'allant, c'est ça. Moi, je l'ai rejoint au fur et à mesure de l'aventure. Mais on s'est dit, on a envie de capturer le meilleur du terrain méditerranéen et se dire, tu vois, si des Champenois habitaient pas en Champagne, mais habitaient dans le sud de la France. Comment est-ce que le terroir s'exprimerait pour faire une boisson délicate, savoureuse, pour des moments de célébration ?
- Speaker #0
Est-ce que tu peux nous parler justement de Yulia, ton associée, qui aussi est ton épouse ? Moi, dans les échanges qu'on a eus, c'est d'abord avec elle que j'ai échangé dans un premier temps. J'étais vraiment marqué par sa générosité, sa disponibilité. Moi, je les ai sollicités sur LinkedIn parce que justement, je cherchais des informations un peu sur le marché, comprendre un peu comment les marques fonctionnaient. Et l'accueil qu'elle m'a réservé, j'ai vraiment été touché et j'ai vraiment apprécié justement, comme je disais, cette générosité, cette disponibilité. Et c'est aussi grâce à des gens comme elle que j'ai eu envie de faire ce podcast et de partager justement moi mon expérience. Donc, est-ce que tu veux nous parler un peu d'elle ?
- Speaker #1
Bien sûr, je suis forcément biaisé, mais... On se ressemble pas mal parce qu'elle a vécu beaucoup aussi entre deux pays. Donc elle est née en Russie, d'une mère moscovite russe et d'un père russo-coréen. Et ensuite, assez tôt, à l'âge de 10 ans, elle a aussi déménagé. Elle est partie au Canada où elle a vécu quelques années. Ensuite, elle est rentrée en Russie pour repartir au Canada un petit peu plus tard, au milieu de ses études, autour de l'âge de 19-20 ans. Et on s'est rencontré quand on vivait tous les deux à Toronto. Et en effet, elle aussi, passionnée, avec énormément d'énergie. Et voilà, on a des cerveaux qui se ressemblent beaucoup parce qu'on a la même éducation, la même formation. On est pareil. Et non, je suis content que tu me dises ça aussi sur sa disponibilité, parce que je pense que c'est aussi l'une des raisons pour lesquelles on fait ce métier. Nous, on fait ce métier pour rencontrer des gens inspirants, passionnants. On adore passer du temps. Il y a une semaine, on était dans les champs de lavande à côté du lac de Sainte-Croix avec Emmanuel, qui depuis cinq générations produit de la lavande. donc on adore passer du temps avec nos producteurs et nos clients qui sont des chefs, des hôteliers tu vois c'est des métiers de... passionné. Et voilà, c'est des gens qui nous inspirent beaucoup et si on peut, à notre petit niveau, inspirer aussi d'autres personnes dans leurs aventures entrepreneuriales, on veut absolument le faire.
- Speaker #0
Super. Encore merci d'ailleurs. Et justement, tu l'as dit, Julien, il est né à Moscou, toi t'es né en Bretagne, t'as vécu en Amérique du Nord. Pourquoi avoir choisi de mettre la Méditerranée en bouteille ?
- Speaker #1
Ouais, c'est vrai que je suis quelqu'un qui est né en Bretagne, mais j'ai quand même grandi dans le sud de la France et puis... Nous, on aime bien toujours dire avec Yulia qu'on adore vivre dans des endroits comme si on était des touristes ou des expats.
- Speaker #0
D'accord. Avec cet œil, ce regard un peu neuf, cet œil un peu naïf et voilà, une découverte.
- Speaker #1
Oui, complètement. Et on a vécu à Paris pendant trois ans et nous, on a... Plein de gens détestent Paris, mais on a adoré Paris parce qu'on y vivait comme des touristes, à aller prendre notre baguette, notre beret rouge et aller au musée du Louvre et on avait des yeux grand ouvert. En fait quand tu vis avec ce regard un peu d'enfant Partout où tu vas, tu prends beaucoup plus de plaisir et tu ne vois pas tous les mauvais côtés. Donc voilà, on est comme ça. Et c'est vrai, quand on est arrivé dans le Sud, même moi, j'y avais grandi. Pendant la première année où on a vécu dans le Sud, tous les week-ends, on prenait la voiture, on allait dans les petits villages du Luberon, découvrir toute la côte d'Azur. C'était des endroits qu'il ne connaissait pas forcément. C'est des endroits, il y en a beaucoup que j'avais jamais vus non plus. Et c'est vraiment à travers ces week-ends-là, ces voyages-là, qu'on s'est dit, mais il y a un terroir absolument exceptionnel, qui est connu, reconnu, qui attire le monde entier. Et on a envie de le partager avec le monde d'une autre façon.
- Speaker #0
Comment vous êtes passé du coup de cette idée, de cette envie de mettre en bouteille ce terroir ? à la réalisation et finalement au lancement du premier produit et de la première bouteille Maison Giulia. J'imagine que ça a dû prendre du temps. Est-ce que tu peux nous faire part un peu des étapes que vous avez dû franchir et comment tout s'est passé ?
- Speaker #1
Oui, alors ça a pris 18 mois globalement. La première étape, ça a vraiment été, je pense, de beaucoup goûter. En fait, on achetait plein de trucs différents et on n'avait pas forcément une idée précise sur ce qu'on souhaitait lancer. Donc on goûtait des vins désalcoolisés en canette, des kombuchas, des assemblages. On goûtait vraiment plein de trucs différents. Mais vraiment beaucoup, beaucoup. Je pense qu'on a goûté des centaines de trucs.
- Speaker #0
Un secteur assez vaste quand même. On ne s'en rend pas compte, mais quand on commence à s'intéresser, l'offre est quand même très vaste.
- Speaker #1
Ultra vaste. Vraiment très, très vaste. Et c'est vrai que quand tu goûtes plein de trucs comme ça, tu te dis finalement tout est possible. C'est-à-dire qu'aujourd'hui, tu veux lancer une boisson sans alcool. avec un produit, un ingrédient qui te tient à cœur, tu peux le faire. Les options sont absolument illimitées. Et donc, tu es renvoyé à ton propre questionnement de te dire, mais quelle histoire est-ce que tu as envie de raconter ? Et pourquoi tu fais ce projet-là ? Et nous, on faisait ce projet-là vraiment pour capturer cet art de vivre méditerranéen qui nous tenait à cœur, de passer du temps avec les gens que tu aimes, avec tes amis, avec ta famille. d'avoir la chance après le travail d'aller te baigner, plein de petites choses finalement du quotidien qu'on avait envie de partager à travers Maison Giulia. Et donc on s'est dit, ok, on a envie de capturer cette Méditerranée et pas n'importe comment, c'était important pour nous d'utiliser le raisin, mais de ne pas le désalcooliser. Je sais que tu utilises du moins de désalcooliser. Et on pense qu'il y a un segment pour ça, mais de notre côté, on souhaitait vraiment utiliser du vin, du jus de raisin et du verjus, donc non désalcoolisé. Et ensuite, on voulait trouver d'autres ingrédients qui, finalement, ce qui s'est joué, c'était le profil organoleptique, c'est-à-dire tu connais la difficulté quand tu fais du sans-alcool d'aller chercher quelque chose de long, de rond, de complexe, etc. Mais en même temps de lisible, tu peux mettre 15 000 ingrédients ensemble pour faire quelque chose d'exceptionnel.
- Speaker #0
Mais si quand les gens boivent, ils se disent « Ok, cool, c'est bon, mais je ne sais pas ce que c'est. » « Je ne sais pas où je suis. » Exactement, les gens sont un peu perdus. Donc c'était un petit peu notre cahier des charges. On voulait quelque chose de profondément méditerranéen. On voulait utiliser du raisin. On voulait quelque chose de lisible. Et on voulait quelque chose d'organoleptiquement un peu complet, c'est-à-dire rond, long, sucrosité maîtrisée, etc. Donc on s'est fait aider. on a travaillé avec des sommeliers, on a travaillé avec des mixologues on a testé plein de trucs On faisait des mix nous-mêmes à la maison pendant des mois. Je ne devrais pas le dire, mais on piquait des feuilles de figuier de notre voisin qui pendaient au-dessus de notre jardin et on les infusait dans des casseroles. Voilà, c'était la réalité du business au-dessus des vies et ça a duré longtemps.
- Speaker #1
Oui, mais tu es obligé de passer par ces phases de test parce que comme tu dis, les options et les possibilités sont infimes quasiment. Et toi, avant de pouvoir t'entourer de partenaires et de pouvoir leur expliquer vraiment ce que tu veux, tu es obligé vraiment de les orienter, de leur donner du contexte. Et ça, ça passe par les phases de thèse, j'imagine que vous avez pu faire en amont.
- Speaker #0
Oui, et puis en fait, tu dois aussi arriver avec des convictions. C'est-à-dire, tu dois savoir un peu ce que tu veux, mais le problème, en tout cas, nous c'était notre cas, c'est que tu arrives dans un secteur que tu ne connais pas du tout et tu es face à des experts. Et donc, c'est-à-dire que ces experts-là, ils ont des points de vue et ils sont forcément beaucoup plus instruits que les tiens. Parce que toi, tu n'y connais rien et donc, arriver avec des convictions sans avoir forcément l'expérience, Pardonne-moi, c'est un peu casse-gueule. Et donc, en fait, on a dû apprendre aux côtés de ces professionnels-là pendant quelques mois pour se forger des convictions sur le fait qu'on voulait quelque chose de très peu sucré, d'assez fin, et finalement de très très différenciant. Mais ça nous a pris du temps.
- Speaker #1
Et au bout des 18 mois, quand la première bouteille sort, c'est quoi l'émotion finalement ?
- Speaker #0
C'est un sentiment, quand tu es sur ta ligne de prod et que tu vois toutes les bouteilles sortir, tu te dis, c'est un mélange de plein de trucs. C'est un mélange de te dire, on a fait quelque chose, on a fait un truc. Et c'est ça la beauté aussi de faire des produits tangibles dans un monde où une grosse partie de l'entrepreneuriat est aujourd'hui tech, digital, intangible. On voulait faire quelque chose de tangible et c'est vrai qu'il n'y a rien de plus satisfaisant que d'avoir produit quelque chose. de physique, d'avoir fait travailler des producteurs, d'avoir cette chaîne de valeur-là, c'est unique comme sentiment. Et puis ensuite, non, c'est aussi un sentiment de responsabilité, c'est de se dire, mince, maintenant, il faut les vendre.
- Speaker #1
Il faut y aller. Après, ce que j'ai trouvé intéressant dans ce que vous avez proposé, c'est que le marché de la boisson, c'est un marché aussi qui est très vaste, où finalement, ce n'est pas toujours évident d'identifier qui sont nos clients, quel marché on veut cibler. Et je recevais récemment des acteurs du marché qui sont un peu plus expérimentés que vous. Et même en leur posant la question de qui sont leurs clients, parfois ils n'avaient pas une réponse très précise. Et pourtant, vous, chez Maison Julia, j'ai l'impression que vous avez réussi vraiment à proposer le produit qui répond à cette cible et à ce marché-là.
- Speaker #0
Oui, alors c'est drôle que tu dis ça parce qu'on a le sentiment qu'on s'y approche. On commence à mieux connaître notre produit, notre marché, mais c'est très récent. Pour te refaire un petit peu l'histoire, nous quand on s'est lancé, on a pas mal regardé ce qu'a fait French Bloom, notamment parce qu'ils étaient sur cette bulle de célébration, ils étaient sur un segment de prix aussi élevé et quand nous on a finalisé finalement notre recette, on a regardé le coût de production de notre bouteille et on s'est dit mais mince notre bouteille va coûter cher et c'était pas prévu à la base. En fait, à la base, on ne cherchait pas à adresser finalement un segment en particulier. On cherchait surtout à faire une boisson qui nous plaisait et qui, organoleptiquement parlant, Ausha les cases qu'on souhaitait cocher. Et ensuite, selon combien ça coûtait, on allait regarder quel segment on allait adresser. Et en fait, on s'est rendu compte que la feuille de figue et coure, ça coûte très cher. C'est très bon, mais ça coûte très cher. La lavande, pareil, quand c'est bien fait, on utilise des infusions d'une qualité absolument extrême. et tout ça ça a un prix et on fait travailler plein de PME en France sur ces sujets là et on en est super content tout est fabriqué en France 100% de nos ingrédients viennent de France, il y avait une cohérence aussi là dessus à avoir mais ça a un prix et donc on s'est dit mince on est un produit qui coûte cher qu'est ce qu'il y a sur ce segment là et on a vu que French Bloom existait que French Bloom adressait un certain marché et que ce marché là existait donc c'est vachement rassurant de voir que il y a des gens qui ont un peu aussi essuyer les plâtres d'un certain marché et que tu peux te l'adresser. Au final, on est super différent de French Bloom, on ne s'adresse pas du tout aux mêmes clients, mais en tout cas, ça nous a rassurés dans nos premières étapes en nous disant, s'il y a des gens là-dessus, sur ce segment, il y a un marché. et donc nous on s'est lancé en se disant on va vendre un petit peu dans des caves sans alcool, dans des caves plus traditionnelles, donc un peu de retail. Et ensuite, on va faire du CHR et notamment des restaurants gastronomiques parce qu'on est un produit qui est souvent considéré comme gastronomique, alternatif, peu sucré, assez fin, qui se marie plutôt bien avec des plats fins. Et la chance qu'on a eue aussi, c'est que les chefs sont absolument exceptionnels. Moi, j'adore les chefs. C'est des artistes, c'est des gens qui te font confiance. t'as pas encore vendu une seule bouteille dans ta vie mais ils goûtent ils comprennent ils échangent et ils font confiance très tôt nous l'un des premiers chefs à nous avoir fait confiance c'est Gérald Paseda et ses équipes à Marseille donc c'est le petit Nice qui est un restaurant trois étoiles et évidemment tu vas avoir un chef trois étoiles qui te dit je comprends votre démarche j'identifie la qualité de ce que vous avez fait je vais le servir quand tu n'as jamais vendu de boisson de ta vie, c'est quand même super rassurant. Et c'est dire, OK, on continue, il y a peut-être quelque chose à faire. Les restaurants gastronomiques, ça a été aussi notre premier marché. C'est crédibilisant, ça nous rassurait beaucoup. Et puis après, au fur et à mesure, on a aussi rencontré des hôteliers. Et je pense que le déclic a été là. Parce qu'en goûtant notre produit et en commençant à l'utiliser, ils nous ont dit mais votre produit Il nous est utile toute la journée. Là où un champagne, un prosecco, une boisson sans alcool traditionnelle va avoir un segment cocktail ou alors seul dans un verre sur une carte, ils nous disent, vous avec Maison de Julien, on va vous utiliser sur un verre d'accueil. C'est-à-dire que nos clients arrivent de l'aéroport, ils sont fatigués du champagne, c'est des beaux établissements, ils en ont chez eux, ils veulent se sentir en Provence. et donc quand on goûte maison de Juillet quand on sent maison de Juillet, on est en Provence et donc on accueille tous nos clients avec ça donc ça nous d'un point de vue volume c'est déjà énorme, le verre d'accueil et puis ensuite ils nous disent pour le brunch on fait un Julia Mimosa, on rajoute du jus de clémentine à la maison de Julia et ça fait un Mimosa Provençal exceptionnel et puis en fait c'est un peu ça toute la journée on va nous servir au spa, on va nous servir on a fait une collaboration récemment avec une marque d'alcool aussi du groupe Pernod Ricard et donc on peut faire des spritz. Et donc en fait au final, on s'est rendu compte qu'on était là pour sublimer chaque moment, du matin au soir, du lever du soleil au coucher du soleil. Et notre premier segment aujourd'hui c'est les hôteliers.
- Speaker #1
Et tu parlais des chefs, quand on vient pas de ce secteur, quand on n'est pas du secteur de la boisson, vous n'êtes pas forcément non plus de la gastronomie, comment on va à la rencontre de ces chefs ? Comment on échange avec eux la première fois ?
- Speaker #0
Il n'y a pas 36 solutions. Moi, j'ai passé six mois. C'est dommage, je n'ai pas ma glacière aujourd'hui, mais j'ai passé six mois à vivre. J'aime beaucoup mon épouse, mais je vivais plus avec ma glacière qu'avec mon épouse. Donc, j'étais sur le terrain avec ma glacière, mes deux bouteilles, à aller taper à la porte des restaurants, à envoyer des messages sur Instagram, à envoyer des messages sur LinkedIn. Et puis, tu en as un sur dix qui te répond. Donc, il y en a neuf qui ne te répondent pas. Sur les 1 sur 10 qui te répondent, il y en a 50% qui disent que ça ne les intéresse pas, il y en a 25% qui disent que ce n'est pas le moment, et le bon moment, et puis il y a 10% qui vont dire, ah bah tiens, j'ai un créneau de dispo mardi prochain, pointez-vous. Donc le ratio de rendez-vous, de dégustation, de machin, au nombre de bouteilles vendues, est complètement asymétrique au début. C'est à la force, c'est l'intensité qui paye.
- Speaker #1
Et comment tu trouves la force de persévérer dans ce moment-là ?
- Speaker #0
C'est là où c'est la passion, c'est de te rappeler pourquoi tu le fais. Nous, dans notre cas, on s'était donné un petit peu de temps aussi, on ne le fait pas pour des raisons financières, on n'avait pas le couteau à la gorge financièrement de devoir performer ultra puissamment, ultra rapidement, dans tous les cas, on n'avait pas les volumes pour le faire. Donc non, tu le fais par passion. C'est-à-dire que tu es content de rencontrer des nouvelles personnes qui te partagent. Leur passion, leur typologie de cuisine, leur histoire. Un de nos clients, c'est Martin Ferragus, qui a fait top chef il y a quelques années. On a beaucoup partagé aussi. Il est maintenant chef dans un restaurant à Bandol qui s'appelle Les Oliviers, qui est absolument exceptionnel.
- Speaker #1
Est-ce que tu peux nous dire le prix d'une bouteille à maison de Julia chez les cavistes ? Pour que les gens aient en tête. Oui, ça coûte 29 euros.
- Speaker #0
On a conscience qu'on est sur un prix assez élevé. On marche pas plus qu'une autre typologie de boisson. Tout le monde marche un peu de la même manière dans le monde de la boisson, et c'est notre cas aussi, juste assez pour survivre et pour essayer de grandir. Et vous avez déjà eu la réflexion justement des gens qui vous disent Ah 29 euros mais c'est sans alcool C'est quelque chose qui revient des fois ou pas trop ? Ouais si t'as complètement raison Et en fait je pense que Je sais pas comment expliquer mais les gens attribuent une valeur Au fait que quelque chose est de l'alcool Et que ça vaut plus cher parce qu'il y a de l'alcool Alors que en réalité Quand t'achètes une bouteille d'alcool C'est pas l'alcool que tu payes Ce que tu payes c'est le verre C'est la transformation des ingrédients Les matières premières et les taxes C'est tout ça que t'achètes Donc, il n'y a pas encore forcément cette compréhension-là, mais ça commence tout de suite. Ça commence à venir. Tout doucement.
- Speaker #1
Non, mais c'est important parce que tu l'as expliqué aussi. Vous, vous avez vraiment fait un projet d'exception où vous travaillez avec des producteurs français, vous faites tout est fait en France, il y a des artisans derrière, il y a des agriculteurs. Et il faut rémunérer ce travail-là finalement.
- Speaker #0
Oui, il faut le rémunérer. Et puis nous, c'est aussi pour ça qu'on n'est pas... on négocie pas ultra agressivement dans tous les cas on a pas les volumes pour le faire mais on négocie pas ultra agressivement que ce soit nos matières premières ou même les gens avec qui on travaille sur toute la chaîne de valeur tout simplement parce que quand tu fais un projet comme ça, tangible nous notre objectif c'est de partager la Méditerranée avec le monde et donc la Méditerranée c'est pas juste nous c'est les producteurs c'est les producteurs qui font grandir nos figuets tous les ans nos lavants, nos raisins et donc oui non, il faut qu'ils vivent il faut qu'ils vivent bien et il faut que cette valeur là soit partagée donc c'est aussi ça qu'on partage et dans tous les cas je te dirais quand tu es sur un produit à 29 euros si on avait squeezé tout le monde et qu'on avait sorti la bouteille à 24 au lieu de 29 on n'aurait pas multiplié nos volumes par 3 donc on n'est pas dans ce jeu là en fait on n'est pas dans un jeu de volume nous on est dans un jeu de Et dans tous les cas, on n'a pas la capacité de faire du volume. Avec la feuille de figuier corse qu'on utilise, on est en mesure de faire qu'un certain nombre de bouteilles par an. Chaque saison est différente. On doit refaire tout un travail de maître de chez chaque année, tout simplement parce que les profils organo, tu as l'avant d'une année sur l'autre est différent, ton raisin est différent, comme un vin en fait. C'est comme un vin. Donc pareil.
- Speaker #1
Bien sûr. Si on fait un bilan de cette première année, par rapport aux objets que vous étiez fixés au lancement, vous en êtes où aujourd'hui ?
- Speaker #0
On est un peu derrière. Mais c'est bien, parce qu'il faut être ambitieux. D'accord. C'est un objectif ambitieux. Mais non, on est un peu derrière, mais pas de beaucoup. Là, on reproduit tout simplement parce que notre récolte a eu lieu et de lavande et de feuilles de figuier il y a quelques semaines. Donc, nous, on est sur un rythme de production une fois tous les six mois.
- Speaker #1
D'accord.
- Speaker #0
Et pourquoi tous les six mois ? Parce que tu le sais, un produit pasteurisé a une date limite de consommation de 24 mois.
- Speaker #1
Tout à fait.
- Speaker #0
et donc c'est important d'avoir un... d'avoir des nouvelles bouteilles finalement tous les six mois pour que ensuite tes clients aient quand même le temps d'écouler tes produits et que personne ne se retrouve avec une bouteille qui va entre guillemets expirer dans quelques mois on n'a aucune bouteille comme notre première production était en novembre dernier on n'a aucune bouteille qui a dépassé sa DLC mais on a hâte de voir on va en faire vieillir on va voir ce que ça donne parce qu'un produit pasteurisé peut durer très longtemps donc on va en garder pendant des années on va voir ce qui se passe j'ai goûté des Je ne me rappelle plus de la marque, mais quelqu'un m'a fait goûter un sans alcool de 5 ans.
- Speaker #1
D'accord.
- Speaker #0
Donc tu vois, qui était pasteurisé avec une DLC de 2 ans et avec des profils organo qui évoluent. Ça va évoluer aussi ? Ouais, un petit peu. Nous, tu vois, on sait que par exemple sur Maison de Julia, la feuille de figuier prend de plus en plus de rondeur au fur et à mesure des mois. Et voilà, donc ça évolue. Alors ça n'évolue pas comme un vin. je serais pas là à en dire qu'on peut faire des vintage et que des millésimés, etc. Je pense que ce qui est millésimé dans ce secteur-là n'est pas forcément... C'est un peu bullshit, mais tu ne peux pas, c'est pasteurisé.
- Speaker #1
Oui, ça limite l'évolution du produit. Et est-ce qu'il y a des choses sur lesquelles vous aviez misé au départ et finalement, ce n'est pas ce qui a fonctionné ?
- Speaker #0
Oui, la totalité du projet, j'ai envie de te dire. Non, parce qu'en fait, la chance qu'on a eue... Je veux te partager un truc. Moi, j'ai une croyance fondamentale, c'est que pour être un bon entrepreneur, il faut avoir une part d'ignorance dans le problème que tu essaies de résoudre ou dans le projet que tu es en train de mener. Parce que si tu en sais trop, si tu es un spécialiste de ton industrie, tu vois tous les bloqueurs. Et nous, je pense que ce qui a fait notre force au démarrage, et peut-être c'est encore notre force aujourd'hui, mais... C'est qu'on est assez naïf et qu'on n'y connaissait rien. On n'est pas arrivé avec des convictions ultra fortes sur quoi que ce soit.
- Speaker #1
D'accord.
- Speaker #0
On était énormément à l'écoute de ce que les gens nous disaient, que ce soit nos partenaires, les professionnels, lors des dégustations. On écoute les gens, on écoute ce qu'ils nous disent et on ajuste et on s'adapte à eux. Mais on garde aussi un certain nombre de... de principes fondamentaux du projet, de ce qu'on essaye de faire. Et donc, c'est plus apprendre le métier. Je pensais qu'on allait faire plus de volume dans les restaurants, par exemple. Mais un restaurant, et notamment des restaurants gastronomiques, c'est normal, ils ont des cartes très larges, et donc les volumes qui passent sont assez restreints. Donc vivre que de restaurants gastronomiques aujourd'hui, pour moi c'est très compliqué, et je pense que c'est le cas. pour tous les vendeurs de vin qui travaillent avec des grands restaurants gastronomiques. Alors que quand tu es dans des établissements festifs ou des hôtels, avec le bon positionnement au bon endroit, c'est là où tu fais du volume.
- Speaker #1
Tu fais plus de volume que les restaurants gastronomiques. Après, les restaurants gastronomiques, finalement, ils apportent aussi une crédibilité, ils apportent une validation finalement du produit.
- Speaker #0
Complètement. Peut-être les autres apprentissages. Nous, le dry de janvier, ça n'a pas marché. Ça n'a pas marché pour vous ? Non. Non, parce que... Mais par contre, on a super bien marché à Noël. D'accord. parce qu'en fait on s'est rendu compte on est un produit aussi qui s'offre parce qu'on est sûr on est sûr voilà cette gamme là de boissons de célébration donc on est un produit qui s'offre beaucoup qui se marie très bien avec des produits aussi d'exception de la fille donc avec le foie gras à noël et tout ça trop bien marché avec les desserts on marche trop bien en pâtisserie ça on le savait pas du tout on l'a appris on s'en rend compte au fur et à mesure mais voilà plein de choses qu'on n'anticipait pas ou et qui au final fonctionne plutôt bien. Donc ouais, non, le dry jammer est patent parce que les gens ne sont pas du tout dans le même état d'esprit. Ils sortent des fêtes de fin d'année, ils sont plutôt dans une logique de modérer leur consommation, mais ils ne vont pas modérer leur consommation avec des produits d'exception, ils vont plutôt modérer leur consommation avec des choses super bonnes qui existent sur le marché, mais type des kombuchas, des produits... Des produits moins chers.
- Speaker #1
De l'alcool, j'imagine. Oui, exactement. Qui rend en place ce qu'ils ont l'habitude aussi de consommer. Exactement. Alors que vous, je pense que votre projet est quand même assez différent de ce que quelqu'un qui a l'habitude de boire de l'alcool consomme de manière régulière.
- Speaker #0
100%.
- Speaker #1
Est-ce qu'il y a des choses que tu ferais différemment ou que tu penses que tu aurais pu ou dû faire différemment pendant ces ans ?
- Speaker #0
C'est une super bonne question. On n'est pas super bon à avoir des regrets. Non, on n'a pas trop de regrets, je pense. On mène la petite barque et le petit projet qu'on avait en tête. Parmi nos convictions, on a voulu l'autofinancer. Donc, évidemment, on a eu de l'aide de plein de structures. Mais on voulait faire un produit à petite échelle et faire un projet rentable dès le premier jour. Donc, Maison Julia est rentable. On ne se paye pas. on n'est pas en mesure d'en vivre nous-mêmes mais on arrive à payer tous nos fournisseurs, on arrive à payer tous les gens qui nous aident et donc c'est là où on voit que le projet prend de l'ampleur c'est que il y a des gens qui retirent de la valeur de travailler avec Maison Julia ou pour Maison Julia,
- Speaker #1
donc ça c'est top on a hâte le jour où on pourra extraire de la valeur pour nous-mêmes c'est très important puisque finalement si tu veux t'inscrire dans la durée si tu voulais pouvoir continuer et vraiment vous installer sur ce marché Il faut qu'à un moment donné, vous puissiez aussi récupérer de la valeur de ce que vous créez.
- Speaker #0
Bien sûr, non, non. Et puis nous, c'est un projet, on souhaiterait en vivre, tu vois. Mais bon, on s'est lancé en novembre, le projet a six mois. C'est complètement normal qu'aujourd'hui, on ne puisse pas en vivre. On espère potentiellement en 2026, l'un de nous, probablement Julia, pourra passer plus de temps et on espère se sortir un petit salaire, tu vois. Mais on n'en est pas là. Ce n'était pas l'objectif principal. mais en effet on a envie d'inscrire Mais Angela, dans la durée, et pas forcément lever des fonds aussi avec des investisseurs, nous permet de s'inscrire dans la durée. Et ça nous permet de faire des choses, des choix que les gens qui lèvent ne peuvent pas faire, notamment d'être lent sur certains segments.
- Speaker #1
Oui, c'est intéressant que tu le dises parce que toi, tu as toute cette expérience justement des startups, de la tech. Quand on pense startup, tech,
- Speaker #0
souvent on pense au fait de lever des fonds, de voir ce qu'elle est rapidement. Vous, vous êtes sur un tout autre modèle, j'ai l'impression. Là, on peut faire un autre podcast sur ce sujet si tu veux. Mais non, sur le sujet de la levée, en fait, il y a plein de principes fondamentaux, mais l'un des principes majeurs, c'est qu'une levée, ça doit être la conséquence soit d'une ambition énorme, avec un marché énorme et la volonté de faire une boîte d'une certaine taille, soit ça doit être la conséquence d'une accélération et... le besoin finalement de financer cette accélération parce que tu n'as pas d'autre choix auprès de ta banque, auprès d'autres moyens de financement finalement. C'est-à-dire qu'aujourd'hui, on a un peu trop standardisé le fait que pour monter une boîte ou pour faire grandir une boîte, il faut lever des fonds et il faut lâcher du capstall. En fait, pas du tout. Il y a plein d'autres moyens. Et c'est tout ce que je te souhaite avec la vingt de boissons, mais que tu te lances et que ça grandit et que tu as des besoins de financement parce que tu dois faire des productions plus grosses et il faut de la trésorerie, etc. Il y a plein d'autres moyens que de lever des fonds pour financer ça et notamment les banques existent pour ça aussi.
- Speaker #1
Non, mais c'est bien de te l'entendre dire puisque pour toi qui viens justement de cet écosystème startup, tu puisses dire avoir ce discours-là aujourd'hui, je trouve ça intéressant. On peut entreprendre et se faire financer de différentes manières et c'est ça qui est important, c'est que finalement, même les entrepreneurs qui ne lèvent pas des fonds, C'est pas une fin soit, lever des fonds.
- Speaker #0
Non, complètement. Et une levée de fonds, ça doit être aussi le résultat d'une ambition. Nous, on n'a pas levé des fonds parce qu'on ne voyait pas dans ce projet-là la nécessité, ou en tout cas la taille critique de se dire on veut faire une boîte à un milliard avec Maison de Jula. En fait, on a cette ambition-là, mais on veut le faire doucement et à notre rythme et en faisant nos choix. Et voilà, mais si demain matin... je sais pas mais tu lances un concurrent à conca cola et que tu as un angle très particulier que tu as une chance d'y arriver et que le seul moyen d'y arriver basse et d'être partout très vite et pas là tu as besoin de lever des fonds donc voilà il faut juste être cohérent entre le moyen de se financer et
- Speaker #1
le projet que tu crées c'est ça qui est important super et malgré tout ton expérience auprès des start up est ce que ça t'apporte quelque chose au quotidien je lui dans maison de julien tu trouves
- Speaker #0
Toujours le cordonnier qui est le plus mal chaussé.
- Speaker #1
Je suis un ancien moiquier, donc je sais.
- Speaker #0
Tu sais,
- Speaker #1
les difficultés du financement aujourd'hui, quand on passe de l'autre côté.
- Speaker #0
Tu vois, tu donnes des conseils à des gens, tu devrais faire ci, tu devrais faire ça. Et puis après, quand c'est à toi de le faire, c'est toujours beaucoup plus dur. Non, forcément, je pense que ça nous aide d'une manière ou d'une autre. Je pense qu'on connaît les grands principes, les fondamentaux. Peut-être qu'on est justement plus averses aux risques que d'autres, parce que On n'a pas cette ignorance justement de monter des boîtes. Mais après, on se fait accompagner. On a créé un board de conseillers, de gens du métier. On a intégré très récemment un accélérateur.
- Speaker #1
C'est quel accélérateur que vous avez intégré ?
- Speaker #0
On a intégré l'accélérateur de Roberté qui s'appelle Villablo, basé à Grasse. Donc Roberté, c'est une boîte exceptionnelle et je suis content de pouvoir en parler. Robert T c'est un des leaders mondial des arômes donc nous on n'a pas d'arôme dans Maison de Julia on travaille qu'avec des infusions et des jus mais c'est un des leaders, c'est une boîte exceptionnelle qui fait presque un milliard de chiffres d'affaires, 3500 personnes qui emploie des centaines de milliers d'agriculteurs indirectement partout dans le monde c'est une boîte qui est assez peu connue, c'est une ETI familiale qui est cotée au SBF 120, c'est une boîte magnifique Et assez récemment... Je pense que ça fait 3-4 ans, ils ont créé Villa Blue, qui est un accélérateur. Et ils accompagnent finalement des jeunes marques, soit dans des sujets cosmétiques, un petit peu boisson, des sujets aussi parfois beaucoup plus, parfois même médicaux, tech, food. Donc voilà, boîte exceptionnelle, gens exceptionnels, et on est trop content d'en faire partie, ils nous accompagnent beaucoup. Et vous, vous sentez l'impact de leur accompagnement sur votre développement ? On vient de commencer avec eux, donc ça fait quelques semaines. Mais ils ont une expertise, notamment, je ne vais parler que des boissons, même si leur expertise est beaucoup plus large que ça, mais ils ont une expertise sur le marché des boissons qui est exceptionnelle. Ils font les formulations pour les plus grandes marques qu'on peut voir dans nos rayons. Je ne vais pas en citer parce que je ne sais pas s'il y a le droit, mais ils travaillent pour les plus grandes marques. Et surtout, en fait, dans leurs équipes, on a eu l'occasion de rencontrer des nés. donc c'est eux qui font les formulations de la moitié des parfums que t'as chez Sephora les plus grandes marques de France c'est exceptionnel, ils ont un vrai savoir-faire basé à Grasse, ils sont ancrés sur un territoire un terroir c'est une boîte exceptionnelle et je recommande à tout le monde de s'intéresser à qui est Roberté et leurs activités Je regarderai plus en détail mais vu ce que tu présentes,
- Speaker #1
il n'y a aucun doute que ça va vous aider à grandir et à vous développer
- Speaker #0
Oui, bien sûr, notamment sur la partie produit. Je te faisais l'apologie d'être ignorant tout à l'heure. Être ignorant à ses limites. Et donc, aujourd'hui, on est super content parce qu'à travers Roberté, en fait, on peut être accompagné par des gens qui sont des experts de la boisson depuis 20 ans.
- Speaker #1
D'accord.
- Speaker #0
Et donc, là, maintenant, on est plus dans la posture de partager nos convictions, notre vision, ce qu'on essaye de faire avec Maison Julia et d'aller toujours chercher cette quête d'excellence dans la boisson.
- Speaker #1
J'ai hâte de voir ce que vous allez faire avec eux et ce que ça va donner en termes de produits. Récemment, vous avez fait pas mal de teasings. Et moi, j'étais convaincu que vous alliez lancer justement une nouvelle boisson. Et finalement, vous avez annoncé une collaboration avec la marque italienne Italicus. Est-ce que je peux nous en parler de cette collaboration ?
- Speaker #0
Ouais, on adore Italicus. Non, c'est une collaboration qui s'est faite un petit peu par hasard. En fait, on a découvert Italicus, juste peut-être pour contexte. Italicus, c'est une liqueur italienne, donc liqueur de bergamote de Calabre, qui infuse d'autres produits méditerranéens, notamment de la lavande, du cédra. et d'autres produits méditerranéens. La bouteille est magnifique, leur univers est exceptionnel et surtout, c'est bon, c'est très très bon. Et en fait, un petit peu par hasard, au mois de janvier dernier, je faisais des petits tests de mixologie à la maison et j'avais acheté une bouteille d'Italicus parce que je trouvais leur univers et leurs promesses exceptionnels et j'ai tout simplement mixé Maison Julia et Italicus et je me suis arrêté, je me suis dit mais c'est très très bon ça. Mais c'est bizarre que ce soit très bon. Et j'ai essayé de creuser, j'ai essayé de comprendre pourquoi. Et ça faisait un spritz très bon. Et donc en gros, on récupère un peu la colonne vertébrale de l'alcool, parce que dans l'italicus, c'est un alcool à 20%. Et on s'est rendu compte aussi qu'il y avait de la lavande, de l'agent cyan, des produits qu'on utilise et qui font que le mariage fonctionne très bien. Et donc on s'est dit, mais il y a vraiment quelque chose à faire. Et on a eu la chance de contacter Giuseppe Gallo. qui est un barman exceptionnel qui est le fondateur d'Italicus, qui a revendu en grande partie, donc Italicus appartient au groupe Pernod Ricard aujourd'hui, mais il fait encore partie de l'aventure. On a eu la chance de le rencontrer à Monaco au mois de mars, je crois, et on lui a dit, Giuseppe, est-ce que tu peux goûter ça s'il te plaît, parce qu'on trouve que c'est très bon. Et il nous a dit, waouh, ok, il y a quelque chose à faire. Et donc on s'est rapprochés des équipes, on s'est rapprochés... de tout leur travail et on s'est dit qu'il y avait un cocktail assez sympa à faire qui répondait aussi à un besoin parce qu'aujourd'hui, notamment l'été, on cherche des cocktails un peu moins alcoolisés, moins sucrés. Et donc en mixant Maison Giulia et Italicus, on s'est rendu compte qu'on faisait un Spritz assez léger, très peu sucré, très naturel, très méditerranéen. et que ça marchait. Et donc, on a travaillé sur la marque quelques semaines et on a lancé le Gigi.
- Speaker #1
Il a son petit nom aussi, quand même.
- Speaker #0
Oui, il a son petit nom parce que Italicus Spritz s'était déjà pris parce qu'ils ont déjà un Spritz avec du Prosecco traditionnel. Et Julia Spritz, ça ne faisait pas forcément sens parce que on ne voulait pas mettre une marque en avant plus que l'autre dans cette collaboration. Et Gigi, ça faisait sens parce que Julia Italicus ça marchait bien et on voulait que On aime bien dire aussi que Julia, on voulait personnifier la marque.
- Speaker #1
Oui.
- Speaker #0
Et que Gigi, c'est la version estivale de Julia.
- Speaker #1
Ok, c'est super.
- Speaker #0
Elle sent canaille, elle boit de l'alcool.
- Speaker #1
Non, mais c'est bien aussi parce que souvent, on veut opposer presque le sans alcool et l'alcool. Alors que finalement, je suis persuadé que ce n'est pas l'un ou l'autre. C'est souvent l'un et l'autre. Et ce qui est important, c'est que les gens puissent choisir, avoir des boissons de qualité finalement, avec ou sans alcool. Et c'est ça qui est intéressant. Et vous, en créant ce mixte-là, vous montrez bien que c'est les deux ensemble et que ça marche.
- Speaker #0
Je ne pourrais pas être plus d'accord que ce que tu viens de dire. Pour moi, le futur du segment du sans-alcool, c'est le jour où il n'y a plus vraiment de frontière entre alcool et sans-alcool. Et qu'au final, que tu bois quelque chose en vin, un vin faiblement alcoolisé, un vin désalcoolisé, un vin sans-alcool, un machin. le jour où cette frontière là n'existera plus et que la seule chose qui parlera au client c'est finalement l'histoire que tu racontes, le terroir que tu mets en valeur, le goût, les ingrédients, etc. À partir du moment où c'est ça qui gagnera et plus forcément le taux d'alcool, c'est là où je pense que le segment va exploser parce qu'aujourd'hui, on définit beaucoup en produits par sa teneur en alcool. Et ça, je pense que c'est un reliquat aussi de notre culture française. Il y a toujours eu beaucoup d'alcool partout. Et aujourd'hui, on se rend compte que la nouvelle génération, les gens plus jeunes que nous, boivent de moins en moins, la consommation d'alcool et la consommation de vin est en chute depuis 50 ans. Il y a une tendance de fond. Et donc aujourd'hui, il ne faut en effet pas opposer alcool et sans alcool. Et c'est bien de faire des choses alcoolisées, faiblement alcoolisées, avec alcool, sans alcool. C'est pareil.
- Speaker #2
Partir du moment où c'est bon, c'est ça qui est important, effectivement.
- Speaker #0
Je te l'ai dit, moi j'attendais, avec ce teasing, un nouveau produit. Est-ce qu'il y a des choses qui sont prévues pour les prochains mois, les prochaines semaines ?
- Speaker #1
Eh ben non.
- Speaker #0
Pas tout de suite ?
- Speaker #1
Eh ben non, et en fait je vais t'expliquer pourquoi. On pense, parce que je te dis là tu le ressortiras le jour où ce ne sera plus le cas, mais on pense qu'on va rester monoproduit.
- Speaker #0
Ok.
- Speaker #1
Parce qu'on souhaite rester très lisible, et en fait on veut mettre... toutes nos ressources dans la recherche de l'excellence de ce produit. Par contre, on se rend compte à travers nos clients qu'on les accompagne toute la journée sur des utilisations différentes. Et en fait, je pense que le Gigi sera le premier d'une lignée finalement de cocktails brandés avec des univers. En fait, on va essayer de créer plusieurs produits. mais à partir d'un monoproduit.
- Speaker #0
D'accord.
- Speaker #1
Donc le Gigi existe parce que c'est une collaboration entre Maison Julia et Italicus. Demain, on peut très bien imaginer des collaborations avec d'autres marques pour faire des cocktails uniques, pour faire... Donc voilà, l'idée, c'est de raconter une histoire, de toujours sortir de la nouveauté, de toujours aller en quête de l'excellence autour de cette recette initiale Maison Julia. Mais aujourd'hui, on n'a pas pour projet de sortir d'autres boissons.
- Speaker #0
Ok, c'est intéressant parce que c'est un choix fort. On voit que souvent les marques aiment bien déployer des gammes et le fait de rester monoprojet, je trouve ça intéressant comme choix.
- Speaker #1
Oui, je pense aussi que ça dépend de ta stratégie de commercialisation. Aujourd'hui, par exemple, si une marque que j'adore et qui sont très très fortes, c'est Jardin. Eux, je pense, je ne connais pas leurs chiffres, mais je pense qu'ils sont plutôt très bons en retail. et dès lors que le retail est important pour toi, il y a la place que tu prends sur une étagère. Et c'est vrai que quand tu as plusieurs produits, forcément, ils vont mettre tous les produits à côté et instantanément, tu prends plus de place sur l'étagère, tu prends plus de mètres linéaires, tu es plus visible et ça, ça fait partie des facteurs d'achat qui sont assez importants. Donc, ça dépend quel est le segment que tu traites. Aujourd'hui, nous, notre constat sur notre micro-marché, c'est qu'on est plus performant en CHR que qu'en retail, donc on n'a pas forcément ce besoin. Mais ça vient avec des... être monoproduit, c'est une opportunité, ça donne une lisibilité, c'est vraiment... ça a plein d'avantages, mais il y a aussi des inconvénients.
- Speaker #0
Je vous souhaite plein de réussite, en tout cas, dans cette trajectoire et dans Maison de Julia. Est-ce que tu aurais un dernier mot pour la fin ? Est-ce que tu veux nous dire quelque chose pour finir ?
- Speaker #1
Pour moi pour finir, je te souhaite beaucoup de succès avec ta marque, je sais que ça sort dans quelques mois que vous êtes en phase finale de formulation de préparation et je pense que d'avoir créé ce podcast est une super bonne idée parce que ça permet de réunir aussi des acteurs et ça permet je l'espère d'inspirer d'autres gens à créer des marques de boissons je pense que derrière ce métier là c'est aussi sublimé un terroir français qui nous tient à coeur et et le sublimer différemment. Et tu disais tout à l'heure peut-être, peut-être je t'aimerais bien finir là-dessus, mais on oppose souvent alcool sans alcool, et j'ai vu aussi beaucoup de débats entre des vignerons qui ne souhaitent pas forcément désalcooliser leur vin, ce que je peux comprendre. Mais je pense que l'enjeu, en fait, dans un monde où les gens boivent moins d'alcool, boivent moins de vin, c'est de sublimer notre savoir-faire différemment. Et donc, moi, c'est peut-être le seul appel que j'aurais, c'est de dire euh lancer des marques de boissons, sublimer notre terroir, notre agriculture, nos viticulteurs. C'est ça qu'il faut faire.
- Speaker #0
Super, j'espère que le podcast donnera envie. Moi, ce qui m'a donné envie de faire ce podcast, c'est justement partager le retour d'expérience de professionnels du secteur. J'ai pu en profiter à mon niveau, mais je me suis dit, peut-être que ça peut résonner chez d'autres personnes. Le fait d'entendre ces messages-là, ça peut parler à d'autres entrepreneurs ou à d'autres personnes qui ont envie de se lancer. Je suis ravi que le podcast soit là pour ça. donc je suis sûr qu'il profite à à d'autres personnes et j'ai hâte de voir d'autres marques arriver, émerger. Je pense que c'est aussi le fait qu'il y ait plus de produits de qualité, qu'il y ait plus de marques qui se lancent,
- Speaker #1
qui va aussi permettre au secteur, au segment sans alcool, de se développer. Et bien ce que tu disais tout à l'heure aussi, je réaffirme, si il y a des gens parmi tes auditeurs qui souhaitent monter des marques, qui se posent des questions, qu'ils n'hésitent pas à nous contacter, que ce soit Yulia, que ce soit moi directement sur LinkedIn, sur Instagram, si on peut Si on peut aider des gens, il y a beaucoup de gens qui nous ont aidés dans cette aventure. Donc si on peut aider des gens, on le fait avec grand plaisir. Et puis j'imagine que c'est pareil pour toi. Les gens peuvent te contacter pour avoir des conseils.
- Speaker #0
Super. Écoute, merci Gwen. Merci pour ta disponibilité. Merci pour cet échange et à très bientôt.
- Speaker #1
Avec plaisir. Merci.
- Speaker #0
Merci d'avoir écouté cet épisode de Business & Boisson. J'espère que vous avez autant apprécié cette conversation que moi. Si cet épisode vous a plu, n'hésitez pas à le partager, à commenter et à mettre les 5 étoiles sur votre plateforme d'écoute. Si vous souhaitez continuer à suivre l'aventure et découvrir d'autres histoires inspirantes, n'hésitez pas à écouter nos précédents épisodes et à nous suivre sur les réseaux pour être informé des prochaines sorties. À très bientôt et encore merci d'être à l'écoute de Business & Boisson.