- Speaker #0
Bonjour et bienvenue dans le Café sans filtre avec ton RH, le podcast sans tabou du monde du travail d'aujourd'hui propulsé par Blossom Talent, cabinet de conseil en conduite du changement RH. Le thème du jour, la RSE, responsabilité sociétale des entreprises. La RSE repose sur trois piliers principaux, économiques, sociales et environnementales. Elle vise à contribuer de manière positive au développement durable et à la société, tout en respectant les normes éthiques et légales. C'est un vœu louable, vous me direz. Pourtant, derrière cet aspect reluisant plane un certain scepticisme. Certains voient d'ailleurs la RSE comme une simple stratégie de communication, un vernis vert pour camoufler des pratiques moins éthiques ou des objectifs purement mercantiles. Aujourd'hui, Nous allons mettre en lumière les véritables enjeux, les limites, les défis et les réussites en matière de RSE. Pour cela, nous sommes accompagnés de notre invitée, Catherine Puiseux-Cacpeau, formatrice RSE et experte du sujet depuis plus de 15 ans. Elle nous apportera un regard unique sur la RSE en mettant l'accent sur son impact social au sein de l'entreprise. Car après tout… La véritable mesure de la responsabilité d'une entreprise réside en grande partie dans le bien-être de ses employés et dans l'équité de ses pratiques. Alors installez-vous confortablement avec votre tasse de café préférée. L'interview commence maintenant. Bonjour Catherine, merci d'avoir accepté mon invitation. Est-ce que tu peux te présenter à nos auditeurs s'il te plaît ?
- Speaker #1
Bonjour Jennifer et merci à toi bien sûr. Alors je suis donc une ancienne directrice RSE, j'ai fait pour ma part l'essentiel de ma carrière à TF1 au sein du groupe Bouygues et je suis partie de TF1 en 2020 et depuis ce temps j'ai monté une activité en propre, indépendante, essentiellement de formation, parce que la formation est quelque chose que j'ai toujours aimé faire dans le domaine de la RSE bien sûr.
- Speaker #0
Je confirme que tes formations sont extraordinaires puisque j'en ai suivi l'une d'elles. La question que j'ai toujours voulu te poser en formation, qu'est-ce qui a fait que tu es tombée dans la marmite de la RSE ?
- Speaker #1
Alors, déjà dans la marmite de la formation en soi, mon premier métier, c'était prof de maths. J'ai démarré dans ma carrière assez loin de la RSE et de TF1 et de Bouygues, comme professeur de physique et de mathématiques dans les Ardennes, d'où je suis issue. Et ensuite, c'est une série de hasards qui ont fait que je suis rentrée dans le groupe TF1 parce que j'ai... Je m'étais projetée dans l'audiovisuel à un moment donné. Et c'est en rentrant dans cette grande entreprise, sous l'impulsion du groupe Bouygues finalement, que m'est venue l'idée de la RSE.
- Speaker #0
C'est venu de toi ?
- Speaker #1
Alors, c'est venu de moi parce qu'en fait, il y a aussi un petit crochet à faire dans mon parcours personnel, c'est l'Afrique. Je me suis mariée au Bénin il y a 40 ans. Et c'est en Afrique qu'avec mon mari, la question du développement durable, du lien entre les sujets sociaux et environnementaux. nous avait tellement frappé, déjà à l'époque, au début des années 2000, qu'on a voulu prolonger cette réflexion-là et on a monté une petite association qui s'appelle l'Agence africaine de développement durable. Ce qui nous animait, c'était la compréhension du lien très fort entre la qualité de l'environnement et la vie des gens, tout simplement. Quand il n'y a plus de poissons dans la mer, quand la terre est empoisonnée par des pesticides, les gens qui vivent directement des ressources naturelles, c'est toute leur vie qui s'écroule. finalement tous les systèmes sociaux aussi qui tenaient debout avant, par ces cultures vivrières ou par la pêche, qui ne tiennent plus. Donc dans ma tête, j'ai toujours associé le volet social et le volet environnemental. Mais ces sujets de développement durable, moi qui étais déjà dans le groupe TF1 à l'époque, comment ça s'articule ? Comment est-ce qu'on peut vivre en entreprise ? Ces choses-là, il y a forcément une correspondance. Et j'ai trouvé que le groupe Bouygues est très concerné par les enjeux environnementaux dans la construction et que Martin Bouygues... qui présidait le groupe à l'époque, a demandé à chacun des métiers de se doter d'une politique, on disait, de développement durable. À l'époque, c'est devenu RSE ensuite. Et j'ai levé le doigt à TF1. Et voilà comment c'est parti.
- Speaker #0
Super. Comme quoi, il faut oser et aller vers des sujets qui nous engagent.
- Speaker #1
J'ai eu beaucoup de chance, certainement. C'est vrai qu'il y a une part de chance. De pouvoir aligner cette envie personnelle et la proposition qui, professionnellement, m'était faite à l'époque.
- Speaker #0
Super. Merci beaucoup pour ta présentation. Je sais que tu vas nous emmener dans des réflexions très personnelles et très collectives aussi. Donc, j'ai hâte qu'on commence avec les questions. Catherine, est-ce que tu peux nous dire si la RSE nuit à la rentabilité d'une entreprise ?
- Speaker #1
L'idée, ce n'est vraiment pas de nuire à la rentabilité de l'entreprise, mais au contraire de garantir sa pérennité. Quelle que soit l'activité de l'entreprise, réellement aucune d'entre elles ne peut s'exonérer de la manière dont le monde va, et notamment des crises environnementales qui nous environnent et qui sont de plus en plus visibles. Donc on ne peut pas s'abstraire de la question du climat. de la question de l'écroulement des ressources en matière de biodiversité. On ne peut pas s'abstraire non plus de l'augmentation du prix de l'énergie, ça fait partie du sujet.
- Speaker #0
On est bien d'accord.
- Speaker #1
Non plus que de toutes les questions qui concernent le volet social, bien évidemment. Parce que souvent, ça démarre là, en tout cas pour moi, la RSE c'est d'abord un très fort volet social, c'est-à-dire comment vont mes collaborateurs, comment vont ceux de mes fournisseurs, est-ce que je fais du bien à mes clients ?
- Speaker #0
Oui.
- Speaker #1
Donc il y a tout un pan social, sociétal. qui complète le volet environnemental. Mais pour moi, la RSE, j'en ai bien une idée assez holistique. Ça ne peut pas nuire à l'entreprise. Ça ne peut au contraire que consolider sa vision long terme ou moyen terme. Même s'il y a un petit coût probablement ponctuel à court terme. Mais il peut ne pas être important ce coût. En plus, j'en suis sûre.
- Speaker #0
D'accord. Donc, on se fait peut-être une idée fausse sur la question de l'argent et de la RSE. En fait, il faut le voir comme un investissement, si je comprends bien.
- Speaker #1
Mim... pas nécessairement, parce qu'en fait, c'est le terme de RSE, je sais qu'il a un côté rebutant.
- Speaker #0
Oui.
- Speaker #1
Parce qu'on entend RSE, on se dit, oh là là, c'est complexe, il y a plein de sujets, j'y comprends rien. Or, en fait, c'est la vie qui est comme ça. Les sujets ne sont pas dissociés les uns des autres. C'est pour ça que j'évoquais, moi, dans mon expérience au Bénin, le fait que je n'ai jamais pu dissocier le volet social du volet environnemental. Quand il y a un dégât environnemental quelque part, il y a toujours des gens dont la qualité de vie va baisser à cet endroit-là. C'est la même chose en entreprise. Pour moi, la RSE, c'est un tout et la meilleure porte d'entrée pour ne pas faire de la RSE une montagne de complexité, c'est de se dire que ça sert à quoi la RSE ? Ça sert à donner aux parties prenantes ce qu'elles attendent. Quand on est une entreprise, on est dans un écosystème. On a des parties prenantes à l'intérieur, on a des parties prenantes à l'extérieur. Et la RSE, c'est d'abord reconnaître ces parties prenantes dans son écosystème, savoir entendre ce qu'elles nous disent. savoir identifier ce qu'elles attendent et ensuite prioriser, on va donner tout à tout le monde, mais prioriser ce qui va faire du bien à la fois aux parties prenantes et à l'entreprise elle-même. C'est ça la RSE. Et c'est pour ça que les thèmes en sont aussi variés. C'est que ça dépend fortement de ce que fait cette entreprise, du type d'activité qu'elle mène et puis de son contexte économique aussi.
- Speaker #0
Je suis bien d'accord en fait. J'ai fait exprès de prendre le parti. J'en suis sûre. de ce qu'on peut entendre dans les couloirs sur la RSE. Il y a beaucoup de scepticisme et c'est bien que tu puisses, d'entrée de jeu, donner une vision de l'intérieur de ce qu'est vraiment la RSE pour l'entreprise et les parties prenantes. Parce que vraiment, on ne fait pas de RSE tout seul dans son coin.
- Speaker #1
Absolument. C'est vraiment quelque chose qui relie l'entreprise à son terrain de jeu, si je peux dire, et même à son territoire d'ailleurs. Quand on est une petite entreprise, il y a tout un... pan de la RSE, qui d'ailleurs, mieux que dans les grands groupes, relie l'entreprise à son territoire et aux besoins de celui-ci. Et ensuite, c'est vrai que ça ne nuit pas, évidemment, la RSE. Par ailleurs, il y a une réglementation que je la rappelle quand même, même si je n'aime pas évoquer la réglementation comme un vrai levier d'action. On agit moins bien sous contrainte que quand on a compris l'intérêt de la chose. Néanmoins, la RSE c'est des réglementations soit qui s'appliquent aux entreprises directement, soit qu'il s'applique au grand groupe quand on est dans une relation B2B. Et dès lors qu'on a un client grand compte, il est certain que les réglementations qui s'appliquent à lui, il va, avec un effet domino, vous les imposer petit à petit en tant que PME qui faites partie de ces fournisseurs. Donc, ça me paraît impossible aujourd'hui de simplement tourner le dos à la RSE pour des tas de raisons.
- Speaker #0
Catherine, est-ce que tu peux nous parler des défis et des échecs ? que peuvent rencontrer certaines entreprises en matière de RSE ?
- Speaker #1
Alors, il y en a bien évidemment. La posture que je connais bien, c'est celle du directeur ou de la directrice RSE qui essaye justement de faire bouger les choses, peut-être avec une ambition qui dépasse celle de la direction de l'entreprise. Donc, il y a un premier écueil, effectivement, c'est de ne pas tenir compte suffisamment de la réalité de l'entreprise. J'ai travaillé en conseil dans des secteurs d'activité très divers. Et je sais que lorsque les marges opérationnelles, les marges financières sont très faibles, on ne peut pas d'un coup de baguette magique demander à chacun de changer la manière de faire les choses. Donc, disons que la première chose à faire, c'est de tenir compte. Mais j'en reviens finalement à l'écoute des parties prenantes. C'est de bien tenir compte de son contexte et de faire en sorte que les enjeux qu'on priorise, les feuilles de route sur lesquelles on va partir, elles soient bien dans l'intérêt. de toutes les parties prenantes, et y compris, bien sûr, du développement business de l'entreprise. La RSE, dans son développement actuel, qui est le plus intéressant de ce qui s'est passé, à mon avis, dans les 15 dernières années, elle rapproche complètement le modèle d'affaires et la durabilité. Pendant longtemps, les 10 ou 12 premières années de ma carrière, il y avait le modèle d'affaires d'un côté, et puis on faisait de la RSE par ailleurs pour essayer, disons, de gommer un peu les externalités négatives. Ça n'est plus ça. Parce que ça n'est l'intérêt de personne de faire ça. Et ça n'est notamment pas l'intérêt des investisseurs. L'investisseur, lui, il voit à moyen ou à long terme. Il sait qu'une entreprise qui ne s'engage pas dans la RSE, elle va finalement déprécier ses actifs à 15 ou 20 ans. Une entreprise qui ne bouge pas sur le climat, il est clair que l'investisseur se promet des actifs échoués à ce stade-là. Il y a un alignement qui est en train de se produire. entre les intérêts de la communauté financière, ceux des entreprises et ceux de la durabilité, qui est, à mon avis, le plus intéressant. Donc, c'est très important, au début d'une démarche, si on veut qu'elle réussisse, de choisir les bons enjeux. Ceux qui sont, c'est ce qu'on appelle la notion de matérialité, très importante. C'est la notion de pertinence. Quel enjeu est pertinent pour les parties prenantes et pour mon business ? Ou pour l'un ou pour l'autre ? Et idéalement pour les deux.
- Speaker #0
Je reviens sur ce que tu viens de nous partager, Catherine, concernant l'ancienne image de la RSE. Pour beaucoup, c'est simplement un coup de marketing. Qu'est-ce qui a été fait pour un petit peu changer cette image qui est un peu vieillotte, à vrai dire ?
- Speaker #1
C'est vrai. On peut aujourd'hui continuer à faire de la RSE greenwashing. Je ne le nie pas. Mais il y a une forte responsabilité aussi des gens qui exercent cette fonction-là d'être sincères et engagées. On peut difficilement faire cette fonction sans croire à ce qu'on fait. Et elle est compliquée parce qu'elle est très politique, cette fonction. Elle a vraiment une ambition qui est en général de transformer l'entreprise. Donc on sait que ça ne va pas se faire tout seul. Néanmoins, pour donner des éléments un petit peu plus concrets, il n'y a pas d'entreprise qui ne fait rien en termes de RSE. Parce que tout simplement, j'ai un sujet de cœur et probablement qu'on le partage, Jennifer. C'est la qualité de vie au travail, la santé, sécurité des collaborateurs au travail. Pour moi, c'est la clé, c'est la base. C'est un pan extrêmement important de l'ARSE que souvent on néglige. Justement, à force de vouloir toujours faire des silos, on associe toujours l'ARSE au volet environnemental, alors que pour moi, l'ARSE, c'est basé sur une norme, la norme ISO 26000. Et là, essentiellement, des volets sociaux au départ. Donc la qualité de vie au travail, l'égalité des chances, le développement professionnel, la relation avec le territoire, la qualité du service au consommateur, tout un tas de sujets très sociaux. et très sociétaux auxquels moi je suis particulièrement attachée. Il n'y a pas d'entreprise qui ne se soucie pas du tout de ses collaborateurs et de ses clients.
- Speaker #0
En tout cas, pas celle qui veut rester sur le marché. Exactement. Je suis d'accord avec toi. Du coup, j'ai une question que je trouve intéressante à te poser. C'est de savoir comment on peut mesurer vraiment l'impact social et environnemental des initiatives RSE. Alors,
- Speaker #1
c'est une très bonne question, Jennifer. Et toute l'actualité aujourd'hui de la RSE, c'est de ne plus se contenter de notions vagues d'importance des sujets, c'est de mesurer les impacts. Et c'est notamment la nouvelle réglementation qui va obliger les entreprises d'une certaine taille à faire un reporting sur ce qu'elles font, mais avec une vraie mesure à la fois de leurs impacts positifs et négatifs. Donc on va apprendre, les entreprises partent de loin, on va apprendre à mesurer ce que c'est qu'un impact. termes détendus ? Est-ce qu'il concerne une grande aire géographique ou beaucoup de personnes ? Est-ce que l'impact est grave s'il est négatif ? Est-ce qu'il est important s'il est positif ? Est-ce que l'impact, s'il est négatif, est remédiable ou pas ? C'est une part conséquente des nouvelles réglementations européennes sur le sujet. Donc c'est un sujet en devenir, mais je m'accorde avec toi pour te dire que jusqu'à présent... la mesure n'a pas été très pertinente, ni très efficace, parce que finalement, depuis 20 ans que la RSE a émergé, en tout cas, ce n'est pas la mesure qui a permis de faire des progrès, puisque globalement, tout a empiré.
- Speaker #0
Donc en fait, le sentiment que j'ai, c'est que dans le passé, on était beaucoup sur de la communication. La communication, elle se venge toujours de ce qu'on en fait. Ça explique aussi la mauvaise image que peut avoir la RSE. Comment tu penses qu'on devrait communiquer en RSE ?
- Speaker #1
Alors oui, tu as tout à fait raison. La RSE s'est discréditée elle-même assez souvent de par la communication qui en a été faite. C'est-à-dire que les publicités mensongères, trompeuses, exagérées, effectivement discréditent l'entreprise elle-même finalement, même si parfois ses efforts sont beaucoup plus sincères qu'on ne le pense. Donc la question de la communication sur la démarche RSE est un vrai sujet au-delà des feuilles de route qui sont réellement menées. Donc plusieurs choses au sujet de la communication. D'abord, il faut que les communicants soient formés. Je ne forme pas que les responsables des RSE, mais je pense que les gens de communication ont aussi besoin de comprendre pourquoi on fait tout ça et d'avoir en tête quelques éléments clés qui font qu'on ne peut plus dire « telle voiture ou tel avion vous offre quelque chose qui est neutre en carbone » . Des choses comme ça n'ont plus de sens et de toute façon sont désormais interdites en France par l'ADEME. Ce sont des allégations qui sont interdites. Donc il y a un vrai sujet de formation, déjà pour commencer. Ensuite, c'est vrai, pour que la communication sur les résultats prenne du sens, il faut qu'on le dise tous de la même façon. Donc ça, c'est aussi un progrès. Il faut considérer ça comme un progrès, même si c'est un peu lourd. De la réglementation, c'est qu'on est appelé à faire du reporting au travers de normes. On va tous devoir faire son reporting sur l'environnement, le social ou le sociétal, de la même façon, avec un jeu d'indicateurs qui... permettre que cela soit comparable. C'est aussi un biais de ce qui existait jusqu'à présent, c'est que finalement chaque entreprise pouvait raconter un peu les choses de sa façon. On va devoir, dans une communication très normée, au contraire se mettre en demeure d'être comparable, en tout cas à l'intérieur d'un même secteur. À nouveau pour les investisseurs, mais aussi pour la société civile, pour qu'elle puisse davantage considérer les résultats des efforts des entreprises.
- Speaker #0
Et ça, je trouve ça très intéressant parce que quelque part, on est tous acteurs de la RSE et de pouvoir échanger avec des informations qui sont claires et comparables. En tout cas, c'est un point qui est essentiel. Absolument, absolument. Quels sont les mythes courants que tu as pu entendre autour de la RSE ?
- Speaker #1
Alors, celui de la complexité, oui, on me l'a servi très, très, très souvent. Ah oui ? Donc, je le redis, pour moi, clé d'entrée, partie prenante, écoute. et ça ne s'est pas... C'est ponctuel. Le dialogue avec les parties prenantes, il est mené tout le temps, y compris quand on a démarré son effort. Il faut qu'on sache si ce qu'on fait va dans le sens de ce qui est attendu. Ça va aussi concerner la gouvernance petit à petit parce que les intérêts de ces parties prenantes-là, il faut les prendre en compte dans la manière même dont l'entreprise conduit ses affaires. Et c'est pour ça qu'on parle de plus en plus de comités de parties prenantes qui viennent au moins amener au plus près de la gouvernance de l'entreprise les sujets. et qui leur importe. La complexité, c'est effectivement quelque chose, mais à mon avis, c'est juste une question de formation qui fait qu'on peut sauter au-dessus de cet aspect-là. Ensuite, il y a un élément très, très important dans la manière dont ces postes RSE sont habités. Finalement, c'est des chefs d'orchestre. C'est comme ça que ça doit être fait. Et si c'est bien fait, eh bien, assez rapidement, chaque direction dans l'entreprise doit comprendre qu'elle a un rôle à jouer dans la RSE. Et le responsable RSE, c'est plus un chef d'orchestre que quelqu'un qui fait les choses à l'intérieur d'un service. C'est un poste d'animation, en fait. Et chaque fois qu'il y a un nouveau sujet, alors les sujets RH que j'ai spécialement investigués, il faut évidemment le faire en collaboration avec la Direction des ressources humaines. On a évoqué la santé-sécurité, la qualité de vie au travail, toute la question de la diversité. Tout ça, c'est des sujets à la fois RH et RSE.
- Speaker #0
Ton point est particulièrement pertinent. Je pense que des choses sont en train de se mettre en place, notamment quand j'interviens dans certaines entreprises. Je vois de plus en plus de comités de direction où on fait intervenir aussi bien en interne les collaborateurs, quels qu'ils soient, mais aussi on fait intervenir des représentants d'une zone particulière pour pouvoir faire en sorte que le dialogue se fasse. Absolument. Et ça, je trouve ça extraordinaire.
- Speaker #1
L'expertise des ONG est précieuse, en complément de celle des entreprises, bien sûr. Et tu as évoqué les collaborateurs aussi. Justement, il y a une chose qui a émergé dans les trois dernières années, c'est que les collaborateurs qui sont habités eux-mêmes par des questions d'écologie, de valeurs personnelles, trouvent beaucoup mieux leur place aujourd'hui dans l'entreprise. Et ce sont des atouts, en fait, dans la démarche RSE. et j'ai vu cette force intime internes aux entreprises, finalement, se lever, s'organiser. Elle doit être considérée comme une nouvelle alliée pour la RSE. Je sais que pendant très longtemps, avoir des convictions écologiques, c'était plutôt un fardeau en entreprise tant que l'entreprise allait dans un sens différent.
- Speaker #0
On est bien d'accord.
- Speaker #1
Ça doit désormais, dans les entreprises qui vont dans le bon sens, changer l'avis des collaborateurs. Ils doivent pouvoir trouver d'autant plus de sens à leur travail dans cet alignement. À mon avis, c'est vraiment très important.
- Speaker #0
Oui, on a besoin de vous. Catherine, est-ce que tu peux nous dire comment chaque collaborateur peut contribuer à la RSE, même en dehors du contexte professionnel ?
- Speaker #1
Souvent, on a des collaborateurs qui sont sensibilisés et sachants chez eux, avant de l'être en entreprise, sur les questions d'écologie. Toutes celles et ceux qui ont commencé à reconsidérer leur alimentation autrement, trier leurs déchets, s'interroger sur leur modalité de déplacement. amènent à l'entreprise quelque chose en fait. Et souvent on parle des transféreurs de ceux qui amènent ces compétences dans l'entreprise et maintenant des éco-taffeurs. C'est la dernière étude de l'ADEME qui amorce cette évolution. Donc on ne le fait plus justement seulement chez soi mais on a l'occasion d'amener ces pratiques en entreprise et elles sont bienvenues. Et ça constitue une force d'appui.
- Speaker #0
C'est vrai, j'ai en tête un repas de Noël. qui avait été organisé l'année dernière. Et c'était un repas vegan. Je n'ai jamais fait de repas de Noël vegan jusqu'à 2023.
- Speaker #1
Et c'était proposé par des collaborateurs ?
- Speaker #0
Oui, c'était pour répondre aussi à des attentes des collaborateurs qui ont ce besoin et cette conscience aussi que l'alimentation, la façon dont on consomme, est importante.
- Speaker #1
Bien sûr, bien sûr. Alors, tu as vu probablement aussi s'organiser les collectifs ? essentiellement dans les grands groupes, je crois qu'il y a plus de 200 collectifs maintenant, des collaborateurs qui s'auto-organisent à l'intérieur des entreprises pour dynamiser les démarches quand ils trouvent que ça ne va pas assez vite.
- Speaker #0
D'accord !
- Speaker #1
Donc il y a aussi beaucoup de savoir-faire et c'est aussi intéressant sur le plan de l'organisation parce que finalement, c'est des organisations, c'est collectif, très agile. Il n'y a pas de chef, il n'y a pas de hiérarchie. On fait par l'expérience, ça m'a beaucoup intéressée en observant justement et en faisant un rapport. sur ces collectifs en entreprise qui m'ont semblé très innovants et très intéressants à plus d'un titre.
- Speaker #0
Oui, tout à fait. Il y en a de toutes sortes. Là, maintenant que tu en parles, je me rappelle d'un collectif autour de la diversité. Et c'est assez surprenant. Des collectifs aussi qui se sont créés autour des travailleurs ukrainiens arrivés récemment en France pour leur proposer des emplois, voir quel emploi serait disponible et qu'on pourrait leur proposer. Tout ce type d'initiatives qui sont quelque part issues de l'actualité et de la société de façon générale.
- Speaker #1
Tout à fait. Mais ça illustre le besoin de continuité entre sa vie personnelle et sa vie au travail. Très longtemps, on a dû laisser une part de soi à l'extérieur de l'entreprise, tu le sais bien, y compris des parts de son identité. Voir comment les questions LGBT ont souvent été, je pense à ce critère de discrimination, mais ça pourrait être d'autres. comment... La moitié des personnes concernées par une orientation sexuelle différente ne peuvent pas le dire en entreprise. Encore aujourd'hui, ça doit changer pour amener un plein épanouissement de chacun en entreprise. Donc, il en va ainsi aussi des convictions citoyennes des uns ou des autres.
- Speaker #0
Bien sûr.
- Speaker #1
De moment que ça respecte des valeurs collectives, évidemment.
- Speaker #0
Je suis d'accord avec toi et j'espère que ce n'est que le début.
- Speaker #1
Oui, de toute façon, si on ne va pas vers... ce type de possibilités en entreprise, il y aurait une désaffection de plus en plus grande vis-à-vis du monde du travail. Je n'imagine pas que... Comme Emma qui est avec nous aujourd'hui, qui est jeune, qui s'apprête à rentrer dans le monde du travail. Un monde du travail qui ne serait pas inclusif et ouvert, est-ce que ça représenterait quelque chose d'aspirationnel ? J'ai du mal à le croire. Donc c'est aussi très important, mais ça fait partie de la RSE. C'est un volet pour moi aussi essentiel. Avant même de parler de transition écologique, pour moi, il y a des prérequis dans l'entreprise. C'est qu'on s'y sente bien, en sécurité, en situation d'être inclus. de pouvoir exprimer son point de vue, de pouvoir aligner ses convictions personnelles et son travail. Comment pourrait-on imaginer engager les collaborateurs dans la transition écologique si, au premier chef, ils ne sont pas bien, tout simplement ? Ils ne sont pas bien traités.
- Speaker #0
C'est la première chose sur laquelle il faut mettre de l'énergie. On est bien d'accord. Je pense aussi. Comment peut-on encourager les auditeurs qui sont encore sceptiques ? J'espère qu'il y en a quasiment plus. à approfondir leur connaissance sur la RSE ?
- Speaker #1
Peut-être d'abord partir positivement en regardant ce qui se fait déjà dans leur entreprise. Je l'ai dit tout à l'heure, j'en suis absolument convaincue, il n'y a pas d'entreprise qui ne fait rien. Donc déjà peut-être repérer ce que l'entreprise fait en matière de documentation pour comprendre ce que c'est que la RSE. C'est très simple, il suffit de chercher un petit résumé de ce que c'est que la norme ISO 26000.
- Speaker #0
D'accord. C'est une norme.
- Speaker #1
Ne lisez pas les 100 pages de la norme. D'ailleurs, ce n'est pas si accessible que ça. Mais simplement un petit document sur le site de l'AFNOR qui vous dira quel en est l'esprit. Moi, je tiens à ces fondamentaux de la RSE qui sont inscrits dans la norme. Parce qu'effectivement, on peut trouver beaucoup de littérature sur le sujet, mais aussi des choses qui s'écartent de l'esprit de la norme. Je n'ai pas de vision climato-centrée, par exemple. Je ne suis pas pour foncer sur... les bilans carbone, les outils. Il faut le faire, c'est un risque existentiel le climat. Donc il faut absolument s'en occuper. Mais peut-être pas avant d'être sûr qu'on a quelque part mis en place cette vision globale de l'importance des enjeux, du repérage des forces, des alliés, des attentes, qu'il y ait un préalable à toute action efficace ensuite. Et donc voilà, la norme ISO 21000, elle dit ça. Vision holistique, interdépendance des enjeux.
- Speaker #0
Donc c'est un bon point de départ.
- Speaker #1
En dehors de la norme ISO 26000, il y a beaucoup de littérature sur l'ARSE maintenant. D'ailleurs, on l'appelle de moins en moins ARSE parce qu'on sait que ce terme-là, ça hérisse un petit peu. Je reconnais moi-même que je l'abandonnerais volontiers. Donc, on va parler de durabilité des entreprises.
- Speaker #0
D'accord, durabilité des entreprises. Voilà,
- Speaker #1
plutôt. Ou d'entreprises contributives. C'est là que je voulais vous amener un ouvrage qui est porté par Fabrice Bonifay et Céline Puffard-Dijvili. Ça comparse. Donc c'est un livre plein d'optimisme. aussi sans égard non plus, parce qu'il assène les vérités qui sont celles du jour, sur le climat et la situation du monde aujourd'hui, dont l'habitabilité pour les humains est menacée, il ne faut pas se mentir là-dessus, mais avec une vision assez roborative. Voilà, lisez l'entreprise contributive.
- Speaker #0
D'accord. Ça vous donnera déjà quelques idées. Super. Merci beaucoup pour ces recommandations. Nous arrivons bientôt à la fin du podcast. Catherine, est-ce qu'il y a une question que je ne t'ai pas posée et que tu aurais aimé que je te pose ?
- Speaker #1
Peut-être reparler à nouveau des directions des ressources humaines et de leur rôle dans cette transition qu'on doit mener. Parce que j'ai l'impression, d'abord, je vois que les DRH s'intéressent de plus en plus à la RSE. Je sais aussi qu'ils ont une charge de travail conséquente et qu'ils ne feront pas de la RSE à 100%, j'en suis sûre. Mais j'aimerais bien tout de même contribuer à ce qu'il y ait de plus en plus de rapprochement entre RH et RSE. Parce que l'avenir de l'entreprise, c'est aussi l'évolution des compétences. C'est aussi la transformation des métiers. C'est aussi l'évolution du management. On n'aura pas d'entreprise contributive avec un management du XXe siècle. Tout ça, ça se transforme aussi grâce au RH. Et donc, je pense que c'est deux directions qui ont de plus en plus à faire ensemble. Maintenant, disons que la boîte à outils technique, technologique est relativement prête. Sur le climat, on sait comment faire maintenant, mais il reste à emmener le corps social de l'entreprise dans la transition. Il reste à mobiliser les employés, les managers. Donc, c'est aussi beaucoup de travail de formation, de sensibilisation avant ça. C'est un long chemin pour être sûr d'embarquer tout le monde. Et ensuite, de disperser ces sujets, de faire en sorte que chaque métier de l'entreprise se les approprie. La finance aussi, la finance est désormais très concernée par la durabilité. mais aussi l'audit, mais aussi la communication, dont on parlait tout à l'heure, mais aussi, bien sûr, les métiers de production partout, les métiers de marketing, dans le sens qu'on doit donner à la communication vis-à-vis du consommateur final. Donc, je crois qu'on ne peut pas travailler sans les directions des ressources humaines dans cette voie de la transition écologique et sociale.
- Speaker #0
Je te remercie d'avoir partagé cette conviction que je partage, que je trouve forte, parce que les fonctions RH sont effectivement sous l'eau, elles ont beaucoup de responsabilités, mais je pense que la partie durabilité est importante et qu'elles ont besoin de toute l'entreprise pour... qu'il y ait du sens et qu'on voit des résultats émerger. Donc, merci d'avoir partagé cette conviction avec nous. Merci à toi, Jennifer.
- Speaker #1
Merci beaucoup.
- Speaker #0
J'ai une dernière question pour toi. Quel message veux-tu partager, en mot de la fin, pour ce podcast ?
- Speaker #1
Peut-être qu'on n'a pas tant de temps que ça. Je trouve que beaucoup de choses ont évolué dans les trois dernières années, sous le coup de la réglementation, sous aussi le fait que les phénomènes climatiques se sont rendus beaucoup plus visibles sur notre territoire. Je crois que j'ai lu dernièrement que... à peu près trois quarts des Français, indépendamment de leur âge. Ce n'est pas seulement les personnes les plus jeunes qui se sentent inquiètes, c'est aussi les personnes de tous âges. L'âge n'est pas un critère. L'éco-anxiété monte. Et notre vision de l'avenir, ça sombrit. J'aimerais vraiment qu'on se projette dans l'action pour qu'on redevienne optimiste. Et l'action rend optimiste. Donc, dans nos entreprises, dans nos vies de citoyens, partout, il faut que nous agissions plus rapidement pour la transformation. Ça nous fera du bien à nous-mêmes. Et puis peut-être que ça éclairera l'avenir parce qu'il est quand même bien sombre aujourd'hui.
- Speaker #0
On est bien d'accord. L'action rend optimiste. Merci beaucoup Catherine.
- Speaker #1
Je t'en prie Jennifer, c'est un plaisir.
- Speaker #0
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