- Speaker #0
Quoi est-ce si difficile de croiser, d'écouter, de s'inspirer de ceux qu'on ne connaît pas ? Pourtant, tant de femmes et d'hommes inconnus portent en eux des histoires puissantes, capables de raisonner en nous et de nous transformer.
- Speaker #1
Hello, moi c'est Laure,
- Speaker #0
passionnée par ces récits de vie et par cette quête de sens qui anime tant de personnes aujourd'hui. Alors non, je ne suis pas une experte, mais une exploratrice, guidée par ces rencontres qui me font tant vibrer. C'est l'envie de créer du lien au-delà des cercles habituels qui a donné naissance à Cap vers toi. Un podcast où je pars à la rencontre de celles et ceux qui ont vécu un moment de bascule, cet instant clé qui nous pousse à choisir, ou pas, de changer de trajectoire pour se réveiller ou se révéler. Alors, cap ou pas cap de te laisser inspirer par ces âmes que tu n'aurais peut-être jamais croisées autrement. Es-tu prêt pour la rencontre du jour ? C'est parti ! Et si l'épreuve que tu redoutes le plus était en réalité une opportunité déguisée ? Bienvenue dans ce nouvel épisode de Cap vers toi dans lequel nous allons découvrir comment faire d'un événement tragique une force. Il y a des moments où la vie nous met à genoux, où tout bascule en une fraction de seconde, un accident, une perte, un choc et après. Est-ce qu'on s'écroule ou est-ce qu'on en fait un tremplin ? Et toi, est-ce qu'il y a un événement qui t'a fait voir la vie autrement ? Aujourd'hui, nous partons à la rencontre de Yannick, chef d'entreprise et passionné de montagne et de ski de randonnée. Ses moments de déconnexion, il les trouve en haut des sommets avec ses amis au contact de sensations fortes. Pendant 30 ans, Yannick a vécu dans ce qu'il appelle un confort inconfortable, un boulot intéressant parfois, bien payé, mais qui ne lui a mené plus l'envie de se lever le matin. Il a des envies d'ailleurs, mais ses peurs. ses doutes l'empêchent d'y aller, jusqu'à ce que la vie le force à choisir. Ce qui l'a réveillé ? Une avalanche, trois amis disparus, une épreuve qui aurait pu l'écraser, mais qui l'a au contraire fait se révéler. Alors, comment fait-on pour transformer un événement tragique en moteur de changement ? Est-ce qu'il faut attendre un drame pour oser sa vie ? C'est ce que nous allons découvrir dans cet épisode. Bonjour Yannick.
- Speaker #2
Bonjour Laure.
- Speaker #0
Bienvenue dans le podcast. Cap vers toi, tu me fais l'honneur d'être mon tout premier invité. Je suis trop trop contente, on ne se connaît pas depuis bien longtemps, mais il y a des rencontres qui matchent de suite, et c'est ce qui s'est passé entre nous et avec ta femme Hélène. En plus, on a un point commun, on aime danser et chanter sur les tables, sur les rythmes de bandas, et oui, Yannick est landé. Quand tu m'as raconté ton histoire... Tu m'as touchée en plein cœur et pour moi, c'était une évidence que tu fasses partie de la team invitée de mon podcast. Merci d'offrir ton histoire à nos auditeurs, qui j'en suis certaine, inspirera beaucoup d'entre nous. Tu es prêt ?
- Speaker #2
Je suis prêt.
- Speaker #0
Allez, c'est parti. J'aimerais commencer par en savoir un peu plus concernant cette période où tu étais dans cette zone grise, ni totalement épanouie, ni vraiment malheureux. Qui étais-tu à ce moment-là ?
- Speaker #2
Donc écoute déjà je me présente, je suis Yannick, donc je suis marié, j'ai un enfant qui s'appelle Oscar. Et donc effectivement dans cette période, on peut l'appeler de période grise, tout allait bien pour moi. J'avais une belle famille, une belle vie de famille, une situation professionnelle très intéressante. Mais effectivement j'appelais ça mon confort inconfortable parce que j'avais l'impression d'avoir fait le tour de la situation, d'avoir fait le tour de mon boulot. Et je me levais le matin avec une boule au ventre et plus forcément l'envie de partir travailler. Et je me disais, qu'est-ce que je fais là ? Pourquoi je vais à ce boulot ? Et je rentrais le soir, en fait, je me disais, bon, voilà, cette journée s'est bien passée. Finalement, qu'est-ce qui me manque ? Et j'étais rentré dans ce cycle infernal. Je me lève le matin, je n'ai pas envie. Et le soir, je rentre, je me dis, bon, finalement, ce n'est pas si mal que ça. C'était en fait ce cycle qui n'arrêtait jamais.
- Speaker #1
En fait, si je comprends bien... Tu t'étais enfermée dans une routine, tu étais dans ce confort inconfortable comme tu le dis. Et pour certains, ça peut être ok de vivre ainsi et pour d'autres, ça allait un peu moins. Pour toi, est-ce que tu aspirais à autre chose ? Avais-tu un rêve caché au fond de toi ?
- Speaker #2
En fait, c'est exactement ça. J'avais des rêves cachés au fond de moi. J'avais des envies d'ailleurs, même des envies d'entreprendre. Je suis issu d'une famille d'entrepreneurs. Autour de moi, mes parents, mes oncles, mes tantes sont tous des entrepreneurs. Et en fait, j'avais l'impression d'être sur une autre route. Et je me disais pourquoi moi, je ne suis pas entrepreneur comme eux. Et j'avais l'impression d'avoir un manque. Donc j'avais l'impression d'avoir raté quelque chose. Oui, j'avais ces envies d'ailleurs, mais je n'ai jamais réussi à franchir le pas.
- Speaker #1
Et justement tu dis que tu n'as jamais réussi à franchir le pas, pourquoi tu n'y allais pas ? Qu'est-ce qui te bloquait ?
- Speaker #2
En fait ce qui me bloquait, j'avais des craintes, des peurs, un gros manque de confiance en moi très clairement. Et donc c'est ce qui fait que je n'ai jamais réussi à franchir ce pas parce que, je le disais déjà dès le début, j'étais dans mon confort inconfortable dans mon ancien boulot. Les envies étaient là mais les craintes et les peurs prenaient le dessus sur ces envies d'ailleurs on va dire.
- Speaker #0
Tu nous parles de peur ? Tu m'as confié quand nous avons préparé cette discussion que tes peurs étaient surtout la peur de l'échec, la peur de ne pas pouvoir subvenir aux besoins de ta famille. Ces peurs, comme tu le dis, prenaient le dessus sur tes envies, te bloquaient à passer à l'action, à changer de vie. Et puis, ce qui est dingue, c'est qu'un jour, la vie décide de te mettre face à une épreuve tragique qui va t'amener à changer. Peux-tu nous raconter ce moment ?
- Speaker #2
Donc en fait, comme tu le disais en préambule, je suis fan même dingue de montagne. Et plus que ça, je suis accro au ski de randonnée. Le ski de randonnée, c'est une façon d'aller en montagne différente que dans les stations avec le remonté mécanique. C'est-à-dire qu'en fait, on va dans des endroits où on ne peut pas aller en dehors des remontées mécaniques. Ça permet d'accéder à des montagnes vierges. Donc je suis passionné de ce sport-là. J'ai pas mal voyagé, notamment dans différents endroits où on peut aller chercher de la neige, notamment en Europe. Et en fait, j'ai fait mon dernier voyage qui était en Norvège avec un groupe de copains, nous étions dix. Une semaine formidable, on disait qu'on était au paradis en fait. Un accident tragique a bouleversé ma vie. Sur ces dix potes avec qui je faisais du ski de rando en Norvège, j'en ai perdu trois. Donc en fait, ça a été ce qu'on peut appeler effectivement le point de bascule. Ça a été un choc terrible pour moi et pour mes compères qui sont restés en vie.
- Speaker #1
Et du coup, qu'est-ce qui s'est passé ? Il y a eu une avalanche, c'est ça ?
- Speaker #2
Donc en fait, voilà, c'est ça. On a été pris dans une avalanche. Dans cette avalanche, j'ai perdu trois potes à moi, trois potes proches. J'ai été pris dans cette avalanche avec un autre copain à moi. Nous, on s'en est sortis et donc on a laissé trois en dessous. Donc ces gars-là, malheureusement, sont restés sous l'avalanche. Nous, on a pu s'en sortir. On a réussi à les dégager. Mais malheureusement, on n'a pas réussi à les réanimer, notamment un sur les trois qui... potentiellement on aurait pu peut-être le réanimer. Donc on a fait tous les gestes, tous les premiers gestes de secours en fait, de réanimation. Mais malheureusement, cette troisième personne, on n'a pas réussi à la sauver.
- Speaker #1
On dit souvent que la vie tient à un fil, à un détail. Je crois que toi Yannick, la position de tes skis t'a sauvé la vie.
- Speaker #2
Pour revenir dans la situation de l'avalanche, on s'est retrouvés à un endroit, donc nous étions cinq, donc trois de mes compères, ceux qui ne sont plus là maintenant. sont partis dans un sens quand l'avalanche s'est déclenchée. Mon autre copain et moi, on est partis dans l'autre sens. En fait, c'est la position de nos skis au moment où on était arrêtés et quand on est repartis qui a fait qu'on est partis vers la droite, eux vers la gauche. Malheureusement pour eux, là où ils sont partis, l'avalanche était trop importante pour qu'ils s'en sortent. Et nous, on a eu la chance de partir du bon côté, on va dire. Je dis souvent que sur ce moment-là, on a jeté une pièce en l'air et la pièce est tombée du bon côté pour nous et du mauvais côté pour eux. Donc en fait, ce qui s'est passé derrière ça, c'est... Un énorme sentiment de culpabilité, on va dire. Le premier sentiment de culpabilité, c'est de ne pas avoir pu sauver celui qu'on imaginait sauvable. Mais ça, malheureusement, quand on fait de la réanimation, je ne le sais que trop, parce que j'étais aussi pompier, donc je connaissais tous les gestes de secours qu'il fallait prodiguer pour essayer de le sauver. On sait effectivement que malheureusement, ça ne marche pas tout le temps. Donc en fait, il y a ce premier sentiment de culpabilité qui est ressorti. Et ensuite, le deuxième sentiment de culpabilité, c'est de se dire, pourquoi eux et pas nous ? Pourquoi nous, on est là et eux sont partis. Ça, c'était quelque chose qui était très compliqué à garder en soi.
- Speaker #0
Je reviendrai après sur ce sentiment de culpabilité et on verra comment tu réussis à vivre avec. Mais avant cela, j'aimerais discuter avec toi sur le retour en France, le retour à la vie normale, si je peux dire ça comme ça. Comment ça se passe ?
- Speaker #2
Donc en fait, effectivement, suite à ça, on est encore en Norvège, on reste deux jours en Norvège. Comme je disais tout à l'heure, on était au paradis parce qu'on était vraiment à un endroit où on rêvait d'être. Du jour au lendemain, on se retrouve en enfer. Donc on a passé encore deux jours en Norvège avant de pouvoir prendre l'avion et rentrer en France et retrouver nos proches. Donc ça, ça a été deux jours vraiment très très compliqués à gérer. On a sauté quand même dans l'avion le samedi et derrière ça, j'aspirais qu'à une chose, c'était de retrouver ma famille et de revenir auprès des miens. C'est ce qui m'a aussi un peu, on va dire, sauvé et sorti la tête de l'eau.
- Speaker #0
Comme tu le dis. De retour en France, les premiers réconforts, tu les trouves auprès de tes proches, auprès de ta famille. Ça permet d'apaiser un peu ta souffrance, mais le traumatisme de cet accident est plus que présent. C'est malheureusement ta réalité, il n'y a pas de marche arrière possible. Par contre, tu as le pouvoir de choisir la suite de ton histoire, de choisir comment tu peux vivre avec ça. Tu m'as confié que trois options s'offrent à toi, peux-tu nous les partager ?
- Speaker #2
Clairement, les trois options c'était quoi ? C'était s'enfoncer, sombrer, tomber dans une dépression parce que malheureusement, après ce genre de situation, on sait très bien qu'on ne peut ne pas se relever. Ça c'était la première option. La deuxième option c'était, on est revenu, nous on est là, notre famille est autour de nous. Elle veille sur nous et on repart sur le même schéma de vie et on avance. Ou alors, la troisième possibilité, c'était de transcender cet événement, effectivement, et oser partir sur autre chose. Partir sur autre chose, en fait, c'était si une opportunité se présente, essayer de saisir cette opportunité et partir sur une nouvelle vie, on va dire.
- Speaker #1
Donc si je comprends, effectivement, c'est à ce moment-là, tu te dis... la vie m'a mené à un événement tragique, j'ai un rêve au fond de moi, pourquoi pas aller explorer ce rêve que j'ai en moi.
- Speaker #2
Voilà, c'est exactement ça, et donc quelque chose d'assez étonnant, c'est que quand je rentre de Norvège, deux jours après avoir atterri, je suis chez moi, bien sûr avec ma famille autour de moi, mon père vient chez moi en me disant, tiens... Il y a une société qui est à vendre. C'est une société que j'avais étudiée quelques mois auparavant, mais sur laquelle je n'avais pas été parce que je n'avais pas eu le cran et j'avais encore toutes ces craintes-là pour me lancer. Et donc, mon père vient en me lançant ça, en me disant, tiens, mais si tu veux, cette société est de nouveau à vendre, pourquoi ne pas l'étudier ? Donc, en fait, effectivement, quand on parle d'opportunité, ça faisait deux jours que j'étais revenu et quelque chose me tombe comme ça dessus, alors que ce n'était pas forcément le moment parce que j'étais vraiment... on va dire au fond du seau, si c'est le bon mot, mais en tous les cas, effectivement, une opportunité s'offre à moi.
- Speaker #1
Donc on reviendra effectivement tout à l'heure sur cette opportunité que la vie t'offre, mais j'aimerais revenir sur ce sentiment de culpabilité, et notamment, j'ai envie que tu nous partages comment tu as surmonté ce sentiment de culpabilité, comment tu t'es reconstruit. Raconte-nous, pour aussi nos auditeurs qui peuvent être dans cette situation-là, qu'est-ce qui t'a aidé, toi ?
- Speaker #2
J'ai vécu un long moment avec ce sentiment de culpabilité, de se dire pourquoi déjà j'ai pas réussi à sauver un de mes potes, et pourquoi eux sont partis et pas nous, donc on vit avec ça tous les jours. Donc j'ai décidé de me faire accompagner parce que c'est quelque chose qui était difficile à évacuer, on va dire. Donc comment on se reconstruit ? En tous les cas, moi, pour mon cas à moi, je l'ai dit plusieurs fois, c'était essentiel pour moi, c'était... Se faire entourer de sa famille et de se faire aider par sa famille, c'était très important pour moi. Mais malheureusement, ça ne fait pas tout. Donc c'était très important de me faire accompagner différemment. Je me suis attaché les services d'une psychologue qui est spécialiste de l'EMDR. Je l'ai rencontré plusieurs fois. On a créé une relation de confiance, ça c'était très important pour moi. On a beaucoup échangé sur le moment de l'accident. On a mis en place des routines, par exemple, quand on se sent pas forcément bien ou quand on est vraiment dans une période qui est compliquée, on est capable de s'évader, de switcher, d'aller chercher un endroit dans lequel on se sent bien dans la vraie vie, on va dire. Et donc, on a travaillé beaucoup autour de ça. Ça me permet effectivement d'aller chercher cet endroit dans ma tête et de me dire, je suis pas bien, mais je vais chercher cet endroit qui, lui, me fait du bien et qui va me faire passer cette phase compliquée. sans oublier ce qui s'est passé encore une fois, mais qui va me faire appréhender plus facilement ces moments difficiles. Donc voilà, le MDR m'a beaucoup aidé, m'a fait avancer. Je ne savais pas quand est-ce que je n'allais plus avoir besoin justement de ce suivi-là. C'est elle, cette psychologue, qui m'a dit un jour, elle m'a dit « bon, mais c'est bon, ça y est, tu es au bout » . On a mis en place toutes les routines qu'il fallait pour que tu puisses appréhender ces moments difficiles. Tu les oublieras pas, mais tu vivras avec et tu vivras un petit peu mieux avec. C'est des moments difficiles à passer, tu vivras un petit peu mieux avec. Ça c'est la première des choses. Et ensuite, je me suis fait accompagner aussi par un copain à moi qui est magnétiseur. Et ça aussi, ça m'a fait énormément de bien. Alors c'est complètement différent. Certains diront que c'est quelque chose qui est un petit peu farfelu, mais bien au contraire, je dirais que non. Pour moi, ça a été un complément. Un complément très important, lui c'est pareil, je l'ai le voir assez régulièrement. Je m'allongeais sur sa table et je fermais les yeux pendant 45 minutes. Il me réalignait, c'était ses mots. Je ne sais pas comment il faisait, je ne veux pas savoir comment il faisait, parce qu'en fait j'avais l'habitude quand j'étais allongé sur cette table de fermer les yeux et essayer de recevoir les choses. J'en ressortais beaucoup mieux, beaucoup plus zen et plus aligné effectivement. En fait ces deux accompagnements ont fait que... Je suis là aussi aujourd'hui, c'est que ça m'a permis d'avancer sur ce chemin que j'avais besoin de faire.
- Speaker #0
Tu as eu besoin, Yannick, d'aller chercher de l'aide à l'extérieur. En l'occurrence, pour toi, c'était auprès d'une psychologue qui pratique le MDR et auprès d'un magnétiseur. C'est important aussi de dire pour les auditeurs et auditrices qui nous écoutent que ce qui a fonctionné pour toi ne sera pas forcément adapté pour d'autres. L'important, c'est que chacun trouve l'accompagnement et la personne qui lui corresponde. Et puis, ce qui t'a aussi beaucoup aidé sur ton chemin, C'est cette opportunité de pouvoir réaliser ton rêve.
- Speaker #1
Donc c'est le moment de placer ma phrase fétiche, rien n'arrive par hasard. C'est quand même dingue, cette synchronicité. Quatre mois après ton accident, en fait, on te propose le rachat d'une deuxième boîte.
- Speaker #2
Exactement. Un ami à moi qui avait lancé une société il y a 20 ans de ça, qui s'appelle Ambuliège maintenant, me téléphone et me dit écoute si tu veux Yannick, je ne suis pas très très loin de la retraite et je sais que tu as des envies, des envies d'ailleurs, des envies d'entreprendre, donc ce que je te propose c'est de te céder mon entreprise. Cette opportunité s'offre à moi, ces envies que j'avais avant ça d'entreprendre, qui étaient bloquées par ces craintes, ces peurs, ces doutes et ce manque de confiance en moi. Ce moment de bascule, comme on dit en revenant de Norvège et en se disant finalement que rien n'est grave et qu'il faut tout tenter et tout essayer, là c'était le moment, c'était l'occasion. Ça m'a permis effectivement de me lancer dans ce nouveau projet. J'ai étudié la possibilité et la capacité à racheter cette entreprise et je me suis lancé dans la grande main de l'entrepreneuriat. Voilà comment c'est parti.
- Speaker #0
J'ai envie de te dire bravo. car je pense au Yannick qui,
- Speaker #1
quelques mois avant, se disait qu'il n'était pas capable, qu'il avait peur. Qu'est-ce qui a fait qu'à un moment donné, tu as dit oui et que tu te sois lancé ? Est-ce que ça s'est fait d'une manière naturelle ou est-ce qu'il y a eu un moment de réflexion, d'hésitation, hormis le délai avec les banques pour réfléchir Ausha ? Mais toi, intérieurement, comment tu as vécu ce moment-là ?
- Speaker #2
En fait, je vais revenir un petit peu en arrière. Dans l'équipe avec qui j'étais en Norvège, il y avait un dégât. Un de mes potes en fait, celui d'ailleurs que j'ai essayé de sauver et de réanimer, qui était un entrepreneur, qui avait sa propre entreprise et qui vivait cette passion du ski de randonné à fond et qui arrivait à combiner les deux, son plaisir d'aller en montagne et son plaisir d'entrepreneur. Et donc ça, ça m'a beaucoup inspiré parce qu'il m'en parlait beaucoup déjà avant. Et donc forcément, au retour, c'est quelque chose que j'ai gardé en tête et qui m'a animé. Je me suis dit, waouh, ce qu'il a fait, c'était formidable. Et j'ai l'opportunité en fait de repartir sur cette... possibilité d'entreprendre, et donc avec quelqu'un qui m'avait beaucoup inspiré sur le sujet, je me suis dit, là, il faut y aller, c'est le moment, si tu le fais pas maintenant, en fait, tu le feras jamais. Ça aussi, ça a été une force, ça m'a poussé, j'ai quelque chose derrière moi, ou quelqu'un, en tous les cas, qui m'a poussé à ce où je suis maintenant, voilà. Au-delà, effectivement, de toutes les problématiques techniques, comme tu disais, les banquiers et autres, pour monter ce projet-là, c'est un projet qui a mis quand même un an à éclore, mais en tous les cas, voilà, j'ai eu une force, en fait... que je n'aurais pas eu forcément, ou en tous les cas, je suis certain que je ne l'avais pas avant. Et je me suis servi de ce moment compliqué de ma vie pour en faire un tremplin plutôt qu'en creuser un trou, on va dire.
- Speaker #1
Super, c'est vraiment très inspirant. Et d'être comme ça attentif à ce que l'on ressent au moment, c'est ce qui nous amène aussi, je pense, à passer à l'action à un moment donné. Et donc, tu es passé du salariat à l'entrepreneuriat. C'est une étape, j'imagine que ça ne doit pas être facile tous les jours. À quoi tu as dû renoncer pour construire cette nouvelle vie professionnelle ?
- Speaker #2
Alors, il y a un point très important aussi dans cette nouvelle vie, c'est que déjà, effectivement, il faut renoncer à beaucoup de choses. Il faut renoncer à ce confort matériel que l'on peut avoir quand on est salarié, parce qu'en fait, on ne se pose pas de questions. Quand on est salarié, à la fin du mois, le salaire tombe. Là, quand vous êtes entrepreneur, ce n'est pas forcément toujours le cas. Donc il faut faire en sorte effectivement qu'on puisse se vivre le plus confortablement possible. C'est un rêve mais ça ne marche pas tout le temps, donc il peut y avoir des mois plus difficiles que d'autres, ça c'est certain. Il y a une chose aussi qu'il faut dire et qui est très importante, c'est que dans cette aventure-là, je n'y suis pas parti tout seul. J'ai entraîné avec moi ma compagne Hélène, on est maintenant associés sur cette nouvelle entreprise. Elle était comme moi, salariée d'un grand groupe américain où elle avait ce confort et... un poste très intéressant et en fait j'ai réussi ou en tous les cas je l'ai amené avec moi dans cette aventure là parce que je me sentais pas forcément capable de le faire tout seul encore une fois avec ces craintes qu'on peut avoir, ce manque de confiance c'est quelque chose qui était fort en moi, justement je me suis appuyé sur elle pour avancer sur ce projet là et bien plus que ça puisque je l'ai embrigadé avec moi et elle s'est associée avec moi dans cette société. Donc on a laissé beaucoup de choses. Pour répondre à ta question, déjà on a laissé du matériel, très clairement, mais par contre, on a gagné quelque chose, c'est que ce qu'on fait maintenant, on le fait pour nous. Personne ne nous dicte ce qu'on doit faire, bien au contraire, c'est à nous de dicter ce vers quoi on veut aller. Et si on se trompe, ça ne sera qu'à cause de nous, personne d'autre autour de nous. Donc il faudra faire effectivement les bons choix.
- Speaker #1
Est-ce qu'on peut dire Yannick, aujourd'hui vous êtes dans un inconfort confortable ?
- Speaker #2
Exactement, on a inversé la tendance, on va dire, et ça c'est génial. Inconfort, je ne sais pas si c'est le mot. Mais en tous les cas, ce n'est pas tous les jours facile. Si les entrepreneurs écoutent ce podcast, ils se retrouveront, j'imagine, parce que ce n'est jamais simple. Beaucoup d'inconnus, donc même si on s'éclate dans ce qu'on fait, on sait pertinemment qu'il y a des fois, ça peut être plus compliqué que d'autres. Donc c'est quand même finalement un confort, parce qu'on fait ce qui nous anime, on fait ce qu'on a envie de faire, et plus personne maintenant ne nous dicte ce que l'on doit faire.
- Speaker #0
Tu n'as pas employé explicitement le mot, mais en t'écoutant, ce qui me vient, c'est la notion de liberté. Et j'ai même envie de rajouter que la liberté n'a pas de prix. Souvent, les personnes qui sont en quête de cette liberté, et toi en l'occurrence, là, tu as aspiré à devenir entrepreneur pour avoir aussi cette liberté de choisir et de faire ce qu'il te convenait, eh bien, ces personnes sont prêtes à faire des concessions. Et je suis... Bien placé pour en parler parce que pour ceux qui n'ont pas écouté le premier épisode du podcast Cap vers toi, j'ai moi-même renoncé à la sécurité financière que me permettait le statut de salarié pour devenir entrepreneur. Et par conséquent, j'ai dû revoir ma manière de consommer par exemple. Et finalement, ce n'est que mieux. Et quand on est aligné avec un choix, renoncer finalement n'est pas difficile. Toi, cette liberté, tu as été la chercher dans ton activité professionnelle en devenant entrepreneur.
- Speaker #1
J'ai envie de te poser cette question, qui es-tu aujourd'hui ? Qu'est-ce qui a changé pour toi ? Donc, on en a parlé un peu juste avant, mais voilà, comment tu te définirais aujourd'hui ?
- Speaker #2
Alors déjà, je me sens plus léger, j'ai beaucoup moins de craintes, parce que ce que j'ai vécu fait que bien heureusement, enfin, ou malheureusement, j'en sais rien, mais en tous les cas, je relativise beaucoup de choses. Tout ce qui était inconcevable, les montagnes qui pouvaient y avoir devant moi autrefois, maintenant, se sont devenues, on va dire, des collines, si on peut prendre une expression imagée. Les choses sont plus, on va pas dire plus simples, mais plus faciles à appréhender. J'aime à dire que ce qui ne tue pas rend plus fort. En l'occurrence, effectivement, j'en ai fait mon credo. Quand on sort de cette expérience, cette mauvaise expérience qui m'est arrivée, si on rebondit pas et qu'on s'enfonce, la vie est beaucoup plus compliquée. Moi j'ai décidé justement d'essayer de faire avancer les choses. Je me sens maintenant plus à ma place. Et je me dis quelque part aussi, c'est que les gars que j'ai laissés là-haut, nous en voudraient de s'être enfoncés et de ne pas avoir rebondi. Parce que je suis sûr qu'eux, ils auraient été à notre place, ils auraient rebondi et avancé. Donc déjà c'est aussi un devoir que j'ai, d'essayer d'avancer, de faire avancer les choses, rien que pour eux. Et surtout celui qui me regarde, qui m'a inspiré dans cette nouvelle vie d'entrepreneur. Aujourd'hui, je suis un chef d'entreprise heureux et épanoui, chef d'entreprise associé, c'est très important aussi de le dire, parce que j'ai réussi à combiner justement ça aussi, d'être associé avec, encore plus important, avec ma compagne. Donc, on est les deux sur ce nouveau bateau. On peut dire que je suis très heureux là où je suis aujourd'hui. Pour l'instant, on s'éclate dans notre nouveau métier.
- Speaker #0
Kiffer en travaillant, je crois que ça aussi, ça n'a pas de prix. J'aimerais revenir sur ce que tu as dit, que tu exprimes l'importance d'avancer pour honorer tes copains disparus. J'aimerais te poser cette question, quel regard as-tu aujourd'hui sur cet accident avec ce recul ?
- Speaker #2
Quel regard j'ai ? Malheureusement, c'est quelque chose qui est arrivé, ça, il faut être factuel. Je vis avec tous les jours, ça va faire trois ans, les images sont toujours là, mais en tous les cas, il faut les accepter. Mais tout ce que j'ai mis en place en amont... Donc ce suivi que j'ai pu avoir avec une psychologue et mon copain qui est magnétiseur font qu'aujourd'hui je me sens plus armé pour avancer. Mais les moments difficiles s'appréhendent, on va dire, plus facilement. Certains vont dire que ça fait partie de la vie, effectivement, ça fait partie de ton chemin. Alors je vais l'appréhender comme ça et me dire que ça fait partie de mon chemin. J'en l'ai vécu, donc c'est comme ça. Maintenant, il faut en faire une force. Et je me dis que quelque part, si j'ai réussi, c'est grâce ou à cause de ça. Ce qui était malheureusement une tragédie. Il faut ressortir quelque chose de positif pour avancer. Et je me dis que si je suis là aujourd'hui, c'est aussi grâce à ça.
- Speaker #0
Bravo, vraiment bravo. Je suis certaine que tes potes sont fiers de toi là-haut. J'aimerais enchaîner avec une question que tout le monde se pose. En tout cas, moi, je me la pose. Yannick, es-tu reparti en montagne ?
- Speaker #2
Alors oui, ça aussi, je l'ai dit plein de fois à mes copains, à mes potes qui sont revenus avec moi. Ceux qui sont restés là-bas, en fait, nous en auraient voulu de ne pas repartir et de ne pas rechausser les skis. Donc rien que pour eux, en fait... Moi, en tous les cas, je n'ai pas hésité à repartir, même si effectivement, quand je repars en montagne, j'ai beaucoup de craintes. J'ai très peur, j'ai beaucoup pleuré quand je suis remonté sur mes skis. J'ai quand même fait cet effort-là pour ceux qui ne sont plus là. Donc oui, je suis reparti en montagne, c'était très très important. Et de toutes les façons, c'est quand ça reste une passion qui nous anime. Malheureusement, on sait que c'est une passion qui peut prendre des vies, qui peut coûter des vies. même si on n'est pas des trompe-la-morte, attention, on fait en sorte de respecter toutes les règles de sécurité, mais malheureusement, il y a des impondérables, et nous, on en a payé un lourd tribut, mais c'est comme ça. Mais je m'interdis à ne pas repartir en montagne, donc j'y vais le plus souvent possible, et à chaque fois que j'y vais, j'ai une pensée pour ce que j'ai perdu. Voilà.
- Speaker #1
Là, on va arriver à la fin de cet échange. Si quelqu'un écoute cet épisode, qu'il a une envie ou un rêve, mais qu'il n'ose pas le réaliser, que lui dirais-tu ?
- Speaker #2
Moi je lui dirais, c'est très simple, il faut oser, il n'y a rien de compliqué en fait dans la vie. Ce que je regrette c'est de l'avoir fait suite à un fait de vie. C'est bien dommage, j'en ai fait une force bien sûr, mais si je regarde en arrière, je me dis, mince, j'aurais dû le faire bien avant. Ce que je veux dire à ceux qui ont en tête et qui ont envie de changement, qui ont envie d'autre chose, il ne faut pas hésiter, il ne faut pas attendre que le destin vous pousse à le faire. Donc moi j'ai eu... Cette malchance qui s'est transformée en chance, si on peut dire. Chance parce que j'ai franchi ce pas-là, mais sinon je ne l'aurais jamais fait. Je ne saurais pas aller là où je suis maintenant. Voilà, donc si je peux dire une chose, oser. Et de toutes les façons, rien n'est grave dans la vie. Et je l'ai dit, j'en ai fait un credo. Ce qui ne tue pas rend plus fort. Je pense que rien n'est compliqué si l'envie est là, il faut oser.
- Speaker #1
Oui, c'est vrai, ce qui ne tue pas rend plus fort. Merci Yannick. Ce que j'adore dans ton histoire, c'est qu'elle nous montre que parfois, ce qu'on redoute le plus peut devenir notre plus grand levier d'évolution. Et c'est ce qui s'est passé pour toi. D'ailleurs, j'ai remarqué que souvent, quand quelque chose nous fait peur, c'est là où il faut aller. Tu aurais pu t'effondrer, rester prisonnier de ta culpabilité, de ta douleur, mais au contraire, tu as choisi d'en faire une force. Alors comment, en acceptant déjà de te faire aider ? Je pense que c'est important aussi de le dire. Ce n'est pas une faiblesse de se faire aider en acceptant ta douleur, en écoutant les opportunités et puis en passant aussi à l'action malgré la peur. Alors, à travers ton histoire, j'ai identifié trois clés pour transformer une épreuve en force. La première, c'est d'accepter sa réalité au lieu de la fuir.
- Speaker #0
On le sait tous, la vie est faite d'épreuves et de douleurs inévitables. Plutôt que de les fuir, apprenons à les accueillir et avancer avec elles.
- Speaker #1
Donc la deuxième clé, c'est d'observer les signes et saisir les opportunités. Tu aurais pu, Yannick, ignorer cette offre de rachat d'entreprise qui t'est tombée dessus au pire moment de ta vie, mais tu as su voir que c'était le bon moment, tu as passé le cap. Et puis la troisième clé, c'est d'agir, même si ce n'est pas parfait. Finalement, la peur ne disparaît jamais totalement. Tu as osé. Et c'est ce qui fait toute la différence. Comme tu l'as dit, ce qui ne tue pas rend plus fort.
- Speaker #0
Alors j'aimerais t'inviter, toi, cher auditeur et chère auditrice, à te poser cette question. Quel rêve, quelle envie ou projet tu repousses par peur ?
- Speaker #1
Nous arrivons à la fin de ce deuxième épisode du podcast Cap vers toi. Cette conversation m'a appris que parfois, la vie nous pousse dans le vide et c'est là qu'on apprend à voler. Alors, merci infiniment Yannick de nous avoir partagé ton histoire avec autant de sincérité et de vulnérabilité, et de nous avoir invité à prendre notre envol.
- Speaker #0
Est-ce que tu veux rajouter un petit mot de clôture ?
- Speaker #2
Alors, écoute, maintenant à moi de te remercier Laure, c'est un exercice qui était... assez difficile pour moi parce que c'est quand même quelque chose qui est tout frais, ça va faire trois ans mais c'est tout frais pour moi, donc c'est difficile d'en parler, mais je pense que c'était important justement au-delà de parler de cet accident, c'est de parler de ce qu'on peut faire d'un accident de la vie, on va dire, comment est-ce qu'on peut le transformer en force et avancer dans cette vie, faire en sorte que les choses aillent mieux derrière. Voilà, donc je te remercie.
- Speaker #0
Merci à toi Yannick, j'ai pris beaucoup de plaisir à enregistrer ce premier épisode avec toi en mode interview.
- Speaker #1
Donc si cet épisode t'a inspiré, alors ose toi aussi, cher auditeur, ose transformer tes épreuves en tremplin. On a tous à un moment donné besoin de ce déclic, alors partage cet épisode à quelqu'un qui en a besoin. Partage-le un peu partout, sur Instagram, sur Facebook, sur LinkedIn. Et si tu en as envie, n'hésite pas à laisser une note et un commentaire sur ta plateforme d'écoute. Je te dis à très vite dans le prochain épisode de Cap vers toi. Adishatz !