- Speaker #0
Pourquoi est-ce si difficile de croiser, d'écouter, de s'inspirer de ceux qu'on ne connaît pas ? Pourtant, tant de femmes et d'hommes inconnus portent en eux des histoires puissantes, capables de résonner en nous et de nous transformer. Hello, moi c'est Laure, passionnée par ces récits de vie et par cette quête de sens qui anime tant de personnes aujourd'hui. Alors non, je ne suis pas une experte, mais une exploratrice, guidée par ces rencontres qui me font tant vibrer. C'est l'envie de créer du lien au-delà des cercles habituels qui a donné naissance à Cap Vertoi. Un podcast où je pars à la rencontre de celles et ceux qui ont vécu un moment de bascule, cet instant clé qui nous pousse à choisir, ou pas, de changer de trajectoire pour se réveiller ou se révéler. Alors, cap ou pas cap de te laisser inspirer par ces âmes que tu n'aurais peut-être jamais croisées autrement. Es-tu prêt pour la rencontre du jour ? C'est parti ! Comment réagis-tu quand la vie t'impose une épreuve que tu n'as pas choisie ? Est-ce que tu subis ou est-ce que tu décides de créer autre chose à partir de ce chaos ? Bienvenue dans ce troisième épisode de Cap vers toi. Aujourd'hui nous partons à la rencontre de Marie-Laure. Marie-Laure est coach professionnel, maman de deux enfants. Elle a un message fort à nous partager qui s'est dessiné au fur et à mesure de sa vie. A travers son histoire, elle nous expliquera comment Elle a choisi de faire face aux événements que la vie lui a imposés et nous verrons qu'elle a été gâtée en événements pas faciles. Son point de bascule, c'est la naissance de son premier enfant, Raphaël, porteur d'une maladie génétique. Un jour qui aurait pu l'enfermer dans la douleur et la fatalité et qui est devenu pour elle le début d'un tout autre chemin. À travers son histoire, nous allons explorer une question essentielle. Comment choisis-tu de répondre quand la vie t'impose une épreuve ? parce qu'au fond, l'épreuve ne nous définit pas. C'est notre manière d'y répondre qui écrit la suite de l'histoire. Je t'invite, toi, qui écoutes, à ouvrir grand ton cœur pour cet épisode. C'est une invitation à regarder autrement ce que nous vivons. Alors bonjour Marie-Laure, bienvenue.
- Speaker #1
Bonjour Laure, merci beaucoup.
- Speaker #0
Nous nous sommes rencontrées dans le cadre professionnel. Tu m'as accompagnée pendant six mois en coaching. Et d'ailleurs, si ce podcast existe aujourd'hui, c'est aussi un peu grâce à toi. Tu m'as encouragée à croire en ce projet et à passer à l'action. Et aujourd'hui, je suis vraiment heureuse de te recevoir ici. Ton parcours nous éclaire sur un thème central qu'on va explorer ensemble, c'est le choix. Choisir quand tout s'effondre, choisir quand on ne comprend pas, choisir quand la douleur est là. C'est ce que tu as fait et c'est ce que tu nous offres à travers ton histoire. La preuve qu'on a le choix de répondre face aux épreuves que la vie nous impose. Alors merci encore d'être parmi nous. Pour commencer, peux-tu te présenter et nous dire ce qui t'a motivée à faire le choix d'accepter mon invitation ?
- Speaker #1
Tout d'abord, merci Laure justement de m'avoir proposé de venir dans ce podcast. Il y a une part de moi qui est très fière d'être là et je suis vraiment ravie de te voir dans ce rôle et que tu me reçoives dans ce rôle aussi. Je suis Marie-Laure, Marie-Laure mon voisin, je suis coach aujourd'hui, j'accompagne les managers, j'accompagne les personnes en transition de vie, les personnes qui sont aussi face, j'ai envie de dire, à des virages mais qui ne le pressentent pas encore. Aujourd'hui, pourquoi j'ai accepté de venir dans ton podcast ? Eh bien, parce que j'aimerais partager un message aujourd'hui, un message d'espoir pour tous les gens qui ont pu vivre des moments compliqués. des accidents de la vie. Je voudrais vraiment aujourd'hui dire qu'il existe des moyens de revoir la lumière. Dans les accidents de vie, il peut aussi y avoir des perles cachées. Et je sais, c'est dur, mais ça peut aussi valoir le coup.
- Speaker #0
Et du coup, avant de plonger dans ton histoire, j'aimerais qu'on pose une base essentielle ensemble. Selon toi, pourquoi avons-nous tendance à croire que nous n'avons pas le choix face aux épreuves ?
- Speaker #1
Déjà parce que dans le mot épreuve, en fait, épreuve de la vie, très souvent, on n'a pas le choix par définition. Elles arrivent, on ne les a pas prévues, on ne les a pas anticipées. Et c'est le propre de la vie, justement. La vie nous emmène souvent très loin de notre parcours de départ. Peu importe à quel moment l'épreuve survient, en tout cas, elle est rarement prévue, elle est rarement anticipée. Et donc, du coup, le premier réflexe, c'est quand on reçoit l'épreuve, c'est déjà... avant tout de la subir. Et dans un premier temps, forcément, on se dit mais qu'est-ce qui m'arrive ? Et non, je n'ai pas le choix que de la recevoir, j'ai envie de dire, en pleine face. La première chose qui se passe quand l'épreuve se présente, c'est la sidération, le plus souvent. C'est-à-dire qu'on est rarement dans un état tout de suite de réactivité ou alors, il peut aussi arriver que l'épreuve viennent réveiller nos blessures, portant nous des blessures, des blessures d'injustice, des blessures de trahison. Et donc en fait, en fonction de ce qui va nous arriver et en fonction de nos blessures que nous portons, on va avoir notre manière propre à nous de réagir. Et lorsqu'on a été trahi, c'est la colère. Lorsque c'est la blessure d'injustice, on est triste. Et en fonction en fait de la douleur que l'on va porter, effectivement on peut avoir le sentiment de ne pas pouvoir se relever et donc de subir pleinement. Et ça, c'est cette étape-là que j'appelle en fait vraiment cette étape de sidération, où on se dit mais non, mais en fait, je n'ai pas le choix.
- Speaker #0
Après cette étape de sidération, qui je pense est nécessaire pour encaisser l'épreuve, il y a l'étape suivante qui est de se dire comment je vais faire pour passer cette épreuve. Tu m'as parlé d'une notion qui est de choisir sa réponse. Comment définirais-tu cette notion ?
- Speaker #1
Alors... En fait, il y a tout simplement plusieurs attitudes à avoir. C'est-à-dire que pour moi, là, pour le coup, c'est assez binaire dans le choix. C'est-à-dire, soit vous choisissez de subir, de ne pas prendre vos responsabilités. Et puis, on peut faire le choix de se dire, et voilà, la vie a fait ça et tomber dans la tristesse. On peut choisir de ne pas prendre aussi le message, si tant est qu'il y en a un. Mais moi, je crois qu'il y en a un, le plus souvent, si on choisit d'aller de l'avant. et du coup, en fait, le chemin facile... Quand l'épreuve survient, c'est effectivement de se laisser complètement aller, de se dire, ben voilà, je suis punie, ou c'est horrible, ou c'est la faute d'eux. Et puis, j'ai envie de dire, choisir un peu ce chemin de la noirceur. Et là, on tombe vraiment dans le fait de subir l'épreuve.
- Speaker #0
Du coup, choisir sa réponse, ça veut dire quoi pour toi ?
- Speaker #1
Choisir sa réponse, en fait, c'est de se dire, à un moment donné, passer cette étape de sidération, se dire comment, aujourd'hui ? Je vais passer l'épreuve ou je vais aller chercher mes réponses. Nous avons tous en nous les ressources pour se relever de ce qui nous arrive. Faire un choix positif, c'est aussi se dire, ça passera. Il y a une fable du roi Salomon qui raconte qu'un jour, le roi Salomon en avait assez de prendre à cœur toutes les situations désagréables dans sa vie. Et il a demandé à ce qu'on lui trouve une solution. Il a reçu de la part d'un sage un anneau et dans lequel c'était gravé, cela aussi passera. Donc il y a plusieurs choses en fait dans le fait de faire le choix en fait de se relever lorsqu'une épreuve se présente à vous. C'est tout d'abord tout simplement parce que c'est la vie, parce que c'est comme ça, ça passera. Ensuite, parce que je fais le choix aujourd'hui moi de croire et de passer ce message, si cette épreuve elle s'impose aujourd'hui à vous, à moi, c'est très certainement et obligatoirement parce que tu portes, parce que je porte, parce que... Vous portez la ressource en vous pour vous relever. Et puis enfin, moi j'ai envie de croire, c'est aussi une des leçons que je retire de mon chemin, c'est qu'il y a du sens. C'est-à-dire qu'à un moment donné, la lumière, elle est là, dans le noir en fait, elle est au bout, il y a une perle cachée, et c'est ça en fait, dans l'épreuve, qu'il faut aller chercher. Et en fait, si on fait le choix de se relever, si on fait le choix de se dire, je prends l'épreuve, Je vais... Allez, c'est un peu dur de se dire ça, je le conçois, je vais l'embrasser. Eh bien au bout, je ne les ai pas encore toutes trouvées moi-même, mais je sais qu'au bout, il y a la perle cachée, il y a la lumière.
- Speaker #0
J'aime beaucoup cette idée de se dire que dans chaque épreuve, il y a une perle cachée et que nous avons tous les ressources en nous pour aller la chercher. Souvent, l'épreuve est vécue comme une fatalité. On s'est déjà tous dit, oh là là, je n'ai pas de chance. C'est comme cela et je n'ai pas le choix. Mais aujourd'hui, Marie-Laure, tu nous invites à voir l'épreuve comme une proposition que la vie nous offre. Et surtout, nous sommes tous en mesure de choisir comment la lire. Ton histoire en est une belle illustration. Peux-tu nous raconter ce qui t'a amenée à affirmer cela aujourd'hui ?
- Speaker #1
Alors, dans mon histoire, il y a eu plusieurs événements qu'on pourrait appeler une succession d'événements malheureux. Du coup, je vais nommer autrement une succession de moments forts, de signes noirs. Le signe noir, ce sont ces événements qui contribuent à changer votre trajectoire de vie. Mais dans le terme succession d'épreuves, on aurait envie de faire du lien. C'est le choix que je veux faire avec toi ce matin, c'est que je ne vais pas faire du lien entre ces événements forts. Il y a un point commun, c'est qu'elles ont contribué toutes à progressivement changer mon parcours de vie.
- Speaker #0
On va se replonger dans ton parcours de vie et les événements, comme tu as dit, successifs. Peux-tu du coup nous les raconter ?
- Speaker #1
J'ai grandi en Bretagne, avec déjà, je vais en parler maintenant, parce qu'on va être amené en amener plus tard, ou avec déjà en fait une connaissance un peu de la maladie. J'ai fait du lien bien après, mais en l'occurrence, j'ai envie d'en parler là. J'avais une tante qui portait un handicap, qui était en fauteuil roulant et qui était tout le temps là en fait. La raison pour laquelle je parle d'elle, c'est de se dire qu'en fait, la maladie, la notion de handicap, finalement, avec du recul, elle a toujours été présente dans ma vie. Je vais passer les 20 premières années à 20 ans. À la fin de mes études, je suis partie 6 mois en Amérique centrale avec des amis. Et lorsque je reviens, j'apprends que mon cousin Germain, le fils de ma marraine, a un lymphome qui va se révéler fatal pour lui, il a 20 ans. À ce retour, je passe beaucoup de temps avec lui. Et là, j'observe déjà qu'il y a deux réactions possibles en fait, lorsqu'une épreuve se présente. C'est qu'à 20 ans et avec une telle maladie... Vous pouvez faire le choix de vous effondrer. Vous pouvez faire le choix d'écouter religieusement ce que les médecins ont à vous dire, de sombrer dans une forme de dépression. Et là, ce que j'observe chez mon cousin, ce que je vois déjà dans son regard, c'est cette force, cette détermination de se dire « Ok, ça va peut-être m'être fatal, mais en tout cas, je ne vais pas me laisser faire. » Et c'est ce qu'il a fait. L'issue a quand même été terrible pour lui, comme pour nous tous. Mais moi, je l'ai vu vraiment traverser cette épreuve avec dignité. Je l'ai vu chercher des solutions. Dès qu'il sortait de l'hôpital, il n'avait de cesse que de vouloir continuer à faire des choses, continuer à aller de l'avant. Et il a fait preuve d'une grande force de caractère, jusqu'à donner des leçons au corps médical et à chacun des membres de sa famille. Donc déjà là, je me rends compte qu'il y a deux manières de répondre à une épreuve, aussi terrible soit-elle. Suite de cette épreuve, moi, je suis partie travailler et je suis rentrée en fait dans le commerce, où j'ai passé trois ans dans des directions commerciales à manager des équipes. Et là, à 25 ans, j'étais dans un rythme assez effréné. Et un jour, en pleine journée de travail, je tombe. Et en fait, je fais un AVC, un accident vasculaire cérébral. Et puis, dans les neuf mois qui ont suivi, je me suis retrouvée un peu comme coincée dans mon corps. coincé dans mes actions. Je prends conscience aussi déjà de l'importance d'être en très bonne santé et de la chance qu'on peut avoir aussi d'être en vie et de l'importance aussi de prendre soin de soi. Et là, déjà, commencent un petit peu les prémices de se dire bon, est-ce que je suis sur le bon chemin ? Qu'est-ce que la vie m'envoie comme signal ? Certainement que je vais un peu vite, certainement que je me surmène, en tout cas que je ne me respecte pas. Il y a deux choses à qui se dégagent, c'est de se dire, voilà, quelle va être la suite ? Et puis, cette sensation, en fait, d'être emprisonnée dans mon corps, de ne plus pouvoir faire ce que je peux. Il n'y a rien de pire que de se dire, je veux parler, j'ai quelque chose, ma phrase, elle est faite, je veux parler, je veux pouvoir l'exprimer. Et en fait, il ne se passe rien. Et alors, quand votre corps devient sa propre prison, et mon Dieu !
- Speaker #0
Qu'est-ce qui a été important pour toi, justement, pour t'aider à sortir de cette épreuve ?
- Speaker #1
Alors, il y a eu ma famille, c'est certain, pour les soins, il y a eu le cocon, et bizarrement, comme quoi il faut que les messages aussi se répètent, le travail. C'est-à-dire qu'à partir du moment où je me suis sentie mieux, je me remets très vite au travail. Alors, ce n'est probablement pas la solution par rapport à ce qui m'est arrivé. Par contre, me remettre au travail, reprendre tout de suite l'ascendant un peu sur les choses, en fait, ça me recrée une dynamique au niveau du corps, au niveau de l'esprit. J'avais besoin de ça, en fait. J'avais besoin de refaire travailler la machine. Et comment je me remets de ça ? En me remettant à vivre, tout simplement. En me remettant très vite et le plus vite possible à vivre.
- Speaker #0
Et à repartir dans une dynamique de travail, de travail.
- Speaker #1
Voilà. Parce qu'à l'époque, j'en suis toujours un peu persuadée, j'aime beaucoup travailler. Par contre, j'aime de plus en plus ce que je fais. Mais à l'époque, cette notion de plaisir n'était pas forcément d'ailleurs associée. C'était, il fallait travailler. Voilà, c'était mon moyen d'épanouissement. C'était ce que je me croyais obligée à faire. Comme c'était pour moi ce qu'il fallait pour que j'aille mieux, c'était nécessaire de retourner dans ce monde. de me ressentir réintégrée, de pouvoir très vite recommencer à faire des preuves. Enfin voilà, j'étais dans ce schéma, dans cette dynamique de succès en fait. Ce qui est fou, c'est que c'était probablement cette dynamique qui m'avait amenée à vivre cet AVC. Il y a un principe qu'on oublie beaucoup dans nos vies un peu surmenées. On vit nos vies à 100 à l'heure, comme des grands sportifs, jusqu'à dans nos hobbies, où on va faire des footings, du sport, parce qu'il faut, il faut travailler, il faut aussi prendre soin de son corps, Et en fait, à vivre nos vies comme des grands sportifs, on oublie un principe dont je peux parler maintenant, c'est le fameux principe de récupération. En fait, on oublie une chose, c'est « ok, vivons nos vies à 100 à l'heure » , mais on ne peut pas être toujours à 100 à l'heure. Il y a même un grand sportif, une fois qu'il a fait son sprint, qu'il a fait son épreuve, il récupère en fait. Et nous, on a tendance à oublier, nous, le monde, les gens qui vivent à 100 à l'heure, ce fameux principe de récupération qui consiste à reprendre son souffle.
- Speaker #0
Et donc, quand on ne sait pas le faire soi-même, la vie nous l'impose, se stoppe pour récupérer.
- Speaker #1
Exactement.
- Speaker #0
Et donc, tu repars dans le travail, tu as moins de 30 ans, tu choisis de te battre, tu te remets de ton AVC, la vie continue, mais la vie ne t'épargne pas une nouvelle fois. Qu'est-ce qui se passe après pour toi ?
- Speaker #1
Alors en fait, j'intègre l'entreprise familiale et je me marie, je tombe enceinte de mon premier enfant, Raphaël. Je me rends compte, pas dans la première année, la première année, Raphaël, c'est un enfant tout chou, tout dodu, tout agréable à vivre, tout sourire. J'ai envie de dire un enfant super sympa. Par contre, chez la nourrice, je me rends compte quand même, il ne passe pas à quatre pattes. Il ne se met pas debout. On passait des 6-7 mois où on sent effectivement que, notamment, il avait un autre petit garçon avec lui qui avait le même âge, marin, qui était déjà beaucoup plus avancé en termes de motricité. La pédiatre, à l'époque, c'était comme ça. Maintenant, je te parle de ça il y a 20 ans. À l'époque, on dit non, mais laissez-le tranquille, on va voir. La première année se passe tranquillement, comme ça. Et puis, on part en vacances. Il y avait un kids club. Et là, je me rends bien compte quand même qu'à un an, on n'est pas du tout dans les mêmes niveaux d'acquisition d'un enfant qui a un développement, j'ai envie de dire, plus traditionnel. Moi, il m'apparaît clairement que Raphaël... Ce n'est pas clairement, c'est intuitivement. On dit toujours que les mamans savent, mais moi, je vais te dire, les mamans savent. Et tu sais que les mamans savent. Et oui, nous savons. Et en fait, je le vois qu'il a besoin d'un coussin pour se tenir assis. Je vois qu'il ne s'exprime pas forcément. Je discute aussi avec les animatrices du Kids Club. Donc, j'entre un petit peu de nos vacances, le cœur serré en me disant, « Flûte, il y a quelque chose qui cloche. » Et effectivement, quand je vais voir la pédiatre, elle lui fait le check-up habituel et elle me dit, « Non mais là, effectivement, il y a peut-être quelque chose, il y a un gros décalage dans ses acquisitions. » Et je vais prendre rendez-vous au CAMS. Tous les enfants de 0 à 6 ans qui ont un décalage quelconque, qui ont une maladie, sont tous pris en charge au CAMS.
- Speaker #0
Juste pour préciser, le CAMS c'est le Centre d'Action Médico-Sociale Précoce.
- Speaker #1
Mais moi je ne sais pas encore ce que c'est que le CAMSP. Je repars avec Raphaël, je prends mon rendez-vous, deux jours plus tard j'arrive au CAMS et je me suis reçue par une assistante sociale qui me dit « Madame, ce n'est pas rien d'être ici » . Je la regarde et je m'effondre parce que je commence à réaliser qu'il se passe quelque chose, que ça y est. On y est, toutes les craintes, un petit peu l'anxiété que je pouvais développer, le regard que je pouvais porter sur Raphaël en me disant, mais et si, en fait, ce jour-là, le drame, la difficulté, l'épreuve, elle met à confirmer par cet échange avec l'assistante sociale. Donc à la suite de ça, Raphaël va passer plusieurs examens avec des neuropédiatres, avec des neuropsychiatres, il va se passer beaucoup de tests et il va se passer beaucoup de temps. Entre-temps, je vais avoir mon deuxième enfant, Victoria. Et en fait, on va se rendre compte, c'était de sa quatrième année seulement, d'ailleurs. Donc, il va se passer quatre ans où il va y avoir beaucoup d'examens, beaucoup d'angoisse, beaucoup de recherches, beaucoup de « Ah, chic, finalement, ça va aller. » « Ah, mon Dieu, et si c'était ça ? » Et puis, bon, le corps médical ne prend absolument en plus aucun gant. En attendant, Raphaël est toujours au calme. Il fait de la psychomotricité. Il a toujours ses décalages. Mais c'est un enfant heureux de vivre. Tout va bien. Il y a comme l'intégration à l'école aussi qu'il faut faire. Enfin, bref. on ne sait pas ce qu'il a, mais on sait qu'il y a quelque chose. Et puis, il y a toutes ces choses qu'il faut mettre en place, qu'il continue à se développer, tout en sachant qu'on ne sait pas.
- Speaker #0
Oui, voilà, c'est ça. Il faut y aller, mais on ne sait pas.
- Speaker #1
Voilà. Et dans la foulée, je tombe enceinte de Victoria. La réflexion générale, autant chez les médecins que mon environnement, c'est de dire, de toute façon, l'orage ne frappe jamais deux fois au même endroit. Par le suite, on m'a dit qu'il fallait que je joue au loto. Et en fait, Victoria naît. Je suis très vite rattrapée, en fait, par le même pressentiment et par le même ressenti que j'ai eu pour Raphaël. Et je m'en suis vite compte que Victoria, elle aussi, il y a quelque chose. L'été des quatre ans de Raphaël, Victoria va sur ses un an. On reçoit enfin un diagnostic. Et donc là, on nous dit que Raphaël a un syndrome génétique extrêmement rare et que voilà. Maintenant, le diagnostic est posé et donc on nous donne rendez-vous à un centre génétique à deux heures de la maison, où là, on va être nous aussi testés. Par la suite, ce sont les membres de ma famille qui seront testés, enfin, tout du moins mes deux parents, pour savoir exactement quelle branche de la famille est frappée par ce syndrome que nous ne connaissions absolument pas. Et puis, qui s'est déclaré avec Raphaël et Victoria par la suite. Donc, Victoria, on va tarder un petit peu à asseoir le diagnostic parce que j'ai eu une peur. En fait, il y a quelque chose dans le fait de recevoir un diagnostic. C'est que le diagnostic pose les choses, mais aussi peut enfermer. Et à l'époque, c'est ce qui s'est passé. C'est-à-dire qu'en fait, on a fini d'attendre des progrès de Raphaël puisque le diagnostic était passé. Et on est passé de comment il peut continuer à avoir des acquisitions, comment il peut continuer en fait à se développer, comment il peut continuer à faire son chemin, à comment il va vivre avec et à ne plus attendre de progrès de lui. Quand je dis le diagnostic en ferme, c'est de se dire, de toute façon, il ne peut pas. Et du coup, toute sa trajectoire de soins, et c'est par la suite ça sur lequel je me suis battue, moi et son papa, c'est de ne pas accepter le parcours de soins, j'ai envie de dire juste de soins qui nous a été proposé. Et j'ai refusé du coup que le diagnostic soit posé tout de suite sur Victoria, bien que c'était une évidence. Tant que le diagnostic n'était pas posé, on ne savait pas, donc du coup on continuait à attendre des progrès et à la soutenir en fait dans son développement. Donc voilà le choix que nous avions fait à ce moment-là.
- Speaker #0
À ce moment de ta vie, tu dois faire face à une nouvelle épreuve. Le diagnostic est posé pour ton fils Raphaël. Qu'as-tu ressenti au fond de toi quand tu as compris que ton chemin sera à jamais différent ?
- Speaker #1
Alors en fait, il y a cet état de sidération. Effectivement, l'état de sidération n'a pas duré longtemps, c'est-à-dire, voilà, c'est arrivé. J'ai vite basculé dans une résistance. J'ai résisté pour gagner du temps, mais j'ai résisté aussi pour trouver des idées. Dans cette forme de résistance, il y avait tout d'abord une non-acceptation. On me dit tout souvent, il faut accepter. Alors moi, pour moi, le fait de ne pas avoir accepté m'a servi, et je pense a servi le parcours de vie de mes enfants. Pourquoi j'ai résisté ? D'abord parce que tu résistes, tu ne t'effondres pas. Alors on me disait souvent, Marie-Laure, alors pour le coup c'était les médecins me disant que vous devez accepter ou vous ne vous rendez pas compte. Mais accepter c'était aussi prendre les solutions qu'eux me proposaient, voire m'imposaient d'ailleurs, parce qu'après il y a tout un tas de systèmes qui rentrent en ligne de compte et qui n'est pas toujours bon à prendre non plus. Donc résister pour moi, ça a été ma forme de solution.
- Speaker #0
Qu'est-ce qui a fait qu'à un moment donné, tu as choisi une solution, une réponse différente ? à celle que les médecins te proposaient.
- Speaker #1
Alors, il y a quelque chose de très fort aussi dans l'épreuve, c'est que quand les gens viennent vous voir, je prends par exemple le corps médical, les interlocuteurs que je pouvais avoir, ou mon environnement aussi, en fait, tu es aussi un miroir pour les autres et les personnes vont répondre avec leurs moyens. Un médecin, il va te répondre avec sa formation, ses 20 ans d'études, sa spécialité, les cas qu'il a connus, son regard. En fait, il va te répondre mais ton environnement aussi, avec les moyens qu'ils ont de te répondre, mais qui peuvent aussi être des limites. Et donc, en fait, si je pouvais résumer cela, je dirais que, en fait, je me suis dit, mais les limites de ces médecins, les limites de ce qu'ils me proposent, ce que me dit cette personne, en fait, elle me parle d'elle, les limites des autres ne vont pas être les miennes. Dans un deuxième temps, j'ai observé aussi mes enfants. Et en fait, je me suis rendu compte que, oui, il y a ce qu'on peut dire, oui, il y a ce qu'on peut observer, mais il y a aussi leurs propres réponses. Et la manière dont eux répondaient à cet ADN qui était le leur, la manière dont ça se révélait, je trouvais que c'était quand même plutôt prometteur par rapport à ce qu'on m'annonçait. Je vais te citer un exemple. On m'avait dit, Raphaël ne fera jamais de vélo. Et puis un jour, il était en maternelle, il devait faire du roller. Donc je l'ai chez Decathlon, parce que bien sûr, il n'était pas question qu'il fasse du roller traditionnel sur une barre à quatre roues. Il n'arrivait pas à se relever déjà. Donc je trouve comme solution ces fameux rollers à quatre roues, ces petits rollers bleus. Et en fait, je suis en train de regarder les rollers en me disant, mais dans quelle galère je l'envoie. Et là, je le vois arriver à vélo. Et donc, le vendeur me dit, alors qu'est-ce qu'on fait avec les rollers ? Je lui ai rendu ces rollers, j'ai dit, écoutez, je ne vais pas prendre les rollers tout de suite, je vais prendre le vélo. Attendez, il me dit, je vais aller en chercher un autre, on va le régler et tout. J'ai dit, non, non, non, je prends celui-là. Et en fait, je suis rentrée à la maison avec le vélo dans le coffre. Et mon mari me dit, mais qu'est-ce que t'as fait de prendre un vélo ? J'ai dit, ouvre le coffre, prends le vélo. Il a posé le vélo par terre, Raphaël est arrivé, il est parti avec. Et donc, qu'est-ce qui fait que j'ai choisi de résister ? C'est que là, en fait, j'avais aussi la preuve, par le biais d'anecdotes comme ça, qui vraiment se sont répétées assez régulièrement avec Raphaël et Victoria, c'est de se dire, ok, il y a un diagnostic, il y a des pronostics, mais en fait, ils vont faire leur chemin. Et j'ai cessé, en fait, de penser maladie. J'ai commencé à réfléchir à leurs compétences. à ce qu'il pouvait développer, et en fait, à comment, petit à petit, sur chaque chose qui venait les entraver ou les limiter, on pouvait trouver une solution. Et ça a commencé comme ça, par la marche, par exemple. Donc Raphaël a marché le jour du mariage de mon frère. Il avait deux ans et demi, en déséquilibre permanent, de manière très précaire, mais il marchait. Et à l'époque, je cherchais. Je cherchais des moyens de rééduquer, des moyens de muscler, parce que je me disais que déjà, s'il marche, en fait, on serait sauvés. Voilà. C'était le but que je m'étais fixé. Et en fait, quand vous cherchez, souvent, vous vous trouvez. Et là, je me suis retrouvée dans un environnement avec des gens qui, eux aussi, avaient fait ce chemin avant moi, comme Jean-Pierre Papin, le footballeur, qui a une enfant handicapée et avec un médecin de Saint-Brieuc. Comme quoi, à un moment donné aussi, quand vous refusez de subir et quand vous choisissez justement de résister ou de chercher des moyens d'aller de l'avant, très souvent, ce n'est pas mystique. C'est la vie, j'ai presque envie de dire c'est mathématique. En fait, vous envoyez une réaction sur un point de vue énergétique, vous renvoyez une réaction à l'univers et l'univers, il vous répond. Et en fait, dans mon environnement à Saint-Brieuc, à 5 km de la maison, j'ai rencontré un médecin qui avait fait ce chemin de vie-là avec Jean-Pierre Papin et qui avait créé une association, l'association Neuf de Coeur. Cette association avait pour objet de recenser des thérapies à travers le monde qui pouvaient faire progresser les enfants en situation de handicap. sur un plan cognitif et également sur un plan musculaire. C'est comme ça que je me suis retrouvée un 17 août à appeler un hôpital à Miami, où j'ai dit « Hello ! » L'anglais était plus précaire que maintenant à l'époque. Et en fait, j'ai expliqué la situation de mon fils. Et la personne m'a dit « D'accord, venez le 10 octobre à Taylor. » J'ai raccroché. Mon mari est rentré, je lui ai dit « Le 10 octobre à Taylor, nous sommes attendus dans un hôpital de Miami pour que Raphaël démarre un traitement. » ça s'appelle le biofeedback c'est un moyen qui pourrait l'aider en fait d'apprendre à marcher et de se mouvoir correctement et qui pourrait l'aider à trouver de la stabilité et à se remuscler et nous sommes partis comme ça tu vois on n'est même pas encore dans l'acceptation on n'est plus non plus dans la sidération puisqu'on pâche à l'action mais ce qu'il y a de fou à ce moment là c'est qu'en fait on est toujours dans une forme de résistance et je pense que ça a duré longtemps c'est qu'on a fait ça en fait quasiment sans réfléchir c'est à dire que On ne réfléchissait pas aux conséquences que ça aurait pu avoir également sur nos vies futures. On ne se posait pas de questions. Donc, mon mari a pris trois mois de pause professionnelle. Moi, j'ai quitté mon travail. Et nous sommes partis déjà passer deux mois, un premier deux mois à Miami. Et effectivement, ça a été probant. Raphaël s'est mis à marcher correctement, à utiliser les bons muscles. Il faut savoir que cette méthode connecte le cerveau aux muscles. Donc, il apprend à les solliciter. par le biais de cette rééducation extrêmement intense quand même, il a appris donc à ressoliciter les bons muscles. Et en fait, quand nous sommes arrivés, le docteur a eu une phrase qui a été un vrai déclic pour moi. Elle lui a dit, Raphaël, tu n'es pas là parce que tu ne peux pas, mais parce que tu ne sais pas. Et nous sommes ici pour t'apprendre, si tu le veux bien. Et cette phrase-là, ça a été vraiment un déclic. Que de se dire, en fait, on n'est pas juste non plus dans l'acquisition naturelle, que, eh bien, effectivement... si Raphaël est en mesure de solliciter ses muscles mais qu'il ne les sollicite pas c'est qu'il ne sait pas comment le faire et en fait le fond de cette méthode mais c'était aussi en fait toute l'énergie et l'état d'esprit qu'il pouvait y mettre parce qu'elle a conclu en lui disant quand même aller au boulot donc
- Speaker #0
aller au travail je trouve que cette phrase tu es là non pas parce que tu ne peux pas mais parce que tu ne sais pas Elle est hyper forte et remplie d'espoir pour Raphaël, pour toi et pour Victoria aussi. Et je trouve qu'elle a beaucoup de sens pour le message que tu portes Marie-Laure, qui est qu'on a tous en nous les ressources pour choisir comment faire face à l'épreuve. Je le dépose là, mais on pourra peut-être en reparler après. Mais les personnes qui se disent « je n'ai pas le choix, c'est comme ça » , et bien certainement c'est parce qu'ils ne savent pas. Ils ne savent pas qu'il y a d'autres moyens possibles. pour surmonter un événement et qu'ils ont le choix de répondre différemment. Et du coup, là, j'aimerais revenir à toi, Marie-Laure. Comment cet événement a nourri le message que tu veux porter aujourd'hui ?
- Speaker #1
Déjà, en fait, cet événement a fait émerger quelque chose chez moi. Alors, c'est déjà l'idée que tout peut arriver. S'il y a une forte acceptation à avoir, je pense, dans la vie, c'est de se dire de toute façon, les épreuves font partie de la vie. Déjà, le savoir, c'est déjà être prêt. à ce que ça arrive, tu vois ? et donc d'être prêt quelque part à l'accueillir.
- Speaker #0
C'est venu nourrir aussi chez moi l'espoir. C'est-à-dire que l'événement est ce qui arrive et le présent ne va pas non plus définir la suite. Alors j'ai envie de dire, et c'est un petit peu simple à le dire comme ça, mais en définitive, il y a toujours une solution. L'épreuve ou l'histoire ne doit pas créer l'excuse pour abandonner. Et en fait, ce sont les décisions que vous allez prendre à ce moment-là et non la condition. Et là, pour le coup... Je parle en connaissance de cause, parce que là, je parle vraiment de la condition humaine, je parle de l'ADN, qui vont en fait déterminer votre destinée. Clairement, moi, alors, mes enfants, ils avaient deux choix. Soit ils allaient dans un institut de rééducation motrice, et puis ils y passaient les 20 premières années de leur vie avec, j'ai envie de dire, la vie qui suivait derrière. Soit en fait, on embrassait l'épreuve. Et puis, ensemble, on choisissait de les aider et de les accompagner dans une forme de rééducation et d'apprentissage qui n'est pas, certes, celui de tous les enfants aujourd'hui, mais en tout cas, qui va les amener vers l'autonomie et qui va nous faire découvrir un autre chemin quand on se trouve à l'autre bout du monde.
- Speaker #1
Et du coup, juste là, un petit aparté. On s'éloigne peut-être un peu du sujet, mais pour les familles qui nous écoutent, qui vivent en France, qui n'ont pas la possibilité de partir à Miami, mais cette technique semble apporter beaucoup d'espoir. Est-ce que toi, tu sais si en France, il y a des médecins qui la proposent ?
- Speaker #0
Alors, elle est arrivée en France, mais pas par le biais de médecins. D'abord, c'est une technique qui a un coût. C'est pour ça, justement, que les familles créent des associations aussi pour pouvoir la financer. Au-delà du voyage, il y a aussi le coût de la thérapie. Et en fait, le docteur qui était présent à l'époque, qui n'est plus dans l'hôpital, mais il y a toujours une équipe là-bas en Floride qui est extrêmement compétente. Et en fait, ce docteur a formé d'autres physical therapists, d'autres kinés, et dont une personne qui s'est installée dans la région de Montpellier. Et Raphaël y est allé il y a deux ans et c'était top.
- Speaker #1
Bon, super. Déjà, c'est bien aussi de donner des... des infos pour ces familles qui pourraient être en attente de solutions. Je mettrai dans la bio du podcast toutes les coordonnées. Alors, j'aimerais revenir à toi, Marie-Laure. Après deux mois de soins en Floride, vous revenez en Bretagne. Tes enfants évoluent dans la bonne voie. Et toi, en parallèle, comment tu l'évolues ?
- Speaker #0
Alors, comment j'évolue ? Eh bien, comme je suis toujours dans la résistance, je suis concentrée sur la suite pour mes enfants, mais en même temps Je veux que la ville soit le plus normale possible, je me lance dans l'entrepreneuriat. J'ai ouvert avec mon mari un hôtel. Mais les événements font que, un an après l'ouverture de cet hôtel, Raphaël est à l'école en CE1. Il avait appris à lire en CP. Pour autant en CE1, ça se passe moyennement, ça se passe moyennement avec ses copains. Le regard qui est porté sur lui n'est pas porteur tellement d'espoir, j'ai envie de dire. malgré le fait qu'il ait eu une AVS. Donc, j'ai envie de dire que nous, dans notre petit village abinique, c'était en Bretagne, pour ne pas le citer, ce n'était pas simple. Ce n'était pas simple parce qu'en fait, on avait beaucoup d'ambition et beaucoup d'envie et beaucoup d'espoir sur l'évolution de Raphaël. Et parfois, on n'avait pas toujours le sentiment d'être compris et d'être suivi. Et donc, porté par cette épreuve de la Floride, on fait le choix de se dire, allez. On part. On part avec Victoria, on part avec Raphaël, on part tous les quatre. Et puis, on part prendre l'air et on traverse l'Atlantique. Et nous nous installons en Floride. Le but était que Raphaël puisse suivre régulièrement cette thérapie. Les deux sont scolarisés dans une école américaine. Et là, en fait, on a encore un renouveau, une bouffée d'espoir. On les voit devenir bilingues déjà en moins de six mois. On les voit s'épanouir, se développer à l'école. On les voit développer toujours avec un décalage d'apprentissage. Tout n'a pas été parfait. Le décalage est noté, même chez les Américains. À la différence que les Américains, ils vont passer outre. En tout cas, l'acceptation de la différence, le regard porté sur l'autre, la responsabilisation. C'est-à-dire qu'aujourd'hui, ce n'est pas parce que tu portes ce handicap, cette difficulté, qu'on t'autorise à faire ça ou que tu ne dois pas faire ça. Donc il y a aussi une forme d'intégration, une énergie très sincèrement que je n'ai retrouvée que là, où j'ai envie de dire un non-regard sur la différence, qui est vraiment propre aux États-Unis, je pense, en tout cas de ce que j'en ai pu observer là. Et donc nous revenons en France, deux ans plus tard, mais en tout cas on est réénergisés, les enfants ont fait beaucoup de progrès, nous sommes prêts pour la suite. J'ai envie de dire, on est toujours dans la résistance. Je suis toujours moins dans cette forme de non-conscientialisation, de se dire, voilà, il faut tenir. Ça aussi, ça passera. La forme d'acceptation, elle vient après. Et en fait, elle vient par la nouvelle voie professionnelle que je choisis.
- Speaker #1
Du coup, qu'est-ce que tu peux nous partager sur comment tu chemines vers cette nouvelle voie professionnelle ?
- Speaker #0
Alors, je vends mon entreprise, je vends l'hôtel en 2019. Je m'étais dit, maintenant que cette entreprise est cédée, je vais pouvoir peut-être un petit peu me pencher sur moi, me pencher sur une activité, quelque chose que je souhaite réellement faire. Tu vois, là déjà, il y a vraiment une forme de se dire, bon, allez, on se pose. Voilà, depuis huit ans, c'est une forme de course effrénée. Là, je commence à le comprendre. Puis de me dire, maintenant, de quoi tu as envie, en fait. Donc, 2019, je cède cette entreprise. En 2020, le Covid. Et là... Raphaël, il se passe quelque chose pour lui, il prend 20 cm et en même temps il n'est pas rééduqué. Quand il sort du premier confinement, en marchant tout simplement à côté de nous, il se luxe le genou. Et là en fait c'est un peu une nouvelle épreuve parce que c'est ce qu'on appelle, et ce que j'ignorais pour le coup dans ma course effrénée au progrès, c'est la décompensation. C'est-à-dire qu'une personne... à certaines étapes de sa vie, notamment en cas de croissance forte ou à l'adolescence ou à l'adulescence, elle peut vivre une période de décompensation, c'est-à-dire qu'elle peut vivre une période où elle va d'un coup et subitement régresser ou s'effondrer. Et c'est ce qui s'est passé pour Raphaël, c'est-à-dire que c'est comme si son corps tout lâchait. Et là, il essaie de soigner son genou parce qu'il se pourrait que Raphaël ne remarche pas. Donc Raphaël rentre en septembre 2020 à l'hôpital pour une opération de son genou. C'est assez délicat. Et c'est sa rééducation en fait qui prend énormément de temps. Il ne remuscle pas. Il était rééduqué tous les jours. Il partait tous les jours. Et en fait, c'est dans ce contexte-là que je me dis, mais je repars travailler. Je me dis, je ne vais pas pouvoir reprendre une entreprise là. Je ne peux pas aller travailler dans une entreprise parce que je n'ai pas la disponibilité pour ça. au vu aujourd'hui de l'accompagnement de mes enfants, qu'est-ce que je vais faire ? Et pourquoi ne pas reprendre mes études ? Je passe des entretiens à l'école, à l'HEC, pour être coach, parce que je me dis, tu vois, il y a quand même des prémices de prise de conscience de quelque chose, je me dis, au départ, je me dis, je vais reprendre des études au niveau entrepreneurial, pour avoir une direction, pour reprendre une entreprise. Et puis, en fait, je choisis ce chemin-là parce que je me dis, ça va être un chemin. de développement personnel, ça va être une découverte d'un nouveau métier. Tout simplement aussi parce que les temps d'études et les temps d'absence étaient parfaitement répartis. C'était HEC. Pour moi, c'était aussi une case qu'il me plaisait de cocher, en tout cas. Et en fait, c'est ce que je dis en entretien. Je lui dis, je ne sais pas ce que je vais faire après, si je serai vraiment coach après. Et là, il me dit, mais Marie-Laure, comme tout le monde, dans tous les cas, quoi qu'il arrive, dans un an, on ne serait plus la même personne. Et en fait, il a eu raison. Et je pense que ce choix, en fait, de reprendre mes études, de reprendre ce type d'études et ce parcours que j'ai fait pendant un an a été probablement le plus beau cadeau que j'ai pu me faire jusqu'à présent.
- Speaker #1
Eh oui, je peux le confirmer parce que Marie-Laure, elle m'a accompagnée et elle est top ! Donc, tu as bien fait de prendre cette voie. Maintenant, j'aimerais qu'on vienne outiller nos auditeurs et nos auditrices sur comment choisir. Et comment ne pas se laisser envahir par ce qui nous arrive ? Ton parcours est une riche illustration d'épreuves et de choix associés. Avec du recul, qu'est-ce qui t'a aidé ? Qu'est-ce que tu pourrais partager comme conseil ?
- Speaker #0
Dans ce parcours que j'ai entamé, moi j'ai eu un déclic, on m'a demandé un jour d'écrire mon slam. Le slam, en fait, c'est ce texte que tu clames. Les 30 minutes qu'on nous a données pour écrire. Et bien effectivement, c'est l'histoire de Raphaël qui m'est venue. Et là, le fait de raconter cette histoire, de la jeter quelque part, en pâture au public de mes collègues qui étaient là, de le faire seul au milieu de tout le monde, ça a été déjà un pas vers l'acceptation et la réalisation de se dire « punaise, on y est, j'y suis, voilà ce qui t'est arrivé » . Ce que je souhaiterais dire, c'est oui, il faut résister, mais oui, il faut aller aussi dans la mesure du possible, assez rapidement. dans l'acceptation, de se dire voilà, j'y suis, ça m'est arrivé et d'aller vite en fait réfléchir à la relation qu'on peut avoir avec cette épreuve. Qu'est-ce que ça génère aujourd'hui chez moi ? générer beaucoup de tensions, beaucoup de colère, beaucoup de tristesse. Et en fait, quelque part, ne pas avoir peur de la constater, de la déposer, de la laisser venir, en fait. Vraiment mettre de la lumière là-dessus. De s'autoriser à se dire, mais qu'est-ce que je ressens ? En fait, comment je me sens par rapport à ça ? Je sens que ce n'est pas juste. Mince. Et puis, je suis en colère. Mince. Parce qu'en fin de compte, tout ce que vous pouvez ressentir à ce moment-là, c'est légitime. Donc, surtout, lorsqu'il vous arrive quelque chose, une épreuve de vie, eh bien flûte, eh bien mince. Non. Si c'est de l'injustice, si c'est de la colère, elle est juste. Elle est juste parce que vous la ressentez. Mais en faisant ça, vous mettez de la lumière aussi. Et en fait, on se rend vite compte qu'en acceptant, déjà, non pas les faits, mais les émotions que l'épreuve va évoquer chez soi, c'est déjà mettre de la lumière dessus. C'est ne pas accepter en fait la noirceur.
- Speaker #1
En effet, on a trop souvent tendance à refouler nos émotions. Et c'est ce que j'entends dans ce que tu dis dans cette phase d'acceptation, c'est de venir accueillir l'émotion et de la reconnaître pour mieux accepter notre situation. Une fois cette étape passée, il y a une étape suivante. Comment on décide de continuer à vivre avec l'épreuve de solutions ? Soit on subit, soit on décide d'aller chercher en nous les ressources. Tu en penses quoi, toi ?
- Speaker #0
Si subir, c'est se dire ce qui m'est arrivé, c'est terrible, c'est comme ça, c'est ruminé. En fait, pendant que vous faites ça, vous ne faites pas autre chose. Et du coup, c'est aussi un petit peu laisser l'épreuve gagner par rapport à la vie. Mon parcours de vie aujourd'hui m'a quand même permis d'ouvrir des portes, de rencontrer des gens, de découvrir aussi quelque part une notion du bonheur qui est certainement beaucoup plus forte que ce qu'on peut espérer. En fait, moi, ce que j'ai vécu m'a permis de viser plus haut. Et en fait, et toujours plus haut. Ça m'a complètement ouvert mon horizon. J'ai l'impression d'être passée d'une vision à 60 degrés à une vision à 360 en fait, sur ce qui était important, sur ce que la vie et le monde peuvent nous offrir. En fait, si je n'avais pas choisi ça, aujourd'hui, j'aurais fait le choix de vivre uniquement dans ce qu'on m'avait imposé, dans les solutions qui m'étaient proposées. Et en fait, ça aurait été tellement réducteur, tellement réducteur, parce que ce qui m'était proposé était tellement... tout petit par rapport à ce que j'ai pu vivre par la suite et par rapport à ce que mes enfants ont vécu par la suite. En fait, merci, je suis bien heureuse d'avoir fait le choix, justement, d'être allée chercher les ressources, tu vois, pour le faire. Alors oui, c'est dur, mais j'ai envie de dire, il y aurait des choix qui auraient été plus faciles, mais les choix faciles que vous faites à court terme ne vous amènent pas à la vie plus facile. Ce sont les choix les plus difficiles à faire sur l'instant qui vont probablement le plus vous coûter. en termes d'efforts, en termes de responsabilisation qui vont faire que votre vie va être plus belle après. Ça aussi, c'est une règle.
- Speaker #1
Effectivement, c'est une règle à bien garder en tête qui permet de voir grand, de voir loin et non pas tout petit à l'échelle de l'instant douloureux. Pour résumer un peu tout ce que l'on vient de se dire, quel est ton message que tu aimerais dire à toutes les personnes qui traversent une épreuve aujourd'hui ?
- Speaker #0
Je dirais que l'épreuve est là. Alors oui. on va se prendre un coup sur la tête. Dans un premier temps, elle peut assommer, elle peut sidérer, mais que la clé, la perle cachée, elle va être en fait dans les choix que vous allez faire après pour la dépasser. Je sais que c'est dur, particulièrement quand on est dans le noir, mais je peux vous faire la promesse aujourd'hui que si vous faites ce choix, d'embrasser votre épreuve qui vous est présentée, donnée, envoyée par la vie, la lumière sera au bout du tunnel. C'est pas une prophétie, c'est une vraie réalité. D'abord parce que, je reviens sur ce que j'ai dit, l'épreuve, elle passera, elle finira toujours par passer. Par contre, ce qui va rester, c'est ce que vous en avez fait. Et moi, aujourd'hui, j'ai envie de dire que si l'épreuve vous a été présentée, c'est que vous avez la ressource. On a tous les ressources en nous pour dépasser l'épreuve qui nous est présentée. Par contre, effectivement, de cela va dépendre nos choix de vie et la manière dont on va choisir d'embrasser cette épreuve. Et c'est là, j'ai envie de dire, que la parle cachée... que les perles cachées, vous allez en rencontrer à plusieurs reprises. Et par contre, j'ai vraiment envie de dire à tous ceux qui aujourd'hui peuvent écouter ce message en se disant « mais je ne vois pas la clé, ce n'est pas possible, je suis noire, qu'est-ce qui m'est arrivé là, ce n'est pas juste et tout » , déjà je leur envoie plein d'amour, et j'ai envie vraiment de reporter ce message en disant « oui, c'est comme ça aujourd'hui, mais ça aussi, ça passera, et ça vaut le coup de tenir et de résister. » Parce qu'après, pour votre vie future, pour les choix que vous allez faire, la vie sera bien plus belle après. Et je vais raconter une anecdote. c'est pas mystique mais je trouve ça fabuleux il y a un an Victoria était en train d'écrire elle a relevé la tête elle a posé son crayon et elle a dit tu sais quoi je suis heureuse de vous avoir choisi comme parents Ça, c'est ce que j'appelle une vraie perle cachée.
- Speaker #1
C'est sûr.
- Speaker #0
Une vraie récompense.
- Speaker #1
Que c'est beau. Quel cadeau. J'aimerais te poser cette dernière question, Marie-Laure. Pour toi, quel est le plus beau cadeau caché dans l'épreuve ?
- Speaker #0
Alors, je dirais qu'aujourd'hui, moi, au-delà du plus beau cadeau ou de la perle cachée, c'est une leçon que j'ai tirée. C'est que l'histoire ne doit pas créer l'excuse pour abandonner. Et j'insiste. Alors, cette phrase, elle n'est pas de moi. Elle est de Tony Robbins.
- Speaker #1
mais ce sont nos décisions et non d'autres conditions qui déterminent notre destinée et c'est possible merci merci infiniment Marie-Laure tu nous as redonné espoir à notre capacité à choisir même au coeur du chaos et toi qui nous écoutes souviens-toi tu ne contrôles pas toujours ce qui t'arrive mais tu peux décider de ce que tu en fais on arrive à la fin de cet épisode souhaites-tu rajouter un petit mot ?
- Speaker #0
Marie-Laure pour clôturer cet épisode alors j'aurai plein de mots à rajouter pour clôturer ce process CHEC, on avait un mémoire à faire, qui illustrait notre parcours de vie, notre chemin, il y a deux choses que j'ai notées, c'est le sens de la vie c'est de trouver son don et le but de la vie c'est de le partager donc cette phrase là elle a résonné très très fort en moi, elle est de Pablo Picasso et puis il y en a une autre, celle-ci elle est de moi Merci. Plus que les événements qui ont impacté ma vie, ce sont mes choix qui ont fait de mon existence et de moi-même la femme que je suis aujourd'hui. Et c'est pour ça que j'insiste énormément sur cette notion de choix. On ne peut pas se résumer juste à ce qui nous arrive et à ce que la vie nous propose. On va être et on va devenir surtout ce qu'on va décider d'en faire. Mais c'est vraiment tout ce processus aussi vers lequel le fait de faire ces choix t'envoie, c'est-à-dire que tu te responsabilises, tu prends ta part de responsabilité et tu dis non. je vais faire ce que moi, j'ai décidé et fait le choix de faire. De victime, entre guillemets, d'un accident de la vie, tu passes à responsable de ta vie. Et là, c'est plus du tout la même manière de rayonner et d'avancer sur son chemin.
- Speaker #1
Merci Marie-Laure.
- Speaker #0
Merci beaucoup, Laure. Mais merci, très heureuse d'avoir partagé ce moment avec toi.
- Speaker #1
Moi, j'étais très heureuse de t'avoir aussi. C'était une belle discussion. Si cet épisode t'a inspirée, partage-le un peu partout. sur Instagram, sur Facebook, sur LinkedIn. N'hésite pas à laisser une note et un commentaire sur ta plateforme d'écoute préférée. Je te dis à très vite dans le prochain épisode de Cap vers toi. A dix Ausha !