- Speaker #0
Pourquoi est-ce si difficile de croiser, d'écouter, de s'inspirer de ceux qu'on ne connaît pas ? Pourtant, tant de femmes et d'hommes inconnus portent en eux des histoires puissantes, capables de raisonner en nous et de nous transformer. Hello, moi c'est Laure, passionnée par ces récits de vie et par cette quête de sens qui anime tant de personnes aujourd'hui. Alors non, je ne suis pas une experte, mais une exploratrice, guidée par ces rencontres qui me font tant vibrer. C'est l'envie de créer du lien au-delà des cercles habituels qui a donné naissance à Cap vers Toi. Un podcast où je pars à la rencontre de celles et ceux qui ont vécu un moment de bascule, cet instant clé qui nous pousse à choisir, ou pas, de changer de trajectoire pour se réveiller ou se révéler.
- Speaker #1
Cap ou pas cap, de te laisser inspirer par ces âmes que tu n'aurais peut-être jamais croisées autrement. Es-tu prêt pour la rencontre du jour ? C'est parti !
- Speaker #0
Bienvenue dans ce nouvel épisode de Cap vers toi. C'est le premier de l'année 2026, alors j'en profite pour te souhaiter une belle et douce année. Une année qui, je l'espère, t'invitera à te rapprocher encore un peu plus de toi, de tes rêves. Aujourd'hui, je t'emmène à la rencontre de Lucie. Lucie est une personne qui compte beaucoup pour moi. Nous avons été associés pendant plus de trois ans. Nous avons cheminé ensemble professionnellement. Et au-delà de cela, une vraie relation de confiance et d'amitié s'est construite. Si Lucie est au micro de Cap Vertois aujourd'hui, ce n'est pas seulement pour raconter une histoire, c'est pour mettre des mots sur un vécu et porter un sujet profondément engagé. la protection des droits des enfants et la reconnaissance de leurs paroles. A travers son parcours, Lucie revient sur une enfance marquée par la maltraitance et l'humiliation, des expériences dont les souvenirs se sont réveillés bien plus tard, à l'âge adulte. Alors elle fait le choix de ne plus rester seule avec ça et de contribuer à informer, sensibiliser et questionner notre responsabilité collective d'adultes. Alors bienvenue Lucie !
- Speaker #1
Bonjour Laure !
- Speaker #0
Je suis ravie de commencer l'année avec toi à ce micro. Alors j'aimerais commencer notre conversation avec cette première question. On entend beaucoup parler de 2026 comme une année une, comme un nouveau cycle qui commence. Est-ce que pour toi quelque chose de nouveau s'ouvre en ce moment ?
- Speaker #1
Oui, on peut dire comme ça. Je pense qu'effectivement... Alors moi je ne suis pas très au fait de toutes les... numérologie, les cycles, etc. J'en entends parler. Et effectivement j'ai entendu dire qu'il y avait un cycle qui se terminait là en 2025 un cycle de 9 ans je crois, quelque chose comme ça. Et pour ma part notamment là ce qu'on est en train de faire le fait d'être invitée sur ton podcast vient conclure je pense une étape on va dire et puis ouvrir autre chose.
- Speaker #0
Ok, donc on reviendra sur ce que tu viens conclure et puis ouvrir. Mais avant cela, si tu dois te présenter en quelques mots, qu'est-ce qui te viendrait là spontanément ?
- Speaker #1
J'ai 46 ans déjà pour commencer. Je suis mariée, toujours amoureuse. Je suis maman de deux enfants. J'habite sur le bassin d'Arcachon. Je suis originaire de région parisienne, donc ça fait 18 ans que maintenant, par amour, autant de temps que je suis avec mon mari. Et ça c'est à titre personnel, je suis quelqu'un qui est passionné. Je pense que j'ai toujours été driveée par la passion, quelqu'un d'extrêmement créative et puis de très sensible aussi. Si je parle d'autre chose que du pro, voilà comment je pourrais ou j'aurais envie de me présenter.
- Speaker #0
Et au niveau pro ?
- Speaker #1
Sur le plan professionnel, on a tendance à dire que je fais plein de choses. C'est vrai, en tout cas dans mon prisme à moi, pas tant que ça, mais a priori vu de l'extérieur, c'est ce que ça peut donner à voir. Aujourd'hui, je partage mon temps vraiment entre deux pôles d'activité, mais qui se rejoignent. Il y a vraiment toute une partie qui est dédiée à l'accompagnement, à l'écriture et à la monétisation de conférences. Donc j'accompagne des experts, des entrepreneurs, des dirigeants qui ont envie de mettre en lumière et sur scène, dans une conférence, leur expertise, leur histoire ou leur vision du monde. Donc ça c'est toute une partie de mon activité. Et le reste du temps, je suis clown d'intervention sociale au sein de la compagnie Inside Out. Donc les clowns d'intervention sociale, c'est ceux qu'on retrouve notamment à l'hôpital. Moi j'ai fait le choix d'intervenir en milieu scolaire. Donc je fais du spectacle de prévention et notamment là depuis maintenant 5 ans, un spectacle de prévention du harcèlement en milieu scolaire.
- Speaker #0
Oui donc sensibiliser sur des sujets profonds fait partie complètement de ton ADN aujourd'hui.
- Speaker #1
Transmettre, déjà dans un premier temps je pense que j'ai vraiment ce truc de transmettre des messages. Et je pense qu'aujourd'hui, que ce soit quand j'accompagne les autres, ou quand je le fais moi à travers mes créations, mes spectacles, il y a vraiment ce truc de se dire on a tous quelque chose à dire qui peut inspirer, qui peut faire grandir les autres, qui peut changer le monde, même moi j'ai envie d'aller jusque là. Et mon métier c'est de mettre ça en lumière en fait. Et donc oui... Pour ma part en tout cas, ça passe par de la sensibilisation et de la prévention. Et ça me fait beaucoup de bien en fait, de vrai à cet endroit-là.
- Speaker #0
Et qu'est-ce qui t'emmène aujourd'hui à prendre la parole ici au micro de Cap Vert Toi ?
- Speaker #1
Ce qui m'emmène c'est que tu m'avais proposé il y a un an, au tout début de ton podcast. Je t'avais dit que ce n'était pas le moment, en tout cas que je n'avais rien de nouveau que je n'ai déjà raconté. Je me suis dit le temps viendra et puis tu m'as accompagnée puisque tu t'es lancée. On a mis un terme à notre association mais pour autant pas à notre amitié et à tout ça. Donc j'ai eu plaisir à te voir cheminer, à te voir évoluer dans tes projets. et notamment te lancer dans les accompagnements en coaching narratif. Voilà, j'ai eu à cœur que tu m'accompagnes, pas pour te faire plaisir. Alors évidemment, même si ça me tient à cœur de soutenir, il y avait surtout aussi parce que je sentais que ça pouvait être une voie aussi pour m'accompagner sur des sujets que j'avais besoin moi aussi d'aller explorer. Et donc, on a cheminé, tu m'as accompagnée et je pense que le podcast tel qu'on est en train de le vivre là... Pour moi, ça vient... Alors tu parlais tout à l'heure par rapport à 2026, tout ça, les cycles là... Le nouveau cycle qui commence. Voilà, le nouveau cycle. Donc ça vient pour moi clôturer un cycle et en ouvrir un nouveau. Donc ce podcast, c'est un peu ça. Je le vis un peu comme un pas sage, un sas, un lieu pour venir déposer une nouvelle parole que je n'ai encore jamais partagée en fait.
- Speaker #0
Ouais, cette nouvelle parole que tu as envie aujourd'hui de partager, En introduction, j'ai parlé qu'aujourd'hui tu avais envie de porter un sujet profondément engagé qui est la protection des droits des enfants et la reconnaissance de leurs paroles. Qu'est-ce qui fait qu'aujourd'hui ce sujet, cette cause te tient particulièrement à cœur ?
- Speaker #1
Ça me tient particulièrement à cœur parce que quand on va un peu fouiller dans mon histoire, ça fait sens. Alors la vie m'y a amenée plus tôt que moi je ne le pensais puisque ce spectacle de prévention du harcèlement scolaire je porte depuis... Ça va être la cinquième année scolaire où on le joue. C'est un spectacle qu'on a joué plus de 200 fois déjà, il y a plus de 15 000 enfants qui l'ont vu. Et ce n'est pas mon histoire en fait dans ce spectacle, c'est une histoire vraie, mais ce n'est pas la mienne. C'est celle de Stéphanie Lambert-Mesguiche, qui est une jeune femme que j'ai rencontrée il y a 5 ans, qui a vécu du harcèlement scolaire, qui a écrit un livre et qui avait envie que son histoire puisse prendre vie sur scène. Et donc voilà, j'ai eu à cœur de mettre mon art. de clowns d'intervention sociale au service de cette cause, puisque les clowns d'intervention sociale, son métier, son rôle, sa mission, c'est justement de pouvoir parler de choses un peu complexes, compliquées, souvent taboues. Mais voilà, ce n'est pas mon histoire et j'ai découvert ce que ça fait de venir mettre en lumière, de venir transmettre à des enfants. Moi, à la base, je ne suis pas un clown pour enfants. Si on m'avait dit « Lucie, tu vas aller jouer devant des enfants » , je disais « mais pas du tout » . Ça ne me parle pas et en fait, j'adore. Au delà du fait que je sois maman, c'est quand je me dis que là, je contribuerais vraiment à quelque chose. Ah, ça me donne envie de pleurer ! Je le vois dans les yeux des enfants parce que les clowns, la particularité qu'on a, la première chose qu'on apprend c'est le regard public en fait. Il y a jusqu'à 120 enfants par représentation. J'ai tous ces petits yeux qui nous regardent et je vois bien que ce qu'on vient déposer, ce qu'on leur évoque, qu'ils comprennent ce que c'est par exemple le harcèlement, que c'est pas normal. Ça les touche, ça libère la parole, parce qu'ils se rendent compte que c'est pas normal en fait. Et souvent ils n'ont pas vraiment compris ce que c'était, parce qu'ils sont tout petits et qu'ils n'ont pas le recul nécessaire. Moi c'est des enfants qui vont du CE1 à la 6ème, donc c'est un moment extrêmement charnière. Et donc de se dire, là ce que je suis en train de faire, ça peut changer vraiment des vies, que ce soit les enfants harcelés, mais que ce soit aussi ceux qui harcèlent, ou que ce soit juste les enfants qui sont témoins en fait, tout le monde est concerné. pour revenir à ta question, la vie finalement m'a dit « Bon, elle ne comprend pas. Elle a une histoire à raconter, mais c'est trop tôt. Elle n'est pas prête. » Je n'étais pas prête. Donc, le chemin s'est fait à travers l'histoire de quelqu'un d'autre. Et j'ai compris maintenant. Je me dis « Ok, maintenant, il est temps de pouvoir aller explorer mon histoire et comment ma propre histoire peut avoir un impact et peut-être changer le cours des choses pour d'autres enfants. » Tu vas me dire mais quel suspense, quel teasing !
- Speaker #0
Ouais c'est ça. Alors quelle est ton histoire Lucie ? Par quoi as-tu envie de commencer ?
- Speaker #1
Alors là je tiens à le dire, tu as parlé au début de maltraitance, d'humiliation, donc c'est de ça dont on va parler. Maintenant ce n'est pas dans mon cadre familial, je le pose tout de suite. Donc moi j'ai grandi dans une famille extrêmement aimante, des parents géniaux que j'adore. Papa, maman si vous m'entendez, je vous aime. Voilà j'ai eu la chance d'avoir ce schéma familial. Si je peux peut-être retracer un petit peu l'histoire, moi mes parents viennent d'un tout petit bled paumé au fin fond du Morbihan en Bretagne, un tout petit village. Ma mère elle est fille de petits commerçants donc une éducation, ma mère plutôt éducation punitive. répandu on va dire donc voilà je vois l'éducation plutôt rustre et à la dure pour se faire obéir mon père lui il a grandi dans une famille d'agriculteurs c'est un peu causette en fait l'histoire de mon père donc famille extrêmement pauvre et il a perdu sa maman à l'âge de 11 ans il devait aller travailler au champ dès l'âge de 4 ans parce qu'on a familier agriculteur bas à un moment donné l'école on s'en fout et ce qui importe à l'époque c'était vraiment d'aller travailler dans les champs pour aider la famille en fait et mon père s'est dit mais moi j'ai pas Et il avait la chance de plutôt être très doué à l'école. Donc il s'est dit, ma porte de sortie, ça va être de travailler à l'école en fait. Donc il a réussi à avoir des bourses puisqu'il travaillait très bien. Donc il a pu partir, faire des études, un IUT, puis après une grande école. Et puis donc avec ma mère, ils se sont rencontrés, il devait avoir 17 ans, 18 ans, quelque chose comme ça. Ils sont partis vivre à Paris parce que si on veut une vie meilleure, il y avait cet appel d'aller à la capitale. Et à 20 ans, ma mère est tombée enceinte de moi. Donc ils étaient très jeunes. En fait, compte tenu de leur contexte, le leitmotiv, c'était vraiment de se dire « Ok, la sécurité, il faut avant tout qu'elle soit financière. » Quand on arrive et qu'on est aussi pauvre qu'a pu l'être mon père, c'était de se dire « Ok, pour sécuriser ma famille, je vais tout faire pour la mettre en sécurité financière. » Parce que pour lui, c'était inenvisageable de revivre ce qu'il a connu enfant. En fait, ce n'était pas possible. Donc, ils ont gravi les échelons. 80, elle a travaillé. Donc dans ces cas-là, quand on veut se construire une carrière en partant de rien, parce qu'ils sont vraiment partis de rien, on a des mains, on a un tout petit appartement minuscule et puis après on a eu un appartement plus grand avec plusieurs champs et puis une petite maison, puis une grande maison, etc. Et ils ont vraiment vécu une ascension professionnelle magnifique que j'ai pu vivre aussi parce que je l'ai vécue avec eux. Et tout ça en mettant la famille au centre. Donc moi, ma sœur, j'ai une petite sœur qui a 4 ans moins que moi. On a toujours été au cœur de leurs préoccupations, de tout leur amour. Et tout ce qu'ils ont fait, ils l'ont fait pour nous. Et encore aujourd'hui, mes parents font tout pour nous et leurs petits-enfants. Mais donc du coup, je voulais parler de cette sécurité qui a été financière, affective au sein du foyer. Mais du coup, qui dit ascension professionnelle, dit, comme c'est souvent le cas, mettre ses enfants chez une nounou pour garder, envoyer ses enfants en colo pendant les vacances. Et donc c'est là où on arrive au sujet. La nourrice chez qui j'ai été gardée quand j'étais toute petite, c'est une nourrice qui avait des pratiques éducatives de maltraitance, d'humiliation. On était sept enfants gardés chez cette nourrice. Pour donner un exemple, si on faisait pipi dans la culotte, chose qui arrivait souvent chez des enfants tout petits, bas âge, eh bien on était obligés de mettre la culotte pleine de pipi sur la tête pour aller jouer avec les autres enfants en bas de l'immeuble. Donc c'est extrêmement humiliant. et on devait la garder pour le coup. C'est aussi extrêmement blessant de voir les autres vivre ça, parce que moi j'ai des images en fait vraiment, et si on ne terminait pas de manger, on était enfermés dans un placard. À l'époque chez cette nounou, je ne devais pas avoir plus de 5 ans, on était livrés à nous-mêmes, quand elle partait faire les courses ou quoi, bon voilà, c'est ce genre de situation on va dire. En l'occurrence, moi, ce que c'est venu générer, c'est de l'humiliation. J'en ai parlé à ma mère à l'époque. Ma mère était très jeune, donc elle en a parlé à la nounou qui lui a dit « Vous savez, les enfants, ils racontent n'importe quoi, il ne faut pas les croire » . Donc ma mère, enfin mes parents en fait, n'ont pas entendu ma parole et je pense que ça a été un élément marquant en fait chez moi. Au point que derrière, je pense qu'après j'ai pu parler quand il y a des choses. Je me suis dit, c'est que c'est normal finalement peut-être de vivre ça. Voilà ce que ça envoie un signal à un enfant de 4 ou 5 ans en fait. Quand on lui dit ça, bon ok, ça veut dire que ce que je raconte, ce n'est pas vrai. Donc ça veut dire que c'est normal ce que je suis en train de vivre. Et derrière, c'est venu mettre un marqueur fort en moi. Avec le recul maintenant, quand je regarde et je fais un petit peu la rétrospective de ma vie. C'est qu'en fait, pendant longtemps, je me suis dit, c'est normal en fait d'être humiliée. Je le vis super mal. Moi j'ai pas été harcelée à l'école, par contre cette notion d'humiliation elle a été extrêmement difficile à vivre au quotidien. On s'est beaucoup moqué de mon nom de famille, à mon naissance c'était Frappesos, et donc Frappesassos, et moi c'est quelque chose où je vivais extrêmement mal en fait, ça me blessait à chaque fois. J'avais même une prof de danse qui m'appelait comme ça, ma mère là pour le coup était intervenue, je rentrais en pleurant quoi, c'était humiliant ! Et pareil, on se moquait. Aujourd'hui, c'est très à la mode. J'ai un petit nez retroussé en trompette, comme on dit. Et voilà, à l'école, les enfants, c'était... Piggy la cochonne. Et puis j'ai des joues, j'ai un visage plutôt rond. Mais tout ça, je l'ai extrêmement mal vécu. C'est-à-dire, c'est le genre de choses qu'on peut redire. Bon, les enfants font ça entre eux. Mais vu le marqueur que j'avais eu petite, en fait, c'est juste pour faire comprendre de la déflagration qu'a pu avoir ce qu'a fait cette nounou quand j'étais petite. Ma sœur, qui a 4 ans de moins que moi, elle est restée très peu chez cette nounou. En fait, ma sœur dormait toute la journée. Donc c'était un nourrisson. Quand ma mère l'a posé le matin, elle dormait toute la journée jusqu'à quand ma mère la récupère le soir. Et avec le recul, en fait, c'est juste un mécanisme de protection du bébé qui se dit « je vais juste dormir comme ça, on me fout la paix et je suis tranquille » . Et tout ce qui s'est passé chez la nounou, c'est des choses que moi j'ai complètement oubliées en fait. J'ai oublié tout ça, je l'ai mis dans un coin de ma tête pour me protéger certainement. et en fait on a changé de nounou,
- Speaker #0
on a déménagé donc je pense que je devais avoir 5 ou 6 ans bon voilà ça c'est pour la toute petite enfance et après je vais te laisser la main mais il s'est passé d'autres choses après avant d'aller plus loin dans ton histoire j'aimerais qu'on s'arrête un instant pour parler de l'enfant que tu étais quand on pense à un enfant qui traverse des choses difficiles on imagine souvent un enfant triste replié sur lui-même alors j'aimerais savoir comment était la petite Lucie quel était son tempérament ?
- Speaker #1
Ah, moi je suis une petite fille joyeuse. J'ai toujours été... C'est ce que je suis encore aujourd'hui. D'ailleurs, peut-être que dans la manière dont je me suis présentée au début, j'aurais dû aussi mettre ça parce que... Ce qu'on m'a toujours envoyé, c'est un rayon de soleil. Alors après, je m'appelle Lucie, ça veut dire lumière. Je suis née un 14 juillet. Jour de feu d'artifice. Donc autant se dire que quand on est née à 14 juillet, qu'on s'appelle Lucie. Oui, le mot qui me caractérise beaucoup, c'est un rayon de soleil joyeux. Et je le suis profondément et je ne le suis pas en compensation. Alors peut-être avec le temps, ça l'a été. Mais de base c'est ma nature en fait, d'être comme ça et d'être toujours souriante et joyeuse.
- Speaker #0
Ce que je trouve intéressant de dire là, quand j'entends que tu avais un tempérament joyeux, c'est que rien finalement ne laissait forcément présager ce que tu vivais intérieurement, masqué par cette joie de vivre. Et du coup, comment tu as évolué jusqu'à ton adolescence ?
- Speaker #1
J'ai évolué entre cette joie de vivre, j'ai toujours eu, donc je suis restée comme ça. Et puis intérieurement, quand je te parlais d'humiliation, de la façon dont je vivais les choses, les déflagrations que ça faisait à l'intérieur, j'en parlais pas. Je les vivais mais en me disant finalement je pense que peut-être tout le monde vit des choses comme ça. Sauf que ma sœur, je voyais qu'elle ne les vivait pas comme ça. Ma sœur n'a pas vécu du coup enfant ce que j'ai vécu. On était chez notre nounou qui était génial, Paula, que j'adore et qu'on a toujours adoré. Et donc ma soeur ne vivait pas ça de la même manière. Donc c'est bien qu'il y avait un marqueur qui avait été mis. Et à côté de ça, j'avais ce côté extrêmement joyeux et aussi beaucoup d'anxiété en fait. Donc beaucoup de peur, c'est-à-dire que quand j'allais en colonie, mes parents m'ont mis très tôt en colonie. J'ai dû démarrer la colonie, j'avais 6 ans. Même quand ma mère me déposait à l'école, je hurlais, je m'accrochais au juif de ma mère pour pas qu'elle me laisse en fait. Et quand j'allais en colonie, c'était pareil, je vivais un drame intersidéral. Je ne voulais pas qu'on me laisse avec des inconnus et dans des endroits où j'avais besoin de ce cocon, cette rassurance d'être avec mes parents. Donc j'avais vraiment ce truc entre ce qui se passe à l'intérieur de moi, ces peurs, ces angoisses. Je me suis, autant que je sache, toujours rangé les ongles. J'ai peur de plein de choses, ça m'arrivait de faire des cauchemars. Donc ça, c'est dans la plus petite enfance. Et puis après, en grandissant, adolescente, j'ai aussi pas mal, je vais pas dire manquer de confiance en moi, mais il y avait ce truc, me sentir toujours un peu moins que les autres. Voilà, nous sentir toujours un peu moins bien. Et donc l'envie aussi de plaire, d'être aimée. Et après, en devenant adolescente, enfin pré-adolescente, j'ai envie de dire, Quand j'ai commencé à rencontrer les garçons, et bien là, les schémas s'est un peu reproduits parce qu'en fait, le premier garçon par exemple avec qui on s'est fait des bisous, pas juste des petits bisous quoi, le premier où tu fais la galoche, ben finalement c'était un pari avec un copain. Lui, c'était un pari avec un copain. Donc pareil, je me dis putain, humiliation à nouveau.
- Speaker #0
Ce que j'entends, c'est que tout ce que tu vivais était empreint d'humiliation. du moins dans la manière dont tu ressentais les choses. J'aimerais revenir sur ce que tu nous as partagé, que tu avais occulté ce qui t'était arrivé enfant. Qu'est-ce qui a fait qu'un jour les souvenirs sont revenus ?
- Speaker #1
Alors effectivement tout ce qui s'est passé quand j'étais chez cette nounou, j'ai complètement donc je disais oublié. Et à 17 ans en fait j'ai été voir un psychologue scolaire. Alors on en reparlera peut-être après parce qu'il y a eu d'autres événements. Enfin bref il y avait pas mal de choses à l'intérieur qui... qui remuaient. En fait, j'avais beaucoup d'angoisse d'une manière générale. Je pense que ça, c'est important parce que même mes parents qui sont extrêmement ouverts à plein de pratiques, à plein de choses, à l'époque, il faut se remettre ça dans les années 90, déjà m'avaient envoyé à l'âge de 14-15 ans voir une sophrologue pour m'aider à calmer un peu. Je pouvais faire de la spasmonphilie, j'avais tout le temps quand je partais en colonie, comme je disais, des panaries, j'avais le nombril qui s'infectait. pour dire, c'est-à-dire je somatisais complètement, c'est-à-dire à défaut d'être entendue sur le fait que j'avais pas du tout envie d'aller dans des colos ou quoi, bah mon corps, moi je me taisais, je pleurais, je me taisais, et par contre mon corps il somatisait, c'est-à-dire un cordon binical qui purule, le nombril c'est le cordon binical quoi. Donc maintenant avec le recul je me dis mais mon corps en fait envoyait plein de signaux, j'avais des verrues partout, les verrues c'est pareil, c'est dû à l'anxiété, enfin en tout cas celle que j'avais et tout ça. Donc bref, tout ça pour dire que je taisais beaucoup de choses. Et donc à 17 ans, j'ai ressenti le besoin d'aller voir. C'était à disposition, je n'avais jamais été voir de psychologue encore. Et là, quelqu'un à qui je pouvais parler. Et en fait, en discutant avec ces psychologues, et remonter à la surface, notamment ce qui s'était passé quand j'étais chez cette nounou. Je me suis soumise de certaines choses. Et je me demande d'ailleurs si, parce que c'est derrière que moi j'ai commencé à déconner. En fait avant, j'étais comme une ado, une ado de mon âge quoi. J'ai envie de dire à faire des choses, pas plus, pas moins. Et par contre, à partir de 17 ans, j'ai commencé à faire des plus gros bêtises. Enfin j'ai fugué. Donc je me demande dans quelle mesure cette trappe, moi j'aime bien, c'est comme ça que j'aime bien me... m'expliquer un peu ce qui se passe à l'intérieur de moi maintenant avec le recul d'adulte. L'image que j'ai c'est que c'est comme si ce qui s'était passé toute petite, donc entre 0 et 5 ans on va dire, j'avais mis une trappe au fond, une bonne trappe bien blindée que j'ai fermée parce qu'en plus on ne m'a pas entendue donc je me dis ok bon bah c'est là, je vais fermer cette trappe, je vais la sceller. Et puis les années sont passées, il y a la terre qui s'est mise dessus, de la mousse, il y a des plantes qui ont commencé à pousser, la trappe depuis où elle est, elle n'existe plus en fait. Et à 17 ans d'un seul coup, parce que c'est ce que ça propose quand on va voir un psy, on vient gratter les couches terrestres un petit peu qu'il y a à l'intérieur. Mais bon, moi je ne peux qu'inciter à y aller parce que, en tout cas, c'est là. Donc sinon, on somatise comme je disais, mais la trappe elle existe en moi en fait. Donc que ce soit émotionnellement avec ma manière de vivre, des petites choses anodines, enfin anodines, j'enlève ce mot parce que rien n'est anodin, ce qui est important c'est la manière dont on le reçoit. Mais comme je disais, ma sœur ne vivait pas les... On a le même visage, on a le même nez, on a le même nom et elle ne vivait pas les choses de la même manière. Donc c'est bien que moi ma trappe à l'intérieur, elle venait quand même faire une caisse de résonance extrêmement différente en fait. Donc voilà, il y a cette trappe et puis avec ces psychologues, un jour on fait ça, on gratte.
- Speaker #0
Tu as commencé à faire un petit trou dans la terre.
- Speaker #1
Voilà, un petit trou et puis d'un seul coup en disant « putain il y a un truc à cet endroit-là » . Et donc effectivement j'en ai parlé à ma mère qui me dit « oui, oui, effectivement tu nous avais parlé de ça » . Donc je me dis « ok, donc ça a réellement existé » . Donc là ce qui est aussi hyper intéressant c'est de se rendre compte de la puissance de notre inconscience. C'est-à-dire que là j'ai oublié, j'ai oublié, je ne me souvenais plus de ce truc-là quoi. Et d'un seul coup ça ressurgit, enfin moi ça m'hallucine. Et ensuite, donc ça j'avais 17 ans, et donc là, j'en ai 46, je vais en faire 47, il m'aura fallu 30 ans, 30 ans, pour m'assurer que c'était bien vrai. C'est-à-dire que malgré le fait que ça ait ressurgi pendant 30 ans, j'ai vécu avec le doute de me dire, est-ce que c'est pas moi qui me suis raconté une histoire ? Et donc ça, bon, je vais peut-être expliquer ce qui s'est passé, parce que comment savoir en fait ? J'étais petite.
- Speaker #0
Et oui, du coup j'allais te poser cette question-là. Qu'est-ce qui a fait qu'à un moment donné, c'était le moment pour toi d'aller ouvrir cette trappe ? Et quelles ont été les différentes étapes pour toi pour aller vers la vérité en fait ?
- Speaker #1
Ouais, aller vers la vérité. Je pense que c'est hyper important. Alors c'est 10 ans de psy et de thérapie déjà. Réellement 10 ans. Parce que je pense qu'à la naissance de mon premier enfant, de mon fils, c'est là où j'ai commencé réellement. Avant j'avais été voir des psys mais comme beaucoup... C'est-à-dire que, allez, une, deux, trois séances, mais c'est bon, ça y est. Parce qu'en fait, dès que ça commence à gratter, je dis « Ah, mais si, ça y est, en fait, je vais beaucoup mieux » . Donc voilà, je ne pouvais pas dire qu'avant, j'avais vraiment fait un travail parce que je m'échappais dès que ça commençait à venir gratouiller un peu. Donc là, c'est encore l'inconscient qui agit. Donc pendant dix ans, là, à un moment donné, je suis allée. Et là, toutes les semaines, alors pas pendant dix ans, mais en tout cas, j'ai fait déjà presque un an et demi ou deux ans où là, vraiment, toutes les semaines, j'allais à un rendez-vous. Si on prend cette image de la forêt qui avait poussé sur la trappe, bon bah déjà on va élaguer un peu. Donc on élague, tac tac, après on gratte un peu la terre, ok ok. Mais il faut des années parce qu'en fait la trappe elle est tout dessous quoi. Donc après on fait un petit peu de pause quand même, on se fout un peu la paix et puis je reprends avec du coaching. J'ai utilisé plusieurs approches de développement personnel jusqu'à il y a un peu plus d'un an où là ça y est j'ai approché la trappe. Donc encore une fois je savais ce qui se trouvait sous la trappe. mais je n'avais pas ouvert oui et puis toujours avec ce doute de te dire mais est-ce que j'ai vraiment vécu ça oui et puis parce qu'on en a pas parlé mais dans cette trappe il y a aussi autre chose il n'y a pas que la maltraitance de cette nounou enfant quel suspect c'est ah oui donc en tout cas il y a aussi d'autres choses qui se sont emmagasinées dans cette trappe donc il y a un an, il y a un peu plus d'un an maintenant même ok j'ouvre la trappe Donc encore une fois, tout ce qu'on est en train de se dire, c'est des choses que j'ai déjà racontées mais que je suis jamais descendue dans le fond de cal. J'ouvre la trappe, je me dis ok donc tout ça existe, tout ça a été là, je me rends bien compte que ça a plus de répercussions sur moi que je ne l'imaginais. Parce que c'est facile de dire oui bon bah j'ai été maltraitée, oui bon ça va je pourrais le faire de cette manière là, mais c'est à dire que je ne descends pas en profondeur sur les blessures que ça a engendré en moi. Et puis après le travail qu'on a fait ensemble, toi et moi alors, c'est pour ça que je suis venue chercher aussi, parce que je sentis que c'était le moment pour moi, j'avais aussi cette envie de pouvoir transmettre à mes enfants, alors ma fille elle est encore petite, mais notamment à mon fils qui est adolescent maintenant, de pouvoir raconter mon histoire en fait. De pouvoir me dire à un moment donné, j'ai pas envie d'avoir de secret pour mes enfants, notamment quand ils sont adolescents. Parce que moi j'ai envie d'être dans la transparence, parce que sinon après je pense que ça génère des choses... Quand il y a des secrets de famille ou des trucs comme ça, il y a ce qu'on appelle le transgénérationnel qui va s'installer. Et je suis convaincue que les gamins de toute façon ils traînent, sinon... Bah les trappes justement ! Ils vont se traîner, et puis eux ! Donc ça va être des trappes dans les trappes. C'est-à-dire qu'eux, en plus, pour y accéder, quand ils ne savent même pas qu'il y a une trappe qui existe, ils en héritent. Mais si nous-mêmes, on n'a pas fait le travail, on leur refourgue une trappe. Et donc moi, j'avais vraiment ce travail quand je parlais de transmission tout à l'heure, qui est vraiment même avant le travail de prévention, etc. Ce travail de transmission, j'avais envie de le faire avec mes enfants et de me dire, OK, il est temps de descendre dans cette trappe ma grande, d'aller voir tout ce qu'elle a esquinté en fait et de pouvoir raconter ton histoire depuis l'adulte. et non pas depuis l'enfant qui est blessé en fait. Et ça, c'est pas rien à faire ! Et donc tout ça pour dire que voilà, ça a été un long chemin pour arriver juste à cette trappe et descendre, mais je me suis fait accompagner. Et ça, vraiment j'insiste, c'est de la spéléologie quoi le truc, de la spéléologie intérieure. Et soi-même, on peut pas faire cet exemple. La spéléologie, pareil, on a des gens pour nous emmener explorer les fins fonds quoi, les profondeurs, les tréfonds.
- Speaker #0
Tu as évoqué cette envie de vouloir transmettre, de pouvoir raconter ton histoire avec transparence à tes enfants, avec cet œil d'adulte que tu es aujourd'hui. Pourquoi maintenant ? Alors pourquoi maintenant ? Parce que déjà je pense que mon histoire, j'ai envie de la partager à mes enfants au moment de l'adolescence. Pour la simple et bonne raison que comme je racontais, il y a eu les maltraitances chez cette nounou. Il y a ce que ça engendrait en termes de mécanisme de rapport au monde pour moi. Et donc quand j'ai eu l'âge de 12 ans, c'était l'été de mes 12 à 13 ans, je suis donc partie à nouveau en colonie. Et en fait cet été-là, j'ai subi des violences sexuelles à deux reprises en fait. Souvent on pense, les violences sexuelles, que ça va être par des gros dégueulasses croisées dans la rue. Alors oui, ça arrive. Mais dans presque 80% des cas, c'est des gens qu'on connaît. Donc ça peut être soit dans le cercle familial, moi en l'occurrence c'était des jeunes juste un peu plus âgés que moi. Encore une fois je n'avais que 12 ans. Il n'y a pas de consentement quoi avant même l'âge de 15 ans. C'est vraiment là, moi j'étais une enfant. Alors là, ça va faire sourire, mais c'est pour amener un peu de légèreté sur ce que je vais raconter. Pour vous donner, moi, je jouais encore à la Barbie en fait. À l'âge de 12 ans, j'avais ma petite sœur qui a 4 ans de moins que moi. J'étais encore dans ce monde. Je suis quelqu'un pareil de très créatif, tout ça. Donc, j'avais encore toute cette naïveté-là. Quand on m'a demandé si j'avais déjà Ken, moi, Ken, c'était le mec de Barbie en fait. Mais Ken, ça ne voulait pas dire ça pour des jeunes de 17 ans, on va dire. Donc, moi, je réponds oui. Mais vraiment, c'est aussi pour montrer que la représentation qu'on peut avoir dans ces âges-là, la sexualité, on n'est pas branché, on n'est pas câblé comme un adulte à cet âge-là. Il y a une forme vraiment de candeur et de naïveté. Et donc, il y a plusieurs garçons qui m'ont fait subir des violences sexuelles non consenties, fellations et pénétrations. Et là, on retrouve aussi cette... Alors, pas une amnésie parce que ça, je m'en suis souvenu, mais je me suis sentie extrêmement humiliée Pareil, quand on dit qu'à un moment donné, on se dissocie. Moi, je me suis dissociée. En fait, je me suis vue, je me vois observer une plaque d'égout. Je l'ai. J'ai la plaque d'égout, en fait. Et je regarde une plaque d'égout. Et en fait, mon corps, il est là, mais moi, je suis ailleurs, en fait. Et donc ça, si on regarde tout le parcours, mis bout à bout, c'est humiliant, en fait. Une fois de plus, d'une, ma parole n'a pas été entendue. Une fois de plus, j'ai dit non. J'ai dit non, mais ça n'a pas été entendu. Et je me suis sentie humiliée, une fois de plus. Et donc de là, c'est compliqué derrière. Moi en tout cas ce qui a été compliqué, c'est déjà de se respecter soi-même. Pour moi il est question de pouvoir en fait. C'est à dire que cette nounou petite, ce qu'elle a exercé sur moi, c'est un pouvoir d'un adulte sur un enfant. C'est facile quand on est adulte d'avoir du pouvoir sur un enfant en fait. Et quand on est un homme sur une femme, Pareil, c'est physique. Plus âgé, pareil. Moi j'étais encore une enfant des garçons de 17 ans sur une gamine de 12 ans, même si je faisais plus vieille que mon âge. Oui, mais j'étais quand même une gamine de 12 ans quoi. Bon voilà, donc il y a toujours ce rapport-là de pouvoir humiliant et donc après il a fallu se reconstruire avec ça. Donc tout ça est venu dans mon fond de cales, alimenter ce fond de cales. Ça a emmagasiné aussi une forme de colère que j'ai mis sous trappe aussi, tu vois. À 17 ans, quand j'ai pu faire ressurgir tout ça, j'ai pu l'exprimer à quelqu'un. Parce que là, moi, je n'en ai pas parlé. Après, qu'est-ce que j'ai été faire ? Après les violences sexuelles, en m'y raconter à mes copines, ça y est, je l'ai fait. Mais je ne suis pas allée dire c'était horrible, alors que c'était extrêmement humiliant, en fait.
- Speaker #1
Oui, pour toi, est-ce qu'à ce moment-là, encore une fois, tu te reconnectais à cette idée de normalité ? Et puis si j'en parle, je ne vais pas être entendue et on ne va pas me croire.
- Speaker #0
Oui, je pense. Oui, je pense qu'il y avait une forme de honte en fait. Parce que qu'est-ce qui va avec l'humiliation ? C'est la honte de me dire « Bon bah du coup, je ne suis pas normale » . Et moi, je me suis toujours traîné ce truc de… Mais vraiment, surtout, je suis tout le temps en train de me demander. Et c'est horrible de vivre avec cette notion de normalité. Mais de me dire « Mince, est-ce que ça sort des rails pas durs ? » Qu'est-ce qui est normal ? Qu'est-ce qui n'est pas normal ? Donc oui, quand on n'a pas de référentiel, quand on est enfant, qu'on grandit dans… Alors moi, ce n'est pas de la maltraitance dans ma famille. Heureusement, c'est l'amour de mon cadre familial qui fait que tout ça, j'ai pu le traverser. Parce que là, c'est hors cadre et mes parents, je ne leur en ai pas parlé non plus. Donc bon, évidemment, quand on est parent et qu'on apprend ça, on en a déjà parlé. Ce n'est pas simple à vivre non plus pour un parent. Mais en même temps, ils n'ont pas l'info. Donc moi, j'ai ma trappe en fait. J'ai mis une trappe, j'ai mis une armure en fait. Et ça, c'est un élément extrêmement structurant. de qui je suis devenue. On me voit souvent, c'est l'image, je vois bien que je renvoie comme un char d'assaut quoi. C'est-à-dire Lucie, c'est la meuf qui réussit tout Lucie, c'est la meuf qui est tout le temps en train de sourire, qui est là et qui fait plein de trucs. Mais Lucie, elle a surtout mis un blindage sur un truc extrêmement douloureux. Moi j'appelle ça mon charmalo. C'est-à-dire que moi dedans, c'est un vrai chamalo. Mais vraiment, c'est un chamalo qui a été blessé tout petit, qui est... extrêmement fragile comme je dis je suis hyper anxieuse bon donc c'est pas pour rien que d'ailleurs que j'ai fait de la méditation pendant 10 ans on me connaît aussi pour avoir enseigné à méditation mais j'ai fait ça pour me déjà pour moi pour faire du bien pour apprendre à apprivoiser et à vivre avec cette anxiété cette peur de tout tout le temps donc aujourd'hui je vis bien avec j'ai appris à faire avec mais c'est là et par contre bah oui je me suis construit un une sorte de char d'assaut pour pouvoir évoluer dans ce monde qui m'a chalutée.
- Speaker #1
Ouais, j'aime bien cette image de char malot. Pour reprendre là, finalement, il y a très peu de temps, il y a quelques mois où là tu te dis, il y a un truc à aller explorer encore plus en profondeur, à aller mettre de la lumière sur la vérité. Est-ce que ça, ça te parle ? Ça va mettre de la lumière sur la vérité de ce que tu as subi. Quels ont été...
- Speaker #0
des expériences importantes dans ta vie qui ont mis cette lumière sur cette vérité-là ? Alors, mettre de la lumière sur la vérité, oui ça me parle. Parce que comme je disais, ce qui a été le plus dur pour moi, ça a été de douter de moi-même en fait et de ce qui s'était passé. Donc c'est pour dire : pfff, la mécanique du conscient/inconscient elle va loin quoi ! Donc j'en reviens à la transmission en fait à mes enfants de me dire : là je me dois d'être dans la vérité. Ce que je vais transmettre à mes enfants, il faut que ce soit mon histoire mais il faut que je sois sûre de ce que je leur raconte, parce que là, je transmets quelque chose. Et aussi parce que j'écris un bouquin, un roman, et du coup, là, j'avais aussi envie de pouvoir m'assurer que ce que j'ai vécu était vrai pour pouvoir m'inspirer. Bon bref, mais en tout cas, c'était avant tout dans la transmission pour mes enfants. Et de là, comment on fait quand il s'est passé des choses entre 0 et 5 ans et qu'on veut s'assurer que c'était vrai en fait ? Et la vie fait qu'en fait, depuis 10 ans, j'ai une des filles qui était avec moi chez cette nounou qui m'avait retrouvée sur les réseaux sociaux. Et donc, je me dis, bon bah, je vais la contacter en fait. On était ensemble en fait chez cette nounou. Donc s'il y a quelqu'un qui peut me dire si ce que j'ai vécu est vrai ou pas, bah c'est elle, j'ai la chance d'avoir un témoin qu'elle subit comme moi quoi en fait. Et donc, on s'est appelé et là, j'ai eu quelqu'un qui m'a dit oui. Tout ce dont tu te souviens, bah moi aussi je l'ai vécu, c'est vrai. Et là, d'un seul coup, déjà moi ça m'a fait du bien parce que c'est comme si la petite fille que personne n'a cru ou entendu, d'un seul coup se dit « bah en fait, oui, j'ai bien vécu tout ça » . Et l'autre élément qu'il y a eu juste derrière, c'est que j'ai pu commencer à en parler, mais pas en parler de manière un peu comme je pouvais faire avant, sans aller dans le fond de calque, en disant « bon voilà, il m'est arrivé ça, je minimise quoi, c'est pas grave, on s'en fout » , parce que non, on ne s'en fout pas. Et donc là, vraiment dire « bah non, ouais, je ne m'en fous pas, et en fait j'ai une amie qui s'avère travailler » à la protection de l'enfance, dans une entité qui protège les enfants. Et donc je lui ai dit : "Écoute, j'ai envie de te raconter ce qui m'est arrivé chez Hanounou." Donc ce que j'ai raconté tout à l'heure. Et je la regarde droit dans les yeux, comme une petite fille. Je me dis : "Mais est-ce que ça c'est de la maltraitance ? " Et elle me regarde droit dans les yeux et me dit : "Oui Lucie, évidemment que c'est de la maltraitance ! On enlève des enfants à des familles pour ça ! " Et là, c'est pas l'adulte qui a reçu ça. C'est la petite Lucie qui s'est dit... Là, ça me donne envie de pleurer. Punaise ! Enfin, j'ai un adulte qui m'entend et qui me dit « Non, ce n'est pas normal. Non, on ne fait pas subir ça à un enfant. » Et après, je lui ai dit... Quand j'avais 12 ans, voilà ce que j'ai subi. Est-ce que c'est des violences sexuelles ? Elle me dit « Oui » . Ce sont des violences sexuelles. Évidemment que ce sont des violences sexuelles. Évidemment que tu n'aurais jamais dû subir ça. Ça m'a libérée, en fait. Mais vraiment. De me dire, je me suis sentie reconnue en tant que victime. Elle me l'a dit comme ça, Texon. Elle m'a dit, tu es victime, en fait, Lucie. Donc oui, ça n'est pas normal. Oui, c'est de la maltraitance. Oui, c'est de la violence sexuelle. Et moi, ça m'a fait du bien, en fait. Et ça m'a soulagée. Je me suis dit, ok, maintenant mon enfant a été entendu, a été reconnu. Moi, adulte, maintenant... qu'est-ce que je choisis de faire de ça en fait ? Et aujourd'hui, je suis à ce micro en tant qu'adulte, pas en tant qu'enfant, même si évidemment il y a de l'émotion. Mais je suis submergée par ce qui est en train de se passer et j'ai plutôt envie de transmettre pour prévenir.
- Speaker #1
Oui, merci infiniment de partager ça. C'est très intéressant aussi en tant qu'adulte de se rendre compte qu'à un moment donné, on peut avoir des actes, des paroles qui peuvent être en fait de la maltraitance. Alors il y a différents niveaux de maltraitance. Je trouve que ça, c'est un sujet aussi hyper intéressant. La question que j'ai envie de te poser, c'est qu'est-ce que là, ton histoire, t'as appris sur la place qu'on donne ou qu'on ne donne pas à la parole des enfants ?
- Speaker #0
Moi, avant, dans ma tête, maltraitance, pour moi, c'était des choses trash. Mais quand on dit violence sexuelle, on se dit, ou viol, on imagine des choses atroces. Et en fait, non. Les violences, ça démarre il y a les violences physiques, il y a les violences psychologiques mais ça va d'une gifle d'une fessée à des choses beaucoup plus violentes physiquement, ça va à des mots des moqueries, de l'humiliation alors évidemment il y a tout ce qui est les violences sexuelles mais c'est pareil l'exhibitionnisme moi j'ai été soumise, pareil j'en passe en tant qu'enfant, entre l'âge de ma pré-adolescence et mon adolescence à de l'exhibitionnisme sexuel mais c'est juste dingue en fait à la sortie du collège, des mecs dans leur bagnole, dans le métro, parce que moi j'avais grandi en région parisienne. Je pense qu'on oublie adultes, je n'en sais rien, mais toutes ces choses-là qui vont avoir un impact sur l'enfant, c'est violent en fait. Chaque chose comme ça est violente. Et donc oui, adulte, il y a un rapport de force avec un enfant. Et moi ce que j'aimerais mettre en lumière, je ne suis pas là pour dénoncer, je ne suis pas là pour faire culpabiliser qui que ce soit, je suis juste là pour essayer d'ouvrir les consciences. Donc de se dire, un enfant c'est un petit être humain en fait. Alors il est en train de grandir et en train de se construire, mais c'est un être humain. Ça fait que 35 ans que les enfants ont des droits en France, enfin même plus largement j'ai envie de dire. C'est très peu à l'échelle de l'humanité. Déjà ça remet aussi en cause des sujets d'éducation punitifs qui sont extrêmement répandus. On va se dire « Ah ça va, il a pris une claque, il n'en est pas mort. Moi aussi j'ai pris des gifles, j'en suis pas mort. » Mais heureusement que personne n'en est mort. À chaque fois, ça abîme en fait, ça crée de la peur. Juste ça, ça crée de la peur, Donc c'est juste un système qui est fondé sur la peur. Moi en tout cas, je ne pense pas sincèrement, profondément, qu'on puisse s'élever et grandir dans un climat de peur. Ce n'est pas salvateur, ce n'est pas épanouissant en fait. Parce qu'en fait, qu'est-ce qui se passe ? C'est que cette nounou, dans son système éducatif punitif, parce que c'est un système éducatif punitif, tu n'es pas sage, tu vas dans un placard, tu as fait ça, je te mets ta culosse sur la tête, comme ça elle va comprendre et puis elle arrêtera de faire pipi. Je ne suis pas sûre que ça marche. je pense que ça fait un peu l'inverse enfin c'est pas je pense d'ailleurs je peux confirmer que c'est complètement l'inverse d'ailleurs ce système là ça fait des garçons ou des filles à l'âge plus grand et adolescent qui vont reproduire des jeux de pouvoir donc ça recrée des situations comme j'ai pu vivre parce que c'est un jeu de pouvoir tiens je vais te dire tu vas je vais te rabaisser tu vas là tu vas faire ce que je te dis etc et ça va faire des adultes qui vont encore reproduire ce système et donc si on voit plus largement bah ça fait tout un système qui est fondé là dessus moi j'ai envie d'un monde de paix et donc toute personne humaine Je dis bien, toute personne qui espère un monde de paix, regardez déjà rien que dans votre cellule familiale, à l'échelle juste de là, comment vous procédez en fait. Si c'est un système d'éducation punitive, c'est juste un système sur la peur, ça ne va pas emmener à la paix, à quelque chose d'égalitaire, à quelque chose qui fait grandir. Moi, c'est en tout cas ma perception et donc plutôt que l'éducation punitive, j'ai envie de plutôt inviter à travailler sur de la relation. d'égal à l'égal, un enfant se mettre à hauteur d'enfant, d'entendre la parole de l'enfant. Un enfant, il a des choses à dire, il ne dit pas n'importe quoi en fait, un enfant. Il est par contre dans beaucoup de spontanéité, de naïveté, il est émotionnellement encore en construction, donc oui, quand il se roule par terre, un enfant, ce n'est pas qu'il a envie de nous faire chier, c'est juste qu'il est dépassé par ce qui est en train de se passer, donc plutôt que lui foutre une gifle qui ne va certainement pas lui faire comprendre ce qui est en train de se passer, le prendre dans ses bras pour le rassurer, c'est plus aidant en fait et plus salvateur Et là, c'est rassurant. Et l'adulte devient un lieu-ressource et un endroit de protection. Et donc j'en reviens à la protection. Moi, aujourd'hui, c'est ça qui m'anime. Évidemment, là, ce serait tout un sujet. Et moi, je ne suis pas là en tant que spécialiste du sujet. J'ai envie, en tout cas à travers mon histoire, de montrer les répercussions que peuvent avoir des choses qui peuvent parfois paraître anodines, normales justement.
- Speaker #1
Comme tu le dis, aujourd'hui, tu choisis de mettre ton histoire au service d'un sujet profondément engagé. Concrètement, quels sont tes projets pour sensibiliser autour de ces sujets ?
- Speaker #0
Déjà, j'ai très à cœur d'aller au bout de ce roman que je suis en train d'écrire. Ça fait 10 ans que je l'ai commencé. Je suis en bonne voie. Je sens qu'en 2026, ça y est, on peut parler de cycle, etc. Voilà, c'est le moment. Je sens que j'avais besoin de pouvoir exprimer mon histoire à mon enfant pour pouvoir aller au bout de ce projet-là parce que c'est une fiction mais qui est... grandement inspiré de mon histoire personnelle et qui vient aborder tout plein de sujets, notamment à l'adolescence. C'est sur la relation parent-enfant. Et j'ai aussi la volonté de créer un nouveau spectacle de clowns d'intervention sociale pour parler de ces sujets, de tout ce qui est vie affective, relationnelle, pour les plus jeunes, toujours dans une perspective de prévention, d'éducation. La maltraitance en fait partie, mais c'est plus largement le... Je suis convaincue que nous sommes des handicapés de la relation sociale. Mais très honnêtement, c'est-à-dire qu'on ne sait pas. Il y a quelque chose qu'on ne sait pas faire dans la relation à l'autre parce qu'on n'a pas appris. Donc on va à l'école, on nous apprend le français, on nous apprend les maths, on nous apprend l'histoire géo. Sauf qu'avant de savoir tout ça, on est avant tout des êtres sociaux. C'est ce qui nous caractérise. On a besoin d'être en lien pour survivre avec un parent. Et puis ensuite, toute notre vie, elle est structurée autour de relations sociales. On le sait, on meurt si on est tout seul en fait. Sauf que... On ne sait absolument pas comment on fonctionne nous-mêmes dans le rapport avec nous, quand on est submergé par une émotion. Et alors qui plus est, quand en plus il va falloir se mettre en interaction avec l'autre ? C'est ça qui génère du conflit, c'est ça qui génère des situations. Donc moi j'ai envie de pouvoir œuvrer pour permettre à chacun de comprendre qu'est ce qui se joue dans les interactions sociales et comment je peux faire en sorte d'apaiser les choses en moi Déjà, première chose, parce que pour être en lien avec l'autre, le problème, ce n'est pas l'autre. Si on veut qu'il y ait quelque chose qui change, il faut commencer par se changer soi, enfin en tout cas apprendre à s'apprivoiser soi-même.
- Speaker #1
Oui, on a souvent tendance à dire que c'est la faute de l'homme.
- Speaker #0
Oui.
- Speaker #1
On a le choix, nous, de réagir de telle ou telle manière.
- Speaker #0
On peut attendre longtemps. Par contre, c'est comme dans une danse. Si nous, on change le pas de danse, l'autre va suivre. Donc si on n'arrête pas de dire « arrête de faire comme ça, arrête de faire comme ça » , non, je vais faire autrement et du coup, ça va faire bouger l'ensemble. Donc on a ce pouvoir-là, ce qui est un pouvoir qui est énorme. Maintenant ça requiert du travail, mais comme apprendre n'importe quoi. C'est un apprentissage. Moi j'ai envie d'œuvrer auprès des jeunes notamment. Alors moi j'œuvre déjà auprès des adultes depuis de longues dates. Mais voilà sur mes projets de cœur on va dire, pouvoir continuer sur ce que j'ai entrepris avec le harcèlement et maintenant pouvoir le faire pour tous ces sujets-là.
- Speaker #1
À partir de ton histoire.
- Speaker #0
Exactement ! Et ce coup-ci effectivement à partir de mon histoire, tout à fait.
- Speaker #1
Merci beaucoup. On sera là pour l'accueillir aussi ce spectacle. J'ai hâte de voir ce qu'il va donner. J'aimerais revenir sur une phrase que tu m'as partagée quand on a préparé cet épisode. Tu m'as dit « j'avais peur de tout, maintenant j'ai confiance, j'avance à cœur ouvert » . Qu'est-ce qu'elle représente pour toi cette phrase ?
- Speaker #0
En fait, l'image que j'ai quand je t'entends dire cette phrase, c'est ma trappe. En fait, ma trappe, tant qu'elle était fermée, J'avais peur de tout, mais une peur subie on va dire. Parce qu'en fait toute ma peur était dans cette trappe et donc je l'ai tenue à distance. Mais en fait elle me faisait trembler parce qu'elle faisait des déflagrations en permanence. C'est comme s'il y a un petit bunker. Oh c'est joli le bunker ! Le coeur ! Oh là c'est beau ! Donc j'avais mon petit bunker. Bien avec la grosse trappe en ferraille qui la ferme. Et le fait d'être vraiment venue l'ouvrir... d'avoir pris le temps de descendre dans cette trappe, d'aller à la rencontre de cette histoire, pas dans de la colère. Au contraire, d'aller vraiment caresser, entendre, soigner en quelque sorte tout ça. En faire un petit endroit non pas austère et dur, mais un petit cocon mouilleux. C'est mon histoire, c'est comme ça en fait. Et du coup, maintenant, en fait, la trappe est ouverte. Je ne l'ai pas refermée, elle est là. La preuve, c'est que j'ai envie de la faire résonner. J'ai envie de pouvoir la partager, la transmettre. Et donc, ça m'a ouvert vraiment quelque chose à l'intérieur. Ce cœur ouvert là. Et du coup, j'y vais avec confiance parce que je pense que la peur appartenait à la petite Lucie. T'es un peu tétanisée là-dedans. Et moi, adulte, aujourd'hui, je suis confiante et j'ai trouvé un sens en fait à cette histoire. Et là, ça me touche en fait quand je dis ça. Parce qu'en fait, je suis convaincue. Et ça, je le dis depuis longtemps mais... que ces fameux cailloux qu'on a dans la chaussure. Moi, ça, c'est une plaie, en fait. C'était un truc qui était là. Là, je l'extrais et je me dis, mais c'est tellement un magnifique diamant que j'ai poli, en fait, là. Dans cette trappe, il y avait un diamant. Et soit on peut faire le choix de continuer à clopin-clopin en ne voulant pas enlever ces trucs qui font mal. Moi, je l'extrais. je me suis soignée, c'est bon. Et maintenant, j'ai envie de le faire rayonner parce que je suis sûre qu'en venant partager mon histoire là, à cœur ouvert, avec confiance, la confiance d'un adulte, ça va ouvrir la voie, ça va libérer la parole et moi c'est vraiment ça que j'ai envie de faire. J'ai envie de libérer la parole, c'est pour ça que j'utilise la scène, c'est pour ça que j'accompagne les autres à transmettre leur message, libérer la parole pour venir parler de sujets qui sont tabous en fait, c'est des sujets dont on ne... parlent pas, qu'on garde enfermés. Et ça, il faut pouvoir en parler ouvertement. En tout cas que les enfants notamment, les adultes aussi, mais qui plus est les enfants comprennent que ça n'est pas normal et qu'il faut en parler et pas se taire.
- Speaker #1
Merci. J'allais te poser la question, quel message t'as envie de faire passer aux personnes qui nous entendent ? Bon là je crois que t'as pas mal répondu, mais est-ce que tu voudrais rajouter quelque chose ?
- Speaker #0
Bah j'ai envie de rajouter que merci à toi parce que bah tu vois en disant ça C'est ce que tu fais aussi, toi, Laure, avec ton podcast, de venir permettre de déposer une parole. Et je trouve qu'il y a plein d'espaces pour venir. Là, je disais que j'écris un roman. La scène, c'est aussi un moyen de libérer la parole. Un podcast, c'est aussi un moyen. Il y a plein de canaux pour pouvoir libérer la parole, ouvrir les consciences. Et ça, je pense que c'est hyper important. Et on est dans une phase là, moi, je sens qu'on est dans une phase où cette bascule entre la peur et la confiance... elle est fondamentale. On vit sur un système qui est basé sur la peur depuis toujours, j'ai presque envie de dire. Alors évidemment que ça va passer en un claquement de doigts, mais je pense que chacun à sa petite échelle, comme les petits colibris, si à un moment donné on apprend à faire autrement, et à être dans la relation, dans la paix, dans l'amour à cœur ouvert, le monde ne s'emportera que mieux.
- Speaker #1
Merci infiniment Lucie pour ta présence ici au micro de Cap vers toi, pour ta confiance. Ce que tu nous rappelles là, à travers ton histoire, c'est que les histoires individuelles ne s'arrêtent jamais à l'intime. Elles ouvrent parfois une responsabilité plus collective. Et du coup, c'est vrai le fait de libérer la parole, ouvrir la trappe aussi des histoires que l'on a enfouies en nous ou on aurait tendance à ne pas les regarder parce que ça fait mal. Mais au final, le fait d'ouvrir cette trappe et de les regarder, ça ouvre aussi d'autres possibilités pour notre vie personnelle et aussi collective. Donc, merci infiniment pour avoir déposé ça. C'était le premier épisode de l'année 2026 pour Cap Vertois. Je crois qu'on commence très bien avec ce beau message. Merci à toi aussi qui nous écoutes d'avoir été là pour ce premier épisode de l'année. Si cet échange t'a touchée, questionnée ou simplement fait réfléchir autrement, alors n'hésite pas à le partager autour de toi sur Instagram. Facebook, LinkedIn ou tout simplement en message privé. Tu peux aussi soutenir Cap vers toi en laissant une note et un commentaire sur ta plateforme d'écoute préférée. C'est une manière simple mais précieuse de faire vivre ses paroles et ses histoires. On se retrouve le mois prochain pour une nouvelle rencontre, une nouvelle voix, une nouvelle histoire. D'ici là, prends soin de toi. Adishatz !