- Speaker #0
Quoi est-ce si difficile de croiser, d'écouter, de s'inspirer de ceux qu'on ne connaît pas ? Pourtant, tant de femmes et d'hommes inconnus portent en eux des histoires puissantes, capables de raisonner en nous et de nous transformer. Hello, moi c'est Laure, passionnée par ces récits de vie et par cette quête de sens qui enime tant de personnes aujourd'hui. Alors non, je ne suis pas une experte, mais une exploratrice, guidée par ces rencontres qui me font tant vibrer. C'est l'envie de créer du lien au-delà des cercles habituels qui a donné naissance à Cap vers toi. Un podcast où je pars à la rencontre de celles et ceux qui ont vécu un moment de bascule, cet instant clé qui nous pousse à choisir, ou pas, de changer de trajectoire pour se réveiller ou se révéler. Alors,
- Speaker #1
cap ou pas cap de te laisser inspirer par ces âmes que tu n'aurais peut-être jamais croisées autrement. Es-tu prêt pour la rencontre du jour ? C'est parti !
- Speaker #0
Bienvenue dans ce dixième et dernier épisode de l'année du podcast Cap vers toi, un épisode particulier pour moi parce que je mesure tout le chemin parcouru depuis le début de cette aventure. A la base ce podcast est né d'un désir simple créer du lien au delà de nos cercles habituels, m'inspirer d'histoires vraies et offrir cela à celles et ceux qui écoutent. Aujourd'hui Cet esprit-là est encore pleinement incarné par mon invitée, Bénédicte. Je ne la connaissais pas avant de tomber sur un post qu'elle a partagé sur LinkedIn, dans lequel elle parlait de son histoire. Ce jour-là, j'ai été frappée par la force d'une mère endeuillée et par cette volonté farouche de transformer une douleur immense en quelque chose qui la dépasse. Alors j'ai eu l'audace de la contacter. D'abord pour faire connaissance, et puis pour l'inviter ici. au micro de Cap vers toi. Aujourd'hui, elle vient partager son histoire pour répondre à une question que beaucoup n'osent peut-être même pas formuler. Comment peut-on cultiver et honorer le lien avec une personne décédée ? Je suis très touchée de t'accueillir, Bénédicte. Bienvenue.
- Speaker #1
Merci, Laure. Merci.
- Speaker #0
Et merci infiniment d'avoir accepté mon invitation. Comment tu te sens là, au micro ?
- Speaker #1
Un peu céméry, là, je ne te cache pas. D'abord, ravie, vraiment ravie d'être avec toi aujourd'hui, de pouvoir partager et raconter mon histoire et de la confiance que tu m'accordes et de l'intérêt que tu portes à cette histoire et à mon histoire.
- Speaker #0
Merci beaucoup. Merci aussi pour ta confiance à toi, d'avoir dit oui à cette invitation. Qu'est-ce qui t'anime aujourd'hui à vouloir parler de ton histoire au micro de Cap vers toi ?
- Speaker #1
Ce qui m'anime aujourd'hui, D'abord, je pense profondément que toute histoire mérite à être racontée et entendue, vraiment. Et dans mon parcours, je me suis rendue compte combien les témoignages, les récits des autres m'ont aidée et soutenue. Je dirais que pour celui qui raconte, c'est une libération et aussi un chemin initiatique vers l'apaisement, peut-être du rétablissement dans son histoire douloureuse, et que quand elle résonne dans le cœur et dans l'histoire de quelqu'un d'autre qui n'a peut-être pas les mots, pour le dire, ou de trouver d'autres mots, ou que ça puisse tout simplement faire résonance, c'est soutenant. Voilà, ce qui m'anime, c'est ça. Et que quelque part aussi, c'est porter mon histoire, porter l'histoire de Thomas, en fait. Si je suis là aussi, c'est par la présence de mon fils, en fait, aussi. Si je suis là avec toi aujourd'hui, finalement, c'est bien par son histoire allée, bien singulière aussi.
- Speaker #0
Ouais. Et du coup, est-ce que tu voudrais nous partager ? Ton histoire à travers l'histoire de ton fils ou l'histoire de ton fils qui t'amène à partager ici ton histoire de vie. Je ne sais pas par quel bout tu veux commencer.
- Speaker #1
Moi non plus, pas trop. Il y a deux choses qui me viennent en tout cas. Donc de poser de toute façon que Thomas est mon enfant unique, c'est mon seul garçon. Et que Thomas est décédé. Alors c'est avec ce mot, tu vois, et on va parler de la mort, du décès. J'avais peut-être envie de dire aujourd'hui qu'il a perdu la vie. C'est difficile de trouver l'hémogiste. En tout cas, en 2020, en juillet 2020, à 23 ans. Donc ça, c'est la plus grande épreuve de ma vie, en fait. La plus grande, la plus douloureuse, la plus bouleversante, la plus impactante. C'est bien ça qui nous amène aujourd'hui à échanger ensemble, en fait. Et tout le temps, je me suis étonnée à pouvoir faire face à cette épreuve-là, en fait, quand on se projette. Et combien, ce n'est pas recommandé, en tout cas, mais je crois que la pire des peurs d'un parent, c'est celui de... de perdre son enfant et qu'on se dit bien souvent qu'on n'arriverait pas à faire face à cette épreuve. Moi, la première année, quand on me demandait comment j'allais, je répondais que je me surprenais moi-même à être debout, à continuer à avancer. Donc, de pouvoir se laisser surprendre aussi par la vie, de ne pas faire attention aux certitudes et de faire attention à ses peurs aussi. Et je crois que j'ai cultivé cette philosophie, cet art de vivre dans la pratique de la pleine conscience qui, moi, m'a servi vraiment, qui a été pour moi Alors... Tuteur de résilience, en fait. Je pratiquais avant le décès de Thomas, puisque dans mon histoire, la mort avait déjà frappé à ma porte en 2016, quand on m'a annoncé un cancer, un cancer agressif, invasif. Et c'est à ce moment-là que j'ai découvert la mort, en fait, véritablement. Je disais longtemps que j'avais la chance, entre guillemets, de ne pas avoir été confrontée à la mort auparavant. J'ai perdu mes grands-parents où je n'avais pas forcément un lien d'attachement très fort. J'étais très jeune. On y est touché en tout cas quand il y a un lien d'amour. En fait, quand il y a un lien d'attachement, je me perds un peu. Mais en tout cas, voilà, elle est venue frapper à ma porte cette mort en 2016. Et c'est à ce moment-là où j'ai compris en tout cas que moi, qu'il fallait que je change ma façon de vivre en fait. Le cancer du sein, pour moi, je me suis intéressée aussi à cette maladie. Mais je suis convaincue que le... Le corps exprime les mots qu'on peut avoir à l'intérieur de soi, ses blessures et ses difficultés émotionnelles de vivre sa vie. Tout ce qui n'est pas exprimé s'imprime dans le corps. Symboliquement, le cancer du sein, j'ai été très souffrante dans ma vie de maman, très tôt justement. Thomas m'a manqué très tôt, plus que dès l'âge de ses un an. J'ai subi, on a subi une résidence alternée en fait. Je me suis séparée du papa Thomas. En tout cas pour moi, c'était terrible en fait. C'était vraiment extrêmement douloureux de voir mon petit partir et de faire avec l'absence. Et je le dis que mon fils m'a toujours manqué en fait. Et je dis ça parce que dans mon histoire, comme si dans chaque histoire de toute façon, il y a tout un chemin initiatique où la vie nous apprend à traverser les épreuves. et que j'ai... d'abord dans un premier temps, était très souffrante et très malheureuse dans cette absence et qu'ensuite, notamment par du travail thérapeutique, j'ai appris qu'il fallait que j'apprenne quand il n'était plus là, à le lâcher. Ce qui était important, c'était le lien que j'entretenais avec lui, en fait. Et que je disais à Thomas quand il partait chez son père que, voilà, j'avais transformé une phrase en lui disant, écoute, mon grand, loin des yeux, près du cœur. Longtemps, en tout cas, voilà. Pour moi, celle-ci fait beaucoup plus sens que ce qu'on a l'habitude d'entendre. Loin des yeux, loin du cœur. Alors c'est vrai aussi, mais loin des yeux, près du cœur. Que même quand il était loin, même quand on ne se voyait pas, apprendre à cultiver cet amour et ce lien. Donc on a appris ça tous les deux. En tout cas, j'ai appris ça avec cette contrainte et ce qu'on m'a imposé.
- Speaker #0
Et quand tu me partages cette phrase-là et ce chemin initiatique que tu as fait à ce moment-là, je ressens que tu étais déjà en train d'apprendre à surmonter l'épreuve qui allait arriver des années plus tard, la perte de ton enfant. Comment tu l'as conscientisé au moment où Thomas est parti ? Est-ce que ça a été immédiat ou ça t'a demandé du temps ?
- Speaker #1
Ça a été assez immédiat en fait. Cette absence-là, et justement je parlais du cancer aussi, comme si cette épreuve-là m'avait préparée à pouvoir surmonter cette épreuve. Et c'est vrai que j'ai eu ces pensées très rapidement. Et on sait combien on ne choisit pas toujours ses pensées. On peut aller cultiver des pensées, mais il y a des pensées qui viennent comme ça de façon fulgurante et intrusive, qu'on ne choisit pas. Et que cette idée... que la vie m'avait préparée à faire face à cette épreuve, mais qui arrivait très très vite en fait. Et que je ne voulais pas vivre le reste de ma vie dans la souffrance. J'avais été pendant des années très souffrante et que pour moi la vie ne valait pas la peine d'être vécue si c'était dans la souffrance. Par le rétablissement et la guérison et par tout ce que j'ai mis en place durant cette année de soins par rapport au cancer où j'ai pris, je dirais, tout ce qui était en pouvoir pour. allait mieux, aussi bien au niveau émotionnel, physique, psychologique. J'ai vraiment été explorer toutes les dimensions de soins en me disant que là, je m'étais tout simplement outillée, préparée. J'avais les outils, j'avais la compréhension pour faire face et possible transformer, en fait. Et de faire la promesse à Thomas, puisqu'on était... très proches. Il y a beaucoup d'amour entre nous et clairement, le lien, le lien, c'est l'amour. Il y a une phrase, je me suis notée, je vais tout lire, mais la mort a un pouvoir de destruction considérable, mais il y a une chose à laquelle elle n'a aucun pouvoir, c'est l'amour. Et c'est ainsi que le lien d'amour peut perdurer, peut s'entretenir. Et il y a vraiment ça, en fait. Malgré la distance, eh bien, l'amour... est toujours là, en fait. Lui est éternel et lui ne peut pas être dégradé, abîmé. Et que finalement, par le décès de Thomas, et cette notion de mort, alors je me suis beaucoup questionnée aussi sur ce qu'est la mort et à Klein's croyance. Et justement, comme j'ai été confrontée à la mienne, j'ai réfléchi à ce qu'était la mort. Mais ce que je sais, c'est qu'il y a un mystère, en tout cas. Moi, je n'ai pas les réponses. S'il y a un après, s'il y a autre chose, je ne sais pas où est Thomas. Donc Thomas est ailleurs. et il est ailleurs et autrement. Voilà, c'est la seule certitude que j'ai car malgré tout, son corps n'est plus là en effet, mais l'amour que j'ai pour lui est toujours là. Donc c'est là où je mets la puissance du lien, le lien de l'amour. Finalement, quand on envoie beaucoup d'amour à une personne qui n'est plus là, on en reçoit aussi en fait. L'univers nous répond.
- Speaker #0
Et d'ailleurs, du coup, est-ce que tu as des expériences, des moments à nous partager où justement tu as ressenti ? Ce lien d'amour encore avec Thomas, est-ce que Thomas t'a aussi envoyé, quand tu dis l'univers nous renvoie aussi en retour cet amour, est-ce qu'il y a des choses concrètes là que tu voudrais nous partager ?
- Speaker #1
Oui, je veux bien, c'est vrai qu'il y a quelques expériences comme ça qui ont été comme des évidences, mais déjà moi de dire au moment où j'ai appris le décès de Thomas, je me suis sentie comme si mon corps avait pris de l'expansion en fait. Il y a tellement quelque chose de curieux de me dire que je ne me sentais plus seule. Il s'était intégré en moi, en fait. J'étais gonflée de cet amour, justement. Je n'étais plus seule, on était deux. Et ça, vraiment, je crois que physiquement, et je flottais, en fait. Il y a aussi, on sait que quand on a un choc traumatique, quel que soit le choc traumatique, il peut y avoir dissociation entre ses pensées et son corps. Mais en tout cas, moi, mon corps, je flottais. Et je flottais d'amour. J'étais, voilà, on était deux. On était deux. Et ça, presque pendant une bonne année, en fait. Il m'a accompagnée à l'intérieur. On était tous les deux ensemble, en fait, et c'est ce qui me permettait d'être debout. Il m'a accompagnée. Thomas est né au mois de juillet et il est décédé au mois de juillet. Pour la première année de sa date anniversaire sans lui, il nous a été important pour la famille et les proches de nous retrouver ensemble. Thomas aussi nous a réunis. Moi, ma famille est loin. On ne se voyait pas souvent. Il y a eu des conflits, comme dans toutes les familles aussi. Et on sait, souvent, un décès, soit ça explose complètement une famille, soit ça nous saude. Et nous, en tout cas, c'est vraiment l'amour qui nous a réunis. Il y avait une évidence que cette année-là, il fallait qu'on se retrouve ensemble autour de Thomas et qu'on se montre cette solidarité aussi. Je pense que pour mes sœurs, mon père, mes neveux avaient besoin d'être là à mes côtés pour me soutenir. Et donc, on s'est retrouvés au mois de juillet ensemble chez mon père. Et le jour de l'anniversaire de Thomas, donc on était tous ensemble, je leur ai exprimé aussi mon besoin de parler de lui. Parce qu'il y a ça aussi, en fait. C'était de ne pas le faire mourir une deuxième fois. Les personnes endeuillées, je crois que c'est à nous de formuler ce qu'on attend des autres. Plus que les autres ne savent pas. Ils ont peur de nous blesser, ils ont leur propre peur aussi. Pour moi, c'était important, vital, nécessaire, viscéral même. Qu'on l'évoque, qu'on parle de lui. Et que là, je me suis mise à, ben voilà, à exprimer ça, à parler de lui aussi, puisque comme je te disais, il y avait des kilomètres qui nous séparaient et que finalement, il connaissait bien plus de notre vie, de sa vie à lui. Donc à partager des souvenirs, des moments, ses blessures, ses faillures, ses fragilités. Et pendant tout ce temps où je parlais de lui, c'était le soir, et j'avais le dos tourné à l'élan qui éclairait la pièce dans laquelle on était. Et c'est après, une fois que j'avais déposé un petit peu toutes ces paroles sur Thomas, tous ses souhaits, qu'à ce moment-là, quand je te disais que je me sentais habité, en tout cas, de toute façon, là, je me sentais habité par Thomas, en fait. Il était avec moi. Je le sentais, moi, physiquement. Et mon neveu, Guillaume, qui me dit, juste après avoir fini de parler, en disant « Mais écoute, Bénédicte, il y a quelque chose de dingue. » Ils étaient quatre témoins à ça en face de moi pendant tout le temps où je parlais de Thomas, pendant tout le temps. le temps où j'ai posé ces mots-là et les lumières n'ont pas cessé de clignoter en disant mais il se passe quelque chose là et comme si, comme si envie de croire qu'il y avait une énergie et que Thomas nous disait qu'il était là et qu'il était en accord avec ça en fait, qu'il était aussi présent. Parce que c'est vrai que ces lampes, ces lumières n'avaient jamais clignoté auparavant et que mon père n'a pas eu à les changer après non plus, elles n'étaient pas défaillantes. Donc moi ça m'a fait sourire et oui, convaincue que c'était lui qui se manifestait aussi à travers ce signe-là. J'ai la conviction, en tout cas, qu'il y a une conscience et une énergie, en fait. Si le corps disparaît, l'âme, je ne sais pas comment le nommer, en fait, mais je crois profondément à l'énergie, qu'on est autre chose que corps, en tout cas, et qu'on vibre, et que même quand on n'est plus là, il y a quelque chose qui avait la présence de Thomas, en tout cas, qui était de toute évidence avec nous ce soir-là. Alors, j'en ai plein d'exemples, de choses où Thomas m'accompagne toujours. De voir son prénom, de voir des phrases, d'entendre des musiques à des moments, il y a beaucoup de synchronicité. Je dirais que c'est vraiment moi, en tout cas par l'électricité, qui ont été les plus flagrantes et les plus surprenantes. Et là, c'était aux trois ans de décès de Thomas, où j'avais chaque année, de toute façon, au mois de juillet, c'est son anniversaire et date de décès, et qu'à chaque année, en tout cas, j'ai envie de faire quelque chose pour lui à ce moment-là. De continuer à lui faire des cadeaux aussi, en disant que c'est son anniversaire et que je ne peux pas ne rien faire à cette date. Donc là, bien sûr que sa date de décès est importante, mais celle que je veux honorer avant tout, c'est sa date d'anniversaire. Cette date qui fait de moi une maman, et je le suis toujours, et qu'en tant que maman, j'ai le désir profond de faire quelque chose pour lui en fait. Et qu'à ses trois ans, j'ai eu connaissance d'Elphine Le Thor, qui a mis en place un QR code pour honorer et raconter l'histoire des défunts. Donc, c'est un petit QR code, c'est un petit objet qu'on peut poser sur les tombes. En tout cas, moi, j'ai toujours dans cette envie aussi de faire quelque chose pour lui et de laisser une trace, en fait. On a peur de l'oubli, quoi qu'il en soit. Que nous, en tant que parents ou en tant qu'aimants de la personne, c'est nous qui sommes les gardiennes aussi de l'histoire, des souvenirs. Et c'est là où le lien, garder le lien et continuer à parler de lui. Et j'avais envie qu'il y ait une trace à travers un objet. Et là, j'ai rencontré l'objet du QR code et j'ai commencé à y travailler à partir du mois de juin et tout juillet. J'ai rencontré une officiante civile qui nous a mis en mots et en histoire, donc l'histoire de Thomas. Et puis, j'ai plongé dans toutes les photos que j'avais de Thomas pour pouvoir faire un diaporama. J'avais envie de faire un diaporama de 23 minutes pour honorer ses 23 ans de vie. J'ai passé des heures, des heures, des jours, des nuits. à plonger dans ces photos et sélectionner les photos qui me semblaient les plus pertinentes. J'ai beaucoup pleuré. J'étais connectée aussi à beaucoup d'amour. J'étais avec lui. Et qu'un soir, et comme je dis que j'ai beaucoup pleuré, alors là je rebondis, mais il y a cette idée aussi, dans l'idée que c'était un travail d'apporter de la douceur sur ma douleur. Et j'aime à dire que finalement je suis une artisane de la douceur. Entre le mot douleur et douceur, il n'y a qu'une lettre qui change. Il y a le L, c'est droit, carré, qui veut faire mal. Et quand on va aller l'arrondir, travailler sur cette douleur, la reconnaître qu'elle est là, mais aussi de pouvoir y mettre du soin, de pouvoir apporter du beau, mais d'aller apaiser cette douleur, elle se transforme en douceur. Et que curieusement, cette douleur peut devenir douce. Les larmes peuvent être remplies de tendresse et d'amour. Je ne dis pas que je ne m'en remets pas encore, des larmes de colère, des larmes d'injustice, des larmes qui font mal, où le manque et le chagrin est là, c'est évident, c'est là aussi, mais ce n'est pas tout le temps.
- Speaker #0
Et que j'ai appris justement à porter beaucoup de douceur dans ma douleur par la tendresse et l'amour que j'ai pour lui en fait, ça c'est clair.
- Speaker #1
Et donc quand j'étais dans cet amour, douleur, douceur, et de vouloir honorer Thomas, alors que j'étais au lit, chez moi j'ai ma télévision qui est dans mon salon, que j'allume très peu. Alors que j'étais au lit, que je dormais, j'ai entendu un bruit dans le salon en fait. Et donc un peu dans les vabes, je me suis levée, j'ai vu ma télé qui était allumée. Allumée sur une chaîne que je ne connaissais pas, sur laquelle je n'allais pas, Culture Box, que j'ai découvert depuis. Et que c'était une chanson de Dasmo, l'enfant seul. Il était 3h du matin. J'étais surprise et étonnée et en même temps je n'ai pas compris ce qui s'était passé. Donc un peu dans les vabes, j'ai... Je suis retournée me coucher. Et le lendemain, même heure, 3h du matin, j'entends un bruit dans le salon et je me relève aussi. Et pareil, même chaîne, même chanson. Dasmaux, l'enfant seul. Et l'enfant seul a une connotation bien particulière par rapport à Thomas, enfant unique, enfant seul, enfant blessé aussi, qui perd de la mort aussi. Et là, j'écoute véritablement, je prends conscience, je me réveille véritablement et je prends conscience de ce qui est en train de se passer. J'écoute cette chanson et là, je me dis d'accord Thomas, ok, tu es là, tu me dis quelque chose et tu es là. Tu me passes un message. Et ça y est, on est fait. Waouh ! On me dit ça, waouh mon grand, comme c'est puissant, enfin un truc de dingue quoi. Donc là, je suis allée me coucher et complètement apaisée et réconfortée de cette puissance-là. Et ensuite, ça ne s'est pas reproduit. Mais je pense que si je n'avais pas reconnu et dit, ok, c'est toi mon grand, bon, peut-être que ça aurait duré encore. Voilà, en tout cas, quand il y a des signes comme ça, en fait, c'était de reconnaître que ça venait bien de lui. Et en tout cas, le lendemain, je fais... tréfouiller la télécommande dans tous les sens, d'aller voir comment c'était possible. Je le raconte très peu et je le raconte qu'entre personnes ayant perdu les dessins, on se raconte des histoires un peu complètement dingues, complètement folles. Comment c'est possible qu'une télé puisse s'allumer ? Et quelle énergie qu'il y avait dans mon appartement, l'énergie qui... Thomas était là. Clairement.
- Speaker #0
Oui, clairement. Et c'est beau. Ces moments-là où Thomas était avec toi, Est-ce que ça fait partie aussi du processus qui t'a aidé à surmonter cette épreuve ?
- Speaker #1
Alors, oui, pas que. De ne pas que se focaliser là-dessus, en tout cas. Et quand je dis, tu vois, et je suis très prudente aussi en disant que Thomas était là, en tout cas, son âme, son énergie, l'énergie d'amour. Quand je disais qu'il y a quelque chose que la mort ne détruit pas, c'est l'amour. C'est l'amour. De faire attention aussi dans les travers. Et moi, en fait, je suis quelqu'un de très spirituel. Je pense que je peux avoir, mais je suis aussi très cartésienne, en fait. Donc, je peux me trouver à plusieurs endroits à la fois. Et parfois, de revenir aussi et attention. Et qu'un mot est un mot. Thomas est là, oui, bien sûr, par sa présence subtile et invisible. Je ne crois pas, mais ça, c'est ma croyance, que le garçon qu'il a été sur cette terre, il est ailleurs. Voilà, en tout cas, il s'est transformé. Et je n'ai pas toutes les réponses, en tout cas. Mais bien sûr que ça m'a aidée. Bien sûr que ça m'a aidée.
- Speaker #0
Et du coup, là, quand je t'entends parler dans cette volonté aussi d'honorer Thomas tous les ans, de cultiver ce lien d'amour, quelle place tu donnes au mot « deuil » en fait ? Qu'est-ce que ça veut dire pour toi, faire le deuil ?
- Speaker #1
Faire le deuil, il y a une phrase comme ça, en disant « on ne fait pas son deuil, c'est le deuil qui nous fait » . En tout cas, ce n'est pas mettre dans l'oubli. Ce n'est pas l'oubli. Oui, voilà, tout simplement. Ce n'est pas passer à autre chose. Oui, il y a Christophe Auré qui dit que le deuil est un processus naturel de rétablissement. Mais le rétablissement ne veut pas dire que la vie sera comme elle était avant. Mais c'est un peu le processus d'ailleurs de la résilience. Voilà, tous ces mots-là finalement, qu'est-ce qu'on y met dessous ? Comme la mort, on pourrait la redéfinir aussi, qu'est-ce que veut dire la mort ? Et donc il y a un processus naturel qui se fait. qui, quoi qu'il en soit, on ne lutte pas contre. C'est de nous ramener à la vie, de ne pas rester bloqués dans une étable. C'est de ne pas s'attacher au passé, quoi qu'il en soit. C'est de ne pas refuser la réalité, qu'on l'ait voulue ou pas, qu'elle nous plaise ou qu'elle nous déplaise. Il y a une réalité qui est là. Donc il y a quand même dans le deuil une forme de reconnaître ce qui est.
- Speaker #0
Est-ce que du coup, c'est mettre de la douceur dans la douleur ou transformer la douleur en douceur ? Est-ce que c'est ça aussi faire le deuil ?
- Speaker #1
Je crois qu'il y a une partie de ça et c'est d'accepter en tout cas toutes ces émotions aussi. La douleur est à accepter, la reconnaître et je crois qu'on ne peut vraiment pas faire l'économie de ça aussi. C'est vrai que dans le deuil, on entend souvent faire le deuil, passer à autre chose, oublier. Surtout de ne pas prononcer le mot du défunt, du mort, pour le mettre à distance et de croire. que si on le nomme, eh bien justement, c'est de réveiller la douleur. Et là aussi, c'est de se dire, mais de toute façon, personne ne peut m'empêcher d'avoir mal, d'avoir perdu mon fils. Personne ne peut m'empêcher. Et d'ailleurs, je ne veux pas qu'on me l'enlève, parfois aussi. J'ai mal et j'aurai toujours mal. Par contre, oui, c'est de l'apprivoiser. C'est de ne plus en faire quelque chose d'effrayant, en fait. Et que là, on est dans un monde où, et dans le développement personnel, on ne nous apprend plus à souffrir en fait. Comme si la souffrance était quelque chose qu'il fallait écarter. Mais quand finalement on regarde sa souffrance et qu'on la reconnaît, qu'elle est là et qu'elle est légitime finalement, c'est là où finalement il y a un processus naturel qui se met en place, il y a quelque chose qui se transforme, il y a quelque chose de plus doux, de moins criant, de moins hurlant. Et ça, ça prend du temps en fait. Oui, il y a aussi à apprendre à souffrir en fait et de ne pas le mettre à l'écart.
- Speaker #0
Je te rejoins pour l'avoir expérimenté, alors pas à ton niveau de souffrance, mais je parlerais même plus de peur quand on a des peurs. Le fait juste de l'accueillir, la reconnaître, d'y mettre de la conscience, de se laisser traverser par cette peur ou cette souffrance, du coup je trouve que ça change tout quand même, plutôt que de vouloir tout le temps lutter contre quelque chose, une réalité qui est là, qui ne peut pas être changée en fait. Donc prenons les choses là comme elles sont. Et puis, bien entendu, après, soit on fait le choix de se laisser embarquer par cette souffrance, par cette douleur, par ces peurs, soit on fait le choix justement de s'en servir et d'aller de l'avant. Je te rejoins vraiment sur l'importance de cette reconnaissance de la réalité et de l'émotion qui est là. Et je trouve que c'est hyper important.
- Speaker #1
Oui, de ne pas avoir peur d'avoir mal. de parents, on voudrait que nos enfants ne souffrent pas, on voudrait ne pas souffrir et que là c'est à l'heure. Moi dans la pratique de la méditation de pleine conscience, qui apprend d'apprendre à traverser justement, c'est laisser traverser par une émotion et combien en tout cas d'apprendre ce que c'est que de se laisser traverser par une émotion, qu'elle soit joyeuse ou malheureuse, qu'elle soit confortable, inconfortable, heureuse ou douloureuse, quelle que soit. Parce que souvent on veut s'accrocher au bon, on voudrait que ça reste. cette notion que le mauvais puisse disparaître ou ne pas être, et d'apprendre avec des petites épreuves de la vie et que son corps puisse reconnaître plus que la peur finalement qu'on peut avoir, c'est si je laisse place à ma souffrance, j'ai peur de ne pas m'en sortir, de croire qu'on va rester figé dans ça en fait. Et que si on expérimente avec finalement des petites épreuves douloureuses, de se dire qu'il y a une frustration, quelque chose qui... C'est dire « Ok, quand je la reconnais, là, cette frustration, ce côté désagréable, faire l'expérience que ouais, ça passe. » Et du coup, d'installer en soi une confiance sur le fait que si j'accueille, si je reconnais, si je la laisse me traverser, j'ai appris, mon corps sait, ma tête sait que je n'ai pas resté bloqué dedans. Le mouvement de l'impermanence, la vie n'est que mouvement en fait. Il n'y a que notre mental qui peut rester figé. dans un endroit. On peut garder une tristesse ou garder une colère, ça peut durer une seconde, deux heures, trois heures, trois jours, trois semaines, ou toute une vie. Et c'était pour remondir à ce que tu disais, qu'à un moment donné, quand même, on a un choix. Sentir qu'on a le choix, justement par rapport à ses pensées, j'ai le choix, j'ai le choix de nourrir ça, de rester à cet endroit-là, où j'ai le choix. En tout cas, moi, je me suis vue et longtemps, pendant plusieurs mois ou chaque matin, quand je posais un pied au sol, en disant « qu'est-ce que je vais nourrir aujourd'hui ? » Est-ce que c'est ma tristesse, mon malheur, ma douleur ? Ou est-ce que c'est honorer la vie, l'amour ? Et de mettre de la conscience. Et là, je sentais bien qu'à cet endroit-là, oui, j'avais quand même, je pouvais reprendre le pouvoir un peu. Or, parfois, je pouvais choisir de me dire, allez, je vais... essayer de faire au mieux pour honorer cette vie et que je pouvais quand même être confrontée à la douleur et à la souffrance, mais que oui, de sentir qu'on peut avoir le choix. Et en effet, pour revenir dans cette pratique de méditation de pleine conscience, qui là aussi, la définition de méditation, c'est l'entraînement de l'esprit, ne pas se laisser entraîner par ses pensées automatiques, compulsives, répétitives, et de pouvoir mettre un stop en disant « ok » . Dans ce qui m'a été utile, justement, c'était de voir ces pensées-là, de prendre conscience de ce que j'allais nourrir. Est-ce qu'elles sont utiles, ces pensées ? Est-ce qu'elles apportent un élément nouveau dans une réflexion, quelque chose qui serait constructive ? Est-ce qu'elles me font du bien ? Et si on répond non à ces trois, on ne serait qu'à l'une d'entre elles. On peut dire, ok, donc là, il est peut-être bon que j'aille changer de discours. Et là, en effet, quand ces pensées viennent, de toute façon, c'est d'aller les déposer auprès d'un travail thérapeutique, auprès d'écrit, enfin, de toute façon, de ne pas non plus être dans le déni de ces pensées-là. C'est de se dire, OK, elles sont là et il va falloir que j'en fasse quelque chose, mais qu'elles ne viennent pas me prendre à n'importe quel moment, en fait, et qu'elles ne deviennent plus compulsives.
- Speaker #0
Merci beaucoup parce que là, tu as donné un petit... tips autour, effectivement, de ces trois questions-là, qui sont, je trouve, hyper intéressantes pour venir se questionner à chaque fois qu'une pensée vient Est-ce qu'elle vient nous impulser quelque chose de positif ou au contraire, elle vient nous freiner dans notre mouvement de la vie ? Donc, merci infiniment. Qu'est-ce qui t'a aidé ? Donc, ce que j'entends, c'est effectivement la pleine conscience. Est-ce qu'il y a autre chose qui t'a aidé dans ce processus ? Alors, je ne dirais pas de deuil. Comment tu l'appellerais ton processus ? D'acceptation peut-être ? Pas de guérison, d'acceptation ?
- Speaker #1
De chemin d'apaisement.
- Speaker #0
Ok. Donc, qu'est-ce qui t'a aidée dans ton chemin d'apaisement, là, pour donner des conseils à des personnes qui pourraient être dans cette situation-là ?
- Speaker #1
Alors, il y a plein de choses qui m'ont aidée, en effet. Eh bien, je dirais dans un premier temps ma famille. Je pense plus particulièrement à ma sœur et mon père, qui ont été très soutenants, très présents, très à l'écoute de mes besoins, aussi bien dans la parole que dans le silence. Donc, je les remercie profondément et grandement pour ça. Je suis tombée très rapidement après le décès de Thomas, 15 jours, 3 semaines après, sur quelqu'un qui évoquait Christophe Fauret, qui est un spécialiste psychiatre et psychothérapeute dans le domaine du deuil. Et sur YouTube, j'ai trouvé une vidéo de lui qui explique vraiment tout le processus de la perte d'un proche, et notamment la perte d'un enfant. Et qu'à l'écoute de cette vidéo... J'ai compris le cheminement, j'ai compris ce qui allait se passer pour moi et le fait de comprendre m'a rassurée. J'ai transmis ensuite cette vidéo à mes proches aussi, à mes amis, pour qu'ils puissent comprendre ce que j'allais traverser. Christophe Fouré a d'ailleurs écrit un livre très soutenant qui s'appelle « Vivre le deuil jour après jour après le suicide d'un proche » . Et ça, c'est vraiment une ressource précieuse. Bien évidemment, je disais, la pratique de la méditation, la méditation de pleine conscience qui m'a permis de savoir avant qu'il m'était possible de calmer mon mental, de trouver de la paix à l'intérieur de moi et de pouvoir trouver refuge à l'intérieur de moi. Ma spiritualité, tous les questionnements que je m'étais posés dès le plus jeune âge, je crois, sur le sens de la vie, sur la vie, la mort. ma curiosité par rapport aux différentes religions, à la philosophie. Ça, c'était important, en fait. OK, nous, on a une définition de la mort en Occident qui est quand même un peu brutale, dure, donc d'aller se nourrir un petit peu et de voir en quoi moi je crois, en fait. Et je pense que là, en tout cas, on sait que les personnes qui croient en quelque chose, on ne sait pas si c'est vrai, mais en tout cas, c'est soutenant. En tout cas, moi, la conviction que rien ne meurt vraiment. Oui, que le... corps se désintègre et que lui ne fait plus partie d'ici, mais que rien ne meurt vraiment, en fait, que moi, voilà, de me dire, oui, je ne sais pas où tu es, mais je sais que quelque part, il y a toujours quelque chose de toi. Ça, c'était terriblement réconfortant. Et le fait d'être dans le métier de l'accompagnement, je savais aussi que de toute façon, il ne fallait pas que je reste seule avec ça. J'ai rencontré des psychos énergéticiels, j'ai suivi un travail thérapeutique. que je suis toujours ailleurs. J'ai été rencontrer différents spécialistes, l'EFT, l'acupuncture, la réflexologie, la kinésiologie. Je crois que j'ai été explorer tous les soins possibles. J'ai été aussi sur de l'art-thérapie par le mouvement, la danse qui m'a beaucoup aidée. À un moment donné, je sentais bien que les mots n'étaient plus suffisants et que j'avais usé tous les mots. et que j'avais besoin d'aller libérer ma douleur, ma souffrance par le corps. J'ai aussi été sur l'art-thérapie créative, où j'ai été admise à réaliser le carnet créatif du deuil. Oui, j'ai fait beaucoup de choses. Je dirais aussi que l'espoir, l'espoir d'une vie possible, d'une possible reconstruction, que bien évidemment jamais je ne retrouverai ma vie d'avant, que jamais je ne serai... consolable par rapport à la perte de mon fils, mais que je pourrais éventuellement trouver de la paix et possiblement aussi des moments d'insouciance. Donc l'espoir et bien évidemment l'amour, l'amour que j'ai pour mon fils qui me tient aujourd'hui et qui m'anime. Donc par amour pour lui de continuer à prendre soin de moi et à prendre soin du lien qui nous relie ici, ici et dans l'au-delà. Il y a une phrase, alors je ne sais pas si c'était soutenant, mais en tout cas, il y a une phrase qu'une amie m'a dite, peut-être six mois après le décès de Thomas, en disant, mais on allait se questionner dans ses croyances et quelque part de dire qu'il y avait quelque chose de pas juste de mourir à 23 ans, en fait, et que c'est pas juste qu'un enfant meurt, en fait. C'est quelqu'un qui pratique la pleine conscience avec moi. On va se questionner ensemble et en me disant, mais à quel endroit, Bénédicte, finalement, sur quelle table des lois, tu as vu que les enfants ne mouraient pas, qu'on avait une durée ? Une vie réussie, une vie pleine et remplie. était forcément garante par sa longévité, en fait. Ben, oui, nulle part. Donc, d'enlever ce côté, oui, c'est cruel, mais de reconnaître que le mouvement de la vie est celui-ci aussi et que ça permet de prendre un pas de recul. Sur cette souffrance, on pourrait s'installer dans cette injustice de la vie, en fait. Finalement, d'être un peu dans le ronde de victime, de subir quelque chose de terriblement injuste, en fait. Si on cherche une quelconque justice dans la vie, je crois que là, on va à la souffrance, justement. Ce qui m'a beaucoup aidée aussi, c'est que j'ai intégré une association de parents deuillés. J'avais besoin de rencontrer des personnes. Et je crois que, quelles que soient les preuves qu'on traverse, on a besoin de se reconnaître avec des pairs, avec des gens qui traversent la même épreuve. J'ai cru que j'étais la seule à qui ça arrivait, en fait, aussi. à un moment donné, bien sûr que j'ai été traversée par ça. Se rendre compte que d'abord on n'est pas seul, que ça arrive plus qu'on ne le croit. Moi, quand je suis arrivée dans cette association, j'ai rencontré des personnes qui avaient 3 ans, 5 ans,
- Speaker #0
8 ans de vie après la mort de leur enfant. Donc de me dire, c'est possible d'avoir l'espoir de quelque chose de possible. L'espoir, ça c'est important.
- Speaker #1
De croire que la vie est possible. Et pas que dans la souffrance, de voir ces gens Là, finalement, on n'est plus dans la dualité. C'est plus triste ou joyeux. On enlève le « ou » et notre vie devient avec ce « et » . Triste et joyeux. Et que c'est possible de composer avec les deux aussi.
- Speaker #0
Et il y a une notion de s'autoriser aussi, peut-être.
- Speaker #1
Ah mais complètement. Oui, et moi je disais que ce groupe de parents de « yé » était un petit peu, je vais le formuler comme mon bac à sable. C'est là où je réapprenais, dans notre espace très fermé, intime. de réapprendre à vivre. Et je crois que les premiers rires ont été avec ces personnes-là. S'autoriser à rire. Parce que j'ai appris à rire avec elles en toute sécurité, sans qu'on me juge, sans qu'on m'enferme, justement, uniquement dans « ça y est, elle est passée à autre chose, elle est dans la vie » . Non, je peux rire et être en souffrance par la peur de mon fils. Et que là, on l'apprend ensemble et on voit, on peut jongler d'une minute à l'autre, on peut passer du rire aux larmes. Oui, oui, s'autoriser de sauver, en tout cas, le regard des autres. Oui, se dépouiller un petit peu de ça et de s'autoriser à. Et ça aussi, quand on parle de choix, se dire, est-ce que moi, avec ce qui vient de m'arriver, avec le décès de mon fils, eh bien, qu'est-ce que je veux en faire ? Moi, je voulais en faire quelque chose de beau. Je voulais que ce soit beau comme notre amour. En disant, mon grand, durant tout ton vivant, enfin, depuis le jour où tu es né, je voulais faire de nous. quelque chose de beau, dans l'amour. Il n'était pas question que ça change. C'était dans l'amour. Moi, mon lien avec mon fils, c'était dans l'amour.
- Speaker #0
Qu'est-ce que cette épreuve t'a appris sur toi, là ? S'il y avait vraiment un enseignement à retenir ? Une capacité que tu t'es découverte ? Une ressource ?
- Speaker #1
Alors, je ne sais pas, mais quand tu me dis ça, en tout cas, moi, je me souviens du vivant Thomas, et parce que, justement, l'histoire était compliquée. L'histoire était difficile. Je t'ai dit résidence alternée, mais en plus, une relation très conflictuelle avec le papa. Donc, on a eu une relation qui a été très empêchée, en fait, et que ça n'a pas toujours été facile. Les cinq dernières années, de ses 18 à 23 ans, où l'un de lui a été émancipé du lien avec son père, en fait, où il n'était plus empêché, on avait vraiment un lien maintenant juste de jeune adulte, en fait, et qu'on est allé retisser, reprendre soin de ce lien-là. Et quand on me demandait de quoi j'étais le plus chère, c'est donc j'étais le plus chère, c'était le lien que j'entretenais avec mon fils, d'avoir réussi ça malgré les épreuves. J'avais des amis qui me disaient justement, moi mon fils a 18 ans, il avait le permis, il venait me voir, on passait tous les dimanches ensemble et on passait beaucoup de temps à discuter. En disant mais nous on l'a à la maison et on ne se parle pas, alors que toi tu ne le vois pas souvent et vous avez un lien vraiment privilégié. Là aujourd'hui, ce qui m'aide à tenir, c'est en tout cas de rester dans l'amour,
- Speaker #0
de me nourrir de ça.
- Speaker #1
Alors c'est toujours difficile de se voir telle que l'on est, mais je crois que l'une des qualités en effet qui font ma résilience, que je n'ai pas peur de demander de l'aide. C'est que je sais que face aux épreuves, on peut difficilement s'en sortir seule. Curiosité aussi, probablement. Et puis, me rendre compte que je ne lutte pas contre, que j'ai un véritable instinct de vie et que j'ai appris à l'écouter et à une force de vie, une énergie qui est là, qui parfois me dépasse, mais auquel je sais répondre. D'ailleurs, ce qui me vient là aussi, c'est que Le mouvement, le sport, la marche, le yoga, la danse libre, tout ça, c'est des choses que je faisais déjà avant et que j'ai continué à faire et à poursuivre, donc d'aller aussi beaucoup à la rencontre de mon corps. Est-ce qu'on peut me renvoyer ? En tout cas, c'est vrai qu'on me dit que je suis forte, on me dit que je suis résiliente, on me dit que je suis inspirante, mais comme d'autres parents qui aussi sont devant moi et qui m'ont inspirée aussi. La tempérance peut-être, toujours à chercher d'être dans la voie du juste, de ne pas être dans les extrêmes, de choisir un peu cette voie du milieu en fait. Ni trop, ni pas assez, ni trop joyeuse, ni pas assez, ni trop souffrante, ni voilà.
- Speaker #0
Je te trouvais... effectivement très inspirante dans la manière où tu viens aborder cette notion de mort, ce parcours d'apaisement comme tu l'appelles. Cette ouverture à quelque chose de beau dans le pire. C'est inspirant et c'est aussi porteur d'espoir en fait. Pour les personnes qui vivent ces épreuves-là, tu proposes, tu invites à se questionner sur peut-être quelque chose de différent que la majeure partie. des humains sur cette planète pensent au travers de la mort en fait c'est là où je trouve que c'est très inspirant et que c'est beau et donc merci infiniment parce que c'est précieux ces rencontres, ton histoire est précieuse pour moi et puis c'est précieux aussi pour les personnes qui vont nous écouter et qui peut-être à travers ton histoire vont se dire ah ouais il y a une autre possibilité que ce que j'ai toujours pensé jusque là donc merci infiniment Qu'est-ce que tu aimerais là que les gens retiennent en t'écoutant ?
- Speaker #1
Je vois, c'est de se dire aussi, si j'ai un message, c'est de se dire que notre monde, et on est dans un monde très cartésien, très matériel, mais qu'il n'y a pas que ça. C'est aussi de s'ouvrir au subtil, à l'invisible. Au-delà même, c'est de ressentir l'état d'être à l'intérieur de soi, en fait. Et que ça, ce n'est pas concret, ce n'est pas visible. Quand on agit... Quand on parle, quand on fait les choses, c'est de savoir d'où ça part. C'est de partir du prendre soin. Je crois qu'il y a ça aussi, de prendre soin du lien, de prendre soin des autres, dans ce monde qui ne voudrait être que matériel, un peu d'humanité dans ce monde.
- Speaker #0
Oui, un peu d'humanité dans ce monde. Merci, merci beaucoup. On arrive à la fin, presque à la fin de l'épisode. La question, c'était comment cultiver ce lien ? avec une personne décédée. Je crois qu'on a bien abordé le sujet. Et aussi, comment honorer ce lien et cette personne décédée ? Quels sont aujourd'hui les projets que tu as là pour honorer l'histoire de Thomas ? Est-ce que tu veux nous le partager ?
- Speaker #1
Merci d'ouvrir cette porte. Pour le moment, je suis encore un peu timide. Mais oui, je suis sur l'écriture d'un livre. Alors là, qui va se trouver tout à fait à un autre endroit que ça, mais j'ai besoin en effet d'honorer l'histoire de Thomas dans son entièreté. Je suis sur une co-écriture de livre qui témoignera de l'histoire de Thomas, et donc là, ce n'est pas mon histoire de l'après, comme mon chemin de transformation, d'apaisement, mais de mettre en lumière, en tout cas d'inscrire son histoire dans un ouvrage, et que là, ce livre s'inscrira davantage dans le temps. témoignage de combien il est important de prendre soin des uns et des autres et qu'est-ce qui peut amener, on ne l'a pas évoqué, mais Thomas est décédé par suicide. Le suicide est donc la manifestation d'une grande souffrance psychologique, due à une dépression et j'ai envie d'apporter un peu d'éclairage dans son histoire à cet endroit-là et d'agir dans la promotion de la santé mentale et prévention du suicide.
- Speaker #0
Donc c'est encore un autre chapitre, un autre endroit. qui fait partie de ton parcours d'apaisement. C'est super. On sera là pour l'accueillir, ce livre.
- Speaker #1
Merci.
- Speaker #0
Pour finir, j'aimerais peut-être qu'on s'adresse à Thomas. Si tu aurais un message pour lui, ça serait quoi ? Est-ce que tu as envie de partager quelque chose ?
- Speaker #1
Il sait que ce qu'il a été, ce qu'il est, continue à faire son œuvre ici. Ici-bas. On ne l'oublie pas. Il voit qu'il est là. Oui, et que ce qu'il a laissé comme empreinte, en tout cas, et ses valeurs, et c'était quelqu'un de très humaniste, on se ressemblait beaucoup à cet endroit-là, en fait, de toute façon. Donc, c'était l'humain qui primait avant tout. Je m'attache, en tout cas, à faire grandir, voilà, pour deux, maintenant, à cet endroit-là.
- Speaker #0
Super, merci. On arrive à la fin de cet épisode. Est-ce que tu as envie de rajouter quelque chose ?
- Speaker #1
Il me semble que dans le sujet « Comment honorer ? » , j'avais envie de dire… de formuler en tout cas, comment laisser la juste place aux personnes qui sont défuntes. Et moi, à chaque repas de famille, et c'est devenu un rituel, on allume une bougie. Au moment de l'apéro, elle est au milieu de la table et après on la décale, mais voilà, pour symboliquement laisser classe. La place à Thomas est finalement de se rendre compte que cette bougée est la symbolique de toutes les personnes qui ne sont pas parmi nous. Je trouve que ça, ça peut être aussi dans comment entretenir le lien aussi et de lui parler toujours, de toujours parler à nos défunts. Moi, je m'adresse régulièrement à Thomas de cultiver cette relation intérieure. Et ce que j'avais envie d'un message à passer, si là ce qui me vient, c'est en tout cas pour ceux qui accompagnent quelqu'un qui vient de perdre un proche. Un être cher, c'est surtout de ne pas hésiter à lui demander de quoi il a besoin et surtout de ne pas hésiter à lui parler qu'à personne disparue et d'évoquer des souvenirs. Ça ne peut pas raviver de la douleur, même s'il y a des larmes qui viennent. Mais ce sont des larmes de douceur, d'amour. De surtout pas avoir peur de parler des proches qui ne sont plus là. Ça, c'est important. Oui, vraiment.
- Speaker #0
Merci beaucoup, Bénédicte, pour ta sincérité, pour ce partage authentique.
- Speaker #1
Merci à toi Laure de m'avoir offert cet espace. Merci beaucoup.
- Speaker #0
Cet épisode, c'est une invitation à se donner la permission d'avancer, même avec la douleur de la perte d'un être cher, amener de la douceur dans cette douleur. Ça, c'est vraiment ce que je retiendrai. À reconnaître aussi que continuer à vivre ne veut pas dire oublier. Accueillir ce qui nous traverse, la tristesse, la colère, l'amour, la paix, le manque. tout ce qui fait partie du chemin. Parce que c'est en laissant venir ces émotions qu'on peut petit à petit retrouver aussi l'espace, la lumière et le mouvement. Et à toi qui écoute, j'aimerais te poser une question. De quel lien invisible, précieux ou vivant as-tu envie de prendre soin ? Cet épisode marque la fin de la première année de Cap vers toi, une année où j'ai beaucoup appris, douté, beaucoup vibré. Et si ce podcast existe encore aujourd'hui, c'est grâce à mes chers invités, mais c'est aussi grâce à vous, chers auditeurs et chères auditrices. Votre présence, vos messages, vos écoutes, tout a compté et ça comptera encore pour la suite. Alors, si cet épisode t'a inspiré et que tu as envie de faire découvrir Cap vers toi, autour de toi, partage-le sur Instagram, sur Facebook, sur LinkedIn, par message, en privé. N'hésite pas à laisser une note et un commentaire sur ta plateforme d'écoute préférée. On se retrouve l'année prochaine avec de nouvelles histoires, de nouvelles rencontres. En attendant, je te souhaite de magnifiques fêtes de fin d'année. Adishatz !