- Alexandre FRANCO
Bienvenue sur Capté podcasts. Je suis Alexandre Franco. À travers ce podcast, je pars à la rencontre de femmes et d'hommes qui ont osé entreprendre. Ils partagent leur parcours, leurs réussites, leurs galères et surtout les petites étincelles qui ont fait la différence dans leur aventure. Si tu aimes découvrir des trajectoires inspirantes et des récits authentiques qui mêlent business, créativité et humain, tu es au bon endroit. À capter !
- Benjamin DONADIEU
Ma création, elle est toujours... Oui, au service d'un produit final et d'une demande en particulier. Donc la première chose, je dirais, c'est quand même de comprendre les valeurs de la marque et de les mettre en avant sans mentir. C'est-à-dire qu'on ne va pas inventer des valeurs qu'il n'y a pas. La Vie La Pute. À la base, c'est un tatouage. Et donc, cette phrase que je vois sur un tatouage comme ça, un vieux tatouage de Bagnard, il fait écho. C'est un peu à l'image de la vie, c'est-à-dire qu'on prend la route, on part d'un point A pour aller à un point B, et ça ne se passe jamais comme on aurait aimé que ça se passe. Je me pose très vite la question de... Cette phrase lancée comme ça, elle représente quoi pour moi ? Elle va où ?
- Alexandre FRANCO
Aujourd'hui, je reçois un créateur qui n'aime pas rentrer dans les cases. Benjamin Donadieu, alias Givetogod. C'est un artiste qui a grandi entre le dessin et le graffiti à Marseille, les arts appliqués, le stylisme à Duperré et les beaux-arts de Paris. Pendant 15 ans, il a façonné l'esthétique du luxe de l'intérieur en collaborant avec le pôle luxe de L'Oréal et LVMH. Designer, directeur artistique, réalisateur, Benjamin a navigué dans des univers exigeants tout en gardant une signature brute, instinctive, profondément personnelle. Et puis il y a La Vie La Pute, une phrase qui claque, un slogan qui dérange, une marque qui rassemble. Une marque artisanale pensée comme un manifeste qui parle de résilience, d'humour noir et de cette chienne de vie qu'on aime autant qu'on la subit. Entre Marseille, Paris et Lille, Benjamin a construit une trajectoire faite de contrastes, luxe et underground, rigueur et instinct, transmission et provocation. On va parler de création, de liberté, de coup dur, de coup de génie et de ce que ça veut dire de porter une phrase comme La Vie La Pute sur un t-shirt. et dans sa vie. Bienvenue dans Capté avec Benjamin Donadieu. Comment ça va Benjamin ?
- Benjamin DONADIEU
Ça va très bien.
- Alexandre FRANCO
Comment ça va Ben ? Parce qu'on se connaît quand même. On se connaît bien DJ VOLTA. Et donc, ça fait plaisir de te retrouver et ça fait un moment qu'on ne s'était pas vraiment capté et reparlé et il s'est passé plein de choses et j'ai envie qu'on explore un petit peu tout ça justement.
- Benjamin DONADIEU
Avec plaisir.
- Alexandre FRANCO
Ouais, avec plaisir. Tu te souviens justement du moment où créer, vraiment, c'est devenu important ?
- Benjamin DONADIEU
Très bien. J'ai eu la chance de ne jamais vraiment poser la question. C'est-à-dire que depuis le début, je dessine. Et j'ai toujours voulu faire ça. Je n'ai jamais douté sur le fait que je ne ferais que ça. C'est-à-dire créer. Après, je ne savais pas forcément sur quels médias j'allais m'exprimer. Et surtout, je ne savais pas qu'en fait, on peut s'exprimer sur plusieurs médias.
- Alexandre FRANCO
Mais justement, du coup, dessin, images en général, vidéos, il y a la mode qui est aussi présente dans tout ça. Quelque part, c'est une dispersion ou c'est justement une obsession qui change de forme ? Non,
- Benjamin DONADIEU
moi je sais que... je suis assez impatient et j'ai besoin de nouveaux challenges tout le temps pour avancer,
- Alexandre FRANCO
j'ai besoin de faire plein de choses en même temps si on devait justement te mettre dans une case tu te définis comme un designer un artiste,
- Benjamin DONADIEU
un réalisateur oui moi je dis plutôt designer plutôt designer j'ai quand même une pratique qui s'apparente aux arts à appliquer ma création Elle est toujours au service d'un produit final et d'une demande en particulier.
- Alexandre FRANCO
Ce qu'on voit, c'est que justement, ton regard, ta pratique, elle s'est construite à travers différents univers. Et je pense qu'on va pas mal parler de l'image, de ce qu'elle représente pour toi, à travers plusieurs... en tout cas à travers les mondes du luxe, de l'underground, comment tu as navigué là-dedans et ce que ça t'a apporté. Donc c'est marrant parce qu'il y a des contradictions. On va déjà dire luxe et underground, et en même temps qu'ils se nourrissent l'un et l'autre, bien sûr. Et ça, c'est intéressant. Donc, tu as travaillé 15 ans dans le luxe sur des marques qui sont quand même bien codifiées. Qu'est-ce que ça t'a appris, justement, sur l'image en général, ou sur le design ?
- Benjamin DONADIEU
Déjà, le monde du luxe, alors moi, je travaillais pour le parfum, et en particulier pour L'Oréal. Donc, L'Oréal, c'est un groupe qu'on connaît. Oui,
- Alexandre FRANCO
c'est pas mal, normalement.
- Benjamin DONADIEU
C'est pas mal,
- Alexandre FRANCO
un gros, gros groupe. Pas qu'en France, en plus.
- Benjamin DONADIEU
Ce dont on ne se rend pas compte, c'est que c'est eux qui développent le parfum de leur propre marque, mais aussi des autres marques.
- Alexandre FRANCO
Justement, tu vois, par rapport à ce que j'évoquais tout à l'heure, à ce moment-là, tu interviens pour L'Oréal, justement, qui font appel à toi parce que je pense qu'ils aiment bien aussi la touche underground. Et en même temps, c'est pour aller vers un marché quand même de masse. Donc, tu vois, la contradiction, elle est assez... Comment elle se justifie, justement ?
- Benjamin DONADIEU
Alors, oui. En fait, malheureusement, c'est un exercice. Moi, ma place en tant que créatif, et ce que je peux apporter moi, elle est quand même moindre dans ce genre d'exercice. C'est-à-dire que la direction artistique, elle est déjà faite en amont. Il y a des codes qui sont propres à chaque marque. Et la zone créative, elle est quand même très, très fine. Ce que moi, je peux apporter en tant que Benjamin Donadieu.
- Alexandre FRANCO
Oui, mais c'est des gros groupes.
- Benjamin DONADIEU
En plus, il y a une direction artistique très forte. Par exemple, Margiela. Après, il y a le marketing qui est eux. décide aussi de comment à qui on s'adresse, comment on se tourne. Vous savez, le vendu, le positionnement, l'histoire qui est racontée. Moi, j'arrive un peu à la fin et je dois plutôt illustrer la demande qu'a menée une nouvelle idée. C'est plutôt l'illustration d'une demande.
- Alexandre FRANCO
Et toi, quand tu reçois un brief comme ça, d'une demande ? d'une marque, etc. Qu'est-ce que tu cherches en premier, en fait ?
- Benjamin DONADIEU
Vraiment, ce qui est important, je trouve, c'est déjà de comprendre la marque. Vraiment, d'aller au plus profond de ses codes, de son histoire, et de ses valeurs, parce que c'est ça qui va être illustré dans ma création et dans le produit qu'on va faire. Donc la première chose, je dirais... c'est quand même de comprendre les valeurs de la marque et de les mettre en avant sans mentir. C'est-à-dire qu'on ne va pas inventer des valeurs qu'il n'y a pas.
- Alexandre FRANCO
Et d'en jouer.
- Benjamin DONADIEU
Et oui, et c'est ça qui est génial, parce que du coup, il n'y a pas un peu ce vertige qu'on peut avoir quand on est artiste, qu'on est devant une page blanche. Et qu'est-ce que je dis au monde ? Là, je n'ai pas besoin de me poser la question. La marque m'impose... quelque part.
- Alexandre FRANCO
Il y a un cadre.
- Benjamin DONADIEU
Sauf que le cadre, en vrai, il est quand même très très large. En général, ce qu'on fait, c'est qu'on va se focaliser sur, allez, deux, trois valeurs qu'on va mixer ensemble et on va raconter un autre chapitre de la marque.
- Alexandre FRANCO
Tu interviens aussi sur d'autres projets, d'autres produits. À quel moment, toi, tu sais qu'un projet doit rester dans cette dimension-là, dans la dimension, on va dire, un peu artisanale ? Ou il faut le faire grossir, il faut lui donner un peu d'élan pour lui donner une dimension plus importante ?
- Benjamin DONADIEU
Franchement, je travaille, que ce soit une grosse marque ou une petite marque, je vais travailler quasiment de la même façon. C'est que c'est les moyens qui sont différents.
- Alexandre FRANCO
Au-delà des moyens, tu as le message qui peut être plus ou moins brut ?
- Benjamin DONADIEU
Pas forcément parce que... Dans les grosses marques, il faut garder une certaine authenticité. Les marques doivent rester authentiques encore plus aujourd'hui qu'avant. La marque est toujours née d'une idée, d'une passion, d'une authenticité. Et finalement, dans le travail du designer, c'est de faire ressortir cette authenticité, de faire ressortir ce qui fait l'ADN de la marque à la base.
- Alexandre FRANCO
Mais justement, justement, justement, moi, je voulais commencer à parler un petit peu d'une marque en particulier. Je parle de La Vie La Pute.
- Benjamin DONADIEU
Attention, ce n'est pas comme la villa Schweppes, parce que souvent, les gens, ils pensent à la vie. La Vie
- Alexandre FRANCO
La Pute. Voilà. Et justement, avant d'être une marque, La Vie La Pute, c'était quoi pour toi ?
- Benjamin DONADIEU
Alors, La Vie La Pute, à la base, c'est un tatouage. Un tatouage de les Bagnards, ils avaient des tatouages en fait, quand ils se retrouvaient à Cayenne, etc. La vie est dure.
- Alexandre FRANCO
Tu dis que c'est un tatouage que tu as vu ? Oui, voilà, c'est ça.
- Benjamin DONADIEU
C'est un tatouage que j'ai vu et le slogan, ça a impacté. Ça a résonné dans le sens où c'était une période où il m'arrivait des choses un petit peu compliquées. Et donc, cette phrase que je vois sur un tatouage comme ça, un vieux tatouage de Bagnard, il fait écho.
- Alexandre FRANCO
Il y a un rythme, moi j'ai envie de dire, il y a même un rythme dans La Vie La Pute. Il y a cette répétition et puis c'est presque deux pôles. Ça marche bien aussi pour ça.
- Benjamin DONADIEU
Oui, il y a un truc, un vrai cri, le nique ta mère, des phrases comme ça qui sont chocs. Et donc cette phrase-là, je la vois et je me la mets de côté. Je me dis tiens... Ça résonne en moi, ça me ressemble. Qu'est-ce que je vais bien pouvoir en faire ? Mais je sais que je vais en faire quelque chose. Et à l'époque, je faisais de la linogravure. Alors, linogravure, c'est un système de gravure sur une plaque de linoleum. Et ça marche comme un tampon. Donc, on grave et après, on imprime sur des feuilles. Et je dessine une femme de... de profil avec un casque, mais je trouve que c'est un peu sec, c'est un peu bateau. Je me dis tiens, je mettrais bien sur mon casque une phrase un peu choc, quelque chose qui parle du fait de... Enfin moi je fais de la moto ancienne, et je suis dans des groupes de gens qui font de la moto ancienne et du custom. Et quand on fait de la moto, on sait bien qu'on sait quand on part, on ne sait pas trop quand on revient, il nous arrive des galères sur la route. Et c'est un peu à l'image de la vie. C'est-à-dire qu'on prend la route, on part d'un point A pour aller à un point B et ça ne se passe jamais comme on aurait aimé que ça se passe, sauf qu'on y va. Du coup, je me suis dit, tiens, il faudrait une phrase qui représente les embûches qu'on nous met devant.
- Alexandre FRANCO
De cette ride en moto. Voilà.
- Benjamin DONADIEU
Et du coup, m'est revenue cette phrase et je me suis dit, ah bah tiens, La Vie La Pute, ça colle bien, ça colle bien à cet esprit. Puis ça colle bien aussi à l'esprit que j'avais à ce moment-là, pas que dans la moto, mais dans la vie de tous les jours. Que tu traversais personnellement. Que je traversais et qu'il fallait un peu mettre à plat, un peu comme un tatouage qu'on se fait pour se marquer. permettre la cicatrisation et le passage, un peu un rite de passage, pour avancer. Donc, j'écris La Vie La Pute sur le casque, je fais cette œuvre, et c'est celle qui se vend le mieux. Chaque fois que j'en fais une, de toutes celles que j'avais faites, ça marche hyper bien, il y a vraiment un écho, les gens y comprennent en fait. Ce que j'essaie de dire, ça fait écho chez les motards. En fait, à l'époque, il y a toujours des festivals de moto custom, de présentation de préparateurs moto, etc. Et c'était une époque où il y avait un espèce d'engouement. Le custom, en général, c'est toujours quelque chose qui m'a attiré. En fait, de changer et de modifier ce qui est fait en série. Pour qui nous ressemble plus, moi, je ne sais pas faire des motos. Ce n'est pas mon truc. Chacun son métier. Et certains préparateurs de motos, c'est des artistes. Et moi, pour amener ma petite pierre à cet espèce de truc qui était naissant à cette époque-là, c'était de faire ce que je savais faire, c'est-à-dire du dessin, de la gravure, des t-shirts, etc. Des dessins pour les t-shirts. Je travaillais déjà pour des marques pour faire leurs t-shirts et même des grosses marques comme Triumph, Segura qui fait des cuirs. Je faisais déjà des designs pour ces marques-là. Donc je fais mon dessin La Vie La Pute que j'expose, ma linogravure. Je vois que ça marche énormément et puis j'ai des amis qui me disent que le slogan... Il est quand même... Ton dessin, il est beau, mais le slogan en particulier, je trouve qu'il claque. Est-ce que tu ne veux pas nous faire un t-shirt ?
- Alexandre FRANCO
Ouais.
- Benjamin DONADIEU
Et donc, je fais un t-shirt. avec une typo un peu banale que je cherche, une typo qui fait un peu campus, un peu américaine. Et j'écris La Vie La Pute sur un t-shirt. Et donc, j'en fais au début une dizaine pour mes amis.
- Alexandre FRANCO
Pour voir ?
- Benjamin DONADIEU
Non, je ne me pose même pas la question. Moi, je fais ça, je ne me dis pas du tout que je vais faire une marque derrière, que ça va durer dix ans. Sur dix ans, la première année, on était dix à avoir le t-shirt. de personnes qui nous disent tiens, il est chouette ce t-shirt, tu veux pas m'en faire un ? Et puis du coup, j'en fais 50, 100. Après, je me dis, tiens, il faudrait quand même un site pour que les gens puissent l'acheter, au lieu qu'ils m'envoient des messages pour que je leur fasse un t-shirt. On fait un site, après, je me dis, tiens, il faudrait peut-être que je fasse un autre visuel, un deuxième visuel, un troisième visuel. Après, je me dis, tiens, il faudrait peut-être que je fasse une casquette. Et c'est comme ça que ça se développe. Du coup, je me pose très vite la question de cette phrase lancée comme ça, elle représente quoi pour moi et elle va où et pourquoi ?
- Alexandre FRANCO
C'est ça, c'est parce qu'en fait, ce qui est frappant, c'est qu'au début, c'est quand même quelque chose de très personnel au départ. Et ouais, c'est ça qui est intéressant, comment cette idée, elle devient un peu collective parce que maintenant... J'ai l'impression qu'il y a même une espèce de petite communauté qui revendique aussi, qui s'identifie à la marque.
- Benjamin DONADIEU
Exactement, et ça c'est des décisions que j'ai prises dans le sens où, dès le début, il y avait un choix à faire, parce que je vois que le t-shirt La Vie La Pute, ça marche. Du coup, je me dis, je vais faire une marque de slogan.
- Alexandre FRANCO
Donc tu voulais mettre d'autres slogans ?
- Benjamin DONADIEU
je n'ai pas un slogan qui fonctionne. En fait, cette marque, ça pourrait être une marque où je développe d'autres slogans. Et finalement, je n'en trouve aucun autre qui me représente autant. Puis là, pour le coup, il représentait bien la chose. Et comme tu disais, je pense que les gens se sont reconnus. Parce que moi, en parlant de moi et de mon expérience, Finalement, c'est partagé par d'autres. Chacun vit ses moments aussi compliqués.
- Alexandre FRANCO
Il y a une dimension miroir collectif.
- Benjamin DONADIEU
Moi, j'ai mon interprétation du slogan, qui est ce cri d'amour. C'est un cri d'amour vache. J'aime la vie et des fois, elle me met des choses... sur mon trajet, par réaction, je crie ma colère, mais ça ne veut pas dire que je ne l'aime pas. Et voilà, je veux juste passer à autre chose. Ça permet une bonne embrouille pour passer à autre chose. Mais finalement, j'ai remarqué, avec le retour des gens qui embrossent la marque, qu'eux, ils n'y mettent pas forcément tous la même interprétation. Déjà, il y a deux clans. Il y a les positifs et les négatifs.
- Alexandre FRANCO
OK.
- Benjamin DONADIEU
Il y a ceux pour qui tout se passe bien, puis ils se disent, à la fin, forcément, on va tous au même endroit. La vie, elle va tout me reprendre. Et j'ai envie de dire, les positifs, le clan positif et le clan négatif, c'est plutôt, putain, ma vie, c'est de la merde depuis... Il faut que là, je l'exprime. Il y a des gens qui me racontent des choses, des histoires qui ne sont pas forcément drôles. Et du coup, ça leur permet de retrouver de la force.
- Alexandre FRANCO
Quelque part dans le slogan, il y a ce côté grossier. Tu parlais de NTM, de Nique ta Mère. Il y a ce côté volontairement... aussi bien dans Nique ta mère que dans La Vie La Pute, volontairement, il y a un impact un peu grossier qui va permettre de faire ressortir ces choses négatives aussi. Ces choses négatives, justement, dans les deux cas, elles peuvent être aussi très positives et amener un message hyper intéressant. Mais je trouve qu'il y a une porte ouverte là.
- Benjamin DONADIEU
Tout à fait, surtout qu'aujourd'hui, et on en parlait tout à l'heure, je trouve que les marques elles ne prennent pas beaucoup de...
- Alexandre FRANCO
Elles peuvent être un peu lisses.
- Benjamin DONADIEU
Voilà. Elles n'expriment pas vraiment les choses, le mal-être. Moi, j'ai décidé de faire une marque où je savais que je ne serais jamais mainstream. C'était une marque et c'est une prise de position.
- Alexandre FRANCO
Oui.
- Benjamin DONADIEU
Voilà. Et aujourd'hui, à part, justement, on parlait d'Underground, à part certaines marques qui sont underground, les marques, elles ne prennent pas de textiles. Il n'y a plus de vraie prise de position dans les marques. Elles essayent d'être le plus lisse possible. Alors qu'il y avait quand même des marques qui étaient engagées à la base. Enfin, voilà, à part euh hum Comment elle s'appelle ? Vivienne Westwood.
- Alexandre FRANCO
Ok, oui.
- Benjamin DONADIEU
Voilà, Vivienne Westwood. Il y avait des marques comme ça. Elle vient du punk, de la culture punk. Et elle a gardé jusqu'au bout cette idée. La mode, il y a des prescripteurs. Et les prescripteurs, ils ont adhéré au message de Vivienne Westwood parce que c'est une femme qui n'a jamais lissé son message ou qui n'a jamais fait de compromis. sur ses valeurs originelles, ce dont on parlait tout à l'heure, les valeurs originelles d'une marque. Et moi, sur La Vie La Pute, je savais que je ne pourrais jamais...
- Alexandre FRANCO
En même temps, j'imagine qu'il y a un côté exutoire aussi. C'est ton produit. Et pourquoi le lisser ? Oui,
- Benjamin DONADIEU
c'est ça. Si, après, on pourrait se dire... On pourrait se dire...
- Alexandre FRANCO
C'est un produit, justement. Mais quelque part, c'est du vrai marketing aussi. C'est ce qu'on dit, c'est qu'on ne plaît pas à tout le monde. Donc, il faut au moins choisir ceux à qui on va plaire et puis essayer de leur plaire de manière, dans ce cas-là, en tout cas, de manière authentique. C'est un peu la dimension que je veux aborder. C'est que la marque, maintenant, elle est aussi portée, pas portée que je porte un T-shirt, mais elle est portée aussi par les gens qui l'adoptent. quand on regarde l'Instagram de La Vie La Pute t'as un vrai retour des gens qui tu veux ne pas le décrire justement parce que tout le monde je sais pas après qui va nous écouter mais tout le monde connait pas forcément La Vie La Pute c'est intéressant de décrire ce retour là on en parlait tout à l'heure moi quand j'ai créé la marque même si et...
- Benjamin DONADIEU
dans le luxe, j'ai pu travailler avec des pôles marketing. Là, il n'y avait pas de projet. Il n'y avait pas un vrai projet. Je n'ai pas mis les trucs sur la table. Tiens, je vais faire ça et tout. Mais naturellement, dès que je voyais quelque chose qui était en train de se créer et avec lesquels j'étais OK, je les ai développés par contre. Et notamment les UGC. Pour ceux qui ne connaissent pas ce que c'est un UGC, c'est quand c'est la communauté qui crée. les éléments de communication, notamment là, pour La Vie La Pute la plupart des photos qu'il y a sur Instagram, c'est des photos que je reçois. Parce que naturellement...
- Alexandre FRANCO
Des photos que tu reçois de personnes qui ont acheté un article,
- Benjamin DONADIEU
qui le portent et qui se mettent en scène. Soit ils se mettent en scène, soit ils prennent une photo juste du vêtement. Parce qu'en effet, ils achètent le t-shirt pour... ce qu'il représente et ce qu'il raconte comme histoire. Et moi, je me suis rendu compte qu'il y avait justement un gros engouement, enfin, pas un engouement, mais...
- Alexandre FRANCO
Tu as vu les prémices du truc ? Dès le début,
- Benjamin DONADIEU
j'ai vu des gens qui faisaient des photos, tout de suite, avec le produit, et je me suis dit, ben voilà, je vais jouer, et ce sera ça ma communication. Du coup, je ne vais pas tout montrer, c'est pas parce que... Les gens m'envoient la photo où ils se taguent avec le t-shirt, que je les mets forcément. Je fais un tri, mais en effet, j'en ai beaucoup. Et dernièrement, j'ai passé un cap, c'est que les gens se tatouent la marque.
- Alexandre FRANCO
Oui, et là, il y a une mise en abime, c'est marrant. Oui,
- Benjamin DONADIEU
c'est monté. C'est vrai qu'il y a une mise en abime du message qui revient à son état originel, le tatouage. Et puis,
- Alexandre FRANCO
on en a parlé un petit peu avant l'émission aussi, le tatouage, c'est irréversible. Tu veux dire un t-shirt, tu le mets, machin, tu ne vas pas le mettre, tu ne l'as pas tous les jours sur toi, ce n'est pas le message que tu portes tous les jours. Mais un tatouage, c'est autre chose.
- Benjamin DONADIEU
Alors oui, c'est irréversible, mais du coup, je trouve que c'est encore plus personnel. Et un tatouage, tu peux le montrer ou le cacher. Moi, je trouve que j'ai moins de mal à... Moi, je suis... Je ne suis pas le premier à me faire tatouer La Vie La Pute, j'ai mis vachement de temps à le faire parce que derrière le tatouage, je mets vachement de symbolique, etc. Pour moi, un tatouage, c'est une rencontre avec un tatoueur, c'est un moment précis, c'est... Voilà, je ne fais pas un tatouage parce que j'ai fait la marque La Vie La Pute, il faut que ça corresponde à un état d'esprit, etc. Donc, j'ai le tatouage de La Vie La Pute. J'ai moins de mal à assumer le tatouage que le t-shirt. Parce que du coup, le t-shirt, il est vraiment très...
- Alexandre FRANCO
C'est le display, quoi. Ouais,
- Benjamin DONADIEU
voilà, c'est ça. Je ne peux pas... Parce que dans certaines occasions, il peut ne pas se... être...
- Alexandre FRANCO
Voilà,
- Benjamin DONADIEU
je peux me retrouver dans une situation compliquée, je ne sais pas, aller chercher les enfants à l'école, à la sortie de l'école avec les autres parents qui ne connaissent pas forcément la marque, parce que il y a des gens qui peuvent prendre le slogan au premier degré, tout de suite. Voilà,
- Alexandre FRANCO
dépasser le côté aussi provocateur, pour aller jusqu'à la vulgarité, justement. C'est ça,
- Benjamin DONADIEU
et ils se prennent ça à la sortie de l'école, à 17h30, ça peut grincer des temps. Donc voilà, et d'où les chaussettes d'ailleurs. On est arrivé très vite à faire des chaussettes. Pourquoi ? Parce que ça permettait de montrer ou de cacher. C'est-à-dire que quand j'ai envie de montrer le slogan et d'assumer le slogan, d'assumer cet état, etc., je montre les chaussettes. Et soit je peux aussi les cacher quand je l'ai en moi, mais que je n'ai pas forcément de le montrer.
- Alexandre FRANCO
C'est que tu les portes, mais elles ne sont pas forcément...
- Benjamin DONADIEU
Du coup, comme le tatouage. C'est le même principe que le tatouage. Le tatouage... Soit on l'assume, on le montre au monde, soit on peut aussi le cacher derrière ses vêtements.
- Alexandre FRANCO
Puisqu'on est un peu dans les éléments marketing, Instagram marche bien, tu es aussi sur TikTok. Est-ce que ce réseau en particulier t'a obligé à changer un peu la manière de communiquer ?
- Benjamin DONADIEU
Comme ça fait dix ans que la marque existe, j'ai pu voir aussi l'évolution du marketing à travers les réseaux sociaux. En sachant que, vu que ça fait dix ans, j'ai plutôt commencé... sur Facebook. La marque, elle est née plutôt sur Facebook. Elle est née sur Facebook. Après, elle a évolué sur Instagram. Et là, elle a vraiment pris de l'ampleur, etc. sur Instagram. Maintenant, la visibilité sur Instagram, je trouve... Alors, je ne suis pas un expert d'Instagram, mais je trouve qu'il y a moins de visibilité. Même avec... J'ai plus d'abonnés qu'avant, mais moins de visibilité qu'avant. Et pourtant... Je sais que tous mes followers, c'est des vrais followers, c'est des gens qui ont acheté un produit, qui suivent la marque, etc. Et en plus, je sais qu'ils sont actifs, j'ai beaucoup d'échanges avec eux, etc. Mais pas sûr qu'ils voient toutes mes publications. Et c'est assez étrange.
- Alexandre FRANCO
Et donc ça, tu vois une différence avec TikTok, justement ? Alors,
- Benjamin DONADIEU
TikTok, vraiment, j'ai trois posts, je crois.
- Alexandre FRANCO
Ok.
- Benjamin DONADIEU
Je n'y suis pas encore.
- Alexandre FRANCO
Ouais, ok.
- Benjamin DONADIEU
Je n'y suis pas encore. Mais en effet, là, aujourd'hui, je me suis dit, c'est dommage, le message, il passe moins. Ouais. Et devant cette problématique, je me suis demandé, OK, comment ? Je peux rendre la marque plus visible. Je me suis dit, aujourd'hui, moi, ce que je regarde, le contenu que je consomme, c'est des gens qui vont m'amener quelque chose, qui vont me montrer quelque chose, qui vont partager quelque chose, etc. Et je me dis, c'est fou, cette marque, c'est une marque artisanale. Et je ne partage pas.
- Alexandre FRANCO
l'envers du décor. Je ne partage pas comment je fais les t-shirts, comment je dessine, même le rapport avec les gens. Je ne partage pas tout ça.
- Benjamin DONADIEU
Il y a ces petites capsules. C'est ça aussi qui fait la force, une des forces de La Vie La Pute c' est que tu as ce côté dessin allié aussi à un peu de tatouage, etc. Ou tu fais des petites séries capsules très...
J'imagine qu'il n'y a pas beaucoup d'exemplaires.
- Alexandre FRANCO
Exactement.
- Benjamin DONADIEU
Il y a des modèles qui sont des modèles un peu classiques, phares. Je sais que je n'ai même plus besoin, je ne communique pas dessus. Je sais que les gens, en général, viennent chercher ce modèle-là. Et moi, comme je suis designer, et qu'en plus, c'est mon terrain de jeu et de création et d'expression, j'essaye de développer des petites capsules, des nouveaux dessins, des tests, etc. Avant, il me suffisait de les mettre, de les poster, ce qu'on appelle des drops, de dropper ma petite capsule et ça suffisait. Aujourd'hui, ça ne suffit plus. Je pense que les gens ont besoin de voir comment, pourquoi, qu'on leur explique, qu'on leur montre comment on fait. Je vais plus communiquer sur comment je fais tout ça. Je n'y suis pas encore. Je suis en train de mettre ça en place. Notamment, je suis en train de reprendre la main sur la production.
- Alexandre FRANCO
Ok, ça je voulais en parler, mais vas-y, c'est le moment, si c'est le moment, c'est le moment. Du coup,
- Benjamin DONADIEU
je suis en train de reprendre la main sur la production, je ne parle pas du dessin, du design, que je fais déjà tout seul, mais en plus sur la production du t-shirt, c'est-à-dire l'impression du t-shirt, parce qu'India Aker, d'aller jusqu'au bout du processus.
- Alexandre FRANCO
Je sais que justement, je t'ai posé la question en préparant un peu tout ça. Comment tu te positionnais par rapport à cette tendance de dropshipping aussi ? Justement, tu m'as dit justement, je ne sais pas forcément là-dessus que je suis à l'aise.
- Benjamin DONADIEU
Non, non. Oui, parce qu'évidemment, quand on produit une marque comme ça, on se pose des questions de comment on va produire, les quantités, la façon de production, etc. Et le dropshipping, c'est charmant. Dis donc,
- Alexandre FRANCO
il y a un intérêt. C'est-à-dire que tu prends les commandes, etc. et ce n'est pas forcément toi qui fais la production. Et donc, ça peut aussi avoir un intérêt parce que ça peut être plus rentable.
- Benjamin DONADIEU
En fait, oui et non. Oui et non, dans le fond. Oui, moi, mon savoir-faire, en fait, moi, je suis designer. Donc, je peux créer autant de design que je veux. Ça ne me coûte pas d'argent, vu que c'est moi qui produis le dessin. Donc, naturellement, le dropshipping, c'est ce qui serait le plus naturel. C'est-à-dire, je fais mes dessins, les gens, ils choisissent le dessin et il y a quelqu'un d'autre qui s'occupe. de la production, de l'envoi, etc. Ce qu'il faut savoir, c'est que le dropshipping, ce n'est pas réalisable en sérigraphie. C'est forcément du numérique, des TF, etc. C'est des façons d'imprimer. Je trouve personnellement que la qualité n'est pas toujours au rendez-vous sur ce type d'impression. Même si aujourd'hui, ça fait vachement... Ça a évolué et ça devient quasiment équivalent à de la sérigraphie. Parce que la sérigraphie, c'est très vieux. Mais pourquoi c'est très vieux ? Parce que c'est un processus qui a fait ses preuves, qui tient bien dans le temps, qui est agréable à porter, etc. Pour moi, j'ai un vrai amour de ce procédé qui est la sérigraphie. Donc déjà, ça me troublait que je ne puisse pas choisir de la sérigraphie dans du dropshipping. C'est forcément de l'impression numérique. Et peut-être avec un temps court sur mon produit. Et même si je vends un slogan, j'ai quand même envie que mon produit, ce soit un produit de qualité, un produit qui tient dans le temps, un produit qui est respectueux. Par exemple, la sérigraphie aujourd'hui, on sait faire de la sérigraphie assez... assez propre. Et écologique pour le devenir. C'est des encres à base d'eau, etc. On peut faire ça en France. Voilà. On peut avoir, on peut arriver à un procédé et qualitatif et plus ou moins écologique. Par contre, aujourd'hui, la scénographie, comme moi, je l'utilise, comme moi, je produis. En sérigraphie, je demande à un intermédiaire, j'ai mon dessin, je lui envoie mon dessin et je lui demande de produire 150 t-shirts, etc. Et du coup, j'ai besoin de trésorerie pour faire les productions. Mon stock, ça me bloque de la trésorerie aussi, j'ai du stock. Et puis, en vrai, c'est aussi une technique qui, sur des petites quantités, n'est pas forcément... économique. En sachant que le dropshipping c'est pas économique du tout, c'est-à-dire qu'un t-shirt ça va coûter très cher à l'unité. C'est-à-dire qu'on n'a plus de stock, pas d'argent qui est... comment on dit ?
- Alexandre FRANCO
Immobilisé ?
- Benjamin DONADIEU
Immobilisé. J'ai pas d'argent immobilisé, sauf que mon t-shirt va me coûter plus cher. Et puis en plus, c'est pas moi qui gère la relation client. C'est-à-dire que le dropshipper il envoie Le t-shirt, si le t-shirt ne va pas, c'est lui qui reçoit les plaintes, etc. Donc, il n'y a pas cette proximité que moi, j'aime aussi. Dans La Vie La Pute, sur Instagram, quand quelqu'un me pose une question, c'est moi qui réponds. Quand quelqu'un m'envoie un message, je n'ai pas reçu le t-shirt, le t-shirt est taché, le t-shirt est trop grand,
- Alexandre FRANCO
ça ne plaît pas.
- Benjamin DONADIEU
Ça arrive, c'est naturel. Voilà, il y a des erreurs, mais c'est moi qui réponds. Et du coup... C'est ça qui a renforcé, je pense, au fil des années aussi, le côté communautaire. C'est-à-dire que je suis à une poignée de main, deux poignées de main de mon client. Je le connais, on se connaît. Il y a des gens que je connais, des clients qui sont devenus des amis. Et ça, je le perds, le top shipping aussi. Cette proximité. Je vais perdre cette proximité.
- Alexandre FRANCO
Et je crois que c'est précieux, justement.
- Benjamin DONADIEU
Et je n'ai pas la main sur le produit. Je ne le vois pas partir, le produit. Je ne sais pas dans quel état il est. Je ne sais pas comment il est emballé. Déjà, de faire la production à l'endroit où je suis. C'est-à-dire que quand j'habitais à Paris, je faisais faire la sérigraphie à Paris. D'accord. Une boîte parisienne, Chrome Sérigraphie, pour ne pas les nommer. Après, quand j'étais à Lille, c'était une boîte de Lille. Maintenant, je suis à Marseille. C'est une boîte qui a ses entrepôts à Marseille. Et comme ça, je peux aller chercher directement le carton. avec mes produits, je peux aller voir le calage. Et j'aime ce côté en partisanale. Et pour revenir, on va revenir en arrière sur le problème Instagram où aujourd'hui on est un peu noyé, qu'on est une petite marque. Donc le seul moyen aujourd'hui d'être visible sans avoir le budget pour des ads, c'est de faire du contenu à partager. à partager avec de la valeur etc je me suis dit pourquoi c'est pas toi qui ferais les t-shirts alors pas tous les t-shirts évidemment par contre sur les petits drops, les petites choses que moi je vais créer pourquoi pas faire moi-même je me suis dit fais les t-shirts toi-même en sérigraphie pour des petites séries pour des séries de 20, 25, peut-être 30, peut-être même 10 ou peut-être 2. Voilà, pourquoi pas faire un peu d'upcycling, pourquoi pas faire des petits drops. Et du coup, prendre la main sur cette production-là. Et ça va me permettre de faire aussi du contenu. Je suis moi des marques, des petites marques, où je vois le créateur faire lui-même son t-shirt en sérigraphie. Comme disent les jeunes, c'est très satisfaisant de regarder la personne faire le t-shirt, le sortir, le chauffer, le mettre dans sa petite boîte et tout. Et je trouve que ça ressemble beaucoup à la marque. Et là, je suis en train de développer ça.
- Alexandre FRANCO
Génial, génial, génial. On a des infos sur Capté. C'est intéressant parce qu'on voit les mises en abîme dont on parlait. Moi, je voulais qu'on revienne aussi à la partie création, parce qu'aujourd'hui, on est tous confrontés, enfin l'IA en tout cas, concurrence pas mal de métiers que tu pratiques. Mais bon, après sur l'image, sur la vidéo, des fois sur le branding, etc. Tout ça, l'IA vient concurrencer. Comment tu réagis face à ça ?
- Benjamin DONADIEU
Tu parles de deux points différents, c'est-à-dire sur mes métiers qui ne sont pas... Voilà,
- Alexandre FRANCO
on sort un petit peu de La Vie La Pute. Ah oui,
- Benjamin DONADIEU
sur mes métiers. Moi, j'ai vraiment deux casquettes. Je réalise à la fois des supports graphiques. Pour L'Oréal, c'était du packaging, beaucoup. Puis de la... Le making-of, son vidéo. Non, justement. C'est ça, les deux casquettes. Je fais du graphisme, du packaging, de l'identité de marque, du logo, de l'illustration, etc. Ça, pour moi, c'est une casquette. Et il y a la deuxième casquette qui est, je réalise aussi du film, du film court, digital, qu'on appelle du content. En effet, aujourd'hui, l'IA est en train de rebattre un peu les cartes.
- Alexandre FRANCO
Clairement, il y a moins de... Les budgets changent, en fait. Il me semble, les budgets changent. les budgets
- Benjamin DONADIEU
ont changé et à la base c'est pas l'IA qui les a fait changer il y a eu une crise et la communication c'est en général le premier poste qui pâtit d'une crise économique et aujourd'hui arrive là-dessus un outil qui peut remplacer certains éléments mais par contre Moi, je ne suis pas anti-IA, etc. L'IA, je l'utilise. Pour moi, c'est un outil. D'ailleurs, je ne m'en cache pas, sur l'Instagram, je fais porter mon t-shirt à des modèles d'IA, des fois, parce que je trouve que c'est un outil de production. On regardait ensemble, hier, le compte de Arthur...
- Alexandre FRANCO
Arthur Chance. Là, ce que j'aime bien, en tout cas, c'est l'opportunité de l'IA.
- Benjamin DONADIEU
C'est-à-dire de réaliser des choses créatives avec un nouvel outil créatif. C'est-à-dire qu'il faut l'utiliser comme un outil de création, en plus qu'on n'avait pas avant, et il faut l'utiliser dans ce sens-là. Après, si c'est pour cloner des choses qui existent, etc., c'est là que, du coup, je trouve que l'IA, elle a ses travers. pour imiter la voix de quelqu'un, pour reprendre le visage de quelqu'un, essayer de faire le travail de quelqu'un à sa place en utilisant l'IA, pour moi, ça, c'est la mauvaise pratique de l'IA. Mais en même temps, pareil que quand il y a eu Photoshop. Photoshop, ça a permis de refaire le logo du voisin.
- Alexandre FRANCO
Et même du film à la vidéo, de la pellicule à... la vidéo. De toute façon, il y a toujours eu des évolutions technologiques comme ça qui allaient dans le sens de la démocratisation du contenu. Et Internet aussi, bien sûr, il y a des opportunités créatives qui sont intéressantes. Oui,
- Benjamin DONADIEU
la bonne pratique avec un outil. Internet, au début, c'était le Far West. Aujourd'hui, il y a quand même de plus en plus de règles, de cadres. Et là, on est au début de l'IA. Et c'est un peu le Far West, je trouve, l'IA.
- Alexandre FRANCO
Ça va vite, hein ?
- Benjamin DONADIEU
C'est un peu le Far West, mais au final, c'est un outil en plus pour les créatifs.
- Alexandre FRANCO
Et je pense que c'est important d'être lucide sur ce moment-là, sur cette époque. Ça change un petit peu la donne, mais ça n'empêche pas de continuer à créer, à transmettre, à explorer, etc. Donc tout ça, c'est...
- Benjamin DONADIEU
Bien sûr, moi, par exemple, sur La Vie La Pute, je n'ai clairement pas le budget pour faire un shooting photo dans un studio, quel qu'il soit, avec un photographe, des assistants, etc. Si je l'avais, je le ferais, très clairement, sauf que je ne l'ai pas. Donc, pour faire mon shooting, ça m'arrive d'utiliser l'IA. Alors, pas toujours, il faut justement trouver un juste milieu. Je fais, donc on parlait du GC, j'ai ce que produit la communauté, j'ai ce que moi je peux produire quand j'ai des amis ou que je peux produire du contenu et en plus... J'ai un troisième assistant qui est l'IA, qui peut me produire aussi, qui peut générer du contenu de qualité. Après, je l'utilise par contre pas du tout pour les designs. Je n'ai pas besoin de lui pour faire mes designs, mes créations. Je n'ai pas besoin de lui. Après, pour mon plan, mon business plan, etc. Oui, j'ai aussi besoin de lui en étant créatif. Lui, il peut m'aider à développer. Voilà, mon business aussi.
- Alexandre FRANCO
Après, de toute façon, dans ce que tu expliquais, on voit que tu as un ancrage dans, je disais, le terrain, enfin voilà, dans le réel. OK, il y a de l'IA, OK, il y a du numérique, OK, il y a du digital, etc. Mais ce n'est pas ça l'essence de ta création. Il y a aussi tout ce savoir que tu as accumulé auparavant.
- Benjamin DONADIEU
Après, moi, aujourd'hui, je fais ce pari qui est que la valeur de demain, ça sera la valeur. humaine, c'est-à-dire de faire les choses à la main. Je ne vais pas aller sur le terrain de lire. Donc, l'IA, je pense qu'elle sera capable assez vite de faire des beaux logos, de faire des... etc. Mais de raconter une histoire, de faire des t-shirts, j'avais envie de dire mal fait. Moi, ce que j'aime dans la sérigraphie, là, je suis en train de développer ça, c'est que... Il y a des manques, il y a des tâches, etc. C'est pour ça que je parlais d'upcycling, des vêtements qui ont été usés par le temps. Voilà, c'est des choses qui m'intéressent. Et tout ça, l'IA, elle n'aura jamais la main là-dessus.
- Alexandre FRANCO
Ça sera différent. Elle peut reproduire des choses, des imperfections.
- Benjamin DONADIEU
Elle ne pourra pas faire de la scénographie, ça c'est sûr. Il faut des mains. Enfin, j'espère.
- Alexandre FRANCO
En fait, maintenant, on a parlé de La Vie La Pute, on a parlé de tes différentes activités, etc. Mais dans tout ça, où tu as envie que ça t'emmène ?
- Benjamin DONADIEU
Mon parcours professionnel, justement, je suis toujours resté alerte sur les choses qui se développent, les endroits où on peut s'exprimer, en fait. Par exemple... On en a parlé au début, moi j'ai fait un BTS de stylisme. Je voulais aller dans la mode. J'ai toujours tout de suite vu que c'était à cette époque-là, que c'était assez bouché. Tu t'en rappelles bien, à cette époque-là, c'était l'avènement des premières startups d'Internet. J'ai dit, il y a un terrain de jeu incroyable. Pour qui a envie de créer ? Ce n'était pas forcément ce que je voulais faire à la base. Je voulais plutôt faire du vêtement. Mais du coup, j'ai vu un territoire vierge avec énormément de moyens aussi. Il faut le dire. Du coup, quand on est un créatif, on a quand même envie d'être payé, d'être rétribué pour ce qu'on produit. Et dans la mode, c'était bouché. C'était compliqué de se faire sa place. Et du coup, je suis toujours allé vers des pratiques qui se développent. Et en effet, aujourd'hui, on parle d'IA, le nouveau Far West, les nouveaux territoires vides à explorer, c'est ça ?
- Alexandre FRANCO
Oui, mais je me rappelle aussi de l'époque dont tu parles, du début d'Internet, ce qui aussi a permis de te faire ta place dans cette création de contenu au départ, justement sur le numérique. C'est parce que c'était nourri de ton parcours au Beaux-Arts et de ce BTS dans la mode.
- Benjamin DONADIEU
Bien sûr, et je trouve que dans la pratique des arts appliqués, peut-être le milieu change, le média change, mais la façon de s'exprimer, elle est un peu toujours la même. Qu'on fasse du textile, du digital. ou du luxe, etc. de l'affiche, du livre, de l'édition, etc. Au final, la méthodologie, j'utilise la même méthode de création et de développement des éléments. Et finalement, il suffit d'apprendre la technique et on peut s'exprimer différemment. Après, évidemment, il y a des techniques qui sont plus ou moins compliquées. Le tatouage en particulier, c'est vraiment une pratique. très très compliqué. Et puis après, on voit un peu ses limites. Je pensais que la musique, par exemple, que toi tu sais très bien faire, pouvait être aussi une façon de m'exprimer et j'ai vu que là, c'était ma limite par contre. Je ne peux pas faire de musique. Et par exemple, je suis vidéaste et je ne suis pas très bon photographe.
- Alexandre FRANCO
Moi, ce que j'entends là, ça peut même peut-être un peu résumer notre entretien, c'est que la valeur, elle est en amont, elle est dans ces réflexions-là et dans la façon d'aborder la chose à créer, etc. Après, il y a des moyens de le transformer et puis il y a des supports. Et ça, ça peut évoluer et ça peut être mis en cause, etc. La vraie valeur, elle est dans la réflexion en amont. Et ça, ça reste une vraie valeur, même face à de l'intelligence artificielle.
- Benjamin DONADIEU
Bien sûr, l'intelligence artificielle, aujourd'hui, je pense qu'elle va faire du mal aux techniciens, mais pas à ceux qui créent vraiment. L'opérateur IA, qui va lui demander les choses, le prompteur, c'est ni plus ni moins qu'un directeur artistique qui dit à son graphiste, fais-moi ci, fais-moi ça. Et en référence, on va prendre ça en référence, on va choisir cette matière, on va choisir cette couleur, on va choisir cette idée, on va parler de ces valeurs. Et toute cette réflexion-là... Il y aura toujours quelqu'un pour moi, ce qui me fait mal et je n'hierarchise pas les métiers, c'est-à-dire que les techniciens, les typographes, les graphistes, les maquettistes, c'est un métier génial. Il y a des gens qui sont ultra tendancieux, je pense que c'est à eux que l'IA va faire beaucoup de mal. Mais pour le créatif, je pense qu'il change juste d'outil.
- Alexandre FRANCO
pour exprimer un jeu de l'art d'outil mais je pense pas que l'IA elle le remplacera dans la réflexion créative ça marche et si on revient rapidement à La Vie La Pute il y a encore des choses à dire justement avec La Vie La Pute c'est quoi la suite ?
- Benjamin DONADIEU
la suite c'est justement de de... en contradiction avec le côté industriel, le côté IA, etc., c'est de reprendre la main sur une pratique plus artisanale, produit dans ce sens-là, et de ce que je montre aussi de la marque, et essayer de la faire perdurer aussi à travers les collaborations avec les gens, les autres... les événements, etc.
- Alexandre FRANCO
Génial. C'est tout ce qu'on te souhaite. Concrètement, comment on te retrouve en ligne ? Où est-ce qu'on a les infos sur toi, sur ce que tu fais ?
- Benjamin DONADIEU
Très facilement, sur l'Instagram, c'est des underscores entre chaque la, underscore vie, underscore la, underscore pute. Donc ça, c'est l'Instagram. et sur le site www.lavielapute.com
- Alexandre FRANCO
C'est un site où on peut commander,
- Benjamin DONADIEU
c'est bien ça ? Oui, c'est ça. Et après, justement, j'en ai pas parlé, mais je suis aussi en train de développer un partenariat pour... Je ne voulais pas distribuer la marque, parce qu'en fait, il n'y a pas vraiment de sens à distribuer la marque, parce que c'est une marque... C'est une marque qui ne va pas se multiplier. Je dis distribuer, c'est justement... Distribuer,
- Alexandre FRANCO
c'est la mettre dans des magasins.
- Benjamin DONADIEU
Voilà, qu'on la retrouve dans des magasins de multimarques ou des choses. En fait, la distribution, c'est un modèle économique qui ne fonctionne que si tu crois et si tu vends beaucoup. Et de par essence, La Vie La Pute, c'est niche.
- Alexandre FRANCO
Oui, c'est niche. Et puis là, tu nous parles de sérigraphie.
- Benjamin DONADIEU
Exactement. Du coup, en fait, la distribution, ça n'a pas vraiment de sens. J'ai évidemment le canal du site Internet. Pour l'instant, je n'ai toujours vendu que comme ça ou dans des pop-up stores, etc. Et aujourd'hui, j'essaye de la placer plutôt dans des événements. des festivals de musique des conventions de tatouage des festivals de moto etc ça ressemble plus à la marque d'avoir un petit corner où on est face to face avec le client où on peut partager et il peut même j'ai projet de montrer comment je peux même... réaliser les t-shirts en direct. Et du coup, je trouve que c'est vraiment une valeur ajoutée à la marque plus que de distribuer froidement la marque dans des magasins.
- Alexandre FRANCO
Tu cultives cette exclusivité.
- Benjamin DONADIEU
L'exclusivité, la proximité et surtout maîtriser là où la marque se trouve. Que les valeurs de l'endroit soient en lien avec la marque.
- Alexandre FRANCO
Génial, génial. Je pense qu'on a appris énormément quand même dans cet entretien. Je te remercie beaucoup de t'être prêté au jeu. Et puis, à très vite.
- Benjamin DONADIEU
À très vite. Merci à toi, Alex.
- Alexandre FRANCO
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