Speaker #1Celle qui est prête à aimer. Paris, un jour d'été, il a plu toute la matinée, l'air est lavé, le bitume encore tiède, et moi pour la première fois depuis longtemps, je sens mon cœur battre autrement, plus doucement, plus grand, plus ouvert. Je le dis, je le déclare, et je l'écris ici. Je suis prête à aimer. Pas à revivre ce que j'ai connu, non, non pas ça. Pas à recommencer les cycles, les fuites, les passions trop fortes, non. Je suis prête à autre chose, je suis prête à la rencontre. Et je le sens dans tout mon corps, dans mes jambes plus ancrées, dans ma poitrine plus douce, plus souple, dans mes épaules qui tombent, enfin relâchées. Voilà, toutes les séances chez mon ostéo-magicien y sont pour quelque chose. A chaque rendez-vous, on ouvrait un peu, on défaisait les verrous du passé, on dénouait la mémoire du cœur, et maintenant ça circule. Alors j'ai de la gratitude pour toutes celles qui m'ont traversée, celles qui m'ont aimée en pointillés, en morceaux, en miroirs. J'ai aimé fort, souvent, parfois mal. Mais j'ai aimé. Et je crois que tout ça m'a préparée à aujourd'hui. Aujourd'hui, je ne demande pas la perfection, je demande la justesse. Une connexion simple, un regard clair. Une main qui ne trempe pas quand elle touche. Je suis prête à la rencontrer, pas pour me compléter, mais pour marcher avec moi, à mon rythme, à son rythme. Deux battements distincts qui s'accordent. Et je suis prête à ce que ce soit doux, profond, stable. À plonger dans les profondeurs des océans, à nager dans l'ombre et dans la lumière, à respirer sous l'eau et à remonter ensemble. À marcher des heures dans la nature, sans parler, juste être là, l'une à côté de l'autre. À sentir le vent, la chaleur sur la peau. Le silence comme un chant ancien. À me baigner nue, à rire fort, à me rouler dans le sable, à sentir ses mains sur mes hanches, à la regarder dans les yeux pendant des heures, sans avoir besoin de dire un seul mot. Je suis prête à dormir blottie contre elle, à partager mes rêves, mes doutes, mes désirs. À danser avec elle sous la pluie, dans la cuisine, dans un festival au bord d'un lac. Je suis prête à aller avec elle à des stages bizarres de développement personnel, à mon initiative, pire, à la sienne, à faire des constellations familiales, des respirations holotropiques, des cercles de femmes, à pleurer dans ses bras quand quelque chose remonte et à la regarder avec tendresse quand c'est elle qui craque. Je suis prête à l'aimer, dans tout ce qu'elle est, pas juste dans sa lumière, pas juste dans les moments jolis. Je l'aimais dans ses trous. ses failles, ses absences, ses silences, et je veux être là, et qu'elles soient là, présentes, ensemble. Je ne cherche pas une fusion, je ne veux pas disparaître dans elle, ni qu'elle disparaisse dans moi, je veux qu'on se voit, qu'on se reconnaisse, qu'on respecte l'espace de l'autre, et je veux qu'on s'aime librement, pas dans la peur, pas dans l'attente, mais dans l'élan. Comme deux êtres en chemin, qui s'aiment et se laissent vivre, qui se choisissent à chaque fois, sans chaîne, sans condition. Je suis prête à l'écouter parler de ce qu'elle aime, de ses livres, de sa famille, de ses blessures. Je suis prête à entendre, à comprendre, à apprendre. Et je veux qu'elle m'écoute aussi, que je puisse exister à côté d'elle, sans avoir à me faire petite, ou parfaite, ou drôle, ou utile. Utile surtout. Je veux qu'on construise un lien, un vrai, pas un feu de paille, mais quelque chose de vivant, qui évolue, qui se renforce avec le temps. Je veux pouvoir me réveiller à ses côtés, des mois, des années plus tard, et me dire encore, c'est doux d'être là, c'est doux d'être avec toi. Et je veux qu'on s'écrive des mots simples, qu'on prenne soin, qu'on sache quand l'autre va mal, juste en lisant un point, une virgule, ou le ton d'un message. Je veux un amour attentif, pas oppressant, un amour qui sait voir et laisse respirer. et surtout je veux un amour dans lequel je me sens libre, libre et choisi, aimé pour ce que je suis, pas pour ce que je pourrais être, pas pour mes talents, pas pour ma gentillesse, pas pour ma générosité, pas pour ma lumière mais pour moi entière, fragile, contradictoire. Alors j'envoie cette lettre à l'univers, à la pluie, au vent, au ciel chargé de juillet. Je suis prête, prête à aimer et à être aimée. Et je sais qu'elle existe quelque part. Peut-être qu'elle est déjà là, peut-être qu'elle est déjà en route, ou peut-être qu'elle est encore loin. Peut-être que c'est juste un souffle. Mais je l'attends, sans attendre. Je vis, je ris. Je me lève le matin sans trou. Je construis, déjà, la vie dans laquelle elle pourra venir s'installer. Et je laisse la porte entre-ouverte. Pas grande ouverte, non, mais prête à ce que l'amour revienne. Et cette fois, qu'il reste, qu'on reste. À deux. Ou peut-être à trois.