- Speaker #0
Bienvenue chez Cerveau Puissant, le podcast des phrases qui réveillent, un espace où l'on parle de ce qui façonne une vie, des peurs qu'on dépasse, des mots qui sauvent, des chocs qui révèlent, des valeurs qui tiennent debout. Chaque semaine, je vais chercher la phrase fondatrice d'une personnalité, une phrase qui a construit, brisé, transformé ou sauvé. Parce que certaines paroles deviennent des boussoles, parce que tout commence par une prise de conscience, parce que chacun porte en lui une lumière en attente. Et j'ai la chance d'être soutenue pour ce podcast par l'agence de communication Surf. Aujourd'hui, je reçois quelqu'un qui connaît le pouvoir des mots, le pouvoir de l'image, et peut-être surtout le pouvoir du regard des autres. Pascal Humeau a longtemps été journaliste et présentateur sur des chaînes d'information comme ITélé, LCI ou BFM TV. Pendant des années, il a été de ceux qui posent les questions, de ceux qui observent, de ceux qui analysent. Au cœur même du système médiatique, là où se fabriquent les récits, les réputations, parfois les vérités, parfois les illusions. Puis, il a choisi de passer de l'autre côté, de quitter la place de celui qui commande pour devenir celui qui prépare, celui qui conseille, celui qui entraîne. Aujourd'hui, il accompagne des dirigeants, des personnalités publiques, des responsables politiques, dans des moments où chaque mot compte, où chaque silence compte, où chaque regard peut changer la perception d'une vie. Son métier, le media training, la communication stratégique, la gestion de crise. Mais derrière ces mots, il y a quelque chose de plus profond. Il y a une question que tout le monde se pose sans jamais toujours oser la formuler. Comment rester soi-même quand on est exposé ? Comment dire vrai quand on pousse à jouer un rôle ? Comment ne pas se perdre quand l'image devient plus importante que la personne ? Parce qu'il a vu le pouvoir, parce qu'il a vu les coulis, parce qu'il a vu les failles aussi, Pascal Humeau porte un regard très lucide sur notre époque, sur les médias, sur la politique, mais aussi sur la nature humaine. Et dans ce podcast... Aujourd'hui, on va parler de tout ça, du rapport à la vérité, à l'ego, du regard des autres et de ce que cela fait intérieurement de vivre dans un monde où l'image peut parfois compter plus que la réalité. Pascal Humeau, merci d'être avec nous dans Savo Puissant.
- Speaker #1
Merci Claire, c'est beaucoup trop d'honneur que tu m'as fait. Je suis très content d'être là. Oui. Vraiment, pour parler de médiatraining, les gens ont tendance à penser que c'est réservé à une forme d'élite. En quelque sorte, ce n'est pas le cas. Médiatraining, prise de parole en public, à l'ère des podcasts. Tout le monde se met aussi au podcast ou en tout cas a envie et ça peut toujours servir d'être formé.
- Speaker #0
C'est ça. Moi aussi, je suis ravie de te recevoir. Alors chez Servant Puissant, on commence toujours de la même manière. On aime les citations. Est-ce que tu en as une à nous partager aujourd'hui ?
- Speaker #1
Mais j'en ai plein parce que j'adore les citations. C'est vrai, j'adore les citations. Et en même temps, je suis très embêté parce que je regarde ton podcast. Et je sais que la citation qui est mon credo, en tout cas dans mon job, a été utilisée une fois ici.
- Speaker #0
Tu peux la redire.
- Speaker #1
C'est Oscar Wilde. Soyez vous-même, les autres sont déjà pris. C'est très important. C'est peut-être une des premières règles de la prise de parole en public. Les gens ont tendance, parce qu'ils souffrent soit du syndrome de l'imposteur, soit se disent, mais je ne vais pas être à la hauteur, je ne vais pas y arriver, je ne vais pas réussir à convaincre les gens. Pourquoi moi ? Ils ont tendance à jouer un rôle, à se prendre pour un autre. Et c'est dévastateur parce qu'à la première petite déstabilisation, et il y en a un, Il y a beaucoup de sources de déstabilisation lorsqu'on prend la parole en public ou face à un journaliste. On s'écroule comme un château de cartes et ça se voit. Soyez vous-même, les autres sont déjà pris. Et donc, on peut reprendre le slogan d'une chaîne de fast-food. Venez comme vous êtes. Et là, c'est très bien.
- Speaker #0
Génial. Ça, c'est ton conseil numéro un en media training.
- Speaker #1
Oui, c'est un conseil très important. Beaucoup de gens viennent et me disent, je suis timide. C'est comme ça depuis l'école parce qu'on m'a balancé sur l'estrade. en me disant « fais un exposé au récit de ta récitation » et puis ça a été une véritable torture pour moi. Ils se sont autoproclamés timides, en ont fait un blocage et essayent, quand ils sont obligés de se mettre devant des gens pour prendre la parole, de jouer un rôle. En se disant, peut-être inconsciemment d'ailleurs, si je me casse la gueule, ce ne sera pas moi, ce sera l'autre. Le rôle que j'ai joué. Mais ce ne sera pas moi. Il faut rester soi-même. On a des défauts, tous. Moi, j'en ai, tout le monde en a, d'un point de vue oratoire, j'entends. Et on a des qualités. Le but, c'est de mettre les qualités en avant et d'atténuer au maximum les défauts.
- Speaker #0
D'ailleurs, on dit souvent, tous ceux qui ont des défauts, et tu viens de le dire, soit à l'oral, soit ils sont un peu gauches. Là, il y a encore quelqu'un à la télévision qui a fait une bourde, mais c'était assez drôle, là, récemment. Et il a été repris par, évidemment, la présentatrice. C'est assez parlant aussi du personnage. En fait, c'est beaucoup plus touchant et c'est beaucoup plus authentique.
- Speaker #1
Des gens viennent me voir, me disent le trac. Le trac, on verra, on en reparlera, c'est très important. Mais me disent, je parle trop vite. Je ne parle pas assez vite. J'ai un cheveu sur la langue. J'ai un accent du sud, ou pas, ou je t'y vois. Mais très bien, bravo. Mettez ça en avant, on aime ça. Parce que ça donne un aspect authentique à votre prise de parole. Et donc à vous-même. Donc les gens peuvent s'identifier à vous. On n'est pas des machines. On dit qu'une parole forte, puissante, est une parole imparfaite. Imparfaite, car humaine. Allons-y. Allons-y. Et c'est une façon, pardon Claire, c'est une façon d'éviter ou en tout cas d'atténuer le trac. On désacralise le truc. Oui, c'est moi qu'ils attendent, donc c'est moi qui vais y aller. Et tout va bien se passer.
- Speaker #0
Alors, quand on veut te rencontrer... Comment se présente, est-ce que tu peux nous expliquer ce que c'est qu'un média training ? Pour ceux qui ne savent pas exactement ce que c'est.
- Speaker #1
Et la prise de parole en public.
- Speaker #0
Exactement.
- Speaker #1
Le média training, définition classique, consiste à former les gens, mes clients, à la maîtrise de la parole et de leur attitude devant des journalistes. Devant un micro, devant une caméra, en plateau, en débat, quelques émissions que ce soit. La prise de parole en public. Consiste à former des gens à des prises de parole destinées à être faites directement face à un public ou plus quotidiennes comme en entreprise. Comment défendre un projet ou un bilan face au comité directeur ? Comment aller demander un prêt à la banque ?
- Speaker #0
Comment négocier ?
- Speaker #1
Bien sûr. Comment passer un oral lorsqu'on est lycéen ou étudiant ? Ce matin, j'étais avec un étudiant dont les parents ont eu... La superbe idée de le former à la prise de parole en public parce qu'il s'était autoproclamé depuis des années, depuis le collège, timide. Et donc, au fil du temps, il en a fait un réel blocage. Et on se rend compte, systématiquement, que ce trac là, d'abord tout le monde l'a le trac. N'essayez pas de vous débarrasser du trac, vous l'aurez. En revanche, on peut essayer de se débarrasser du trac paralysant, celui qui nous pétrifie. qui fait qu'on n'est plus capable de quoi que ce soit.
- Speaker #0
Et parfois même qui nous fait dire des bêtises.
- Speaker #1
Bien sûr, bien sûr. Le trac, moi je l'ai. Là, je l'ai. Mais si, le trac pendant 20 ans. C'est combien de... 20 ans. J'ai fait... J'ai présenté tous les jours des milliers d'émissions, de journaux, d'interviews. Et chaque fois, chaque jour, les premières minutes, j'avais le trac. Et là, je le sens, tu vois. Des petites suées, etc. Bon, c'est pas agréable. Mais... Le trac, on en fait un carburant lorsqu'on sait ce qu'on a à dire et qu'on sait comment on va le dire. C'est-à-dire lorsqu'on a bien préparé son travail. La mère de toutes les règles, c'est je m'informe, je prépare et je répète. Voilà, c'est tout. Si je m'informe, je sais ce que j'ai à dire. Je travaille, je formule comment est-ce que je vais le dire. Et je répète tout seul dans ma voiture, en buvant le café, sous la douche, à voix haute, comme si je parlais à Tata Rachel dimanche midi. autour du gigot, c'est important, je n'aurais pas ce trac paralysant, puisque je me serais mis moi-même dans de très bonnes conditions. Je sais ce que j'ai à dire, je sais comment je vais le dire. Aucune raison que ça se passe mal. Donc voilà, et avec lui, on travaille sur comment débloquer ça et lui faire comprendre que non, il est parfait. Il est parfait. Sauf qu'il s'était mis en tête qu'il était timide et que le rôle n'était pas pour lui. Mais si, bien sûr que c'est pour toi.
- Speaker #0
Donc tu peux coacher des étudiants, tu m'as parlé aussi d'un agriculteur que tu allais voir.
- Speaker #1
Oui, un agriculteur magnifique. Éleveur, bovin, dans l'aine, qui vient me voir quelques semaines avant le salon d'agriculture pour apprendre à exprimer ses revendications. Les agriculteurs, je suis admiratif et respectueux. Ils font un travail extraordinaire et ils sont complètement abandonnés par le gouvernement. par les gouvernements successifs. Et donc, je discute avec lui. Le mec a du cœur, un enthousiasme débordant parfait. L'enthousiasme, c'est assez rare. Et puis, il commence à me parler. Il me parle du code rural. Il me parle de révision des charges sociales. Il me parle de la folie normative du stop. Ça, c'est votre message. Il n'appartient qu'à vous.
- Speaker #0
C'est votre jargon et c'est votre exposition.
- Speaker #1
C'est à vous. Votre message... C'est une fusée. Moi, je suis là avec vous pour construire la rampe de lancement. C'est-à-dire, comment faire en sorte que votre message, la fusée... soit projetée sur la bonne trajectoire, et surtout qu'elle atteigne son objectif, le public, voire le gouvernement. Et donc, je lui ai dit, il va falloir présenter ça avec les armes que vous avez, oratoire. Racontez comment vous travaillez, une centaine d'heures par semaine, le jour, la nuit, quand il y a besoin. Racontez votre relation à vos bêtes. Racontez les sacrifices que vous faites. Les enfants, on ne les voit pas beaucoup. Ils partent en vacances sans nous. Quand ils partent en vacances ? Parce qu'il faut aussi raconter ce que vous gagnez. Que dalle. Souvent moins de 1000 euros par mois. Racontez cette folie normative, mais par des illustrations concrètes qui vont parler aux gens. Un agriculteur est soumis à des normes pour tailler sa haie. Il ne peut pas tailler sa haie comme il veut, quand il veut. Sinon, il peut prendre une amende allant jusqu'à 30 000 euros. Racontez tout ça, votre galère. Racontez les suicides des agriculteurs. Il y en a un qui se suicide tous les deux jours en France. Qui se pend, honteux, de ne pas avoir réussi dans sa grange. Donc racontez tout ça pour arriver à... Laissez-nous respirer. Révisons les charges sociales. Allégeons cette folie normative. Et une fois que j'arriverai à mon message, les gens seront tout à fait attentifs à ce que j'ai à dire.
- Speaker #0
Tu viens de le dire, mais qu'est-ce qui fait la différence entre quelqu'un qui va convaincre, tu l'as déjà plus ou moins expliqué, et quelqu'un qui va échouer ?
- Speaker #1
Moi, je... pas moi. Je convainc, on ne convainc que si on parle aux gens de manière claire. Je dois parler un français simple. C'est tout le contraire d'être simpliste. Ça nécessite de parfaitement maîtriser son sujet. Je dois vulgariser, pas de jargon. Ou alors j'emploie le jargon et je l'explique. J'apprends des choses aux gens. Bravo, là ils vous sont reconnaissants. Je prends les gens par la main. Je fais preuve de pédagogie pour expliquer. Parce qu'ils ne savent pas forcément, je parle du principe, qu'ils ne savent pas de quoi je vais parler. J'évite de faire des tunnels, comme disent les jeunes, donc d'être trop long. Et puis, ça c'est une clé essentielle, j'utilise systématiquement, pour corroborer et enrichir mon propos, des éléments concrets. palpables, qui vont permettre aux gens de comprendre immédiatement de quoi je parle. Des illustrations, un sondage fort, si tant est qu'ils sont en rapport avec un chiffre fort, une citation. Tiens, ça peut être possible aussi pour accrocher les gens. Il s'agit, quand on parle, de capter l'attention des gens et de relancer régulièrement l'attention des gens. Voilà. Pour arriver à faire cette rente de lancement qui, au final, fera qu'au moment où je déclare Merci. ce que j'ai à dire d'important, c'est-à-dire je délivre mon message, j'ai capté 100% de l'auditoire possible. Si je respecte ces règles, que je fais preuve, parce que c'est important, d'enthousiasme, de conviction, de bienveillance, si j'ai l'air sympa, c'est du boulot quand même, il n'y a pas de raison que je ne convainque pas les gens. Si je suis, comme tous ceux qui viennent me voir, comme nous tous, spécialistes de ma spécialité, mais que je ne comprends pas à aucun moment qu'il faut que je rende mon message accessible au plus grand nombre pour capter l'attention, relancer l'attention, faire en sorte qu'ils comprennent quelque chose à ce que je dis. Si je reste enfermé dans ma bulle de spécialité, mon sujet peut être extrêmement passionnant, ça tombera à l'eau. Donc ça s'apprend. C'est dommage de louper une occasion. Elles sont rares, les occasions qu'on a d'aller délivrer un message, nous vendre, vendre un produit, parce que chaque fois qu'on prend la parole, on vend quelque chose. Elles sont rares, ces occasions de passer à la télé, à la radio, face à un journaliste, dans un podcast. Merci encore, Clam. Vraiment. Mais c'est dommage de passer à côté. Simplement parce qu'on ne s'est pas dit à un moment, et si je préparais ce que j'allais dire ? Non, beaucoup de gens se disent, mais non, je connais mon sujet, c'est moi le spécialiste. Oui, mais tu as tout faux. Ça part très mal.
- Speaker #0
Alors moi, la question... que je me pose. Alors, je sais que tu as complètement raison et que tu es l'expert, mais c'est vrai que parfois, on pourrait se dire « Oui, mais si je prépare trop, je suis moins authentique. »
- Speaker #1
Alors, ouais.
- Speaker #0
Donc, quelle est la différence entre ne pas trop préparer son sujet ? Tu vois, par exemple, là, cette conversation, elle est quand même... En vrai, nous n'avons absolument rien réparé. Enfin, toi, tu connais ton sujet, moi, je connais le mien, mais c'est une vraie discussion, ce qui, pour moi, la rend authentique et on sait qu'on peut avoir des surprises et que tu vas peut-être m'apprendre des choses dont on n'a pas déjà échangé avant, tu vois. Donc, quel est pour toi le juste milieu ? C'est quoi une préparation exactement ? Combien de temps ?
- Speaker #1
Non, ce n'est pas en termes de temps que ça se calcule. Je répète vraiment, on peut... préparer une intervention quelle que le soit, en buvant son café, en prenant sa douche ou dans sa bagnole.
- Speaker #0
En visualisant ?
- Speaker #1
En se disant, écoute bien, en se disant, donc je vais essayer de faire clair, simple, vulgarisé, prendre les gens par la main, etc. En se disant, ce n'est pas à un journaliste que je vais m'adresser, ou à quelqu'un qui pourrait m'intimider comme ça, quand j'y pense. Je vais m'adresser à travers lui, à Tata Rachel. C'est qui Tata Rachel ? C'est un être cher. J'ai décidé de visualiser, lorsque je prépare, un être cher qui n'y connaît rien. Pas forcément instruit, pas accro au sujet que je vais traiter. Et je vais faire en sorte donc, parce que c'est Tata Rachel et que je l'aime énormément, je vais faire en sorte qu'elle comprenne exactement tout ce que je lui dis, qu'elle apprenne des choses, qu'elle retienne ce que j'ai à lui dire. Et pour ça, je vais... Être obligé, puisque je pense à elle, de parler d'une certaine manière avec le cœur. Je la prends par la main. Tiens, t'arraches la, c'est toi que je fais. Je vais te dire exactement ce que je fais. Et je vais lui raconter, comme je raconterai ça à mes enfants, quand ils étaient petits, pour être sûr qu'ils comprendront exactement tout ce que j'ai à dire. Je prépare, je connais mon sujet, mais je prépare en me disant, tu ne vas pas parler à un père, et à hier, tu vas parler à ton père, qui n'y connaît rien. A priori. Voilà. Et ça va me pousser naturellement à faire preuve de pédagogie, à utiliser des mots simples, à illustrer. Tu sais, un truc important, les bouquins pour enfants qu'on leur lit le soir pour les endormir, ils sont tous faits de la même manière. Tu as trois lignes, deux, trois lignes à gauche, une image à droite et ainsi de suite. Trois lignes, une image. Tu lis les mots, ton enfant, il ne regarde pas les mots.
- Speaker #0
C'est comme sur Instagram maintenant. Il y a trois lignes et une image.
- Speaker #1
Il y a des lignes encore ?
- Speaker #0
Oui.
- Speaker #1
il ne regarde pas les mots lui, il regarde l'image et grâce à cette image il comprend immédiatement de quoi tu parles et il mémorise et très vite au bout de quelques jours tu es là, tu recommences, il était une fois dans une sombre forêt une vilaine sorcière et lui avant même que tu aies dit vilaine sorcière il fait vilaine sorcière l'image lui a permis de comprendre et de mémoriser, de se souvenir de l'histoire, il n'y a plus d'image dans les bouquins pour adultes ou dans les prises de parole à destination des adultes, et c'est bien dommage. Moi, mon taf, parce que j'y tiens, c'est de mettre plein d'images dans ce que je dis, si possible.
- Speaker #0
Oui, c'est vrai que c'est pour dire, même si la parabole, toutes les religions, ce sont des images, en fait. Et c'est pour ça que ça a toujours, en tout cas, à l'époque, ça marchait très bien.
- Speaker #1
L'exemple que je te donnais de l'agriculteur qui voulait exprimer sa revendication, qui était la suivante, « S'il vous plaît, messieurs, dames du gouvernement, laissez-nous respirer, revoyez à la baisse les charges sociales. » J'ai décidé, avec lui évidemment, parce que s'il n'avait pas été d'accord, on aurait été embêtés, mais de donner des images. Voilà ce que c'est qu'un agriculteur. Une centaine d'heures, la nuit, le jour, pas d'heures finalement. On bosse tout le temps avec ces bêtes. dès qu'elles en ont besoin, etc. pour les nourrir. Les sacrifices qu'ils font, les enfants qui partent en vacances dans la famille le plus souvent, parce que t'imagines bien qu'ils ne vont pas au Club Med pendant que lui reste dans l'exploitation parce qu'il n'y a personne d'autre pour s'occuper des bêtes. La paperasse, les heures qui passent à faire de la paperasse, les agriculteurs qui se suicident, je le disais, tous les deux jours dans une grange, etc. Ça, ce sont des images. Et je t'en parlais, ça m'a ému. Encore. Donc si moi ça m'a ému alors que je connais l'histoire par cœur depuis longtemps maintenant et que c'est moi qui l'ai faite, je peux te garantir qu'elle est authentique, l'histoire. Et je peux garantir que les gens seront émus. Et c'est pour ça que je dis à la fin de ma formation, moi je suis un vieux, donc j'écris tout sur un paperboard. Écrire et lire, c'est se souvenir. Et à la fin, donc ils prennent sur moi une photo du paperboard parce qu'ils adorent toutes les règles que j'ai. Et je fais un grand cœur en rouge. Et je dis tout ça c'est très important. Mais si tu ne mets pas de cœur dans ce que tu dis, c'est-à-dire d'abord que tu n'y crois pas et que tu ne donnes pas un peu de ta personne, c'est voué à l'échec.
- Speaker #0
Alors justement, tu nous parles de tes règles. C'est quoi les trois ou les cinq règles obligatoires ? Non, tu ne peux pas toutes nous les donner, mais quelques-unes.
- Speaker #1
Donc il y a cette règle-là dont je t'ai parlé, que j'appelle la règle des trois C. Finalement, c'est quoi ? C'est une règle journalistique. Moi, ma méthode... Je ne suis pas allé la chercher dans les bouquins des autres, vraiment pas, parce que ce n'est pas ma nature d'abord, et puis je serais incapable de vendre un truc qui n'est pas de moi. Elle est tirée de mon expérience journalistique, j'étais journaliste, donc présentateur pendant 20 ans, à la radio. beaucoup, beaucoup, et à la télé 6 ou 7 ans. Donc il y a des règles d'écriture journalistique, cette règle-là, la règle des 3 C, je parle, claire, concis, tant que possible, et concret. Ça c'est une règle, et donc je la développe comme je l'ai développée avec toi, pour montrer aux gens à quel point c'est important. Finalement, ça permet de rendre mon message accessible au plus grand nombre, éviter d'exclure des gens au fil de mon propos si possible. et puis de leur donner du grain à moudre, quelque chose de palpable, des éléments factuels et sourcés, souvent sourcés, donc irréfutables aux yeux des gens. Ça m'apporte de la crédibilité. Et la première des règles que je développe avec mes clients, elle est toute conne. C'est une règle de bon sens et tout le monde me dit au début, évidemment, oui, bien sûr. Et cette règle, elle s'appelle Bonjour. Moi, mes enfants. Je te parle de moi, là, pour de bon. Mes enfants, je suis plutôt cool. Mais il y a un truc sur lequel je n'ai jamais rien lâché. Tu rentres dans un commerce, tu rentres dans une boulangerie, même si dix personnes font la queue, tu dis bonjour, bonjour, tu vas voir qu'il y a des gens qui sont surpris. Et je retourne, il y en a même qui se sentent agressés.
- Speaker #0
C'est vrai,
- Speaker #1
c'est vrai. C'est dire où on en est, quoi, aujourd'hui.
- Speaker #0
Même parfois quand tu fais des sourires aux gens. Ils disent, mais tu veux ce que j'ai ?
- Speaker #1
Il y a un truc. Et toi, tu dis, ben... Il y a un loup, quelque part, il va me faire quelque chose. Non, non, c'est bonjour, pardon. Voilà. Donc, avant même d'arriver devant la boulangère, tu arrives... Bonjour. Tu arrives devant la boulangère, ou en tout cas la vendeuse. Tu la regardes dans les yeux. Et je les ai arrêtés à chaque fois que c'était pas... Donc, ça faisait marrer les boulangers, mais... Tu la regardes dans les yeux, tu souris. Bonjour, madame. Une tradition, s'il vous plaît. Voilà, tu sais ce que je prends, madame. Une tradition plutôt bien cuite. Merci madame, au revoir. Donc ils étaient bouchous, quoi. Quatre ans. Et puis au bout de quelques semaines, et ça a marché pour les deux, au bout de quelques semaines, la boulangère leur donne un bonbon. Ce bonbon, c'est la récompense de ton amabilité, de ta sympathie, de ta politesse. Si je dis un bonjour, si je fais, je sers aux gens. quand je prends la parole en public face à un journaliste, etc. Un vrai bonjour, avec du sourire, un regard, de la sympathie, de la bienveillance, de la conviction, parce que je ne peux pas aller vendre un aspirateur en porte-à-porte si je ne suis pas convaincu par le produit, et de l'enthousiasme. Les gens ne me donneront pas un bonbon, mais ils me donneront un peu plus d'indulgence si jamais je perds le fil, si jamais je savonne. Et ça va conditionner tout simplement ce bonjour. qui est la première unité produite, c'est mon entrée en scène, c'est là-dessus que les gens me jugent. On se fait une idée de la personne sur les 30 premières secondes. Et donc ce bonjour va conditionner même l'attention qu'ils voudront bien te porter. C'est une règle incroyablement primordiale. Et les gens disent, mais ça va, t'es gentil, j'ai pas payé pour ça quand même, je sais dire bonjour. Oui, sauf que pour ceux qui disent vraiment bonjour, parce qu'il y en a très peu, même à la boulangerie, Euh... Tu seras tellement focus sur ce que tu auras à dire derrière que tu vas négliger le bonjour. Ne néglige pas le bonjour. C'est ce qui va faire que les gens vont... Tu sais, une autre citation d'un grand philosophe de la chanson française, Johnny. C'est vrai ?
- Speaker #0
Oui, toujours.
- Speaker #1
C'est mon petit côté, j'adore. Qu'on me donne l'envie, l'envie d'avoir envie. Il faut donner envie aux gens d'avoir envie de vous faire confiance, de vous écouter, de rester avec vous, etc.
- Speaker #0
Il y a un chiffre qui est assez surprenant. On dit souvent que les gens se rappellent de l'émotion qu'on leur laisse. Et il y a aussi un chiffre de, en fait, dans une conversation, juste toi qui vas me le redire, on se souvient de
- Speaker #1
20% ? Alors, on appelle ça le calcul marginaliste. On parle de la même chose. Les gens ne se souviennent, grosso modo, évidemment, c'est caricaturé, mais on n'est pas loin de la vérité, ne se souviennent que de la première. et de la dernière unité produite. C'est-à-dire que sur un discours de trois quarts d'heure, voilà pourquoi on dit aux gens qui prononcent un discours quand il est préparé de bastonner, de tout donner dans l'introduction, de développer, reformuler, redévelopper, reformuler dans le corps du discours et de tout répéter dans la conclusion. Parce que les gens ne se souviendront que de la première et de la dernière unité produite. D'où l'importance, là aussi, d'ailleurs, du bonjour. Effectivement. Si je bâcle, je néglige... Si j'ai l'air méchant, pas content d'être là au moment de dire bonjour, les gens vont dire, il n'y a aucune raison que je reste là. Les gens écoutent la radio, regardent la télé d'une oreille et d'un oeil. Ils font autre chose, ils repassent, ils pensent à leur journée. Ils font autre chose. Personne n'écoute la radio ou la télé des deux oreilles et des deux yeux. Donc, c'est pour ça que je dis qu'il faut capter l'attention des gens le plus souvent possible et la relancer, bien évidemment. Parce qu'ils n'ont envie de rien, a priori. Ils allument la télé, ils attendent juste, éventuellement, que quelqu'un les intéresse. Et ce n'est pas le cas de tout le monde.
- Speaker #0
Alors, pourquoi justement les politiques, je parle des politiques, c'est ce qu'on voit quand même le plus, ils auraient tous bien besoin d'un media training. Pourquoi est-ce qu'ils s'échappent ? Pourquoi ils sont agressifs ? Pourquoi est-ce que justement on ne se reconnaît plus en eux ? Quelle est ton interprétation de ce spectacle un peu, qui est assez désolant quand même ?
- Speaker #1
Il faut aussi se dire qu'on a peut-être les politiques qu'on mérite. C'est nous qui les avons mis là, mais je parle de tous. L'Assemblée nationale, le spectacle est désolant.
- Speaker #0
Désolant.
- Speaker #1
Bon voilà, le niveau est désolant.
- Speaker #0
D'ailleurs, tu as presque l'impression que c'est gagasque, que c'est une télé-réalité.
- Speaker #1
C'est dramatique, mais est-ce que ce n'est pas à l'image finalement de notre société ? Je ne sais pas.
- Speaker #0
Non, mais c'est un bon point.
- Speaker #1
C'est une piste.
- Speaker #0
Et nous en sommes responsables puisque tu as raison.
- Speaker #1
Mais tu vois, il y a un truc en ce moment, on parle beaucoup de l'Iran évidemment aux infos, mais on parle énormément du carburant. Et des politiques de tous bords d'ailleurs. Elles veulent faire de la démagogie, parce que c'est tout ce qu'ils savent faire pour beaucoup. et disent « Oui, les Français ne peuvent plus payer, déjà qu'ils n'arrivent pas à boucler leur fin de mois, etc. J'appelle le gouvernement à baisser la TVA sur les carburants. » Pour beaucoup, c'est grosso modo leur mesure, en tout cas ce qu'ils réclament. J'ai entendu aucun politique nous expliquer ce que ça changeait dans la vie des Français, une augmentation de 30 centimes au litre. C'est le cas du gasoil. qui a augmenté de 30 centimes. Pardon ? Si je suis un politique qui aime les gens, je dis ça avec un peu d'ironie, parce qu'il y en a très peu. Je considère qu'on fait de la politique si on aime les gens, parce qu'on veut changer les choses en bien pour eux, et on fait de la politique pour ne pas en vivre. On ne peut pas être un métier. Malheureusement, c'est le cas de beaucoup de politiques. Quoi qu'il en soit, je n'ai entendu aucun politique me dire ce que ça changeait dans la vie de Mme Michu. Paris n'est pas la France. Les gens sont tous en voiture. Les gens ont souvent deux voitures par ménage, monsieur et madame. Pourquoi ? Parce que pour aller travailler, en moyenne, un Français en France fait 40 km par jour. Pour emmener les enfants à l'école, aller travailler, rentrer, faire les courses en passant, c'est 40 km par jour. Moi, je fais un calcul tout simple. Et là, je vais chercher les petits éléments factuels, concrets, irréfutables, qui vont me permettre de parler. Un journaliste, si je devais en parler. Donc, INSEE, un Français parcourt en moyenne 40 km par jour. En moyenne, je prends ce chiffre-là. Une voiture française, en moyenne, consomme 5 litres au 100 km. 40 km par jour, ça fait 15 000 km par an. Je fais mon petit calcul et je vois que cette augmentation de 30 centimes, pour l'instant, du gasoil coûterait à l'année aux Français... 280 euros. Je multiplie par deux quand monsieur et madame ont une voiture, ça me fait quasiment 600 euros. C'est énorme. Encore une fois, Paris n'est pas la France. 600 euros. Je vais prendre un autre élément factuel pour essayer d'intéresser les gens et de les interpeller, de faire en sorte qu'ils s'identifient. Est-ce que tu connais le budget moyen d'un Français pour ses loisirs annuels ?
- Speaker #0
Non.
- Speaker #1
Oui, je ne vous le mets pas.
- Speaker #0
Oui, voilà, tu vois.
- Speaker #1
671 euros.
- Speaker #0
J'allais dire 500 euros, oui.
- Speaker #1
Voilà. C'est-à-dire que monsieur et madame auront cramé dans le carburant parce qu'ils n'ont pas le choix
- Speaker #0
80% de leur budget loisir.
- Speaker #1
le budget loisir d'un des deux. Voilà. Donc pour les gens, 30% d'augmentation, ça représente un sacrifice énorme. Et quand je parle de 40 km par jour, je ne parle pas des vacances. Tu m'oublies. Si on a un gasoil, c'est le carburant le plus consommé, le plus utilisé en France. Si on a un gasoil qui augmente encore à 40 ou 50 centimes, de plus, les vacances ne seront pas les mêmes cet été. Donc, si j'étais un politique, mais je ne le suis pas, et heureusement, je m'adresserais aux gens comme ça. Rendez-vous compte de ce que ça change dans la vie de Mme Michu. Et je dirais, pardon, pour que les gens soient bien conscients de ce qui se passe et de la folie fiscale qu'on subit tous, partout, chaque jour en France, Pour 100 euros de carburant, je paye 60 euros de taxes et 40 euros seulement de carburant.
- Speaker #0
C'est hallucinant. On a la TVA, on a ce qu'on appelle la TICPE, on appelle ça la CIS maintenant, mais c'est la TICPE, la taxe intérieure sur les produits énergétiques. On a une TVA sur la TICPE. On a une taxe sur la taxe.
- Speaker #1
Non, mais tu as raison. Rien que cette image, tu as les 100 euros. C'est un peu comme quand on parle des entrepreneurs et qu'on voit ce qu'ils payent et ce qu'ils touchent. C'est hallucinant. Et ça, pour le coup, c'est hyper parlant.
- Speaker #0
Incroyable.
- Speaker #1
Alors, pourquoi est-ce qu'on a l'impression que les politiques, ils cherchent à faire tous les jours un buzz ? C'est la société qui veut ça.
- Speaker #0
On vit une période où on ne marche que par le buzz, par la punchline. Moi, certains viennent me voir, parce que je travaille avec des politiques, au début, et me disent, ce que je veux, c'est des punchlines. Pardon, vous êtes trompés. Je suis l'ennemi de la punchline, en fait. Apprends déjà à parler, à t'adresser aux gens, comme j'ai essayé de le faire là avec toi, en les prenant par la main, en leur prouvant que... On dit, ne me dis pas que tu m'aimes, prouve-le moi. Les politiques nous disent à longueur de temps qu'ils nous aiment, mais ils ne nous le prouvent jamais. Prouve-le moi que tu m'aimes. En me prouvant justement que tu sais ce que je vis, moi, dans les rayons du supermarché, que tu sais ce que je vis quand je fais le plein, etc. Bon, voilà, ils ne le font pas. Et ils préfèrent la punchline. Ah, on va retenir la punchline, on va en faire une pastille. Je le sais, je le sais. Et puis on va la mettre sur le réseau. Mais putain, vous êtes ridicules. Vous êtes ridicules.
- Speaker #1
Mais tu n'as pas aussi l'impression que de l'autre côté, tout le monde n'est pas dupe non plus ? Parce que je veux dire, comme tu le disais au début, tant que le cœur n'est pas vraiment touché, en fait, au bout d'un moment, on se lasse très vite de ces gens qui nous droppent des informations. Mais en fait, on sent que c'est très creux.
- Speaker #0
Mais je suis d'accord, comme dans la vie. Ne me dis pas que tu m'aimes, prouve-le moi. Moi, si tu me dis une fois, deux fois, trois fois que tu m'aimes, je dirais OK, c'est cool, c'est flatteur au début. Mais si je n'en ai aucune preuve...
- Speaker #1
J'ai compris, il faut que tu achètes une baguette tradition de matin, déjà.
- Speaker #0
Bien quitte. Bien quitte. Et non, évidemment qu'ils se lassent, les gens. Évidemment qu'ils ne sont pas dupes. D'ailleurs, les Français adorent la politique, mais ils conchient les politiques. Ils ne peuvent plus les voir. Parce qu'ils savent que de toute façon, ils se font rouler dans la farine, comme on dit. Voilà.
- Speaker #1
C'est sûr. Alors justement, pour parler en trait politique, on peut parler égo. Est-ce que l'égo pour toi, parce que les politiques ont des gros égos, est-ce que c'est une force ? ou est-ce que ça peut devenir un danger et à quel moment l'ego devient un danger ?
- Speaker #0
D'abord, je crois qu'il faut avoir un ego un peu plus protubérant que les autres pour aller se mettre devant une caméra, devant un micro, face à des gens, aller sur un plateau face aux Français, participer à des débats. Bien sûr qu'il faut avoir un ego un peu surdimensionné. Ça ne fait pas de nous une mauvaise personne, je crois. Parce qu'on peut aussi faire les choses correctement. Moi aussi, j'ai sûrement un égo un peu plus important que les autres. Parce que pendant 20 ans, malgré le trac tous les jours, j'y allais parce que j'étais content. Quand le rouge s'allumait, de raconter aux gens ce qui se passait dans le monde. De poser des questions à des gens hyper intéressants au plateau, etc. Donc oui, il faut un égo. Mais après, on peut le faire aussi pour les gens. Moi, mon kiff, c'était... Je ne voulais pas être reporter. même si j'adore ce métier-là. Je voulais être présentateur pour raconter les choses et faire en sorte que ma grand-mère, quand elle regarde les infos, comprenne exactement tout ce qui se passait dans le monde. Donc je passais beaucoup de temps à essayer de vulgariser. Comment est-ce que je peux dire ça de manière plus simple pour que tout le monde comprenne ? Oui, il faut de l'ego, mais on peut aussi être bien en ayant un ego un peu plus surdimensionné. Et puis j'ai été très content parce que c'est ma nature, je me suis lassé, j'ai été très content pendant 20 ans, je me suis lassé. Et au bout de 20 ans, je dis, mais qu'est-ce que tu sais faire ? Rien. À part cuisiner, mais je cuisine pour les miens. Et puis, très naturellement, je dis, tu vas apprendre aux autres à aller tester leur égo sur les plateaux. Et voilà.
- Speaker #1
Alors, comment on peut survivre à l'exposition ? Parce que c'est vrai que c'est attirant. C'est assez, il y a une adrénaline, tu viens de le dire, la lumière rouge qui s'allume. Mais la chute aussi, si on se loupe.
- Speaker #0
Comme par exemple ? On parle de quoi ? Des politiques ?
- Speaker #1
Non, l'exposition de manière générale, l'exposition médiatique. Beaucoup de gens courent après cette visibilité. Après, il faut savoir gérer la visibilité. Il faut savoir gérer en bas de buzz.
- Speaker #0
Oui, et puis il faut savoir gérer la jalousie.
- Speaker #1
Exactement. Le regard des autres.
- Speaker #0
Le regard des autres. C'est toujours agréable d'avoir des gens qui, quand tu vas justement faire tes courses, le marché, etc. Oh, vous êtes Pascal Humeau, je vous ai vu là. C'est hyper flatteur. Moi, je n'ai pas connu de Star System du tout. J'étais un petit journaliste. Mais c'est déjà hyper flatteur.
- Speaker #1
On te reconnaissait quand même souvent dans la rue.
- Speaker #0
Oui, bien sûr. Ça, c'est les chaînes d'info. Ça fait plaisir, bien évidemment. Le problème, c'est les jalousies et le fait que les gens qui ne t'aiment pas ou qui n'aiment pas les idées que tu véhicules, les émissions que tu présentes, etc., ta façon d'être, vont aussi aller, et tout est possible aujourd'hui, aller fouiller dans ta vie et aller ressortir des petits détails plus ou moins reluisants de ton passé, etc., et les mettre en avant. Et aujourd'hui, le problème, c'est que... n'importe qui peut mettre n'importe quoi, une rumeur, une fake news, comme on dit, etc., sur les réseaux, et ça peut être monté en épingle à une vitesse incroyable, et être préjudiciable non seulement pour toi, mais à la limite, toi tu l'as cherché, c'est toi qui es exposé, mais préjudiciable pour ta famille, pour tes enfants à l'école, etc. Moi je n'ai pas vécu ça, et tant mieux. Mais je sais que pour beaucoup qui sont très exposés, c'est un vrai risque.
- Speaker #1
C'est drôle que tu parles de ça parce que j'ai beaucoup de gens dans mes cercles divers et variés qui voudraient s'engager plus, mais ils n'ont qu'une trouille, c'est ça.
- Speaker #0
Bien sûr.
- Speaker #1
C'est qu'on salisse leurs enfants, leurs familles.
- Speaker #0
Ou qu'on aille fouiller dans leur vie. Oui, on aille fouiller. Moi, je n'ai pas plutôt envie qu'on aille fouiller dans ma vie.
- Speaker #1
Oui, et puis même, c'est vrai. Et donc, c'est dingue cette peur de l'engagement aujourd'hui, en fait.
- Speaker #0
Ben oui, mais on sait où ça mène. Le harcèlement, le cyberharcèlement, c'est quelque chose de terrible. Et tu sais ce qu'on dit, on dit la... La vérité prend l'escalier quand la rumeur ou la fake news prend l'ascenseur. Donc, pour faire ressurgir la vérité après la diffusion d'une fake news, il faut un temps fou. Et d'ailleurs, le plus souvent, ça prend très peu d'espace dans les médias quand c'est relié par les médias.
- Speaker #1
Qu'est-ce que tu recommandes s'il y a une fake news ? Toi, tu recommandes une prise de parole assez rapide ?
- Speaker #0
Ça dépend de la fake news, ça dépend de la personne visée, ça dépend du secteur, etc. Mais moi, je pars du principe. toujours dans le même souci d'authenticité, de sincérité et donc de transparence. Mais transparence, de sincérité, d'authenticité, de tout dire.
- Speaker #1
De ne pas ignorer.
- Speaker #0
Jamais. De tout dire. Je crois qu'on peut tout dire.
- Speaker #1
Non, je suis complètement d'accord avec toi.
- Speaker #0
La question, c'est comment est-ce que je le dis ? Mais ça, ça peut se travailler, ça peut se réfléchir. Mais il faut tout dire. François Fillon. Il a fait des costumes. On s'en souvient. Ça l'a évincé de la course à la présidentielle. OK. Il se trouve que pendant 15 jours ou même 3 semaines, il n'a pas dit un mot. C'est ça qui l'a tué.
- Speaker #1
Oui, bien sûr.
- Speaker #0
Parce que si... Mais dès le jour même, il dit... Oui, alors... Vous vous rendez compte de quoi on parle ? On est en train de parler de 3 costumes qu'on m'aurait offerts. Oui, enfin... Oui, on m'a offert des costumes.
- Speaker #1
Je les rembourse.
- Speaker #0
Oui, oui. Si ça vous pose un problème, voilà, soit je les rense, je les rembourse. Vous êtes... Je suis candidat à la présidentielle et vous êtes en train de me parler de trois costumes. Quand on voit ce qui se passe autour, ces trois costumes sont tellement ridicules, c'est anecdotique. Il aurait désamorcé le truc en deux-deux. Non, il a gardé le silence pendant 15 jours ou trois semaines et c'est ça qui l'a tué. La presse tous les jours, pourquoi ne réagit-il pas ? Que cache-t-il ? Si tu ne dis rien, c'est que tu caches un truc. Donc oui, je crois qu'il faut tout dire.
- Speaker #1
Aujourd'hui, c'est vrai qu'avec les actualités, ce sujet que tu connais bien, je pense que les gens ont peur. Chaque jour, quasiment chaque semaine, il y a un autre truc plus grave. Quelle est ta recommandation aujourd'hui pour l'être humain basique, justement pour vaincre cette anxiété ?
- Speaker #0
Parce que c'est extrêmement anxiogène. Mais ça relève de la même chose. On traite des informations qui interpellent les gens. Mais là, elles interpellent parce qu'elles font peur. Donc, plus ça ira, plus on tendra vers une télé, un traitement de l'information de plus en plus anxiogène. C'est une évidence. On ne parle pas des trains qui arrivent à l'heure. Ça a toujours été le cas, mais ce sera encore moins le cas dans les années qui viennent. Donc, moi, je conseillerais de moins regarder la télé. Voilà, de moins regarder la télé. Éventuellement, de lire les journaux. Et on n'est pas obligé d'acheter un journal dans un kiosque, même si c'est toujours agréable de tenir un journal papier. Mais il y a un abonnement aujourd'hui qui est assez courant, qu'on peut avoir sur son iPad, sur son ordinateur, qui permet d'avoir toute la presse nationale et régionale, comme ça, d'un coup d'œil, de la balayer, de regarder les unes, etc. On est informé, on sait ce qui se passe. Et dans la PQR, la presse quotidienne régionale ou la presse nationale, il y a beaucoup moins de buzz. Il n'y a pas de course à l'image, comme c'est le cas à la télé. Moi, c'est ça qui m'a dégoûté de la télé, d'une certaine manière. c'est que l'image primait sur le faux. Donc, tu passais plus de temps, toi, à te faire maquiller, à t'habiller, à te faire coiffer, etc. qu'à préparer ton journal. J'exagère, mais on n'est pas loin de la vérité. Et l'image primée sur le fond de l'information. Oui, oui. C'est terrible.
- Speaker #1
Non, mais c'est vrai que tu as raison. Moi, qui ne suis pas du tout de nature vraiment anxieuse et qui suis plutôt toujours une éternelle optimiste.
- Speaker #0
Moi aussi.
- Speaker #1
C'est vrai, quand on voit des images en boucle, tu sais, les drones, les machins, les trucs, c'est là qu'à un moment...
- Speaker #0
Bien sûr.
- Speaker #1
Voilà, ça nous prend.
- Speaker #0
Le problème, c'est qu'on laisse les télés allumées devant les enfants.
- Speaker #1
Oui. Alors, ça, c'est une très bonne question sur le conflit actuel.
- Speaker #0
Faut en parler.
- Speaker #1
Je suis d'accord. Parce que moi, résultat pendant les vacances, là, les derniers événements. Un, moi, j'ai besoin que mes enfants comprennent, en tout cas que mon fils qui a 10 ans, que le monde est très fragile, que nous sommes, en tout cas nous, relativement privilégiés. En tout cas, de vivre dans une démocratie, dans un pays en banque.
- Speaker #0
Oui, bien sûr.
- Speaker #1
et donc je montrais les images et de l'autre côté mon mari me disait bon il a 10 ans et je lui disais oui mais c'est aussi la réalité du monde, ils vont en parler à l'école il le ressent donc c'est quoi ton positionnement là-dessus parce que c'est vrai que c'est des jeunes est-ce que...
- Speaker #0
Je vais être tout à fait honnête, nous on n'a pas la télé mais aujourd'hui les réseaux sociaux et mon fils va aussi, il a 10 ans moi aussi, mais il va aussi sur les réseaux sociaux on le limite dans la durée mais il y va sinon il est complètement isolé du reste de ses camarades si tu veux fin Donc il est rentré il y a quelques jours en disant est-ce qu'il va y avoir la guerre en France ? J'imagine que tous les enfants ont posé à leurs parents, tous ceux qui voient les bandeaux, édition spéciale, la guerre en Iran, vers une troisième guerre mondiale. Enfin calmez-vous les gars, calmez-vous. Bon et donc il me pose la question. Là je lui en parle évidemment. Je lui dis mais non, non, il n'y aura pas la guerre en France tant qu'on lui explique ce qui se passe, quels sont les enjeux éventuellement géopolitiques. Le pétrole, pourquoi pas ? La démocratie, peut-être, éventuellement. Mais moi, mon boulot avec mes enfants, c'est quand même... Tu sais, je leur ai toujours dit, et c'est une autre citation de Colette, celle-ci, faites des bêtises, mais faites-les avec enthousiasme. Il y a quelque chose qui me paraît important là-dedans, donc j'essaye de minimiser le truc. Évidemment qu'il peut y avoir des risques d'attentats terroristes en France. Mais je ne veux pas que mes gamins sortent de la maison en se disant... Le monsieur avec le sac à dos, là, non, ça va. C'est pas une vie. Ils en sont conscients puisqu'ils le voient sur les réseaux. Ils savent qu'il y a eu des attentats, ça existe. Il y a toujours un risque, mais c'est pas à moi de remettre une pièce dans la machine à chaque fois. Donc là, non, ça se passe en Iran, il y a une intervention en Iran. Mais il n'y a aucune raison aujourd'hui pour que ça se passe en France. Et puis tu sais, on est une nation puissante.
- Speaker #1
Oui, rassurer nos enfants. Mais bien sûr,
- Speaker #0
c'est notre job.
- Speaker #1
Il y a tout le temps pessimisme.
- Speaker #0
C'est notre job. Il ne faut surtout pas être pessimiste. Comme ils viennent, j'ai un problème. T'as un problème ? C'est quoi ton problème ? Et quand ils n'arrivent pas, puisqu'ils n'arrivent pas à le formaliser, je dis, si t'as pas de problème, on n'en parle même pas. T'arrives pas à le formaliser, c'est qu'il n'y a pas de problème. Et si tu trouves pas de solution, c'est qu'il n'y a pas de problème. Non mais il faut absolument les préserver. Il y a 10 ans, à 10 ans, il faut les préserver les enfants. Les réseaux sociaux s'occupent bien de leur faire peur. à moi d'essayer de calmer le jeu. De les rassurer. Bien sûr.
- Speaker #1
Rassurons nos enfants, rassurons-nous aussi nous-mêmes.
- Speaker #0
Bien sûr.
- Speaker #1
Restons optimistes, authentiques.
- Speaker #0
Oui, tant que possible.
- Speaker #1
Parlons avec le cœur. Est-ce que tu as un dernier conseil à nous donner avant la fin ?
- Speaker #0
Pour moi, soyez vous-même. Les autres sont déjà pris. Vraiment, j'y tiens parce que c'est très important. Et puis, c'est quand même une façon de désacraliser pas mal de choses, si tu veux. Et puis, regardez autour de vous un peu. Regardez ce qu'il y a autour de vous. Regardez les gens qui dorment dans la rue. Regardez justement ce qui se passe en Iran. Pensez aux populations civiles, par exemple. En Iran, il y a des enfants, il y a des femmes, il y a des gens qui n'ont rien demandé et qui, forcément, meurent. Regardez des petits vieux dans la rue. Plongez-vous dans leurs regards. Sentez la solitude dont ils souffrent. Et dites-vous, après avoir vu tout ça, que c'est quand même pas mal de relativiser. Donc, soyez vous-même. Les autres sont déjà pris. Et une autre, si tu veux bien, parce que je t'ai dit que j'étais fan de citations, mais vraiment, elle est de Fontenelle. Ne prenez pas la vie au sérieux. De toute façon, vous n'en sortirez pas vivant.
- Speaker #1
Merci Pascal. C'était un échange passionnant. On vous souhaite un bon repas. Au revoir. Vraiment, bientôt avec nous.
- Speaker #0
C'était un plaisir.
- Speaker #1
Et merci pour tous ces conseils sur le media training.
- Speaker #0
Merci à toi.
- Speaker #1
Si tu as aimé ce podcast, abonne-toi pour ne rien manquer des prochains épisodes. Soutenir Cerveau Puissant. et suivre toutes les actualités, les échanges à venir et les contenus que je prépare pour continuer à nourrir ce qui fait vraiment la différence.