- Speaker #0
Bienvenue chez Cerveau Puissant, le podcast des phrases qui réveillent, un espace où l'on parle de ce qui façonne une vie, des peurs qu'on dépasse, des mots qui sauvent, des chocs qui révèlent, des valeurs qui tiennent debout. Chaque semaine, je vais chercher la phrase fondatrice d'une personnalité, une phrase qui a construit, brisé, transformé ou sauvé. Parce que certaines paroles deviennent des boussoles, parce que tout commence par une prise de conscience, parce que chacun porte en lui une lumière en attente. Et j'ai la chance d'être soutenue pour ce podcast par l'agence de communication Surf.
- Speaker #1
J'interview Adrien Mougenot.
- Speaker #0
Adrien est mon frère. Et avant d'être mon frère, il est un homme qui a traversé quelque chose que peu de mots suffisent à raconter. Il a connu l'alcoolisme. Pas celui qu'on caricature. Celui qui commence tôt, presque sans bruit. Adrien a commencé à boire à 16 ans. Une habitude qui s'installe, qui accompagne la jeunesse, puis la vie d'adulte, sans que l'on sache exactement quand elle a pris le pouvoir. À côté de cela, Adrien avançait, il construisait, il travaillait beaucoup. Formé à Guillon, il s'est forgé très jeune une culture de l'exigence, du service et de la performance. Il a évolué dans l'univers de la restauration, un milieu intense, rythmé, où l'on apprend vite à tenir, parfois à ses dépens. Les années passent, la carrière se structure, les responsabilités augmentent, Adrien entreprend. Aujourd'hui, il est à tête de trois restaurants et d'autres projets sont en cours. À l'extérieur, tout semblait solide, cohérent, réussi. À l'intérieur, quelque chose était fissuré. L'alcool n'était plus une habitude. C'était devenu un refuge, un moyen de tenir, de masquer la fatigue, de rester debout dans un quotidien exigeant. Jusqu'au jour où le corps a parlé plus fort que tout le reste. Adrien pesait alors 140 kg. Il a failli mourir, son foie a lâché, le corps a dit stop, avant que l'esprit... ne puisse le faire. Il aurait pu s'arrêter là. Beaucoup s'arrêtent là. Mais il a choisi autre chose. Il a traversé la honte, la peur, la douleur physique et la chute. Il a perdu 60 kilos. Mais surtout, il a reconquis quelque chose de plus précieux que son corps, sa clarté, sa présence, sa dignité. Aujourd'hui, Adrien est un entrepreneur sobre, un homme ancré. Il continue de diriger ses établissements avec exigence, mais avec une conscience nouvelle. Il sait que réussir sans se respecter est une impasse. Il sait aussi qu'on peut reconstruire sans renoncer à l'ambition. Dans cet échange, nous ne parlerons pas seulement d'alcool. Nous parlerons de pression, de carrière, de l'importance du déni. De ce moment précis où la vie oblige à choisir entre continuer à mourir lentement ou accepter de vivre autrement. Adrien ne va pas nous donner le son, il va nous partager sa traversée. Et parfois, une traversée suffit à rallumer une lumière chez ceux qui écoutent. Adrien, bienvenue chez Savo Puissant.
- Speaker #1
Merci K.
- Speaker #0
Je suis très émue de te recevoir aujourd'hui, on peut comprendre pourquoi. Avant toute chose, chez Savo Puissant, on commence toujours de la même manière. Est-ce qu'il y a une phrase, un mantra que tu peux nous partager aujourd'hui ?
- Speaker #1
Oui, c'est Mère Thérésa qui disait « La vie est un combat, accepte-le » . Et en fait, depuis que j'ai arrêté l'alcool, je vois les choses comme elles sont. Et donc, j'accepte le bonheur de la vie et aussi les embûches qui peuvent arriver.
- Speaker #0
Alors, en France, on sait qu'il y a 40 000 morts par an d'alcoolisme. Est-ce que tu peux nous décrire ce qu'était ta maladie, ton alcoolisme ?
- Speaker #1
Alors, moi, j'ai commencé à 16 ans, je pense, 15-16 ans. Et j'ai tout de suite compris que, dès le premier verre d'alcool, j'ai compris que c'était une chose qui était dangereuse pour moi. Et parce que j'ai été très rapidement addict. Je pense que ça s'arrive, et d'ailleurs j'en suis sûr, c'est les gens qui ont une dépendance affective sont beaucoup plus sujets à être addicts assez rapidement à l'alcool. Donc ce qui reste c'est que moi j'ai eu ce qu'on peut appeler l'alcool mondain. Donc au début, on ne le voyait pas vraiment parce que c'était en soirée, il n'y avait pas d'alcool tous les jours. Mais plus j'étais seul, c'est-à-dire dans mes études, dans mes premiers boulots, et même avec ma femme, l'alcool a pris de plus en plus de place jusqu'à ce que ce soit la seule raison de vivre. À la fin, c'était je ne pensais qu'à ça.
- Speaker #0
Alors est-ce que tu peux... Nous résumer au plus haut de ton addiction, qu'est-ce que c'était une journée type pour toi ?
- Speaker #1
Moi je dirais qu'au plus haut c'était parce que j'ai fait évidemment, j'ai eu des rechutes, parce que j'ai essayé d'arrêter, j'ai essayé d'arrêter, j'ai repris. Je pense qu'au plus haut, je pense que je me levais vers 8h, 9h de la 9h. Là, je buvais déjà des bières, un petit peu de rosé aussi. J'allais travailler une petite heure. Après, j'allais reboire une bouteille. Je faisais une sieste. J'essayais de travailler 40 minutes, mais là, j'étais dans un état vraiment second. Et après, je buvais jusqu'à 3 heures du matin et j'allais me coucher pour refaire la même chose le lendemain. Donc, c'est plus une vie.
- Speaker #0
Et ça, cette période aussi intense, ça a duré combien de temps ?
- Speaker #1
Je dirais que les trois dernières années ont été les plus dures, enfin les trois dernières années de mon alcoolisme. Parce que là, ça va faire la quatrième année que j'entame, la quatrième année de sobriété.
- Speaker #0
Félicitations.
- Speaker #1
Oui, j'en suis assez fier. Et donc, comme quoi, tout est possible. Je crois que c'est les trois dernières années où ça a été le plus dur. Enfin, les trois dernières années de mon alcoolisme, c'est crescendo. Et la dernière année, c'était vraiment la déchéance. Merci. Et là, on ne peut même plus parler de travail. Je ne faisais que de boire de la journée.
- Speaker #0
Alors aujourd'hui, félicitations, ça fait quatre ans que tu es sobre. C'est vrai que c'est un miracle. C'est un miracle d'un côté et de l'autre côté, une grande forme de résilience de ton côté et de décision. Est-ce qu'il faut quand même se rappeler, là, les gens qui vont te voir à l'image, tu pesais 140 kilos, puisque dans cette déchéance, tu ne travailles pas. Tu bois énormément, mais c'est vrai que tu as aussi une hygiène de vie globale.
- Speaker #1
Non, mais j'arrive à régler parce que je suis entrepreneur et j'ai des restaurants. Donc, j'arrive à régler, mais j'ai énormément de chance d'avoir ma femme qui me soutient et qui fait tourner la baraque. Ça, c'est clair et net. Mais c'est vrai qu'au plus mal, je fais 140 kilos. J'ai du mal à... Je commence à avoir du mal à marcher, je ressemble vraiment à un ogre, et je suis vraiment beaucoup moins beau à voir que maintenant, et c'est vrai que je ne me rase plus, j'ai une hygiène de vie qui est vraiment lamentable, je ne fais pas de sport évidemment, parce que quand on fait 140 kilos et qu'on boit, on ne fait plus de sport. Donc c'est vraiment, j'ai vraiment je pense touché le fond, je suis allé jusqu'au bout du tunnel. Quand je n'ai pas fait des choses à moitié.
- Speaker #0
En fait, ce qui est surprenant, c'est que l'alcoolisme, à ce stade-là, c'est un suicide.
- Speaker #1
Alors oui, complètement, parce qu'on ne s'aime plus, on ne s'aime pas, on ne se regarde plus. Et ce qui est vrai, c'est que même le fait d'être enivré, ça ne fonctionne pas. On est très, très malheureux. C'est très dur pour les gens qui sont à côté de vous. Mais c'est vous qui êtes le premier à subir ça parce que vous êtes dans un dégoût total de vous-même. Pour vous mettre dans des états pareils, c'est que vous êtes profondément triste et malheureux.
- Speaker #0
Alors justement, est-ce qu'on peut revenir ? Est-ce qu'aujourd'hui, avec le recul peut-être que tu as, est-ce que tu sais pourquoi la vie t'a amené ou tu as décidé d'aller sur ce terrain-là ? Quelles étaient tes faiblesses, tes souffrances ? Qu'est-ce que tu as pu analyser ?
- Speaker #1
Alors... Moi, depuis ma tendre enfance, je suis quelqu'un de très timide et je pense que... et pas sûr de moi. Et je pense que l'alcool a été un déclic à 16-17 ans pour pouvoir avoir une certaine assurance, croire qu'on peut avoir une meilleure assurance avec l'alcool et débloquer toute cette timidité qui était en moi. C'est vrai qu'au début, ça a été le cas, parce que les rapports avec les femmes étaient beaucoup plus simples. Et en plus, j'ai découvert qu'avec l'alcool, j'avais un peu d'humour. Donc, c'est vrai que je me suis dit que c'était la potion idéale pour avoir une vie sociable plus épanouie.
- Speaker #0
C'est drôle, tu dis avec l'alcool, j'avais un peu d'humour. Depuis quatre ans, comme je suis ta sœur, tu n'as jamais été aussi drôle depuis que tu es sobre.
- Speaker #1
Apparaît-il.
- Speaker #0
Donc finalement, c'est important quand même de dire qu'en étant somme, on peut être très drôle aussi.
- Speaker #1
Oui, bien sûr.
- Speaker #0
Donc à 4 ans, c'est le début de la fin ou le début du recommencement. Alerte rouge.
- Speaker #1
Ce qui se passe, c'est que j'ai déjà, il y a quatre ans, j'ai déjà essayé d'arrêter l'alcool. J'ai réussi pendant un an, mais ça, c'était vraiment une sobriété extrêmement difficile. Je pense que tout alcoolique sait ce que c'est, c'est-à-dire qu'on essaye de ne pas boire, mais on y pense toute la journée. Et donc là, je n'avais pas eu de déclic. Donc j'ai replongé, j'ai replongé deux, trois fois.
- Speaker #0
Combien de cures tu as fait ?
- Speaker #1
Alors j'ai fait deux cures. Je suis allé aussi m'enfermer chez quelqu'un dans la campagne pour essayer de me ressourcer avec un coach. Donc j'ai tout essayé. Mais c'était à chaque fois des conseils de ma famille, une obligation de ma femme, parce que ça n'allait plus du tout. Mais ça n'a pas marché parce que le déclic n'était pas là. Et donc tant que tu n'en as pas le déclic toi-même, L'arrêt de l'alcool est pour moi impossible, malgré tous les efforts faits par ton entourage.
- Speaker #0
Oui, les proches qui te voient souffrir, qui essaient de t'aider, qui te demandent d'arrêter.
- Speaker #1
Oui, parce que là, surtout, c'est que quand les gens, quand les personnes autour de toi veulent que tu arrêtes, tu commences à te cacher. Donc moi, j'ai eu 50 cachettes dans l'appartement, j'ai eu des cachettes à l'extérieur de l'appartement. J'allais boire dans la cave alors qu'il y avait des caméras, alors que je pensais que personne ne me voyait. J'ai fait toutes les cachettes possibles parce que j'avais envie de boire. Et la seule chose qui était intéressante pour moi dans la vie, à ce moment-là de ma vie, c'était de boire.
- Speaker #0
Oui, et puis il y a un moment dans ta vie aussi où tu as évincé les gens. Plus on te voyait comme tu étais, plus après, finalement, tu les as un peu extraits un moment de ta vie.
- Speaker #1
Parce que les gens m'ont vu au meilleur de ma forme, parce que j'ai pris beaucoup de poids aussi. Et ce qui est vrai, c'est qu'au pire moment, je ressemblais vraiment à un ogre. Donc moi, je le voyais et je ne voulais pas que les gens me voient comme ça dans ce malheur. Et ce qui est vrai, c'est que je me faisais même peur à moi-même. Donc je voulais que personne ne me voit.
- Speaker #0
Donc en fait, toi, dans ta maladie, tu étais quand même pleinement conscient. Tu ne te mentais pas à toi-même.
- Speaker #1
J'ai en fait même... Au tout début, même à 19-20 ans, je savais que j'avais un problème avec l'alcool, je savais que j'étais alcoolique. Même si les gens ne l'avaient pas mis dans ma tête, moi personnellement, je l'ai tout de suite senti. Et alors que je l'ai senti, alors que c'est vrai qu'aujourd'hui, j'ai vraiment l'impression que cet alcool m'a volé des années de vie. Je ne sais pas combien, mais je trouve beaucoup trop. Et donc c'est pour ça que j'essaie de rattraper ces années. En ce moment.
- Speaker #0
Alors justement, pour en arriver là, un jour on te dit, là maintenant c'est fini, tu n'as plus beaucoup de temps à vivre.
- Speaker #1
Alors en fait, ce qui se passe, c'est que je suis en vacances avec ma femme. Je vois que je ne suis pas bien déjà physiquement, je suis tout le temps fatigué. Donc évidemment, je rebois pour essayer d'aller bien, etc. En même temps, je me cache parce que ma femme ne veut pas que je bois. Donc mon fils n'a que trois mois. Donc ce qui est vrai, c'est qu'elle est tellement occupée à m'occuper de mon fils que j'ai le temps moi de me cacher. Et en rentrant, je commence à me gratter dans le dos et mes forts. Et deux, trois jours après, je commence à avoir les yeux jaunes. Et donc là, je me dis, réellement, il y a un souci. Et tout de suite, je me dis, là, c'est bon, ça a lâché. Donc je vais aux urgences. Et je me réveille d'urgence et on me dit « Monsieur Mougenot, vous avez deux ans à lire » . Parce que ce qui est vrai, c'est que j'étais jaune et on n'arrivait pas à me stabiliser. Et donc, c'est-à-dire que le foie ne répondait plus. Et donc, à ce moment-là, je me dis que ce n'est pas possible. J'ai beaucoup trop de chance à la base pour que ça se finisse comme ça. Donc, j'ai deux, trois heures où je me sens très fébrile. Et après, je me dis, c'est bon, je vais trouver une solution et je vais y arriver. Je vais y arriver, c'est sûr. Je vais m'en sortir. Mon fils n'a que six mois. Je ne peux pas partir maintenant. Ce n'est pas possible. Et donc, j'avais déjà réussi. J'étais sople depuis deux jours, donc ce n'était pas grand-chose. Mais j'avais ce moment de lucidité où je me suis dit, c'est fini. Et ce qui est vrai, c'est que c'était le vrai déclic. Et depuis, je ne bois plus.
- Speaker #0
Alors, qu'est-ce que tu as fait concrètement ? Là, tu es à l'hôpital. À un moment, tu sors de l'hôpital. Comment tu es arrivé à arrêter cet alcool ? Tu as suivi, aidé, épaulé ?
- Speaker #1
Les trois premiers mois, j'arrête l'alcool, je maigris un peu, mais ce n'est pas non plus exceptionnel. Je ne suis quand même encore pas track, parce que c'est vrai qu'on m'a appris que je n'avais plus que deux ans à vivre. Je vais voir quelqu'un à Paris, on me dit, « Monsieur Mougenot, si vous faites tout au mieux, on vous donne cinq ans. » Donc là, je me dis, peut-être qu'il y a une chance que ça aille mieux. Il y a un autre docteur qui me voit. Moi, je suis assez confiant, hyper cool. Je me dis, je me sens mieux déjà, je me sens mieux. Et là, il me voit, il voit ma... de tête, il voit mes résultats, il me dit « Monsieur Moujnaou, je pense que là, il faudrait aller à l'église. Je pense que la meilleure chose pour vous, c'est d'aller à l'église et de prier. » Donc là, je me dis que là, il y a réellement un... Je ne suis pas non plus sorti d'auberge. Et petit à petit, je commence à aller à la messe, à remarcher plus longtemps, à perdre du poids. Et six mois après, j'ai un deuxième déclic. Et là, c'est le déclic où je vais me remettre au sport. Je suis à la salle pétrière, je me pèse. Et là, je vois, je ne suis plus à 140, je suis à 120. Et là, je me dis, c'est fini là. Je ne vais plus faire, je ne vais plus attendre. J'en ai marre d'attendre. Et là, en six mois, j'ai perdu les 45 kilos qui restaient de perdre. En faisant de la course, en reprenant le tennis. Tous les jours ? Tous les jours, en reprenant le tennis. en mangeant sainement. Et grâce à ça, mon foie est allé beaucoup, beaucoup mieux. Les résultats ont été fulgurants. Le foie est allé de mieux en mieux et commence à se régénérer, ce qui est normalement quand on a une cirrhose, ce n'est pas possible. Et voilà.
- Speaker #0
Ce qui est vrai, c'est que je parle un peu de miracle, c'est que c'est vrai que ton cas est quand même assez rare. C'est-à-dire que le niveau de gravité Merci. d'atteinte du foie. Comme tu dis, les médecins te condamnaient. Alors, tu as eu la chance, je crois, d'être accompagnée par un médecin extraordinaire qui t'a aussi expliqué qu'il fallait travailler des choses, la nourriture évidemment. Alors,
- Speaker #1
il a réparé mon microbiote. Voilà, il a réparé mon microbiote et ça, ça a été très bénéfique. La chance aussi, c'est que j'étais un bon sportif. Donc ça, j'avais encore les bases. Je ne fume pas. Je n'ai jamais fumé. Ce qui est vrai, c'est que quand on a ce genre de maladie, c'est très bon. Et aussi, c'est vrai que les médecins ne pensaient pas que j'allais perdre 40 kilos en 6 mois et enlever toute la fibrose que j'avais.
- Speaker #0
Alors, toi, tu n'as jamais été aux alcooliques anonymes dans ce sevrage ? C'est important de le rappeler, pourtant, ces règles-là, en général,
- Speaker #1
on ne les a pas. Non, mais il y a autre chose aussi, c'est quelque chose qui est très dangereux, que moi, je n'ai pas fait. Mais je pense qu'il y a énormément de gens qui ont besoin de ça. C'est les médicaments. Moi, je n'ai pas pris de médicaments, je n'ai jamais pris de médicaments. Donc, ça a été grave à un moment parce que j'ai fait des déliriums très minces. Donc là, j'ai vu les sorcières, je pense que les gens qui...
- Speaker #0
Tu peux nous expliquer exactement ce que c'est ?
- Speaker #1
Alors on est dans un état où on stoppe l'alcool complètement, notre corps demande tellement d'alcool mais il n'en reçoit plus, qu'on commence à divaguer, qu'on a l'impression de voir des fantômes, des sorcières, des mouches voler, ça dépend des cas, moi c'était des sorcières et des mouches. Et ça c'est très dangereux parce qu'on peut en mourir quand on ne prend pas de médicaments. Donc ça je n'avais pas pris de médicaments. moi je pense que ce qui m'a sauvé aussi c'est d'avoir fait la manière assez radical, c'est-à-dire d'arrêter l'alcool et de ne pas prendre de médicaments pour m'aider à arrêter. Et donc, je n'ai pas pris de choses pour dormir parce que je pense qu'on peut en devenir aussi accro. Et ça, ça a été aussi très bénéfique. Donc, c'est dur au début, mais pour s'en sortir, je pense que c'est la meilleure chose à faire.
- Speaker #0
Et alors, ce qui est très surprenant, c'est que ce que je disais, tu n'as pas été aux Alcooliques Anonymes, ce qui est normalement recommandé. Comment tu l'expliques ?
- Speaker #1
Alors en fait, quand j'ai fait une cure, j'étais obligé d'aller aux alcooliques anonymes et je suis allé aussi aux narcotiques anonymes, alors que ça ne me concernait pas vraiment beaucoup. Mais moi, j'ai toujours senti que ce n'était pas du tout fait pour moi. Par contre, ce qui est vrai, c'est qu'il y a énormément de gens qui s'en sortent grâce à ça. Et j'ai vu, je suis allé voir, j'ai vu aussi qu'il y a plein de groupes différents. et je pense que ça peut être très bien pour des gens. Moi, ce n'est pas parce que j'avais honte de mon alcoolisme et de partager avec les autres.
- Speaker #0
parce que là vous voyez je te le partage avec vous mais pour moi j'en ai pas eu besoin alors ce qui est vrai c'est que peut-être que mon interprétation c'est peut-être que tu l'as dit t'as barré ta femme la famille au fond ne t'a jamais abandonné parce que souvent parfois les alcooliques deviennent extrêmement seuls et c'est vrai que nous on est resté quand même un socle où on t'a entouré, notamment ta femme tu avais ton fils et peut-être que tu avais ce cercle de confiance sur lequel tu pouvais te reposer au début quand tu as arrêté Merci.
- Speaker #1
Oui, et aussi les gens avec qui je travaillais, mes salariés, qui ne m'ont pas jugé. Donc ce qui est vrai, c'est que 90% de mes salariés n'ont pas vu dans quel état j'étais. Et c'est pour ça que je suis très reconnaissant et je pense beaucoup plus humain avec cette expérience. C'est qu'ils m'ont beaucoup soutenu, ma famille m'a aussi énormément soutenu. Et c'est vrai que j'avais aussi mon fils qui était arrivé. Et donc là, je n'avais pas le droit de perdre la bataille. Et ma femme aussi a été un vrai pilier dans cette situation.
- Speaker #0
Et donc, tu vas maintenant assez quotidiennement, tu pries. Tu l'as dit récemment, tu n'étais pas forcément un grand croyant. Mais aujourd'hui, tu es quand même de plus en plus...
- Speaker #1
Ce qui m'est arrivé, c'est vrai que... Maintenant, je crois en beaucoup de choses. Alors moi, je suis très karma maintenant. Alors j'essaie de faire au mieux. Pour moi, le karma existe. Et après, c'est vrai que je suis maintenant devenu, je suis à la base catholique. Je sais qu'il y a quelqu'un maintenant, et j'en suis sûr, avec ce que je vis vraiment. Voilà, j'ai appris en fait à aimer la vie à 39 ans. Et c'est vrai que je pense que c'est en grande partie grâce à Dieu qui m'a donné une deuxième chance pour pouvoir continuer dans cette belle vie qui est pour moi... Je n'ai pas de mots, c'est assez formidable et assez indescriptible ce qui m'arrive en ce moment. Parce qu'à rien, je suis assez content et cool pour pas grand chose maintenant.
- Speaker #0
C'est ce que tu dis souvent. Tu dis souvent qu'en fait, tout à l'heure tu disais que tu avais perdu du temps. mais ce qui est drôle, c'est que... Aujourd'hui, je crois que tu n'as jamais été aussi heureux, aussi vivant et aussi enthousiaste, drôle. C'est vrai que quand on a été comme ça, quand on a des chocs aussi importants et une maladie aussi grave, c'est impressionnant à quel point tu es heureux aujourd'hui, à quel point tu profites de tout.
- Speaker #1
Oui, parce qu'en fait, maintenant, je ne me rends pas compte dans quel point j'étais avant. mais c'est vrai que c'est... Malgré tout, j'ai vécu mon adolescence, mes études et aussi mon début de vie qu'avec l'alcool. Le fait d'être sobre, c'est génial. Maintenant, il me faut juste un petit Barry White et je vais danser jusqu'à 4h du matin. Il me suffit d'une blague d'un de mes employés pour que ça me détende. Voilà, je suis assez... Je suis heureux, mais on ne prend pas grand-chose.
- Speaker #0
Ce qui est important aussi de rappeler, c'est que tes employés t'apprécient énormément. Tu n'as jamais eu l'alcool mauvais. Ton alcoolisme était passif dans le sens où ce n'était pas un alcoolisme agressif.
- Speaker #1
Non, c'est l'alcoolisme quand même du mytho, parce qu'un alcoolique est menteur, parce qu'il raconte des conneries, parce qu'il ne veut pas dire qu'il est alcoolique. Et sinon, j'ai eu l'alcoolisme du dormeur. Donc, j'allais dormir. Mais non, je n'ai jamais été violent. Mais je pense aussi que j'étais l'alcoolisme très triste. Et ça se voyait que je respirais la tristesse toute la journée.
- Speaker #0
Quel conseil tu peux donner aujourd'hui à quelqu'un qui est dans une situation d'addiction ? Quelle est la première recommandation que tu peux lui donner ?
- Speaker #1
Alors déjà, c'est s'écouter soi-même. Il ne faut pas se voiler la face. Si tu sens que tu as un problème, c'est que tu as un problème. Je pense que je ne me suis pas voilé la face, mais je suis allé reculons sur la guérison. Après, ce qui est vrai, c'est que c'est tellement compliqué de s'en sortir qu'il faut essayer de se faire un peu plus de temps. Toutes les choses peuvent être bonnes. Mais je crois qu'il faut croire, même au plus profond du tunnel, je pense qu'il y a une petite chose, moi, j'y crois. Après, l'entourage peut vraiment aider. Et aussi, petit à petit, tu peux... Petit à petit, tu peux... C'est un long chemin. Non, oui, complètement.
- Speaker #0
C'est un long chemin. Et puis, c'est surtout un chemin où il y a des rechutes. Il faut les accepter. À chaque fois quand même que tu tiens sans addiction, ça te rapproche du but, mais il faut accepter. Ça ne va pas forcément se faire en une fois.
- Speaker #1
Non, et le problème avec les rechutes, c'est généralement que les rechutes sont encore plus dures. C'est encore plus dur de retourner à zéro. Et généralement, les reflux sont durs. Donc, il faut vraiment tenir le cap. Moi, j'ai toujours une application, ça s'appelle Sober. Donc, je sais le nombre de jours depuis que je suis sobre. Et aussi, l'argent que je n'ai pas dépensé dans l'alcool. C'est combien à peu près ? Je dépense entre 30 et 35 euros par jour. Donc, tu fais le calcul. Je pense que ça doit faire... 50 000 euros maintenant.
- Speaker #0
D'économiser.
- Speaker #1
D'économiser.
- Speaker #0
Juste la santé est récupérée.
- Speaker #1
Exactement.
- Speaker #0
Qu'est-ce que tu pourrais recommander aux proches ? Parce que c'est vrai qu'il y a aussi une énorme souffrance, on en a parlé, des gens qui aiment les personnes addictes. Quelle est ta recommandation, ton point de vue ?
- Speaker #1
Je pense qu'ils ont besoin aussi de parler, donc c'est bien qu'ils parlent. De ne pas avoir honte aussi ? Non, parce qu'on se rend pas compte le nombre de personnes qui ont ce problème-là. qui ont ce problème le plus ou moins grave. Parce que moi, je suis arrivé à un stade extrême, mais il y a énormément de gens qui sont à la limite. Et donc, ça peut arriver très rapidement. Donc, je pense qu'il ne faut pas du tout... Ce n'est pas une honte à avoir. J'ai l'impression que maintenant, c'est beaucoup plus... Les gens le disent beaucoup plus qu'avant. C'est moins tabou. Mais ça reste quand même dans notre milieu. pour nous c'était Ce n'était pas terrible d'avoir un frère alcoolique, mais en fait, quand tu es guéri, les gens sont généralement très sympas avec toi. Et donc, il faut assumer. Et les hauts, les bas, ça arrive à tout le monde.
- Speaker #0
Est-ce que, justement, en parlant de honte, est-ce qu'il y a une anecdote où vraiment tu as touché le fond, à nous partager, où aujourd'hui, avec du recul, tu te dis... Voilà, comme parfois, on peut s'emmener dans des endroits où on n'a envie jamais de retourner.
- Speaker #1
Il y en a eu plein. Il y en a eu plein parce que déjà, déjà, de boire dans la cave alors que tu as des caméras et que tout le monde te voit, tes employés te voient et que toi, tu penses que tu fais 140 kilos, que tu bois dans la cave, tout le monde te voit. et toi t'as l'impression que personne te voit c'est quand même pas terrible après il y a les cachettes improbables aussi c'est à dire qu'en fait en gros Tu retrouves trois jours après des bouteilles dans des endroits où tu te dis mais jamais j'aurais pu les cacher dans cet endroit.
- Speaker #0
Parce que quand on boit énormément, on perd souvent la mémoire. Ah oui,
- Speaker #1
complètement. On perd la mémoire. On a des blackouts. Mais des moments de gêne, j'en ai plein.
- Speaker #0
Merci de nous avoir partagé tout ça. Comment tu sais aujourd'hui ? Est-ce que tu es persuadé que tu ne rebuveras, que tu ne toucheras plus jamais à l'alcool ?
- Speaker #1
Ah mais j'en suis persuadé. Moi, il y a un mois, il y a mon fils qui a eu une convulsion fébrile, donc en fait une forte fièvre. Et ça, on ne savait même pas ce que c'était. Et donc on avait cru qu'on a cru sur le moment qu'il allait mourir au ski. Donc il s'est fait litroyer en hélicoptère, à l'hôpital, etc. Et ma sœur m'a posé la question, elle m'a dit mais... Même quand tu as cru que ton fils allait mourir et que tu étais tout seul à l'hôtel, et que ta femme n'était pas là, tu n'as pas voulu te faire une petite coupe de champagne. Je lui ai dit, mais je n'y ai même pas pensé. Pour moi, alors que je vis avec beaucoup d'alcool autour de moi, je n'en ai aucune envie. Et vraiment, je pense que quand tu as fait le deuil, tu l'as vraiment fait.
- Speaker #0
Tu l'as sorti de ton esprit comme si finalement, il n'avait jamais existé dans ta vie.
- Speaker #1
Exactement.
- Speaker #0
Bravo, félicitations.
- Speaker #1
Merci.
- Speaker #0
Je suis la preuve, j'atteste que tout ce que tu dis est totalement véridique. On nous a questionné un moment sur ta perte de poids, pour savoir comment tu avais, est-ce que tu avais des substituts ? Tu as vraiment perdu du poids pour le sport ? Le sport, beaucoup de sport et l'alimentation et aussi un microbiote complètement nickel.
- Speaker #1
Alors aujourd'hui, tu continues quand même à avoir des prises de sang pour être sûr que ta santé est stable tous les six mois ?
- Speaker #0
Alors là, je n'ai plus aucun signe de la maladie. Donc là, pour les médecins, je suis guéri. Mais j'ai quand même un dépistage tous les six mois du cancer du foie. Mais c'est vraiment... de la prévention, parce que tout le monde peut l'avoir, le cancer du foie, mais des gens comme moi ont plus de chances de l'avoir. Et donc, c'est pour ça qu'ils le font.
- Speaker #1
Merci d'avoir nous avoir raconté tout ça. C'est un vrai message d'espoir. Moi, ce que je souhaitais partager aussi, c'est que depuis qu'il t'était arrivé tout ça, tu es une... Je suis extrêmement admirative. Et c'est aussi pour ça que j'ai lancé Cerveau Puissant. C'est pour raconter des histoires touchantes. de résilience, que tout est possible dans la vie et qu'il faut croire au miracle, quel qu'il soit. Qu'on croit ou qu'on ne croit pas, ça existe réellement. Et moi, je sais que tu as été une lumière pour toute la famille. On n'y croyait en vrai plus beaucoup. Et tu nous as redonné énormément d'espoir et tout ça, tu l'as fait tout seul. Merci pour ce beau témoignage.
- Speaker #0
Merci.
- Speaker #1
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