- Speaker #0
Bonjour, bienvenue chez Cerveau Puissant, un podcast né d'une intuition. Rien ne commence jamais comme on l'imagine. Ni par une réussite, ni même par une décision, mais plus souvent par une faille. Et aussi, et heureusement, des prises de conscience qui transforment. Ici, les trajectoires de nos invités ne sont pas là pour nous impressionner, non pas du tout. Elles sont là pour comprendre et pour se rappeler surtout que tout peut se transformer. que tout peut toujours tout changer. Et Nora Malagré, bonjour ! Bonjour, Elsa Boulos ! Mais oui, j'essaie de faire l'introduction assez près, comme ça. Vous êtes très polie, madame. Oui, je suis très polie avec toi. On se connaît depuis très longtemps, mais je suis très heureuse de te recevoir sur Cerveau Puissant, parce qu'aujourd'hui, on va parler de plusieurs choses. En fait, je m'arrête, je fais un blanc. Je trouve qu'on ne célèbre pas assez. Tu vois, souvent, on sort des choses et on réussit des choses, on ne les célèbre pas. Et toi, il se trouve, Enora, que quand même, après plusieurs années, je dirais, où tu as eu envie d'être comédienne et on ne te laissait pas la place, eh bien, tu l'as été cette année. Tu as été journaliste pendant longtemps, mais pareil, on ne te laissait pas beaucoup de place. La place que je voulais. La place que tu voulais. Et aujourd'hui, tu l'as eue. Et puis, tu es réalisatrice de documentaire. Un documentaire qui cartonne. cartonne sur France Télé. Et ça, quand même, c'est extraordinaire. Comment il s'appelle ton documentaire ? Pourquoi t'as pas d'enfant ? Pourquoi t'as pas d'enfant ? Une question que je vais te poser après. Et puis, tu as ce livre-là, du même titre, qui va avec, en fait, le documentaire, mais qui n'est pas vraiment... C'est un prolongement. C'est un prolongement du doc.
- Speaker #1
C'est vrai.
- Speaker #0
Alors, la question. Pourquoi t'as pas d'enfant ? C'est une question qu'on m'a beaucoup posée et qui n'est pas malveillante. mais qui est un peu maladroite en fait.
- Speaker #1
C'est pour ça que j'en ai fait un doc et un livre. On me l'a trop posé. Alors pour ma part, je n'ai pas d'enfant parce que j'ai de l'endométriose. C'est la première cause d'infertilité en France. Mais quand on me posait cette question, en fait, ça réveillait mon parcours de souffrance parce que moi, j'en ai quand même bien bavé. Tu le sais. J'ai essayé d'en avoir des enfants. Rien n'a fonctionné. Et puis j'ai décidé, ça n'a pas été simple, de faire le deuil de la parentalité. Ça, ça a été très long, ça a été un processus très long. Mais donc cette question, à chaque fois qu'on me posait, s'empiternellement, en famille, avec mes amis, au boulot, à chaque fois, vraiment, ça me remettait dans ce parcours que je retraversais l'espace d'un instant. Et puis pour celles qui n'ont jamais voulu en avoir des enfants, ça nécessite qu'elles se justifient.
- Speaker #0
Et puis surtout, elle n'existait pas, en fait. Moi, oui, je me suis rendue compte que jusqu'à ton document, jusqu'à ton documentaire... qui m'a moi-même fait me remettre en question. En fait, finalement, on ne laisse pas la place à ces femmes-là d'exister. Elles sont hyper invisibilisées parce qu'en fait, c'est un peu les dernières sorcières, tu vois. C'est qu'on estime qu'une femme qui ne veut pas d'enfant, qu'on n'en a jamais voulu, on trouve que c'est louche.
- Speaker #1
Forcément, elle est trop carriériste,
- Speaker #0
en tout cas certainement égoïste.
- Speaker #1
Elle n'a pas trouvé le ou la bonne partenaire. Elle terminera tout seule avec ses Ausha. Il y a encore vachement cette imagerie collée à la femme qui n'a jamais voulu d'enfant. Nous, celles qui n'ont pas pu en avoir, on bénéficie quand même un peu d'une forme de compassion. Ce qu'on a essayé, il y a de la souffrance. Mais celles qui n'ont jamais voulu en avoir, c'est pour ça que j'ai prolongé, moi, dans mon bouquin, leur parole. Parce que c'est leur parole qui, pour moi, est nécessaire, militante. Pourquoi ? Parce que c'est une parole affranchie de femmes libres qui n'ont donc pas envie de se justifier. Ce sont des femmes qui n'ont jamais ressenti le besoin de se prolonger dans une petite personne, d'avoir des enfants qui n'ont pas l'instinct maternel, comme quoi ce n'est pas forcément obligatoire d'avoir l'instinct maternel. Et ce qui nous permet aussi un peu de balayer cette injonction et ces idées reçues sur ce qu'est une femme. Une femme n'est pas forcément une femme qui est enfante, c'est une femme.
- Speaker #0
Et d'ailleurs, on les appelle les « child free » . Oui, avec un accent anglais.
- Speaker #1
« Child free » . Je sais que tu es bilingue.
- Speaker #0
« Child free » . Oui,
- Speaker #1
libres d'enfants. Elles sont libres d'enfants. Ce qui est plutôt assez, je trouve assez marrant, la traduction française, c'est que oui, quelque part, de ne pas avoir des enfants, ça rend aussi peut-être, peut-être. un peu plus libre. Pas forcément. Et puis surtout, moi, je m'en prends plein la tronche en ce moment parce que comme je fais beaucoup de promos pour le doc et pour le bouquin, on me dit « Oui, tu incites les femmes à ne pas faire d'enfants. » Et bien du tout. Moi, je me réjouis quand mes copines ont des enfants. Maintenant, ça va se voir être le cas. J'étais jalouse avant. Mais en fait, t'as envie d'avoir des enfants, c'est merveilleux si t'as ça dans le ventre. Mais si t'as pas ça dans le ventre, mais t'as aussi une vie hyper joyeuse et riche qui s'offre à toi. Tout va bien. On fait ce qu'on veut.
- Speaker #0
Mais d'ailleurs, il y a quelque chose qui m'a beaucoup touchée dans ce livre. Au départ, tu dis, il y a des matins où je me réveille avec un creux dans le ventre. Pas une douleur, un vide. Et puis, quelques pages plus loin, tu dis, parce qu'au fond, mon vide n'est pas un échec, c'est un espace. Et j'ai bien l'intention d'y faire pousser autre chose. Donc en fait, c'est quand même très joli. C'est-à-dire, tu expliques le vide. C'est la quête. C'est la quête.
- Speaker #1
En fait, tu vois, c'est au fil des pages. Ça a été pareil dans le doc. C'est qu'au début, vraiment, ce vide, il était dur. en tant qu'amie je t'en ai aussi beaucoup parlé moi j'étais très très très malheureuse j'ai même pratiquement basculé vers la folie qu'est-ce que ça veut dire basculer vers la folie ? par exemple je me punissais beaucoup ce corps qui n'empendait pas je comprenais pas pourquoi ça fonctionnait je sais que tout le monde n'est pas sur moi donc j'ai été dans des addictions je me tapais le vent, je me griffais le ventre je... Je mangeais beaucoup pour avoir un gros ventre. Je mettais des coussins aussi sous les vêtements pour mimer le ventre des femmes enceintes. Et je me regardais dans la glace et j'imaginais. J'achetais des tests de grossesse alors que je savais que je n'étais pas enceinte. Mais pas un geste pour aller voir la dame. C'est faux. Pour aller voir la dame et lui dire, tu vois, j'en suis encore émue de le raconter.
- Speaker #0
Mais oui.
- Speaker #1
C'est faux. L'en dire, je voudrais un test de grossesse. C'est pas enceinte. Donc, si tu veux, c'est aller quand même à un niveau un peu psychiatriquement, c'est un peu lié.
- Speaker #0
C'est-à-dire que tu as acheté le test de grossesse et tu le ramenais chez toi ?
- Speaker #1
Alors, parfois. Non, mais attends. Je le ramenais chez moi, je ne l'ouvrais pas, je le laissais tout de suite. C'était juste pour faire semblant d'être, de faire partie de cette meute de femmes qui pensaient qu'elles étaient enceintes et donc de faire comme les autres. Et parfois, je savais que j'étais enceinte, je pissais dessus quand même. Mais non, je ne peux même pas t'expliquer parce que c'est tellement fou. Bien sûr que c'est une anecdote parmi mille autres. Et je te passe les nuits sans sommeil. Je te passe les moments où je prenais le métro, où je regardais les poussettes, les femmes enceintes, avec, je te le dis, une envie de les massacrer tellement j'étais dévorée par la jalousie et par l'envie. C'est-à-dire que c'était une obsession. Je pensais qu'à ça toute la journée. Et je ne le disais pas. Je ne disais pas à mes amis, je ne me plaignais pas et tout. C'était à l'intérieur de moi, ça me dévorait. Donc en fait, ça dévorait le vent, donc ça creusait encore plus le vide. Tu vois, je sentais comme des petites mains qui faisaient ça. Et effectivement, au fur et à mesure, je me suis dit, mais en fait, non, je ne suis pas vide. Et je vais effectivement faire pousser autre chose. La création, n'importe quoi. Et puis aussi, rien. C'est ça que j'ai appris avec le livre et le doc. C'est d'arrêter d'être obsédé aussi par le souci de la transmission ou de compenser par autre chose. Non, rien.
- Speaker #0
Je n'ai pas d'enfant, point.
- Speaker #1
Et je ne vais pas essayer de le réparer par autre chose ou de le compenser autrement.
- Speaker #0
Et alors, il y a quelques... Tout est parti aussi. Il y a quelque chose qui t'a bien énervé. C'est le 16 janvier 2024. Emmanuel Macron annonce quelque chose. Et là, vas-y, je te laisse.
- Speaker #1
Il annonce le fameux réarmement démographique, parce que selon lui, on fait moins d'enfants, ce qui n'est pas loin d'être faux. Après, il a oublié d'interroger les démographes français, qui font un travail formidable, qui nous disent, oui, mais il n'est pas temps de s'alarmer. On en fait plus tard, autrement. Et donc là, d'un coup, avec ce champ lexical très bilicu, très patriarcal, il nous enjoint à faire des enfants. Réarmement, démographie. Et moi, vraiment, je te jure, je suis devant ma télé. Alors peut-être parce que je sais pas, j'étais pas bien lunée ce jour-là. Je prends ça comme un uppercut. J'ai les larmes aux yeux. Tu te rends compte ? Je me dis, mais en fait, moi je suis quoi ? Je suis la femelle défaillante ? Il ne participe pas à l'effort de la nation, à l'effort de guerre, puisqu'il utilise en plus un champ lexical. Oui, quand même un peu, voilà. Et en plus, ce gars-là me dit ça, ce président de la République. il n'a pas d'enfant, il n'a plus de culotté quand même. Et en plus, il prolonge là cette pensée, puisqu'il ne va pas tarder à envoyer des lettres aux jeunes de 29 ans pour leur dire, faites des enfants. Et en fait, c'est insupportable. Ce que dit d'ailleurs Françoise Vergès,
- Speaker #0
dans le bouquin,
- Speaker #1
et dans le livre de mon père,
- Speaker #0
qui est politologue française,
- Speaker #1
et qui, en fait, c'est quoi ces hommes qui, depuis la nuit des temps, se mêlent du ventre des femmes et se mêlent du corps des femmes. Il me semble que mes amis, quand elles veulent avoir des enfants, elles savent quand elles auront des enfants. Et puis si on veut des enfants pour réarmer le pays, il faudrait aussi qu'on mette en place ce qu'il faut dans ce pays pour les accueillir, ces enfants tant désirés. Or, on le sait, la France ne va pas très bien économiquement. Les services publics français sont à l'agonie. Donc, on n'a pas tellement de quoi accueillir les enfants. Donc, je suis complètement en compréhension, en empathie avec ces femmes qui se posent par deux fois la question maintenant. Bien sûr, et puis sans compter les problèmes écologiques et tout. Donc si tu veux, mollo, polo ! Et puis surtout, elles savent, nous savons, on veut des enfants, on sait faire, on ne veut pas...
- Speaker #0
Moi, ce que je voudrais savoir, c'est parce qu'en fait, quand même, ce documentaire, quand il est sorti là, il est sorti quand exactement ? Il y a deux mois ? Il y a deux mois, il y a un succès énorme, complètement fou. Donc, ce qui veut dire que ça intéresse, ce qui veut dire que... Parce que c'est un des sujets quand même les plus tabous, finalement. Parce qu'on a parlé des règles grâce aux réseaux sociaux, on a parlé du postpartum... Grâce à toi et à d'autres femmes avec toi, le lendemétrio, grâce à toi de la ménopause et grâce à moi de la ménopause. C'est vrai, sa petite pierre à l'édifice, mais c'est vrai qu'il y avait toujours cette invisibilité de ces femmes qui ou ne veulent pas d'enfants ou ne peuvent pas en avoir. Donc c'est vrai et tu sais que j'ai galéré à le vendre ce doc. Ah non, je ne sais pas. Personne n'en voulait. Ah oui. C'est ça qui m'a rassurée.
- Speaker #1
Je ne sais pas que 10 ans que je porte cette parole toute seule. Là, je suis très contente que tout le monde s'en empare. Je me dis, OK, j'ai bien bossé, mais moi, il y a dix ans... En fait, je l'ai écrit il y a un peu moins de dix ans, mais il était déjà dans ma tête. Après mon premier livre, Un cri du vent, puisque c'est... Un cri du vent. Le premier livre, c'est sur un dométrio,
- Speaker #0
c'est ça.
- Speaker #1
J'ai autrement, d'ailleurs, dans le premier bouquin, à dire, et puis en plus j'en ai marre qu'on me dise quand est-ce que tu vas avoir des enfants. À l'époque, quand j'ai écrit le premier bouquin, j'en voulais encore des enfants. Et je dis déjà dans le premier livre, est-ce que vous pouvez arrêter de me poser cette question, parce qu'il se trouve que moi je suis en galère. Et donc j'avais l'idée, juste après le premier bouquin, de parler de cette question. qui m'agacent, pourquoi t'as pas d'enfant ? Je vais voir, je ne sais combien de boîtes de production, je ne sais combien de chaînes, ils me disent, la plupart, pardon, des hommes me disent, sujet de niche, il y en a même un qui me dit sujet de gonzesse, qui trahit son âge. Personne n'était pas de première fraîcheur. Sujet de gonzesse, j'étais là, ok, une boîte de prod, deux boîtes de prod. Et après, heureusement, j'ai rencontré ma productrice que tu connais et que j'adore, Gaëlle Chauvin, qui m'a dit, non mais non seulement c'est un sujet incroyablement intéressant, Mais je pense que c'est le moment, là. Il faut y aller, parce qu'effectivement, tu vas pouvoir peut-être enfin faire le docu que tu avais vraiment dans la tête, parce qu'avant, les esprits étaient un peu étriqués. Et donc, elle a eu le même flair que moi. Et heureusement, France Télévisions a dit OK. Mais France Télé, j'avais déjà été les voir avant. Il y avait d'autres dirigeants qui avaient dit non. Et la nouvelle direction a dit oui, mais tu vois, ça a été une erreur. C'était une vraie mal-savoir. Ça a duré des plombs. Je te dis ça pour corroborer ce que tu dis, que c'était un sujet. Oui. tabou, alors que en fait, quand on y pense, c'est très simple à déconstruire tout ça. Et puis moi, je ne dis pas que il ne faut pas poser la question. En fait, j'ouvre un dialogue. Soyons bienveillants les uns avec les autres. Juste, voilà, c'est tout.
- Speaker #0
Il y a aussi une chose que tu dis, et en plus, c'est une question que moi, je t'ai posée et ensuite, je m'en suis tellement voulue et que je t'ai posée à plusieurs reprises. Il y a la première question, c'est « Pourquoi tu n'as pas d'enfant ? » Et la deuxième question, c'est Mais tu ne veux pas en adopter ? Et moi, je t'ai posé cette question aussi, plusieurs fois.
- Speaker #1
Et cette question, elle est difficile aussi, elle est douloureuse. Et c'est vrai que les gens ne comprennent pas beaucoup. Déjà, on n'adopte pas comme on achète un pack de lait. C'est-à-dire qu'on ne se lance pas dans l'adoption. Ce n'est pas léger du tout, les parcours d'adoption. Surtout en France, je dirais. Enfin, pas que, mais notamment en France. Et puis, il y a deux choses. Déjà, c'est très long. Quand on décide de partir vers l'adoption, c'est qu'on a déjà traversé un parcours très difficile qui a été souvent très long. Oui, il parle des parcours PMA, de progression médicale. Que toi, tu as fait. Que j'ai fait. Par deux fois et qui n'ont pas abouti. Et donc du coup, en fait, tu es épuisé déjà. Tu es épuisé mentalement, tu es épuisé physiquement parce que ça ne laisse pas indemne. Et donc, est-ce que tu as envie de te remettre dans ce parcours-là qui va être long, semé d'embûches qui potentiellement peut aussi ne pas fonctionner ? D'accord. Et puis après, l'adoption, ce n'est pas pour tout le monde. C'est très intime. Adopter, ce n'est pas enfanter. Pardon, mais c'est un fait. Donc, est-ce que tu te projettes dans cette parentalité-là, qui est une parentalité différente, merveilleuse, mais différente ? Moi, je me suis évidemment posé la question. Je ne me suis pas sentie capable. En fait, moi, je m'imaginais très bien parent d'un enfant adopté. Mais alors moi, c'est-à-dire que si on m'avait dit que j'étais dans un tel état mental, que je me suis dit, si jamais on me dit... Ça marche pas, le petit enfant, il va... En fait, j'aurais pas pu encaisser le moindre non et le moindre échec tellement j'étais épuisée mentalement. Donc je me suis dit, en fait, j'arrête tout. J'arrête tout et je choisis la vie sans enfant. Ça n'a pas été simple. Aujourd'hui, j'ai encore des petits moments où ça pique un peu.
- Speaker #0
Et est-ce que ce documentaire, justement, a permis une bascule de mieux-être ? Vachement.
- Speaker #1
En fait, ça a été hyper thérapeutique. C'est-à-dire qu'en fait, à force de rencontrer des gens, ma meute à moi, celle qui ne pouvait pas en avoir... et qui ont franchi la marche supplémentaire que je n'avais pas franchie, ça m'a aidée. Et pour terminer, la parole des femmes libérées qui n'en ont jamais voulu, ça a vraiment achevé ma thérapie. Je suis sortie de là en disant, en fait, c'est bon.
- Speaker #0
Je suis hyper en phase avec moi-même. Ça sera sans enfants et ça sera super cool. T'as interviewé Marianne James, Béatrice Dalle. Alors elle, elle est catégorée. Elle est drôle. Elle est très drôle. Elle est immense.
- Speaker #1
Elle a dit non, c'est-à-dire que moi je ne suis pas faite pour ça.
- Speaker #0
Pas du tout. Je suis mon propre enfant. Je n'ai qu'une vie. Personne n'a le droit de me dire ce que je dois faire, ni de vivre à ma place. Pas du tout. Alors que Marianne James, elle dit j'aurais aimé, j'en ai rêvé. J'étais petite, je me disais oui. Et puis finalement non, en fait.
- Speaker #1
C'est la vie qui lui a appris qu'elle ne serait pas mère. C'est assez beau, en fait. C'est la vie qu'elle a choisie, cette vie d'artiste flamboyante, une femme libre aussi, les rôles qu'elle a campés, qui lui ont fait comprendre qu'en fait, son destin n'était pas celui d'être mère. Et il ne faut pas perdre trop de temps quand c'est comme ça. Moi, j'ai perdu du temps. J'aurais bien aimé qu'on me dise un peu avant, que ce soit ou les médecins ou les copains. Tu sais quoi ? Arrête, en fait. Arrête d'avoir envie de ça, ce n'est pas ton endroit. J'aurais perdu moins de temps. Oui, mais ça veut dire quoi ? Ça veut dire quoi perdre du temps ? Ça veut dire des années de souffrance, ma chérie. J'allais dire, tu ne te rends pas compte. Si, tu te rends compte. Mais je veux dire... Oui, mais en fait, c'est des... Alors, je ne parle même pas du parcours PMA. Parce qu'il faut être d'une solidité à toute épreuve. Ton coup peut éclater au milieu de tout ça. Mais en tant que femme, c'est-à-dire que moi, j'ai perdu... Regarde, les anecdotes que je t'ai racontées sur la façon que je me suis fait souffrir.
- Speaker #0
C'est atroce. Il y a eu les fausses couches.
- Speaker #1
Oui, les arrêts naturels de grossesse. Les arrêts naturels. mais en fait... Je me serais épargnée ça. Mais moi, ça, c'est des... Tu vois, ça y est, je suis fatiguée en plus.
- Speaker #0
Mais tu peux pleurer ici,
- Speaker #1
c'est une safe place. Ah, putain. En fait, comme je suis en fin de... Je vais répéter en plus ça. Ce sont des traumatismes que je porterai en moi toute ma vie. Toute ma vie. Je serai celle qui a fait ses arrêts naturels de grossesse. En fait, ça ne laisse pas du tout indemne. Donc j'aurais bien aimé ne pas passer par là. Enfin, je veux dire, c'est hyper violent, quoi. Et je sais que ça, c'est en moi pour toujours. Je ne suis plus la même Enora qu'il y a dix ans. Je l'aimais bien, moi, celle d'il y a dix ans, qui s'en foutait un peu de tout, qui était un peu légère et tout. Alors, je l'aime bien, celle d'aujourd'hui, qui est plus solide et tout. Mais ce par quoi je suis passée, franchement, je le souhaite à personne, quoi. C'est pas ça, la vie.
- Speaker #0
Alors comment on se fait aider justement pour passer par ce petit ?
- Speaker #1
Alors on se fait aider, alors ça c'est très personnel parce que toutes les femmes childless, childfree encore moins, mais n'ont pas besoin d'un psy, je veux dire c'est pas une maladie. Moi j'ai eu besoin d'une thérapie, ça c'est sûr, mais alors ce qui est fou c'est que dans mon isolement, parce qu'à un moment je n'en sortais plus du tout, même la thérapie ça ne marchait pas, les copains, il n'y a pas tellement de compassion, c'est dur, les gens ne comprennent pas.
- Speaker #0
Non, même moi je n'ai pas compris.
- Speaker #1
Si, t'as compris, parce que des fois t'es hyper empathique et tout, mais oui, pas tout. Vous ne comprenez pas tout et c'est normal. Vous ne comprenez pas par exemple que la fête des mères pour nous c'est horrible, quand on voit toutes les réseaux sociaux, les vidéos des enfants qui vont à l'école, les rentrées à la fac, tout ça, ça peut... Le bac, le bac, putain mais moi je vois ça, je coupe le téléphone quoi, c'est... Moi maintenant ça va mieux mais c'est violent. Bref. Et ce qui m'a aidée, moi, dans mon désert, c'est une association. Nous, on vient du maillage associatif, donc on sait à quel point ce sont des relais précieux pour les femmes et les hommes qui sont en souffrance. Donc je me tourne, logiquement, vers une asso. Je regarde une, ma chérie. Il n'y a qu'une association. Alors maintenant, il y en a peut-être deux. À l'époque, il y a quelques années, une asso qui aide les femmes childless comme moi qui n'ont pas réussi à en avoir et qui veulent se mettre le deuil dans la parentalité. Je lui dis, c'est une vanne. Donc c'est des groupes de paroles, coup de bol et à côté de Paris. Imagine si c'était à Montpellier.
- Speaker #0
Oui.
- Speaker #1
Bon, compliqué, tu vois. J'y vais et je rencontre Sandrine Dumont, la présidente de l'assaut à Pimois, et qui fait des zooms one-to-one, tu vois, des groupes de paroles, soit aussi par zoom, soit en présentiel et tout. Et puis, voilà, des trucs tout pète, qui te mettent en relation avec un notaire. Parce que toi, tu te dis, quand je serai, je vais vieillir toute seule. Autant te dire qu'il n'y aura pas grand-chose à léguer. Tu sais ?
- Speaker #0
Mais Marianne James, elle raconte ça aussi. Elle dit que justement, elle a vu un autarque. Voilà, c'est ça.
- Speaker #1
Non, mais c'est des trucs comme ça concrets. Et puis, c'est quelqu'un qui va te dire, tu ne vas pas terminer toute seule à l'EHPAD. Arrête d'être obsédée par ça, tout va bien. Et puis, on ne fait pas des enfants pour qu'ils viennent te visiter à l'EHPAD, etc. Et donc, on fait des groupes de paroles et je rencontre des femmes qui sont comme moi, qui ont galéré, qui ont eu du chagrin. et qui sont moins en chagrin maintenant. Et c'est pour ça que j'avais à cœur de créer une séance, comme j'en ai à laquelle j'avais assisté aussi, une séance qui ouvre mon documentaire, parce que cet assaut et cette femme, Sandrine Dumont, Alors ça va te paraître très excessif, mais elle a sauvé une partie de ma vie. Pas toute ma vie, mais elle a sauvé une petite partie de ma vie. Une petite partie qui était en train de se noircir. Je commençais à être un peu aigrée en plus moi. Parce qu'à un moment, tu sais, ton chagrin laisse face à la colère.
- Speaker #0
Bien sûr. Et la culpabilité ?
- Speaker #1
La culpe aussi à mort. La culpe, ça, ça a été ma meuf pendant très longtemps. Mais surtout, je devenais aigrie sur ce sujet. Donc, tu vois Sandrine qui c'est un soleil qui te dit... Elle-même a eu un parcours. Elle a eu le même que le mien. C'est vraiment que des femmes qui n'ont pas réussi à avoir des enfants et qui, du coup, à un moment donné, mettent une croix dessus. Et qui te prouvent que la vie sans enfant, ça peut être très cool. On part en vacances, heure scolaire. C'est moins cher. Tu vois ce genre de truc ? Mais non, mais c'est bête ! Tu sais, à la fin de la réunion, on fait « Qu'est-ce qui est cool quand t'as pas d'enfant ? » Alors que tes copines, elles en ont. Bah moi, par exemple, je me lève pas à 7h du mat'.
- Speaker #0
Ouais, c'est ça.
- Speaker #1
Comme toi. Enfin, moi, c'est 6h30. Ouais, bah c'est bon. 6h30 ! Non mais tu vois, moi, je peux sortir avec mes copines la veille, me mettre une petite Ausha, et le lendemain matin, je dois pas me réveiller pour amener les gosses à l'école. Je peux partir en vacances hors scolaire. Quand il y a des enfants qui crient dans le train, je vois les pauvres mamans qui sont hyper gênées, c'est à de leur faute, et les regards jugeants. Moi, j'ai pas d'enfants. Donc, personne ne me regarde. Non, mais tu vois, il y a mille... En fait, il y a mille anecdotes qui peuvent paraître hyper futiles, là, comme...
- Speaker #0
Non, mais...
- Speaker #1
Et qui, en fait, sont des toutes petites... Des petits leviers de joie.
- Speaker #0
Bien sûr.
- Speaker #1
Tu vois, qu'on fait en séance pour se dire... C'est un peu couillon, mais en fait, ça n'allait pas tant que ça. Et en fait, ça te fait sourire, ça te fait sourire. Bien sûr, et ça te fait rire après.
- Speaker #0
Ouais, ouais.
- Speaker #1
Et après, je me relève.
- Speaker #0
Et je me demandais si le fait de te vouloir aussi devenir comédienne, d'être sur scène, c'était pas aussi un moyen... Pas un moyen, mais une manière de remplir aussi, de créer différemment.
- Speaker #1
Alors moi, je suis comédienne depuis 20 ans. J'ai été comédienne avant d'avoir un désir d'enfant. En revanche, ce que je peux te dire par contre, c'est que si je n'étais pas comédienne, je pense que j'aurais sombré plus vite. La création, en fait, répare.
- Speaker #0
Oui, c'est ça. Ça peut transformer la douleur.
- Speaker #1
Répare tout. Mais en général, tu le sais aussi, l'écriture, ce qu'on crée toutes. Oui, oui. Moi, si je n'avais pas ça, j'aurais vraiment sombré. Ça m'a sauvée. Quand j'étais vraiment dans ces années hyper noires, là où je me faisais du mal, je savais que le soir, j'étais sur scène. Je me souviens d'une époque où je jouais la dame de chez Maxime. C'était il y a quelques années maintenant, peut-être huit ans. Mais je ne peux pas te dire. C'était ma seule bulle où je me sentais bien. Tout le reste de la journée n'était qu'autodestruction, pleurs, aigreurs, etc. J'avais deux heures et demie le soir où je pouvais respirer, ça m'a sauvée. Donc heureusement qu'il y a, en tout cas me concernant, le théâtre, ça c'est une certitude.
- Speaker #0
Qu'est-ce que tu dirais, c'est une question un peu bateau, mais je me la posais quand même, qu'est-ce que tu dirais justement quand tu dis j'ai perdu du temps ? Qu'est-ce que tu dirais à la Hénorade il y a dix ans ?
- Speaker #1
Voilà, c'est une bonne question. Elle est profonde ta question en fait, parce que je crois que je lui... J'aurais envie de lui trahir le secret. Je lui dirais, en fait, tu sais quoi, t'en auras pas. Donc, vas-y, fais pas ce dernier examen, ne va pas là-dedans. Je crois que je lui dirais le secret qu'elle n'en aura pas. Ça lui fera du mal, je la consolerai, mais je lui ferai gagner du temps. Je ne sais pas si c'est très clair. Mais si, c'est très émouvant.
- Speaker #0
Non, non, mais c'est très clair.
- Speaker #1
Non, non, c'est compliqué. En fait, je la sauverais parce que j'étais tellement... C'est marrant. Tu sais, un truc, c'est hyper drôle en ce moment. Et tu sais, tu connais ma vie privée en ce moment. J'ai l'impression, ma chérie, que j'ai 35 ans à nouveau. Non, mais je te jure, c'est très bizarre. En fait, quand j'étais tellement engluée là-dedans et tout, j'ai l'impression qu'en fait, j'ai perdu les 10 ans dont je te parle. J'ai l'impression que là, depuis que j'ai fait le doc, le machin, que j'ai fait un feu de révalise, le livre et tout, que ça va hyper bien. Que je suis hyper alignée avec ce que je suis, mais ça c'est aussi l'apanage de l'âge et tout. C'est tellement cool d'avoir 40 ans et plus. Et j'ai l'impression d'être dans une boucle corrélle. Au fait, tu vois ce que je veux dire ? J'ai l'impression de remonter le temps et de retrouver mes 35 ans, ma légèreté d'avant. Tu vois ce que je veux dire ? Et j'ai bien envie de faire disparaître tout ça. Et c'est hyper bizarre. Et tu le sais par rapport à ce que je te présente.
- Speaker #0
Tu as lâché ton bagage et ton trop-lourd.
- Speaker #1
Tu vois, j'ai l'impression de... physiquement, dans ce que je vis dans ma vie. En fait, tu vois, retour à la jeunesse. Mais pas par jeunisme, pas par envie d'être jeune. Retour à... Hyper bizarre. Et je dis, en fait, c'est trop cool. Et du coup, je me réautorise plein de trucs que je m'étais interdit avant.
- Speaker #0
Genre quoi,
- Speaker #1
par exemple ? Je me considère mieux. Je me trouve plus légère. Je ne sais pas. Je redance. Tu vois ce que je veux dire, toi ? Oui. Je ressors.
- Speaker #0
Peut-être que ça veut dire que je me reconsidère.
- Speaker #1
Ah bah moi, je me suis... Mais tu sais ce que c'est. Je veux dire ça, mais... Je veux dire, je me suis flagellée, j'étais nulle, j'étais une merde. En plus, comme je faisais un boulot que je n'aimais pas à l'époque, si tu vois ce que je veux dire. En fait, c'est...
- Speaker #0
Moi, je vois ce que je veux dire, mais peut-être que tout le monde ne voit pas ce que tu parles.
- Speaker #1
Il y a une émission qui m'a fait vraiment connaître TPMP, que j'ai adoré au début, mais à la fin, c'est ma faute. Je me caricaturais, donc je n'aimais pas du tout ce que je faisais. Donc... j'étais malheureuse, j'arrivais pas à avoir des enfants j'étais malade de l'endométriose j'étais dans une émission que j'aimais plus j'étais avec un connard pour te faire tout le tableau ça fait beaucoup, donc tu te dis bah t'es une merde, tu vois en fait tu mérites pas mieux que ça tu vois, là tu la vois, la spirale la spirale de tiens je fais de la merde je traîne avec des gens pourris je fais un métier pour... tu vois et là j'ai l'impression si Je suis tellement heureuse,
- Speaker #0
mais ça sent, j'ai envie de pleurer. Non mais c'est fou. Parce qu'en fait, pardon, mais comme on est amies, mais je... Bah voilà. C'est super heureuse en fait. Ça faisait hyper longtemps que j'avais pas été... Non mais en fait je fais que chialer, mais c'est pas grave. J'ai pas été heureuse comme ça depuis hyper longtemps. Genre j'ai que des amies merveilleuses, je fais que des trucs que j'aime. Et peut-être aussi c'est parce que tu t'es battue beaucoup sur des combats pendant des années et que ces combats-là ils sortent aujourd'hui. Un documentaire aussi qui sort à la télé et qui dévoile aussi un mal-être. C'est énorme, un livre, c'est énorme.
- Speaker #1
Je suis rencontrée, j'ai arrêté de vouloir reprendre des choses que je n'étais pas. Mais ça, c'est aussi l'âge, tu vois, c'est tellement cool en fait. Et puis si je ne plais pas, je ne plais pas. De toute façon, tu vois, là, je continue. Évidemment, je ne regarde plus mes trucs sur les réseaux sociaux. Je m'en fous. En fait, c'est cool. Non, il ne faut jamais regarder. Moi, si tu vois, on en a parlé il n'y a pas longtemps parce que je t'ai dit que j'avais fait une erreur de débutante. J'ai re-regardé. Et en fait, ce n'est pas grave. Et en fait, oui, je vais bien. C'est cool. Il était temps et je commence à m'apprécier un peu. Ce n'est pas tellement s'apprécier, mais c'est juste plus poser de questions.
- Speaker #0
Du coup, c'est quoi l'avenir aujourd'hui quand on se sent plus légère, plus heureuse et qu'on se dit « ouais, je suis heureuse » . Je ne sais pas, mais je n'en ai pas peur.
- Speaker #1
C'est ça qui fait que tu n'as pas peur de ce bonheur qui arrive. C'est toute la différence. C'est là, c'est qu'avant j'étais que angoissée. Qu'est-ce que va être l'année d'après, surtout dans nos boulots ? Eh bien, tu sais quoi,
- Speaker #0
je m'en fiche.
- Speaker #1
Parce que tu sais quoi, en plus, nous on sait, et c'est le cas de plein de gens, chacun dans nos couloirs de nage respectifs, moi j'ai gratté la merde, je sais ce que c'est, donc je n'ai pas peur de grand chose.
- Speaker #0
Ça veut dire quoi, pardon ?
- Speaker #1
Gratter la merde.
- Speaker #0
Ouais,
- Speaker #1
ça t'épaules. Moi j'ai eu des moments quand j'étais jeune où j'avais pas du tout du tout d'oseille. J'ai eu des moments où j'en ai eu beaucoup, où re plus du tout, tu connais ma vie. Parce que j'ai fait des conneries, j'ai eu des hommes vraiment pas chouettes, donc j'ai fait des bêtises niveau sous, mais voilà, parce que j'étais pas du tout capée pour d'un coup, j'avais pas d'argent, d'un coup j'en ai eu plein, voilà, des bêtises, mais je suis très privilégiée, j'en ai pleinement conscience, mais je bosse, je vole pas mes sous, je travaille comme une acharnée, tu le sais, on travaille beaucoup, je suis sur scène, etc. Donc ce que j'ai aujourd'hui, je te le dis avec fierté, ce que j'aurais jamais dit avant, je m'excusais de tout. Je suis très fière de moi et je ne suis pas là par hasard. Par contre, là où j'ai fait des efforts et tout, c'est quand je te disais gratter la merde, j'ai eu des amoureux, mais horribles, horribles, maltraitants, horribles, atroces. Pareil, on peut faire en sorte d'avoir des gens super autour de nous. Et j'ai eu des amis, parce que je pensais être des amis, des parasites aussi. Ça, ça vient aussi un peu avec la notoriété, ça vient aussi avec la fragilité.
- Speaker #0
atroces, ça aussi, quelque part, c'est gratter la merde. Ceux qui te tirent vers le fond, ceux qui te mettent le nez dans la bouteille de rhum, pour ma part, qui te veulent du mal, tu vois. Ça aussi, ça participe du malheur. Et ça, c'est fini. Il y a eu des gens maintenant... Moi, j'aime trop mes amis. Je t'aime trop. Mais non, mais j'ai... Ça, ça se travaille aussi. C'est vraiment... Parce qu'au début... Et puis souvent, je sais pas, toi. Moi, j'ai souvent été attirée, même à l'école. J'étais tout le temps attirée par... Celle qui faisait des bêtises.
- Speaker #1
Oui, mon petit. Le bad boy.
- Speaker #0
Voilà, le bad boy ou la bad girl. Moi, c'était mon délire. Mais plus maintenant. Non, j'aime bien les gens. Les bisounours. Les gens gentils. J'ai compris que ce n'était pas ennuyeux, la gentillesse. Non. La simplicité. Non. Que c'était ça, la vie. Et que ce n'est pas bisounours. Et que ce n'est pas bisounours, en sûr. C'est juste... Voilà. Mais j'ai connu tout ça. C'est pour ça qu'il n'y a pas grand-chose qui me fait peur. À part, évidemment, les chagrins de la vie. Ma maman, quand elle partira, j'ai perdu quelqu'un de ma famille il n'y a pas très longtemps. D'ailleurs, tu lui as dédié ton livre, c'est ton oncle adoré, Gérard, qui est l'homme le plus important de ma vie. Donc ça a été très dur, mais voilà, dire ça devant toi, c'est très gênant. Mais voilà, on a tous aussi les accidents de la vie.
- Speaker #1
Et tu as dit une phrase que j'ai très jolie, alors je ne l'ai plus si je l'ai. Tu as dit une phrase que j'ai notée dans une émission, tu as dit « j'embrasse cette vie avec beaucoup de gourmandise » . « J'embrasse cette vie sans enfant avec beaucoup de gourmandise » . Et ça, j'ai trouvé que c'était merveilleux,
- Speaker #0
après tout ce que tu avais vécu.
- Speaker #1
Parce que c'est beau de dire ça.
- Speaker #0
Oui, c'est vrai. J'entends de la gourmandise en plus une petite notion d'excès que je garde précieusement, parce que je m'en suis souvent voulue d'être dans l'excès, je me suis souvent jugée, ça a été moi aussi ma réponse à plein de choses, mais... Ce n'est pas grave l'excès. Non, c'est grave. En fait, du moment qu'on en a conscience et qu'on ne se roule pas trop dedans, c'est bien d'être excessive. J'aurais toujours une vie un peu excessive et gourmande.
- Speaker #1
La vie, c'est ce qu'il y a de mieux. Qu'est-ce que tu pourrais dire aux femmes ou aux hommes qui traversent des moments que tu as pu traverser ?
- Speaker #0
Qu'est-ce que tu peux leur laisser comme message ? Alors, cliché, très Miss France qui ne sont pas seules. Mais comme je te l'ai dit tout à l'heure, de ne pas perdre trop de temps à rester dans un endroit qui n'est pas le leur. Ça vaut pour tout d'ailleurs. Mais il faut s'épargner. Les parcours de PMA sont douloureux, égratignent le couple, abîment le corps. Donc, si vous ne vous sentez pas... de rester dans ce parcours de PMA ou d'en recommencer un deuxième, par exemple, après un premier qui a échoué. Ne pensez pas que c'est léger. Ça peut laisser des traces assez indélébiles. Donc, envisagez autre chose sans culpabiliser. Et puis, pour celles qui se disent et qui sont jeunes et qui nous regardent, par exemple, qui se disent « Mais je crois que moi, je n'ai pas envie d'avoir des enfants. » La réponse est dans la question. Eh bien, c'est cool. C'est pas grave, c'est pas grave. Eh bien, peut-être que vous changerez d'avis. Et si vous ne changez pas d'avis, ne laissez personne vous juger. Parce que franchement, la vie sera super chouette. Et une dernière chose, on a le droit aussi à une vie banale sans enfant. Quand on n'a pas d'enfant, on est persuadé qu'il faut compenser et avoir une vie extraordinaire, faire des choses folles. Pas du tout. Non, non, mais alors moi, en l'occurrence, je ne suis pas le passé brisé parce que j'ai une vie un peu atypique et extraordinaire. Mais je veux dire, justement... Parce que j'étais persuadée qu'il fallait que je fasse des trucs de fou. Mais en fait, non. On a le droit à une vie tranquille, sans enfants. Elle ne sera pas ennuyeuse pour autant. C'est important de dire ça.
- Speaker #1
Avec toi, en tout cas, on ne s'ennuie jamais, ça fait sûr. Merci beaucoup, Nora. Mais non, pas du tout. Merci beaucoup. Est-ce qu'il y a justement une chose que tu n'as pas dite ailleurs et que tu aimerais bien dire ici ?
- Speaker #0
Que je t'aime. J'ai beaucoup de chance. À la Johnny Havine. Non mais j'adore, bien sûr. Non mais que j'ai de la chance de te connaître, que tu es sacrément inspirante et que tous les combats aussi, parce qu'on s'est connus presque aussi un peu en manif, c'est ça qui est drôle, et que les combats qu'on mène tous ensemble, et tous ensemble, c'est mieux quand on les vit quand même à plusieurs.
- Speaker #1
Bien sûr.
- Speaker #0
Et qu'on se fait souvent des petits points de « est-ce que tu penses que je devrais aller là ? » Est-ce que tu penses que... Et en fait, c'est cool, on trouve toujours la façon de tricoter les choses ensemble.
- Speaker #1
Mais c'est vrai que d'ailleurs, ton documentaire et ton livre, c'est ça, c'est être ensemble. C'est aussi beaucoup de générosité. C'est un combat.
- Speaker #0
Moi, je suis très dans le collectif, la groupe, tout ça. Je trouve qu'on est quand même vachement mieux accompagnés que seuls, mais ça, c'est que mon avis.
- Speaker #1
Soyons tous ensemble, avec Enora. Merci beaucoup.
- Speaker #0
Merci ma chérie. Si tu as aimé ce podcast, abonne-toi pour ne rien manquer des prochains épisodes, soutenir Cerveau Puissant et suivre toutes les actualités, les échanges à venir et les contenus que je prépare pour continuer à nourrir ce qui fait vraiment la différence.