- Speaker #0
Bonjour, bienvenue chez Cerveau Puissant, un podcast né d'une intuition. Rien ne commence jamais comme on l'imagine. Ni par une réussite, ni même par une décision, mais plus souvent par une faille. Et aussi, et heureusement, des prises de conscience qui transforment. Ici, les trajectoires de nos invités ne sont pas là pour nous impressionner, non pas du tout. Elles sont là pour comprendre et pour se rappeler surtout que tout peut se transformer. que tout peut toujours tout changer. Antoine de Surma, bonjour. Vous avez 32 ans, vous êtes explorateur.
- Speaker #1
34 même maintenant. 34 maintenant ? Il y a deux ans j'avais 32, maintenant j'en ai 34.
- Speaker #0
Ok, d'accord. Vous avez grandi. Ça arrive à tout le monde. Mais en même temps, vous êtes explorateur, ça doit être pratique. 34 ans explorateur, c'est pas mal pour draguer, à mon avis. Mais vous n'êtes pas un explorateur comme les autres, vous êtes un aventurier, et pas n'importe lequel, puisque vous ne nous amenez pas jusqu'au bout du monde, non. Vous nous amenez à regarder ce qui est autour de nous de manière différente. Et c'est pour ça qu'on vous a invité, c'est pour ça qu'on vous aime aussi. Et vous êtes aussi réalisateur, vous êtes créateur de contenu, comme on dit, sur les réseaux sociaux. Puis vous avez écrit un livre, Antoine explore la France, où vous racontez justement toutes vos balades que vous faites seul. est-ce que vous les faites vraiment seuls d'ailleurs ?
- Speaker #1
la plupart du temps oui parce que ce que je veux montrer c'est que ce que je fais est accessible moi j'essaye d'être l'anti-MyCorn sans avoir rien contre lui évidemment mais j'essaie de montrer que l'exploration et l'aventure c'est quelque chose de tout à fait accessible c'est pour ça que je le fais seul pour montrer que c'est à la portée de toutes et tous d'ailleurs vous avez dit lors d'une interview j'ai beaucoup ri,
- Speaker #0
vous avez dit je conseille d'amener votre petite amie faire euh... Je demande de partir comme ça, et pourquoi ? Comment je vous explique tout de suite ? Vous m'amenez en haut d'une montagne dormir la nuit. Qu'est-ce qui se passe alors ? Je ne sais pas.
- Speaker #1
Comment vous réagissez ?
- Speaker #0
En même temps, je suis débrouillarde.
- Speaker #1
C'est ça qui est intéressant justement.
- Speaker #0
Peut-être que je vous saute dessus.
- Speaker #1
On risque de passer une très bonne nuit. Ce qui est intéressant, c'est qu'en rando, en extérieur, le vernis saute très vite. C'est ce que j'expliquais effectivement lors de cette interview et ça va dans les deux sens, emmener votre petite amie, emmener votre petit ami, au masculin comme au féminin en rando. Parce qu'au bout de 2-3 jours de marche, généralement on n'est plus maquillé, on transpire un peu, on ne sent pas très bon, on commence à avoir un peu de fatigue, peut-être un peu d'énervement. Et c'est assez intéressant de se rendre compte comment l'autre agit justement dans ses difficultés parce que c'est un révélateur ensuite de la vie quotidienne. Si, à la moindre petite embrouille, on voit que l'autre, par exemple, se renferme ou alors peut devenir assez agressif ou peut se mettre à pleurer, en fait, ça dit beaucoup de notre manière de gérer les difficultés.
- Speaker #0
Mais pourquoi ? Justement, moi, je me suis posé une question en travaillant sur vous. Qu'est-ce qui fait qu'on a envie de partir ? Je me dis toujours qu'il y a quand même toujours une raison derrière un aventurier. Il y a, évidemment, j'imagine, l'amour de la nature. L'envie peut-être d'être seul aussi, mais justement, il y a quoi derrière tout ça ?
- Speaker #1
Il y a une envie, mais je dirais même un besoin viscéral d'être seul. Et c'est étrange, je n'arrive pas encore à comprendre pourquoi. Fréquemment dans ma vie, il y a des moments où je sens que si je devais comparer ma forme à une sorte de batterie sociale, c'est une batterie qui se vide périodiquement. Et quand elle se vide, c'est là où je me dis... Là ça va plus, il faut que je me casse, il faut que je sois seul un temps, une semaine, deux semaines, un mois. Et c'est ça qui me permet de recharger les batteries. J'ai pas compris pourquoi je puisais toute cette énergie dans la solitude. Peut-être que la solitude en fait c'est pour moi le meilleur moyen que j'ai trouvé d'apprendre à me connaître, tout simplement. Et je pense que c'est important d'apprendre à se connaître aujourd'hui. On apprend beaucoup à connaître les autres, on apprend beaucoup à écouter les autres. Et j'ai l'impression que c'est important aussi d'apprendre qui on est réellement. Moi, le meilleur moyen que j'ai trouvé pour comprendre qui j'étais réellement, c'était de me mettre en difficulté, de partir seul, d'être dans des situations assez inconfortables, etc.
- Speaker #0
Alors, c'est moi qu'on puisse dire, puisque vous avez fait 250 kilomètres, 240 ou 250 ?
- Speaker #1
250.
- Speaker #0
250 kilomètres à pied. Et en décidant, alors non seulement vous vous êtes dit, bon, je vais partir seul avec mon sac à dos, mais en plus, je vais partir... Sans rien, c'est-à-dire sans nourriture. Sans nourriture. Et je vais me nourrir de pissenlit et de châtaignes. Vous avez vu, je me suis bien rendue compte.
- Speaker #1
Oui, exactement. En fait, c'était une grande balade que j'avais décidé de faire. Une grande balade de 250 kilomètres. Ça m'a pris 10 jours de marche.
- Speaker #0
Une grande balade, oui.
- Speaker #1
Voilà, à raison de 25 kilomètres par jour. Et puis, comme ce n'était pas la première balade que je faisais, j'ai décidé de la pimenter un petit peu en me disant, tiens, si t'emmenais... aucune nourriture et si ton but c'était uniquement de te nourrir, de glaner un petit peu ce que tu pouvais trouver au bord des chemins, interdiction d'aller toquer chez l'habitant, interdiction de faire des courses, de manger au resto, etc. Le but c'était vraiment de manger la nourriture naturelle.
- Speaker #0
Interdiction, c'est intéressant de vous dire ce mot.
- Speaker #1
Moi je me donne des interdictions, c'est pas que je me donne des interdictions mais je me donne des cadres en fait. C'est ça qui est rigolo, Mike Horn quand il a fait son tour du monde de Latitude Zéro, il s'est donné comme obligation de suivre la ligne de l'équateur, mais aussi il s'est donné l'interdiction de se séparer de cette ligne. Je me suis donné l'interdiction de céder à toutes les tentations. Le but, c'était de se nourrir exclusivement de plantes sauvages, de ce que j'allais trouver sur le chemin. Et ça a été très compliqué, parce que d'une part, je ne suis pas végétarien, j'aime bien manger, etc. Je ne dis pas que les végétariens mangent mal, évidemment, mais je dis que j'aime bien manger. bien la viande et voilà, je fais 1m87, je fais 85 kilos. Donc voilà, c'est pas en mangeant que des pissenlits et les châtaignes qu'on nourrit la machine. Et bah, en fait, j'ai quand même trouvé pas mal de choses, mais ça s'est pas toujours passé aussi bien que prévu. C'est-à-dire que les 2-3 premiers jours, effectivement, je n'avais rien à me mettre sous la dent que des pissenlits. Si bien que le 3ème jour, je me suis dit, mais en fait, je vais arrêter. Parce que là, j'ai fait 70 kilomètres, il m'en reste quasiment une centaine. Et donc, ça ne va pas être possible. Et en fait, au troisième jour, je découvre une quantité phénoménale de châtaignes, de noix, de pommes, de coins, de menthe, etc. On était à l'automne et c'était dans les régions du sud de la France, entre l'Aubrac, les Cévennes, la Lozère, etc. C'est superbe. Mais ce sont des régions qui sont très désertes. En fait, la Lozère, ça fait partie des régions les moins peuplées de France. C'est pour ça que j'avais choisi cet endroit-là aussi, parce que je savais que les tentations seraient moindres. Et ça a été une expérience formidable. D'une part parce que j'ai appris que 80% de la flore sauvage française était comestible. Ça veut dire qu'on a un vrai trésor culinaire sous nos pieds. Il y a quand même très peu de risques de se tromper et de faire fausse route. Et puis surtout, et ça je ne m'attendais pas à ça, ça m'a appris, la patience et le fait de mettre de la valeur dans chaque chose. C'est-à-dire que quand vous récoltez... une par une des feuilles de pissenlit pendant 40 minutes pour vous faire une toute petite salade. Je vous assure que vous la savourez derrière et ça n'a pas du tout le même goût, ça n'a pas du tout la même saveur.
- Speaker #0
Mais comment ça se passe quand on revient à la vie normale ?
- Speaker #1
Eh bien justement, j'essaye...
- Speaker #0
Il y a un petit down ? Il y a un truc ?
- Speaker #1
Il y a un down, oui. Il y a une petite chute parce qu'on se rend compte de l'aberration du quotidien. Moi, j'ai eu envie de faire cette... Cette marche, parce qu'un jour, j'ai surpris à la sortie d'un collège, trois collégiens qui devaient mourir de faim parce qu'ils débattaient de la meilleure viande à mettre dans leur tacos du midi. Vous voyez, les tacos, c'est une espèce de grosse galette, de gros sandwich où il y a de la blé à remplacer la baguette. Et à l'intérieur, on met tout ce qu'on veut, des frites, plein de trucs et tout. Ça cartonne. Mais voilà, c'est une imposture. C'est une imposture déjà à la gastronomie française qui est fine et excellente. Et puis ensuite, c'est une imposture, parce que son nom fait mexicain, mais ça n'a rien du tout de mexicain. Mais bon, bref, ces trois enfants discutaient de la meilleure viande à mettre dans leur taco. Il y en avait un qui disait que c'était des steaks, l'autre qui disait que c'était des cordons bleus, et le troisième met fin au débat en disant que c'est steaks, cordons bleus et nuggets, trois viandes. Donc un cochon, une vache, un poulet, dans une seule et même galette. Et là, je me suis dit, mais à quel niveau de déconnexion on en arrive, en fait, pour... juste avaler ce truc-là sans se poser la question de tout ce qu'il a fallu, en fait, pour en arriver à ce truc dégueu et qu'on avale, en fait, sans même mesurer ce que ça implique. Et voilà. Et donc, cette aventure-là, finalement, ça a été plutôt une découverte de la patience et de la valeur de ce qu'on met dans notre assiette.
- Speaker #0
Mais tout à l'heure, quand vous parliez de solitude, il y a une chose à laquelle j'ai pensé, c'est que... Je sais que vous êtes très croyant. Quand on a la foi, pourtant, on n'est jamais seul.
- Speaker #1
Oui.
- Speaker #0
Et pourtant, vous dites, moi, j'ai besoin de cette solitude. Mais vous n'êtes pas seul.
- Speaker #1
Non, on n'est pas. Peut-être que je me trompe. On n'est pas seul. Oui, effectivement, moi, je suis croyant. Je crois en Dieu. Et je pense que voilà, on a tous une bonne étoile. On est tous accompagnés. On n'est jamais seul au long de notre vie. Il y a une image que j'aime beaucoup, qu'on raconte souvent. C'est un homme qui, à la fin de sa vie, en fait, voit la rétrospective de sa vie. Et donc, en fait, il voit qu'il marche sur une plage de sable, il voit ses empreintes, et il voit celle de Dieu à côté, qui marche à côté de lui. Et parfois, lorsque la vie lui envoie des épreuves, il voit plus qu'une trace de pas. Et il dit à Dieu, mais tu vois, là, tu m'as complètement abandonné, je suis tout seul. Et Dieu lui dit, ben non, en fait, je te portais sur mes épaules. Donc voilà, il y a... Il y a cette phrase-là que j'aime me remémorer dans les moments où ça ne va pas forcément. Le fait d'être croyant, c'est vrai que ça donne cette petite force supplémentaire, si je puis dire, qui est de se dire, bon, je ne suis pas tout seul. Et en fait, ça me donne énormément confiance et espoir sur le futur. C'est-à-dire que des épreuves de vie, j'en traverse comme tout le monde. et plutôt que de dire il m'arrive ça donc ça veut dire que Dieu n'existe pas qu'il n'en a rien à foutre, je préfère plutôt me dire en fait toute cette épreuve je lui confie, je m'en remets totalement à lui et je garde espoir et Inch'Allah ça revient à se passer à la grâce de Dieu,
- Speaker #0
parce que je suis catholique donc je préfère plutôt dire à la grâce de Dieu et ça revient au même moi comme je ne suis pas du tout croyante mais je trouve ça très intéressant et Et... Vous avez fait beaucoup de scoutisme. Vous avez été scout pendant des années. Vous l'êtes encore ?
- Speaker #1
Non, non, non. Ça s'arrête à un moment. On dit scout un jour, scout toujours. Mais non, non, il y a au bout d'un moment...
- Speaker #0
Est-ce que c'était palier aussi la religion, le scoutisme ?
- Speaker #1
Oui, ça fait partie du petit package catho en général. Oui, oui, non.
- Speaker #0
Et genre idéal. Alors, vous êtes genre idéal. Ah bon, vous trouvez ? Vous êtes beau gosse quand même, beau gosse. Oui, oui. Catholique. Bon. C'est pas mal.
- Speaker #1
Je dois avoir des défauts aussi, sûrement. Non, non, ben oui, oui, j'ai été scout, c'est ça qui m'a donné, en fait, je pense, le goût de l'aventure et le fait de vivre dehors. Et ce qui est génial, c'est que quand on est scout, on apprend justement à vivre en communauté. Donc on apprend en fait très tôt, très jeune, parce qu'on peut commencer les scouts à 7 ans. Généralement, on en sort aux alentours de 20, 23 ans. Mais on commence très tôt, dès 7 ans, en fait, à vivre en équipe. avec d'autres gars, d'autres filles de notre âge. Et on doit apprendre à se soutenir et surtout à se supporter dans certaines épreuves. Moi, j'ai ce souvenir de nuit à devoir monter une tente sous une pluie d'orage battante, etc. Et là, en fait, chacun a un rôle et une responsabilité. Personne ne peut se permettre de rester les mains dans les poches égoïstement, etc. Et en fait, moi, le scoutisme m'a appris ça. m'a appris déjà le... Le sens du service, de l'entraide, de la vie en communauté. Et plus au-delà de ça, le goût de l'effort et du dépassement de soi. C'est-à-dire que d'un coup, je me suis mis à apprécier justement toutes ces nuits un peu fraîches qu'on passait sous la tente. Le confort très rudimentaire pendant les camps d'été qui duraient 2 à 3 semaines. Et je me souviens que quand je rentrais à la maison... naturellement en fait alors que généralement je me mettais un peu les doigts de pied en éventail etc, à chaque fois que je rentrais de camp scout j'étais un peu métamorphosé et sans que ma mère me le demande, hop j'allais aider je faisais ci, je faisais ça etc et ma mère me disait mais on va t'envoyer en camp scout plus souvent,
- Speaker #0
tout le temps en fait et ça m'a apporté plein plein plein de bonnes choses sur le dépassement de soi justement vous êtes complètement là dedans Quand on suit vos aventures, par exemple, là, je vous regardais sur les réseaux sociaux, vous êtes quand même, même quand vous partez sous la neige, vous êtes dans un dépassement de vous en permanence ?
- Speaker #1
Oui, mais c'est un peu facile aussi parce que j'aime ça. J'aime... Il y a un côté un peu baso, mais j'aime me mettre... J'aime me faire du mal, j'aime me mettre dans des situations, en fait, où... où je sens que je vais me mettre à rude épreuve. Parce que ça fait écho à ce qu'on se disait au début, c'est dans ces moments-là où on découvre qui on est réellement, et de quoi on est capable. Et puis en fait, je ne sais pas pourquoi, mais j'ai besoin de ces situations difficiles, j'ai besoin de cette difficulté, sinon j'ai l'impression que je ne mérite pas les choses. Donc il y a peut-être un sentiment d'imposture derrière ça à traiter, je sais pas, faudrait que j'en parle à ma psy, mais il y a ce truc de... Enfin, on a quand même énormément de choses de vivre en France, moi je trouve, on est quand même tous hyper privilégiés, hyper gâtés, etc. Et je sais pas, moi j'ai ce besoin d'aller me confronter un peu dans le dur, parce que j'ai l'impression que notre quotidien, en plus là on est à Paris, mais notre quotidien parisien et notre quotidien occidental d'une manière générale... ne nous permet plus de nous confronter à un effort dur et prolongé. C'est pour ça que les marathons font autant fureur aujourd'hui. C'est parce qu'on est tellement déconnectés. Je vois le nombre de trentenaires de gars et de filles de mon âge qui se lancent dans les marathons.
- Speaker #0
Mais même de mon âge, à 50 ans, on a plein de femmes qui se lancent.
- Speaker #1
Moi, je trouve que ça dit beaucoup de notre société. Avant, en fait, on avait des travails, des occupations qui étaient difficiles. On travaillait au champ, on travaillait en construction, etc. C'était des choses vraiment qui éprouvaient nos corps. Et on n'avait pas besoin de courir des marathons à ce moment-là. Là, maintenant, tout s'est tertiarisé. Pour la plupart d'entre nous, on travaille derrière des ordinateurs, etc. Et en fait, pour continuer de savourer ces existences, on a besoin de se mettre... tous des défis vraiment qui nous font souffrir finalement quand je dis que je suis un peu maso parce que j'aime passer des nuées à la belle étoile en plein dans la neige j'ai aucune envie de courir un marathon j'y vois pas du tout l'intérêt mais il y en a qui voient l'intérêt là-dedans mais peut-être qu'ils cherchent aussi cette difficulté ce dépassement etc que la vie occidentale et urbaine ne nous donne plus aujourd'hui
- Speaker #0
Dans l'introduction, je racontais qu'effectivement, vous êtes un aventurier un peu spécial. Vous ne nous amenez pas au bout du monde. Vous nous permettez de regarder ce qu'il y a à côté de chez nous de manière différente. Parce qu'en fait, vous adorez la France et vous nous amenez en France. Mais partout, dans plein de lieux qu'on ne connaît pas, vous nous permettez de découvrir des lieux assez magiques. Alors, qu'est-ce qui a été le déclic tout d'un coup de vous dire... Moi, j'ai envie de rester dans mes frontières, j'allais dire, mais en tout cas, de ne pas partir très loin. Alors que vous avez ce goût comme ça d'aventurier, d'aventure.
- Speaker #1
Oui, deux choses. La première, c'est que de manière très objective, on a un pays qui est magnifique. La France, c'est pour moi l'un des plus beaux pays du monde. Alors, si je dis que c'est le plus beau pays du monde, c'est mon avis. Il est très subjectif, mais en tout cas, c'est l'un des plus beaux pays du monde parce que c'est le plus visité au monde. Il y a 100 millions de visiteurs par an en France. Moi, j'ai réalisé ça il y a une dizaine d'années à peu près, parce que je travaillais pour une émission d'histoire qui m'envoyait régulièrement aux quatre coins de la France. Et en visitant la France, je me suis rendu compte de deux choses. La plupart, c'est la diversité de paysages qu'on avait dans un tout petit pays. Et la deuxième chose que j'ai réalisée, c'est qu'en fait, je ne comprenais rien et je n'avais jamais visité mon pays. Et j'avais 23-24 ans à l'époque. Et en fait, quand j'ai fait un petit peu des recherches, je me suis rendu compte que toutes les émissions qui parlaient soit de patrimoine naturel, soit de nature ou de culture en France, elles s'adressaient toutes à des publics assez âgés. Et je me suis dit, mais ce n'est pas possible, il faut changer ça. Si moi, à mon niveau, je me rends compte que je ne connais rien de mon pays, Mais très certainement que tous ceux de ma génération et des générations qui vont arriver ne seront pas au courant aussi de cette diversité-là. Donc il faut en fait, il faut en faire quelque chose, il faut faire passer le message. Et puis donc je me suis mis vraiment en tête d'arriver à en faire une sorte d'émission télé. Moi, je n'avais jamais réalisé d'émission télé, mais j'étais vraiment persuadé et convaincu de la portée de ce truc-là. Et c'était bien avant le Covid. Parce que le Covid a facilité vachement ça. Parce qu'à la sortie du Covid, on ne pouvait plus voyager ailleurs qu'en France. Toutes les frontières étaient fermées. Donc là, d'un coup, on s'est rendu compte que finalement, la France n'était pas si mal. Parce qu'il y a le plateau de Valençol, il y a le Luberon, il y a les marais de Camargue, il y a toute la Normandie, la Bretagne, les Vosges, les Pyrénées, tout le massif central. Bon, bref, c'est incroyable. La France, c'est un tout petit pays. Ça fait 1000 kilomètres du nord au sud. de Dunkerque à Perpignan, c'est 1000 km. Et pourtant, il y a tout qui change. Et ça, c'est incroyable. Et c'est ça que je veux montrer.
- Speaker #0
Et comment vous faites vos reportages ? Je me posais la question. C'est-à-dire, parce que vous êtes une petite équipe, vous êtes seule. Comment ça se passe ?
- Speaker #1
Pour mon émission qui était diffusée sur Canal+, on n'était que deux. Et ça, c'était un choix personnel. J'avais choisi un copain qui était dans mon école de cinéma et qui lui aussi avait été scout. Et je l'avais pris parce qu'on s'entendait super bien, il faisait des blagues. Et je me suis dit, en fait, toi, tu mènes déjà tes aventures en solo. Là, le fait de devoir les raconter, ça nécessite de faire un script et de cadrer un petit peu les choses. Et je ne voulais pas que ça fasse faux. Je voulais qu'on reste vraiment dans cet ADN d'aventure. Et donc, je voulais vraiment qu'avec l'équipe, on dorme sous la tente. On se mette un petit peu à rude épreuve, etc. Donc, je me suis dit, il faut quelqu'un qui soit un peu capable de ça. Donc, équipe réduite, ça maximise les chances de parvenir à mes fins. Et puis ensuite, le fait qu'il ait des scouts. Ouais, sinon ça. D'accord. Mais ça me dirait bien de partir avec d'autres gens. On me le demande beaucoup sur Instagram. Mais je ne sais pas trop encore comment organiser ça. Parce que...
- Speaker #0
C'est prendre une responsabilité.
- Speaker #1
Parce que c'est prendre une responsabilité. Parce qu'en France, tout est légiféré. À partir du moment où on emmène des gens en montagne, il faut avoir un diplôme pour ça. Ce même diplôme, c'est un diplôme qui coûte beaucoup d'argent et quand même pas mal de temps. Et je suis... pas sûr d'avoir l'un et l'autre en ce moment. Mais voilà, c'est quelque chose qui est beaucoup demandé. Mais qui interroge aussi. On me demande souvent pourquoi je pars tout seul comme ça.
- Speaker #0
Il y a de plus en plus de gens qui font la randonnée. Même moi, je me suis mise à la randonnée. C'est vrai ?
- Speaker #1
Vous êtes allée où alors ?
- Speaker #0
Moi, je suis allée en Bretagne. J'ai beaucoup marché en Bretagne. Je ne peux pas aller très très loin. Mais j'ai fait des 14-15 kilomètres. C'est beaucoup.
- Speaker #1
Et puis ça monte quand même en Bretagne. Sur le GR34, alors, sur le tour du solitoire. J'y étais la semaine dernière. Et c'est vrai que moi, je pensais un peu innocemment que le GR34, c'était une grande balade de plage. Déjà, le GR34, ça fait 2000 kilomètres. Ça fait vraiment tout le tour de la péninsule bretonne. Et quand même, de manière assez fréquente, on est dans des forêts, dans des bois. Et puis, ça monte pas mal. Je crois qu'il y a une dizaine de milliers de dénivelés positifs en tout. Donc ouais, il m'a donné un petit peu de... Je l'ai fait sur une courte portion, mais il m'a donné un peu de fil à retordre ce chemin de rando.
- Speaker #0
Qu'est-ce que la nature vous a le plus appris ?
- Speaker #1
C'est l'importance et la nécessité de s'émerveiller. Je pense que c'est quelque chose qu'on ne fait plus assez aujourd'hui. S'émerveiller et contempler. Prendre juste le temps de s'arrêter devant une belle chose. C'est quoi une belle chose, par exemple, dans la forêt ? Ça peut être tout. Ça peut être un rayon de soleil filtré à travers les branches des arbres. Ça peut être une jolie fleur. Ça peut être un petit cours d'eau. Ça peut être une très belle montagne. Ça peut être juste une mésange dans une haie au fond de son jardin. Ça peut être une fleur qui pousse sur le trottoir, juste en sortant du studio. Et ce qui est important, c'est de s'arrêter et d'accorder de l'importance et de la valeur à cette chose-là. Chose qu'on a du mal à faire aujourd'hui, justement, parce que notre capacité d'attention a été réduite à néant à cause des réseaux sociaux, notamment, et de notre volonté à vouloir toujours plus, toujours plus vite, en plus grande quantité, etc. La notion d'émerveillement, en fait, elle comporte des choses complètement désuètes aujourd'hui, c'est-à-dire que ça nécessite d'aller lentement, parce que dans un TGV, on n'a pas le temps de s'émerveiller, avec tout le respect que j'ai pour la SNCF. On n'a pas le temps de s'émerveiller parce que ça va trop vite. Et puis l'émerveillement nécessite aussi de se taire. Et donc toutes les valeurs qu'il y a derrière la notion de l'émerveillement, c'est des valeurs un peu vieillottes. C'est la lenteur, le silence, l'espace. En fait tout ce qui représente une forme de vacuité. qui nous fait un peu peur, en fait, dans nos sociétés modernes. On a toujours besoin de combler le silence, le vide, le temps, l'espace. On ne supporte plus, en fait, l'ennui.
- Speaker #0
Et marcher aussi, parce que marcher, ça fait... Vous racontez à quel point marcher, ça fait du bien, c'est très important.
- Speaker #1
Mais marcher, pour moi, c'est une activité de punk. C'est vraiment... Non mais vraiment, c'est un truc qui va vraiment à l'encontre de tout ce qu'on vit aujourd'hui. Parce que vous ne verrez jamais de marcheurs mettre leur trace sur Strava, par exemple. Vous ne verrez jamais de marcheurs...
- Speaker #0
Vous pouvez expliquer ce que c'est Strava ?
- Speaker #1
Strava, c'est une application qui est souvent utilisée par les sportifs pour partager le temps, la performance, etc. La marche, c'est l'anti-performance, c'est la contre-performance. On marche justement pour aller lentement. Et dans le fait d'aller lentement, on prend beaucoup plus de temps justement pour nourrir son intériorité, on prend beaucoup plus de temps pour contempler, pour s'émerveiller, et la marche permet plein d'autres choses, la marche permet de s'ennuyer, c'est hyper important de s'ennuyer aujourd'hui. Moi je me rappelle quand j'étais petit, ma mère me disait, quand je savais pas quoi faire, elle me disait, débrouille-toi, continue de t'ennuyer, et en fait moi ça nourrissait mon imaginaire aussi. D'un coup, on ne s'ennuie jamais vraiment très longtemps, surtout quand on est enfant. Et en fait, la marche permet de nourrir tout ça. La marche nourrit son intériorité.
- Speaker #0
Qu'est-ce que vous avez envie de faire maintenant ? Là, vous avez fait votre livre, Antoine explore la France. Vous continuez à explorer, mais ça va aller jusqu'où comme ça ? Cette recherche de solitude ?
- Speaker #1
Je suis un peu à un carrefour de ma vie et de mes envies en ce moment.
- Speaker #0
Ah donc ma question est bonne.
- Speaker #1
Oui, votre question est très bonne et pile poil dans le mille. Je ne sais pas si j'ai encore envie de me consacrer uniquement à la France. Il y a aussi, ça fait 7 ans que je fais ça, il y a aussi cette envie en fait de mener des aventures un peu plus engageantes pour moi.
- Speaker #0
Ça veut dire quoi ? des aventures un peu plus engageantes ?
- Speaker #1
Engageantes dans le sens où je sors davantage de ma zone de confort.
- Speaker #0
Déjà, ça veut dire quoi sortir de sa zone de confort ? Déjà, vous voulez sortir de votre zone de confort quand même ? Je ne sais pas.
- Speaker #1
Malgré mon amour inconditionnel pour ce pays...
- Speaker #0
Peut-être que sortir de votre zone de confort... Excusez-moi, je vous coupe. Non, ça serait d'aller d'être avec quelqu'un qui vous colle, qui vous parle.
- Speaker #1
Partons Elsa, allons-y.
- Speaker #0
Ah non mais moi, vous ne me supporterez pas deux minutes, c'est pas possible.
- Speaker #1
Non, je pense que... En fait, voilà, ça fait sept ans que j'explore la France et pour moi, le seul truc qui manque en France, c'est vraiment de grands espaces vierges de toute empreinte humaine. La plus vaste réserve qu'on ait en France, qui est un petit peu dans cet état d'esprit-là, c'est les hauts plateaux du Vercors. donc pas loin de Grenoble, c'est pour ça que j'y passe autant de temps, c'est parce que c'est la seule région en France où vous pouvez marcher 3, 4, 5 jours sans croiser personne. On va finir par me prendre pour un misanthrope, à force de... voilà. Mais non, et donc c'est un peu ça que je recherche en fait, ces grands espaces où la solitude se vit vraiment. Et donc voilà, je commence un petit peu naturellement, au bout de 7 ans de voyage en France, à lorgner un peu sur les steppes mongoles. Sur le fin fond de la Russie, sur l'Amazonie, sur le Canada, l'Alaska, etc. Mais je veux dire, sans pour autant trahir ma direction artistique, on a quand même la chance d'avoir des départements et des territoires d'outre-mer en France. Et même parmi ces... Ces territoires français, il y en a un qui me plairait particulièrement d'explorer, c'est l'archipel des Kerguelen.
- Speaker #0
Je ne sais pas du tout où c'est.
- Speaker #1
C'est dans l'océan Indien, c'est au sud de l'océan Indien, quasiment au port de l'Antarctique. Et c'est toute une archipel qu'on a découverte, il me semble, au XVIIIe siècle, en 1700 et quelques. Et en fait, ça appartient à la France, mais ce n'est pas du tout habité. Il y a quelques scientifiques... qui réside là-bas à l'année pour faire quelques recherches sur les variations de climat, la faune, la flore. Mais c'est un endroit qui est extrêmement préservé de toutes empreintes humaines. Et c'est vraiment mon rêve de traverser ces archipels-là. Alors c'est complètement inhospitalier. En moyenne, il fait 6 degrés toute l'année. Il pleut, il vente. C'est la Bretagne, mais en pire. Pas pour rien que ça a été découvert par un breton, d'ailleurs. Et voilà, donc j'aimerais beaucoup aller là-bas. Et puis sinon, en octobre, je pense retourner en Guyane pour me former à la survie en milieu équatorial. Donc voilà comment, en gros, maîtriser tout le B.A.B.A. que je sais déjà faire ici, c'est-à-dire construire un abri, faire un feu, s'orienter. Mais en forêt équatoriale, c'est-à-dire dans la jungle, ça prend un tout autre sens. Allumer un feu quand tout est constamment humide et détrempé, c'est très très difficile. S'orienter quand on ne voit pas à 20 mètres tellement la forêt est dense, c'est extrêmement compliqué. Et puis construire un abri, se défendre de la flore, de la faune sauvage, c'est notre père de manche.
- Speaker #0
Moi, je vous propose une chose. Vous allez m'emmener et moi, je vais apprendre à faire un feu, à vivre comme ça dans la forêt. Et puis moi, je vous amène en boîte de nuit.
- Speaker #1
J'ai horreur de la boîte de nuit C'est vraiment C'est vraiment l'endroit Où vous êtes sûr de ne pas me trouver Si vous me cherchez Dans un endroit hostile
- Speaker #0
Il faut bien dépasser ses limites Antoine
- Speaker #1
J'essaye de m'adonner De temps en temps à l'exercice Que ce soit en interment de vie de garçon C'est juste en interment de vie de garçon Que je vais en boîte de nuit Parce que sinon je n'y vais pas pour mon plaisir Mais vraiment C'est très réduit Merci beaucoup. Si vous voulez, on tourne un autre épisode bientôt de Cerveau Puissant et on le tourne en condition réelle. On le tourne in situ.
- Speaker #0
D'accord. On verra ce qu'il se passe. Merci beaucoup.
- Speaker #1
Je vous en prie.
- Speaker #0
Merci Antoine. Si tu as aimé ce podcast, abonne-toi pour ne rien manquer des prochains épisodes. Soutenir Cerveau Puissant et suivre toutes les actualités, les échanges à venir et les contenus que je prépare pour continuer à nourrir ce qui fait vraiment la différence.