- Speaker #0
Bienvenue chez Servo-Puissant dans ce nouveau format avec notre experte en santé mentale, Christelle Albaret.
- Speaker #1
Bonjour Claire, je suis contente de te retrouver.
- Speaker #0
Tout à fait. Alors aujourd'hui, on a envie de parler toutes les deux de spiritualité.
- Speaker #1
Et oui, quand tu m'as proposé ce format, j'adore. Vraiment, on va essayer de décrypter ce sujet, en tout cas de poser nos hypothèses.
- Speaker #0
Exactement. Alors, première question, pourquoi observe-t-on un retour ? très fort de la spiritualité alors même que la société se dit de plus en plus rationnelle.
- Speaker #1
Je pense que s'il y a de plus en plus ce besoin de se raccrocher à la spiritualité, c'est tout simplement parce que on a besoin de sens. Et qu'aujourd'hui, du sens, il y en a de moins en moins. Donc, la spiritualité est un moyen de même si on ne le trouve pas, en tout cas de le chercher et qu'il essaye de vivre en nous à notre façon. C'est d'ailleurs pour ça qu'on va dire que des années, peut-être en arrière, il n'y avait qu'une seule forme de spiritualité. Et qu'aujourd'hui, on va parler de différentes formes de spiritualité. Pas seulement la religion, mais il y a plein d'autres façons d'avoir une spiritualité.
- Speaker #0
Alors justement, ça c'est un point. Moi, j'ai toujours parlé beaucoup de spiritualité. J'adore ça, c'est très curieux. Et tu as raison, on ressent un frein. Les gens qui ne sont pas religieux ou qui ont évidemment, et on peut bien les comprendre en ce moment, voilà Une colère contre ce que peut être la religion, te disent non je ne suis pas spirituel alors qu'en fait, et tu as bien raison, ils le sont beaucoup plus qu'ils ne le croient.
- Speaker #1
Oui, je pense qu'il y a plusieurs façons d'être spirituel. Je pense que déjà par définition, on a tous besoin de sens. L'être humain, il a besoin de sens. Soit on trouve notre sens dans la religion à partir du moment où elle nous permet de pouvoir nous élever, nous permettre de grandir, nous permettre de nous révéler en cela. on peut adhérer à une certaine forme de religion. Mais si on a le sentiment que pour soi, ou pour des personnes qui nous sont proches, ou pour une société, elle n'est plus un moyen de grandir, de s'élever ou d'être mieux, mais qu'elle devient une contrainte, on peut s'ériger contre, tout simplement. Ça devient un mécanisme de défense. Donc quand quelqu'un dit « moi je ne crois pas ou je suis athée » , en réalité, on peut peut-être entendre Je veux garder mon libre-arbitre, je veux garder ma liberté. Donc c'est peut-être une sorte de champ de conscience. Et on se rend compte que ce que l'on dit à un moment peut changer et évoluer un an, trois ans, dix ans, quinze ans après. On a par exemple, si je refais le rapport à la religion, quelqu'un qui perd un enfant par exemple. J'ai eu le cas de... de plusieurs personnes que j'ai pu accompagner quand ils ont ce genre de drame de perdre un enfant et qu'ils vont me dire moi je ne crois plus, depuis ce jour-là je ne peux plus croire. C'est quoi ? C'est une façon en fait de trouver un endroit une cause de responsabilité pour aller déposer sa peine ou sa colère c'est-à-dire je ne vais plus croire que ce soit par exemple pour la religion en Dieu parce que s'il y avait un Dieu il n'aurait pas fait ça et bien en fait je peux déposer ma colère à un endroit C'est une façon, par exemple.
- Speaker #0
Merci pour cette confidence, ces exemples. C'est vrai que souvent dans la religion, on va toujours nous expliquer, on va nous parler des extrêmes pour nous expliquer pourquoi on ne doit pas croire ou on ne peut pas croire. Et je pense que tu as raison, c'est juste une manière aussi d'exprimer sa colère, son désespoir.
- Speaker #1
Je pense qu'on a une circulation par rapport à ce dont on a besoin de croire. On peut croire en l'univers, on peut... Il y avait un podcast qu'on avait fait ensemble il y a quelques temps, je te disais, moi par exemple, j'ai besoin, si je regarde personnellement, à un moment donné dans ma vie, j'ai eu besoin de me dire, mais je sais qu'en conscience je me suis construit comme ça, que j'allais avoir plusieurs vies, et que dans chaque vie j'allais pouvoir y vivre quelque chose. C'est ma croyance, elle m'est hyper confortable, elle me donne la possibilité de traverser la vie plus facilement, de me donner du sens. Mais mon sens n'est pas forcément le même qu'un autre, tu en as des personnes. Tu as des personnes qui vont croire en la nature, tu as des gens qui vont croire en un Dieu, en un Dieu unique, ou il y a des personnes qui ont cru à différents dieux. Donc en fait, c'est la façon dont ça fait sens pour nous et ensuite la façon dont une société va influencer nos croyances.
- Speaker #0
Et est-ce que finalement, le fait de croire, tu l'as dit, la quête de sens, finalement le cerveau aussi se sent plus en sécurité,
- Speaker #1
plus apaisé quand on croit finalement ? C'est ce que Pascal disait, hein, Pascal disait, euh... Qu'avez-vous à perdre ? Soit... Alors lui c'était Dieu, Dieu existe. Soit sinon... Exactement. Et je pense qu'alors, le cerveau, si on me dit, on pourrait se dire, tiens, ça pourrait être un sujet philosophique, est-ce que le cerveau a besoin de croire ? Le cerveau, en l'occurrence, biologiquement, n'a pas besoin de croire. Par contre, le cerveau, il a besoin de cohérence. C'est de cela dont il a besoin. Il a besoin de cohérence pour agir. Et ça joue de sa sécurité et de la façon dont il va nous sécuriser. Il faut juste penser ça. Si dans la façon de croire en quelque chose, ça lui permet, je te le raconte par rapport à ma propre histoire, de mettre de la cohérence dans des choses que j'ai eues dans ma vie et que ça permet que ça soit plus fluide, donc rappelons-nous, le cerveau cherche à agir pour assurer notre cohérence, notre sécurité.
- Speaker #0
Aujourd'hui, on est beaucoup dans l'ère de la méditation, de l'apaisement, du silence aussi, de savoir se laisser en silence. Finalement, est-ce que le rapport à la prière n'est pas une forme de méditation ? aussi.
- Speaker #1
Je suis 100% d'accord avec toi. Dans le sens de l'acte, si on enlève du coup, si on le remet dans un acte laïque, entre guillemets, dans sa construction, c'est un moment où on va se poser, un moment où on va être avec soi. Et de la même façon qu'il y a dans la méditation des méditations individuelles ou des méditations collectives, on pourrait dire que la méditation est une forme de, comment dire, de croyances laïques sur un rapport apaisé à soi. Mais on refait la même chose. On se pose, on essaie de poser notre tête, d'être du plus disponible et de ralentir un moment.
- Speaker #0
Alors justement, en parlant de ralentir, pourquoi est-ce que le silence aujourd'hui est devenu si inconfortable dans nos vies modernes ?
- Speaker #1
Très bonne question. Peut-être tout simplement parce que le silence nous fait peur, il renvoie à la mort, il renvoie à ce sentiment de vide et on a peur du vide. Alors qu'en fait, le vide, c'est de l'espace.
- Speaker #0
Très beau ça, le vide, c'est de l'espace. Il suffit de le voir différemment et tout de suite,
- Speaker #1
ça ne fait plus peur. C'est aujourd'hui le rapport... Je crois que le... La valeur aujourd'hui que l'on donne, en effet, c'est à l'espace qu'on peut s'offrir. L'espace de sécurité, l'espace géographique aussi, mais c'est aussi un espace intérieur, c'est aussi un espace pour penser autrement, pour le libre-arbitre. Oui, c'est ça. Et parfois, je dis toujours quand on parle de solitude, notamment quand on parle de vie de solitude, La solitude, il y a la solitude solaire, je dis ça comme ça, et la solitude lunaire. J'aime bien dire ces deux façons-là. Ce n'est pas au terme scientifique, mais j'aime bien le vulgariser, tu me connais. La solitude solaire, c'est des moments d'espace qu'on s'accorde à soi pour pouvoir se retrouver en général, ces moments où on se nourrit. Quand on est très sollicité à l'extérieur, on va trouver sa petite bulle, on ne dit à personne qu'on est tout seul et on va se dire « j'ai un week-end pour moi tout seul, je vais en profiter par exemple » . Solitude solaire, tu te nourris de cela. La solitude lunaire, c'est une solitude qui n'est pas choisie, qui est subie, et avec laquelle ça fait mal et c'est souffrant en nous. Une personne qui est en dépression notamment, elle vit cette solitude, ce sentiment intérieur de vide intérieur. Mais donc en effet, c'est intéressant de questionner nos espaces et qu'est-ce qu'on en fait.
- Speaker #0
Tu vois, moi justement, je suis... Je suis spirituelle. Je me suis évidemment posé plein de questions, mais résultat, je ne me sens jamais seule, même dans le silence, même dans le vide. Je me sens toujours accompagnée. Et là où je te rejoins, c'est que ça me rassure et que résultat, j'ai l'impression de ne pas avoir de concept, notamment la mort qui me fait peur. Et que finalement, et qu'au pire du pire, je sais que je n'ai absolument rien à perdre en fait.
- Speaker #1
Tu sais qu'en rebondissant sur ce que tu dis là, il y a le livre de Natacha Calestrémé qui est « Plus jamais seule » . et qui parle de cette énergie. Je suis en train de lire en ce moment, donc je ne peux pas aller jusqu'au bout du livre, il faut rebondir, mais dans ses premiers écrits à l'intérieur de ce livre, elle est vraiment, en effet, sur cette énergie qui, lorsque l'on va en profondeur, te permet de te rendre compte que, en effet, tu peux ne plus avoir jamais ce sentiment d'être seul.
- Speaker #0
Alors Christelle, est-ce que la spiritualité, c'est une fuite ? Ou au contraire, c'est une manière lucide d'affronter la réalité ?
- Speaker #1
Alors, euh... Est-ce que c'est une fuite ou une manière d'affronter la réalité ? Je pense que ça va dépendre de chacun. Je n'ai pas envie de dire que... C'est la façon dont on va l'appréhender. Mais j'aurais envie de rebondir en disant que la première des spiritualités qu'on pourrait avoir, c'est celle de croire en soi. Donc d'arrêter de se fuir, de se donner la permission de pouvoir s'honorer. se respecter, se mettre un peu au centre, aussi parfois faire un petit peu le silence en soi pour pouvoir, enfin quand je dis le silence en soi, le silence avec les bruits de nos pensées, de nos peurs et autres pour pouvoir s'écouter un petit peu plus toi, sur nos envies, sur nos rêves, sur ce qui fait sens, sur nos besoins. Et là du coup on n'est plus dans la fuite parce qu'on va éviter de prendre des décisions. pour éviter nos peurs. Et on va prendre des décisions qui correspondent réellement à ce qui est bon pour nous.
- Speaker #0
En fait, ce qui est drôle, c'est que tu viens de dire un concept très intéressant. La spiritualité, c'est d'abord croire en soi. Si on ne croit pas en soi, déjà, en quoi pouvons-nous croire ? Et puis ensuite, peut-être une fois qu'on croit en nous, on est peut-être plus ouvert aussi pour croire à autre chose.
- Speaker #1
Alors, idéalement, il faudrait commencer par soi. Et je pense que parfois, nos croyances... qu'elles soient laïques ou religieuses, peuvent nous permettre d'avoir, par exemple, cette générosité de l'autre, d'être utile à l'autre, de se sentir... Quand on se sent utile, on a peut-être un peu plus cette capacité à croire en soi. Parce que déjà, on a des signes de reconnaissance qui nous permettent de stimuler cette énergie de croire en soi. Donc, dans un sens comme dans l'autre, je pense que les deux sont bons. Trois conseils pour croire en soi ? C'est super dur. Si j'arrive à te dire trois conseils pour croire en toi et que je te dis ça en 30 secondes, pour moi, c'est vraiment du bullshit. Je suis cash là-dessus. Parce qu'en fait, pour moi, vraiment croire en soi, c'est le chemin d'une vie. Et je suis honnête là-dessus parce que c'est un vrai sujet sur lequel j'accompagne beaucoup de personnes sur ça. Croire en soi. c'est déjà se donner avant tout l'autorisation déjà de se dire, est-ce que j'ai envie ? Première chose. Et ensuite après, je dirais, va regarder les rôles modèles de personnes, comment ils ont fait pour croire en eux, qu'est-ce qui leur a été utile. J'aime beaucoup le système des rôles modèles de ceux, c'est comme un entrepreneur dit, ok, je vais aller questionner des personnes qui ont réussi à cet endroit-là et je vais essayer de m'appliquer à moi-même. Donc croire en soi. J'ai remarqué que les personnes qui croient plus en elles sont souvent les personnes qui ont le plus d'épreuves. Alors peut-être que c'est une façon tout simplement d'avoir une conscience, comme quoi en fait chaque premier petit mouvement qu'on fait, avoir la conscience, je vais te redire d'ailleurs, précisément, je pense qu'il faut arrêter d'avoir une amnésie de tout ce qu'on a traversé. Parce que la plupart du temps, on oublie tout ce qu'on a déjà fait et on regarde ce qu'il nous reste toujours à parcourir. Donc si tu veux vraiment être dans comment croire en soi, eh bien déjà, faisons l'addition de tout ce qu'on a déjà réussi à faire dans sa vie. Bon point de départ.
- Speaker #0
C'est sûr. Écoute, on retravaillera ce concept ensemble de croire en nous. Mais là où je te rejoins beaucoup, c'est être entouré de gens qui, d'une manière ou d'une autre, ont confiance en eux. sont des rôles modèles, ça nous aide en fait à accepter, à s'autoriser et à se pardonner aussi, parce qu'on fait plein d'erreurs dans notre vie, en tant que parent, en tant qu'humain, en tant que... en tant que travail professionnellement. Parfois, moi, souvent, je me couche aussi le soir en me disant « Peut-être que j'ai dû oublier de remercier des gens, j'ai pas toujours été droite. » Et puis en fait, après, je me dis « Bon, c'est pas grave, je me rattraperai à un moment ou à un autre. »
- Speaker #1
Oui, et puis quand on se dit ça, en règle générale, plutôt que de le conserver... C'est de pouvoir, même 24h, 48h, une semaine après, quand on voit la personne, lui dire. Moi, je suis très attentive, par exemple, sur un détail. Mais quand je pense quelque chose de positif de quelqu'un, je lui dis que je la connaisse ou que je ne la connaisse pas. Par exemple, je dis « Ah tiens, j'adore cette jupe, elle te va bien » . Je le pense, je me dis « Mais pourquoi je vais le garder pour moi ? » Alors que je le pense vraiment et que de le partager va participer à quelque chose qui est… Ben, la personne va peut-être… mieux croire en elle parce que c'est un détail qui... Et puis pour moi, ça participe aussi à une sorte de cercle vertueux, en fait, tout simplement.
- Speaker #0
Tout à fait, complètement d'accord avec toi. Merci mille fois en tout cas Christelle et à très vite.
- Speaker #1
À très vite.
- Speaker #0
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