Speaker #0Bonjour à toutes et à tous et bienvenue dans la chronique d'un jeu oublié, le podcast dédié à ces jeux vidéo qui méritent une seconde chance auprès de vous. On parle de leur développement, de leur mécanique principale sans trop vous spoiler avant d'aborder ce qu'est devenu le studio derrière le jeu. On évoque également la réception autour du titre, en quoi il est toujours intéressant à découvrir aujourd'hui, et le tout accompagné par sa bande originale. Si le format vous plaît, pensez à vous abonner, à le noter sur votre plateforme d'écoute ou à le partager pour le faire connaître. Vous pouvez aussi suivre l'émission sur Instagram, où j'y poste des teasers pour les épisodes à venir et autres actualités sur le podcast. Bienvenue dans cette troisième saison de ce podcast. Merci encore pour tous vos retours sur les deux premières saisons, et j'espère que celle-ci vous plaira. Aujourd'hui, on retourne sur un jeu de course, cette fois sur les routes étasuniennes et londoniennes. Parlons de Blur. Le genre du jeu de course de voiture est depuis ses débuts un genre très populaire. Initialement adapté des bornes de simulation dont on retrouve des traces au début des années 40, il ne cesse d'évoluer, notamment à partir des années 70. Deux visions s'affrontent. D'un côté, des jeux avec une vue du dessus sur la course et les véhicules, avec des titres comme Speed Race ou dans les exemples plus récents, Micro Machines. De l'autre côté, on a des courses en perspective donnant une impression de 3D, la caméra placée derrière le véhicule avec des représentants comme Road Race ou Out Run. Mais au milieu des années 90, c'est cette deuxième vision qui vient dominer le marché. Que ce soit dans un style arcade ou étant plus proche de la simulation réaliste, c'est à cette période que nombre de licences marquantes vont apparaître. Ridge Racer, Need for Speed, Burnout, Gran Turismo, Forza, Colin McRae ou encore Formula One, nombreuses sont les licences qui ont fait les beaux jours des consoles de salon. Si certains studios continuent de créer les références du genre, d'autres ont tenté de s'imposer, parvenant tout de même à marquer un temps l'industrie du jeu vidéo. C'est le cas des anglais de Bizarre Creations. Initialement nommé Raising Hell Software, le studio démarre dans le jeu vidéo en 1988 avec Combat Crazy sur Commodore 64. Mais ils se font connaître avec le premier Formula One en 3D sur PlayStation et PC en 1996 qui atteindra 1,7 million de ventes en août 1997. juste avant la sortie de la suite nommée sobrement Formula One 97. La suite est également une réussite critique, bien que l'on n'ait pas d'écho de son succès commercial. Cela reste suffisant pour leur permettre d'avoir la confiance des constructeurs automobiles et reproduire leurs véhicules en jeu, ajoutant de la crédibilité à leur prochaine production. En 2000, le studio sort leur premier jeu de course arcade, Metropolis Street Racer, sur Dreamcast. Un titre qui se veut être les prémices en termes d'idées du jeu de leur principale série à venir en 2001, Project Gotham Racing. Cette série sera leur principale activité complétée par le travail d'une deuxième équipe de développement active sur Geometry War, une licence de jeu de tir multidirectionnelle. Inspirée du jeu Asteroids de 1979, Geometry War est à l'origine un mini-jeu intégré à Project Gotham Racing 2, c'est dire à quel point tout était articulé autour de cette série de jeux de course. En 2007, une semaine avant la sortie de Project Gotham Racing 4, Bizarre Creations est racheté par Activision pour un total de 106 millions de dollars. L'avenir du studio semble donc prometteur alors qu'ils travaillent sur leur prochain jeu de course vu comme le successeur spirituel à la série Project Gotham Racing, à savoir Blur qui finit par débarquer sur PC, PlayStation 3 et Xbox 360 en mai 2010. Pour avoir une image rapide de ce qu'est Blur, imaginez un croisement entre Mario Kart et un jeu de course arcade. C'est en tout cas ainsi qu'on pourrait résumer le jeu. Blur propose donc de la course, que ce soit sur route ou en hors-piste, dans des inspirations de régions autour de Londres et de Los Angeles. Sur cet aspect, le titre reprend l'essentiel des bases de Project Cut-Am Racing avec des véhicules de constructeurs comme Nissan, BMW, Ford ou encore Range Rover et propose ainsi des voitures pouvant répondre aux différentes pistes que ce soit l'asphalte ou la route de terre. Cette variété permet d'offrir des tracés osés, d'autant que certaines courses offrent des bifurcations plus ou moins adaptées à votre véhicule. Ce dernier est évidemment central à l'expérience et reprend des classiques du jeu d'arcade avec des statistiques comme l'accélération, la vitesse ou l'adhérence, ainsi que la santé. En effet, si Blur a une particularité bien reconnaissable, c'est sa notion de santé. Idée qu'on pouvait déjà retrouver dans un Destruction Derby ou un F-Zero, votre véhicule peut prendre des dégâts. Plus les dégâts sont importants, plus vos performances sont réduites. Cependant, pour rester assez souple avec la difficulté, si votre vie passe à zéro, vous perdez de précieuses secondes avant de pouvoir repartir avec un véhicule neuf. Et pour prendre des dégâts, c'est là que Mario Kart entre dans la course. Dans la même logique que la plupart des jeux de kart, des objets sont disposés sur le tracé de la course. Chaque objet est clairement identifiable et vous avez 5 options d'attaque, 2 options défensives et un accélérateur. En fonction de vos besoins, de vos objectifs de mission ou de place dans la course, vous allez pouvoir stocker jusqu'à 3 objets que vous pourrez utiliser au meilleur moment pour prendre l'ascendant sur la course. Ainsi, Blur permet de proposer une expérience bien différente des jeux de course arcade classiques en ajoutant l'aspect tactique de bien choisir quel objet récupérer et quand l'utiliser pour gagner. Toujours sur les bases de ses aînés, Blur intègre un mode carrière en solo. Le principe est un classique du genre de la course de voiture, il permet de proposer des courses contre des véhicules gérés par l'ordinateur ou des courses contre la montre dans des tracés de plus en plus difficiles. Ce mode de jeu permet notamment d'apprendre les différentes mécaniques dans les catégories de véhicules et lesquelles sont les plus adaptées aux différents types de courses. Mais le mode solo intègre les spécificités de son gameplay dans des courses centrées sur les mécaniques offertes par les objets. Il se structure en 9 chapitres découpés en séries de 7 courses. Dans sa 7ème course, le jeu propose un duel contre un rival qui nous permet de gagner son véhicule et un modificateur. Ce dernier vous permettra de changer les effets de certains objets pour le rendre plus impactant ou de réduire les dégâts subis. Jouant sur le narratif d'une compétition de course de rue non officielle, atteindre l'affrontement du rival passe par la complétion de plusieurs objectifs à réaliser au cours des différentes courses proposées. Cela peut être de toucher les autres voitures un certain nombre de fois avec des objets, Pour atteindre un résultat particulier dans une course, drifter, Le jeu use au maximum des différentes options de jeu qui le composent pour inciter le joueur à les utiliser et les maîtriser. Cependant, pour débloquer le chapitre suivant, nul besoin de battre le rival du chapitre en cours, il faut gagner un certain nombre de phares dans l'ensemble des courses proposées. Ces phares s'obtiennent de trois façons différentes. La majeure partie d'entre eux demande de réussir l'objectif de la course comme finir premier ou atteindre un certain nombre de points. Mais il y a toujours deux défis additionnels, l'un consiste à passer à travers une série de portes au cours de la course. course, le deuxième demande d'avoir passé un palier de fans. Les fans s'obtiennent grâce à l'utilisation d'objets ou en faisant des cascades. Ce système, repris et adapté des précédents jeux de Bizarre Creations, permet de créer une progression plus globale tout en poussant le joueur à prendre des risques dans la gestion de ses options de jeu. Il y a en tout 25 niveaux de fans et à chaque palier atteint, on obtient de nouveaux véhicules pour le mode carrière, nous poussant ainsi à investir du temps dans ce système sans être contraignant. Avec tous ces moyens de... progression et de challenges offerts aux joueurs, Blur permet de proposer une campagne solo d'environ 5 heures pour les plus expérimentés, mais on atteindra aisément la dizaine d'heures lors de la première partie. Le mode solo, c'est toutefois la mise en bouche, comme c'est souvent le cas dans ce genre de jeu compétitif, comme les jeux de tir à la première personne. L'intérêt de Blur est de pouvoir se confronter aux autres. Alors certes, en solo, vous pouvez faire des courses avec 19 participants, ce qui est un nombre impressionnant dans le domaine du jeu de course, mais ce nombre prend une toute autre ampleur quand vous êtes avec de vrais joueurs. En 2010, parvenir à avoir 20 joueurs dans des courses relevait de la fantaisie. Et pour bien comprendre, voici un petit comparatif. Mario Kart était monté au mieux à 12 joueurs, Burnout Paradise sorti en 2008 pouvait accueillir 8 joueurs, idem pour Need for Speed Hot Pursuit sorti en 2010. Et de nos jours, en 2026, Mario Kart World est venu dépasser ce nombre avec 24 joueurs en simultané, Grand Turismo y est parvenu en 2022, mais la série Need for Speed n'est jamais allée plus loin que 15. Je pense que vous avez compris, mais je souhaitais insister sur l'avance technique impressionnante qu'avait Blur au moment de sa sortie, car il aura fallu plus de 10 ans avant que d'autres jeux de cette envergure ne proposent la même chose. Il faut noter que ce mode reste dans les standards, avec notamment l'option de jouer en réseau local avec d'autres machines branchées sur le même réseau. Le jeu offre également un mode splitté permettant à 4 joueurs de jouer sur la même machine. On a la possibilité de faire des courses seul ou en équipe, avec ou sans objet, à travers les 35 courses disponibles. Mais la petite particularité de Blur est surtout dans son deuxième mode, l'escarmouche, qui met le cœur de l'action sur le fait de détruire les véhicules des autres participants. Un mode limité à 4 courses mais qui met l'accent sur l'aspect chaotique du jeu, délaissant un peu plus la course pour rappeler la grande époque de Destruction Derby. Le multijoueur reprend également les modificateurs et les fans du mode carrière, mais ils ont un impact différent, ce qui permet de renouveler l'expérience que l'on a pu avoir en solo et ajouter un brin de stratégie à son gameplay. Cependant, les serveurs du jeu étant fermés, jouer en ligne vous demandera un brin d'organisation, et principalement sur PC. Sur son nombre de véhicules, on dénombre une soixantaine de véhicules utilisables en solo répartis dans cinq catégories de puissances différentes. Une dizaine de modèles sont des variations de véhicules déjà présents mais avec une modification intégrée. Et en multijoueur, on peut ajouter une dizaine de voitures uniques à ce mode. Blur décompose sa bande originale en deux parties. On a d'un côté l'intégration de musique d'artistes grâce au label anglais Ninja Tune. Leur participation apporte le travail de groupes comme The Chemist, Pest ou encore Cold Cut. On dénombre à peu près une vingtaine de morceaux qui permettent d'animer les courses du jeu. Mais pour compléter cela et donner une identité d'ensemble, il faut compter sur le travail de Garrett Lee. Connu également sous le nom de Jack Knife, il démarre dans la musique en 1993 en tant que guitariste pour le groupe Punk Rock Compulsion avec lequel il publie deux albums. En solo, il en publie trois autres entre 1999 et 2007. Et à partir de 2003, il exerce un travail de producteur musical et de mixeur, ce qui lui permet de collaborer avec des artistes comme U2, Robbie Williams ou encore Taylor Swift. Garrett intervient dans le jeu vidéo à partir de 2005 avec le jeu Conflict Global Terror où il compose deux musiques. Sur Blur, ce sera la première et la dernière fois qu'il sera aux commandes de la musique d'un jeu et créera une dizaine de morceaux en plus permettant d'avoir en tout près de 30 pistes musicales. Après cela, Garrett écrira quelques musiques pour des jeux comme Need for Speed en 2015 ou Forza Horizon 4 en 2018 mais le plus gros de son travail se trouve en dehors du jeu vidéo. En 2023, il publie un nouvel album Los Angeles avec deux autres artistes. Pour ce qui est du studio Bizarre Creations, l'avenir n'est pas aussi rose que pour Garrett Lee. Après la sortie de Blur, la deuxième équipe de développement sort en novembre 2010 le jeu 007 Bloodstone. Bien qu'il bénéficie de la licence James Bond et des acteurs principaux de l'époque comme Daniel Craig ou Judi Dench, le jeu rencontre un succès mitigé. Combiné aux résultats peu convaincants de Blur, Activision annonça que la société envisageait la vente du studio deux semaines après la sortie de 007 Bloodstone. Bizarre Creations aura finalement fermé en février 2011. Cependant, l'histoire ne s'arrête pas là, car une partie de l'équipe monte le studio Lucid Games une semaine après la fermeture de Bizarre Creations. Toujours actif, le studio a notamment réalisé un nouvel épisode de la licence Geometry Wars et a participé à des jeux comme Sea of Thieves, sorti en 2019. La critique est enthousiaste sur le nouveau jeu de Bizarre Creations, récoltant une note globale de 81% sur le site Metacritic qui réunit les avis de la presse. Les spécialistes apprécient le changement d'approche vers l'arcade avec ce soupçon de Mario Kart dans les mécaniques et notent la générosité du titre dans son contenu. Cependant, cela lui est aussi reproché car il peut vite en devenir chaotique, rendant la lisibilité de l'action difficile, notamment en multijoueur. Son aspect visuel lui est également reproché comparativement à la concurrence de l'époque sur les détails techniques. Détail qui s'avère aujourd'hui dépassé et n'empêche pas de savourer l'expérience de la conduite. Concernant les ventes de Blur, les chiffres annoncés en 2011 sont autour de 500 000 unités, mais certaines estimations montent jusqu'à 1 200 000 unités. Un résultat peu suffisant pour un studio de 250 personnes. Même le million de vente de 007 Bloodstone ne semble pas suffire à la pérennité du studio ou aux attentes d'Activision. A titre de comparaison, Project Gotham Racing 4, sorti en 2007 et uniquement sur Xbox 360, avait réalisé plus de 2 millions de ventes. L'autre aspect qui a joué en sa défaveur est la sortie une semaine plus tôt de deux concurrents, Split Second et Bot Nation Racers, qui eux aussi sont salués par la critique et ont pris leur part de marché sur les jeux de course. Aujourd'hui, vous pouvez trouver des exemplaires de Blur pour des prix entre 25 et 70 euros. Malgré la rétrocompatibilité de la Xbox Series, Blur n'y est pas disponible. Signe que le temps a pris sa revanche, Split Second et Mod Nation Racers sont désormais beaucoup moins recherchés par les fans et vous pouvez les trouver pour moins de 20€ chacun. Les équipes croyaient à ce succès de longue durée, notamment grâce au mode multijoueur qui d'ailleurs continue d'être actif avec une petite base de fans sur PC. Un deuxième épisode était dans les plans du studio, mais sera annulé à sa fermeture. Rétrospectivement, on peut voir dans Blur une tentative de rendre le jeu de course plus accessible à une période où se multipliaient les jeux de course arcade ou de simulation. Cherchant à atteindre ce public plus étendu, il n'arrivera pas à trouver preneur. Ceux qui l'auront remarqué y verront un jeu cherchant à dépasser les cadres de son genre et qui aujourd'hui encore a cette place à mi-chemin entre la course réaliste d'un Need for Speed et l'arcade d'un Mario Kart. Blur c'est aussi une expérience particulière dans l'histoire du jeu vidéo car il est le fruit d'un studio avec plus de 20 ans d'expérience dans la création de jeux, notamment de courses. C'est tout pour cet épisode de la chronique d'un jeu oublié. Merci encore d'être là. Si vous aimez ce podcast, je vous invite à lui laisser une note, à partager votre avis sur votre plateforme d'écoute. Vous pouvez aussi suivre l'émission sur les réseaux sociaux, les informations sont dans la description. Et si l'épisode vous a plu, partagez-le avec vos amis avec qui vous avez quelques comptes à régler sur la route, mais surtout, jouez à Blur. A bientôt pour le prochain épisode. Salut !