Speaker #0Bonjour à toutes et à tous et bienvenue dans la chronique d'un jeu oublié, le podcast dédié à ces jeux vidéo qui mérite une seconde chance auprès de vous. On parle de leur développement, de leur mécanique principale sans trop vous spoiler avant d'aborder ce qu'est devenu le studio derrière le jeu. On évoque également la réception autour du titre, en quoi il est toujours intéressant à découvrir aujourd'hui, et le tout accompagné par sa bande originale. Si le format vous plaît, pensez à vous abonner, à le noter sur votre plateforme d'écoute ou à le partager pour le faire connaître. Vous pouvez aussi suivre l'émission sur Instagram, où j'y poste des teasers pour les épisodes à venir et autres actualités sur le podcast. Pour l'épisode d'aujourd'hui, je vous emmène loin dans le temps, à l'époque des Romains, au moment où la République est en proie à une grande instabilité politique. Parlons de Shadow of Rome. Aux origines du développement de Shadow of Rome, il faut se tourner vers Capcom. On avait déjà eu l'occasion de mentionner cette entreprise japonaise lors de l'épisode sur Dino Crisis 2, mais prenons le temps de présenter la structure. Fondée en 1979, cet éditeur et développeur fait partie de ses pionniers du jeu vidéo. Contraction de Capsule Computers; en référence aux bornes d'arcade qu'il fabriquait, Capcom commence à se faire remarquer du public en 1985 avec des titres sur arcade comme Commando et Ghosts'n Goblins. Mais c'est sur console de salon que l'entreprise va se démarquer avec les licences qu'elle va créer. On pense à Megaman et Street Fighter en 1987, Final Fight en 1989, Breath of Fire en 1993, et enfin le fameux Resident Evil en 1996, qui a déjà été mentionné de bien nombreuses fois dans ce podcast. Rapidement, Capcom devient un incontournable au début des années 2000, visant un public adulte et les jeunes adolescents. Certaines équipes travaillent sur des jeux The Legend of Zelda donnant les épisodes Oracle of Ages et Seasons ainsi que The Minish Cap sur Game Boy Advance. Tandis que d'autres créent de nouvelles licences comme Phoenix Wright, Devil May Cry, Marvel vs Capcom ou encore Onimusha qui font toujours partie du paysage vidéoludique aujourd'hui. Shadow of Rome émerge de la deuxième division de développeurs et notamment d'une partie de l'équipe qui vient de finir de travailler sur Onimusha 3 Demon's Siege. Licence de jeu d'action-aventure empruntant au Hack'n Slash, Onimusha nous fait incarner un samouraï japonais au XVe siècle devant faire face à de multiples invasions de son ennemi juré. Le troisième épisode est notamment l'acte final de son histoire. Et je me permets d'apporter car Onimusha modélise ses personnages principaux sur des personnalités connues. Si le héros est modélisé et doublé par l'acteur japonais Takeshi Kaneshiro, le troisième épisode vous permet d'incarner un policier français du XXe siècle modélisé et doublé par l'acteur Jean Reno, dont c'est l'un des seuls jeux vidéo de sa carrière. Et je ne résiste pas à l'envie de vous faire écouter un extrait.
Speaker #0Mais revenons-en à Shadow of Rome. Après Onimusha 3 donc, l'équipe réutilise le moteur du jeu pour proposer une expérience différente. Si Onimusha apparaissait pour être taillé pour le marché japonais, cette fois, changement de cible, Capcom vise le marché américain et européen. Le jeu est révélé en janvier 2004 et finit par sortir sur PlayStation 2 entre février et mars 2005 dans le monde. Alors que Rome est en proie au doute et à l'instabilité, Deux hommes vont devoir faire la lumière sur un complot qui menace la République. Dans le jeu vidéo, l'histoire de l'humanité est source de nombreuses inspirations. Pouvoir donner une nouvelle interprétation, imaginer des trames alternatives ou utiliser le décor de fond pour raconter une toute autre histoire, les pistes sont multiples pour manier et remanier des faits historiques tout en donnant des repères aux joueurs. Dans les exemples les plus connus, on peut penser à Call of Duty ou Medal of Honor qui prennent à l'origine en trame de fond la première guerre mondiale. L'exemple d'Assassin's Creed fait également cas d'école par sa promesse de remonter à des époques données et de vivre une histoire autour de ce point de départ. C'est aussi valable pour Shadow of Rome, dont l'histoire prend place durant la période de la République romaine qui s'est étalée de -509 à -29 avant J.-C. Plus précisément, l'histoire démarre à l'un des moments qui a tant marqué l'histoire, le 15 mars -44 à savoir le jour de l'assassinat du dictateur Jules César. Le jeu nous narre et montre cet événement pour introduire son contexte, puis nous immerge directement avec notre héros Agrippa qui se prépare pour rentrer dans l'arène des gladiateurs. Cet événement sert de tutoriel au contrôle ainsi que le système de combat de ce jeu d'action-aventure. La caméra placée derrière notre personnage, on évolue dans l'espace en trois dimensions pour faire face à nos ennemis et les combattre. On peut frapper nos adversaires mais aussi ramasser des armes de corps à corps ou de jet ainsi que des boucliers pour adapter nos approches ou faire plus de dégâts. Il faut cependant être prudent car nos armes se brisent à l'usage, s'adapter à la quantité d'ennemis et prioriser la menace pour s'en sortir. Étant dans une arène de gladiateurs, on a évidemment un public qui nous récompense si on lui offre un sanglant spectacle digne de ce nom. Cette présence du public permet de justifier une notion de score en fonction d'actions réalisées mais surtout de pouvoir nous fournir de nouvelles armes en plein combat pour rendre le spectacle encore plus impressionnant. Ce combat se déroule en réalité plusieurs jours après la mort de César. Après cette introduction, le titre nous ramène au moment où notre héros va apprendre la mort de son dirigeant et le début de sa propre déchéance. Car un meurtrier de César a déjà été arrêté, il s'agit du père d'Agrippa. Convaincu que son père est innocent, cette révélation va pousser notre héros à la rébellion. Cependant, avec tout l'Empire Romain à ses trousses, il ne va pas lui rester d'autre choix que d'entrer au Colisée pour être épargné tout en espérant pouvoir trouver le véritable coupable. Poussant l'idée jusqu'au bout du Colisée, on sera amené à jouer des courses de chariot entre certains combats. Si pour l'instant Agrippa incarne l'aspect action de Shadow of Rome, c'est son allié en dehors de l'arène qui va être la part d'aventure et d'infiltration du jeu. Et cet allié n'est pas n'importe qui, puisqu'il s'agit d'Octavinus, ou Octavian en français, le fils adoptif de César qui doute des circonstances de la mort de l'empereur. En contrôlant ce dernier, nous allons devoir enquêter à travers Rome, discuter avec la population et passer la vigilance des gardes romains pour trouver le véritable coupable et dévoiler le complot au grand public. Cette infiltration use des mécaniques simples, contrainte par son contexte, mais qui donne tout de même des moyens d'interagir avec l'intelligence artificielle et trouver sa voie. Ainsi, le jeu propose une expérience entre les deux phases de jeu au fur et à mesure que l'on progresse. Cette séparation des deux phases donne une structure décomposée et on peut avoir l'impression de jouer à deux jeux différents malgré des contrôles et une caméra similaire. Liés donc par le scénario, ces deux aventures permettent de s'immerger pleinement dans l'ambiance de cette Rome antique en plein bouleversement politique. Au fur et à mesure de leur enquête, les deux hommes vont découvrir les différents tenants et aboutissants pour comprendre les réels enjeux. Car entre trahison organisée et opportunisme, Rome tremble chaque jour au cours de notre aventure. Dans l'ensemble, Shadow of Rome est un jeu long pour un jeu d'action et d'infiltration. Si vous êtes rapidement à l'aise et progresser facilement, le jeu peut se terminer en un peu moins d'une dizaine d'heures. L'essentiel du titre reste quand même axé sur la partie action et combat avec Agrippa qui prend la majorité de l'expérience. Même si on enchaîne les arènes, le jeu cherche toujours à proposer des rebondissements. On peut avoir des otages à sauver ou des zones à défendre, le tout, en battant des vagues d'ennemis et traversant les pièges mortels sur le chemin. D'autant plus que chacune des arènes a des paliers de récompense qui nous permettent de pouvoir engranger du score qui servira pour nous donner une nouvelle armure. Les moments de jeu avec Agrippa retranscrivent effectivement l'excès de violence et les effusions de sang qu'on s'imagine pour l'époque. Bien qu'on soit sur PlayStation 2, on ressent bien l'accent qui a été mis visuellement pour représenter cette violence avec ces giclées de sang et le sol qui se repeint de couleurs sous notre passage. De l'autre côté, les phases avec Octavien se révèlent plutôt courtes et permettent surtout de développer l'intrigue et comprendre tout ce qui se passe autour de la mort de César. Il n'y a même pas de combat avec ce personnage, on est vraiment dans le rôle d'un espion cherchant à obtenir des informations. Si cette alternance de phases permet d'apporter de la respiration au combat assez intense de Shadow of Rome, il met aussi en lumière les problématiques de contrôle de notre personnage. Les précédents jeux de l'équipe, notamment Onimusha, avaient pour habitude de placer leur caméra sur des points fixes dans la zone de jeu et de laisser le joueur se déplacer tout en suivant son parcours. Ici, le changement a été fait pour toujours avoir la caméra derrière notre héros. Cela rend l'action certes plus intense, mais on remarque que la caméra a du mal à suivre l'action et il peut être difficile d'avoir une vision maîtrisée de la situation. Il n'est pas rare de se retrouver à courir quelques pas dans une direction pour prendre de la distance avec nos ennemis et chercher une nouvelle approche. C'est un duo qu'on retrouve à la composition de Shadow of Rome. On a d'abord le jeune Kota Suzuki qui rejoint Capcom en 2003 et commence par Onimusha 3 avant de se retrouver sur le titre. Depuis, il travaille principalement sur deux licences clés du développeur. D'abord Devil May Cry avec le quatrième opus en 2008, mais aussi et surtout Resident Evil où il participe à la bande originale depuis le cinquième épisode en 2009. Pour Shadow of Rome, Suzuki vient surtout soutenir le travail de la compositrice principale Yoshino Aoki, une vétéran de Capcom. Née en 1971, la jeune femme intègre Capcom en 1996 et commence par des arrangements de la bande originale de Megaman X3 pour le portage PlayStation et Saturn avant de composer pour la série Breath of Fire. Elle reste cependant très active sur la licence Megaman, notamment sur les épisodes Battle Network. Shadow From apparaît au moment de sa carrière très éloignée du genre de jeu dont elle a l'habitude. En 2007, la jeune femme quitte Capcom pour devenir freelance pendant un an, travaillant notamment sur Suikoden Tierkreis. Puis, en 2009, elle cofonde Unique Notes avec Tatsuya Shibata, son futur mari. En binôme, ce duo de compositeurs va offrir ses prestations à de multiples projets, que ce soit chez Square Enix avec Final Fantasy XV ou le jeu mobile Record Keeper, mais aussi la série des Half Minute Heroes. Le dernier jeu sorti auquel a participé Aoki est notamment le remake de Resident Evil 4 sorti en 2023. Pour ce qui est de Capcom, l'éditeur et développeur étaient sur une belle lancée au début des années 2000, cherchant à s'adapter aux nouvelles contraintes de la création de jeux. Mais il vit une véritable traversée du désert dans les années 2010. Durant cette période, des jeux phares comme Resident Evil 5 et 6 ne parviennent pas à atteindre le succès du quatrième épisode qui a marqué l'industrie. Le jeu DMC Devil May Cry sorti en 2013 et développé par Ninja Theory ne trouve pas son public. Les nouvelles licences comme Lost Planet ou Azura's Wrath n'atteignent pas les objectifs prévus par l'entreprise. En plus, Capcom est critiqué pour ses méthodes de vente controversées, notamment dans le milieu des jeux de combat. On peut noter quelques exceptions comme Dragon's Dogma en 2012. Capcom entame alors un changement de stratégie dont le premier marqueur de cette décision est Resident Evil 7 qui rencontre le succès tant attendu. Depuis, l'éditeur a repris une place importante dans le paysage vidéoludique et chacune de ses annonces est scrutée de près. Le pari de placer une histoire au moment charnière de l'histoire romaine paye dans l'ensemble. La presse accueille positivement la proposition de Shadow of Rome et au global, la note métacritique est de 75% de la part de la presse et les avis des joueurs vont à 82%. Tout le monde s'accorde à dire que les combats dans l'arène sont la grande qualité du jeu, tant dans l'ambiance que dans les mécaniques proposées, notamment en jouant sur le spectacle. et le lien avec le public. Mais le jeu est aussi sanctionné pour son parti pris de découper les phases de jeu, notamment car les sections d'infiltration apparaissent bien en dessous du reste. En effet, elle s'avère frustrante, principalement dans sa gestion de l'intelligence artificielle qui n'est pas toujours évidente à appréhender. Capcom n'a pas communiqué de résultats financiers, mais a précisé bien plus tard, en 2009, que Shadow of Rome avait été considéré comme un échec commercial. L'éditeur en possède toujours les droits, mais le titre ne semble pas prêt de revenir. Si vous souhaitez vous procurer un exemplaire du jeu, comptez entre 10 et 50 euros. La suite, Shadow of Rome 2, qui était dans ses premières étapes de développement, a donc été annulée. Mais d'une certaine manière, cette suite existe. Lorsque l'équipe a repensé son projet, son objectif était de proposer un jeu plus adapté au marché occidental. En prenant en compte les retours sur leurs créations, on se retrouve à retirer les phases d'infiltration et on change de contexte, d'histoire et d'époque temporelle. On ressortira à un jeu où notre héros est un journaliste qui se retrouve enfermé dans un centre commercial découpé en de nombreuses zones remplies de menaces avec, par moment, des personnages à protéger. Et cette fois, ce sera le succès créant une nouvelle licence de jeu marquante pour Capcom, Dead Rising. Il sort un an et demi après Shadow of Rome en août 2006 sur Xbox 360. Bien qu'il profite des capacités de la nouvelle console de Microsoft pour afficher une grande variété d'ennemis, on peut remarquer des similitudes dans les animations et dans la gestion de la caméra. Si on souhaite poursuivre la réflexion, on peut voir dans Shadow of Rome un prototype de Dead Rising. La proposition de jeu de Shadow of Rome peut vous avoir intéressé au cours de cet épisode, mais l'analyser en comparant avec son évolution par le prisme des mécaniques de jeu est tout aussi fascinant tant on voit le cheminement fait par l'équipe. C'est tout pour cet épisode de la chronique d'un jeu oublié. Merci encore d'être là. Si vous aimez ce podcast, je vous invite à lui laisser une note, à partager votre avis sur votre plateforme d'écoute. Vous pouvez aussi suivre l'émission sur Instagram, les informations sont dans la description. Et si l'épisode vous a plu, partagez-le avec vos amis qui aiment les films de Gladiateur, mais surtout, jouez à Shadow of Rome. A bientôt pour le prochain épisode. Salut !