Speaker #0Bonjour à toutes et à tous et bienvenue dans la chronique d'un jeu oublié, le podcast dédié à ces jeux vidéo qui mérite une seconde chance auprès de vous. On parle de leur développement, de leur mécanique principale sans trop vous spoiler avant d'aborder ce qu'est devenu le studio derrière le jeu. On évoque également la réception autour du titre, en quoi il est toujours intéressant à découvrir aujourd'hui, et le tout accompagné par sa bande originale. Si le format vous plaît, pensez à vous abonner, à le noter sur votre plateforme d'écoute ou à le partager pour le faire connaître. Vous pouvez aussi suivre l'émission sur Instagram, où j'y poste des teasers pour les épisodes à venir et autres actualités sur le podcast. Pour l'épisode du jour, on retourne au milieu des années 90 sur Super Nintendo. Alors qu'un certain Super Mario Kart vient de mettre un coup de projecteur sur les courses de cartes, les concurrents se préparent, dont celui du jour. On va parler aujourd'hui d'un jeu vendu comme un mélange entre Mario Kart et la licence Street Fighter. C'est parti pour Street Racer ! Si le genre des jeux de course a existé très tôt dans le jeu vidéo, il a eu longtemps du mal à attirer d'autres joueurs que les passionnés d'automobile. Longtemps cantonné aux bornes d'arcade, car demandant de maîtriser un gameplay rapide et brusque tout en oscillant entre des titres tournés vers la simulation ou les exemples plus futuristes, il était difficile de séduire une audience plus large. Un public qui avait certainement du mal à s'identifier à son véhicule. Il y avait bien le genre des motos, mais là encore c'est un genre appelant des joueurs bien spécifiques. Et c'est à la fin des années 1990 qu'un sous-genre parvenant à atteindre ce public va faire son entrée, celui des courses de kart. On associe sa paternité au jeu Power Drift développé par Sega avec un certain Yu Suzuki aux commandes. Un créateur de jeux japonais, pionnier de l'industrie, à qui on doit des licences comme Virtua Fighter et surtout Shenmue. Bien que son titre sur bande d'arcade va initier tout un genre, ce n'est pas lui que l'histoire retiendra. mais Super Mario Kart en 1992 qui lui volera la vedette sur la Super Nintendo. Le personnage iconique du constructeur, devenu très populaire, s'est lancé dans une approche du jeu de course avec des kart et ses amis. Des courses au code bien spécifique, une conduite simple, des obstacles, des tracés peu naturels et des options de jeu pour les joueurs avec en prime notre personnage bien installé dans son kart au centre de l'écran. Et son représentant majeur a toujours été au cours des années la licence Mario Kart, avec notamment ce titre qui vient établir les bases. Un jeu au succès fulgurant, atteignant 4 millions d'unités vendues entre août 1992 et avril 1993, et qui terminera sa course à presque 9 millions d'unités. Forcément, un tel succès attire la concurrence, voyant une nouvelle place à se faire dans ce marché. On peut penser à Sonic, le rival de Mario, qui s'y est essayé avec Sonic Drift, ainsi que Virtual Kart. Mais difficile de se faire une place au soleil quand celui qui est arrivé avant vous occupe tout l'espace disponible. Invariablement comparé à Super Mario Kart, tous ces titres ont peiné à se faire remarquer alors même qu'ils sont sortis sur d'autres consoles, à une exception près. En effet, notre jeu du jour, Street Racer, est d'abord sorti sur Super Nintendo en 1994. Édité par Ubisoft et développé par Vivid Image, l'objectif semble clairement affiché d'aller rouler sur les plates-bandes de Super Mario Kart. Ceci dit, pour parler de Vivid Image, il faut parler de Mevlut Dinç. Aussi appelé Mev, il est un game designer turco-britannique grandissant en Turquie avant de venir vivre sa vie professionnelle en Angleterre à partir de 1979. Il commence dès 1983 à travailler sur Commodore 64 en apprenant la programmation via des magazines. Mev sort un premier jeu en 1985, Gerry the Germ goes body Poppin’, un titre audacieux qui nous fait contrôler un virus dans un corps humain. L'homme prend rapidement en expérience et en 1987, il rejoint System 3, un studio de développement où il travaille sur Amstrad CPC et ZX Spectrum pour y porter des jeux. Toutefois, il n'y reste même pas un an car il souhaite monter son propre studio. S'associant avec deux acolytes rencontrés à System 3, Mevlut fonde en 1988 Vivid Image. Après quelques productions, notamment pour Activision, le studio trouve un nouveau partenaire, Ubisoft. qui s'avèrent être le soutien financier dont ils avaient besoin. Et ensemble, ils se lancent dans la création de ce concurrent à Super Mario Kart. C'est donc en novembre 1994 que sort Street Racer sur Super Nintendo en Europe et en Amérique. Afin d'affirmer son identité, le titre cherche une image plus rebelle et tournée vers des joueurs adolescents. On prend alors une direction qui s'éloigne de l'aspect enfantin de Mario Kart, et on s'approche d'un style un peu plus sobre avec des couleurs moins saturées. Autre choix fait dans la création du jeu, mettre l'emphase sur les conducteurs. Le genre de la course de kart mettant ses protagonistes au centre du véhicule, ils seront aussi mis au cœur des mécaniques de jeu. Se combinant alors avec la direction artistique, le jeu vient proposer 8 personnages jouables qui s'avèrent bien différents de ceux de sa référence. Visuellement, les personnages pourraient plutôt être sortis d'un jeu de combat ou d'un beat'em up que d'un jeu de course, et c'était d'ailleurs l'intention de voir le jeu comme un mélange entre Street Fighter, référence du jeu de combat, et Mario Kart. Le titre propose un panel de personnages variés, bien qu'on pourra leur reprocher aujourd'hui d'être clichés pour certains. On a certes des références culturelles comme Franck, le petit-fils de Frankenstein, ou Najreddin Hoddja, un personnage du folklore turc que Mevlut tenait à intégrer, mais le jeu propose aussi des personnages comme Suzulu, le conducteur d'origine africaine qui se bat avec son bâton vaudou, ainsi que Surf, seule femme et jolie blonde qui vient montrer qu'elle n'est pas qu'un joli minois. D'un point de vue gameplay, on prend également de la distance avec le principe basique de poids léger, moyen et lourd ayant des impacts cachés sur notre conduite. Street Racer affiche bien plus de caractéristiques. Accélération, vitesse, maniabilité, attaque, défense, un ensemble en soi simple de statistiques mais suffisant pour déjà donner une direction de ce qu'on souhaite contrôler. Mais ce n'est pas le seul changement. En effet, l'attaque et la défense sont deux statistiques qui servent à profiter d'un élément propre à Street Racer. Les conducteurs peuvent s'attaquer mutuellement et à tout moment. Fini les objets à ramasser sur la course pour attaquer, ici on a trois options à disposition. Le coup de poing sur le côté, une attaque de zone et une attaque en avant. Et c'est sur cet aspect que le jeu prend vraiment toute son identité, car même si certaines attaques se ressemblent dans leurs effets, chaque conducteur se retrouve tout de même avec des options bien différentes des uns et des autres. Par exemple, Hoddja et Helmut peuvent tous les deux s'envoler, mais Hoddja peut électrocuter ses adversaires et les ralentir alors qu'Helmut les attaquera avec des scies causant des dégâts au véhicule. Et oui, le véhicule peut recevoir des dégâts et dispose d'une barre de résistance à laquelle il faut prêter attention comme dans un certain F-Zero de Nintendo. Chaque impact, coup ou obstacle rencontré sur la route vous met en danger et il faut ramasser des objets sur le sol qui réparent automatiquement votre appareil. L'accent est donc aussi mis sur la confrontation entre les conducteurs. Mais que faire lorsqu'un adversaire est trop en avant ? C'est là qu'arrivent les circuits. Souvent vu comme un défaut du jeu, le tracé des courses est pensé de façon à faire un tour complet en 20 voire 30 secondes, ce qui est très rapide, mais par contre, il faut de base faire 6 tours pour terminer une course. Ainsi, même celui qui est devant risque de rattraper les autres et de se retrouver dans la mêlée ou devenir la cible des joueurs qui chercheront à détruire son véhicule. Cependant, on sent que l'accent a été un peu trop mis sur la confrontation, faisant pâtir l'expérience de la conduite. Cette dernière peut s'avérer parfois un peu difficile, notamment pour bien appréhender chaque virage à cause de cette taille resserrée de circuit. Pour autant, le titre propose un système pour revoir la course, déplacer la caméra et suivre votre parcours pour analyser votre façon de jouer et vous améliorer. Street Racer reprend aussi la formule des Grand Prix, mais ajoute des subtilités. Les trois coupes vont piocher parmi les 24 courses disponibles, et il faudra faire le meilleur score à la fin pour gagner. Plus la coupe est difficile, plus elle contient de courses. En plus d'avoir la meilleure position, avoir un impact sur la course vous aide à obtenir un meilleur classement. Ramasser les étoiles sur le circuit, faire le tour le plus rapide, donner des attaques, les possibilités sont nombreuses pour permettre aux joueurs en retrait de remonter le tableau des scores. Et si le format des coupes ne vous plaît pas, vous pouvez faire votre propre coupe avec un nombre de circuits et de tours de votre choix. Mais vous pouvez aussi vous lancer dans les deux modes de jeu alternatifs permettant de renouveler l'expérience de jeu. Le premier, le Rumble, vous place dans une arène carrée et vous devez pousser vos adversaires hors du terrain pour l'emporter. Le deuxième, le Football, vous place sur un terrain de foot et vous devez attraper le ballon pour aller le mettre dans les cages et marquer. Si ces deux modes de jeu sont plus facilement oubliables, c'est aussi car en solo l'intérêt est assez limité. Et cela est aussi vrai dans les courses. En réalité, et c'est ce qui fait un bon jeu de course de kart, le plaisir arrive surtout quand on est à plusieurs. Et là, Street Racer pousse les choses loin, puisque là où Super Mario Kart ne propose que deux joueurs, le jeu arrive tout de même à proposer l'expérience jusqu'à quatre joueurs grâce à un adaptateur. Avec cela, le jeu prend une toute nouvelle saveur, rendant chaque course ou match de foot chaotique, mais où chacun s'amuse à sa manière dans la partie. Street Racer propose en tout une douzaine de musiques, chacune thématique soit des conducteurs, des menus ou des modes de jeu. Une proposition simple et efficace dans l'ensemble qui nous est donnée par Allister Brimble. Ce compositeur anglais démarre dès ses 17 ans dans l'industrie du jeu vidéo avec Thunderbirds en 1987 sur Amiga. Il travaillera en tant que compositeur ou sound designer sur de très nombreux projets, que ce soit avec Codemaster, Team17 ou encore Sumo Digital. Dans les exemples récents, on peut mentionner le vaillant Petit Page sorti en septembre 2024, ainsi que Power Wash Simulator. Bien que son parcours reste discret, on dénombre tout de même près de 240 titres auxquels il a participé. Toujours actif dans l'industrie du jeu vidéo et travaillant à son compte, il est difficile de s'arrêter sur toute son œuvre tant qu'il y a été impliqué depuis presque 40 ans. Vivid Image sortira deux jeux après Street Racer. Le premier, Scars en 98, toujours avec Ubisoft, et enfin Dual Blades en 2002. Après cela, le studio disparaîtra. En effet, sa tête ponçante, mais veloute, quitte le Royaume-Uni en 2000 pour rentrer en Turquie. Il y fonde un nouveau studio de jeux vidéo, Sobee Studios, en 2004 et il y développe des jeux de foot en ligne qui rencontreront un fort succès en Turquie. Vendant son studio en 2013 à une société de télécommunications, il trouve consolation en étant le fondateur de la Fédération des Jeux Numériques Turcs pour permettre au monde professionnel du jeu vidéo en Turquie de croître. Il finit par revenir à Londres en 2016 pour développer de nouveaux jeux. Mais malgré les deux studios qu'il fonde, l'homme n'a pas annoncé de jeu depuis son retour en Angleterre. Si le parcours de l'homme vous intéresse, sachez qu'il a rédigé son autobiographie Life is a Game, disponible en anglais. La presse fit bon accueil au jeu. Si certains vont pousser jusqu'à dire que le titre est bien meilleur que Super Mario Kart, notamment grâce à ses conducteurs au gameplay bien spécifique et à sa possibilité de jouer jusqu'à 4 joueurs, d'autres remarquent ces circuits manquants d'intérêt et de complexité. C'est un reproche d'ailleurs qui sera mis sur le dos d'Ubisoft par le studio. Aucun chiffre de vente ne sera communiqué, mais on peut tout de même supposer que le titre a eu un bon démarrage. En effet... Après la sortie sur Super Nintendo, Street Racer est porté sur de nombreuses plateformes. Megadrive, Game Boy, Saturn, PlayStation... Pendant les trois ans après sa sortie initiale, Street Racer continue de s'étendre, mais c'est souvent la version Super Nintendo qui fera le plus parler d'elle pour sa proposition de concurrent à Super Mario Kart. Les portages sont vus comme corrects pour la plupart, voire au contraire desservent l'image du titre, notamment sur PlayStation où l'aspect graphique et technique est vivement critiqué. On peut noter les améliorations tout de même qui lui seront ajoutées avec de nouveaux circuits et un conducteur supplémentaire. Aujourd'hui, si vous souhaitez vous procurer le jeu, les prix varient entre 10 et 80 euros pour la version Super Nintendo. Mais si vous ne souhaitez pas passer par la case de l'occasion, sachez que le jeu est disponible sur PC via les plateformes GOG et Steam pour une dizaine d'euros. Si Street Racer, malgré sa proposition de jeu audacieuse, n'est pas parvenu à passer à tabac Super Mario Kart, il est tout de même parvenu à se faire une place dans l'histoire des jeux de kart. Il fait partie de ces titres qu'on prend rapidement en main avec des amis pour découvrir, à tâtonner pour comprendre comment le jeu fonctionne avant de commencer à rire avec ses proches en voyant tout ce qu'il est possible de faire. Réduisant la part d'aléatoire qu'on peut trouver dans les références du genre, l'apprentissage est plus rapide et moins frustrant. Après quelques courses, on commence à comprendre le jeu et arrive ce moment où on a envie de changer son approche. Si on commence par jouer au jeu pour conduire comme dans un Mario Kart, ont fini par foncer sur ses adversaires pour les affronter comme dans un Street Fighter. C'est tout pour cet épisode de la chronique d'un jeu oublié, merci encore d'être là. Si vous aimez ce podcast, je vous invite à lui laisser une note, à partager votre avis sur votre plateforme d'écoute. Et vous pouvez aussi suivre l'émission sur Instagram, les informations sont dans la description. Si l'épisode vous a plu, partagez-le avec vos amis qui ont des comptes à régler sur la route, mais surtout, jouez à Street Racer. A bientôt pour le prochain épisode, salut !