Speaker #0Bonjour à toutes et à tous et bienvenue dans la Chronique d'un Jeu Oublié, le podcast dédié à ces jeux vidéo qui mérite une seconde chance auprès de vous. On parle de leur développement, de leur mécanique principale sans trop vous spoiler avant d'aborder ce qu'est devenu le studio derrière le jeu. On évoque également la réception autour du titre, en quoi il est toujours intéressant à découvrir aujourd'hui, et le tout accompagné par sa bande originale. Si le format vous plaît, pensez à vous abonner, à le noter sur votre plateforme d'écoute ou à le partager pour le faire connaître. Vous pouvez aussi suivre l'émission sur Instagram, où j'y poste des teasers pour les épisodes à venir et autres actualités sur le podcast. Bienvenue dans cet épisode qui sera un peu plus court que d'habitude. Aujourd'hui, direction le Tokyo de 2027. L'humanité a entièrement disparu, mais ce n'est pas la fin du monde pour autant. Bien au contraire, les animaux se mettent à reconquérir les rues de la ville japonaise. Aujourd'hui, c'est Tokyo Jungle. Quand on veut créer des jeux vidéo, quoi de mieux que de faire ça avec des amis ? En 2007, c'est la réflexion que se fait Yohei Kataoka qui, au moment de choisir entre être salarié ou monter son entreprise, choisit de fonder Crispy’s! avec deux amis, Tetsuya Yoshinaga et Tokiya Sakuba. Âgé alors de 21 ans, Yohei Kataoka cherche des options de financement et tombe sur une opportunité en or, le PlayStation CAMP. Une recherche de studio par Sony qui promet tous les fonds nécessaires au développement du projet à celui qui les convaincra. Proposant des titres pour la PlayStation 2, la PlayStation 3 et la PSP, Crispy’s! parvient à séduire Sony qui leur confie un premier projet, My Stylist, sur PSP. Le titre du jeu parle pour lui-même dans cette simulation pour designer son style. Vendu avec une caméra qui se connecte à la console portable de Sony, on pouvait prendre en photo ses vêtements et tester ses tenues pour se projeter sur le résultat. Un titre uniquement disponible au Japon qui permet à l'équipe de se faire une première expérience dans le jeu vidéo. Alors qu'une partie de l'équipe quitte la société, Kataoka continue avec ses amis à se projeter sur de nouveaux titres et planche sur plusieurs concepts. En faisant une introspection de ce que eux-mêmes apprécient de leur expérience de jeu, une vision émerge de trouver une idée qui combine originalité avec universalité. Mais l'originalité étant un terme qu'on peut retrouver facilement, la combinaison change pour deux idées universelles qui créeront quelque chose toujours universel mais unique. Ainsi naît Tokyo Jungle, qui combine des animaux en tant que personnages jouables et une ville fantôme en tant qu'environnement de jeu. Pensé pour la PlayStation 3, le studio imagine très tôt des affiches publicitaires qui illustreront leur idée de jeu. Utilisant des photos d'un Tokyo vide, ils ajoutent des animaux sauvages, un titre de jeu, quelques logos et armée d'un document de 200 pages, l'équipe parvient à convaincre Sony de financer ce nouveau projet. Après plusieurs itérations, passant notamment de la 2D à la 3D et soutenue par les développeurs du PlayStation CAMP, Tokyo Jungle finit par sortir en juin 2012 au Japon et en septembre 2012 dans le reste du monde sur le PlayStation Network, la plateforme en ligne de la PlayStation 3. Le jeu démarre avec un récit des conséquences de la disparition des humains avec notamment la nature qui reprend ses droits avant de lancer le tutoriel. Et quoi de mieux pour enseigner les bases de ce jeu d'action et de survie que d'incarner un chien tout mignon de la race spitz nain au milieu des rues de Tokyo bondé d'animaux sauvages. Qui dit animaux sauvages dit aussi chaîne alimentaire et donc jeu de la proie et du prédateur. Et là-dessus, Tokyo Jungle prend le temps de mettre en lumière ce concept universel. Ainsi, on commence par de l'infiltration avec notre petit chien trop mignon, car même s'il mord, il fera difficilement le poids face à trois hyènes affamées. Apprenant à utiliser les hautes herbes pour se mouvoir et analyser nos possibilités, le titre nous permet toutefois d'expérimenter. Une fois ce concept maîtrisé, il faut devenir soi-même prédateur et prendre conscience de notre jauge de faim. En effet, à force de courir à travers la ville, il faut se nourrir pour se remplir la panse et gagner en puissance. Cette jauge est aussi une contrainte à gérer car si elle est vide, vous commencez à perdre en points de vie qui s'avéreront précieux pour la suite. Ici aussi, on profite des hautes herbes, mais cette fois pour apprendre à bondir sur nos proies et leur infliger d'importants dégâts, voire les tuer sur le coup avant de se repaître de leur chair. Si la proie est un herbivore, c'est plutôt facile, mais les carnivores peuvent aussi vous mordre et vous attaquer. C'est donc le moment pour apprendre à se battre contre ces prédateurs. On commence avec un duel qui peut paraître facile avec de la maîtrise. Cependant, les ennemis ne vous laissent aucun répit en groupe et cela aussi le jeu nous l'enseigne pour éviter de finir en charpie. Mais tout cela, à part l'infiltration, c'est pour les carnivores. Les herbivores, eux, ne sautent pas à la jugulaire des autres animaux pour se nourrir et sont de piètres combattants. Ainsi, en contrôlant une biche, on apprend à se nourrir des plantes et à les repérer. L'autre partie importante, c'est la fuite et l'importance de se camoufler dans les hautes herbes si on est repéré. La dernière étape est donc de rester en vie le plus longtemps possible, et pour cela, il faut se reproduire. Quand vous vous nourrissez, vous gagnez des points d'expérience, et à un niveau suffisant, vous pouvez appeler un partenaire de votre espèce pour fonder une petite famille. Une fois un nid douillet trouvé, vous voilà avec un groupe d'animaux qui vous aidera dans vos péripéties à survivre de longues années dans la jungle de Tokyo. Voilà donc pour les bases du gameplay avec cette différence d'approche si on joue un carnivore ou un herbivore. On a le droit à deux modes de jeu, le mode histoire et le mode survie. Dans le mode histoire, il va falloir atteindre l'objectif donné avec l'animal que l'on contrôle, sous couvert d'un peu de narration. Un moyen aussi d'expérimenter des situations de jeu maîtrisées, qui mettent l'accent sur notre compréhension de l'environnement pour avancer. On passe d'un chapitre à l'autre, avec un animal différent à contrôler, mais qui a toujours sa petite histoire propre. On peut jouer à un faon qui cherche sa mère en suivant son odeur, à un beagle venant détrôner le roi d'une meute, ou une hyène devant s'infiltrer dans un groupe de lions. Le jeu limite d'ailleurs certaines composantes pour garder le cœur de l'attention sur ces histoires simples. Composantes que l'on retrouve dans le mode survie qu'on pourrait qualifier de mode libre. Ici, tous les paramètres sont en place. On découvre par exemple un cycle jour-nuit modifiant notre vision de ville, tandis que les années passent pour créer de l'emphase sur notre progression. Certains animaux peuvent avoir des puces qui le ralentissent, il faut alors se baigner dans l'eau pour s'en débarrasser. Eau qu'on peut boire pour remplir notre estomac mais qui peut être contaminée, nous rendant alors malade et aggravant notre faim. On trouve aussi des objets à équiper pour modifier certaines statistiques. Ce mode survie se complète avec des challenges à remplir pour chaque animal que l'on joue pour créer une progression ainsi qu'un fil conducteur, que ce soit chasser certains animaux précis, vivre plusieurs années ou se rendre à un lieu précis dans un temps imparti. Tous ces challenges et avancées dans notre survie nous génèrent un score final qui est ensuite envoyé sur un classement en ligne, aujourd'hui désactivé. Au cours de cette survie, on peut aussi trouver des documents laissés par les humains qui permettent de récolter des informations sur le monde avant leur disparition. En tout, Tokyo Jungle nous permet de jouer une cinquantaine d'animaux que l'on débloque en jouant aux deux modes de jeu et en remplissant certaines conditions. Un contenu varié qui va du chat au mammouth en passant par le crocodile permettant de proposer une expérience légèrement renouvelée à chaque animal. Légère car au final, la boucle de jeu reste sensiblement la même en mode survie, et ce sont essentiellement les challenges donnés par le jeu qui vont poser des conditions et modifier notre approche de l'expérience. D'autant plus que l'espace de jeu disponible peut apparaître restreint à mesure qu'on apprend à le maîtriser. Si le mode histoire peut se terminer en à peine 4 ou 5 heures, il faut viser plutôt la vingtaine d'heures à travers le mode survie pour débloquer tous les animaux et trouver toutes les informations laissées après la disparition de l'humanité. On notera un mode multijoueur en coopération locale qui permet avec un ami de pouvoir se promener dans les rues japonaises avec un peu plus de sécurité. En effet, Tokyo Jungle reste un titre difficile, notamment à cause de ses combats très nerveux mêlés à cette gestion de la fim qui peut nous pousser à l'erreur. Petit défaut notable tout de même, la caméra reste centrée sur le premier joueur, un signe aussi que cette idée a dû arriver un peu trop tard dans le développement pour être intégrée sans défaut. La musique de Tokyo Jungle a été confiée à Takuhisa Kakibara via sa société Ongaq. Aussi appelé Tak, il est un des compositeurs de la série Beatmania IIDX, une série de jeux de rythme sur borne d'arcade très populaire au Japon qui perdure encore avec le dernier épisode sorti en octobre 2024. Tak participera au début de la licence avant de s'en éloigner en 2004. Il compose pour le jeu I/O en 2006 avant de monter sa société. Avec sa structure, il participe à des projets de jeux mobiles, des publicités ou encore des films. L'entreprise étant toujours active, le compositeur étatsunien installé à Tokyo semble avoir pris de la distance avec le jeu vidéo. En effet, ses dernières créations dans ce médium remontent à 2015 avec un jeu mobile, et on le retrouve à faire quelques arrangements musicaux pour la série Kingdom Hearts. Du côté de Crispy's!, l'équipe ajoutera du contenu additionnel à Tokyo Jungle qui permettra d'avoir une dizaine de nouveaux animaux. L'ensemble du jeu avec ses ajouts coûtait près de 25€. Une version dite mobile sortira en 2013 sur le PlayStation Network à destination de la PlayStation Vita, la nouvelle console portable de Sony. Cette adaptation apporte une expérience très différente, prenant en compte les spécificités techniques de son support et se tourne vers un gameplay proche du tactical RPG. Aujourd'hui cependant, Tokyo Jungle et sa version sur Vita ne sont plus disponibles en ligne. Si vous voulez vous procurer le jeu, sachez qu'il existe des versions physiques uniquement disponibles en japonais entre 20 et 60 euros sans compter les frais de livraison. En 2015, le studio, en collaboration avec d'autres développeurs, sort un nouveau jeu sur PlayStation 3, Short Peace Ranko Tsukigime's Longest Day. Un jeu de plateforme en 2D qui ne trouvera pas vraiment son public. A la suite de ce projet, la société de Yohei Kataoka semble avoir arrêté ses activités. Les amis proches qui étaient restés sont partis dans d'autres entreprises et aucune annonce n'a été faite depuis 2015. Seuls les chiffres de vente au Japon ont été communiqués par Sony avec près de 260.000 unités vendues, mais aucun chiffre pour le reste du monde. On sait seulement que le titre a été bien reçu en Europe, mais très peu en Amérique, sans plus de précision. La presse, elle, accueille positivement cette proposition de jeu avec une note moyenne de 77% sur le site Metacritic qui réunit les avis de la presse. Le jeu est applaudi pour sa simplicité via notamment ses mécaniques et ses missions absurdes ainsi que pour son originalité avec tous ses animaux à jouer. Mais cette simplicité lui est aussi reprochée car il se crée une certaine répétitivité dans les approches de jeu en fonction de si on prend un herbivore ou un carnivore. Malgré tout, le jeu bénéficie d'un important succès d'estime et on peut noter l'invitation de Yohei Kataoka à la Game Developers Conference en 2013 pour parler du développement de Tokyo Jungle. Depuis que le jeu a été retiré du PlayStation Network en 2016, plus aucune communication a été faite et avec le silence du studio Crispy's!, il est fort à parier que le jeu ne reviendra pas sur nos consoles. Un jeu qui a eu son coup d'éclat par son idée très simple et attrayante. Malheureusement, si la proposition arrive à convaincre sur le papier, le titre a quelques soucis de rythme. Certains animaux sont trop semblables en termes d'approche, alors qu'on aurait aimé qu'ils aient un peu plus de différence. Mais cette répétitivité est un problème si on joue uniquement à Tokyo Jungle pour en voir le bout. Si votre approche est d'avoir des sessions espacées avec d'autres jeux de votre ludothèque, alors le titre devient cette petite parenthèse qu'on lance de temps en temps pour tester un nouvel animal et voir combien de temps on est capable de survivre. Concernant le jeune studio Crispy's!, avec Tokyo Jungle, celui-ci s'est retrouvé avec les projecteurs braqués sur lui en attente du nouveau titre à succès. Cela n'arrivera pas, une histoire assez commune de ces studios qui proposent un titre brillant, une fois seulement avant d'être renvoyé dans l'ombre de l'industrie du jeu vidéo. C'est tout pour cet épisode de la chronique d'un jeu oublié. Merci encore d'être là. Si vous aimez ce podcast, je vous invite à lui laisser une note, à partager votre avis sur votre plateforme d'écoute. Vous pouvez aussi suivre l'émission sur les réseaux sociaux, les informations sont dans la description. Et si l'épisode vous a plu, partagez-le avec vos animaux, mais surtout, jouez à Tokyo Jungle. A bientôt pour le prochain épisode. Salut !