Speaker #0Quand je vous dis sorcière, vous pensez à quoi ? Un écrochu ? Un chat noir ? Un chaudron qui fume ? Ou peut-être à quelqu'un qui vous a jeté un mauvais sort ? Et au cinéma, vous les avez vues les sorcières ? Celles qui volent sur un balai ? Celles qui parlent au diable ? Celles qui mangent des enfants ? Mais aussi celles qui font des potions à base de plantes ? Qui vivent en marge ? Qui dérangent ? Et qui, disons-le franchement, font un peu peur parce qu'elles sont trop libres ? Alors au fond, la sorcière c'est qui ? Une méchante de comte, une femme puissante, et surtout, pourquoi revient-elle toujours hanter les écrans, à chaque époque, sous une nouvelle forme ? Bonjour, bonsoir, salut à toi, cher auditeur, chère auditrice, cher être humain qui cultive une étrange fascination pour l'insolite et l'extraordinaire. Bienvenue dans ce nouvel épisode du podcast CINETOC, où on explore comment le 7e art utilise le fantasmagorique pour décliner le féminin. Je m'appelle Georgia Et aujourd'hui, on s'attaque à une figure aussi attrayante que redoutée, la sorcière au cinéma. Longtemps persécutée, crainte, diabolisée, la sorcière revient au cinéma avec puissance. Mais qui est-elle aujourd'hui ? Et surtout, que nous dit-elle du féminin, du corps, du pouvoir ? De conte en conte, d'époque en époque, elle a changé de visage. Mais au cinéma, surtout ces dernières années, Elle est devenue bien plus qu'un personnage. Elle est un symbole, une construction du pouvoir féminin, une forme de résistance. Et pour explorer cela, je propose une plongée dans quatre fils. Maleficent de Disney, The Witches de Robert Zemeckis, Suspiria de Luca Guadagnino et The Witch de Robert Eggers. Quatre films, quatre sorcières, quatre manières de penser le féminin à l'écran. Prépare-toi. Aujourd'hui, on entre dans le sabbat. EXTRAIT. Quand on pense à la sorcière au cinéma, une image revient souvent, celle de Maléfique, la grande méchante de la belle au bois dormant. Une silhouette noire, des cornes, des flammes vertes, une malédiction, bref le mal incarné. Mais en 2014, Disney décide de tout renverser avec le film Maleficient. Et là, surprise ! La sorcière n'est plus une simple méchante, elle devient le cœur du récit, la protagoniste, la victime et la mère symbolique. Maléfique, l'archétype de la vilaine sorcière, devient soudain l'un des personnages les plus nuancés du cinéma fantastique récent. Dans le dessin animé de 1959, Maléfique est la quintessence du mal. Elle jette une malédiction par pur orgueil. On ne sait rien de son passé, Rien de ses motivations profondes. Mais en 2014, le film choisit un tout autre point de vue, celui de Maléfique elle-même. Ici, elle est d'abord une fée puissante, gardienne d'un royaume magique, joyeuse, généreuse, presque enfantine. C'est la trahison d'un homme, Stéphane, qui va tout faire basculer. Une trahison violente, intime, métaphorique du viol, lorsqu'il lui arrache ses ailes pendant son sommeil pour gravir les échelons du pouvoir. Cette blessure n'est pas seulement physique, elle est la blessure de la confiance prisée, du rejet et du sentiment d'être abandonné par le monde des humains. Le vol de ses ailes est filmé dans un clair-obscur silencieux, comme une métaphore de l'agression sexuelle. La caméra évite la frontalité, accentue la... perte et la dépossession. Plus tard, Maléfique est souvent filmé en contre-plongée, encadré de noir. Sa sorcellerie est une reconquête du corps. Dès lors, Maléfique n'est plus une méchante, elle est une figure tragique, blessée, mutilée, poussée à la colère. La malédiction qu'elle jette sur la fille de Stéphane n'est pas un acte gratuit mais une réponse désespérée. une tentative de reprendre le contrôle. Visuellement, Maleficent construit un univers très distinct. On oscille entre le royaume humain, froid, dur, minéral, où règnent les hommes, et la lente, royaume de la magie, de la nature et de la liberté. C'est un contraste né entre patriarcat et monde féerique, entre pouvoir guerrier et puissance organique. Les créatures de la lente, la lumière, les textures végétales, l'aérien des vols de Maléfique avec ses ailes, tout cela renforce l'idée d'une femme littéralement arrachée à la nature. Les teintes sombres, les cornes de Maléfique, son maquillage sculptural, ce sont des codes du monstre, mais ici repris pour créer une beauté étrange, presque sacrée. Le film transforme l'icône du mal en figure religieuse païenne. puissante et digne. Le film use d'une esthétique CGI très organique où Maléfique est montré dans des environnements luxuriants, irréels, presque utérins. Les lumières froides dominent ces scènes de colère. Les tons dorés apparaissent lorsqu'elle veille sur Aurore. Sa transformation est construite par le montage émotionnel, son regard, ses silences, la caméra qui approche lentement son visage trahi. D'ailleurs, l'arc narratif le plus fort du film C'est celui de la relation entre Maléfique et la princesse Aurore. Ce qui commence comme une vengeance devient peu à peu un attachement sincère, complexe, ambivalent. Maléfique observe la jeune fille grandir, tente d'annuler la malédiction, puis finit par l'aimer comme une mère. Et surtout, c'est le baiser d'amour véritable de Maléfique qui réveille Aurore, pas celui du prince. Le film détourne ici un code classique du conte de fées Ce n'est plus l'homme qui sauve la femme, mais la femme qui répare ce qu'un autre homme a détruit. Maleficient devient alors un récit sur le consentement, sur la reconstruction après un traumatisme et sur l'amour non romantique comme force de guérison. A la fin du film, Maléfique retrouve ses ailes. Littéralement, elle récupère ce qui lui avait été volé. Mais elle ne détruit pas le royaume humain pour autant. Elle choisit de ne pas reproduire la violence, de sortir du cycle vengeance-domination et de laisser place à une autre forme de pouvoir, un équilibre entre royaumes. C'est une fin profondément politique et symbolique. Elle ne nie pas le mal qu'elle a vécu, mais elle ne s'y enferme pas non plus. La rédemption n'est pas ici soumission ou oubli, c'est la reprise de soi. Le film utilise cette histoire pour interroger la construction de la figure de la sorcière dans l'imaginaire. La sorcière n'est pas née méchante, elle est devenue ce qu'elle est à cause d'un trauma, d'une injustice, d'un rejet. Cette perspective apporte une dimension empathique mais aussi politique. Maléfique n'est pas sorcière par nature mais par construction sociale et émotionnelle. Elle incarne une féminité blessée en reconstruction. une mère non biologique qui apprend à aimer à travers sa souffrance. Enfin, ce trauma donne aussi lieu à un chemin de rédemption où Maléfique apprend à dépasser la haine pour retrouver une forme d'amour et de compassion. La sorcière est alors aussi une figure de transformation, capable de guérir, de reconstruire et de réinventer sa propre identité. EXTRAIT. En 2020, Robert Zemeckis s'attaque à une relecture du célèbre roman The Witches de Roald Dahl, déjà porté à l'écran en 1990 dans une version culte. Cette fois, c'est Anne Hathaway qui incarne la redoutable grande sorcière dans un film plus numérique, plus coloré et plus controversé. Dans cette version, l'histoire reste fidèle dans ses grandes lignes. Un jeune garçon orphelin part vivre chez sa grand-mère. Un jour, dans un hôtel luxueux, il tombe par hasard sur un congrès de sorcières. Et pas n'importe lesquels. Des sorcières qui détestent les enfants, au point de vouloir tous les transformer en souris. Mais ici Zemeckis déplace... le cadre. On est dans l'Amérique des années 60, dans le sud profond. Le héros est un petit garçon noir, interprété par Jaisir Kadimbruno, et sa grand-mère, campée par Octavia Spencer, est une figure maternelle forte, chaleureuse et sorcière à sa manière. Ce changement donne une lecture plus ancrée dans l'histoire raciale américaine, sans être vraiment exploité en profondeur, mais avec une volonté de diversifier le regard sur ce conte classique. Visuellement, The Witches 2020 opère un virage complet. Le film se veut plus fantasque, plus cartoon, plus numérique aussi, parfois au point de perdre en texture et en frissons. Là où la version de 1990 misait sur le maquillage et les effets pratiques pour créer une terreur tactile, presque organique, Zemeckis préfère le numérique exagéré, les transformations rapides, les effets spectaculaires. Anne Hathaway en Grande sorcière cabotine à fond avec son accent d'Europe de l'Est, ses gestes grandiloquents, son sourire démesuré. Elle incarne une figure flamboyante mais très stylisée, moins effrayante qu'extravagante. Ce choix divise, pour les uns c'est jubilatoire, pour d'autres trop caricatural pour inquiéter vraiment. Le résultat ? Un film plus grand public, mais aussi moins inquiétant, moins corrosif que celui de Nicolas Roque en 1990. L'un des points les plus commentés à la sortie du film concerne la représentation physique des sorcières. Dans cette version, elles ont trois doigts par main et des pieds déformés, ce qui rapidement était perçu comme une représentation problématique, assimilant une différence corporelle à quelque chose de monstrueux. Des associations de personnes handicapées ont dénoncé le message involontairement stigmatisant. Warner Bros. a présenté des excuses, mais la polémique a mis en lumière une limite de l'adaptation. À vouloir styliser le mal, on peut parfois toucher des sensibilités bien réelles. Le conte de Roald Dahl était cruel, certes, mais son adaptation se doit aujourd'hui d'être plus attentive à ce qu'elle véhicule, même symboliquement. Malgré ses maladresses, The Witches 2020 conserve l'essence noire du conte d'origine. Les sorcières sont des figures de contrôle, obsédées par la normalité, par l'éradication de la différence enfantine. Elles détestent le désordre, le jeu, la liberté. Et les enfants, réduits à l'état de souris, deviennent des figures résistantes, invisibles mais rusées, une métaphore des minorités obligées de se cacher et de s'adapter pour survivre. Pourtant, ce qui reste au cœur de la représentation de la sorcière, c'est son rapport à l'enfant. Au cœur de The Witches, l'enfant, ici un petit garçon nommé Luke, incarne l'innocence pure, l'être fragile exposé aux forces du mal, représenté par les sorcières qui veulent éliminer les enfants du monde. Luke est le miroir de la vulnérabilité enfantine face à un univers hostile, mais aussi le point d'ancrage émotionnel du film. La sorcière suprême et ses acolytes incarnent la menace absolue qui plane sur les plus jeunes, renforçant la peur primordiale que l'enfance peut engendrer chez les adultes et les enfants eux-mêmes. Dans cette version, les sorcières détestent les enfants à un niveau quasi obsessionnel. Leur haine est à la fois métaphorique et littérale. Elles veulent anéantir l'innocence, supprimer la jeunesse et le potentiel d'avenir. Cette opposition radicale entre enfant et sorcière peut se lire comme une représentation du conflit entre innocence et corruption, futur et passé, potentiel et destruction. Un aspect important du film est que l'histoire est racontée du point de vue de Luke, qui doit affronter un monde cruel où les adultes ne le protègent pas toujours. Ce regard enfantin rend la peur plus palpable, plus immédiate, mais il est aussi le vecteur d'une forme d'empowerment. Luc n'est pas seulement une victime, il devient acteur de sa propre survie et plus largement porteur d'espoir. Un des moments clés du film est la transformation de Luc en souris. Ce passage est une métaphore forte du passage à l'âge adulte et du rite de passage par l'épreuve. La perte temporaire de son corps humain symbolise l'aliénation et la fragilité de l'enfance mais aussi la capacité de l'enfant à s'adapter et à faire preuve de courage ... et d'intelligence. Malgré les ténèbres, The Witches véhicule un message d'espoir. L'enfant, même face aux forces du mal, conserve une forme d'innocence qui peut se transformer en résilience et en force intérieure. Sur un plan plus large, la haine des sorcières envers les enfants peut être lue comme une métaphore du conflit entre générations, entre l'ancien et le nouveau. entre le passé qui refuse de mourir et l'avenir qui s'impose. Ce conflit illustre la figure de la sorcière comme un agent du chaos, un frein à la progression naturelle de la vie et le film réaffirme la nécessité de protéger les enfants mais aussi de leur permettre d'affirmer leur propre pouvoir face à l'adversité. Et maintenant, parlons d'un film à part. Un film envoûtant, déroutant, presque hypnotique. Je parle bien sûr de Suspiria, version 2018, réalisée par Luca Guadagnino. L'histoire... Une jeune danseuse américaine rejoint une école berlinoise dirigée par une troupe de femmes qui s'avèrent être des sorcières. Mais ici, pas de chapeau pointu. La magie est rituelle, organique, incarnée dans les corps et la danse. Dès les premières scènes, Suspiria installe la danse non pas comme un simple art scénique, mais comme un code initiatique. Chaque geste est lourd de signification. Le corps de la danseuse tendu, plié, fracturé parfois, devient un vecteur de force invisible. Il ne s'agit pas de danser pour séduire ou s'exprimer, il s'agit de canaliser un pouvoir. Dans la chorégraphie centrale de Volk, les mouvements synchronisés des danseuses forment un motif géométrique presque kabbalistique. Leurs pieds frappent le sol avec une intensité rituelle et les costumes rouges évoquent à la fois le sang ... Le sacrifice est la matrice. La danse devient une liturgie visuelle, un sabbat codifié. Une séquence particulièrement marquante met en scène Suzy Banyan, incarnée par Dakota Johnson, dans une salle de répétition. Tandis qu'elle exécute sa danse, chaque mouvement déclenche à distance des effets physiques terrifiants sur une autre jeune femme enfermée dans une pièce voisine. Ses membres se tordent, ses os se brisent. Cette scène fonctionne comme un sortilège. La danse est un vecteur de souffrance, mais aussi de pouvoir pur. La caméra alterne les plans sur Suzy, en transe, et sur la victime désarticulée, dans un montage qui donne une matérialité au lien magique. Le film tout entier est construit comme un rite initiatique en six actes, plus un épilogue. Chaque étape correspond à une montée en intensité, révélation, souffrance, Perte de repère, ce découpage n'est pas anodin. Il reproduit la structure même d'un rite de passage au sens anthropologique. Guadagnino met en scène trois mouvements. Une séparation, l'entrée de Suzy dans la compagnie, une transition, la lente découverte de la sorcellerie et la transformation du corps, et une réintégration, le sabbat final où elle devient Mers Superiorum. Le climax du film, le sabbat final, est la démonstration ultime du lien entre danse et rituel. La salle est plongée dans une lumière rouge sang. Les danseuses sont nues ou enveloppées dans des tissus fluides. Leur corps en mouvement évoque une cérémonie païenne. Le montage devient frénétique. Les superpositions d'images imitent l'état de trance mystique. Le sacrifice des sorcières qui ont trahi le véritable ordre est filmée comme une scène de purification. Suzy, devenue mère Suspiriorum, redéfinit le sens même du pouvoir. Elle choisit qui doit mourir, qui peut vivre, qui peut oublier. Sur le plan filmique, tout contribue à cette sacralisation. Le cadrage consiste souvent en plan fixe ou travelling lent pour donner une gravité cérémonielle aux scènes de danse. La lumière est une variation entre éclairage blafard pendant les répétitions et rouge sang pendant les rituels, pour marquer le passage entre profane et sacré. Le montage est une alternance fluide entre temporalité, un mélange entre flashback et vision, qui mime les états de conscience altérés liés au rituel. Quant au son, la bande originale de Tom York mêle voix éthérée, nappe électronique et rythme organique créant une ambiance quasi religieuse. Mais dans Suspiria, la danse est aussi une affirmation du corps féminin comme siège de pouvoir. Les hommes sont absents ou faibles et le seul personnage masculin sans corps féminin est le homme. Le psychanalyste joué par Tilda Swinton est spectateur impuissant des événements. La sororité entre les femmes est ambivalente. Elle peut être toxique, on voit la manipulation et les sacrifices, ou salvatrice, comme dans la scène finale, où Suzy accorde la mort comme une bénédiction à l'homme vieillissant. Quant à la danse, elle est filmée non pas pour sa grâce, mais pour sa puissance archaïque. Les mouvements sont secs, violents, Ancrées dans le sol, on sent la terre, la boue, le sang et surtout on sent le collectif. Ce n'est pas une sorcière, ce sont des dizaines de femmes unies dans un même corps rituel. Ce que Suspiria met en scène, ce n'est pas seulement la magie ni même le mal, c'est quelque chose de plus ancien, quelque chose d'archaïque, chtonien, profondément féminin. La danse devient ici une langue oubliée, un pouvoir sacré, un outil de destruction mais aussi de renaissance. Car au fond Suspiria, c'est l'histoire d'une jeune femme qui découvre qu'en bougeant son corps, elle peut créer, anéantir, régner. Et ce corps jusque là contraint, réprimé, jugé, devient temple, tombeau et trône à la fois. Voilà pourquoi Suspiria est un film si singulier dans cette sélection. Il ne montre pas seulement la sorcière, il la met en mouvement, il la danse et la ritualise. EXTRAIT. The Witch se déroule dans la Nouvelle-Angleterre du XVIIe siècle, au sein d'une famille puritaine profondément religieuse, isolée dans la nature sauvage. Le film place le féminin dans une zone de tension extrême. D'un côté, la morale puritaine impose une répression rigide, culpabilisante. De l'autre, la nature sauvage est le royaume du mystère et du mal, et en particulier de la sorcellerie. Dans ce cadre, être femme c'est être doublement surveillée, par Dieu et par la nature, cette forêt immense et menaçante qui entoure la ferme familiale. Thomasin, l'héroïne adolescente interprétée par Anya Taylor-Joy, est l'objet de cette double contrainte. Elle est la figure centrale du féminin, coincée entre innocence et tentation, pureté et corruption. Le film montre très tôt que les femmes de la famille sont des figures ambivalentes. La mère énigmatique est à la fois dévouée et distante. Les filles sont à la fois soumises et rebelles. Thomasine incarne à la fois la victime et la menace. Elle est suspectée d'être sorcière, comme si la peur du mal passait nécessairement par le contrôle des corps féminins et de leur sexualité naissante. La sorcellerie dans The Witch est presque une métaphore de la peur patriarcale face à l'émancipation féminine. Le corps féminin est perçu comme un foyer de tentation, un lieu dangereux où le mal pourrait naître. L'écriture filmique de Robert Eggers est marquée par une maîtrise du clair-obscur qui évoque la peinture baroque. Le visage de Thomasine est souvent éclairé par des bougies, fragile lueur dans la nuit oppressante. Le choix de plans serrés sur le visage, la peau, les mains, accentue l'intimité mais aussi la vulnérabilité. Les espaces clos de la maison contrastent avec l'immensité menaçante de la forêt qui devient le lieu d'émancipation mais aussi de damnation. Le film culmine dans la scène où Thomasin rejoint la sorcière dans la forêt, acceptant le pacte avec le démon incarné par une chèvre, Black Phillip. Cette scène est à la fois la destruction d'une innocence et la prise de pouvoir. Thomasine ne subit plus, elle choisit. Son geste, sa signature dans le livre des damnés, sont autant d'actes de liberté, même s'ils passent par la transgression ultime. Le féminin est ici un paradoxe. Il est synonyme de la violence. d'aliénation sociale et religieuse, mais aussi d'affirmation radicale de soi, hors des règles et des normes. Contrairement aux représentations plus classiques où la sorcière est monstrueuse, ici elle est surtout une figure de libération des carcans patriarcaux. Thomasine quitte la maison étouffante pour entrer dans la forêt, symbole de la liberté sauvage mais aussi de l'inconnu. La sorcellerie, loin d'être uniquement maléfique, est l'expression d'une forme d'empowerment féminin, douloureuse, ambivalente mais puissante. The Witch peut se lire aussi comme un drame psychologique sur la construction du féminin en contexte d'oppression. La peur, la suspicion, la violence symbolique et physique contre Thomasin traduisent les mécanismes de contrôle social sur les femmes. La forêt, espace de liberté mais aussi de danger, illustre le prix à payer pour cette émancipation. En somme, The Witch dépeint le féminin comme doublement vulnérable et puissant. La sorcière est la métaphore d'une jeune femme face à la répression religieuse et sociale. Le film utilise la lumière, l'espace et la tension psychologique pour immerger le spectateur dans cette expérience intime et universelle. Et la transgression finale de Thomasin est une forme d'affranchissement. ambigu et radical qui résonne comme un cri d'indépendance. Dans cette forêt froide et menaçante, Thomasine trouve sa voix, non pas en se conformant, mais en dansant avec les ombres. Maintenant qu'on a vu un par un ces films, poussons un peu plus la réflexion sur la sorcière. Commençons par une question simple mais cruciale. D'où vient le pouvoir de la sorcière ? Est-ce un don, une malédiction ou une réponse au rejet ? Dans Maleficient, Le pouvoir naît d'un traumatisme, maléfique et trahi, mutilé, et sa magie devient colère. Le film, par ses effets spécifériques, ses mouvements de caméra aériens et ses costumes gothiques, nous raconte une reconstruction. Ce n'est pas une vilaine, mais une femme blessée qui se reconstruit par la magie. A l'opposé, The Witches version 2020 présente des sorcières nées méchantes. Pas d'origine, pas de nuances. Elles sont grotesques, sans cheveux, avec des bouches surdimensionnées. Leur sorcellerie est une déformation innée, soulignée par des effets spéciaux caricaturaux et des grimaces sonores. Dans Suspiria, la sorcellerie est plus mystérieuse. Elle est héritée, transmise, cachée dans la danse. On ne devient pas sorcière, on l'est déjà, mais on ne le sait pas encore. Et dans The Witch, c'est encore différent. La jeune Thomasine est accusée à tort, puis choisit librement de devenir ce que l'on disait d'elle. La sorcière ici naît du regard des autres et devient un acte de rébellion. Ces quatre films nous proposent quatre origines différentes. La blessure, l'essentialisme monstrueux, la filiation sacrée et l'émancipation. Et chaque fois, La caméra raconte une histoire de pouvoir, mais aussi de féminin, mis à l'épreuve. Maintenant, parlons de pouvoir. Comment ces films montrent-ils la magie ? Est-ce un feu d'artifice, un rituel ou quelque chose de plus intérieur ? Dans Maleficient, la magie est visuelle, grandiose. Elle transforme la nature, modifie l'environnement. Mais ce pouvoir spectaculaire est adouci par une relation maternelle. C'est l'amour qui défait la malédiction, pas un sort. Dans The Witches, le pouvoir est démonstratif, bruyant, comique, transformation d'enfant, conspiration absurde. La sorcière y est ridiculisée, comme si le film voulait désamorcer la peur qu'elle inspire. En revanche, Suspiria propose une autre grammaire. Le pouvoir s'exerce par la danse, chaque mouvement est une incantation. La chorégraphie est cadrée en plan fixe ou long travelling avec des sons organiques, sourds, presque utérins. C'est un cinéma du corps sacré, pas du spectacle. Et dans The Witch, le pouvoir est hors champ. On ne le voit presque jamais, il est suggéré, silencieux. Mais lorsqu'il surgit, dans la lévitation finale, il est d'autant plus saisissant. Il semble en fin de compte que plus le cinéma veut respecter la figure de la sorcière, ... plus il rend sa magie sacrée, lente et invisible. Et plus il veut s'en moquer ou la craindre, plus il la rend grotesque, bruyante, extérieure. Mais ce qui est peut-être plus fascinant, c'est la manière dont ses films filment le corps féminin. Dans Maleficient, le corps est intouchable. Angelina Jolie flotte, vole, plane. Sa beauté est soulignée. par la lumière, par le costume, par la mise en valeur d'un féminin sublimé. Dans The Witches, au contraire, le corps féminin est déformé. Talons hauts, griffes, mâchoires élargies, c'est une version hystérisée du genre, une peur grotesque de la féminité sans maternité. Suspiria, elle, utilise la danse comme langage. Le corps y est fragmenté, animalisé, mais aussi divinisé. Il saigne, se tord. créé, la sorcière n'est pas monstrueuse, elle est prêtresse. Et dans The Witch, le corps est contrôlé par la famille, puis libéré par le sabbat. Tout est dans la lumière naturelle, dans les silences, dans la tension du cadre. Le corps devient politique. Ce que montre le cinéma ici, c'est que le corps de la sorcière est un champ de bataille. Entre peur du désir, peur de l'âge, peur de la puissance. Et chaque film, selon son époque, révèle une angoisse collective. Alors justement, qu'est-ce que chacun de ces films dit de la société qui l'a produit ? Maleficent, sorti en 2014, en pleine vague post-MeToo, propose une lecture de la sorcière comme victime de violences patriarcales capables de se reconstruire. The Witches de 2020, malgré ses intentions inclusives, reprend des stéréotypes anciens. Le film fait de la sorcière Un archétype misogyne, la femme indépendante, riche, puissante, sans enfant, devient un monstre. Elle n'est pas seule, mais organisée, ce qui renforce l'idée d'une peur du féminin collectif. Suspiria, en 2018, est un film post-moderne, européen, qui interroge la transmission féminine, la sororité obscure dans une structure matriarcale ambiguë. Et The Witch en 2015, film indépendant tourné à la lumière naturelle, capte le rejet des normes religieuses, le poids du puritanisme et propose un final où dire oui au diable, c'est enfin dire non à l'obéissance. Alors qu'est-ce que ces sorcières ont en commun ? Elles sont toutes en rupture. Elles vivent en dehors de l'ordre, parfois malgré elles, souvent contre lui. Et c'est là peut-être la définition la plus simple de la sorcière. Une femme qui refuse de se taire. Nous avons évoqué quatre films de sorcières et quatre versions du féminin en tension. En effet, les sorcières au cinéma ne sont pas seulement des figures de la peur ou de la magie, elles sont des réponses visuelles et narratives à la question « qu'est-ce qu'une femme puissante ? » et la réponse change selon les films. Rassurante, si elle devient mère. comme dans Maleficent, terrifiante si elle est libre et sans attache comme dans The Witches, respectée si elle est rituelle et collective comme dans Suspiria, émancipée si elle dit non à l'ordre établi comme dans The Witch. Ces représentations utilisent la sorcière dans un plan politique, une manière de filmer le genre, le corps et les marges non plus comme altérité mais comme puissance en devenir. Mais dans tous les cas, La sorcière est en fin de compte le miroir du féminin que la société ne veut pas voir. Celui qui ne se tait pas, celui qui se transforme, celui qui fait peur. Alors, chers auditeurs, chères auditrices, as-tu déjà vu ces quatre films ? Quels films proposes-tu pour inclure dans cette thématique ? Quel est ta sorcière bien-aimé à toi et pourquoi ? Merci d'avoir suivi cet épisode du podcast CINETOC Je m'appelle Georgia. Si tu aimes ce contenu, retrouve CINETOC sur les réseaux sociaux, abonne-toi, partage et surtout, ne brise pas le charme et télécharge mon prochain épisode en sorcellant.