Speaker #0Bienvenue dans un nouvel épisode du podcast Ciné Talk. Bonjour à toi, cher auditeur, chère auditrice, fascinée par le mythe du chasseur. Je m'appelle Georgia et aujourd'hui on va parler de Prédator. A l'occasion de la sortie en salle de Prédator Badlands, je propose de faire le point sur cette créature apparue littéralement de nulle part en 1987. Depuis, non seulement le Prédator a secoué le cinéma d'action des années 80, Mais l'évolution de cette créature culte me paraît être un parfait cas pour explorer la logique des franchises hollywoodiennes. Du coup, je propose de passer tout d'abord rapidement en revue les différents films de la franchise. Ensuite, on va essayer de comprendre comment le cinéma a construit, déconstruit et reconstruit Predator d'un film à l'autre. Mais surtout, on va profiter pour explorer un autre aspect important de la saga, à savoir sa contribution ... dans la construction d'une mythologie autour de la figure du chasseur au cinéma. Si la proposition te plaît, installe-toi confortablement et laisse-toi guider dans cette traque du chasseur ultime. Tout commence en 1987 avec Predator de John McTiernan. Arnold Schwarzenegger incarne Dutch, un soldat d'élite envoyé dans la jungle d'Amérique centrale pour une mission de sauvetage. Rapidement, lui et son équipe découvrent qu'ils ne sont pas les seuls chasseurs. Quelque chose, une entité invisible les observe, les traque et les élimine un à un. Le film joue sur la tension entre le chasseur et la proie, mais renverse la dynamique. l'homme, le soldat surentraîné devient la bête traquée. La jungle devient un terrain primitif où la technologie humaine ne vaut plus rien. Et lorsque Deutsch abandonne ses armes pour se camoufler dans la boue, il revient à un état presque animal. L'humain retrouve son instinct de survie. Le Prédator original est donc une fable sur la déconstruction de la virilité guerrière, enveloppée dans un film d'action des années 80. Le génie du film, c'est sa progression. On commence dans un pur film d'action testostérone à souhait pour basculer lentement dans le film de survie horrifique et la science-fiction. Et au centre de tout cela, le Prédator, une créature à la fois terrifiante et fascinante. Son design, signé Stan Winston, est immédiatement culte. Dreadlocks biomécaniques, mandibules monstrueuses, visions thermiques, c'est une silhouette reconnaissable entre mille. D'un point de vue filmique, ce premier Prédator a recours à l'utilisation des plans larges sur la jungle oppressante et des plans rapprochés sur les visages qui l'observent dans l'espoir de découvrir ceux qui les chassent. La caméra se déplace lentement pour installer justement une atmosphère de traque. Le Prédator est filmé souvent en plongée ou contre jour, dans des ombres ou à travers la végétation, ce qui renforce sa nature invisible de chasseur ultime et contribue à une mystique qui au fil de l'évolution de la franchise, nous allons le voir, va être de plus en plus compromise. La suite arrive en 1990. Predator 2, réalisé par Stephen Hopkins, transporte la créature dans la jungle urbaine de Los Angeles. Ici, c'est Danny Glover, flic fatigué, qui doit affronter le monstre. Loin des muscles de Schwarzenegger, Glover incarne un homme vulnérable, débordé mais obstiné. Le film conserve la dimension de chasse mais la transpose dans un chaos social, guerre des gangs, corruption et chaleur étouffante. Cette fois le prédateur est presque un observateur cynique de la violence humaine. Il vient sur terre pour le sport, dans un monde où les humains s'entretuent déjà. Ici la photographie change et on passe d'un éclairage naturel à l'usage de néons, de filtres pour traduire la chaleur urbaine et d'une caméra plus nerveuse. Le Prédator reste souvent filmé en silhouette, en ombre, perdant un peu de mystère mais gagnant en omniprésence dans un environnement humain saturé. Le montage est plus rapide, avec plus de scènes d'action urbaine, d'explosion et de carnage, indiquant que le chasseur est dans un terrain où l'humain est déjà dangereux. Le ton est plus sombre, plus violent, presque chaotique. Et si le film divise, il élargit l'univers. On découvre qu'il existe plusieurs Prédators, appartenant à une espèce entière de chasseurs. C'est la première pierre de la mythologie. Après une longue pause, la créature revient en 2004 dans Alien vs Predator. réalisé par Paul Ederson. C'est le moment où Hollywood cède à la logique du crossover, déjà populaire dans les comics. Le film propose une rencontre entre deux monstres cultes, les Xenomorphs et les Prédators. L'histoire se déroule dans une pyramide enfouie sous la glace de l'Antarctique où des archéologues découvrent un champ de bataille rituel. Les Prédators viennent y affronter les aliens pour prouver leur valeur. Le film, plus spectaculaire que profond, transforme la franchise en mythologie de gladiateur cosmique où la chasse devient un rite initiatique. Deux ans plus tard, en 2007, AVP Requiem pousse le mélange vers le film d'horreur pure, plus sombre, plus gore, mais sans réelle originalité narrative. Dans cette stratégie de fusionner deux mythes de la SF pour relancer les licences, les films sont certes des succès commerciaux, mais des échecs critiques. car ils sont souvent perçus comme des produits commerciaux. Pourtant, ils ajoutent un événement clé. Les Prédators ont une civilisation, un code d'honneur et un rapport rituel à la chasse. Ce ne sont plus des simples monstres, mais des guerriers avec des valeurs. Après ces crossover, la saga semble s'essouffler, piégée entre la nostalgie et le recyclage. Dans ses deux derniers films, le montage est plus dense et la structure de l'intrigue est plus orientée dans le spectaculaire que dans la construction d'une tension lente qui existait dans les deux premiers films. On voit la franchise s'élargir mais perdre de la simplicité originelle. En 2010, Predators, avec un S, produit par Robert Rodriguez, tente de revenir à l'essence du premier film. L'histoire commence in midiarest. Des humains capturés se réveillent sur une planète chasse réservée aux Predators. Le film est une relecture directe du concept originel. Des guerriers, des criminels, des soldats deviennent les proies ultimes. Il s'agit d'un reboot discret mais respectueux qui rappelle la force du concept initial. Un petit groupe face à un prédateur supérieur. On est de retour au terrain extrême, à la survie pure avec des plans larges sur la planète hostile, une lumière unique et une nature brute. Ici, le Prédator est à la fois juge et miroir. Il ne traque que ceux qui ont eux-mêmes du sang sur les mains, développant l'idée du code d'honneur. En 2018, Shane Black, l'un des acteurs du film original, réalise The Prédator. Sur le papier, c'est prometteur. Humour noir, autodérision, modernisation. Mais le film se perd dans son ton et son scénario confus. Trop de clins d'œil, trop de gadgets. Il tente d'apporter de l'humour, un ton plus pop, presque autoparodique. Mais le résultat divise notamment à cause de ce mix tonal, hésitant entre horreur, comédie et action. Le film joue sur le thème de l'hybridation, du prédateur génétiquement modifié, comme si la franchise elle-même cherchait désespérément à muter pour survivre dans un marché saturé. L'intrigue en soi se perd entre mission de sauvetage, armes extraterrestres à maîtriser et expériences génétiques à détourner. A l'inverse des précédents films, celui-ci introduit un grand nombre d'effets numériques, un éclairage plus artificiel, un décor plus studio et un travail de caméra qui frôle le télévisuel. Le Prédator, lui, évolue physiquement, mais devient aussi objet de spectacle plus que menace mystérieuse. Puis arrive 2022 et le renouveau, avec Prey de Dan Trachtenberg, qui ramène le concept à sa forme la plus épurée. Nous sommes au XVIIIe siècle, sur le territoire des Comanji. Une jeune chasseuse, Naru, découvre qu'une créature venue du ciel rôde dans les forêts. Elle décide de la traquer. C'est un retour à l'essence du mythe. Un humain face à une force supérieure. Pas de technologie, pas d'armes, juste la nature et la survie. Le film est salué pour sa beauté, sa tension et sa lecture culturelle. Pour une fois, la proie n'est pas... pas un soldat américain mais une jeune femme autochtone. La chasse devient universelle et le Prédator intemporel. C'est à la fois un retour aux origines et une renaissance symbolique du mythe. Sur le plan visuel, on retrouve la lumière naturelle, le paysage vaste, le plan séquence immersive. Le Prédator redevient créature de l'ombre avec une caméra qui observe créant un suspense tactile. Le montage est plus lent, plus contemplatif. avec une tension progressive qui souligne le contraste entre l'homme archaïque et la technologie extraterrestre. En 2025, après l'excellent film d'animation Predator Killer of Killers, qui plante déjà le décor de ce qui est à venir, Dan Trachtenberg revient à la charge avec Predator Badlands, dernier né de la saga. Le film change radicalement d'angle. Il nous introduit à la planète d'origine des Yautja, c'est le nom des Predators, et met en scène un jeune chasseur nommé Deck. On entre ainsi un peu plus dans cet univers extraterrestre. Ici, le Predator n'est plus uniquement chasseur, il devient le protagoniste, avec une quête et un désir de reconnaissance. Cette quête l'amène à explorer un décor naturel hostile qui n'est plus la jungle terrestre, mais un autre monde extraterrestre. Dans le film, il n'y a plus de personnages humains à affronter. Et son choix de faire équipe avec un androïde, Thea, permet d'atténuer la brutalité traditionnelle de la franchise et à l'humaniser. D'ailleurs, le fait que Dek soit filmé pendant la plus grande partie du film moins masqué, plus à visage découvert, contribue à le rendre plus empathique et à changer la figure du chasseur. Si dans Badlands, le Prédateur conserve sa technologie et son arsenal, l'accent est mis sur l'intérieur, l'honneur, la communauté et la survie. On passe donc d'une traque homme versus créature à une quête créature versus elle-même, son clan, son rite. Et c'est là que repose l'idée d'évolution d'une franchise hollywoodienne. Comment réussir à se réinventer sans se trahir ?
Speaker #0En effet, la saga Predator illustre parfaitement la logique des franchises hollywoodiennes. Tout commence avec un concept fort, ici la chasse inversée, puis chaque film tente d'en prolonger l'ADN tout en renouvelant la formule. Mais cette logique industrielle est une arme à double tranchant. À Hollywood, chaque franchise devient une marque, un logo, un univers exploitable. Le Predator n'est plus seulement un personnage, c'est un produit culturel, figurine, comics, jeux vidéo, crossover. Chaque nouvel opus doit à la fois séduire les fans nostalgiques et attirer un nouveau public. C'est pourquoi la créature a voyagé à travers tant de genres. Films d'action militaire avec le premier Predator, polar urbain avec le Predator 2, films d'horreur avec Alien vs Predator, aventures de science-fiction avec le Predators au pluriel, films historiques avec Prey et enfin aventures. avec le soft reboot qu'est Predator Badlands, où on explore de nouveaux lieux, de nouvelles époques. Dans cette dernière entrée, il y a une claire tentative de rester fidèle au concept de base, la chasse, tout en cherchant une modernité. Cette mutabilité est ce qui maintient la franchise en vie. Mais elle révèle aussi une tension. À force de se réinventer, le Predator risque de perdre sa substance mythique, de devenir un simple prétexte narratif. De ce point de vue, Badlands est l'exemple ultime de la mutation de la marque avec le changement de point de vue, l'absence d'humains et le Prédator comme héros de sa propre histoire. Cette logique permet d'exploiter pleinement la marque Prédator à travers les gadgets, les costumes, les jouets, les jeux vidéo, les crossovers. Le monstre devient produit culturel et surtout commercial. C'est peut-être là la critique la plus forte faite au studio Disney qui a repris la licence. A force de diluer la figure originelle en faisant du Prédator un héros empathique très bon public, il risque de perdre cette part de terreur, de mystère et surtout de symbolique qui le rendait unique, car le Prédator est par-dessus tout l'incarnation parfaite du chasseur au cinéma. En effet, la saga Prédator pose une question intemporelle. Qu'est-ce qu'un chasseur ? Le Prédator est une figure ambivalente. Il incarne la maîtrise absolue de la traque, la technologie au service de l'instinct. Mais il obéit à un code. Il ne tue que les proies dignes, armées, capables de se défendre. C'est un chasseur éthique, presque rituel. Face à lui, l'humain découvre sa propre sauvagerie, son propre besoin de domination. A chaque film, l'affrontement devient une épreuve initiatique où l'homme doit se dépouiller de ses artifices pour survivre. On dit souvent que Predator est un film d'action, mais en réalité c'est une fable sur la chasse, sur la peur et sur la place de l'humain. dans la chaîne du vivant. Dès le premier film, en 1987, tout est là. Des soldats d'élite, bardés d'armes et de muscles, pénètrent dans une jungle hostile. Ce sont eux les chasseurs. Ils traquent, ils dominent, ils contrôlent. Jusqu'au moment où quelque chose d'invisible se met à les observer. Et soudain, la hiérarchie s'inverse. Le chasseur devient la proie. Ce renversement, c'est le noyau symbolique de toute la franchise. Predator ne parle pas seulement d'un monstre venu d'ailleurs, il parle de nous, de notre hybris, de cette croyance que la technologie et la force nous rendent invasibles. Et le film nous le rappelle brutalement. Il y a toujours plus fort, plus rusé, plus silencieux. Mais le Predator, lui, n'est pas qu'un simple tueur. C'est un chasseur rituel. Il ne tue pas pour le plaisir, ni pour se nourrir. Il chasse pour éprouver sa valeur. Il choisit ses adversaires. Il respecte certaines règles et s'il affronte quelqu'un, c'est parce qu'il le juge digne. En ce sens, le prédateur est un miroir déformant de l'humanité. Il pousse notre instinct le plus primitif à son extrême logique. Nous aussi, nous avons transformé la chasse en sport, en compétition, en rituel. Chez lui, ce n'est pas la survie qui compte, c'est l'honneur de la confrontation. Et c'est là que la franchise devient fascinante. Le monstre n'est pas le contraire de l'homme. Il en est la caricature, plus avancée, plus disciplinée, mais toujours prisonnière du même besoin de dominer. Dans chaque film, la proie change de visage. Dans le premier, c'est le soldat américain, symbole de puissance. Dans Predators, ce sont des mercenaires. Et dans Prey, c'est une jeune femme comme un chi, chasseresse, vulnérable mais rusée. Et à chaque fois, le sens se déplace. La proie, c'est celle qui apprend, celle qui observe. qui s'adapte, celle qui finit par comprendre le chasseur mieux que lui-même. La véritable force dans Prédator, ce n'est pas la brutalité, c'est la lucidité. La proie triomphe quand elle cesse d'avoir peur, quand elle devient à son tour le chasseur. Et ce moment d'équilibre où les deux se respectent, où la créature s'incline avant de mourir, c'est la véritable essence du mythe. Au fond, Prédator ne parle pas de victoire ou de défaite. parle de pouvoir et de ce qu'il révèle de nous. Dans la jungle, dans la ville ou dans la plaine, c'est toujours la même histoire. Un être qui pense être au sommet découvre qu'il ne l'est plus. Ce qui rend Prédator intemporel, c'est aussi son schéma cyclique. Chaque film raconte la même chose, un terrain clos, un affrontement, un renversement. Mais ce cycle ne s'épuise pas, il se ritualise. La chasse devient un mythe de renouvellement perpétuel. Chaque génération, chaque culture, chaque époque se réapproprie cette tension entre proie et prédateur. C'est une structure mythologique aussi ancienne que celle de David contre Goliath. La franchise Prédator repose sur l'équilibre fragile entre deux instincts. Celui du chasseur, symbole de la domination et de la survie. Celui de la proie, symbole de la peur mais aussi de l'adaptation. Avec Badlands, la franchise va plus loin. Le chasseur est lui-même en quête. quête de reconnaissance, en lutte contre une communauté, contre un rite, contre un héritage. La figure du chasseur devient donc multiple. Il est garant d'un code d'honneur qu'il met en question. Il est maître de la traque, mais il est aussi traqué. Il est technologique, mais sa survie repose à son instinct. Badlands vient ajouter à la franchise la question de la communauté. La figure du chasseur solitaire se transforme à travers l'alliance inattendue entre Dek le Ausha et Fia l'androïde et on insiste ainsi à l'introduction de la notion de la meute. Le chasseur n'est plus seulement celui qui traque, il devient celui qui forme son propre groupe. La saga Predator, loin d'être un simple film d'action, explore via ses évolutions visuelles et narratives un mythe, celui du chasseur et par effet miroir de l'humain. Le monstre que l'on craint peut devenir héros, le chasseur peut devenir proie, la traque peut être interne. De la jungle moite des années 80 à une planète extraterrestre dans Predator Badlands, la saga a évolué autant dans la narration que dans le style visuel. La logique de la franchise hollywoodienne a permis des dérivations variées, certaines plus inspirées que d'autres, mais montrent un impératif, renouveler sans trahir. Et si le cinéma réinvente sans cesse le chasseur, c'est peut-être parce qu'il cherche à travers lui à comprendre ce que signifie encore d'être humain dans un monde où la proie et le prédateur se confondent. Avec Badlands, la chasse continue, sous de nouveaux ciels, sur de nouvelles terres, mais toujours avec la même question. Qui chasse qui ? Et qui finit par être chassé ? Ce qui est certain, c'est que tant qu'il y aura quelqu'un pour chasser et quelqu'un pour fuir, le mythe continuera. Alors, chers auditeurs, chères auditrices, quel est le prédateur le plus réussi pour toi ? As-tu vu Predator Badlands ? Et que penses-tu de la nouvelle direction que prend la franchise ? Merci d'avoir suivi cet épisode du podcast Ciné Talk. Je m'appelle Georgia. Si tu aimes ce contenu, retrouve Ciné Talk sur les réseaux sociaux, abonne-toi, partage, et surtout, n'hésite pas à attaquer l'écoute du prochain épisode. Musique