- Speaker #0
Bonjour et bienvenue aujourd'hui dans le podcast Clever. On va avoir une discussion passionnante avec Mounia qui va pouvoir nous partager ses réflexions et ses expériences du leadership au féminin. Donc aujourd'hui, si vous avez envie d'explorer ces thèmes avec nous, de savoir comment elle a réussi à trouver une méthode, un concept qui permet d'allier les femmes à leur force, à leurs compétences, restez avec nous pour en savoir plus. Et au plaisir de recevoir vos questions, vos commentaires et vos experts pour qu'on puisse... continuer cette conversation passionnante. A très vite ! Bonjour et bienvenue dans le podcast de Clever. Ravie aujourd'hui de recevoir une nouvelle invitée. Donc Mounia est venue aujourd'hui nous partager ses expériences, ses apprentissages et ses astuces pour que vous puissiez repartir avec énormément de valeurs ajoutées et qu'on puisse vous accompagner au mieux dans le rebond de votre carrière. Aujourd'hui... Mounia, est-ce que tu peux te présenter ?
- Speaker #1
Bonjour Jennifer et merci beaucoup pour l'invitation. Pour me présenter en deux mots, j'ai eu une première partie de carrière dans la finance et plus particulièrement dans le private equity. J'ai notamment dirigé une banque anglo-saxonne spécialisée dans le domaine en France. Puis, ma seconde partie de carrière a été tournée vers le coaching et l'accompagnement humain d'entrepreneurs et de cadres dirigeants. afin qu'ils puissent tracer leur chemin de façon plus alignée. Oui,
- Speaker #0
alors c'est une carrière qui est impressionnante. Tu as beaucoup de casquettes et on va avoir l'honneur et le plaisir d'en partager quelques-unes avec toi. D'ailleurs, ce qui m'avait beaucoup touchée, c'est que lorsqu'on s'est rencontrés, tu avais posé une question lors d'une conférence. Et cette question, elle était à la fois hyper pertinente, je trouvais, et très vision macro, parce que tu avais identifié des patterns qui... pouvaient empêcher les femmes de progresser dans leur carrière, qui étaient soit des patterns qu'elles avaient intériorisés, ou alors qui étaient plutôt nourries par la société. Est-ce que tu pourrais nous en dire plus sur ce qui t'a conduit aujourd'hui à travailler sur les questions de leadership et de leadership au féminin ?
- Speaker #1
Excellente question. Ce qui m'a conduit à la question du leadership féminin, c'est peut-être ma propre expérience. en tant que dirigeante d'une banque en private equity dans un milieu assez masculin à l'âge de 30 ans. Et il y a plus de 10 ans. Je me suis rendue compte que j'avais les bonnes manières de faire les choses, mais que je sentais un décalage entre ma manière de me comporter et finalement la manière dont j'étais censée me comporter en tant que femme. Et ce mésalignement entre qui je suis, je suis assez compétitive, je peux être collaboratrice aussi, mais j'ai les deux pôles bien intégrés. Et d'avoir ce comportement est gênant à la fois en interne, parce qu'on est tiraillé entre les deux comportements. Est-ce qu'il faut que je me comporte de la manière qu'on attend de moi ou de la manière que je suis vraiment ? Par-delà mon genre, par-delà... Ma nationalité, ma religion, mon origine sociale, etc. Et c'est cette question qui m'a menée au leadership féminin, donc ma propre expérience, et à la question du féminin en général et de la manière dont la société a modelé la femme. Puisque, comme disait Gisèle Halimi, on ne n'est pas modeste, on ne n'est pas réservé. on ne naît pas comme ça. Et on le devient finalement. Et c'est le conditionnement de la société qui fait que pour être une femme, entre guillemets, côte en côte, on doit se comporter d'une certaine manière. Sinon, on ne peut pas se prévaloir de cette identité-là. Tu imagines bien, Jennifer, qu'on est prêts à tous les sacrifices pour continuer à être vue comme une femme par la société. Oui,
- Speaker #0
c'est hyper... pertinents ce que tu dis parce qu'en effet, on peut être tiraillé entre ces deux identités. Qu'est-ce qu'on attend de nous ? Et finalement, qui on est avec authenticité ? Et il y a quand même les codes du marché du travail. C'est d'ailleurs ces questions qu'on travaille aussi sous d'autres angles parce que nous, c'est plutôt stratégique sur comment on va, avec les règles du jeu, finalement réussir à sortir pour pouvoir émerger au niveau de la carrière. Et dans ton approche, je trouve que Il y a aussi beaucoup de l'identité que tu vas aller chercher, retravailler et repartir de la source pour les accompagner et les aider. Est-ce que tu aurais en tête une expérience avec une cliente que tu as aidée à travailler sur ces questions ? de son identité pour qu'elle puisse en faire une force, se la réapproprier et finalement contrecarrer ses idées de la société et ce qu'on attendait d'elle.
- Speaker #1
C'est le cœur du sujet. C'est-à-dire que si on s'arrête à modifier les comportements, c'est un changement de surface. Il ne sera pas pérenne, il ne va pas durer. Il va durer deux minutes et puis le naturel va reprendre... Le naturel va revenir au galop. Donc les changements réels, profonds, se font au niveau de la cause et non pas du symptôme. Je vais prendre un exemple très simple qui est, bon Jennifer tu le sais, tout dans la vie est polarisé, chaud, froid, altruiste, égoïste, etc. On dit souvent qu'une femme, ça doit être altruiste. Et d'ailleurs, c'est documenté dans la recherche. Une femme qui négocierait pour elle-même a peu de chances de se voir donner une augmentation. C'est très clair. La question, c'est que cette identification à l'altruisme, il faut imaginer qu'on n'est pas soit altruiste, soit égoïste, mais qu'il y a tout un continuum entre ces deux pôles et qu'on peut placer notre curseur où l'on veut, en fonction de la situation. Pas de notre genre, pas de notre religion, pas de... Je veux dire, si vous avez un rendez-vous de crise dans une heure, Jennifer, il vaut mieux être directif. Donc déplacer le curseur de ce côté, et ce que tu sois un homme ou une femme, ça n'a rien à voir avec le sujet. Par contre, si tu dois animer un atelier de brainstorming... Il vaut mieux être collaborative que tu sois un homme ou une femme. Et c'est comme ça qu'on devient sujet de sa vie et non pas objet de sa vie. Et par exemple, pour prendre ce couple altruiste-égoïste, l'identification avec l'altruisme, ce qui empêche la mobilité dans l'axe et qui fait qu'on est objet de sa vie, donc on répond de la même manière à toutes les situations et à toutes les personnes. Grosso modo comme un verre d'eau. On est là pour avoir du liquide à l'intérieur. Et notre sujet de sa vie, pour décider. Je suis altruiste si je veux, je suis égoïste si je veux. Et je peux doser, je peux calibrer. Et c'est ça le leadership. Et pour revenir à ta question, le côté je suis altruiste. Et c'est mon identité. Donc quelque chose d'identitaire c'est comme... Je sais pas, c'est comme un membre. Te priver de ça, c'est comme te priver de ton bras droit, en fait. Donc on est prêts à tout sacrifier, plutôt que de sacrifier cette partie de soi qui nous tient tant à cœur. Eh ben, l'identification avec l'altruisme, ça crée quoi ? Ça crée des femmes qui vont... Ou des hommes, il y a des hommes très altruistes, comme quoi c'est pas une question de genre, mais bien une question de conditionnement, d'éducation, de culture, même si les femmes... ont plus de chances d'être altruistes, puisque le conditionnement culturel au niveau mondial va plus dans ce sens qu'un homme. Donc en fait, l'identification à l'altruisme, ça crée quoi ? Ça crée l'incapacité à dire non. Ça crée le fait de se placer en dernier. J'appelle ça faire la variable d'ajustement. Donc je prends la place qu'on me laisse. Je prends la forme même qu'on me laisse. Je dois me contorsionner. pour rentrer dans les formes qu'on voudra bien me laisser. Donc ça crée beaucoup de choses. Et concrètement, ça nous coupe de 50% de notre potentiel. En fait, si je peux n'être qu'altruiste, ça veut dire que tout un pan de situations qui sont mieux gérables. Avec un égoïsme sain. Je ne propose pas d'aller dans l'extrême inverse. Comme disait un proverbe chinois, je crois plus loin à l'ouest, c'est l'est.
- Speaker #0
En fait, tu nous invites à réfléchir la nuance finalement, parce que c'est vrai qu'on est plutôt dans ce monde, comme tu disais, très polarisé. Et on a besoin de prendre ce recul qui va être sain. Cette prise de hauteur pour se dire dans quelle situation je vais être... plus ou moins dans un altruisme affirmé ou un égoïsme sain autorisé. Mais moi, la plupart des femmes avec lesquelles j'échange, par exemple, elles n'ont pas de bande passante, même pour prendre ce recul. Oui, parce qu'il y a la charge mentale. Même lorsqu'on se pose dans une posture d'autorité, on a la question de la culpabilité qui revient, la légitimité à se donner du temps ou à savoir dire non. Comment, toi, tu peux amener les femmes d'abord à être dans un environnement qui leur permette d'avoir cette vision ? d'avoir cette prise de vue et de pouvoir se poser en tant que sujet pour décider de la nuance qu'elles veulent mettre.
- Speaker #1
Le premier travail, c'est de se désidentifier d'un extrême. Je ne vais pas entrer dans les détails à ce stade, mais c'est le premier travail. C'est de montrer qu'on peut élargir son identité en verticalité. Je ne suis pas altruiste ou égoïste, je suis altruiste. et égoïste.
- Speaker #0
Le fameux en même temps.
- Speaker #1
Oui, j'élargis mon identité. Oui, en fait. Et donc j'ai plus d'options d'action. On est d'accord ? Oui. Plutôt que d'avoir ce champ d'action, j'élargis mon champ d'action possible. À la fin des fins, je peux toujours décider de faire ça. Mais ce sera très différent si je choisis que... Si je suis, j'ai l'impression de ne pas avoir d'autre option que de faire ça. Parce qu'on m'a mise dans une boîte et qu'une femme ça fait ça. Ou un homme d'ailleurs, ça fait ça. Donc ça c'est le premier pan. Et le deuxième pan qui est très important et pour lequel tu as vraiment raison, c'est il faut un espace entre moi et moi. Un espace où... Je peux me demander, mais qu'est-ce que moi je veux ? Qu'est-ce qui est bon pour moi dans cette situation ? C'est quoi mon intérêt ? Ce n'est qu'ensuite que je traduis ça en action à l'extérieur et que je peux choisir une action qui va me permettre d'atteindre l'objectif que je me suis fixé en mon fort intérieur, la décision que j'ai prise en moi-même et donc d'avoir des actions beaucoup plus alignées avec qui je suis. Et quand on est aligné, on est plus ancré, donc on est moins susceptible d'être baladé par les avis des autres. Très très juste. Je ne sais pas si ça te parle. Ah si, si, beaucoup.
- Speaker #0
Tu as dit quelque chose qui a beaucoup résonné, une phrase qui a fait écho qui est « Quel est mon intérêt ? » Et c'est vrai que peu de femmes pensent en termes de « mon intérêt » d'abord. Et ça peut être mon intérêt économique, ça peut être mon intérêt... à titre personnel, à titre professionnel, et on pense moins en ces termes parce qu'il y a souvent une facette de nous, une identité, je ne sais pas comment tu l'appellerais, qui va prendre le pas sur les autres et les teindre.
- Speaker #1
Exactement.
- Speaker #0
Et on avait aussi abordé la question du syndrome de la bonne élève, qui contribue aussi à moins se rendre maîtresse finalement de son temps, de ses actions, de ses objectifs, puisqu'on a été habitué à bien faire, à faire dans la personne. à faire dans la perfection et j'ai beaucoup de femmes avec lesquelles j'échange qui sont un peu coincées dans ce mythe de la perfection et du refaire pour faire parfait qu'est-ce que tu pourrais comment tu pourrais un peu nourrir ou partager des expériences qui pour toi étaient marquantes sur ce besoin, ce syndrome de la bonne élève et ce besoin de perfection alors,
- Speaker #1
le syndrome de la perfection Merci. Le perfectionnisme est légèrement différent du syndrome de la bonne élève. Mais en général, ça va bien ensemble. Du coup, je ne sais pas ce que tu veux que je précise.
- Speaker #0
Le premier, alors allons-y par le syndrome de la bonne élève et puis ensuite on fera la bonne élève.
- Speaker #1
Beaucoup de femmes, mais également des hommes, ont été des bonnes et des bons élèves. Ça veut dire quoi ? Ça veut dire que... bien faire les choses. Je veux obtenir la validation d'une figure d'autorité. Que ma motivation elle vient de là, elle ne vient pas de l'intérieur de moi. Je suis, en quelque sorte, j'entretiens ma dépendance à l'autre par un besoin de reconnaissance externe et de validation externe. Une bonne élève, ça se conforme aux règles. Une bonne élève lève le doigt avant de parler. Donc elle attend une permission extérieure avant de faire les choses.
- Speaker #0
et je pourrais continuer comme ça il y avait un point très juste que tu m'as partagé hier qui était celui de le syndrome de la bonne élève nous empêche d'être bonne en entreprise parce que finalement il faut désapprendre toutes les règles qu'on avait apprises, un post je crois que tu avais fait sur LinkedIn et ça avait fait beaucoup écho au sujet qu'on travaille chez Clever, est-ce que tu pourrais un peu plus développer ce concept de syndrome de la bonne élève versus ce qui est attendu en entreprise ?
- Speaker #1
Pour ça, je vais t'inviter à faire une expérience. Ok. Tu es une entrepreneuse. Peut-être qu'à un moment, tu vas lever les fonds, etc. Donc, je vais te mettre en situation de pitcher.
- Speaker #0
Ok.
- Speaker #1
Et tu vas t'imaginer que l'investisseur potentiel... Tu dis, Jennifer, je ne suis pas du tout d'accord avec ton analyse du marché. Comment tu te sens ?
- Speaker #0
Je dis juste, peut-être qu'il n'est pas au courant du marché que je souhaite aborder. Moi, je souhaite aborder un marché extrêmement félinin aujourd'hui et créer quand même une solution qui soit un logiciel SaaS et très technologique. Et donc, étant donné qu'il y a beaucoup de femmes qui recherchent de l'emploi et qui ont des profits généralistes et qui ont du mal à se positionner... et que le marché est devenu de plus en plus complexe, le rendre aujourd'hui accessible au plus grand nombre, je pense que c'est pertinent et qu'il existe un marché. Il faut le prouver avec les personnes qui ont envie de participer au premier test, je pense.
- Speaker #1
Donc, ce que tu vas faire, c'est que tu vas avoir la curiosité pour te dire d'où ils regardent pour penser ce qu'ils pensent. Exactement. Parce que moi, du point de vue où je suis, je vois bien le problème. et donc tu vas avoir une réaction de curiosité de lui poser des questions, c'est vrai alors explique-moi c'est quoi ta vision et d'où tu regardes etc la plupart des bonnes élèves vont se sentir mal, se rétrécir bafouiller se dire là j'ai dû louper quelque chose s'ils pensent pas comme moi et c'est pas sans rappeler Une situation qui est quand le professeur demande d'aller au tableau pour résoudre un exercice qu'on devait faire pour le jour même. Et quand on est au tableau, on n'y arrive pas. On se sent comment ?
- Speaker #0
C'est vrai que là, on se sent un peu petit.
- Speaker #1
On se sent petit. Et l'idée, c'est que si on interprète les deux situations de la même manière, On fait une erreur de référentiel, on fait une erreur de modèle, de modèle du monde. En deux minutes, il y a un territoire et il y a une carte. Et la carte, elle te permet de mieux te diriger dans le territoire, d'aller où tu veux, d'avoir les résultats que tu veux en prenant les actions que tu veux. Sauf que quand tu es au tableau avec le professeur et que tu n'arrives pas à résoudre cet exercice, en gros, ça veut dire quoi ? Ça veut dire que tu n'as pas révisé, que tu ne l'as pas préparé. Finalement, tu as des raisons de t'en vouloir. Quand tu es devant un investisseur qui te challenge sur ton positionnement ou ton marché, ce n'est pas du tout la même situation. En fait, ça veut juste dire que le monde est complexe, qu'il est incertain, qu'il n'y a pas de solution dans l'absolu. et qui a une grande diversité de points d'oeuvre. Et pour revenir au modèle de la bonne élève, la bonne élève à l'école évolue dans un milieu finalement qui est simple. Les règles sont très claires, le milieu est simple. Stable, un environnement stable, ça ne change pas du jour au lendemain, les règles sont stables. Et fini, c'est-à-dire à l'école, il y a un programme de maths. Et toutes les questions ont des réponses. Ce modèle-là, on le transpose dans un environnement qui est complexe, qui est incertain et qui est changeant. Donc en gros, c'est comme si on confondait les propriétés de la matière dans l'eau et sur Terre. Et donc on est dans l'eau, on pédale, on pédale, on pédale, mais on n'avance pas.
- Speaker #0
Très très juste, j'adore la métaphore ça résonne beaucoup avec les discussions et les échanges que j'ai avec les femmes Ça me ramène à ce syndrome de la perfection qui est, il faut que tout soit parfait avant que tout soit lancé. Il faut aussi que j'ai pensé à toutes les variables et surtout les scénarios catastrophes parfois, qui peuvent empêcher de passer à l'action. Est-ce que toi tu aurais des tips pour justement se sortir de ce schéma, de comment je sors de mon schéma de perfection, de mon besoin de bien faire à tout prix, et essayer de passer à l'action ?
- Speaker #1
plus rapidement. L'espace entre soi et soi qui permet de clarifier les choses et ce qu'on a vraiment envie de faire permet de passer à l'action de manière un peu plus affirmée. La perfection c'est finalement un gros piège. On pense qu'avec plus de préparation, plus de réflexion, plus de ceci, plus de cela, on va avoir un résultat certain. Mais on n'est pas dans un environnement stable. Et on n'est pas dans un environnement certain. Et le problème du perfectionniste, c'est qu'il ne veut pas apprendre en marchant. Il veut le résultat de manière absolue, en une fois, en un coup. Sauf que la vie, c'est un apprentissage, c'est un cheminement, c'est un processus. Et que, dans encore... un mode de vie, un milieu, un environnement incertain, etc. On n'aura jamais 100% des informations avant de prendre une décision. Donc on confond en fait notre problème de maths, où on a 100% des informations nécessaires pour résoudre le problème, et aucune en trop d'ailleurs, et la vraie vie, où on n'a pas. Pareil, le problème de maths a une seule solution, la vraie vie elle en a des tas. Ce qui sanctionne un bon exercice de maths bien réussi, c'est une note. Dans la vraie vie, c'est que ça marche. C'est beaucoup plus pragmatique. Peu importe si ça marche pour toi, double down, continue. C'est que c'est bon pour toi. Donc le côté perfectionniste, il est très enfermant, il est très handicapant, il empêche. vraiment d'avancer. Ce n'est pas un petit défaut, c'est un gros défaut. Et l'idée, c'est d'accepter l'itération, d'accepter qu'on avance un pas après l'autre, un pas après l'autre. Et que oui, aujourd'hui, c'est mon premier podcast filmé et qu'il sera certainement très loin d'être parfait. Mais qu'il y a un moment, le monde... Enfin, il y a un moment où il faut bien se lancer.
- Speaker #0
Exactement, c'est une belle phrase, une belle maxime à retenir parce que c'est le premier donc ça fait beaucoup écho à un moment il faut se lancer et puis de toute façon il faut croire au process à l'itération, comme tu disais, c'est très juste la grande crainte, la grande appréhension que je retrouve chez beaucoup de femmes c'est qu'elles ont peur de se lancer parce qu'elles ont peur de perdre leur réputation et on en a un petit peu discuté sur ce Phénomène de la réputation d'une femme. Moi, je pense que la réputation d'une femme, celle qu'elle tient dans le milieu professionnel, est très importante pour elle et quasiment au cœur de ce qu'elle possède. On a un peu abordé la question. Est-ce que tu pourrais m'en dire plus sur toi, ta vision de la réputation de la femme, surtout dans le monde professionnel aujourd'hui ?
- Speaker #1
Ok, je vais te répondre par une citation de Warren Buffett, dans sa version un peu sulfureuse. qui disait aux hommes, c'est une citation surtout dirigée pour des hommes, est-ce que tu préfères être le meilleur amant au monde, mais qu'on croit que t'es le pire, ou le pire amant au monde, mais qu'on croit que t'es le meilleur ? C'est bon. Et du coup, il y a une histoire de réputation, on croit que t'es le meilleur amant au monde, mais au fond, ça marche pas. Ou ça marche. Mais les gens, tu n'as pas la réputation pour ça. Je crois que le choix à un moment, c'est entre ma vie vécue et mon image. Il y a un moment dans la vie, je vais devoir faire le choix entre ma vie vécue ou mon image. Effectivement, les femmes ne veulent pas demander d'aide pour éviter de passer pour une incompétente. Elles ne veulent pas demander une promotion par peur de passer pour quelqu'un d'agressif. etc. Le problème, c'est que très bien, elles préservent leur image, mais en attendant, elles sacrifient leur vraie vie. Elles sacrifient leur avancement, leur progrès dans la vie concrète. Et à 90 ans, Jennifer, je ne sais pas ce que tu aurais envie de dire à ta petite-fille. Est-ce que tu aurais envie de lui dire, tu sais, ma chérie, je n'ai pas fait grand-chose de ma vie, mais alors mon image, ma réputation ? Ou week-end. Je ne sais pas. Dis-moi.
- Speaker #0
C'est très juste, très fin de l'apporter comme ça, parce que finalement, quand on se projette à 90 ans, on a plutôt envie d'avoir une vie épanouissante, enrichissante, avec des prises de risques, mais qui ont apporté des résultats, versus vivre avec ses regrets, c'est ce qu'on dit souvent.
- Speaker #1
À la fin, on n'est riche que de ce qu'on a vécu, des expériences qu'on a faites. des moments qu'on a partagés, des relations qu'on a eues, pas de ce qu'on aurait aimé être, aimer avoir, aimer faire.
- Speaker #0
Ça me parle et ça résonne beaucoup, parce qu'il y a beaucoup de personnes qui vivent dans ce monde parallèle, le monde des possibles.
- Speaker #1
Exactement.
- Speaker #0
Et aussi parfois parce que c'est rassurant. Bien sûr. Le monde de la... formation. Je vois aussi beaucoup de femmes qui vont se relancer dans des formations pour obtenir un grade de plus, un diplôme de plus, la certification de plus, qui leur donnera le droit de prétendre à. Et c'est vraiment hyper intéressant qu'elles se posent la question déjà en revenant à elles-mêmes sur l'intra, de quoi elles ont besoin et comment elles ont besoin de le faire. On a beaucoup parlé de ce qu'on pouvait faire en action à titre individuel. Maintenant, j'aimerais bien qu'on aille voir la question de la société finalement et de ses conditionnements, de ses patterns. Toi, qu'est-ce que tu as identifié comme principaux freins que la société aurait pour ces femmes qui sont en éveil, en éclosion et qui sont dans une identité attirnée pour réussir dans le monde professionnel ?
- Speaker #1
Pour moi, bien sûr, il y a beaucoup de choses qui sont faites au niveau de la société. Les lois Copé-Zimmermann. La loi X1 est géniale. Maintenant, je pense que c'est d'abord un travail intérieur, qui peut être concomitant avec le travail extérieur, mais qu'on ne coupera pas au travail intérieur. Si on pense que c'est par l'extérieur qu'on va avoir le poste qui va bien, oui, on peut avoir le poste qui va bien. Mais mal le vivre, finalement, être là qu'en façade, parce qu'en vrai, on s'auto-censure et on n'ose pas dire notre différence, nos points de vue différenciants en tant que femme, en tant que, je ne sais pas, en tant que minorité, en tant que ce qu'on veut. Donc, c'est un changement de façade. Le vrai changement, c'est d'être à ce poste-là, de kiffer, d'être bien dans sa vie pour être un vrai rôle modèle. pour les autres. Et ça, ça ne passe que par un travail intérieur. Je ne sais pas si ça répond... Oui, oui, oui,
- Speaker #0
ça répond à ma question. Toi, tu penses que l'origine, c'est l'intra pour faire bouger l'extra, finalement. C'est travailler son positionnement intérieur pour déclencher des changements dans sa réalité, dans sa vie à titre individuel. Et sur la partie des freins de la société, donc moi, je voyais plutôt... la charge mentale, le fait qu'on a de plus en plus de quotas et on voit que ça a un impact positif sur le fait que les femmes puissent atteindre des comités de direction à part quasiment égale. Mais c'est vrai qu'il nous reste encore une route à parcourir qui est assez longue pour qu'on gagne en équité, ne serait-ce qu'en équité, sur la revalorisation des femmes dans le monde professionnel en fonction de ce qu'elles... de ce qu'elles apportent, parce qu'elles ont beaucoup de compétences,
- Speaker #1
beaucoup de potentiel.
- Speaker #0
Donc, ce chemin est en mouvement, mais aujourd'hui, toi, tu es plus sur une pratique, en tout cas, une expérience où tu vas leur permettre de partir d'elles pour faire bouger leur vie dans ce premier coup.
- Speaker #1
C'est mon accompagnement, et il est lié à une chose simple, c'est que le système, le conditionnement de la société qui dit en tant que femme, tu peux faire ça, Euh... Surcomporte...
- Speaker #0
Cette vision du monde, elle a été internalisée. Et donc, j'ai envie de dire, on est 50% de la population. Si déjà, les femmes commençaient par se voir elles-mêmes différemment, elles verraient 50% de la population différemment. Parce que les femmes, la recherche le montre, ont des biais envers les femmes. Donc si déjà, j'aime bien ce côté « commence par faire ton lit » . avant de vouloir dire au monde comment il doit être. Ça ferait un impact énorme si, en me voyant différemment, en changeant de regard sur moi et mes possibles, je change de regard sur les autres femmes et leurs possibles. Et je peux devenir actrice de leur promotion, actrice de beaucoup de choses. Et si toutes les femmes en arrivent là, on n'a plus besoin de quotas.
- Speaker #1
D'ailleurs, est-ce que tu as des exemples de sororité en action d'un monde professionnel qui t'ont parlé, qui t'ont touché ? Parce que justement, c'est aussi hyper intéressant de partager ce type d'expérience. Ça aide de toute façon à se faire du bien et puis à voir qu'il y a beaucoup de positifs dans la sororité en action.
- Speaker #0
Alors, j'avoue que dans mon ancien métier à la direction d'une banque en private equity, Il n'y avait pas vraiment de femmes et il n'y avait pas beaucoup de sororité. Je veux dire, c'était presque les relations les plus compliquées, les relations avec les autres femmes. En tout cas, personnellement, c'est celles qui m'ont créé le plus de problèmes. Heureusement, les choses ont évolué et il y a beaucoup plus de femmes dans le milieu. Donc, il y a un peu moins. le syndrome de la reine des abeilles, la femme qui veut rester la seule femme au milieu de tous ces hommes et qui du coup n'accueille pas très bien les nouvelles eunues par exemple. Mais effectivement, la sororité est importante. Et je dis, c'est un peu... J'exagère à dessein. Mais j'ai envie de dire, il y a des femmes qui ont vécu des choses... compliquées pour monter au top et qui vont tout faire pour éviter aux autres femmes les mêmes galères. Et il y en a qui estiment que, bon, vu ce qu'elles ont galéré, il n'y a pas de raison que les autres ne galèrent pas. Et vraiment, il y a les deux types de femmes. Oui,
- Speaker #1
c'est sûr. Et puis, il y a ce biais aussi de génération où la vision du travail a évolué, changé. Le Covid a fait complètement, a fragmenté le... le monde professionnel, entre les différentes possibilités de travailler à l'extérieur, de travailler même à l'étranger. Donc ça remet en question beaucoup de la manière dont on pensait le travail. Et en effet, moi aussi j'ai beaucoup vu dans ma carrière de, moi je suis passée par là et en fait je devrais passer par les mêmes étapes parce que c'est un peu le rituel obligé, le passage obligé.
- Speaker #0
Alors que l'évolution, la transmission, et j'adore transmettre, c'est... Moi, j'ai vécu ce que je vais vivre et en t'accompagnant, tu ne vas pas avoir moins de problèmes, mais tu vas avoir des problèmes plus intéressants. C'est-à-dire tous les problèmes que moi j'ai eus et pour lesquels moi j'ai trouvé une solution, tu vas pouvoir les traverser beaucoup plus vite. Et c'est ça en fait, c'est ça ce « avancer ensemble » . Alors pour moi,
- Speaker #1
j'ai fait tout mon travail en me lançant dans l'entrepreneuriat. Ça a été un peu de reprogrammer mon cerveau puisque j'avais été salariée pendant 10 ans. Et donc, j'ai un peu mis en place des actions sciemment où j'ai fait du parapente alors que j'ai le vertige. J'ai fait de l'apnée alors que je n'arrivais pas à faire de la plongée sous-marine. Donc, j'ai un peu mis en place ce rythme initiatique pour passer d'un stade à un autre et me réveiller dans un état d'esprit qui va être beaucoup plus celui de l'aventure. de la prise d'action, de ne pas finalement aller chercher, on vient de faire le test, si j'étais face à un investisseur, comment je réagirais si je n'étais pas soutenue dans mes choix, d'aller plutôt questionner pour pouvoir grandir avec davantage mes forces que d'aller combler mes faiblesses, ce que j'avais plutôt appris à faire avant.
- Speaker #0
Alors vraiment là, tu soulèves un point hyper important. Beaucoup de gens... Les gens qui investissent cherchent à cromper leur faiblesse. Et moi, vraiment, je conseille d'investir sur ces forces. Pourquoi ? Parce que déjà, c'est plus agréable. On a un avantage concurrentiel qui est immense parce qu'en général, on aime beaucoup faire ce qu'on sait bien faire. Et parce que le retour sur investissement va être beaucoup plus fort. Après, j'y mets un KVA, c'est-à-dire que certaines faiblesses, si elles t'empêchent d'aller là où tu veux aller, il faut savoir les pallier, les contourner, les adresser en tout cas. Tu ne peux pas les laisser sur ton chemin. Mais de là à aller chercher toutes les faiblesses, les aligner, dire ok je vais m'occuper de vous l'une après l'autre, c'est pas la bonne stratégie.
- Speaker #1
C'est très fluide et très pertinent à la manière dont tu le dis. Merci beaucoup pour cette bonne métaphore. On repartira avec vraiment un accompagnement qui est à la fois très imagé et ta manière singulière finalement de faire éclore ce leadership au féminin. Est-ce que tu aurais en tête des personnalités, femmes ou hommes, avec qui je pourrais encore échanger, partager, découvrir sur ces sujets du futur du travail, du féminisme ? Est-ce qu'il y aurait des personnalités qui te viendraient en tête, que je pourrais contacter de ta part ?
- Speaker #0
Une entrepreneuse que j'ai accompagnée. et qui a une startup dans le future of work et dans l'IA. Donc, c'est tout à fait ton domaine. Super. Et voilà, qui est une femme et ingénieure. Donc, voilà, franco-tunisienne. Donc, voilà, je pense qu'elle s'appelle Ella et je pense que vous aurez pas mal de choses à vous dire.
- Speaker #1
Super, super match. Merci beaucoup pour la recommandation. Merci à toi. Et merci pour cet échange très riche. Au plaisir de continuer cette magnifique discussion.
- Speaker #0
Merci beaucoup, Jennifer. Très bien.