- Christine Ramadier
Bonjour à toutes et à tous, bienvenue dans le podcast Comment se réaliser, je suis Christine Ramadier, coach professionnel certifié et dans ce podcast, je vous propose de mieux comprendre ce qu'il se joue en vous pour avancer plus sereinement un pas après l'autre. Aujourd'hui, nous allons parler de mécanismes invisibles mais redoublement efficaces, les biais cognitifs. Ces raccourcis mentaux influencent notre manière de penser, de décider et parfois même de juger.
- Elsa Trinquesse
Bonjour à toutes et à tous. Oui, en fait, on croit être rationnel, objectif et en fait, notre cerveau nous joue beaucoup de tours et bien souvent. Alors pour commencer, Christine, concrètement, quand on parle de biais cognitifs, c'est quoi ?
- Christine Ramadier
Un biais cognitif, c'est une erreur systématique dans la façon dont nous raisonnons ou nous interprétons une situation. Parce que notre cerveau se base sur notre perception subjective, nos habitudes ou nos croyances Et ce n'est pas une réalité objective. Et si tu veux, je vais illustrer par un exemple. En fait, c'est un peu comme si on regardait une situation avec des lunettes déformantes et on croit ce que l'on voit ou ce que nous interprétons par rapport à ce que nous voyons avec ces fameuses lunettes déformantes.
- Elsa Trinquesse
Très intéressant. Alors du coup, c'est quoi les biais que tu rencontres le plus souvent dans la vie professionnelle ou dans la vie personnelle des personnes que tu accompagnes ?
- Christine Ramadier
Alors, les biais les plus fréquents, c'est vraiment le biais de confirmation. Et je vais donner un exemple concret à nos auditrices et auditeurs pour qu'ils comprennent bien qu'est-ce qu'un biais de confirmation. Si vous avez déjà acheté une voiture, ou bien un vélo, ou un téléphone d'un modèle spécifique, souvent, quand nous devons faire un investissement onéreux, on prend un temps de réflexion. Donc, on choisit un modèle de véhicule, une couleur, une marque, ou de téléphone, ou ainsi de suite. et bien c'est Je vous invite à réfléchir, mais certainement, à partir du moment où vous êtes décidé sur un choix, un modèle ou une couleur, d'un seul coup, vous ne voyez plus que cela autour de vous. Est-ce que ça t'est déjà arrivé Elsa ?
- Elsa Trinquesse
Totalement.
- Christine Ramadier
D'un seul coup, vous avez l'impression, par exemple, moi j'ai acheté une voiture d'une certaine marque, d'une certaine couleur, et bien d'un seul coup, je ne voyais plus que ça autour de moi. Et en fait, ce n'est pas qu'il y en a plus que d'habitude, mais c'est simplement que là, votre cerveau, il est programmé pour rechercher ce type de véhicule, de telle couleur, de telle marque. et donc d'un seul coup dès qu'il voit l'information, il la prompte à votre cerveau, à votre mental, pour dire « Coucou, tu vois, il y en a plein. » Est-ce que c'est parlant pour toi ?
- Elsa Trinquesse
Oui, totalement.
- Christine Ramadier
C'est ça qu'on appelle un biais de confirmation. C'est que vous êtes à la recherche d'une information spécifique pour justifier une de vos actions ou une de vos décisions. Alors, votre cerveau rend visible autour de vous tous les arguments qui vont vous permettre de confirmer que votre choix était le bon.
- Elsa Trinquesse
Et le biais de généralisation, comment est-ce qu'on peut repérer qu'on est en plein dedans ?
- Christine Ramadier
Alors, le biais de généralisation, c'est aussi un autre biais que je rencontre régulièrement. C'est là, il y a un mot clé, c'est le mot toujours. C'est ça a raté une fois, ça ratera toujours. Ou je suis toujours comme ceci, toujours comme cela. Ou bien l'autre, surtout, parce que nous voyons tous la poussière. dans l'œil de notre voisin, nous oublions que nous avons une poutre dans le nôtre, c'est que nous voyons toujours les défauts de l'autre. Donc, il est toujours en retard, il est toujours ceci, il est toujours cela. Et là, en fait, alors que ça se trouve, la personne n'est arrivée qu'une seule fois en retard en rendez-vous, mais nous lui collons une étiquette comme quoi il est toujours en retard. Donc, ça, c'est les biais de généralisation à partir du moment où j'observe un comportement ou une situation et je me dis que c'est toujours comme ça. Il y a un autre biais aussi qui est très fréquent, c'est le biais de projection, où en fait, nous sommes en train de projeter nos peurs aux autres. Et notamment, j'accompagne beaucoup d'entrepreneurs et je leur dis, surtout au démarrage, évitez de parler de votre projet tant que vous n'êtes pas sûr et que vous n'avez pas votre argumentation bien en place. Parce que ce qui va se passer, c'est que votre entourage va vous projeter toutes leurs propres peurs. et essayer de vous dissuader d'avancer vers le projet que vous avez décidé.
- Elsa Trinquesse
Ces fameuses croyances limitantes.
- Christine Ramadier
C'est des croyances limitantes et c'est surtout qu'on a cette faculté à vouloir projeter aux autres ce que nos propres pères en fait.
- Elsa Trinquesse
Oui, c'est ça. Et alors, est-ce qu'il y a des petits signaux qui devraient nous faire dire, là je ne suis peut-être pas complètement objective ou objectif ?
- Christine Ramadier
Tout à fait, c'est à partir du moment où je n'ai pas la capacité d'aller chercher l'information contraire. ou complémentaire à ce que je suis en train de dire. C'est de me dire, attends, là, j'ai une conviction. Est-ce qu'elle est étayée par d'autres exemples, par l'extérieur ou ainsi de suite ? Donc, ça va être aussi, dès que je commence à m'entendre dire, ah, mais je sais ce que tu penses. Dès que je commence à interrompre mon interlocuteur en lui disant, non, mais ça va, j'ai compris ce que tu es en train de me dire et que je ne le laisse pas aller jusqu'au bout. Là, j'ai un biais qui est en place. C'est que j'interprète. C'est le biais d'interprétation. Il y a des centaines de biais cognitifs en fait. Nous sommes tout le temps en train d'avoir des pensées subjectives, de tordre un petit peu la réalité en fonction de notre humeur aussi, en fonction de notre fatigue, de notre environnement professionnel ou familial. Donc c'est pour ça que c'est intéressant de toujours se remettre en question et de se dire mais est-ce que je détiens une certaine vérité là ?
- Elsa Trinquesse
Très intéressant. Pour celles et ceux qui ont l'impression de réagir très vite, parfois trop vite. Est-ce qu'il y a des questions simples qu'il pourrait se poser pour retrouver un peu plus de clarté ?
- Christine Ramadier
Déjà, avant même de se poser des questions, la première chose à faire, c'est d'apprendre à respirer. C'est de se dire, pour me reconcentrer et quand je sens que je vais trop vite et je sais absolument de quoi on parle, puisque j'ai un tempérament qui est hyper impulsif, c'est de se dire, là, avant de questionner quoi que ce soit, déjà je prends un temps, je me réaligne avec moi-même, je me recentre. Ok, maintenant, quelle est la situation ? Est-ce que je suis en train d'interpréter les propos de l'autre ? Comment est-ce que, si j'étais à sa place, qu'est-ce que je voudrais dire ? Ou est-ce que j'ai réellement compris ce qu'il est en train de me dire ? Et là, j'invite à questionner ou de reformuler. Si je comprends bien ce que tu es en train de me dire Elsa, tu es en train de me poser une question pour savoir comment est-ce qu'on peut réagir, et surtout quand on est d'un tempérament impulsif, Merci. Comment est-ce que je vais m'apaiser et aller chercher vraiment à comprendre du point de vue de l'autre et pas de réagir que par rapport à mes filtres à moi ?
- Elsa Trinquesse
Et prendre un peu de hauteur.
- Christine Ramadier
Et prendre de la hauteur, absolument.
- Elsa Trinquesse
Toi, en tant que coach, comment tu accompagnes quelqu'un à ajuster son regard ou à sortir d'une perception biaisée ?
- Christine Ramadier
Alors, c'est toujours de faire un effet miroir avec cette posture de confrontation bienveillante, de bienveillance. piquante, c'est-à-dire de dire mais qu'est-ce qui vous fait dire cela ? En quoi vous pensez que l'autre vous en veut ? Quelle est votre part de responsabilité dans la situation ? Et cette question est extrêmement puissante puisque justement, elle permet de se recentrer ou se décentrer, de faire un pas de côté. Notamment, je gère beaucoup de conflits entre personnes ou entre des équipes et c'est de se dire, ok, mais quelle est votre part de responsabilité ? Parce que nous sommes toujours deux dans une relation. Sauf certains cas exceptionnels. Mais c'est de se dire, d'autre part, qu'est-ce que je suis en train d'interpréter ? Est-ce que je suis en train d'interpréter les propos de mes interlocuteurs ? Qu'est-ce que je croirais sans en avoir la preuve ? Quelles autres explications pourraient expliquer cette situation que je suis en train de vivre ? Toujours, le coaching, c'est poser des questions. En aucun cas, je vais contre-argumenter face à une personne qui est en train de vivre un biais cognitif. Je vais toujours aller lui poser des questions pour qu'elle puisse changer de paire de lunettes et voir la situation différemment. Si je peux me permettre Elsa, je vais vous donner un cas concret. La dernière fois, j'ai eu un manager qui m'a dit « Oui, je ne comprends pas, tel collaborateur ne fait pas ce que je lui dis, il ne prend jamais d'initiative et tout ça. » Mais auparavant, elle m'avait dit qu'elle n'avait pas confiance en ce collaborateur. Et donc, je lui ai fait prendre conscience qu'en réalité, comme elle n'a pas confiance dans ce collaborateur, elle se comporte, elle, inconsciemment, d'une certaine manière avec lui, puisqu'elle a un biais de... qui va lui confirmer qu'à chaque fois qu'elle lui demande de faire quelque chose, elle va trouver des choses à redire. Donc, elle renforce le fait qu'elle n'ait pas confiance en lui. Quand elle lui demande de faire quelque chose, elle est peut-être trop dans la directive ou trop maternelle. Là, alors, elle a les résultats qu'elle attend, c'est-à-dire que la personne en face ne se sent pas en confiance, est en train de perdre confiance en lui et du coup, n'atteint pas les résultats qu'elle souhaiterait qu'il atteigne. Parce qu'en réalité, ce n'est pas aussi clair que cela.
- Elsa Trinquesse
Elle influence sans le vouloir le comportement de son collaborateur.
- Christine Ramadier
Tout à fait. Et donc, quand elle a changé de paire de lunettes par rapport à cette situation, qu'elle s'est rendue compte, elle a agi totalement différemment dans les semaines qui ont suivi. Et lorsqu'on s'est revues, elle m'a dit « Christine, je n'ai plus du tout la même relation avec ce collaborateur. J'ai réussi à faire évoluer mon questionnement et surtout la manière de déléguer ou de lui demander de faire des choses. Et aujourd'hui, je suis pleinement satisfaite. »
- Elsa Trinquesse
Merci beaucoup Christine pour toutes ces explications. On comprend que nos biais cognitifs ne sont pas des défauts, mais bien plutôt des mécanismes automatiques que notre cerveau met en place pour aller plus vite, pour nous protéger ou pour simplifier la réalité. Dans deux semaines, nous parlerons d'un sujet très concret du quotidien, savoir dire non et sans culpabiliser.
- Christine Ramadier
Merci Elsa et merci à vous pour votre écoute. Si cet épisode vous a aidé, pensez à vous abonner, laissez une étoile ou un commentaire. C'est précieux pour soutenir ce podcast. Vous pouvez me retrouver sur les réseaux, sur Comment se réaliser ou sur mon site internet. Je vous laisse avec cette question. Et si je changeais de lunettes, qu'est-ce que je pourrais voir de différent dans cette situation ? Prenez un instant pour remettre en question une certitude, une pensée, et observez ce qui change. Partagez-moi vos retours, j'adore vous lire. A très bientôt !