- Christine Ramadier
Parfois, dans la communication, nous ne comprenons pas que nous ne nous comprenons pas. J'interviens dans beaucoup d'entreprises et aussi en coaching individuel où la communication est vraiment un frein à l'efficacité relationnelle. Myriam, par exemple, est venue me voir. Elle a une communication difficile avec ses proches, dans son entourage, professionnel et personnel. Et c'est une vraie contrariété pour elle. Bonjour, je suis Christine Ramadier, coach certifiée professionnel. Je vous accompagne dans ce podcast « Comment se réaliser » pour vous permettre de clarifier, décider et vous mettre en action. Je suis accompagnée d'Elsa Trinquesse qui est journaliste et qui va me permettre de rythmer ces épisodes.
- Elsa Trinquesse
Bonjour à vous.
- Christine Ramadier
Bonjour Elsa. Bonjour Christine. Donc dans ce nouvel épisode, la promesse c'est de vous permettre de comprendre les éléments clés d'une communication simple, plus efficace et comprendre qu'est-ce qui se joue lorsque nous nous communiquons, soit à la maison ou au travail.
- Elsa Trinquesse
Alors Christine, tu nous as dit qu'on pouvait parfois mal communiquer, mal se comprendre et mal comprendre l'autre. Comment tu l'expliques ça ?
- Christine Ramadier
La première raison, c'est qu'en fait, nous ne prenons pas le temps de prendre en considération l'autre. Nous communiquons comme nous souhaitons que tout le monde communique avec nous. En conséquence, si je suis quelqu'un qui va droit au but, qui ai une communication globale, qui va vite dans ma communication, j'ai même un débit de parole rapide, alors je m'attends à ce que mon interlocuteur soit pareil qu'il capte très vite ce que je suis en train de dire, qu'il réfléchisse très vite, et donc, potentiellement, je me frustre. Parce que la personne met plus de temps que ce que j'escompte à comprendre.
- Elsa Trinquesse
Et donc, ça crée des malentendus.
- Christine Ramadier
Ça crée des malentendus parce que, justement, j'oublie de m'adapter à mon interlocuteur. Et c'est vraiment la clé fondamentale de la communication. C'est si je veux être compris et entendu et pouvoir échanger, que ce soit à la maison ou au travail, j'ai besoin de faire un effort d'adaptation à mon interlocuteur. Nous avons tous... Chacun d'entre nous une manière de communiquer. Et ça, justement, grâce à un outil que j'utilise qui s'appelle l'outil DISC. Je permets aux personnes de mieux comprendre quels sont leurs comportements en termes de leadership ou profil commercial ou en termes de communication pour comprendre si je suis quelqu'un qui a plus une communication rapide, globale, qui agit et réfléchit ensuite. Ou bien si je suis quelqu'un qui est plutôt réservé, qui a besoin d'analyser, de rechercher des informations et qui va avoir une communication beaucoup plus spécifique, beaucoup plus structurée et réfléchie. Et là, déjà, rien que cette compréhension-là de soi et des autres permet de comprendre qu'en réalité, nous sommes tous différents dans nos besoins en termes de communication.
- Elsa Trinquesse
Et alors, tu nous as parlé du profil DISC qui peut te permettre d'accompagner les personnes que tu coaches. Est-ce que tu en as d'autres des clés ?
- Christine Ramadier
Alors, les clés principales en communication. Déjà, c'est de s'assurer que nous avons une bonne qualité d'écoute. Avant même de vouloir parler, c'est de se dire est-ce que je suis réellement disposée à écouter l'autre ? Ou est-ce que je veux juste émettre un message et en fait, je veux émettre mon message et point.
- Elsa Trinquesse
C'est particulièrement important cette notion d'écouter l'autre, notamment en ce moment qu'on est toujours sur notre téléphone.
- Christine Ramadier
Exactement. Aujourd'hui ce qui fait qu'il y a une mauvaise qualité d'écoute et beaucoup de "Mal-entendu" entre les personnes, c'est que justement, il y a des distractions. On écoute l'autre et en même temps, on regarde son téléphone et je vous le dis tout de suite, non, le cerveau ne peut pas faire deux choses à la fois. C'est un mythe. Je vous assure que vous ne pouvez pas être en train de regarder une série et en même temps avoir une conversation sérieuse avec une personne. Souvent, on entend ce que l'autre dit, mais nous sommes déjà en train de réfléchir à la réponse. Et donc, en conséquence, nous n'écoutons pas, car nous sommes déjà en train d'argumenter dans notre tête ce qu'on va lui répondre.
- Elsa Trinquesse
Les fameux biais d'interprétation dont on a parlé dans les épisodes précédents.
- Christine Ramadier
Exactement, il y a les biais d'interprétation. Il y a aussi le fait que l'autre ne va pas assez vite, alors je lui coupe la parole parce que je pense avoir compris ce qu'il veut dire et donc je n'ai pas le temps, je lui coupe la parole ou je parle en même temps que lui ou elle. Il n'y a vraiment pas d'écoute du tout. Et mon Dieu, combien de fois ça se passe en entreprise ou à la maison. Regardez bien, observez les personnes en train d'interagir. C'est fascinant à observer.
- Elsa Trinquesse
En préparant cet épisode, tu m'as parlé d'un livre qui pouvait particulièrement être utile sur cette thématique.
- Christine Ramadier
Oui, c'est un livre qui est très important, qui a été écrit par le fondateur de la communication non-violente, qui est Marshall Rosenberg. Et son livre s'appelle « Les mots peuvent être des murs ou des fenêtres » . C'est le deuxième point capital dans la communication, c'est de comprendre que les mots ont une importance, une signification. une interprétation différente en fonction des personnes. Si par exemple, je dis à quelqu'un : "tu es toujours en retard", ou bien, "c'est pas compliqué quand même", ou bien, "calme-toi, respire", quelles vont être les réactions Elsa ?
- Elsa Trinquesse
Ah ben négatives,
- Christine Ramadier
c'est-à-dire ?
- Elsa Trinquesse
C'est-à-dire que l'autre va se sentir jugé, incompris, il va recevoir une communication un peu agressive.
- Christine Ramadier
Exactement. Quand je veux communiquer, moi, d'une manière efficace, simple, et être sûre d'être dans un vrai échange, c'est déjà de comprendre que je suis responsable de ce que je dis et de comment je le dis. Donc, est-ce que les mots que j'emploie, est-ce qu'il y a des fameux « toujours » en retard ? Est-ce qu'il y a des accusations ? Quel est le pouvoir des mots que je suis en train d'utiliser ? Est-ce que déjà je laisse une place à la personne pour répondre ? Ou bien je suis quelqu'un qui parle beaucoup et qui fait des très longues phrases et en fait je ne lui laisse absolument pas l'opportunité de pouvoir me répondre ? Ce que certaines personnes le font sans s'en rendre compte. Je ne sais pas si ça t'est déjà arrivé, mais tu peux passer des fois deux heures au téléphone avec une personne et tu raccroches et tu réalises qu'elle ne t'a même pas demandé comment tu allais.
- Elsa Trinquesse
Oh si !
- Christine Ramadier
Comment on se sent dans ces cas-là ?
- Elsa Trinquesse
Frustré.
- Christine Ramadier
Ok. Donc, la communiquer, c'est un échange et ça doit être équitable. Si je commence à monopoliser la parole, alors à un moment donné, ce n'est plus équitable. Communiquer, c'est prendre en compte le fait que j'évite de donner des injonctions aux autres. Déjà, que ce soit au travail ou à la maison. C'est que j'exprime mon ressenti en disant ce que moi je ressens. par rapport à une certaine situation avec un fait précis, factuel. La personne, elle n'est pas toujours en retard. C'est mon biais de généralisation qui me fait dire qu'elle est toujours en retard. Mais en réalité, qu'est-ce que je lui reproche exactement ? Et quelles ont été les conséquences réellement de ce retard ? C'est là où il faut aller chercher des informations et vraiment s'assurer qu'on communique avec les bons mots. Et bien bien se rappeler que, par exemple, un mot peut avoir une signification différente. Je vous donne un exemple qui s'est passé la semaine dernière lorsque j'intervenais dans une entreprise, coaching de manager collectif, et je leur faisais faire un jeu où ils devaient se reconnaître des qualités. Et il y en a un qui a dit, moi je me reconnais la qualité d'être quelqu'un de stratège parce que je sais structurer, bien avancer mes arguments pour faire avancer les décisions au sein de mes équipes ou en transverse. Et un autre manager a réagi immédiatement en disant, non, mais moi, c'est péjoratif de dire que tu es stratège, je considère cela vraiment comme être manipulateur et ainsi de suite. Donc, j'ai bien mis fin à cet échange, parce qu'en fait, il n'a pas lieu d'être, c'est chacun à son interprétation du mot de stratège. Mais tu vois à quel point un mot peut avoir deux connotations différentes en fonction de mon cadre de référence, de mon éducation, de ma culture personnelle. C'est là où il faut être prudent et toujours aller vérifier l'information qu'on vient de recevoir.
- Elsa Trinquesse
Entendu. Et alors justement, comment on fait pour vérifier l'information qu'on vient de recevoir ?
- Christine Ramadier
Alors, il y a plusieurs clés. La première, ça peut être le silence. C'est déjà de s'empêcher de réagir tout de suite. Et je prends le temps de respirer. Qu'est-ce que ce silence permet à l'autre qui vient de dire, pour moi, stratège, c'est péjoratif ? Si je ne réponds pas tout de suite, ça laisse un temps et ça fait comme dans une pièce, une sorte d'écho. Ça permet à la personne d'entendre les mots qu'elle vient juste de prononcer. Et du coup, de réaliser peut-être ce qu'elle vient de dire, le ton avec lequel elle vient de le dire. Et généralement, de se corriger elle-même et de dire, ah mais ce n'est pas tout à fait ce que je voulais dire. Est-ce que c'est clair ?
- Elsa Trinquesse
Oui, c'est très clair.
- Christine Ramadier
Donc ça, c'est une première manière. La deuxième, c'est la reformulation, qui est une clé principale pour une bonne communication. C'est de reformuler. Si je comprends bien, Elsa, ce que tu es en train de me dire, tu considères que me donner la qualité d'être stratège, pour toi, c'est péjoratif, c'est un côté manipulateur. C'est bien ça ?
- Elsa Trinquesse
Oui, c'est ça.
- Christine Ramadier
Mais là, ce qui est très important, c'est que, chers auditeurs, Si vous utilisez la technique de reformulation, assurez-vous de vraiment utiliser les mots de votre interlocuteur. Surtout, j'entends régulièrement, parce que je pose tout le temps la question, qu'est-ce que ça veut dire reformuler ? J'ai des personnes qui me disent, ça veut dire, je répète ce que l'autre vient de dire, mais avec mes mots à moi.
- Elsa Trinquesse
Mais est-ce que ce n'est pas là qu'on peut avoir un petit peu d'apporter un peu de jugement dans ses mots, dans ses propres mots ?
- Christine Ramadier
Exactement. Et c'est là que naissent la majorité des conflits. C'est que si je reformule en utilisant mes mots à moi, au lieu d'utiliser les mots de l'interlocuteur, comme nous venons de le voir, les mots ont une signification, une interprétation différente pour chaque personne. Si je commence à mettre mes mots à moi sur les propos de mon interlocuteur, alors nous allons avoir une discussion, parce qu'il n'a peut-être pas la même interprétation que moi du mot que je viens d'utiliser. Je reprends l'exemple de stratège. Si je te dis, Elsa, tu viens de me dire que si je dis que je suis stratège, alors ça veut dire que je suis quelqu'un d'autoritaire, de négatif, qui veut avoir le pouvoir sur tout le monde. Ce n'est clairement pas ce que tu viens de dire. Et je suis en train d'y mettre d'autres étiquettes.
- Elsa Trinquesse
Donc, quand on dit reformuler, ça veut dire réutiliser exactement les mots que la personne vient de dire.
- Christine Ramadier
Exactement. Comme ça, nous restons dans ce qu'on appelle son territoire, c'est-à-dire qu'on reste dans sa carte de référence, dans son cadre de référence linguistique, et ce qui permet de vraiment être dans la compréhension l'un de l'autre. Donc, pour récapituler : pour clarifier, pour être sûr d'avoir compris ce que l'autre vient de dire, c'est le silence, la reformulation, ou bien d'aller poser des questions ouvertes, c'est-à-dire, qu'est-ce que tu entends par là ? Qu'est-ce que ça signifie pour toi péjoratif ? Dans quel cadre tu as eu cette information ou interprétation du mot stratège ? Qu'est-ce qui t'a amené à penser à cela ? Voilà, je fais un petit peu le détective privé. Je pose des questions ouvertes, c'est-à-dire des questions qui en général commencent par quand, qui, quoi, où, qu'est-ce qui te fait penser à, ou ainsi de suite.
- Elsa Trinquesse
Donc si je comprends bien, pour bien communiquer, il faut respirer, analyser, reformuler, mais avec les propres mots de la personne et se questionner un petit peu soi-même aussi avant de pouvoir répondre et toujours prendre du temps avant de donner sa réponse.
- Christine Ramadier
Tout à fait. Et se dire aussi que trop d'informations tuent l'information. S'evertuer à essayer d'avoir des phrases, sujets, verbes, compléments, d'avoir une pause et de laisser l'interlocuteur aussi avoir le temps de réponse. parfois des personnes qui font des monologues. Et j'ai une question avant de conclure, c'est dans vos conversations, parlez-vous plus souvent de ce que l'autre est ou de ce que vous ressentez ? Est-ce que vous apportez un jugement sur l'autre ou est-ce que vous êtes vraiment dans la compréhension ?
- Elsa Trinquesse
Oui, ça fait tout de suite écho. Après avoir travaillé sur la communication, nous parlerons dans le prochain épisode des croyances limitantes qui peuvent jouer un rôle justement dans nos communications. et tu nous feras découvrir qu'il est possible d'apprendre à les apprivoiser pour savoir mieux s'en servir.
- Christine Ramadier
Tout à fait, c'est un sujet passionnant.
- Elsa Trinquesse
Merci beaucoup Christine pour ces explications très très intéressantes et qui, j'en suis sûre, auront parlé à beaucoup de nos auditeurs et auditrices.
- Christine Ramadier
Merci Elsa. Si cet épisode vous a plu, je vous invite à me suivre sur les réseaux, comment se réaliser et bien sûr, laisser des petites étoiles sous les plateformes préférées. et m'indiquer si vous avez des questions, des sujets que vous souhaiteriez que nous abordions sur les prochains épisodes. Et comme d'habitude, je vous laisse avec quelques questions pour votre réflexion personnelle. Et j'ai envie de vous poser la question, qu'est-ce que vous aimeriez faire évoluer dans votre communication, afin qu'elle soit plus impactante ? Et puis, dans des conversations un peu tendues, vous dire, est-ce que c'est vraiment la phrase de l'autre qui vous blesse ? ou l'histoire que vous vous racontez par rapport à cette phrase. Et enfin... Est-ce que lorsque vous échangez vos réponses ou vos questions, visent-elles à comprendre la situation ou à gagner en quelque sorte le duel face à l'autre personne ? A très bientôt !