Speaker #0Bienvenue dans la saison 2 de Confetti et Confiance Club ! Ça faisait longtemps ! Ces derniers mois, je me suis posé beaucoup, beaucoup, beaucoup de questions, surtout face à l'actualité, et notamment celle-ci. Pourquoi, plus ils sont cons, moins ils semblent douter ? Tu vois tous ces moments où une personne affirme haut et fort quelque chose, alors qu'en fait, elle n'y connaît rien du tout, mais vraiment rien. Elle ne doute pas, elle ne dit pas... pas, il me semble que... Non, elle sait mieux que tout le monde. Coucou la morange qui dirige les Etats-Unis. Et parfois, toi, en face, tu connais le sujet. T'as de l'expérience, tu t'es formée, t'as bossé dessus pendant des années. Mais à force de l'entendre parler avec autant d'assurance, tu finis presque par te demander, attends, c'est moi qui comprend rien là ou il raconte n'importe quoi et personne le voit ? Eh bien aujourd'hui, on va parler de ces personnes. Parce qu'il y a quelque chose d'assez fascinant avec la confiance en soi, elle n'est pas toujours proportionnelle à la compétence. Et parfois, c'est même franchement l'inverse. Bienvenue dans le Confetti & Confiance Club. Moi, c'est Fanny, coach et formatrice spécialisée en confiance en soi et en épanouissement professionnel. Depuis plusieurs années, j'ai de celles et ceux qui se sentent perdus ou trop petits pour oser à prendre leur juste place. Ici, on parle d'audace, d'alignement et de petits pas concrets pour avancer sans se prendre la tête. Parce que la confiance, ce n'est pas un don, c'est un chemin qu'on construit pas à pas. Alors, bienvenue au club ! C'est parti ! Bienvenue dans cet épisode Subtilement intitulé, plus ils sont cons, moins ils doutent. Évidemment, c'est une provocation, ou pas. Car derrière cette phrase, il y a des phénomènes psychologiques et même organisationnels absolument passionnants. On va parler de l'effet Dunning-Kruger, de notre capacité à évaluer notre propre compétence, de cette impression étrange que plus on apprend, moins on a l'impression de savoir. Du principe de Peter et de ces gens... très compétents, compromets jusqu'au poste où ils ne le sont plus, et même de mansplaining. Bref, aujourd'hui, nous allons tenter de répondre à une grande question. Pourquoi Jean-Michel, qui ne sait rien, bon j'ai rien contre les Jean-Michel, a-t-il parfois beaucoup plus d'assurance que toi, qui maîtrise parfaitement le sujet ? Mais pourquoi certains ne doutent jamais ? Il y a un phénomène dont tu as probablement déjà entendu parler. c'est l'effet Dunning-Kruger. En 1999, et oui, le siècle dernier, les psychologues Justin Kruger et David Dunning vont passer à des étudiants différents tests portant notamment sur la logique, la grammaire et l'humour. Puis, ils leur demandent d'évaluer eux-mêmes leurs performances. Et là, ils observent quelque chose de vraiment super intéressant. Les participants qui obtiennent les moins bons résultats ont tendance à largement surestimer leur performance. Les chercheurs proposent alors une explication. Pour être capable de repérer qu'on est mauvais dans quelque chose, il faut parfois posséder une partie des compétences nécessaires pour être bon dans cette chose. Ça veut dire que tu peux faire une erreur sans avoir les connaissances nécessaires pour comprendre que tu viens de faire une erreur. Tu ne sais pas, mais surtout, tu ne sais pas que tu ne sais pas. Alors là, forcément, on doute beaucoup moins. Prenons quelqu'un qui commence à s'intéresser au management. Il va lire de bouquins, regarder quelques vidéos sur YouTube, et il se dit, franchement, manager une équipe, c'est pas compliqué. Faut savoir communiquer, fixer des objectifs et motiver les gens. Voilà, merci Jean-Michel Management. Puis tu deviens réellement manager. Et là, tu découvres un monde merveilleux, rempli de conflits, de personnalités différentes, de problèmes de motivation. Des décisions injustes, quoi que tu fasses. Des personnes que tu n'arrives pas vraiment à aider. Et des contraintes de l'entreprise et tes propres limites. Et bizarrement, après 5 ans de management, quand quelqu'un te demande « C'est quoi selon toi un bon manager ? » Tu ne réponds plus en 3 phrases. Tu réponds « Ça dépend » . Parce qu'entre temps, t'es pas devenu moins compétent. T'as découvert tout ce que tu ne savais pas. Et c'est exactement ce qui nous intéresse ici. Quand tu connais peu un sujet, tu peux avoir l'impression d'en avoir rapidement fait le tour. Plus tu développes ton expertise, plus tu en découvres la complexité. Mais attention avec Denning Kruger, et là petite parenthèse importante. Parce que ce serait quand même assez drôle de faire un épisode sur les gens qui parlent avec assurance de sujets qu'ils maîtrisent mal, et de faire exactement la même chose avec l'effet Denning Kruger. Depuis l'étude de 1999, d'autres chercheurs ont remis en question une partie de son interprétation. Plusieurs travaux suggèrent que la fameuse courbe qu'on voit partout sur Internet pourrait être au moins en partie produite par des phénomènes statistiques. Mais des travaux plus récentes trouvent des résultats plus nuancés. Donc la science ne dit pas « plus tu es incompétent, plus tu as confiance en toi » . Dommage pour mon titre. Ce qu'on peut retenir de manière beaucoup plus raisonnable, c'est que nous ne sommes pas toujours très bons pour évaluer notre propre niveau. et que manquer de connaissances peut parfois nous empêcher de voir précisément l'étendue de nos lacunes ou de notre connerie. C'est moins vendeur, mais c'est plus juste. Et au travail, ça peut devenir très drôle. Enfin, drôle, des années après. Parce que j'ai connu ça moi aussi quand j'étais salariée. Je travaillais avec une personne qui occupait un poste à responsabilité, et cette personne avait énormément d'assurance. Le problème, c'est qu'elle ne savait même pas faire certaines choses. extrêmement basiques liées à son travail. Je me souviens notamment qu'elle ne savait pas imprimer correctement un document et notamment un tableau Excel. Elle faisait faire énormément de choses aux autres, elle pouvait être très agressive. Il y avait énormément de turnover dans son service, mais extérieurement, elle pouvait donner l'illusion. Elle parlait avec assurance, elle occupait l'espace, elle avait le statut. Et pendant ce temps-là, autour d'elle, tu peux avoir des personnes beaucoup plus compétentes qu'elle qui se demandaient... Non mais... Est-ce que moi, je suis vraiment à la hauteur ? Et c'est là qu'on découvre quelque chose d'important dans le monde professionnel. Compétence, statut et confiance en soi sont trois choses totalement différentes. Tu peux être compétent sans avoir de statut. Tu peux avoir un statut sans être compétent. Tu peux être compétent et douter. Tu peux aussi être mauvais et extraordinairement sûr de toi. Il existe d'ailleurs une idée célèbre en management, le principe de Peter. L'idée est formulée par Lorenz Peter à la fin des années 1960. En gros, tu fais bien ton travail, donc on va te promouvoir. Tu fais encore très bien ton nouveau travail, donc à nouveau tu es promu. Et ainsi de suite, jusqu'au jour où tu arrives à un poste dont les compétences demandées n'ont plus grand-chose à voir avec celles qui t'ont permis d'être promu. Et là, on arrête de te promouvoir. Donc tu restes précisément au poste où t'es pas bon. Formidable système. Ce qui est intéressant, c'est qu'en 2018, des chercheurs ont étudié les données de vendeurs dans 214 entreprises. Ils ont effectivement trouvé des résultats compatibles avec le principe de Peter. Les excellents vendeurs avaient davantage de chances d'être premiers managers, alors que les qualités qui font un excellent vendeur ne sont pas forcément celles qui permettent de faire un excellent manager, évidemment. Et ça, quand on a travaillé en entreprise, ça explique parfois beaucoup de choses. Être excellent techniquement ne signifie pas automatiquement savoir manager une équipe. Être le meilleur commercial ou le meilleur technicien ne signifie pas savoir accompagner des commerciaux ou des techniciens. Être très bon dans son métier ne signifie pas savoir prendre des décisions stratégiques. Et une promotion n'est pas une transfusion magique de nouvelles compétences. Et puis, il y a ceux qui donnent l'illusion. Et ça, je les ai aussi retrouvés dans l'entrepreneuriat. J'observais une entrepreneur vendre extrêmement cher ses conseils avec énormément d'assurance, très beau marketing, positionnement d'experte. Conseil donné avec une certitude absolue. Et là, on a découvert que son programme était très largement pompé sur un programme américain. Et là, tu peux te retrouver dans une situation assez absurde. Toi, tu travailles, tu réfléchis, tu te demandes si ce que tu proposes est suffisamment qualitatif. Tu vérifies tes sources, tu travailles ton contenu, tu te formes. Et pendant ce temps-là, quelqu'un a traduit trois PDF et te regarde droit dans les yeux en te disant « je vais te révéler ma méthode révolutionnaire » . Parfois ça marche, parce que nous faisons tous une erreur cognitive extrêmement simple. Nous utilisons l'assurance comme un indice de compétence. Quelqu'un parle vite, répond immédiatement, ne doute jamais, utilise un vocabulaire affirmatif, et notre cerveau peut en déduire « cette personne sait de quoi elle parle » . Sauf que non, parfois elle sait très bien, et parfois elle parle juste très fort. Et évidemment, impossible de parler de ça sans parler d'un phénomène genré, le mansplaining. Le mot s'est notamment popularisé après un texte de l'autrice Rebecca Solnit. Elle y raconte une soirée durant laquelle un homme apprend qu'elle a écrit un livre sur le photographe Edward Muybridge. Il commence à lui parler d'un livre très important qu'il vient de lire justement sur Muybridge. Il lui explique le livre avec beaucoup d'assurance. Cette personne essaie plusieurs fois de lui dire « mais c'est son livre ! » Oui, il expliquait son propre livre à son autrice. J'aime beaucoup cet exemple, parce qu'il faut attendre un certain niveau de confiance assez exceptionnel pour expliquer à quelqu'un le livre qu'elle a écrit. Et ce phénomène n'est pas seulement une petite anecdote marrante. Les chercheurs se sont intéressés au mansplaining dans le monde professionnel. Une étude publiée en 2022 le décrit probablement comme une explication non sollicitée, condescendante ou persistante donnée en mettant en doute les connaissances de l'autre. Les auteurs constatent aussi que les hommes ne sont pas les seuls à adopter ce comportement et les femmes pas les seules à le subir. Mais les hommes étaient les auteurs les plus fréquents quand même dans cette étude et les femmes et minorités de genre le subissaient bien plus fréquemment. Et surtout ce comportement était associé à moins de satisfaction au travail davantage d'épuisement émotionnel et davantage d'intention de quitter son emploi. Donc non, c'est pas juste « oh là là, il m'explique encore un truc » . Quand on remet continuellement en question ton expertise, ça peut finir par avoir un effet sur la place que tu t'autorises à prendre. Et il y a quelque chose d'extrêmement pervers là-dedans. Parce que plus quelqu'un parle avec assurance, plus toi, tu peux commencer à douter, même quand c'est toi qui sais. Il faut ajouter quelque chose. On ne grandit pas tous et toutes avec la même autorisation sociale à nous mettre en avant. Des travaux ont notamment montré des écarts entre les femmes et les hommes dans la manière d'évaluer et de présenter leurs propres performances. Par exemple, Christine Exley et Jude Kessler ont montré que, à performances égales, les femmes avaient tendance à évaluer moins favorablement leurs propres performances que les hommes. Donc tu vois, un homme et une femme s'exprimaient différemment sur leurs compétences, ça ne veut pas forcément dire qu'il est meilleur. Et ça veut évidemment pas dire non plus que tous les hommes sont surconfiants et toutes les femmes pleines de doutes, mais notre façon d'occuper l'espace professionnel ne se construit pas dans le vide. Il y a notre personnalité, notre histoire, nos expériences, mais aussi ce que notre environnement nous a appris sur la place que nous avions le droit de prendre. Alors comment on arrête de se faire avoir ? Je crois qu'il y a deux choses à retenir. La première, arrête de prendre ton doute comme une preuve de ton incompétence. Douter peut être extrêmement sain. Le problème, c'est pas douter, le problème, c'est quand ton doute devient tellement important qu'il t'empêche d'agir alors même que t'as les compétences. Tu peux dire je ne sais pas, tu peux vérifier, changer d'avis, tu peux découvrir que tu t'es trompé, ça ne diminue pas ta compétence. Au contraire. Et deuxième chose, arrête de prendre l'absence de doute des autres comme une preuve de leur compétence. Regarde les faits. Quelle expérience a cette personne ? Sur quoi s'appuie-t-elle ? Quel résultat a-t-elle réellement ? Est-elle capable de reconnaître ce qu'elle ignore ? Est-ce qu'elle nuance ? Est-ce qu'elle sait dire « je ne sais pas » ? Parce que finalement, c'est peut-être ça l'un des signes les plus intéressants de compétence, de ne pas tout savoir, mais savoir où s'arrête ce que l'on sait. Cette semaine, je te propose un exercice très simple. Prends une feuille ou les notes de ton téléphone, peu importe, et fais ces trois choses. Liste cinq choses que tu maîtrises vraiment. Repense à trois situations où ton expertise a aidé quelqu'un. Identifie un moment où tu t'es tu alors que tu savais. Pas besoin que ce soit des compétences extraordinaires. Si t'es salarié, ça peut être un dossier que tu connais par cœur, un problème que tes collègues viennent toujours te demander de résoudre, une situation que tu sais bien gérer. Si t'es entrepreneur, ça peut être quelque chose que tu fais naturellement aujourd'hui que t'as oublié qu'un jour tu ne savais pas faire. Le but, ce n'est pas de te convaincre que tu es génial ici, c'est de regarder les faits. Parce que ton cerveau peut te dire « je ne suis pas sûr d'être vraiment compétent » . Mais les faits, eux, peuvent raconter une toute autre histoire. Et pour le troisième point, celui où tu t'es tu alors que tu savais, garde-le quelque part dans ta tête. Parce que la prochaine fois que ça arrive, ton petit lancé de confetti, ça sera peut-être simplement de prendre la parole même si Jean-Michel a déjà commencé à expliquer très fort. Alors finalement, plus ils sont cons, moins ils doutent ? Scientifiquement, non. Mais reconnais que c'était quand même un excellent titre. Ce qu'on sait en revanche, c'est que notre capacité à évaluer nos propres compétences est imparfaite. Que manquer de connaissances peut aussi nous empêcher de voir ce que nous ignorons. Que les organisations peuvent donner un statut à des personnes sans que ce statut ne garantisse leurs compétences dans leur nouveau rôle. Que l'assurance peut nous donner une illusion d'expertise. Que notre sentiment de légitimité est aussi influencé par les rapports sociaux et les expériences que nous avons vécues. Alors la prochaine fois que quelqu'un affirme quelque chose avec une confiance absolument phénoménale, ne pars pas automatiquement du principe qu'il sait mieux que toi. Et la prochaine fois que toi tu doutes, ne pars pas automatiquement du principe que tu sais bien moins que lui. Peut-être que tu vois simplement quelque chose qu'il ne voit pas encore, la complexité. Merci d'avoir écouté cet épisode de Confetti et Confiance Club. Si tu as pensé à quelqu'un pendant cet épisode, tu peux lui envoyer l'épisode ou me dire qui c'est en DM sur Instagram. Et si tu l'as aimé, pense à me laisser 5 étoiles, ça aide énormément le podcast à se faire connaître. On se retrouve très vite pour un nouvel épisode. Et en attendant, n'oublie pas, tu peux douter de toi sans laisser ton doute décider à ta place. A bientôt dans Confetti et Confiance Club !