- Speaker #0
Bienvenue dans Confidence d'entrepreneur. Ici, on vous dévoile de l'intérieur ce qu'un entrepreneur traverse lors d'une opération marquante de son parcours. Je suis Thomas Fertin, entrepreneur et surtout dirigeant du cabinet de fusion-acquisition Conseil, Finance et Transmission. Chaque premier mardi du mois, nous revenons avec un invité entrepreneur sur son parcours tout en faisant un zoom sur une problématique ou une opération qu'il ou elle a dû traverser. Cela peut être une reprise familiale, une transmission, un dépôt de bilan ou bien même le retournement d'une entreprise. Aujourd'hui, nous parlons des entreprises familiales et la transformation des entreprises avec Émilie Grandjean, dirigeante de la Savonnerie des Alpilles, qu'elle a reprise à ses parents en 2020. La question du jour, c'est comment passer d'un producteur-distributeur de savons en B2C à une entreprise industrielle de production de savons et de produits cosmétiques en sous-traitance pour de grandes marques. Je vous souhaite une bonne écoute. Bonjour Émilie.
- Speaker #1
Bonjour Thomas.
- Speaker #0
Bienvenue dans Confidences d'entrepreneurs, le podcast pour apprendre à entreprendre. Merci beaucoup de t'être rendu disponible en cette fin d'année. 2025. Nous sommes à 15 jours des fêtes à Paris, accueillis dans la salle de réunion du cabinet parisien de Guillaume David, de Wire Avocats. Guillaume qui a témoigné sur le rôle des avocats dans notre émission spéciale La boîte à outils. Pour commencer, est-ce que tu peux te présenter rapidement, toi et ta société ?
- Speaker #1
Bien sûr. Donc moi, je suis Émilie Grandjean, j'ai 44 ans et j'ai trois enfants. J'ai intégré l'entreprise familiale en 2005, donc la Savonnerie des Alpilles, qui a été créé par mes parents. qui ont démarré avec une boutique sur Saint-Rémy-de-Provence et puis notre sur Cavaillon également en 1992. Moi, j'avais 11 ans à cette époque. Donc, le soir, je rentrais du collège et j'allais au magasin rejoindre ma mère et puis mon frère qui rentrait aussi de l'école. Et puis, on était là à participer aussi déjà à l'activité sur la boutique, à ranger, à aider notre mère sur cette partie-là. Et puis l'entreprise a évolué, mon père a décidé de prendre un tournant à un moment donné et de sortir du B2C. Donc ça s'est fait assez progressivement, puisque d'abord il a monté un petit atelier de fabrication sur Saint-Rémy-de-Provence, puisque au départ le concept était très novateur dans la boutique, c'est-à-dire qu'il fabriquait le savon devant les clients. Donc à cette époque-là, en 92. personne ne faisait ça. Aujourd'hui, on voit beaucoup dans les boulangeries, les restaurants, mais à ce moment-là, personne ne faisait ça. Donc ça, c'était le concept au départ. Et puis, au bout de quelques années, il a eu envie de se tourner vers le B2B, puisque mon père, il vient de la distribution de l'agroalimentaire, des fruits et légumes. Donc, pour lui, c'était beaucoup plus cohérent de se tourner vers le B2B. Donc, on a gardé une boutique. qui a été tenu par ma mère à Saint-Rémy-de-Provence, en Bituci. Et puis, on est parti sur la fabrication pour d'autres entreprises et on a commencé à aller chercher les premiers clients. Donc, c'était mon père qui fabriquait dans un petit garage le savon. Et il me disait, quand je faisais 100 kilos dans la journée, j'étais super content parce que c'était énorme en termes de production. Pour donner un ordre d'idée, aujourd'hui, en 2025, on peut faire quasiment 4 tonnes dans une journée. La progression, le gap, il est énorme en fait.
- Speaker #0
On va y revenir. Tu es un peu vite, mais on va y revenir. Alors, avant de rentrer dans le détail, comment tu résumerais ton parcours à ce stade aujourd'hui ? Donc, tu as intégré l'entreprise familiale que tu as repris. Comment tu définirais ton parcours en une phrase ?
- Speaker #1
En une phrase ? Je dirais que ça a été challengeant dès le départ, basé aussi sur l'innovation et puis l'envie d'entreprendre à l'intérieur de l'entreprise.
- Speaker #0
L'intrapreneuriat ?
- Speaker #1
Exactement.
- Speaker #0
Ah, super. Comment tu présentes ton métier actuel à tes enfants ?
- Speaker #1
Je leur dis que je fabrique des savons et des cosmétiques. Ils viennent régulièrement à l'entreprise quand ils sont malades, etc. pendant les vacances. Donc, ils connaissent l'environnement de l'entreprise, ils connaissent les collaborateurs, ils connaissent mon métier.
- Speaker #0
Ils grandissent dans les ateliers ?
- Speaker #1
Ils grandissent dans les ateliers, oui.
- Speaker #0
Oui, j'ai connu ça aussi. Donc, Émilie, nous sommes ici pour parler de deux sujets. qui me tiennent moi particulièrement à cœur, la gestion des entreprises familiales, la reprise intrafamiliale, et la transformation des business models. Tu l'as dit, vous avez démarré avec deux boutiques, et aujourd'hui vous êtes une entreprise industrielle. Il reste une boutique, et on va y revenir également, mais voilà, vous êtes passé du B2C finalement au B2B et à l'industrie. Et c'est cette dualité qui m'intéresse. Comment est-ce que ton père a décidé de prendre ce virage, justement, entre la savonnerie B2C et de devenir un acteur industriel en sous-traitance ? Parce que... Il produisait pour lui-même, pour vendre directement aux consommateurs, à devenir sous traitant industriel. Comment ce virage s'est opéré ?
- Speaker #1
Ça s'est fait de manière progressive. Tout d'abord, il y a eu cette envie de... Déjà, première précision, la boutique aujourd'hui, on ne l'a plus. Ça fait déjà une bonne dizaine d'années qu'on l'a revendue, 10-15 ans même. Mon père, le B2C... Ce n'est pas son truc, en fait. Mon père, c'est un autodidacte. Il n'a pas de diplôme. Il dit tout le temps, le seul diplôme que j'ai, c'est mon permis de conduire. Et c'est quelqu'un de très intuitif, en fait. Il fait vraiment les choses par intuition. Et donc, le B2C, ce n'était pas son truc. Et il s'est dit, moi, j'avais l'habitude de vendre à la grande distribution, en tant qu'expéditeur dans les fruits et légumes. Je vais essayer de transformer un peu ce modèle-là et de me l'approprier et de l'injecter. dans l'entreprise. Et d'ailleurs, il a toujours gardé, et j'ai aussi à cœur de garder cet ADN-là, de flexibilité, de rapidité, parce que dans l'agroalimentaire, c'est des denrées périssables, alors que le savon, ça ne l'est pas. Mais il a toujours gardé cette réactivité et de livrer rapidement dans son ADN.
- Speaker #0
Et d'ailleurs, il y a une question que je n'ai pas posée, mais comment est-ce qu'il est passé de distributeur de frais et légumes à avoir une savonnerie, enfin deux savonneries ? Comment il est passé de ce stade-là ?
- Speaker #1
C'est l'opportunité, en fait. C'est l'opportunité de changer de métier.
- Speaker #0
Il a racheté ou il a créé la sorvonnerie ?
- Speaker #1
Il a créé. Ils ont créé le magasin de toutes pièces. Et personne n'y croyait d'ailleurs. Quand on est marre, je crois qu'ils avaient fait un dossier auprès de cinq banques différentes. Il y en a une qui les a suivies, qui est toujours notre banque d'ailleurs, une banque historique depuis 33 ans. Mais oui, c'était une envie de se reconvertir, une opportunité de la vie en fait, son cousin. C'est venu aussi de son cousin, donc ça reste aussi en famille, qui travaillait pour une entreprise qui fabriquait des machines pour le savon. Il lui a dit, tiens, regarde, on a créé ces machines que tu pourrais faire dans un magasin, etc. Et de là, l'idée a germé et c'est parti de là.
- Speaker #0
Et donc, tu as grandi dans l'entreprise familiale, tu es partie faire des études de commerce.
- Speaker #1
Oui.
- Speaker #0
Tu as travaillé deux ans, tu m'as dit, c'est ça ?
- Speaker #1
Oui.
- Speaker #0
Dans la cosmétique, on n'a rien à voir ?
- Speaker #1
Dans la cosmétique et le parfum, oui.
- Speaker #0
Déjà avec une idée de te préparer à rejoindre tes parents ?
- Speaker #1
Oui, je voulais faire un peu mes armes auparavant dans d'autres entreprises. Donc j'ai travaillé pendant deux ans en tant que technico-commercial pour vendre et former les conseillères de vente en parfumerie sur les marques que je distribuais dans mon entreprise. Et puis en fin de mon contrat, puisque c'était un CDD, je me suis posé la question de qu'est-ce que j'ai envie de faire. Et moi je voulais travailler dans le commercial, dans le marketing, et je voulais vraiment... être dans ce milieu-là. Et d'un côté, mes parents qui me proposaient ce poste, et pour moi, c'était un peu tôt. Et puis, j'ai réfléchi et je me suis dit, en fait, ce poste qui me propose de pouvoir faire des choses à ma manière, avec ma vision, je vais pouvoir le faire peut-être dans 10 ans ou 15 ans dans une autre boîte. Le temps d'avancer, gravir les gestions, etc. Peut-être qu'il va falloir que j'aille sur Paris. Je n'avais pas forcément envie de déménager du sud de la France. J'avais pas mal baroudé pour mes études, mais j'avais envie de m'ancrer dans le sud. Donc, j'ai accepté. J'ai accepté le poste et j'ai rejoint l'entreprise en 2005.
- Speaker #0
Quel a été ton constat initial quand tu es arrivée ? Est-ce que ça correspondait à l'idée que tu t'en faisais ?
- Speaker #1
Au départ, non, en fait. Parce que quand on entreprend... Quand on travaille aussi en famille, bien souvent, en tout cas, ça a été mon cas. J'ai dû me créer ce poste, en fait. J'ai dû la prendre, ma place. Et ça n'a pas été facile. C'est vrai que mon père, il a un caractère fort. Il a toujours eu l'habitude de tout gérer, de tout diriger. Donc, j'ai vraiment dû pousser les murs pour prendre ma place. Et oui, imposer ma manière de faire aussi sur le développement commercial dans un premier temps.
- Speaker #0
Est-ce que tu as déjà un tips, une astuce ? Pour quelqu'un qui voudrait rejoindre l'entreprise familiale, sur toi, ce qui t'a aidé à t'intégrer finalement et à faire ton petit trou à côté d'un papa qui prend pas mal de place ?
- Speaker #1
Oui, c'est toujours être à l'écoute, en fait, soit de ses conseils qu'il donne ou qu'il donne pas, mais en tout cas, essayer de sentir ce qui se passe et de faire les choses aussi en parallèle, en fait, de ne pas attendre d'avoir l'aval. Parce que parfois, on a une intuition qu'on veut aller dans telle ou telle direction. Et de ne pas forcément attendre qu'on nous écoute, mais plutôt d'imposer notre légitimité qui vient après par des preuves, par le marché, par les tendances, par les demandes des clients. C'est le conseil que je donnerais, en fait. De rester à l'écoute, mais de pouvoir finalement ne pas attendre que ça devienne une évidence. Que notre conviction, notre idée devienne une évidence. de travailler, on va dire. en parallèle de notre poste, de ce qu'on doit faire, etc. Pouvoir attendre le bon moment jusqu'à ce que, voilà, et être prêt quand les clients disent on veut ça, moi j'ai déjà travaillé dessus, regarde, c'est déjà prêt, on est prêt à lancer en fait.
- Speaker #0
Donc l'entreprise a 33 ans, toi tu l'as intégrée il y a 20 ans, donc la boîte avait déjà 13 ans. Elle en était où ? ou sur son virage stratégique, justement de mise en place industrielle, on va dire de process industriel. Vous en étiez où ?
- Speaker #1
Quand j'ai intégré, on venait juste de déménager et d'acheter un bâtiment. C'est la première fois qu'on a acheté aussi un bâtiment. On avait auparavant un petit atelier de 200 mètres carrés et là, on passait à 800 mètres carrés. Donc, c'était énorme, le gap. On avait l'impression que c'était tout vide, qu'on allait s'y perdre. Et puis, ça s'est rempli de la nature à horreur du vide. Donc, ça s'est rempli assez rapidement. Et surtout, ça a été aussi une étape où on est passé de vraiment très artisanal, très manuel, à beaucoup plus automatisé. Et donc, c'est là où on a intégré notre première ligne de fabrication automatisée, à ce moment-là.
- Speaker #0
Et toi, ton constat initial, c'était quoi ? Il fallait renforcer le commerce, renforcer la prod ? C'était quoi le point de départ de « tiens, je vais partir là-dessus » ? On parlait tout à l'heure d'intuition.
- Speaker #1
Quand j'ai intégré l'entreprise, on faisait uniquement de la fabrication avec notre gamme que l'on avait en standard. Non, notre gamme standard avec notre marque, on va dire. Il n'y avait pas vraiment de marque dessus, mais c'est une gamme standard qu'on avait sur stock et qu'on vendait, qu'on distribuait à des grossistes, des distributeurs qui, eux, revendaient dans les boutiques.
- Speaker #0
D'accord, c'est ta marque à toi et tes compositions, tes formulations.
- Speaker #1
Exactement, exactement. On a démarré comme ça, dans les boutiques. C'était les produits qu'on vendait. Ensuite, quand on a commencé à industrialiser, c'était également les produits que l'on vendait. Et en fait, moi, quand je suis arrivée, je suis arrivée pour renforcer cette partie commerciale, renforcer l'international aussi. Et puis, rapidement, j'ai vu aussi qu'il y avait des opportunités en développement à marque blanche, donc à façon, avec la marque du client. Et donc, petit à petit, on a commencé à fabriquer pour des marques avec leur formule de savon. leurs parfums, leurs ingrédients, leurs huiles végétales, etc.
- Speaker #0
Est-ce que tu avais besoin de travailler deux fois plus que tout le monde pour prouver ta place et ta légitimité ?
- Speaker #1
Oui, mais parce que je pense qu'aussi c'est dans mon caractère. Parce que je travaille encore deux fois plus que tout le monde.
- Speaker #0
Après, c'est ton rôle de dirigeante aussi.
- Speaker #1
Aussi.
- Speaker #0
On en a parlé, mais quand on a préparé cet entretien, tu m'as dit que tu t'es rapidement rendu compte que le commerce était bien, mais qu'il te manquait un aspect technique.
- Speaker #1
Oui.
- Speaker #0
Et du coup, tu as toi-même... Un virage stratégique sur ta vie personnelle.
- Speaker #1
Oui.
- Speaker #0
Et tu as repris tes études.
- Speaker #1
Exactement. C'était en 2008 où j'ai repris des études. En fait, quand j'ai intégré l'entreprise, il y avait effectivement cet axe de développement vers la marque blanche, la fabrication à façon. Et puis, j'avais aussi envie d'aller plus loin. Mais je me suis rapidement rendu compte que mes études en école de commerce, ça ne suffisait pas. Il me manquait l'aspect technique. J'avais envie d'en savoir plus. La fabrication du savon, la saponification, la cosmétique aussi en général. Puis j'avais cette petite idée en tête à laquelle, pour moi, ça me semblait encore un petit peu, comment dire, inaccessible, inatteignable. C'était de pouvoir fabriquer des crèmes, fabriquer des décors, des crèmes visage, des crèmes main, etc. Mais je n'avais pas la compétence, en fait, pour le faire. Et donc, j'ai décidé de me former, de reprendre des études et de faire un BTS en chimie. que j'ai fait en alternance, tout en continuant mon poste sur le développement commercial à la savonnerie. Donc, en venant d'un bac littéraire, j'ai dû faire une mise à niveau avant d'intégrer le BTS et trouver un BTS aussi qui croit en mon projet, ce qui n'était pas forcément facile parce que venant de mon bac littéraire, tout le monde me disait « mais tu vas te planter » .
- Speaker #0
Oui, mais en ayant quand même les pieds déjà dans le pot de fleurs. Enfin, tu étais déjà au sein d'un labo.
- Speaker #1
Oui, tout à fait. Tout à fait. J'avais déjà l'entreprise. J'étais, on va dire, à contrario des autres élèves qui sortaient du bac, qui, eux, avaient les compétences, les connaissances, en tout cas, plus en maths, chimie, physique et qui cherchaient une entreprise. Moi, c'était le contraire. J'avais une entreprise, mais je n'avais pas les connaissances chimie, maths, etc.
- Speaker #0
Tu vois, ça c'est le sujet de « je voulais maîtriser et donc j'ai repris mes études » . C'est un sujet, nous, qui est... assez quotidien parce qu'on fait de la reprise par personne physique d'entreprise dans mon cabinet. Et souvent, on a un banquier, assureur, conseil en IT, par exemple, qui rachète une boîte d'électricité industrielle, de mécanique, de plasturgie ou que sais-je. Tu as des métiers assez techniques. Et en fait, c'est l'éternel débat que nous avons avec nos clients et nos équipes. C'est le rôle du dirigeant d'être un expert dans le domaine d'activité. Il faut qu'il comprenne. L'étonnant et aboutissant, bien entendu. Mais est-ce qu'il a vraiment besoin, finalement, d'être le meilleur dans le domaine d'activité ? Toi, tu es partie de ce principe-là qu'il fallait que ce soit toi qui sois à la base de la technicité.
- Speaker #1
Oui.
- Speaker #0
Pourquoi ?
- Speaker #1
Déjà, c'est dans mon caractère. Je dois pouvoir tout maîtriser, tout connaître et tout comprendre. Donc, j'ai vraiment cette envie de... de comprendre. Et c'est ce qui me manquait, en fait. Quand je regardais la saponification, j'y comprenais rien. Donc, ça me semblait complètement ésotérique. Et je me suis dit, mais ce n'est pas possible, en fait. Je ne peux pas gérer, pouvoir prétendre à reprendre une entreprise si je ne comprends pas ce qui se passe. Et puis, dans cette envie aussi de développer l'entreprise, d'innover dans d'autres activités, pour moi, ça devenait indispensable, en fait. L'idée, ce n'était pas de reprendre l'entreprise. pour faire exactement ce qui se faisait, se reposer sur ses acquis, être dans une optique confortable. L'idée, c'était de pouvoir innover, oser peut-être ce que personne n'avait jamais pensé, et innover.
- Speaker #0
Et aujourd'hui, tu es un chimiste en interne ? Ou c'est toujours toi qui fais les formules ?
- Speaker #1
Non, aujourd'hui, j'ai un ingénieur chimiste qui développe les formules, oui. Et aussi, ce qu'il faut dire, ce que je voulais dire, c'était ça aussi, c'est que Quand je suis rentrée, même en 2008, quand j'ai décidé de reprendre les études, on était cinq dans l'entreprise en fait. On n'avait pas le cash nécessaire pour avoir justement, investir dans un ingénieur chimiste qui aurait développé le labo, fait tout le process industriel, fait les premières formules. Il aurait fallu investir pendant des mois sans avoir de retour sur investissement. Donc en fait, on ne pouvait pas avoir ces talents-là. Donc je devais incarner ces talents. Et puis honnêtement, mon père... Ils n'y croyaient pas trop au départ, à cette idée-là.
- Speaker #0
Tu sors de tes études, tu trouves les premiers clients et ça vient naturellement ou tu as continué à galérer un peu ? Non, alors d'abord,
- Speaker #1
j'ai galéré.
- Speaker #0
Déjà pour faire les études ?
- Speaker #1
Déjà pour faire les études. Déjà, ça, c'était une étape compliquée parce que j'avais beaucoup de lacunes à rattraper. Donc, j'ai passé 90% de mes week-ends pendant deux ans. Donc c'était vraiment un sacrifice aussi personnel. Et puis, quand j'ai eu mon diplôme en fait, en BTS Chimie, en plus je suis sortie de ma promo, donc complètement inattendue. Au départ, je croyais que mes profs me faisaient une blague quand ils m'ont dit ça. Je me suis dit non, arrêtez. Non, c'était vrai. Et donc j'avais gagné ma légitimité aussi. Mais c'était que le début. Je croyais que j'avais gagné ma légitimité, mais en fait, ce n'était pas ça. la vraie légitimité. La vraie légitimité, c'est justement d'apprendre de ses erreurs, de continuer quand on échoue et de continuer à croire en ses idées parce que les premières formules, elles ne sont pas venues comme ça, direct. Oui, moi, c'était le truc rêvé. C'est bon, je vais mélanger l'eau, l'huile, les munitionnants et clac, comme par magie, ça va se faire tout seul. Non, en fait. Surtout que moi, je voulais formuler sur du naturel. Il y a 15 ans, enfin, une bonne dizaine d'années, les ingrédients, ce n'étaient pas les mêmes qu'aujourd'hui. C'était moins stable, ils étaient beaucoup plus difficiles à travailler, difficultés d'avoir des textures qui étaient satisfaisantes. Donc non, ça a été des heures, des soirées entières à formuler. Échouer les premiers échantillons, c'était plus un gros paquet de grumeaux qu'une émulsion fluide et stable.
- Speaker #0
Est-ce qu'il y a eu un moment de déclic où tu as réussi à vraiment churner le modèle et passer vraiment en sous-traitant industriel ? Est-ce qu'il y a un truc symbolique qui démontre ce déclic ? Ou c'est venu au fur et à mesure, petit à petit ?
- Speaker #1
C'est venu au fur et à mesure. C'est venu au fur et à mesure. Et puis peut-être vraiment le déclic, c'est peut-être en 2020, quand on a changé de bâtiment. Donc là, on fait un grand bond en avant, mais par rapport à loin où on en était de l'histoire. Mais en 2020, on a racheté un autre bâtiment. On a doublé notre surface, donc on est passé... Oui, parce qu'entre les 800 m² en 2005, quand j'ai intégré l'entreprise, en 2015, on a construit une extension sur notre bâtiment que l'on avait. Donc, on a doublé notre surface à 1600 m² pour ajouter une deuxième ligne de fabrication de savon. Et c'est à ce moment-là où j'ai pu créer le labo cosmétique, où j'ai eu un espace dédié pour le labo cosmétique. Et puis, 2020, on est passé de 1600 m² à 3200 m². Donc, on a encore doublé notre surface. Et là, on a rajouté une troisième ligne de fabrication de savon. Et le changement marque blanche, il s'est fait progressivement, en fait. Et il y a un moment où on s'est dit, vers 2018-2019, on a regardé, on s'est dit, ah oui, maintenant, la marque blanche, ça commence à représenter 60-70% de notre chiffre d'affaires. On est en train de prendre un nouveau virage, en fait. Et là, aujourd'hui, la marque blanche, en 2025, ça représente 85% de notre chiffre d'affaires.
- Speaker #0
Alors, j'anticipe, c'est une question que j'allais te poser beaucoup plus tard, mais tu m'as dit, on fait encore 10% de B2C.
- Speaker #1
Pas de B2C, c'est toujours du B2B.
- Speaker #0
C'est votre marque à vous.
- Speaker #1
Oui, c'est notre gamme standard. Il n'y a pas véritablement de marque apparente dessus, mais c'est une gamme de savon historique qu'on a retravaillée il y a deux ans. plus au goût du jour. Mais c'est toujours la même gamme standard.
- Speaker #0
Ça, c'est quoi ? C'est le poids de l'histoire et ça serait dommage de s'en priver ?
- Speaker #1
Oui. Oui, et puis je pense que c'est historiquement, cette gamme, elle nous suit depuis le début, même si elle a évolué. Donc, il y a peut-être un petit peu d'affect là-dedans aussi. Mais malgré tout, elle a son public. Et puis, on a aussi pour ambition de poursuivre le développement, de poursuivre le développement sur cette partie-là aussi. parce que C'est aussi du chiffre d'affaires que l'on peut rentrer plus rapidement que sur des développements. Parce que des développements à marques blanches, ça peut prendre du temps. Ça peut prendre plusieurs mois.
- Speaker #0
Alors justement, c'est exactement là où je vais t'amener. Est-ce que tu peux nous expliquer en quoi c'est très différent de créer une formule versus créer une marque de cosmétiques ? Parce qu'on entend beaucoup de gens créer des marques de cosmétiques tous les deux jours. J'exagère un peu, mais c'est l'idée. Et une formule, c'est un travail qui est totalement différent. Bon, il y a forcément un travail... technique versus marketing, mais le développement formule, c'est quoi les tenants et aboutissants de demain je veux créer une crème pour homme, c'est quoi les premiers problèmes qui vont m'arriver, etc.
- Speaker #1
Alors comme tu le dis, effectivement, c'est complètement différent dans l'approche en fait, il y a le côté marque où il faut faire son branding, son positionnement, le marketing. déterminer dans quel réseau de distribution on veut être. Est-ce que c'est pharmacie ? Est-ce que c'est grand magasin ? Est-ce que c'est Internet ? Et puis, créer la formulation des produits. Une crème, c'est complètement différent. Effectivement, ça requiert de la technique. Parce que quand j'ai démarré, même si j'avais fait un bétail chimie, et qu'après, j'ai fait une formation professionnelle sur la formulation, je n'étais pas ingénieur chimiste. Donc, ça requiert une connaissance des matières, des matières premières, de l'interaction des matières. première, de je mélange ça avec ça, qu'est-ce que ça va faire en fait ? Et ça demande tout simplement de la connaissance technique, qui est plus, à mon sens, un peu plus complexe quand même à appréhender, à avoir que sur peut-être du marketing ou du branding qui peut être peut-être un peu plus intuitif. On peut pas, on peut avoir, il y a peu d'intuitif dans le, bien sûr, on peut avoir de l'intuitif dans la formulation, mais c'est avant tout de la technique quand même.
- Speaker #0
C'est de la pure chimie.
- Speaker #1
C'est de la chimie, oui, bien sûr.
- Speaker #0
Aujourd'hui, l'intelligence artificielle, c'est un sujet qui t'aide ou rien à voir ? Il n'y a pas encore assez d'antériorité ?
- Speaker #1
Je sais qu'il y a beaucoup de labos qui utilisent de plus en plus l'intelligence artificielle pour formuler. Je sais que ma responsable R&D, ça lui arrive de poser des questions à ChatGPT pour savoir quel est cet actif, à quoi il correspond, quelles sont ses propriétés chimiques, etc. pour avoir des infos un peu plus rapidement qu'en une recherche Google où après il faut télécharger les fiches techniques, etc. Donc plus à ce niveau-là aujourd'hui.
- Speaker #0
Et d'un point de vue business model, donc tu fais de la R&D pour les besoins de tes clients, pour développer des formules. La formule appartient au client et donc tu la factures. Ou la formule t'appartient et tu as une exclusivité sur une période donnée de production. Comment ça marche ?
- Speaker #1
Les deux possibilités. Dans la plupart des cas, la formule nous appartient. Donc, on développe la formule pour le client. Elle nous appartient. On la met à sa disposition, on va dire. Principalement, c'est ça. Après, si le client veut être propriétaire de la formule, eh bien oui, il peut acheter la formule.
- Speaker #0
OK. Avec une analyse chromatique, par exemple, on peut arriver à comprendre la formule et la recopier ou pas ?
- Speaker #1
Ça va être difficile. Oui, on peut peut-être avoir certains éléments. On a même sur l'emballage, on a la liste in-key. ce qu'on appelle, c'est la liste des ingrédients. Donc ça peut donner une idée. On sait déjà quelles sont les matières qui sont présentes dans la formule. Après, on n'a pas le dosage.
- Speaker #0
Pour me rendre compte, c'est la pure curiosité, mais ça vaut combien une formule ?
- Speaker #1
Ça dépend. Là, il n'y a pas vraiment de réponse standard sur ça parce que ça va vraiment dépendre des matières premières qu'on va mettre à l'intérieur.
- Speaker #0
Est-ce que le côté matières premières, le côté R&D de développer une formule ? Encore une fois, demain, je veux faire Crème de jour pour homme ?
- Speaker #1
Ça dépend parce que ça peut être... Alors nous, la manière dont on travaille aujourd'hui pour essayer aussi d'aller plus vite et de faire gagner du temps à nos clients, c'est qu'on a des cœurs de formules sur lesquelles on a déjà travaillé, stabilisé, sur lesquelles on a passé déjà des heures et des heures de formulation, qui aujourd'hui sont stables, testées, etc. Et on les met à disposition pour nos clients pour qu'ils puissent les utiliser et parfumer ou rajouter un actif, une huile végétale à leur convenance. Donc ça, ça peut être un développement très rapide. Bien sûr, il faut refaire des tests derrière pour vérifier qu'en ayant ajouté des ingrédients, ça ne déstabilise pas la formule. Mais on va dire que dans les grandes lignes, on est quasi sûr que ce soit conforme. forme. Et puis, le J'ai perdu le fil de ce que je voulais dire.
- Speaker #0
Le développement d'une nouvelle formule. Oui,
- Speaker #1
le développement d'une nouvelle formule. On a rarement de la chance d'y arriver du premier coup. C'est impossible. Je crois que ce n'est jamais arrivé, en fait. Donc, on peut faire un essai, deux essais, quatre essais, dix essais. Des fois, on voit des V25. Voilà. Donc, ça veut dire qu'on a fait 25 versions de la formule. Donc, ça, c'est des heures et des heures passées au labo. au labo, pas que au labo aussi, derrière son ordinateur aussi, à chercher, faire du sourcing, des meilleurs ingrédients, ou ça, ça déstabilise la formule, qu'est-ce que je peux mettre derrière, ou le client n'est pas satisfait de la texture parce qu'il recherche ça, telle caractéristique, qu'est-ce que je peux trouver comme ingrédient qui va répondre à sa demande, ou qu'est-ce que je peux trouver comme actif qui va répondre à son cahier des charges, en fait. Donc, il y a aussi des heures de recherche avant. de pouvoir développer en fait.
- Speaker #0
Je rétro-pédale un tout petit peu, mais ton père qui a vu la transformation et lui qui voulait faire de la distribution qui a finalement devenu industriel, comment il a appréhendé ça ? Ça s'est bien passé ?
- Speaker #1
Dans quel sens tu veux dire ?
- Speaker #0
Entre vous, est-ce que tu as un moment, tu as tué le père, comme dit l'expression, et du coup tu as gagné parce que vous êtes passé au-delà des 50% de sous-traitance versus la marque historique, enfin les produits historiques ?
- Speaker #1
Oui.
- Speaker #0
Est-ce que ça s'est passé dans de bonnes conditions ? Est-ce qu'il y a eu des freins qui ont été... Est-ce que ton père a appuyé sur la pédale de frein, tout simplement ?
- Speaker #1
Non, pas du tout. Pas du tout, parce qu'en fait, ça s'est fait progressivement. Et puis, en fait, ce qui gagne toujours, c'est le marché, c'est les clients. Donc, la demande des clients était là. On n'allait pas dire non juste parce qu'on veut vendre uniquement notre gamme standard. Donc, en fait, ça s'est fait naturellement. Et puis, moi, franchement, je me suis... éclaté dans la gestion de projet. Pour moi, c'était génial parce qu'il y avait cette envie aussi de développer. Moi, j'étais à 100% avec les clients. J'étais à fond dans leurs projets. Je les développais comme si c'était ma propre marque. Il fallait faire du graphisme. Je me suis formée au graphisme pour les aider dans le graphisme parce que certains profils de clients qui se lançaient, ils n'avaient pas les moyens de faire du graphisme, d'avoir un graphisme, etc. Donc, je les aidais sur cette partie-là. Pour moi, c'était hyper challengeant, hyper motivant. Et non, mon père, au contraire, il était super content de cette transition parce qu'il voyait aussi l'évolution de l'entreprise. Et au contraire, il a poussé dans ce sens-là, en fait.
- Speaker #0
Quelle était la gouvernance ? Elle a évolué, naturellement, mais entre ton père, toi, ta maman aussi y travaillait ?
- Speaker #1
Oui, tout à fait.
- Speaker #0
Pas ton frère et ta sœur, il me semble.
- Speaker #1
Mon frère, à un moment, oui. Pendant cinq ans, il a travaillé avec nous. et ma soeur aussi pendant deux... 3-4 ans, elle a travaillé aussi avec nous. Très,
- Speaker #0
très familiale.
- Speaker #1
Tout à fait.
- Speaker #0
Et comment a évolué la gouvernance ? Est-ce que vous étiez fixé des échéances ? Ou pareil, ça s'est fait naturellement ? Comment ça a marché ?
- Speaker #1
C'est plutôt mon père qui avait tout entre les mains, en fait. Donc, c'est lui qui donnait la direction. Et puis, mon frère était plus sur la partie production quand il a travaillé avec nous. Donc, recadrer, production, structurer la production. Lui, c'est vraiment son rôle et puis il est très doué là-dedans. Il a une intelligence machine qui est très forte, en fait. Donc, c'est assez intuitif chez lui. Donc, lui, il était vraiment focalisé sur cette partie-là. Et moi, c'était plutôt l'envie d'innover, de créer autre chose, d'avancer, de faire évoluer l'entreprise en créant d'autres produits annexes aux savants, en fait.
- Speaker #0
ok On ne l'a pas dit, mais tu as repris l'entreprise entre-temps. Est-ce que tu avais déjà pris la place de ton père avant de reprendre ? Ou vous avez attendu de faire, au-delà de la transaction financière, le fait de signer les papiers et que c'est moi le chef maintenant ? Moi, j'ai une philosophie, c'est de dire qu'il n'y a qu'un seul chef dans une entreprise, qu'il n'y a qu'un seul siège de dirigeant. Et comment vous avez organisé cette transition ?
- Speaker #1
J'ai repris la gérance officiellement en janvier 2020. Et c'est au moment où on a signé pour acheter le bâtiment. Je crois qu'une semaine après, c'est confinement total. Donc sur le coup, j'ai dit, moi j'ai eu peur. J'ai dit, mais on ne peut pas y aller, en fait, on ne sait pas ce qui va se passer, etc. Et mon père, il m'a dit, si, si, on y va quand même. Donc, j'ai dit, OK, je te suis, tu es sûr de ton coup, parce que là, du coup, je dois reprendre la gérance. Il y a le confinement, le Covid, on ne sait pas ce que ça va donner. Il me dit, non, non, fais-moi confiance, on y va. Donc, on s'est lancé sur le rachat de ce bâtiment. C'était aussi un gros challenge, parce que déménager deux lignes de fabrication, le labo cosmétique.
- Speaker #0
Un déménagement d'entreprise, déjà, ce n'est pas simple.
- Speaker #1
Quand on a des machines de plusieurs tonnes à déménager, ce n'est pas comme quand on déménage sa machine à laver. Ce n'est pas pareil. Et puis créer tout le réseau électrique, d'obliquoliers, etc.
- Speaker #0
Et du coup, comment s'est organisée cette transition de gérance et de présidence ?
- Speaker #1
Donc 2020, j'ai repris officiellement la gérance. Ensuite, on a fait deux ans de transition, puisque mon père a pris sa retraite en 2022. Donc pendant l'année 2020 et 2021, on a fait deux ans de transition avant qu'ils partent à la retraite. Et moi, j'ai racheté les parts à l'actionnariat familial. Donc mes parents, mon frère et ma sœur, ça s'est fait fin 2021.
- Speaker #0
Et comment on fait pour ne pas s'engueuler ? Dans son gueule, en fait. Non, ça n'a pas été simple, cette période de transition, j'avoue. Franchement, ça a été une période très difficile parce que déjà, on est passé de 10 à 20, 25 personnes. Donc, on a doublé assez rapidement, voire même plus de doubler notre effectif assez rapidement. La troisième ligne de fabrication qui arrive, le nouveau bâtiment, moi, je reprends la gérance. Ouf. Ça faisait beaucoup, en fait. Il fallait structurer aussi, parce que quand on passe de 10 à 20, 25, on ne peut plus fonctionner de la même manière. Donc, mon père, il s'est beaucoup appuyé sur les connaissances, les compétences des personnes en place. D'ailleurs, très, très, très, très bien. Je veux dire, c'est ce qu'il faut faire, bien sûr. Mais on a oublié qu'il fallait écrire aussi. Et donc, moi, l'objectif, c'était de pouvoir aussi écrire nos procédures, nos process, dire ce qu'on faisait, et puis structurer aussi. structurer, structurer la production, structurer les fonctions support. Donc, moi, je me suis vraiment attelée à ça. Et puis, petit à petit aussi, reprendre le management des équipes. Mais on n'avait pas la même vision du management. Déjà, un homme, une femme, c'est déjà deux visions complètement différentes, bien souvent, et puis deux générations différentes aussi. Et des salariés qui sont parfois un peu comme les enfants et qui jouent sur les deux tableaux entre papa et maman, quoi. Donc... Donc voilà, donc oui, on s'est engueulé quelques fois, on va dire.
- Speaker #1
Et c'est quoi l'astuce pour s'en sortir ?
- Speaker #0
L'astuce, c'est que finalement, on est dans la famille. On sait qu'il savait très bien que je n'allais pas claquer la porte et partir. Et je savais bien que lui non plus. Donc, on est obligé de venir et de se parler et de se dire, bon, là, non, en fait, il faut qu'on soit une équipe soudée. Il faut qu'on renvoie aussi aux collaborateurs. Une image comme quoi on travaille ensemble et c'est ce qu'on faisait. Mais parfois, on n'avait pas forcément la même vision des choses.
- Speaker #1
Tu devrais reproduire ce schéma avec tes enfants et ton mari ?
- Speaker #0
Disons ce schéma de reprise d'entreprise.
- Speaker #1
Faire rentrer dans la boîte et transmettre. Même ton mari peut-être, je ne sais pas ce qu'il fait, mais toi peut-être que dans dix ans, tu en auras plein le dos et tu auras envie d'avoir une autre aventure entrepreneuriale. Est-ce que tu devrais reproduire ? ce schéma ?
- Speaker #0
Oui, pourquoi pas. Si mes enfants, ils ont envie de pouvoir, enfin, de travailler dans l'entreprise, de reprendre l'entreprise, au contraire, je les accompagnerai pour justement les aider dans cette reprise. Je pense que je le ferai un peu différemment, mais...
- Speaker #1
Qu'est-ce que tu ferais différemment ?
- Speaker #0
Mon père, c'est plus dans sa manière de faire. T'es là, débrouille-toi.
- Speaker #1
C'est l'ancienne génération. Voilà.
- Speaker #0
Donc, en gros, je suis perdue. Je ne sais pas trop ce qu'il faut faire. Débrouille-toi. Voilà.
- Speaker #1
La technique du démerde-toi.
- Speaker #0
Voilà, exactement. Donc, c'est très formateur. C'est très formateur. Mais moi, je ne suis plus dans l'accompagnement. Donc, je pense qu'avec mes enfants, dans l'éducation, c'est vraiment ça, d'apprendre à les connaître, à savoir comment ils fonctionnent, pour pouvoir aussi m'adapter, etc. pour vous voir les accompagner en fait à devenir adulte donc je pense que je serai plus là dedans alors peut-être leur dire peut-être et les pièges les erreurs à éviter ou les conseillers plus dans une approche de de conseil en fait ce
- Speaker #1
que tu penses qu'une force d'être une boîte familiale oui c'est une force moi pour moi ça l'est parce que tu envisages sur le temps long Tu ne réfléchis pas. Quelqu'un qui achète une société, il réfléchit dans un premier temps sur 7 ans. Toi, tu as racheté la société, peut-être que tu réfléchis sur 7 ans, mais peut-être que tu te projettes aussi à plus loin en te disant « j'ai envie que mes enfants reprennent » , par exemple. Et donc, tu prends des décisions probablement différemment.
- Speaker #0
Oui. Moi, je vois sur le long terme, effectivement, que mes enfants reprennent ou ne reprennent pas, en fait. Je ne sais pas. Aujourd'hui, ils sont petits. Ils ont entre 13 et 7 ans. Donc, je ne sais pas ce qu'ils vont faire dans l'avenir. ils vont pas tarder à faire des cartons ouais alors maintenant un peu moins parce qu'on est beaucoup axé sécurité etc mais il y a eu des fois où mon aîné il avait 6 ans il venait monter des cartons et je lui disais t'as monté tant de cartons je te donne 5 euros j'ai
- Speaker #1
toujours travaillé dans l'usine à mon père Dès mes 10-11 ans, je faisais des cartons, des palettes, du broyeur.
- Speaker #0
Oui, oui, oui, complètement, complètement.
- Speaker #1
Est-ce que tu pourrais vendre cette société ? Alors, tu es jeune, mais dans 10-20 ans, est-ce que tu devrais vendre cette société ?
- Speaker #0
Je me pose la question de temps en temps. Je me dis, si mes enfants ne reprennent pas, est-ce que je la vendrais ? Je ne sais pas encore y répondre, en fait. Je ne sais pas si j'ai envie d'y répondre, en fait, à cette question. Parce que je me dis, si personne ne reprend, oui, je la revendrai. Je n'ai pas envie de la fermer.
- Speaker #1
Tu pourrais la garder, mettre un gérant, et ce serait un actif familial qui pourrait produire, par exemple.
- Speaker #0
Oui, ça pourrait être une option, effectivement.
- Speaker #1
Ce ne serait pas un crève-cœur de vendre ?
- Speaker #0
Oui, bien sûr, j'aimerais bien que mes enfants reprennent l'entreprise. Mais j'ai surtout envie qu'ils fassent ce qui les fait vibrer. Si ce n'est pas ça qui les fait vibrer, je ne vais pas les pousser là-dedans.
- Speaker #1
Quel conseil tu donnerais à quelqu'un qui souhaiterait intégrer ou reprendre l'entreprise familiale ? Une entreprise familiale, pas beaucoup.
- Speaker #0
Une entreprise familiale en général. Je pense qu'il faut avoir cette agilité, cette flexibilité de pouvoir conserver l'ADN de départ de l'entreprise, tout en amenant une nouvelle vision. pour la transformer. C'est un peu ce que j'essaie de faire. Ce n'est pas un peu ce que j'essaie de faire, c'est ce que je veux faire complètement. Je n'ai pas repris l'entreprise pour la conserver telle que, pour faire comme avant. J'ai repris l'entreprise pour la bousculer, pour la préparer vers l'avenir, pour y mettre ma vision, mais tout en conservant notre ADN, notre ADN de départ, notre ADN de... justement d'agilité, de flexibilité, de rapidité, d'adaptabilité aux clients. Et c'est là tout l'enjeu, je pense, quand on reprend une entreprise.
- Speaker #1
Et à l'inverse, pour les parents, qu'est-ce que tu leur conseillerais si demain tu as des potes qui ont des enfants, qui veulent intégrer l'entreprise familiale ?
- Speaker #0
Oui.
- Speaker #1
Ce serait quoi le premier conseil ?
- Speaker #0
Si j'ai des amis qui veulent intégrer une entreprise familiale.
- Speaker #1
Non, ou leurs enfants veulent intégrer l'entreprise. Oui. Aux parents, qu'est-ce que tu leur dirais ?
- Speaker #0
Je pense qu'en fait, quand on... En tout cas, ça a été mon cas. Je n'ai pas été intégrée de la même manière que si on avait intégré un collaborateur, en fait. Alors, j'étais très bien accueillie. Je me rappelle, ma mère, elle m'avait amené un bouquet de fleurs. Enfin, j'étais super bien accueillie. De ce côté-là,
- Speaker #1
il n'y a pas de souci.
- Speaker #0
Mais après, encore une fois, je pense qu'effectivement, c'était, oui, je connaissais l'entreprise de l'extérieur, mais je ne connaissais pas l'entreprise de l'intérieur. Et quand on accueille un nouveau collaborateur, on lui explique. La vision, on lui explique les valeurs, on lui explique là où on veut aller. Et en fait, je pense que quelque part, mon père, pour lui, c'était acquis. Je le savais puisque j'avais vu naître l'entreprise, donc je devais savoir tout ça intuitivement. Sauf qu'en fait, pas vraiment. Et je pense que malgré tout, même si ça reste dans la famille, il y a quand même cette phase-là de partage. Je pense que c'est ça aussi, c'est de vraiment partager un maximum d'informations. sur la vision, les valeurs, là où on veut aller, et d'échanges. Je pense que c'est vraiment la clé pour moi de pouvoir avancer ensemble, c'est le partage et la communication.
- Speaker #1
Finalement, il faut l'intégrer comme n'importe quel collaborateur.
- Speaker #0
Oui, je pense.
- Speaker #1
J'avais une question également. Tu as pris la décision en 2020 de racheter l'intégralité du capital de la famille.
- Speaker #0
Oui.
- Speaker #1
Donc, tes parents étaient majoritaires. Oui. Tu avais ton frère et ta sœur au capital. Qu'est-ce qui a guidé ce choix de dire « je veux être toute seule, je veux être chez moi » ?
- Speaker #0
Je pense que j'avais envie de prendre mes propres décisions. Et puis, je pense que comme la période de transition a été un peu compliquée, je me suis dit, en fait, on n'arrivera jamais à se mettre d'accord, quoi. Sur ce qu'il faut faire, sur la vision, sur comment structurer, comment manager. Donc oui, j'avais envie d'être maître à bord, en fait. J'avais envie d'être vraiment le capitaine du bateau.
- Speaker #1
Et je vais pousser un peu plus loin. Est-ce que tu pourrais ouvrir ton capital ? un fonds ou un groupe pour t'adosser ?
- Speaker #0
Parfois, je me pose la question. Parce qu'aujourd'hui, j'ai envie d'aller plus vite, d'aller plus loin et d'aller plus vite. Et quand on manque de cash, c'est difficile d'aller plus vite et plus loin. On peut aller plus loin, mais ça va plus lentement. Donc, parfois, je me pose la question. Je me dis, est-ce que ça ne vaudrait pas le coup d'ouvrir son capital ? Et là, je commence à réfléchir. Et là, je me dis, non, je ne suis pas prête.
- Speaker #1
Alors, tu as des fonds minoritaires qui sont là pour t'aider et t'accompagner et qui ne s'y misent pas dans la gestion. Donc, tu resteras seul maître à bord. Mais oui, je comprends. Je comprends la rhétorique est inverse par rapport à la rhétorique de base. Mais à deux, on va plus vite, plus loin et plus haut, généralement.
- Speaker #0
Oui, ce n'est pas toujours facile d'être tout seul à prendre les décisions. Oui, on parle souvent de la solitude de l'entrepreneur. Je la vis souvent, oui.
- Speaker #1
Quels sont les enjeux de ton secteur aujourd'hui ? Quels sont tes freins ? Quel est le grand mouvement qui est à mener ?
- Speaker #0
Sur le secteur de la cosmétique, il y a énormément de choses. C'est toujours porté par l'innovation. Je pense qu'effectivement, l'innovation, l'intelligence artificielle aussi, ça va imprégner tous les domaines, tous les secteurs d'activité. Et le naturel, le naturel qui pour nous a toujours été justement dans notre ADN. On a toujours formulé sur des savons, sur des bases d'huile végétale, sur des cosmétiques naturelles. On voit que c'est une tendance, c'est même plus une tendance en fait, ça devient la norme maintenant, le naturel. Donc ça c'est vraiment une tendance qui va s'accroître, qui perdure en fait. Et c'est là aussi tout l'enjeu de préserver la biodiversité, parce que tout le monde fait du naturel, ok, mais les ressources naturelles, elles ne sont pas non plus infinies et limitées. Donc c'est comment aussi les entreprises, les industriels arrivent à... préserver cette biodiversité pour faire en sorte qu'on n'épuise pas les ressources, mais qu'on puisse les renouveler et continuer à produire avec ces matières premières naturelles.
- Speaker #1
Comment tu vois le développement de ta société dans les 5 à 10 prochaines années ?
- Speaker #0
Nous, on a pour ambition de doubler notre chiffre d'affaires, d'augmenter nos volumes, d'aller à l'export. On est déjà sur l'export, mais d'accentuer sur l'international. C'est vraiment notre ambition aujourd'hui, et de vraiment se positionner en tant que Merci. laboratoire intégré des marques de la cosmétique, c'est à dire que c'est comme si la marque venait nous voir et ils ont leur propre laboratoire intégré. Donc nous, on est là pour être agile, flexible, que les clients puissent venir chez nous, travailler avec nous et être sereins sur le fait que leur projet est pris en main et sera fabriqué selon leurs critères, leur cahier des charges, leurs exigences. et comme si c'est eux-mêmes qui fabriquaient le produit.
- Speaker #1
J'imagine que c'est une valeur ajoutée que d'être un labo français.
- Speaker #0
Oui, tout à fait. Si tu es en Provence aussi, on accentue beaucoup sur notre ancrage et notre authenticité provençale.
- Speaker #1
Tu m'as parlé d'innovation et je me suis un peu renseigné sur ce que vous faites. On va ouvrir une parenthèse là-dessus parce que je trouve ça hyper intéressant. Vous faites de la cosmopète, la cosmétique pour les animaux. Est-ce que tu peux nous en parler ? Parce que ça, il fallait le trouver quand même.
- Speaker #0
alors c'est une innovation qu'on a lancée cette année en 2025 bon après moi j'ai beaucoup d'idées c'est parfois ce que me reproche mon équipe parce que et encore je leur dis pas tout j'essaie de me limiter parce que sinon après ça peut partir un peu dans tous les sens donc en fait c'est une opportunité aussi de marcher dans un premier temps ou alors Justement, on a participé au Cosmopet, qui était le premier salon pour les soins pour animaux. Donc, j'ai appris que là, on ne disait pas forcément cosmétique pour animaux, mais soins pour animaux, puisque la cosmétique est réservée pour les humains. Et donc, c'est un marché qui est en pleine croissance, en fait. Et pour nous, bien sûr, il y a cette opportunité de marché, mais ça va au-delà de ça. C'est de mettre à disposition, en fait, des animaux, des marques. qui font des soins pour animaux, notre expertise sur les ingrédients, sur les matières premières, sur les formules. Donc, on a développé quatre formules qu'on a fait tester en interne. On est plusieurs à avoir des chiens ou des Ausha. Et donc, on a testé. Et pour la petite anecdote, récemment, en fait, on a trois bébés chatons qui sont nés à l'entreprise. La femelle est venue mettre bas sous un quai de réception. Donc un matin, on est arrivé, on a ouvert l'entreprise et on a entendu des chatons miauler. Sauf que la maman n'est jamais revenue. Donc on a décidé de les récupérer avec Fanny.
- Speaker #1
On testait dans le labo.
- Speaker #0
Non, au départ, ce n'était pas l'objectif. On a décidé de les récupérer pour les sauver parce que sinon, ils allaient mourir. C'était le soir, c'était le week-end, ils allaient mourir. Donc avec Fanny, ma responsable opérationnelle, je suis passée sous le quai pour récupérer les chatons. et je les ai récupérés chez moi. Donc là, ils ont un mois et demi. Et donc, je les ai nourris au buibron depuis un mois et demi, quasiment huit jours. Mes enfants, ils sont super contents. Malheureusement, il y en a un qui n'a pas survécu. Donc, il nous en reste deux. Mais il y en a un des deux qui avait, et c'est là où je voulais en venir, qui avait une patte qui était abîmée à la naissance, en fait. Ça lui a fait comme un garrot. Donc, je l'ai menée au vétérinaire qui m'a donné des antibiotiques et qui m'a dit de désinfecter, etc. Je me suis dit, mais ça ne va pas suffire si on fait juste ça. Il m'a dit, avec grande chance, pour qu'il perde sa patte. Elle va se nécroser et elle va tomber. Et je dis, non, mais c'est trop triste. Ma fille qui pleurait,
- Speaker #1
qui me disait, mais maman, on ne peut pas lui laisser perdre sa patte.
- Speaker #0
Je lui dis, c'est vrai, tu as raison. Donc, nous, on avait développé dans nos formules, pour le Cosmopathe justement, qui était début octobre, on avait développé un stick nourrissant pour pâtes et coussinets. Je me suis dit, mais je vais lui mettre du stick nourrissant, parce que ça faisait un aspect très sec. Après avoir désinfecté, je lui mettais le stick nourrissant et je lui faisais un massage pour faire circuler le sang. Parce que c'était ça le problème, c'est que le sang ne circulait pas bien dans sa patte. Je lui dis, si on ne fait rien, ça ne va pas marcher. Donc, je lui faisais des petits massages avec notre stick nourrissant et je lui faisais de la petite rééducation. Et aujourd'hui, il court partout et sa patte est complètement revenue. Nickel, quoi !
- Speaker #1
C'est génial !
- Speaker #0
Oui !
- Speaker #1
Mais du coup, la cosmopète... Alors, il ne faut pas dire cosmopète, c'est... Soin pour animaux. Soin pour animaux. C'est moins mignon. je préfère Cosmopathe c'est quoi ? c'est ton initiative personnelle où tu as développé des formules et des produits et tu vas essayer de les vendre à des marques ou toi-même tu vas créer une marque et essayer de le distribuer ?
- Speaker #0
oui c'est la première option en fait c'est notre initiative quand on a vu cette opportunité de pouvoir développer des soins pour animaux on a développé les formules on a participé donc au Cosmopathe Awards et puis et puis après l'idée et là on est en train de développer de développer des gammes pour des marques de soins pour animaux oui Oui.
- Speaker #1
Comment est-ce qu'on transforme un héritage sans le trahir ?
- Speaker #0
C'est là tout l'enjeu, en fait. C'est comment, effectivement, on arrive à construire, à aller plus loin sans détruire ce qui a été fait. Et pour moi, c'est toujours se rappeler de là où on vient, en fait. C'est continuer à avancer, à évoluer, sans effectivement détruire. Et surtout, préparer aussi pour l'avenir. Parce qu'on ne peut pas... une entreprise, c'est vivant, en fait. On ne peut pas la figer dans le marbre. On ne peut pas se dire, on a toujours fait comme ça, donc ça fonctionne, donc on continue. Non. En fait, moi, je suis tout le temps en train de dire à mes équipes, ce n'est pas parce qu'on a toujours fait comme ça qu'il faut continuer à faire comme ça. Au contraire, il faut toujours se remettre en question. C'est peut-être dans mon caractère aussi, je me remets toujours en question, peut-être parfois trop, mais je trouve que c'est hyper important, en fait, de toujours remettre en question ce qu'on fait, comment on le fait, pourquoi on le fait. et de toujours retravailler sur la vision. Et en fait, c'est comment on allie la nouvelle vision de l'entreprise qu'on veut avoir tout en gardant son ADN et son héritage, son authenticité.
- Speaker #1
Tu vois, moi, je pense qu'il n'y a pas une journée où je ne dis pas qu'une entreprise est un organisme vivant qui grandit, qui apprend, qui mûrit, qui tombe malade, qui se casse la patte, etc. Mais à partir du moment où tu acceptes cet enjeu, le matin quand tu arrives, tu te dis qu'est-ce qui va me tomber sur le coin du dos ? Voilà, c'est ça. Tous les jours, il y a des nouvelles choses. Oui,
- Speaker #0
tout à fait. C'est ça qui est challengeant et c'est ça qui est excitant aussi. Parce que même si parfois, quand il y a beaucoup de problèmes d'un coup, on aimerait bien qu'il y en ait moins. Mais c'est ce qui fait aussi, on va dire, le challenge de l'entrepreneuriat.
- Speaker #1
Tu pourrais reprendre un job salarié ?
- Speaker #0
Je ne pense pas. Après, moi, j'ai une grande capacité d'adaptation. Donc, je pense que je pourrais... Des fois, je me pose la question, oui, si je pourrais le faire. Je pense que je pourrais le faire, mais il faudrait vraiment que l'entreprise corresponde à mes valeurs et dans laquelle je puisse aussi exprimer et transmettre quelque chose, en fait.
- Speaker #1
Avoir de la liberté aussi.
- Speaker #0
Oui.
- Speaker #1
Oui,
- Speaker #0
clairement. Je pense que ça peut se faire. J'espère qu'en tout cas... Dans mon entreprise, les personnes se sentent libres justement de pouvoir proposer des idées et de pouvoir aussi avoir leur propre manière de faire en fait.
- Speaker #1
Qu'est-ce qui te guide au quotidien, qui fait que tu te lèves le matin ?
- Speaker #0
Difficile de dire s'il n'y a qu'une chose, il y a plein de choses. C'est cette envie. Moi, ce qui me motive surtout en fait, c'est l'équipe. C'est l'équipe, c'est... C'est que j'ai envie qu'ils soient fiers de travailler dans l'entreprise. J'ai envie de leur montrer que l'entreprise, elle évolue, elle avance, que c'est une entreprise humaine, que c'est une entreprise qui innove, qui est là pour eux, en fait. C'est aussi ça qui me motive énormément, en fait, tous les jours.
- Speaker #1
Et ce qui te passionne le plus ?
- Speaker #0
Dans l'entreprise ?
- Speaker #1
Dans ton rôle de chef d'entreprise.
- Speaker #0
Ce qui me passionne le plus, c'est... En fait, il y a plein de choses qui me passionnent. Il y a plein de choses qui me passionnent. C'est avoir des idées, c'est voir les idées qu'on peut avoir ensemble aussi. Parce que moi, j'ai des idées, mais les autres aussi, ils en ont. Et de voir les propositions qu'ils font, comment ça amène d'autres idées, comment ça amène une transformation. Et c'est ça qui me passionne, de voir qu'ensemble, on peut construire énormément de choses. La formulation aussi, innover sur de nouvelles formules, ça me passionne. Aujourd'hui, je ne les fais plus, mais j'adore mes réunions avec la R&D, de dire « tiens, si tu essayais ça, et si on essayait ça, je trouve ça génial » .
- Speaker #1
Je trouve tout qui est génial.
- Speaker #0
Oui, c'est clair. Puis de voir après la satisfaction du client. En fait, ce qui me passionne, c'est de dire qu'on est parti d'une idée, que ce soit la nôtre ou celle du client. et on en a fait un produit, en fait. Moi, j'adore voir, j'adore ce qui est concret. J'ai un côté assez manuel, donc j'aime bien créer, j'aime bien concrétiser les choses. Et donc, de voir après le produit fini quand on le voit en magasin, quand on le voit sur les rayons, c'est une fierté immense. On se dit, des fois, quand je me balade, quand on fait les magasins avec mes enfants, je leur dis, ah, vous voyez ces produits-là ? Ça, c'est maman qui les a faits. Ah, voilà, ils sont super contents. Et moi aussi, je suis super fière, en fait.
- Speaker #1
Comment tu vois ton parcours à ce stade ? Comment tu le qualifierais ?
- Speaker #0
Ce n'est pas facile comme question.
- Speaker #1
Oui, elle n'est pas simple. Est-ce que tu es fière de ton parcours ? Je ne vais pas recommencer.
- Speaker #0
C'est vrai que moi, je suis toujours dans l'action. J'ai une idée, il faut que je la mette en œuvre et je suis toujours dans l'action. Et des fois, c'est ce que me reprochent un peu les équipes, c'est que des fois, j'oublie un peu de leur partager mes idées, mon action et peut-être un petit peu de les impliquer parfois. Donc, on ne prend pas souvent le temps de se poser et de dire « Tiens, qu'est-ce que j'ai fait ? » de regarder en arrière son parcours, etc. Oui, je dirais que je suis plutôt fière de ce que j'ai fait, de ce qu'on a construit aussi avec mon père, avec ma mère aussi, l'entreprise, là où on l'a menée. Et pour moi, il reste encore plein de choses à faire. Donc c'est vrai que j'ai plutôt tendance à regarder tout ce qu'il reste à faire que de regarder tout ce qu'on a déjà fait. Mais si on regarde ça, oui, je suis fière et je suis hyper contente. Et en fait, c'est ce qui aussi me booste. à poursuivre, en fait. Je me dis, wow, regarde tout ce qu'on a déjà fait. Il y a 33 ans, on est partis d'un magasin qui fabriquait les savons dans notre boutique. Et quand je repense à certaines anecdotes, puisque après, en 98, le savon est rentré dans la réglementation cosmétique. Et donc, nous, on s'est dit, à ce moment-là, il faut qu'on emballe tous nos savons. Donc, ce qu'on faisait, c'était... Désolée, je fais une digression là, mais... Je suis très bien. C'est quand on s'est dit... Alors... C'était l'été en plus. Donc moi, l'été, je travaillais dans la boutique avec ma mère. Et là, quand on avait... On emballait tout à la main. Donc on découpait du papier cellophane et on emballait chaque savon à la main. Et donc, ce qu'on faisait, c'est qu'on le ramenait le soir. Et donc, c'était au moment de la Coupe du Monde. Donc moi, le soir, en regardant les matchs de la Coupe du Monde en 98, j'emballais les savons. Et on gagnait. Et c'était devenu notre rituel. On s'est dit, à chaque fois, on gagne tous les matchs, on va continuer comme ça. Euh... on emballait le soir les savons devant la télé en regardant les matchs d'un coup du monde de 98. Quand je me dis, à un moment, en 98, on faisait ça. Aujourd'hui, on a trois lignes, on n'avait plus besoin de faire de l'emballage à la main. En 2002,
- Speaker #1
vous avez acheté la machine automatique, c'est ça ?
- Speaker #0
Oui, presque. Non, c'est venu avant. Après, on a toujours une partie emballage à la main avec des opératrices de conditionnement qui font encore de l'emballage manuel, mais la plupart, ça se fait en automatique. Mais quand je regarde ça, quand je me remémore ces moments-là, je me dis qu'on a complètement changé d'échelle. C'est quand même incroyable.
- Speaker #1
Je te conseille d'écouter l'épisode 4 avec Jérôme Fourest, qui est un sacré personnage qui a fait du retournement d'entreprise et qui donne des astuces dans le retournement d'entreprise. et qui dit à un moment du podcast, il faudra tout écouter pour voir où est-ce que c'est, quand ça va mal, un jour où il n'y a rien qui va, regarde ton agenda et dis-toi, il y a un an, j'en étais exactement là, à cet endroit-là. On est le 10 décembre, tu regardes 10 décembre 2024, où est-ce que j'en étais ? Et moi, qui suis un peu sujeté à des top and down, je le fais, et ça fait un bien mais monstrueux. Tu dis, il y a un an, jour pour jour, j'en étais là, aujourd'hui j'en suis là. Ouais, en fait, ça va. Finalement, ça va. Tout va bien. Et ça fait partie des nombreux conseils qu'il donne dans le podcast. Et vraiment, celui-ci, je l'applique régulièrement et il est extraordinaire. Épisode 4, Jérôme.
- Speaker #0
J'irai écouter, effectivement. C'est une bonne astuce. C'est une bonne astuce.
- Speaker #1
Ça fait du bien.
- Speaker #0
Complètement.
- Speaker #1
Quel conseil, toi, tu donnerais à quelqu'un qui souhaite se lancer dans l'entrepreneuriat aujourd'hui ?
- Speaker #0
En partant de zéro ?
- Speaker #1
Il se lance. Ça peut être une reprise ou une création.
- Speaker #0
Je dirais qu'il faut beaucoup de courage déjà pour entreprendre, beaucoup de courage et de résilience. Je dirais que la résilience, c'est vraiment capital en fait. Ce n'est pas se contenter, ce n'est pas juste voir les échecs, c'est apprendre de ses échecs et continuer encore d'y croire, même quand on se trompe, même quand on fait des erreurs, réorienter, essayer et être dans l'action. Merci. J'ai eu une période un peu comme ça où la peur de se tromper me bloquait et m'empêchait de mettre en œuvre des choses par peur de me tromper. Et parfois aussi, j'ai pu avoir tendance à être comme ça, à me dire qu'il faut que la solution soit forcément successful, soit forcément parfaite et fonctionne forcément. Et parfois, ça peut bloquer l'avancement parce que le coût de l'inaction, on ne mesure pas. Mais il est hyper impactant, en fait. Donc, j'irais, oui, être dans l'action et, bien sûr, mesurer les risques à chaque décision qu'on prend. Mais je vais toujours avancer.
- Speaker #1
Tu vois, c'est amusant. Hier soir, j'étais au Réseau Entreprendre à Bordeaux, Kiten, pour la fin d'accompagnement des lauréats du Réseau Entreprendre, donc de la promo 2023. Alors, il y a eu un certain nombre de succès et d'autres qui en ont eu un peu moins. Et notamment, il y en a un qui a parlé d'échec parce qu'il n'a pas réussi à faire survivre son entreprise. En même temps, il s'était mis un sacré challenge, mais il a créé une fromagerie de lait de brebis from scratch. Il faut se lever de bonheur, je pense, aujourd'hui pour arriver à faire ça. Et je suis allé le voir à la fin du discours en lui disant « Mais pour moi, il n'y a pas d'échec. Il y a des moments où on se trompe. Ça n'a pas marché, mais tu vas construire par-dessus. » Je vais donner mon propre exemple. Moi, je me suis associé avec des gens. Je me suis désassocié. relativement rapidement. Et tout le monde m'a dit, c'est dommage, tu as construit quelque chose, etc. Mais aujourd'hui, je vais créer une nouvelle boîte qui va être encore mieux, puisque j'ai fait un certain nombre de bêtises ces 3-4 dernières années. J'étais intimement convaincu qu'il fallait que je m'associe pour progresser. Plus vite, plus fort, plus machin. Aujourd'hui, on a une stratégie qui est totalement différente. Et je construis par-dessus. cette tremplin, moi j'appelle ça un tremplin, et donc on ne peut pas considérer ça comme un échec, c'est une étape, dans ta frise chronologique de ta propre vie, c'est une étape, et puis voilà. Il ne faut surtout pas annuler une période de ta vie sous prétexte que c'est mal fini. Personnellement, c'est comme ça que je le vois. Est-ce que tu as un objectif final à un moment où tu as fini le jeu ?
- Speaker #0
Non. Je crois qu'entreprendre, c'est un jeu à le finir en fait. Ça ne se finit jamais.
- Speaker #1
C'est ça qui est cool aussi.
- Speaker #0
Oui, complètement.
- Speaker #1
Et dernière question. Si tu pouvais parler à la Émilie d'il y a 20 ans, qu'elle est embauchée officiellement dans la boîte de ses parents, qu'est-ce que tu lui dirais ?
- Speaker #0
C'est une bonne question, ça. Forcément, j'ai gagné en maturité. En 20 ans, on évolue, comme tout le monde.
- Speaker #1
Ça peut être un conseil.
- Speaker #0
Oui. Je lui dirais peut-être de... Parce que moi, je suis très française. et donc je lui dirais peut-être parfois de prendre le temps de ne pas être toujours action-réaction mais parfois de peut-être prendre le temps de se poser, d'écouter de comprendre ce qui se passe au lieu de foncer parfois tête baissée il peut y avoir un peu des dommages collatéraux sur les gens qui sont autour donc je lui dirais plutôt ce conseil-là je pense
- Speaker #1
Merci beaucoup Émilie
- Speaker #0
Merci
- Speaker #1
Je remercie Thibaut Dupieris pour le montage et les équipes de conseils, finances et transmission pour leur soutien sur cette belle aventure. N'hésitez pas à nous contacter pour nous suggérer des invités ou des thèmes que vous souhaitez aborder. Ce projet n'est pas seulement le mien, je tiens à ce qu'il évolue avec ses auditeurs.