- Speaker #0
Bienvenue dans Confidences d'entrepreneurs. Ici, on vous dévoile de l'intérieur ce qu'un entrepreneur traverse lors d'une opération marquante de son parcours. Je suis Thomas Fertin, entrepreneur et surtout dirigeant du cabinet de fusion inquisition Conseil finance et transmission. Chaque premier mardi du mois, nous revenons avec un invité entrepreneur sur son parcours tout en faisant un zoom sur une problématique ou une opération qu'il ou elle a dû traverser. Cela peut être une reprise familiale, une transmission, un dépôt de bilan ou bien même le retournement d'une entreprise Aujourd'hui, on va parler d'un sujet dont on parle finalement assez peu dans l'entrepreneuriat, la fin d'une aventure entrepreneuriale. L'histoire de Marion, c'est celle d'une entreprise créée à deux, en couple, qui connaît une forte croissance pendant le Covid, une levée de fonds, des recrutements, avant de voir la dynamique complètement s'inverser. Et quelques années plus tard, malgré plusieurs tentatives pour sauver l'entreprise, Marion prend la décision de déposer le bilan et de liquider sa société. Mais cet épisode, c'est pas simplement l'histoire d'une liquidation judiciaire. C'est l'histoire de ce qui se passe avant, pendant et surtout après. Comment reconnaître les premiers signaux ? Comment savoir quand il faut s'arrêter ? Comment traverser cette période quand on est dirigeante, qu'on a des salariés, qu'on entreprend en couple avec des enfants ? Et comment réussir à transformer ce qui ressemble à une fin en un nouveau départ ? Aujourd'hui, Marion vient donc nous raconter son histoire sans filtre de la croissance à la liquidation et de la liquidation à reconstruction. Bonjour Marion. Merci beaucoup d'avoir accepté mon invitation.
- Speaker #1
Bonjour Thomas.
- Speaker #0
On va déroger à la règle que je m'étais fixée quand j'ai créé le podcast. Normalement j'essaye d'attendre un an avant de faire intervenir un invité sur un fait marquant qui va composer l'épisode. Mais cet été je suis tombé sur l'annonce de la liquidation judiciaire de ta société.
- Speaker #1
Tout à fait.
- Speaker #0
Je t'ai écrit un petit message pour te souhaiter bon courage, à la suite duquel on a pas mal discuté. Et j'ai trouvé que tu avais un recul assez impressionnant sur cette épreuve. Et j'ai voulu te faire témoigner à chaud pour une fois. à ta proposition également, sur cette étape de ta vie d'entrepreneur. Donc merci beaucoup d'avoir accepté mon invitation à témoigner. Et je te propose que le thème de ce matin soit « Comment préparer une liquidation judiciaire ? » En tous les cas, comment s'y préparer ? En d'autres mots, l'avant, le pendant et surtout l'après. Et tu m'as donné énormément d'informations hyper précieuses quand on a préparé cet épisode. Donc je ne souhaite à aucun auditeur de vivre une liquidation judiciaire, mais néanmoins, c'est toujours intéressant d'avoir l'info.
- Speaker #1
Tout à fait.
- Speaker #0
Est-ce que ça te va ?
- Speaker #1
Oui, c'est très bien. C'est aussi pour ça que je t'ai demandé de faire cette interview, ce podcast, parce que pour moi, c'est hyper important de communiquer sur cette étape de l'entrepreneur que chacun peut vivre et d'ailleurs qui est clairement considérablement en augmentation ces dernières années, ces derniers mois et particulièrement dans notre région. Donc pour moi, c'est très important de faire ce podcast avec toi.
- Speaker #0
Il faut savoir qu'on enregistre en septembre 2026 et cette année, on a passé le cap des 68 000 procédures collectives. Le record, c'était 2018 et c'était 60 000 procédures collectives, d'où l'association 60 000 remonts. Donc on a battu malheureusement un record cette année. Pour commencer, est-ce que tu peux te présenter rapidement, s'il te plaît ?
- Speaker #1
Je m'appelle Marion Daubert, j'ai 38 ans. Je dirigeais une société spécialisée en loisirs créatifs sur Internet. On était spécialisé en marketplace, c'est-à-dire qu'on exportait nos données produits à travers 70 marketplaces dans le monde entier, traduit en cinq langues. Donc on vendait 60% de nos marchandises principalement en France et le reste, Europe et Etats-Unis, Canada, Mexique, voilà. Et j'ai fait ça pendant 12 ans avec mon mari, que j'ai rencontré d'ailleurs dans ce cadre-là. Et j'ai une formation initialement qui n'a rien à voir, qui est dans la communication et l'événementiel, communication des entreprises et une branche aussi, un MBA en développement durable.
- Speaker #0
Alors tu as rencontré Charles dans ce cadre-là ?
- Speaker #1
Tout à fait.
- Speaker #0
Ah, je ne savais pas.
- Speaker #1
Juste avant de monter YouDoIt, j'avais une agence de relations presse avec des amis parisiens. Lui venait de quitter Paris, son poste parisien, pour venir s'installer dans la région et racheter une entreprise dans le web, dans le e-commerce, qui est devenue mon client. Après, on a fait un peu plus connaissance.
- Speaker #0
C'est super, je ne savais pas. Comment tu qualifierais ton parcours en une phrase ou un mot à ce stade ?
- Speaker #1
Je dirais indépendant. Depuis que je suis toute jeune, j'ai toujours, toujours initié des projets. J'ai toujours eu des idées, j'ai toujours mené ma marque toute seule. J'ai toujours eu envie de faire des choses, quelles qu'elles soient, avec des gens, sans personne, de manière très indépendante. C'est un peu toujours la remarque que font mes parents. Tu as commencé à être indépendante à 12 ans et tu l'es encore à 38. J'aime bien mener des projets, mener des actions par moi-même.
- Speaker #0
Strong, independent woman.
- Speaker #1
Exactly.
- Speaker #0
Alors tu as un petit peu présenté du tweet. Mais quelle était la genèse de cette entreprise ?
- Speaker #1
Précédemment, on avait deux associations différentes avec Charles. Moi, dans une agence de relations presse, lui dans un site e-commerce de gadgets. Et là, à ce moment-là, on travaillait ensemble. Moi, j'avais fait le tour des relations presse. Ça faisait quasiment sept ans que j'étais dans ce métier-là. C'était un métier qui m'a plu à un moment, beaucoup moins à la fin. Je trouvais ça très redondant. Je n'aimais pas trop l'ambiance que ça générait du rapport avec les journalistes. c'était du produit, donc c'était vraiment... Évidemment, tu n'as pas des sujets hyper intéressants à vendre à des journalistes. Donc j'avais fait le tour, j'avais envie d'autre chose. Et surtout, je venais de vivre une liquidation judiciaire avec ma précédente entreprise, qui n'était pas à moi, dont j'étais salariée. Et où ce moment-là m'a permis de récolter un peu de fonds à cette époque-là. Et je voulais faire un deuxième MBA, très spécialisé dans le e-commerce. Il me manquait cette façade web e-commerce que je n'avais pas. qui n'était pas encore, en fait, là on parle de 2010 à peu près, donc il n'y avait pas encore toute cette vente e-commerce hyper forte qui est présente aujourd'hui. Donc là, à ce moment-là, au lieu de faire un deuxième MBA, ce qui s'appelait un MBA à ce moment-là, je décide de placer l'argent que j'ai eu de cette liquidation judiciaire. pour me former moi-même sur le CMS PrestaShop. Pour ceux qui connaissent, c'est vraiment, tu construis un site internet marchand, de A à Z, toi-même, et c'est ce que j'ai fait en montant cette société. Au démarrage, elle s'appelait Bioduo, avant de s'appeler Udoit, parce que je vendais des produits biologiques, puisque je sortais d'une société qui vendait des produits bio, et ça a été une vraie révélation pour moi, que de vendre, de découvrir les produits bio.
- Speaker #0
Vous avez switché entre les produits bio et les produits chinois.
- Speaker #1
Exactement, exactement. Et un week-end à Istanbul, on est tous les deux dans une chambre d'hôtel. Et puis, il me dit, tu sais vraiment, j'ai fait le tour. Je sens que mon site ne va pas bien. Enfin, son site allait bien, son business allait bien, mais l'association ne fonctionnait pas. Et donc, je lui dis, écoute, moi, j'ai envie de vendre du produit. J'ai envie de revenir au produit. Donc, ce que je te propose, c'est de monter un site e-commerce. Je m'occupe de tout le site. Je m'occupe de la partie tech. Et toi, tu t'occupes de la partie un peu plus dite commerciale. On source les produits ensemble et puis je suis sûre qu'on va y arriver. Et là, il me dit, ben banco. Donc un mois et demi plus tard, donc là, on était en octobre 2013. Un mois et demi plus tard, j'avais fini de monter un site e-commerce PrestaShop. On a acheté nos 300 premiers produits à notre premier fournisseur. Et l'aventure a commencé comme ça. Ensuite, pourquoi le do it yourself, le loisir créatif ? Tout simplement parce qu'on avait une idée très précise du business model qu'on voulait. On voulait des produits internationalisables. Des produits petits, faciles à expédier, faciles à stocker. On voulait des produits où on fait du rachat, un achat redondant. Donc en fait, quand tu as des enfants, il y a le premier mercredi, il y a le deuxième mercredi, il y a le troisième mercredi, il y a les week-ends aussi à occuper. Donc ça, c'est des choses que tu achèteras tout le temps pour occuper tes gamins ou pour faire du loisir créatif. Et donc là, c'était l'époque des petits masking tape, les petits scotch à paillettes sur les caisses de supermarché. Je lui ai dit, regarde, ça c'est parfait. Et il m'a dit, allez banco, on se lance là-dedans.
- Speaker #0
Ok.
- Speaker #1
Voilà.
- Speaker #0
Et vous aviez déjà des enfants ou pas encore ?
- Speaker #1
Pas du tout, on n'avait pas du tout d'enfants.
- Speaker #0
Donc tu n'avais pas forcément le...
- Speaker #1
J'avais 23 ans. Ah oui ? Non, j'étais toute jeune, on s'est rencontrés très tôt. C'était vraiment, je cherchais comment on pouvait répondre au marketplace. Voilà, c'était vraiment notre objectif. Des produits facilement traductibles, des produits facilement expédiables, stockables.
- Speaker #0
Non périssables. Exactement. Et surtout de consommation, c'est-à-dire qu'une fois que tu as collé ta gommette, tu as collé ta gommette.
- Speaker #1
Oui, mais tu vas en avoir besoin de la semaine suivante, d'une autre gommette. Après, on a fait une petite erreur là-dessus. Avec du recul, je pense que c'était très tendance à cette époque-là. C'était le démarrage du meilleur pâtissier, ce genre d'émission sur la 6, pour confectionner des gâteaux un peu insolites et sortir de la pâtisserie plus classique. Et donc là, on est parti sur la marque Scrap Cooking à l'époque, une marque française, et où là, on a des produits périssables. effectivement. Avec un peu de recul, c'était très dur à gérer puisque tu as des stocks qui meurent beaucoup plus facilement que des produits ultra secs.
- Speaker #0
C'était quoi l'ambition de base ? C'était se payer et voir ce que ça donne ? C'était pas vouloir chercher de nouveaux boulots ? C'était quoi l'ambition initiale ?
- Speaker #1
Avant tout, vraiment la jeunesse du projet, c'était de monter un projet ensemble avec Charles puisqu'on travaillait ensemble avec l'agence de RP et son site e-commerce. Et il y a une vraie alchimie professionnelle avec Charles, avec mon mari. C'est-à-dire qu'on est ultra complémentaires. On ne fait absolument pas la même chose. On n'est pas du tout pareil. On n'est pas câblés de la même façon. Donc, on est ultra complémentaires, ce qui permettait d'avoir une vision vraiment d'ensemble très rapidement à deux. Et surtout, l'envie d'attaquer Amazon. C'était vraiment le sujet. Amazon se lançait auprès de vendeurs et on voulait saisir cette opportunité-là. qu'on n'avait pas pu faire avec l'ancienne société. On voulait attaquer l'international. Parce qu'on a beaucoup de e-commerceurs français qui n'ont jamais touché à l'international. Parce que c'est compliqué de traduire. Et à nous deux, on parle cinq langues. Donc c'était l'occasion de foncer là-dessus.
- Speaker #0
Super. Est-ce que tu peux nous préciser les principales difficultés, en tous les cas les principaux freins d'une marketplace ? Quand tu démarres, c'est quand même pas évident.
- Speaker #1
Oui, alors... Évidemment, tout dépend de la marketplace, mais elles ont quand même des similitudes de toute façon. On va dire que la première chose, c'est la commission qu'elles prennent. Une marketplace, il faut savoir qu'elle va prendre entre 15 à 18% de ta vente. Donc, on va dire que pour un site e-commerce normal, tu vas devoir dépenser entre 15 à 20% de frais marketing. Donc, nous, on n'avait pas ces frais-là, puisqu'en fait, la marketplace fait son propre marketing, fait sa propre communication. ont donné cette somme-là à la marketplace, à chacune des ventes.
- Speaker #0
Pour expliquer, c'est quand tu es présent sur Amazon et que tu fais une vente Amazon, Amazon te prend 15-20% au passage, mais les gens vont d'eux-mêmes sur Amazon. Tu n'as pas toi de marketing à faire pour aller sur ta propre plateforme.
- Speaker #1
Tu bénéficies de toute l'aura de chacune des marketplaces. On a commencé par Amazon, ensuite on a ouvert Cdiscount, très rapidement Maison du Monde. On va dire que c'était nos trois premières marketplaces. À l'époque, Maison du Monde était très branchée d'éco. Le do-it-yourself, loisirs créatifs, avait une énorme partie customisation, personnalisation, etc. Amazon, de toute façon, ils ouvraient la totalité de nos gammes. C'est discount, pas de soucis non plus. Donc, c'était vraiment le démarrage. Ensuite, l'autre frein, c'est les frais mensuels, puisque chacune des marketplaces te prend des fees mensuels obligatoires. Donc là, ça va de 39 euros à 159 euros. Donc, tu as des marketplaces qui abusent un petit peu plus. Alors l'avantage d'Amazon, c'est que tu payes 39 euros et tu peux ouvrir l'ensemble de tes marchés. Donc nous, on a commencé par Amazon France, ensuite Amazon Espagne, ensuite Amazon Italie, Amazon UK, Amazon Allemagne et ainsi de suite. Donc là, tu restes... Et puis surtout, je ne fais de dessin à personne, mais forcément, la force de frappe d'Amazon est supérieure à toutes les autres marketplaces. Donc on a commencé par Amazon, mais après, on cherchait vraiment à ne pas être dépendante d'une marketplace. Donc c'était vraiment l'idée d'ouvrir toutes les marketplaces et surtout... Maintenant qu'on avait traduit nos fiches produits en cinq langues, on voulait rentabiliser cette traduction. Donc là, on a commencé à attaquer des marketplaces en Italie, des marketplaces en Espagne, au UK et en Allemagne.
- Speaker #0
Le mail de mémoire qui était un bon marché chez vous.
- Speaker #1
Oui, c'était notre second marché, effectivement.
- Speaker #0
La croissance au départ, avant Covid, est-ce que ça correspondait à ce que vous aviez en tête ?
- Speaker #1
Alors en fait, ça ne correspond jamais à ce qu'on a en tête. On a toujours des petites idées, évidemment, de ce qui nous attend. Mais très rapidement, on s'autofinançait. Il faut savoir qu'on est parti de zéro sur ce projet-là. Moi, j'avais placé 3 000 euros quelques années avant pour la société Bioduo. Mais on n'avait pas mis plus d'argent. Donc vraiment, l'autofinancement, c'est ça qui est le plus dur. Et surtout, le retail, il faut que tu aies ton stock de disponible. Donc, tu as le stock qui pèse énormément sur ta trésorerie à chaque fois. Donc, quand on gagnait 300 euros... On réinvestissait 300 euros de marchandises pour avoir des nouveautés. Donc c'était vraiment la course à la nouveauté, sans cesse, Et ce qu'il faut savoir, c'est qu'évidemment, quand tu vends un masking tape, donc un petit scotch à paillettes ou un petit scotch tout court, tu revends ça entre 1,90 et 3,90. Quand on te prend 20%, il faut que tu en vendes un sacré paquet pour te sortir assez de marge pour te payer. Donc c'était la course vraiment, et ça l'a toujours été d'ailleurs, la course au nombre de commandes, à la masse de ventes. Donc ça, c'était la vraie difficulté. Donc très rapidement, on utilisait notre salon plus une pièce dans notre appart. Il a fallu quitter cet appart. Notre deuxième Noël, on faisait des moules à bûches dans le hall commun de notre immeuble. On emballait des moules à bûches. Et là, c'était la catastrophe. Il y en avait partout. On se faisait livrer des palettes. On n'avait absolument plus de place. Donc c'était de trouver un nouveau local. Donc ça, c'est des steps aussi qui sont très importants. Parce qu'un local... C'est 1 500 euros au minimum. Donc là, quand tu prends 1 500 euros de marge, tu te resserres la ceinture pendant quelques temps. Ensuite vient la première embauche, la deuxième embauche. Et puis à chaque fois, c'est toujours ton salaire qui vient se faire grignoter un peu à chaque fois parce que tu investis en fait. C'était ça nos investissements.
- Speaker #0
Vous êtes partie avec pas suffisamment de capital au départ ou le problème aurait été le même avec 100 000 balles de capital ?
- Speaker #1
Non, tu as tout à fait raison de poser cette question-là. À refaire. On aurait effectivement dû mettre des billes dès le départ pour frapper fort d'un coup aussi. Parce que de créer 300 nouveautés par 300 par 300, c'est très fastidieux, très long. Et puis très rapidement, au début, on créait des fiches de qualité, mais vraiment excessives. C'est-à-dire qu'on faisait vraiment des très belles fiches, parfaites pour du SEO, parfaites pour un canal direct, mais pas forcément pour des marketplaces. Quand tu achètes un scotch à paillettes bleu, tu t'en fiches d'avoir des idées sur comment l'utiliser puisque tu veux juste un scotch à paillettes bleues. Voilà, donc ça, on a revu à la baisse, en fait, toute cette partie-là de rédaction pour aller plus vite. Mais si on avait mis 50 000 ou 100 000 euros, on aurait eu de quoi avoir une équipe quasiment, aller au moins à 2-3 dès le départ et investir un peu plus dans notre stock.
- Speaker #0
Ok. Période Covid, tout le monde est à la maison, tout le monde s'ennuie, il faut occuper les gamins. Très, très gros boost pour vous.
- Speaker #1
Énorme, oui.
- Speaker #0
Croissance assez galopante, on peut le dire.
- Speaker #1
Oui, on faisait plus de 20% chaque année.
- Speaker #0
Sortie de Covid, vous avez fait une petite levée de fonds. C'est d'ailleurs comme ça qu'on s'est rencontrés.
- Speaker #1
Tout à fait.
- Speaker #0
Et vous avez recruté pas mal de monde. Ça devait être une période assez grisante.
- Speaker #1
En fait, sans le Covid, je pense qu'on aurait tenu beaucoup moins longtemps, ça clairement. Le Covid a été pour nous une étape incroyable. Alors, un peu difficile. Ce qu'il faut savoir, c'est que j'ai accouché dix jours avant le Covid de mon deuxième enfant. On s'est retrouvés avec nos deux employés qui ne pouvaient plus venir sur place. Donc il y en avait une qui gérait service client et préparation de commandes, et l'autre tout ce qui va être un peu plus ADV, commandes, facturation, compta, etc. Donc on se retrouve avec deux personnes qui ne peuvent plus venir bosser. Et on passe en 3-8 avec Charles. C'est-à-dire qu'il y en avait un qui restait la journée, l'autre qui prenait le relais la nuit, et moi qui reprenais le relais à 4h du matin le lendemain. Et ça a été notre Covid à nous. Donc on est allé rapidement chez mes parents, parce que gérer un nourrisson de deux semaines dans ces conditions, clairement c'est vraiment très difficile. Mais on passe de 80 commandes à l'époque, on était à 400-450 commandes jour. Donc en plus, on avait des piles de commandes. Il fallait qu'on coure à droite et à gauche parce que tu ne passes pas de 80 commandes à 450 jours. Tu vois, notre imprimante, elle ne tenait pas le choc. On ne savait même plus où acheter notre angle tellement on en utilisait. Le mec de la poste, quand il venait faire notre ramasse, d'ailleurs, on ne pouvait plus porter nos propres colis à ce moment-là. Il a fallu qu'on fasse une ramasse en plein Covid. Donc, évidemment, la poste complètement anesthésiée. Non, on ne peut pas vous envoyer quelqu'un. Et nous, il nous fallait des solutions. Donc, grosse, grosse période challengeante. Hyper intéressante, très motivante pour nous. Donc là, on croit énormément. Et effectivement, on se fait beaucoup repérer à ce moment-là, puisqu'on a pas mal de presse sur les thèmes de l'époque, qui étaient faire son pain soi-même. Je suis sûre que tu as fait une baguette chez toi, Thomas, pendant le confinement.
- Speaker #0
J'ai fait beaucoup de choses, mais pas ça, non.
- Speaker #1
Je suis sûre qu'il y a beaucoup de gens qui ont fait du pain. Faire du pain, fabriquer son masque. En fait, on se retrouvait à vendre nos élastiques pour Carnaval. Nos élastiques pour fabriquer des masques d'enfants, utiles pour réaliser ton petit masque à la maison en couture. Et ça, on en vendait des rouleaux et des rouleaux entiers. Donc ça ne s'arrêtait pas. Et donc, post-Covid, on a eu pas mal de médias, de presse qui se sont intéressés au sujet et qui ont parlé de nous. Et donc là, c'est à ce moment-là qu'on s'est dit, c'est le moment d'ouvrir le capital. On a besoin de cash pour augmenter notre stock, pour faire grossir notre équipe, pour arrêter de faire les tâches ultra opérationnelles nous et de passer à... à une étape un peu plus industrielle. Et donc, on s'est rencontrés dans ce contexte-là. Et on a une société locale qui s'est approchée de nous, qui était spécialisée dans le sticker, Global Gift, qui nous a approchés, ces deux gérants. Ils ne touchaient absolument pas à la partie web. Eux, c'était vraiment de la GMS principalement. Donc, ça les intéressait en fait de venir s'associer avec une entreprise purement web.
- Speaker #0
Et ça a donné quoi au final ? Alors, on ne va pas anticiper la fin, mais il y a eu des synergies avec eux ?
- Speaker #1
Alors des synergies à proprement parler, pas énormément. En revanche, je suis très très reconnaissante de cette rencontre parce qu'elle a été très fondatrice pour nous d'avoir aussi deux personnes d'expérience avec une autre vision aussi du business, une vision plus GMS, plus grande, plus industrialisée que nous ce qu'on avait. Et plus attentive peut-être aux chiffres qu'on l'était. Vu qu'une entreprise qui est totalement, constamment en croissance de 20 à 30% chaque année. On ne se posait pas la question de la croissance, on l'avait. Donc, on était moins attentifs, on y allait. En langage un peu plus châtié, clairement, on bourrinait en fait en business. Donc, on créait des fiches produits, on vendait toujours plus, on ouvrait toujours plus de marketplaces, ça roulait. Mais eux avaient une vision très précise de notre marge, la rotation des produits, le stockage, l'optimisation. Donc ça, ils nous ont vraiment aidés à nous structurer énormément. Et c'était une relation qui, au départ, n'était pas très naturel et est devenu presque essentiel pour nous parce que c'était des remises en question hyper intéressantes chaque trimestre. Après, mensuellement, évidemment, ça t'oblige à reporter tes chiffres, reporter tes décisions. Donc ça, c'est très intéressant dans la vie d'un entrepreneur. Ça t'aide à te structurer, oui. Donc là, ça nous a servi, pas en termes de développement de business à proprement parler. On a pris leur gamme et on les a vendues. Puisque eux étaient très peu vendus sur Internet. Donc ça, c'était l'occasion. Mais après, il n'y a pas eu d'autres synergies à proprement parler. C'était vraiment un des business complètement différents. Eux, designés, faisaient fabriquer en Chine, importaient, vendaient. Nous, on avait nos fournisseurs qui nous fournissaient directement. On n'avait pas toute cette partie de fabrication. Ça, on ne connaissait pas. On sourçait, on revendait, on stockait entre les deux. Mais voilà, c'était du retail pur.
- Speaker #0
2024, plus grosse année en termes de chiffre d'affaires.
- Speaker #1
Oui.
- Speaker #0
Sauf que tu m'as dit marge ridicule. J'ai noté ça.
- Speaker #1
Exactement. La grosse problématique de notre secteur, c'est la marketplace qui en veut toujours plus. Donc en fait, quand on a commencé, ce qu'il faut savoir, c'est qu'une marketplace, elle ne te paie pas le jour J de ta vente. Elle te paie à plus 21 jours. Ça, c'était le démarrage. Entre 17 et 21 jours. Donc jusqu'ici, tu l'adaptes à ton plan de trésor, tu l'adaptes dans ton business model, c'est acquis, pas de souci. Ensuite, Amazon s'est mis à faire à plus 35 jours. Donc là, ça a été une grosse étape pour nous, parce qu'évidemment, quand tu viens grignoter 15 jours de plus, c'est énorme. Donc là, il faut voir avec ta banque, il faut limiter quelques petits investissements, le temps de remettre un petit peu plus de trésor de côté pour pouvoir encaisser ça, encaisser cette différence.
- Speaker #0
Surtout quand tu es en croissance.
- Speaker #1
Exactement.
- Speaker #0
Parce que la définition de la croissance, je vais encore citer Hugo Gaillard, expert comptable, le cabinet 31. La croissance, le problème, c'est que tu as les charges de demain avec le chiffre d'affaires d'aujourd'hui et les compétences d'hier.
- Speaker #1
Tout à fait. Tu as tout à fait raison. C'est plus 20% chaque année. Il faut les absorber et il faut les absorber en stock. Donc notre stock grossissait de plus en plus. On a atteint quasiment 320 000 euros à un moment de stock, ce qui était énorme. Ça nous a bouffé une partie de notre viabilité d'ailleurs. Donc c'est cette première partie-là. La deuxième, les paiements Marketplace. Et d'ailleurs, je vais donner une des raisons qui sont apparues aussi en 2026, c'est qu'au 1er avril, Amazon a modifié sa politique de paiement et est passé à quasiment 45 jours in fine. C'est-à-dire qu'on était à plus 35 jours après la date de livraison du client. Et pour certains transporteurs, la date de livraison du client a été fixée par Amazon, non pas par notre transporteur, mais par Amazon. Considérez que Deli Vengo pour les US, c'était plus 12 jours. Alors qu'on était entre 4 et 7 jours. Donc, il prenait 12 jours plus 45. Et donc là, tu arrives à un stade où tu as deux mois de non-paiement. Et là, ta trésor peut pas suivre. En fait, je parle d'Amazon principalement. Il faut savoir qu'il y avait 13 marchés d'ouvert pour nous chez Amazon. Donc, c'était 65% de notre chiffre d'affaires. On avait beau ouvrir de nouvelles marketplaces, il n'y en a pas énormément qui concurrencent Amazon. même localement. Alors heureusement, on a beaucoup travaillé avec Octopia, donc Cdiscount qui s'est transformé en Octopia et qui a ouvert une succursale marketplace en attirant d'autres marketplaces européennes pour essayer de regrouper et de faire force en fait face à Amazon. Donc ça nous a servi, mais ce n'était pas encore très très bien implanté, c'est-à-dire qu'on avait notre SAV qui pouvait être externalisé sur certaines marketplaces. Des petites choses qui étaient pénibles au quotidien et difficiles à gérer alors que nous on voulait centraliser notre activité. Donc 2024, super chiffre d'affaires, les frais de transport explosent, les douanes commencent à vraiment exploser. Trump au pouvoir, Etats-Unis, ça devient vraiment très compliqué. Amazon complexifie tout l'aspect sécuritaire autour des fiches produits. On doit donner des fiches de sécurité par produit et non même pas par gamme. Tu te doutes bien qu'un fournisseur qui vend 150 tampons de 1 cm sur 1, il fait une fiche pour une gamme et pas par produit. Ça coûte beaucoup trop cher à produire. C'est fait en laboratoire, ce seraient des dépenses complètement folles. Donc on ne répond plus exactement aux critères d'Amazon et Amazon devient de plus en plus exigeante, donc commence à nous couper énormément de produits. Les performances marketplace aussi sont de plus en plus exigeantes là aussi. Donc on a des problématiques où... La sécurité, donc les fiches de sécurité rentrent dans les performances, l'expédition rentre dans les performances, la réponse au client rentre dans les performances. On se fait vraiment presser pour atteindre des qualités de service exceptionnelles, c'est-à-dire une réponse en moins de 8 heures au client, une expédition tous les jours jusqu'à 13 à 15 heures dans la journée. On se fait vraiment presser, plus de jours de congés, de dates de fermeture autorisées, ça devient vraiment très complexe. Frais de douane augmentent, donc là, on diminue encore notre marge. Frais de transport, tu ne peux pas répercuter tous tes frais de transport, parce que sinon, ton client, il ne va pas t'acheter ton masking tape à 1,90€ avec 4,90€ de frais de port. Donc, tu ne peux pas continuer, tu diminues encore ta marge. Donc là, tu essaies de trouver des solutions, mais ça devient vraiment très compliqué. 2024, à deux reprises, on perd les États-Unis suite à une fermeture par Trump des frontières. nos transporteurs n'arrivent pas encore à proposer des solutions de transport qui répondent aux... Au critère de Trump, donc là on perd 10% de notre CA. L'Allemagne se ferme pour des questions de sécurité, des éléments ultra restrictifs. Sur tout ce qui est sécuritaire sur les produits, c'est provisoire, mais en attendant... Tu as 30% de ton CA d'un coup, paf, qui part. Donc là, ça devient très compliqué. Et après, des baisses sectorielles, Maisons du Monde commence à souffrir, il y a des enseignes qui commencent à souffrir de la crise.
- Speaker #0
Les premières actions que tu mets en place ?
- Speaker #1
Le cost-killing.
- Speaker #0
Tout simplement, là, on y va très brutalement, on pivote. Et ce que je dis toujours aux gens, c'est qu'on a vraiment fait pivoter un paquebot. C'est diminué absolument tout. Donc, on est arrivé jusqu'à 14 personnes, nous incluant. On est repassé à 6 en un an. Les postes, on a fermé tous les postes. Tout ce qui était marketing, on a enlevé. Tout ce qui était vraiment du superflu, on a tout, tout, tout, tout enlevé. Jusqu'à nous retrouver, nous, avec une diminution salariale vraiment très conséquente et une charge de travail, évidemment, qui explose. On n'est plus du tout à 45 heures, 50 heures. On passe sur des semaines à 70. Ça devient vraiment très, très compliqué. On travaille tous les week-ends. Donc, en couple, ça met d'autant plus la pression. Même si, heureusement, avec beaucoup de recul, que j'étais avec mon mari parce qu'il a été d'un... Un soutien, un pilier énorme. Donc tu causes killing, tu coupes tout, tout ce que tu peux, et tu te restreins à faire ton strict minimum le plus performant possible. Tu enlèves tout ce qui te prend de la marge, tu enlèves tout ce qui ne tourne pas assez, tu fais un gros nettoyage. Et c'était là aussi une de nos erreurs. Je pense qu'on aurait dû le faire avant. On était trop en croissance en fait pour se pencher sur ce qu'on appelait des petits détails, mais en fait ce n'était pas du tout des petits détails. Au moment de faire du nettoyage sur des marketplaces qui nous coûtent plus qu'ils nous rapportent, ont un taux de retour par exemple élevé. On avait des marques à place allemande où on avait un taux de retour qui avoisinait quasiment la moitié de nos ventes. Et ça, on ne s'était pas penché dessus.
- Speaker #1
Alors que les Allemands sont particulièrement exigeants.
- Speaker #0
Ils sont très exigeants. C'était un nouveau secteur qu'on lançait, c'était le meuble. Et là, la couleur n'est pas, le marron n'est pas correspondant à ta photo, mais à une teinte de moins. Ils te font renvoyer le produit. Et là, on se plie à 100% aux clients. Des frais de retour qui sont à financer. Donc ça, c'est un essai où on voulait gagner en panier moyen. On voulait augmenter notre panier moyen. Donc on est allé faire des produits plus haut de gamme, qui prennent plus de place, mais qui coûtent aussi plus cher. Mais le meuble a été un de nos échecs. Il y en a d'autres qui ont réussi. Les tapis, par exemple, ça a très bien marché. On est monté en gamme sur certaines machines, sur l'aménagement de la maison et autres. Ça, ça a très bien fonctionné. Mais alors le meuble, ça a été vraiment un échec.
- Speaker #1
On parle aux angifis.
- Speaker #0
Oui. Il y a eu d'autres circonstances.
- Speaker #1
Mais ça fait partie des problèmes.
- Speaker #0
Tout à fait, oui.
- Speaker #1
Est-ce que vous étiez mis une ligne rouge à ne pas franchir ? Parce que vous êtes allé loin, tu l'as dit, même trop loin.
- Speaker #0
On est allé trop loin, oui.
- Speaker #1
Est-ce que vous étiez fixé une ligne rouge que vous avez vu arriver et vous avez dit on pousse encore un peu ? Ou il faut se lever le sol d'Ariane et on essaie jusqu'au bout ?
- Speaker #0
Alors, pour ceux qui me connaissent le savent très bien, je suis assez déterminée et parfois un peu trop. voire on tombe dans l'obstination. Donc là, ça m'a un peu coûté. Et puis, il y a tout un cheminement à faire avant de te fixer une ligne rouge. Déjà, il y a une chose dont je n'ai pas parlé encore ici, pour être tout à fait transparente. On a passé des seuils de vente assez conséquents sur tous les marchés européens, ce qui nous a obligés à un certain moment à payer la TVA intracommunautaire, donc la TVA européenne. Le fonctionnement de paiement de la TVA européenne, est un peu différent de la TVA française. La TVA française, tu es prélevée. La TVA européenne, tu dois verser l'argent. Donc évidemment, ça peut paraître complètement anodin à certains, mais nous, au moment où ça allait mal et où on avait une trésorerie très ric-rac, c'est là que les ennuis ont commencé. Il y a eu des retards de paiement sur notre TVA européenne et ça s'est accumulé. Donc chaque année, on se ré-endettait, on ré-empruntait en se disant c'est très bien, on continue d'être en croissance. On a fait du nettoyage et tout. Allez, on y croit. On y croit parce qu'on a mis des actions en place. Donc ça, c'était 2024. Et donc, on a vraiment une sortie possible. Et surtout, la volonté de faire un deuxième tour de table, donc soit une nouvelle levée de fonds, surtout vendre la société. Pourquoi pas rester au pilotage de la boîte ? Mais c'était ce qu'on souhaitait avec Charles. Dix ans d'entrepreneuriat commun, pour un couple, c'est déjà pas mal. Et puis, on avait envie tout simplement aussi d'autres choses, d'autres challenges. Pas forcément de rester au même endroit ensemble. Donc là, on a commencé aussi à chercher des acheteurs. Mais cette dette de TVA quand même pesait énormément. Donc chaque année, on serait endetté. Il faut savoir qu'un entrepreneur, les gens ne le savent pas forcément, mais souvent, la plupart du temps, quand tu empruntes à la banque, tu es caution personnelle. Donc tu mets tes actifs personnels à disposition ni plus ni moins de ta société. Donc tu prends un risque personnellement. Et ça, chaque année, ben... On réaugmentait ce risque. Moi, j'étais PDG, mon mari directeur général, donc un petit peu moins d'engagement qu'a le PDG. Mais je mettais sur la table mon patrimoine personnel à disposition de l'entreprise en cas de défaillance. Donc, de plus en plus, ça commençait à peser et on augmentait cette dette de TVA intra et notre rentabilité ne venait toujours pas. Donc, la marge était meilleure. Mais par contre, là, de faire de la croissance devenait extrêmement compliqué. On n'arrivait plus à grossir. C'est l'inflation. Casser le pouvoir d'achat des ménages. Donc là, tout en Europe, partout. Donc on n'arrivait plus à croître. On avait plus de marge, mais on n'arrivait plus à croître. Et là, il fallait qu'on atteigne au moins les 2 millions, et on n'y est pas parvenu.
- Speaker #1
Petite pause d'information. Le podcast que vous écoutez est produit et soutenu par le cabinet de Fusion Acquisition, Conseil, Finance et Transmission. Nous sommes le conseil des dirigeants et actionnaires dans leurs opérations stratégiques. Session d'entreprise, acquisition, transmission interne ou réorganisation capitalistique. Notre rôle... Piloter l'opération de la réflexion stratégique à sa réalisation. Nous accompagnons l'ensemble du processus, de la définition du projet, la recherche de partenaires, l'organisation des appels d'offres, les négociations, la coordination des différents conseils. Pour en savoir plus, rendez-vous sur www.cf-t.fr ou sur nos pages LinkedIn. Et maintenant, retour à votre épisode. T'en as parlé, vous avez essayé de vendre... Voyons l'iceberg arriver. Comment ça s'est passé ? Comment vous y êtes pris ? Est-ce que vous avez eu des marques d'intérêt ?
- Speaker #0
On a commencé à mettre en vente sur le site, il me semble que c'est le site Fusac.
- Speaker #1
Si, j'avais peut-être vu passer l'annonce d'ailleurs.
- Speaker #0
Je pense que c'est Fusac. Donc on a commencé sur le site de Fusac à un prix assez élevé. On ne le cache pas. Très rapidement, on a vu que ce prix était un frein. Il y avait beaucoup d'intérêt sur notre boîte. Les clics, on n'en manquait pas. Les demandes de contacts et d'informations, on n'en manquait pas. Mais alors une fois que le prix était divulgué, c'était trop. Pour parler en termes de multiples ? Là, on faisait 1,7 de chiffre d'affaires. On est redescendu l'année suivante à 1,4, quasiment 1,5. Ça faisait quand même déjà une belle différence. Et on a commencé la vente à 2,2 millions.
- Speaker #1
Putain, plus d'une fois le chiffre d'affaires.
- Speaker #0
Oui. Donc, ce qu'on avait mis en place...
- Speaker #1
Avec marge quasi égale à zéro. Non,
- Speaker #0
on n'était pas à zéro, mais on arrivait à vivre à 6 dessus. Mais on avait aussi pas mal de dettes à rembourser. Là, on était quasiment à la rentabilité. Quasiment. Donc, on ne perdait pas énormément d'argent. Il y a une année où on a eu 10 000 euros de déficit. Donc, on atteignait quasiment enfin ce graal-là. Mais on est resté trop longtemps à ce prix-là, je pense. Et on a peut-être tué nos plus grosses cartes à ce moment-là. Parce qu'on a vu l'intérêt de gros groupes qu'on connaissait du e-commerce et de la marketplace venir à nous, avoir des très bons échanges avec nous, et s'arrêter après au bout de deux, trois calls parce que le prix était vraiment trop loin. Et en fait, après réflexion, on était vraiment prêts à descendre beaucoup plus loin que ce prix-là. Donc c'est ça qui est un peu désolant. ça fait partie des erreurs.
- Speaker #1
Comment vous avez déterminé les 2,5 millions ?
- Speaker #0
En fait, on a évalué la technologie qu'on avait mise en place, parce que là, on a l'impression que d'exporter sur 70 marketplaces, c'est très facile. C'est pas facile. C'est pas facile parce que t'as des données de catalogue produits qui sont très importantes, sans rentrer dans la technique.
- Speaker #1
Et 45 000 produits, c'est ça ?
- Speaker #0
Oui, à la fin, on atteignait 45 000 produits sur place, donc 45 000 REF différentes, et on est monté jusqu'à 110 000 REF en ligne. C'est-à-dire qu'on a mis d'ailleurs en place un un nouveau business model très rapidement qui était basé sur le délai d'expédition des produits. Donc le schéma normal d'expédition d'un produit, du e-commerce basique, c'est tu crées ta fiche produit, tu achètes ton produit, tu stockes ton produit, tu attends ta vente, tu vends, tu expédies. Là on a fait un peu différemment, on a mis en vente des produits qu'on n'avait pas en stock, on attendait la vente en donnant un délai d'expédition de 3 semaines à 1 mois au client. Donc il est au courant. qui va mettre plus de temps à arriver, mais il l'achète quand même. Et au moment où il l'a acheté, on passe commande chez notre fournisseur pour le recevoir et l'expédier au plus vite. Ce qui nous permet d'avoir ce décalage de trésorerie qui nous pesait tant de la marketplace, qui est beaucoup moins important. Donc ça nous permettait de grappiller quand même. Et puis surtout, pas de stock. La nouvelle politique qu'on avait mise en place avec Charles, c'était la politique de no stock. On voulait tendre vers ça.
- Speaker #1
C'est Asphalt, je crois que c'est Bordelais Asphalt. Oui,
- Speaker #0
tout à fait. C'est au Chartron.
- Speaker #1
C'est au Chartron et qui, pareil, c'est une marque de fringues.
- Speaker #0
De pré-order, oui.
- Speaker #1
Et c'est en pré-order, oui. C'est un business model qui est sympa parce que du coup, ils ne commandent chez leur fournisseur que ce qu'ils ont vendu.
- Speaker #0
Oui, mais la seule chose, c'est que ça t'oblige à faire beaucoup de logistique.
- Speaker #1
Logistique différente.
- Speaker #0
Oui. En plus de ça, on avait l'autre modèle qui fonctionnait toujours. Donc l'idée, c'était de le diminuer, mais il fonctionnait toujours. Donc tu avais toujours les appros dits normal. Puis à côté, la politique du no stock. que... la pré-order qui attendait ton expédition et qu'il fallait ensuite commander au plus vite. Et là, il y a un peu plus de SAV parce que parfois tu commandes un produit à ton fournisseur et il n'est pas disponible. Ça demande techniquement beaucoup plus de synchronisation avec tes fournisseurs, chose qu'on n'avait pas forcément encore trop évaluée à ce moment-là. Mais clairement, on était dans une politique de sauvegarde, donc les petits détails de ce genre qui nous donnaient un peu plus de taf, on s'en foutait. Là, ce qu'il fallait, c'était absolument trouver des solutions pour générer plus de chiffres, limiter notre réseau. Enfin, voilà, sauver le business, quoi.
- Speaker #1
Ok. Et du coup, c'était cette techno que tu as valorisé de 1,5 millions ?
- Speaker #0
Alors non, pas tout à fait. On a valorisé, en fait, le fait de mettre en place cette technologie. Comment tu connectes, comment tu crées une base de données produit telle de 100 000 REF différentes, comment tu la traduis en 5 langues, comment tu l'exportes et que tu synchronises tout. C'est-à-dire que comment elle est synchronisée sur 70 marketplaces différentes, en 5 langues différentes, Comment tes commandes retombent de manière automatique sur ton OMS ? Comment tu vas ensuite les expédier avec performance ? Comment tu synchronises ton service client ? On avait vraiment créé tout un écosystème ultra connecté et ultra performant là-dessus. Et ça, c'est le travail de 10 ans, de deux cadres, qui vaut un certain prix. Donc ça, on l'a estimé et on l'a ajouté à notre chiffre d'affaires. C'est très grossier.
- Speaker #1
Très grossièrement, tu as fait un apport en industrie. Tu as valorisé un apport en industrie, finalement.
- Speaker #0
Presque, oui. C'est très vulgairement. On va dire un apport technologique. Parce que mettre ça aujourd'hui en place, connecter ces catalogues-là à 70 marketplaces, aujourd'hui, c'est impossible. Parce que les marketplaces n'ouvrent plus les portes maintenant.
- Speaker #1
Est-ce que finalement, le churn de business model n'aurait pas été de devenir une boîte de consulting là-dessus ?
- Speaker #0
Peut-être. Peut-être. Alors... Je n'étais pas de consulting.
- Speaker #1
Parce que claquer 2,5 millions pour acheter une techno, c'est quand même un certain ticket. Mais prendre un consultant à quelques centaines de milliers d'euros pour mettre en place un ERP, une technologie comme celle-ci, ça se vend, ça, pour le coup.
- Speaker #0
Alors, c'est ce qu'on a fait aussi. C'est une des branches dont on ne parle pas trop parce que ce n'était pas du tout notre branche primaire, ni secondaire, mais prendre du stock. de certaines marques, pour pouvoir l'implanter dans notre techno, on l'a fait. Sans prendre le stock et connecter les produits à d'autres sites, on l'a fait aussi. Donc ça, mettre à disposition notre techno, on l'a fait, oui. Après, faire du consulting, oui, mais tu ne peux pas être partout. À un moment, on expédiait quand même quasiment 80 000 commandes par an. Donc on avait quand même... Une bonne machine de guerre à gérer quand même.
- Speaker #1
Parce que tu vois, je suis en train de lire une biographie sur Jeff Bezos justement à Amazon. Alors ça, je le savais à l'époque, mais d'ailleurs c'était 2012 je crois, la première année où ils ont atteint la rentabilité, c'était grâce à AWS, donc la partie cloud. Et en fait, la marketplace bouffait les ronds, on ne peut plus savoir comment faire. Et tu vois ce que j'apprends là, j'en suis à Alexa, la petite enceinte. Alexa, c'était une idée de Jeff Bezos qui a vu un mec demander où était la pizzeria la plus proche sur son Google Phone, je crois, à l'époque. Il a dit, putain, je veux ça, mais dans les maisons. Et donc, il a monté une petite équipe d'une centaine de personnes. Alexa, en moins de 4 ans, c'est devenu plus de 10 000 personnes. Et c'est... En fait, maintenant, tu as Amazon Marketplace, tu as AWS, tu as Alexa. Alexa, c'est devenu un groupe de société au sein même du groupe Amazon, en fait. Et bon, alors Jeff Bezos, il a son côté où il veut tout avoir. pour lui, etc. Mais, tu vois, au final, il a développé une techno pour les besoins de sa boîte. Putain, tant qu'à faire, on va vendre la techno, quoi. Et AWS, c'en est la définition parfaite.
- Speaker #0
On aurait pu le faire. On aurait pu... Il aurait fallu qu'on monte... Autre chose, c'est qu'on ne soit pas autant logisticien, je pense. Parce que là, c'était aussi ça, c'est qu'on était devenu un logisticien. On expédiait quand même énormément de commandes et c'était le cœur de notre journée. Et d'ailleurs, c'était un des freins où je disais à Charles, il faut vraiment qu'on trouve des solutions là-dessus parce que ça nous prend énormément de temps. C'est de la manutention, c'est du personnel, c'était un de nos freins.
- Speaker #1
Qu'est-ce que tu retiens de cet essai de vente ?
- Speaker #0
Alors, la première chose, c'est peut-être... pas être trop gourmand dès le départ, même si ce n'était pas l'idée d'être trop gourmand d'ailleurs. On n'a pas ce profil-là avec Charles. C'était de faire grossir notre entreprise, et ça, c'est un peu un regret. J'aurais bien aimé connaître Yousuit sous une ère vraiment industrialisée, avec un gros fournisseur ou une absorption plus industrialisée. Ça, ça m'aurait vraiment plu. Qu'est-ce que je retiens d'autre ?
- Speaker #1
Tu aurais pu t'écocher en perso partout nous il faut savoir que on a ce qu'on appelle chez nous des dossiers sensibles on en fait un par an la théorie c'est de rendre ce qu'on gagne enfin rendre ce qu'on nous a donné c'est à dire des gens nous font confiance on a un taux de marge qui est un peu confortable mais du coup tous les ans on fait un dossier où c'est un entrepreneur qui est caution perso partout et en gros on vend 1 euro ou proche d'un euro Mais l'objectif, ce n'est pas de vendre cher, c'est de sortir l'écosion.
- Speaker #0
À la fin, c'est quelque chose qu'on a envisagé. Je vais dire cette phrase-là, mais ce n'est pas exactement ça. Ce n'est pas de vendre pour un euro symbolique, c'était de vendre simplement au prix de nos dettes. Pour que tout ce montage, toute cette existence d'entreprise ne disparaisse pas comme ça. C'est énormément de travail. et c'est quand même dommage de flinguer une... Une mise en place, c'est en fait comme ça. Et ça n'a pas fonctionné parce que c'est quand même très dur. En tout cas, les dernières discussions qu'on a eues, on en a eu deux très concrètes, avec deux entrepreneurs français qui ont des problématiques logistiques un peu différentes de la nôtre, mais c'était très dur à implanter. C'est-à-dire qu'il fallait que l'un de nous vienne sur place de l'entreprise et puisse y passer quelques années pour vraiment bien l'implanter et faire une fusion réussie. Donc ça, rapidement, on a compris que ça ne se ferait pas. Et c'est d'ailleurs à ce moment-là qu'on s'est dit, mais en fait, quelle est la prochaine étape ? Malheureusement, il n'y aura pas de prochaine étape. C'est à ce moment-là qu'on s'est dit, l'histoire de la vente a duré quand même un an et demi. Après, on a pris un cabinet pour nous aider à vendre avec des fichiers qu'on lui donnait, c'est-à-dire juste de contact de société. Et ça n'a pas fonctionné non plus. Ça n'a pas fonctionné.
- Speaker #1
On en parlera en oeuf après.
- Speaker #0
C'était pas vraiment un cabinet, c'était une personne.
- Speaker #1
Oui, tu sais, des concurrents indépendants, tous seuls dans leur coin, on en a un certain nombre.
- Speaker #0
Là, c'était une opportunité par la famille qui n'a mené à rien.
- Speaker #1
C'est un métier.
- Speaker #0
Exactement, c'est tout à fait.
- Speaker #1
Quand on a préparé cette interview, j'ai écrit une phrase que tu m'as citée. Le deuil a été plus difficile que la décision.
- Speaker #0
Oui.
- Speaker #1
Est-ce que tu peux m'expliquer ça ?
- Speaker #0
En fait, il faut savoir, ce que je te disais d'ailleurs la dernière fois, c'est que tu atteins un niveau de stress, de fatigue, tel que tu n'es plus en mesure de te rendre compte de l'impact que ça a sur ta vie. Tu penses que ça devient ta norme, que c'est ta norme, que c'est normal. Tu ne te rends même plus compte qu'à un moment, tu as atteint un seuil beaucoup trop important de n'importe quoi sur ta vie. C'est-à-dire, moi je me réveillais à 2-3 heures du matin. Je réattaquais mes to-do list, et puis tu sais, j'étais excitée de ça, c'est-à-dire que j'ai des idées, j'ai envie, là, bam bam, allez, je réfléchis, comment je vais dérouler ça, trouver des solutions et tout. Le soir, je récupérais mes gamins, j'étais sur mon petit vélo, là, et puis je me disais, allez, demain, c'est ci, c'est ça. Hop, je l'ai posé dans le salon, j'attaquais la cuisine et j'étais encore en train de penser à ça. Je prenais ma douche, j'étais encore en train de penser à ça. En fait, il n'y avait plus un seul moment dans ma vie où je ne... pensais pas aux problématiques de ma boîte. Ma boîte, c'était devenu mon oxygène, quoi. Mon CO2, comme tu veux, pour le coup. Mais le moment où, en fait, tu dois faire le deuil de tes idées et de ton projet, c'est très dur parce que pour moi, c'était aller à contre-courant de mon ADN. C'était aller, tu vois, c'était rembobiner, quoi. Donc tu dois dire au revoir à tout ce que t'avais imaginé pour ta boîte. à toutes les envies que tu avais. Donc ça, c'est très dur. Et tu dois l'enterrer en plus. C'est-à-dire que tu ne vas pas la donner, parce que la donner, ton bébé ne disparaît pas. Je dis mon bébé parce que c'est vraiment quelque chose que j'ai mûrement porté dans tous les sens du terme. Là, tu le liquides, tu le flingues. C'est ton bateau, c'est toi qui prends une grosse masse et qui viens défoncer la coque. Donc il y a un truc, c'est dur. C'est très dur de faire le deuil de cette histoire que tu aurais eue avec ta boîte. de faire l'histoire aussi que tu avais eu avec ton associé. Et donc, de faire ce deuil-là, de passer à autre chose, de vouloir passer à autre chose, c'est difficile. La décision, elle arrive entre 8h08 et 8h09. Tu prends ta décision, paf, c'est fait, tu vois.
- Speaker #1
Il n'y a pas de regrets, surtout.
- Speaker #0
Non, parce que c'est fait. Moi, je ne suis pas...
- Speaker #1
Parce que c'est quoi ? Tu as déposé ton dossier au tribunal de commerce ?
- Speaker #0
Non, c'est bien avant. C'est bien avant la décision de dire adieu à... Que c'est fini, en fait. Que non, tu ne vas plus rien développer. C'est fini. Parce qu'en fait, on a l'impression que c'est très rapide. On a l'impression que tu prends ta décision et que ton dossier, il est prêt et que hop, tu vas au tribunal. Mais non. En fait, ça prend excessivement de temps. Encore plus qu'il plus est en France. Aujourd'hui, entre le moment... Il y a plein d'aspects légaux qui entrent en ligne de mire déjà. Ta date de cessation de paiement, contacter ton avocat, échanger avec ton avocat, construire ton dossier, faire un dossier propre, rendre ton entreprise propre. Tu vois ? Bon alors après évidemment, tu me diras peut-être que tous les chefs d'entreprise ne se posent peut-être pas autant de questions que moi. Mais moi, il est hors de question que je rende un truc, c'est à la fois pour moi-même, moi je veux rendre quelque chose de bien fait, où j'explique, où je dis pourquoi. où je montre que je suis allée jusqu'au bout. Je ne suis pas allée jusqu'à 70%. Je suis allée à 450% pour essayer de sauver cette boîte et de trouver toutes les solutions possibles. Je les ai toutes mises en place, toutes. Il n'y en a pas une qu'on n'a pas faite. Donc, je suis allée jusqu'au bout. Je veux le dire, je veux être honnête avec moi-même, honnête avec les gens qui vont reprendre le dossier, parce que mine de rien, ce n'est pas simplement une transmission. c'est pas tu donnes les clés et tu te casses ouais et tu peux le faire comme ça mais non mais en fait moi j'ai une dignité j'ai ma dignité à moi il est hors de question que je rende un truc pourri quoi, je rends un truc nickel et c'était nickel dans les locaux tu vois la veille de rendre les clés j'ai passé la serpillère dans 900 mètres carrés, je donne un truc propre, mon inventaire il est fait il est à jour, mes docs ils sont à jour tout est, figure toi que j'ai reçu un mois avant de liquider un contrôle URSAF. Donc ça, c'était le petit pompon, la cerise sur le gâteau. Tu vois, c'est le truc qui te dit, mon Dieu, mais quand est-ce que ça va s'arrêter ? Enfin, sincèrement, c'était vraiment ce que je me disais. Et c'était le 20 août. Alors qu'on avait déjà prévu de liquider début juillet. Mais le contrôle, je l'ai préparé. Je l'ai préparé. Je suis allée donner un classeur à ma liquidatrice. Je lui ai dit, sachez que tout le contrôle est à l'intérieur. Vous avez toutes les pièces de tous les salariés un à un. Vous n'avez rien à faire. Hors de question que je laisse mon truc...
- Speaker #1
Pour les autres.
- Speaker #0
Voilà.
- Speaker #1
On rétropédale juste un tout petit peu, mais tu as les cinq phases du deuil. Je ne sais pas si tu connais ce principe, mais tu as le déni, la colère, le marchandage, la dépression et l'acceptation. Tu ne connais pas ?
- Speaker #0
Oui, mais non, je ne les connais pas. Mais c'est très juste. Je suis en train surtout de me demander, au moment où tu me le dis, si vraiment j'ai eu ces cinq phases. Le déni, je l'ai eu. Ça, clairement. Voilà, pour la petite anecdote, un matin, j'arrive et je dis à Charles, je lui dis « C'est bon, t'inquiète, j'ai contacté la banque, j'ai rendez-vous demain, je demande un nouveau prêt, j'ai appelé BPI, je gère le truc, tu vois. » Et puis, il me dit « Assieds-toi. » Il me dit « C'est pas possible, Marion. Il va falloir s'arrêter, en fait. Tu dois t'arrêter. Tu dois t'arrêter, tu dois comprendre que là, c'est pas possible. On peut pas continuer. » Mais si, mais bien sûr que si, qu'on va continuer, parce que je vais trouver des solutions, parce que je suis pro-solution. Il est hors de question que je lâche l'affaire. Tu vois, j'ai un chien qui a son os, quoi. Et là, j'étais vraiment dans le déni. Je voulais pas. Après, je suis pas restée très longtemps dans le déni.
- Speaker #1
Du coup, dans le long, t'as eu la colère ?
- Speaker #0
La colère, oui, ouais. Mais je l'ai encore un peu. Je l'ai encore un petit peu. Disons que je suis un peu entre les deux. Je suis un peu en colère. J'ai l'impression que le pays dans lequel j'évolue... n'aide absolument pas ceux qui entreprennent. Et en tout cas... Pas ceux de mon gabarit. Et j'en suis triste parce que je me dis, on a des initiatives de dingo, il y a des idées, il y a de l'envie, il y a plein de choses. Et en fait, on a tous les arguments qui vont plutôt vers l'inverse, c'est-à-dire qu'ils sont... On va tuer toute initiative et toute petite pousse possible. Et ça, ça m'énerve. En fait, ça, ça me...
- Speaker #1
Alors, tu as des pays où tu es redevable de l'intégralité de ton passif quand tu liquides ta société.
- Speaker #0
Tu as tout à fait raison. Alors, je te dirais peut-être qu'il faut encore que j'attende, puisque là, on fait ce podcast et la liquidation a été prononcée. L'entrée en liquidation judiciaire a été prononcée le 21 juillet 2026. Ma prochaine convocation au tribunal est le 2 juillet 2028 ou 3 juillet. Je ne me souviens plus très bien. Mais c'est pour dire que je ne sais pas à quelle sauce encore je vais être mangée. Donc effectivement, tu as tout à fait raison de me rappeler que certains pays, on est bien plus...
- Speaker #1
On est bien moins protégé par le statut de la société.
- Speaker #0
C'est vrai. Mais je ne sais pas encore ce que ça va me coûter. Alors ce que je n'ai pas dit dans le podcast tout à l'heure, c'est que quand on était sur l'étape 2024, on a réinjecté. Du fric en perso. Donc moi, j'ai réinjecté 60 000 euros, Charles 20 000, plutôt que de l'endettement bancaire. On a préféré s'endetter en perso. Enfin, on a fait les deux d'ailleurs. On a fait du combo. Ça, c'était le pas de trop, en fait. Parce qu'en 2024, on avait déjà tous les signaux d'alerte comme quoi l'inflation continuait d'augmenter, le pouvoir d'achat continuait de diminuer. Les marketplaces, il y en avait de plus en plus en difficulté, des grosses enseignes. La croissance allait être vraiment difficile. Amazon continuait de serrer la vis. En fait, on aurait dû se dire à ce moment-là « off » , on arrête, on arrête le bus. Et on ne l'a pas fait. On a réinjecté. Ça, c'était une étape de trou dont je n'ai pas parlé tout à l'heure parce que je repense à l'échange que j'ai eu au tribunal de commerce avec le juge où il me dit « mais est-ce que vous avez repensé à l'endettement bancaire ? » Je lui ai dit, mais monsieur le juge, j'ai pensé à tous les endettements. J'ai pensé à l'endettement perso que j'ai déjà, la caution personnelle que j'ai déjà, la caution temps, l'investissement temps qui ne rapporte plus rien, c'est-à-dire où tu ne te payes plus depuis un an et demi. Et je lui ai dit, moi j'ai trois enfants que j'ai envie de voir grandir et que j'ai envie de nourrir. Donc là malheureusement, je suis arrivée au bout du bout de ce que je pouvais donner. Je ne peux pas plus donner. Je n'ai plus rien à donner en fait. Je lui ai dit...
- Speaker #1
Alors c'était une question que j'avais pour un peu plus tard, mais je vais la poser maintenant. Vous êtes allé directement en liquidation judiciaire. Tu aurais pu choisir la sauvegarde. Tu ne l'as pas fait ou tu ne l'as pas proposé ?
- Speaker #0
D'ailleurs, avec ces phrases-là, le juge entendait ce sujet-là. Pourquoi vous n'imaginez pas un redressement ?
- Speaker #1
Oui, la sauvegarde.
- Speaker #0
Et je lui dis, ce business model ne peut plus être redressé. Ne peut plus.
- Speaker #1
Il était fondamentalement, pas mauvais, mais crameur de cash. Donc, tu ne peux pas être indépendant.
- Speaker #0
Sans citer de concurrents, on a des concurrents, des très gros concurrents, qui ont vraiment fait des très, très belles ascensions ces cinq dernières années, dont un qui était, je l'idolâtrais. Pas dans le sens, pas l'entrepreneur, mais rien que le business model était incroyablement bien mis. Il avait mis beaucoup de tech dans son business model pour sourcer les produits performants, etc. Bien plus que nous. Et il avait atteint un peu plus de 20 millions de chiffre d'affaires. Il est actuellement en redressement parce qu'il y avait, je pense, beaucoup, beaucoup de dettes. Donc, il n'est pas allé en liquidation. Je te dirais si, dans quelques années, s'il a réussi ou non. son redressement, mais moi je n'y croyais absolument plus. Et puis là, j'avais déjà fait le deuil dont on parlait tout à l'heure. J'avais fait le deuil de ce projet. Donc quand tu fais le deuil, tu ne reviens pas dessus.
- Speaker #1
Alors il faut savoir que tu étais enceinte pendant cette période.
- Speaker #0
Oui.
- Speaker #1
Est-ce que pour toi, ça a été un boost ?
- Speaker #0
Ou à l'inverse, il fallait absolument que tu trouves une solution. Et du coup, ça a été un boost pour arrêter et dire, bon allez, maintenant, trois enfants, c'est plus tenable. Ou ça n'a pas forcément influencé ta décision ?
- Speaker #1
C'est une bonne question, parce que je pense qu'on ne parle pas trop dans la vie des entrepreneurs de l'aspect de la maternité. Alors moi, elle ne m'a jamais freinée. J'ai le modèle d'une maman qui n'a jamais été freinée non plus, qui a été cadre dirigeante dans l'industrie métallurgique de 500 personnes et qui a eu des enfants. Évidemment, la maternité n'était pas une de ses priorités. Elle a priorisé aussi d'autres choses dans sa vie. Ce n'est pas tout à fait comme ça que j'avais envie de le voir. J'avais envie de prioriser les deux, d'arriver à trouver un équilibre entre les deux. Il faut savoir que moi, enceinte, la puissance est décuplée. Je suis encore plus déterminée, obstinée. chercheuse de solutions, je suis une vraie lionne, enceinte. Donc non, c'est trop bien d'être enceinte en fait. J'ai adoré ces moments-là. C'était un peu plus dur en logistique parce que quand tu gères la partie très opérationnelle de la boîte, ce qui était mon cas, donc moi je gérais opérationnelle, donc logistique, admin, compta, une petite partie des finances et sourcing produit, relation fournisseur. Pas tout ce qui est partie marketplace en fait. Donc le sujet physique, est quand même un vrai sujet. C'est-à-dire, même l'époque où j'étais enceinte de mon deuxième, j'étais à huit mois de grossesse, j'étais sur une échelle, c'était pas du tout raisonnable, tu vois. J'ai pas pris de congé maternité, j'étais comme une dingue. J'avais mon ordi à la mater, bon, au fur et à mesure des grossesses, tu te calmes là-dessus, quoi. Parce que le troisième, tu te dis, attends, on n'aura peut-être pas d'autre. On va essayer de savourer un peu ce moment-là, ton équipe, elle assure. J'avais une super équipe aussi, sur laquelle je pouvais vraiment m'appuyer. Mais la grossesse, non, c'était pas du tout un élément déclencheur vers la liquidation. En revanche, mes enfants, ça a été carrément un pas déclencheur vers la liquidation. Parce que j'ai envie de leur transmettre des notions autour du travail très fortes. C'est quelque chose qui m'importe énormément. La notion de ténacité, du travail en lui-même. Qu'est-ce que c'est de travailler ? Qu'est-ce que c'est de se sacrifier ? Qu'est-ce que c'est que de faire des efforts, de réfléchir, d'agir, d'être acteur de ton quotidien ? Ça, c'est hyper important pour moi, vraiment. Ils sont tout petits encore, ils ont 6 et 8 ans, les deux garçons. Après, la toute petite, elle est trop petite encore. Et là, je n'avais pas envie de leur montrer une facette pénible de l'entrepreneuriat. Parce que pendant 10 ans, j'ai adoré entreprendre. J'ai adoré. J'ai pu mettre toutes mes idées à plat, y réfléchir, les mettre en place. faire exactement le business que je voulais, rencontrer des gens formidables. Je me suis éclatée en disant d'entrepreneuriat. C'était super, mais je n'ai pas du tout envie qu'ils voient leur maman être au fond du seau pour de l'entrepreneuriat. Je n'ai pas envie qu'ils le voient comme ça. J'ai envie de leur garder et de leur transmettre cette fibre d'entreprendre intacte, qu'elle soit sous leur propre compte plus tard ou pas d'ailleurs. Mais entreprends mon fils, entreprends ma fille.
- Speaker #0
On ne voit pas le côté négatif.
- Speaker #1
Voilà. Donc là, je me suis dit, continue pas Marion, faut t'arrêter là. Vite, arrête-toi.
- Speaker #0
On va rentrer un peu dans le détail, mais tu m'as indiqué qu'il y avait quelques trucs à savoir pour faire une bonne liquidation, je fais des gros guillemets. Comment on prépare une liquidation ? Quel est le process ? Combien de temps ça prend ?
- Speaker #1
Alors j'en profite d'abord pour faire un petit clin d'œil à Maître Jourdain, que j'apprécie énormément et qui a été exactement ce qu'il fallait à nos côtés pour cette mise en liquidation. En fait, l'État français te dit que tu ne dois pas préparer ta liquidation. En revanche, je pense profondément que si tu veux faire une bonne liquidation, si tu veux transmettre les bonnes informations, si tu veux donner une chance à ta liquidation qu'elle se passe bien pour ton liquidateur, il faut préparer ta liquidation. Il faut faire quelque chose de propre, il faut donner les bonnes infos, il ne faut pas se tromper. Donc c'est important de la préparer parce que tu as des informations qui sont cruciales, qui vont devoir être données à ta liquidatrice ou à ton liquidateur pour que l'étape se passe bien. Donc si tu ne la prépares pas... Évidemment qu'elle ne va pas bien se passer cette étape. Donc la première chose, c'est de comprendre le mécanisme de la liquidation. Et ce n'est pas très très clair parce que tu n'as pas d'info là-dessus. C'est un espèce de non-dit. Je ne comprends pas pourquoi. Alors oui, c'est peut-être un peu honteux de liquider, bien que moi je n'ai pas vraiment honte puisque je pense que j'ai donné ce que j'avais à donner. Mais il y a un non-dit en France. Personne ne parle de sa liquidation. Je n'ai pas de problème à parler de ma liquidation. Donc déjà, la première étape, c'est de te dire est-ce que c'est le bon moment de liquider. Typiquement, est-ce que le mois de l'année, est-ce qu'il y a un mois ? où ça va être mieux de liquider pour ta trésor, pour tes fournisseurs, ton stock, etc. Nous, il faut savoir qu'on faisait sur les mois de novembre et décembre, c'était des mois où on faisait x3 par rapport à un mois normal. Donc là, on avait un pic de vente et notre stock aussi, idem, était tout rabougri à la fin du mois de décembre-janvier puisqu'on a quelques fêtes en Europe en janvier. Donc là... Si j'avais eu à vraiment réfléchir stratégiquement à cette étape-là, j'aurais pris cette étape, ce moment-là, clé de l'année où j'ai le moins de stock possible. Malheureusement, ça ne s'est pas passé comme ça. Mais par contre, j'ai eu le choix de me dire, OK, donc là, à partir de maintenant, on décide d'entrer en liquidation, on prend cette décision. il y a toute la période où tu vas transmettre tes informations à ton avocat pour qu'il prenne connaissance du dossier, qu'il le comprenne, que tu lui fasses aussi la liste et la somme. de toutes les pièces à lui rapporter. Donc ça, ça prend du temps. Ce n'est pas un truc qui se fait en deux jours. Des tableaux Excel précis, des infos fiables, sortir ta compta, surtout si elle est intermédiaire, si tu n'as pas encore sorti ton bilan de l'année. Il y avait quelques trucs à préparer avant. Trouver la date exacte de ta mise en cessation de paiement, parce que ça, c'est très important. Si tu ne communiques pas la bonne date de cessation de paiement, un entrepreneur risque le pénal derrière, en fait. Donc, c'est hyper important de se préparer, de donner des informations fiables et justes. Donc, tout ça, c'était de le préparer. Y avait-il des échéanciers avec nos créanciers à mettre en place ? Les mettre en place, communiquer. Alors, pas communiquer sur ta liquidation judiciaire, puisque c'est interdit, tu n'as pas le droit de le faire, mais de préparer toutes les pièces pour que le dossier soit in fine et prêt pour être donné au tribunal. Et ensuite, tu as un certain délai. qui est actuellement de trois semaines, entre le moment où ton avocat ou toi-même va déposer le dossier et où tu vas passer en audience auprès du tribunal de commerce. Voilà, donc ça, c'est encore un délai à prendre en considération.
- Speaker #0
Donc, tu prépares ton dossier, tu le déposes. Pendant trois semaines, tu n'as pas été jugé, donc tu continues à aller bosser tous les matins.
- Speaker #1
Oui.
- Speaker #0
Après, tu es jugé, donc en liquidation judiciaire. Qu'est-ce qui se passe ?
- Speaker #1
Alors, l'étape dont tu parles, là, juste avant... Ce délai aussi où en fait on a annoncé à notre équipe, je m'en souviens, je leur dis asseyez-vous, donc on était encore 6, asseyez-vous, on doit vous parler, donc 4 et nous 2, 2 dirigeants, il y avait encore Charles à ce moment-là. On a pris la décision de se placer en liquidation judiciaire et d'arrêter l'entreprise. Donc là il y a la stupéfaction et en fait ces étapes aussi nécessaires du deuil pour le salarié. Si t'as des salariés qui sont investis, ce qui était le cas en fait pour nous, on avait une super équipe, je sais qu'ils vont écouter ce podcast, donc je les remercie profondément. Félix, Augustin, Imen et Inès, vraiment, vous avez l'avenir devant vous et je suis persuadée que vous irez très loin tous les quatre. Ce moment où tu leur annonces et où là tu vois les réactions, donc il y a le deuil de chacun et surtout là de leur dire, voilà, il va y avoir un plan d'action. pour rentrer en liquidation, c'est-à-dire un inventaire précis, fiable, donner des données qui sont justes au liquidateur, au commissaire-priseur, puisque nous, il y a un commissaire-priseur pour liquider le stock derrière, des locaux propres, des locaux rangés, tout ce qui est abîmé, les retours qu'on gérait plus depuis 5 ans, qui étaient entassés dans un coin, ben non, tu loues une camionnette, tu vas à la déchète, tu fais un truc propre, tu ne laisses pas aux autres ramasser...
- Speaker #0
Ta propre merde.
- Speaker #1
Voilà, ta propre merde. Donc ça, tu le fais proprement. Et ça, ça prend du temps parce que je me souviens d'Imen qui me disait tous les matins « Mais Marion, t'es sûre ? » Elle chuchotait tous les matins « Mais t'es sûre ? » « Mais non, mais il y a des solutions. » Je lui dis « Non, ma puce, on a tout fait là. On a tout fait, ma belle. » Donc ça, c'était pas possible. Voilà, il faut un petit temps. Après, il y a ceux qui n'y arrivent plus. Et c'est pas grave parce que c'est compréhensible. Félix, un matin, me dit « Je vais pas y arriver. Je vais pas pouvoir rester jusqu'au bout. J'y arriverai pas. » Je lui dis, tu sais, effectivement, si c'est comme ça, il vaut mieux qu'on se sépare là maintenant pendant que tout va bien et qu'on reste sur cette base-là et qu'on se dise au revoir comme ça. Donc, c'est ce qu'on a fait. Il en restait plus que trois ensuite. Et ensuite, j'ai eu cette étape difficile où j'ai dit à mon mari, je peux tenir la barque pendant la liquidation parce que je sais que ça va secouer très fort. Parce qu'en fait, tu continues, c'est-à-dire tes créanciers, tes fournisseurs à qui tu dois de l'argent, les gens qui relancent, etc. C'est tous les jours. En fait, ton téléphone ne sonne plus que pour ça. C'est, t'as une boule au ventre, tous les matins t'as une nouvelle lettre recommandée. Il faut vivre en fait ça, il faut prendre ce recul et dire, j'y vais coûte que coûte, je fonce. On a pris notre décision, je regarde pas à côté, Parce que sinon, tu t'effondres, tu t'effondres. Donc tu t'effondres pas pour ton équipe, pour ta boîte et pour ta dignité quoi. Donc t'as tout ce moment-là, je ne me souviens plus de la question.
- Speaker #0
Les étapes, la logistique, tu déposes ton dossier, tu es jugée. Pendant ce temps-là, tu continues de bosser ?
- Speaker #1
Une fois que j'ai averti toute mon équipe, c'est mettre en place toutes les dernières actions que je veux mettre en place. Donc ça, c'est un peu difficile parce que tu travailles, tu sais que tu travailles désormais pour quelqu'un d'autre et que ça n'est pas à ton propre avantage. Tu n'es plus payée. Moi, je ne me suis plus payée pendant un an et demi. Mais vraiment rien, il faut le savoir. C'est 250 euros par mois. Donc j'ai vraiment travaillé tous les jours, 10 heures par jour, pour rien. pour donner ma boîte, la remettre entre les mains de quelqu'un d'autre que je ne connaissais pas. Donc tu as quand même cette étape-là qui est un peu difficile. Mais là, c'est ce que je te disais tout à l'heure, quand tu veux qu'elle soit faite proprement, tu le fais. Et là, c'est trouver l'énergie. Et ça, je t'en ai parlé la dernière fois. J'étais vide. J'étais vraiment vide. Je n'avais plus rien. Je n'avais plus de vue. Je ne voulais plus bosser. Vraiment, les derniers jours... Ça a été... Je ne sais pas comment je peux faire cette métaphore, parce que je ne peux pas me permettre de juger des gens qui ont sûrement peut-être eu des choses difficiles dans leur vie, ont eu faim, soif, j'en sais rien. Mais j'avais l'impression d'être dans un désert, de devoir ramper, de ne plus avoir de bouffe et de ne plus avoir d'eau. Et il fallait que j'y retourne, il fallait que je trouve de l'énergie, il fallait que je reste droit dans mes bottes. Et ça, c'est hyper dur. Les derniers jours, c'est très très long. Ta journée, tu as l'impression qu'elle fait 37 heures.
- Speaker #0
Parce que du coup, ça dure trois semaines, c'est ça, cette période ? Ou c'est plus long que ça ?
- Speaker #1
Oui, les trois dernières semaines, on a rangé, on a vidé. Vraiment, mais j'en avais mal aux mains, j'avais mal au dos. Je leur ai imposé un rythme élevé. Je voulais que tout soit nickel. Tous les cas, ils savaient régler. Je voulais que tout soit parfaitement nickel. Le 20 à minuit.
- Speaker #0
Et une fois que c'est jugé ? Donc c'est liquidé, qu'est-ce qui se passe ?
- Speaker #1
En fait, je leur ai dit, on est allé, d'ailleurs, le 20, on a tous terminé de bosser très tard, on est allé dîner tous les quatre sur la place des Chartrons, il y avait un petit vent chaud, tu vois, et on savait que c'était notre dernier soir, donc il y a un truc, je pense que c'est un peu, c'est comme quand tu te sépares de quelqu'un, tu sais, tu as encore beaucoup d'amour. Ou encore, du moins, des sentiments.
- Speaker #0
L'affection, oui.
- Speaker #1
Voilà. Mais tu sais que c'est un adieu, quoi. Tu sais que tu te dis au revoir. Donc c'est un moment un peu bizarre. Et t'es très content. Et en même temps, voilà, t'es un peu triste, quoi. T'es un peu... Et t'es soulagée. Moi, j'étais soulagée. Je me suis dit, j'ai réussi à tenir jusqu'au 20 à minuit.
- Speaker #0
Et du coup, le 21, tu donnes les clés.
- Speaker #1
Alors, tu passes en audience. Donc là, je suis passée en audience. L'audience s'est très bien passée. Je ne m'attendais pas à ça. Alors évidemment, ils nous l'ont dit d'ailleurs. Ils me l'ont dit, les juges. Vous avez fait un dossier où tout est très clair. On sait pourquoi vous en arrivez là. On voit que vous avez mis en place pas mal de choses. On voit que vous avez sécurisé votre équipe. Alors ça, c'est aussi un petit détail, mais... Moi, il était hors de question que je lâche mon équipe. Donc, je les ai aidés dans leur recherche de travail, même sur leurs heures de travail, les derniers jours, pour qu'à la rentrée, ils aient tous une solution pour bosser. Et ça, c'était super important pour moi, de laisser personne sur le bas-côté. Et donc, tout ça, ils le voient, parce que tu es accompagnée aussi de ton... responsable du personnel, je ne sais pas exactement comment ça s'appelle, donc tu montres, moi je n'ai montré pas de blanche, mais ils avaient lu le dossier. En fait, j'étais persuadée en me disant qu'il y a 40 dossiers qui passent en une après-midi, je n'existerai pas dans leur journée. Eh bien si, les questions qu'ils m'ont posées étaient hyper pertinentes. Je les remercie énormément parce que c'était une étape Merci. qui m'a fait énormément de bien, qui m'a soulagée en fait. Parce que tu t'imagines que tu vas passer à la moulinette, que tu vas te déshabiller au sens figuré, mais moi ça m'a permis de renaître. C'était une des étapes de la renaissance.
- Speaker #0
C'est le titre de l'épisode, « Liquider pour renaître » .
- Speaker #1
Oui, ben voilà.
- Speaker #0
Après, on a parlé du karma quand tu es venue. pour préparer cet épisode. Tu m'as parlé d'une anecdote, mais ton bailleur, à qui tu devais 30 000 euros, enfin un an...
- Speaker #1
Qui va se retrouver, effectivement...
- Speaker #0
Déjà avec un...
- Speaker #1
Il y avait deux mois d'impayés. Un peu par hasard. On ne les a pas impayés, d'ailleurs. On s'est retrouvés... En fait, c'est des virements automatiques, notre loyer, tout simplement. Et tu sais, au bout d'un moment, ton virement automatique, il faut le renouveler. Là, on a oublié de le renouveler. On ne s'en est pas rendu compte de suite. En plus, on était post-Noël, donc on essayait vainement de digérer Noël. qui était encore un gros Noël. Et en fait, on s'est retrouvés avec deux mois impayés au moment où il nous a envoyé le mail. Évidemment qu'on a rattrapé le mois en cours, mais par contre, on n'avait pas la trésor pour payer les deux mois. Donc, on lui devait ces deux mois. Et puis, à partir du moment où on était en liquidation, malheureusement, si la liquidatrice arrive à régler les loyers en cours, mais si elle n'y arrive pas, c'est des dettes qui s'allongent pour eux. Et ça a toujours été des propriétaires... Vraiment super. De confiance sur qui on pouvait compter. Toujours aidant. Vraiment super. D'ailleurs, une partie des propriétaires habitaient juste à côté du local. Donc c'est des gens en plus que je croisais tous les jours. Vraiment mais adorable. Adorable. Parce que je n'avais pas le courage de leur envoyer ma décision de mise en liquidation judiciaire. Je n'y arrivais pas. Je n'y arrivais pas. Je n'avais pas le courage, tout simplement. Et j'ai fini, évidemment, tu t'en doutes par l'avoir, le courage. Parce qu'à un moment, tu n'as plus le choix. Il faut assumer. Et ils m'ont renvoyé un message pour me dire qu'ils allaient nous regretter, que le quartier allait nous regretter, qu'ils espéraient sincèrement euh que mon avenir soit plus beau, qu'ils en étaient persuadés et que j'étais une personne vraiment super. Et là, je me suis dit, l'humanité est pleine de surprises, en fait. Et encore beaucoup d'avenir, j'en suis sûre.
- Speaker #0
Et tu as eu un doudou pour la naissance de ta fille. C'est ça que j'ai retenu. C'est incroyable.
- Speaker #1
Un petit pyjama. Mais même, tu vois, la voisine, c'était le doudou. La propriétaire, un pyjama. Et même des gens. Donc là, j'ai eu Colissimo, Delivengo, des transporteurs avec qui on travaillait depuis des années, qui nous envoient des messages en nous disant outre le fait de l'impayé que vous laissez, c'est avant tout cette relation commerciale. qui va nous... Karine sait qui va me manquer énormément. Je vous souhaite plein de courage et plein de bonnes choses pour les mois à venir. Enfin, tu te dis... Moi, je ne pensais pas à ça, mais il y a eu beaucoup, beaucoup de soutien de la part de gens qui auraient pu nous en vouloir pour quelques centaines d'euros, quelques milliers. Et non, en fait, ça a été l'inverse. Et là, je me suis dit... Je me souviens de quelques commerciaux qui me faisaient souvent la réflexion. C'est toujours un plaisir de venir te voir Marion, de bosser avec toi. C'est juste, on est super bien. On a envie de vous aider, on a envie de mettre des choses en place avec vous. Il y en a d'autres, tu vas les voir avec la boule au ventre. Vous, on est toujours hyper content de venir chez You Do It.
- Speaker #0
Et tu as eu des propositions de rebond en plus, tu me disais.
- Speaker #1
Oui, bon, pas...
- Speaker #0
Non, mais c'est l'intention qui compte.
- Speaker #1
Effectivement. Des propositions de poste, mais qui n'étaient pas dans la région que je souhaitais. Et puis, pas tout à fait dans la typologie de poste que j'imagine maintenant pour l'avenir. Mais oui, en fait, tu vois énormément le karma, la retourne. La retourne et là, elle a tourné dans le bon sens et ça fait un bien fou.
- Speaker #0
Est-ce que tu conseillerais d'entreprendre en couple ?
- Speaker #1
Avec mon mari, oui.
- Speaker #0
Il faut gaffe parce qu'on a quelques auditrices quand même.
- Speaker #1
Oui, mais il n'aime pas l'idée de divorcer. En fait, c'est drôle parce que mes parents m'ont entrepris en couple pendant 40 ans. Et je me suis toujours dit, petite, je revois ces repas insupportables. Maman, si tu m'écoutes, tu vas me dire que ce n'est pas vrai. Papa aussi. Vous parliez de boulot pendant... pendant des heures. En plus, c'était dans la métallurgie. Donc, c'était des tubes, des ronds, des trucs de cuivre, la valeur du cuivre, la valeur de l'or, gna C'était vraiment des sujets... Tu vois, j'étais en sixième. Ça me saoulait, ça me saoulait. C'était tous les midis. Je ne comprenais pas pourquoi on ne parlait que de ça. Mais en fait, ils partageaient cette passion du boulot. Je l'ai compris après. Bon, rapidement, on s'est organisé avec Charles de manière à ce que le boulot ne vienne pas à la maison. C'était la règle. On peut en discuter. On peut partager nos craintes de la journée, nos réussites, etc., nos projets. Mais on n'emmène pas le boulot à la maison. On rentrait déjà assez tard. Il n'y avait pas besoin de continuer. Il fallait une coupure pour que nos cerveaux aient le temps, en tout cas le mien, de se renouveler jusqu'au lendemain.
- Speaker #0
Et tu as réussi à tenir ?
- Speaker #1
Oui. J'ai adoré bosser en couple. Il y a eu plein de débats, je ne cache pas le truc. Mais sincèrement, en 11 ans, on a dû s'engueuler deux fois au boulot, prise de tête parce qu'on n'était pas d'accord sur certains trucs opérationnels. Moi, je n'aime pas trop qu'on vienne marcher sur mes plates-bandes. J'aime bien qu'on me dise qu'on vient de les remettre en question, il n'y a pas trop de sujets. Par contre, aide-moi, accompagne-moi à le remettre en question. Si je fais des erreurs ou autre, ça n'a pas de souci. Par contre, ne me prends pas le truc. J'ai besoin de grandir avec le projet. Je n'aime pas qu'on s'accapare un truc que j'ai mis du temps à construire et à élaborer. Je pense qu'avant tout, pas forcément le couple. Parce qu'on va dire, de travailler en duo, ça suffira déjà. Choisissez bien vos associés. Ne vous associez pas avec des gens avec qui vous n'avez jamais travaillé. Ce n'est pas parce qu'au quotidien vous vous entendez bien avec quelqu'un que ça va fonctionner. Parce qu'il faut une alchimie, il faut des idées, il faut une complémentarité. Et d'ailleurs, vous n'êtes pas obligé d'être ami pour être un super duo en entreprenant.
- Speaker #0
Et à l'inverse, quel conseil donnerais-tu à un couple qui a envie d'entreprendre ensemble ?
- Speaker #1
Accrochez-vous, ça va secouer. Accrochez-vous, communiquez. parler, mais bon, ça, ça peut être valable pour entreprendre. Voilà, tout court, on est bien d'accord. Mais oui, la communication, ce sera la clé. Posez vos idées, challengez-les, mais ça, c'est en fait de manière générale. C'est valable, là, on souligne le couple, mais ça pourrait être dans un autre contexte.
- Speaker #0
Est-ce que, forte de cette expérience, tu conseillerais toujours à des gens d'entreprendre ? Tu parlais tout à l'heure, t'as envie que tes enfants entreprennent ? Est-ce que tu restes convaincue des vertus de l'entrepreneuriat ?
- Speaker #1
Alors, pour reprendre ce que tu disais, les phases de deuil, je suis encore un peu en colère. Entreprendre, allez-y, foncez, vous avez des idées, foncez, mettez-les en place, travaillez-les, remettez-les en question. Bien sûr, entreprendre, c'est juste génial. C'est plein de challenges. Chaque jour est un nouveau projet, est un nouveau challenge. Donc ça, c'est formidable. Je laisserai le choix à mes enfants, ça c'est sûr, d'entreprendre ou pas, de faire ce qu'ils ont envie, de les accompagner dans leur force et dans leur qualité en fait. Ça, ça m'importe. D'aller chercher, il m'a fallu plusieurs années pour comprendre là où j'étais. Alors, il y avait plein de sujets où j'étais bonne. Mais les sujets où j'excellais, j'avais du mal à les identifier, peut-être parce que j'étais jeune aussi. Mais il faut rappeler quand même que ma première boîte, je l'ai montée, j'avais 21 ans. Donc, j'étais vraiment un bébé. Mais j'ai mis du temps à savoir où est-ce que j'excellais. Mais une fois que vous avez les clés de vous-même, là, il faut bombarder. Alors après, est-ce que je conseille aux autres d'entreprendre ? Oui, mais entreprenez à l'étranger. Pour l'instant...
- Speaker #0
Est-ce que tu pourrais réentreprendre un jour ? Oui. En France ou à l'étranger ?
- Speaker #1
Oui. Je ne pense pas en France.
- Speaker #0
Ah oui, à ce point.
- Speaker #1
Oui.
- Speaker #0
Tu as des idées ?
- Speaker #1
Moi, j'ai plein d'idées, c'est ça le problème. C'est ça le problème. Bien que là, je suis fatiguée de l'entrepreneuriat, il m'a quand même bien usée. Pas fatiguée physiquement, mais je ne sais pas trop comment. J'ai un peu du mal à expliquer ça. Il m'a vidé de la passion d'entreprendre. pas de la passion d'avoir des idées, d'entreprendre, de porter cette charge de l'entrepreneuriat. Donc là, il faut juste que je me reconstruise, parce que là, j'ai très envie, je trépigne de trouver une nouvelle boîte où je vais pouvoir bombarder foncé dans ce dans quoi je suis bonne et où je peux être un vrai atout. J'ai envie, j'ai très envie de faire ça. Par contre, pour mon propre compte, non, là... Je suis un peu échaudée quand même. Mais j'ai plein d'idées, ouais.
- Speaker #0
Qu'est-ce que tu ferais différemment ?
- Speaker #1
Je changerais de gouvernement. Je sais pas pour lequel, c'est ça le problème, mais...
- Speaker #0
C'est qu'on a un gouvernement quand même ultra pro-business pour l'instant.
- Speaker #1
Peut-être pas envers les TPE, je pense. Peut-être pas. Mais en fait, je rêve d'un gouvernement, tu vois, où il y ait une branche. au ministère du Travail qui soit dédié à l'entrepreneuriat pour pousser ça à fond en fait. Pour aider les sociétés à se développer avec des objectifs, je ne dis pas, ça ne veut pas dire vannes financières ouvertes, mais pour les accompagner dans la création d'entreprises, mais vraiment les accompagner. En fait, tu n'es pas accompagné. Tu vas sur un site, tu te connectes, tu crées une société. Mais ce n'est pas ça, être accompagné. Qu'on te donne des clés, qu'on te dise où faire attention. Parce que souvent, tu as une idée. Alors, je ne sais pas, moi... Une petite nénette qui va vouloir tricoter des pyjamas d'enfant fait main. Mais qu'est-ce qu'elle y connaît à la compta ? Qu'est-ce qu'elle y connaît au réseau de distribution ? Qu'est-ce qu'elle y connaît au site web ? D'accompagner, de former les entrepreneurs au droit. Plein d'autres questions qui sont différentes de leur cœur de métier et du cœur de leur idée. J'aimerais bien un pays qui fasse ça. J'aimerais bien un pays qui fasse ça.
- Speaker #0
Qui est ton plus grand succès, la chose dont tu es la plus fière ?
- Speaker #1
Je dirais que la chose qui me rend vraiment la plus fière, c'est d'avoir fait tout, toute seule. Avec Charles, évidemment, mais dans le sens... Je suis sortie de mes études, alors je pouvais écrire un discours, je pouvais écrire des articles, je pouvais faire un saut marketing, etc. Je ne savais pas faire de compta. Je ne savais pas faire de e-commerce, je ne savais pas faire de web, je ne savais pas faire de finance, je ne savais pas faire un business plan, je ne savais pas comment travailler les transporteurs, je ne savais pas calculer une mamie, tu vois, je ne savais rien, je ne savais rien.
- Speaker #0
Et tu étais auto-formée ?
- Speaker #1
Surtout, et pas peur de dire à quelqu'un quand je ne sais pas, je ne sais pas, par contre, t'inquiète que demain je vais savoir. Parce que j'ai envie d'apprendre, tu vois. J'ai envie d'ouvrir mes connaissances, de me former.
- Speaker #0
Quel est le meilleur conseil qu'on t'ait donné ? Ou un bon conseil qu'on t'ait donné ?
- Speaker #1
Je dirais, il y a deux conseils qui sont souvent revenus, ou deux remarques. Ma transparence. J'aime bien dire les choses comme elles sont. Pas dans le... Enfin, pas du point de vue négatif. Je suis transparente. J'aime pas cacher, j'aime bien être honnête. Donc, je dis les choses, je les dis très honnêtement, soit avec de l'humilité, soit pas. Mais souvent, ça, on m'a dit... On me l'a fait remarquer. T'es très transparente et honnête. Je sais pas être malhonnête. Donc, je dis les choses... comme elles sont, et souvent on m'a beaucoup remercié d'avoir fait les choses comme ça.
- Speaker #0
Tu prôles la transparence au quotidien. Donc tu es presque convaincue. Est-ce que tu dirais que tu as perdu du temps ? Ou au contraire, toute expérience est bonne à prendre et tu consolideras par-dessus ?
- Speaker #1
Non, je n'ai pas perdu de temps, ça c'est sûr. On a une vie, et je la trouve déjà longue. Pas longue dans le sens où je la trouve pénible, mais on a beaucoup de chances de se dire qu'on peut passer... 80 ans, peut-être 90 ans, peut-être plus, sur une terre. C'est incroyable. Donc là, 12 ans, je n'ai pas perdu de temps. J'ai appris tellement de choses. J'ai rencontré tellement de gens que j'ai adoré, vraiment adoré cette période. Et même là, je vais te dire une chose. Je suis très heureuse de connaître cette étape-là de l'entrepreneuriat. Elle m'a challengée différemment. de plein d'autres étapes que j'ai déjà vécues. En revanche, j'ai perdu beaucoup d'argent.
- Speaker #0
Est-ce que tu as un nouvel objectif, un nouveau projet ?
- Speaker #1
Alors, mon nouvel objectif, c'est de trouver une boîte dans laquelle je puisse m'investir autant que j'ai pu le faire jusqu'ici, parce que je ne sais faire que ça, qui, à mes yeux, a du sens. C'est-à-dire qu'en prenant du recul sur l'activité qu'on menait jusqu'ici,
- Speaker #0
Même si on participait à des moments incroyables de la vie de chacun, c'est-à-dire pour ton anniversaire, on participait à ta fête d'anniversaire, on participait à des baptêmes, tu as plein de choses chouettes de la vie. Je ne participe pas à un truc pénible, pas à des obsèques, bien que si, on a déjà participé par exemple à des fers parmais. Tu participes à des moments, mais par contre, le principe même d'aller sourcer des produits qui viennent de Chine. pour les faire venir en Europe, pour les revendre à la Chine, mais pas loin, ça n'avait plus beaucoup de sens à la fin, pour moi. En tout cas, je voyais ce point-là comme un aspect négatif. Aujourd'hui, j'ai vraiment envie de trouver une boîte qui a du sens pour moi. Les boîtes dans lesquelles je postule, c'est souvent des domaines d'activité qui me motivent. Penser à demain, penser aux générations futures, être utile dans ce qu'on fait. Ça, ça va être mon objectif.
- Speaker #1
Dernière question.
- Speaker #0
Oui.
- Speaker #1
Si tu pouvais parler à Marion de 2011, qui vient de créer BioDuo, qu'est-ce que tu lui dirais ?
- Speaker #0
Je lui dirais tape aux portes plus vite. Au début, j'étais toute petite, donc je n'osais pas, tu n'oses pas. Je me souviens, un petit clin d'œil aussi à mes parents, j'avais un piercing à la langue à l'époque. Tu vois, je n'avais pas du tout envie d'aller voir un banquier. J'ai enlevé mon petit piercing, tu vois, je toquais à la porte gentiment, tu vois. En fait, j'aurais dû la pousser, la porte, quoi. Il y a des portes que j'aurais mis un grand coup, quoi. Tu vois, pour aller droit devant, pour demander, pas avoir peur et confiance en toi. Et confiance, tu sais ce que tu vaux, vas-y, fonce, vas-y. Voilà ce que je lui aurais dit à cette petite en 2011.
- Speaker #1
Merci beaucoup Marion.
- Speaker #0
Merci beaucoup Thomas.
- Speaker #1
Je remercie Thibaut Dupieris pour le montage et les équipes de conseil finance et transmission pour leur soutien sur cette belle aventure. N'hésitez pas à nous contacter pour nous suggérer des invités ou des thèmes que vous souhaitez aborder. Ce projet n'est pas seulement le mien, je tiens à ce qu'il évolue avec ses auditeurs.