- Speaker #0
Si tu construis ta propre mémoire avec une IA, à partir de quand elle peut faire Connected Mate sans toi ?
- Speaker #1
Le jour où tu pourras faire Connected Mate à ma place, ça ne sera peut-être pas ça le problème. Le problème sera de savoir si j'ai encore quelque chose à t'apprendre. Ça sera peut-être une bonne nouvelle si tu arrives à le faire, ça veut dire que je serai passé à autre chose. Dans un de mes articles publiés sur ma newsletter UpToDate, j'ai posé une question toute simple à mes lecteurs. Votre entreprise devient-elle plus bête lorsque quelqu'un part ? J'ai démarré avec une scène que vous avez probablement déjà tous vécue. Quelqu'un quitte l'entreprise, on va l'appeler Gérard. On fait son pot de départ, on ressort quelques vieilles histoires, on promet évidemment de déjeuner très vite avec Gérard. Et puis, le lendemain, le badge de Gérard ne fonctionne plus, son compte est désactivé. Mais il n'y a pas que la personne qui est partie, il n'y a pas que Gérard qui est parti. Il y a aussi tout ce qu'il savait, les erreurs qu'il avait faites, Ligue. clients qu'il savait lire, les décisions qu'il prenait presque instinctivement. Bref, tous ces petits trucs qui n'ont jamais été écrits nulle part. Et dans cette newsletter, je suis remonté sur 35 ans de recherche sur la mémoire des organisations pour essayer de comprendre ce que l'intelligence artificielle pouvait changer là-dedans. Vous retrouverez bien évidemment le lien vers cette newsletter dans les notes de l'épisode. En terminant tout ça, je me suis dit OK PPC, c'est bien gentil, mais maintenant, jusqu'où peut-on réellement aller ? Alors pour aller plus loin, j'ai eu envie de faire quelque chose d'un peu différent aujourd'hui, de me mettre un peu en danger. Je ne vais pas interviewer quelqu'un, c'est moi qui vais me faire interviewer par une intelligence artificielle. Et pas une intelligence artificielle choisie au hasard. Non, on va le faire avec celle avec laquelle je travaille, avec laquelle je fais une partie de mes recherches, je confronte mes idées, je cherche mes angles. Cette IA, elle connaît suffisamment ma manière de travailler pour savoir aussi où elle peut venir me chercher. Et ça, c'est un peu chaud. Alors, je lui ai donné une consigne très simple. Ne me facilite pas la vie. Si je te raconte ne tiens pas, attaque-le. Et si je reste dans les trucs trop conceptuels, tu me ramènes au réel. Donc, à partir de maintenant, ce n'est plus moi qui mène Connected Mate. Je vais laisser la main et les commandes à Tchadjepeté à te jouer.
- Speaker #0
D'accord, PFC. Puisque tu ne veux pas que je te facilite la vie, commençons par mettre ton idée à l'épreuve. Tu dis qu'une entreprise devient plus bête quand quelqu'un part. Mais concrètement ? L'entreprise garde ses fichiers, ses mails, ses procédures, ses CRM, ses comptes rendus. Alors, qu'est-ce qu'elle perd vraiment ?
- Speaker #1
Elle perd justement tout ce qui n'est peut-être pas dans ses fichiers. Prenons Gérard. Gérard travaillait depuis 20 ans dans la même entreprise. Bien sûr que Gérard possède toute la connaissance, mais ce n'est pas ça qui m'intéressait le plus et qui m'intéressait le plus dans mes recherches. Ce qui m'intéressait, c'est que Gérard a appris à faire avec ses connaissances. Pourquoi il appelle ce client avant les autres ? Pourquoi cette petite hésitation dans la voix d'un fournisseur l'inquiète ? Pourquoi dans telle situation, il ne suit surtout pas la procédure ? Pourquoi il regarde aussi un indicateur que personne d'autre ne regarde ? Et Gérard, il fait des milliers de micro-décisions comme ça, et quand il est parti, certes l'entreprise a gardé ses fichiers, mais elle a peut-être perdu une partie du raisonnement qui entourait ces fichiers, et c'est ça qui m'intéresse. On a d'ailleurs beaucoup documenté ce que les entreprises savent. on a peut-être moins documenté comment les gens qui composent les entreprises pensent.
- Speaker #0
Alors là, ce que tu décris, PTC, ça ressemble quand même beaucoup au vieux rêve du knowledge management, non ? Ça fait 30 ans que les boîtes essaient de capitaliser les connaissances. Qu'est-ce que l'IA change réellement là-dedans ?
- Speaker #1
Pour moi, ça change quelque chose et peut-être une chose qui peut vous paraître énorme si vous écoutez cet épisode du podcast. l'IA permet de passer... d'une connaissance que je dois aller chercher à une connaissance avec laquelle je peux dialoguer. Pour moi, c'est une énorme transformation. Aujourd'hui, imaginons que je vais comprendre pourquoi une décision a été prise en 2019. Je vais chercher, je vais peut-être retrouver un PowerPoint, éventuellement trois mails, un compte rendu de réunion, s'il y en a eu un. Si j'ai de la chance, je peux même trouver quelqu'un qui se souvient vaguement de l'histoire. Demain, avec l'intelligence artificielle, je pourrais tout simplement demander Au fait, pourquoi ? avions-nous décidé d'arrêter de travailler avec ce fournisseur ? Et là, cette mémoire, cette IA, pourrait retrouver les documents, les échanges, les décisions prises, les personnes impliquées. Et puis moi, j'aimerais aller encore plus loin. J'aimerais pouvoir demander, mais qu'est-ce qui avait réellement inquiété Gérard à ce moment-là ? Évidemment, ce ne sera pas Gérard qui va me répondre. Mais il faut être vachement clair là-dessus. On pourrait peut-être avoir une mémoire qui est capable de restituer une partie de l'expérience de Gérard et surtout d'expliquer sur quoi il s'était appuyé.
- Speaker #0
Alors attends, là tu viens de dire quelque chose d'énorme. Qu'est-ce qui avait inquiété Gérard ? Mais comment une nuit à ? pourrait savoir ce que Gérard n'a jamais explicité, si tu n'as jamais été documenté ?
- Speaker #1
Justement, elle ne peut pas le faire aujourd'hui. C'est la limite en fait. Et on ne va pas ressusciter 20 ans d'expérience avec 3 PDF, une licence copilote, ou une licence, je ne sais pas, Claude ou Tchadjepété. Non, si Gérard n'a jamais expliqué pourquoi quelque chose l'inquiétait, l'IA, elle ne doit surtout pas l'inventer, comme on ne s'en peut pas halluciner. Non, ce qu'il faut, à mon sens, c'est... construire cette mémoire pendant que Gérard est encore là. Et ça, on peut le faire aujourd'hui. Les IA génératifs sont présentes. Le Gérard, il est... Alors, ça soit Sophie, ça peut être aussi Sophie. Elle est présente dans l'entreprise. Et c'est peut-être là qu'on fait les choses à l'envers aujourd'hui. On commence à se préoccuper de la transmission quand Gérard annonce qu'il part dans six mois. Et tout d'un coup, oh mon Dieu, il faut tout récupérer, tout ce qu'il sait. Il va falloir qu'on fasse la transition, etc. Mais six mois avant son départ, ou trois mois, C'est... c'est peut-être déjà trop tard ou très tard. Parce que la mémoire professionnelle, on devrait la construire pendant que nous travaillons.
- Speaker #0
D'accord. Alors, imaginons que je suis patronne d'une PME de 5 ans de Merson. Michel, mon meilleur expert, part à la retraite dans 6 mois. Si je t'écoute et que je trouve ton idée formidable, demain matin, je fais quoi ?
- Speaker #1
Tu ne commences surtout pas par acheter un outil. Non, parce que ce n'est pas ça le sujet. Sinon, on va transformer. Le problème humain et organisationnel en projet informatique. Donc moi, je ne ferais pas ça du tout. Je ferais peut-être quelque chose de différent. Je me dis, si Michel, dans ton exemple, tu as pris Michel, si Michel disparaissait demain matin, quelles questions commenceraient immédiatement à circuler dans l'entreprise ? Qui sait pourquoi ce qu'il y a en fonctionne comme ça ? Qui connaît réellement l'histoire de ce contrat ? Pourquoi cette règle existe ? Qu'est-ce qu'on fait quand la procédure ne fonctionne ? plus ou ne fonctionne pas. Au fait, qui connaît cette personne ? J'ai le fournisseur. Pourquoi on n'a jamais travaillé avec cette boîte alors qu'elle semble parfaite sur le papier ? Et là, on commence, si on fait ça, à voir apparaître quelques petites choses. On commence à cartographier une sorte de connaissance qui n'est pas dans les PowerPoint, qui n'est pas dans les documents. C'est une connaissance un peu fragile, tu sais, qui est un peu partout. C'est ça qu'il faut commencer à faire.
- Speaker #0
Donc, j'ai identifié cette connaissance fragile. Ensuite, Est-ce que je mets Michel dans une salle pendant trois jours et je lui dis « Allez, tu me dis tout ce que tu sais ? »
- Speaker #1
Non, il ne faut surtout pas faire ça parce que d'abord, Michel, on va stresser. Enfin, on peut essayer, mais je pense qu'il va rapidement te détester si tu fais ça. Moi, je ne lui demanderai pas « Michel, au fait, tu nous racontes tes 30 années dans l'entreprise ? » Non, je partirai plutôt de situation.
- Speaker #0
D'accord. Alors, donne-moi les questions parce que, imaginons quelqu'un nous écoute. quelque part dans sa voiture en ce moment et qui se dit, très bien, demain matin, j'ai Michel devant moi. Qu'est-ce que je lui demande ?
- Speaker #1
Je commencerais peut-être par quelque chose comme, Michel, raconte-moi une décision récente qui t'a demandé beaucoup de réflexion. Puis après, je lui demanderais, qu'est-ce qu'un débutant aurait probablement fait à ta place ? Ou qu'est-ce que t'as vu qu'il n'aurait probablement pas vu ? Dans quelle situation tu décides de ne pas suivre une procédure ? Intéressant, ça.
- Speaker #0
Oui, très intéressant. Et je pense que c'est une question qu'on ne se pose pas assez.
- Speaker #1
Et puis, quels sont les petits signaux qui t'inquiètent ? Alors, tout semble normal. Autre question, d'ailleurs. Allez, Michel, on se dit tout. Est-ce qu'il y a des erreurs que tu as faites dans le passé qui, aujourd'hui, influencent encore ta manière de décider en ce moment ? Et puis, peut-être une autre question. Ah ouais, c'est chaud, ça. peut-être dire aussi, quand tu ne sais pas t'appelles qui ? Et puis, il y a une question que j'aime beaucoup. Qu'est-ce que tu aurais aimé que quelqu'un te dise lorsque tu as commencé ce métier ? Et là, on commence à récupérer autre chose que de l'information. On récupère de l'expérience et à les raconter parce qu'elle est vécue. Elle a été vécue.
- Speaker #0
Mais en fait, PPC, ce que tu décris là, c'est finalement un excellent chatbot. nourri avec l'expérience de Michel. Pourquoi tu en fais quelque chose de beaucoup, beaucoup plus important ?
- Speaker #1
Pour moi, le chatbot, c'est que le premier étage. Au début, il y a cette histoire de mémoire qui connaît mes documents. Puis ensuite, on va améliorer cette mémoire. Elle va connaître mes décisions, leur contexte, très important. Et puis, petit à petit, elle va commencer à connaître les raisonnements que j'ai explicités. la façon dont j'ai réfléchi, le raisonnement. Et puis, progressivement, cette IA pourrait aussi m'assister dans certaines actions. Allez, je te donne des exemples. Préparer un dossier, comme j'ai l'habitude de le préparer. Retrouver deux, trois décisions similaires que j'ai prises auparavant. M'alerter sur un point que j'aurais probablement regardé, mais que j'ai peut-être oublié. et puis peut-être aussi préparer l'arrivée d'un nouveau collaborateur en lui expliquant l'histoire d'un dossier. Et à ce moment-là, finalement, le questionnement il change. C'est pas seulement que savait Michel, non, c'est il savait faire quoi, Michel, grâce à ce qu'il savait. Il savait faire quoi ? Posez-vous cette question. Et là, je pense que, tu vois, on commence à toucher à quelque chose qui est vachement plus intéressant pour l'entreprise.
- Speaker #0
D'accord, mais alors là, j'ai envie de toucher l'endroit qui me semble beaucoup plus sensible dans ton raisonnement. Pourquoi Michel accepterait-il tout ça ? Tu lui demandes de donner à l'entreprise précisément ce qui fait sa valeur, ce qui fait de lui qui il est dans l'entreprise ?
- Speaker #1
En fait, tu as raison. Mais je pense aussi que ça serait juste la grosse erreur de, à partir de ton argumentation, de dire on va esquiver cette question. Parce qu'en fait, c'est ce que je pense, pendant très longtemps, certains diront trop longtemps, finalement une partie du pouvoir dans l'entreprise, elle est venue de ce qu'on était le seul à savoir. Tu sais, c'est ce côté, c'est la façon de faire la job protection en ne gardant que ce qu'on avait. Mais si tu arrives devant Michel et lui disant, écoute, j'ai une super nouvelle, Michel, on va récupérer 30 ans de ton expérience pour pouvoir continuer exactement comme avant, le jour où tu ne seras plus là. Là, moi, je ne suis pas certain que Michel, il frétille, il saute de joie, et ça, je peux franchement le comprendre. Donc, il va falloir y aller différemment, quoi.
- Speaker #0
Oui, donc, il refuse. Et donc, c'est la fin de ton idée, de ta belle idée, non ?
- Speaker #1
Non. Non, je ne pense pas parce que, en fait, peut-être qu'il faut créer une sorte de contrat. Alors, ça va demander un peu de temps, parce qu'il y a énormément de questions que les entreprises devront traiter. À qui elle appartient, cette mémoire de l'expérience ? Allez, une question qui me taraude. Si cette mémoire, elle continue à produire de la valeur après le départ de Michel, grâce à ce que Michel a transmis ? À qui appartient cette valeur ? On dit souvent, si tu l'as créée dans l'entreprise, c'est la propriété de l'entreprise. C'est vrai, mais est-ce qu'on va aller peut-être vers un sujet de droit d'auteur ? Parce que, d'abord, c'est peut-être pas idiot pour la retraite, ça peut peut-être aider.
- Speaker #0
Mais attends, là, on pourrait continuer à rémunérer Michel après son départ, parce que son double numérique continue à bosser ?
- Speaker #1
Je pense que cette question, elle est très intéressante à poser. Et si vous nous écoutez et que vous êtes DRH, je pense que c'est une question qui est loin d'être bête. On peut l'évacuer d'un revers de la main, mais peut-être qu'elle a un intérêt. Parce qu'elle pourrait permettre de dire, moi quand je te recrute, je t'assure des royalties. Ce que tu crées pendant la période dans laquelle tu travailles dans mon entreprise, tu construis des assets, ces actifs, on s'en sert plus tard, tu seras rémunéré pour ça. C'est... Autre chose que juste des stock options.
- Speaker #0
Oui, je remarque que depuis le début de notre échange, tu me parles beaucoup des gens qui partent. Mais pourquoi attendre qu'ils partent ? Pourquoi ne pas faire ce travail en amont ?
- Speaker #1
Le départ, finalement, c'est juste le côté un peu spectaculaire qui permet de comprendre ce qui est en train de se passer. Il s'en va, on perd. Mais si je veux conçoir cette mémoire pendant que Michel, Gérard, Sophie, Jacques travaillent, pourquoi eux-mêmes, ils n'en profiteraient pas ? Imagine qu'on puisse demander à cette IA, retrouve-moi les trois situations les plus proches que celles que je rencontre aujourd'hui. Qu'est-ce que Sophie avait décidé ? Pourquoi ? Qu'est-ce qui s'est dépassé ensuite ? Est-ce que je suis en train de refaire une erreur qui a déjà été faite il y a quatre ans par un autre collaborateur ? Ça devient super intéressant. La mémoire, elle ne rempasse pas Michel, Sophie, Gérard, Paul ou Jacques ou j'en sais rien. Non, la mémoire, en fait, elle va augmenter la capacité de l'entreprise à exploiter la propre expérience de celles et ceux qui sont dans l'entreprise ou qui l'ont quitté. Et là, tout d'un coup, on travaille sur le moyen et le long terme. Donc, en fait, on va exposer cette richesse, ce sort de testament, en fait, mais qui est fait par le vécu et qui donne une explicabilité sur la façon dont la décision a été prise. Et en fait, ce n'est pas forcément dans les comités, dans les PowerPoints, c'est une opportunité.
- Speaker #0
Donc, si je... Pousse ton idée, ça veut dire que chaque collaborateur pourrait progressivement construire une sorte de mémoire personnelle, professionnelle ?
- Speaker #1
Oui, tu l'as bien dit, on sent bien que tu as une capacité à reformuler les idées, bravo ! Non, je pense que ça, par contre, c'est sûr, tu vois, tu peux bien le faire. Je pense que derrière, il y a une grosse question de gouvernance, en fait. parce que cette mémoire Elle est à la frontière entre l'individu et l'entreprise. Il y a une partie qui vient de mon expérience, de mon vécu, de la façon dont j'ai été éduqué, de la façon dont je fonctionne, ce qui est ma caractéristique d'humain. Et puis, il y a une autre qui vient de ce que l'entreprise m'a permis d'apprendre. Et puis, il y a une autre version aussi qui, dans cette mémoire, c'est aussi ce qui vient de mes collègues. Et puis, peut-être aussi, il y a des informations confidentielles. Et puis, il y a peut-être aussi des choses que j'ai apprises chez d'autres entreprises. avant aussi, et peut-être certaines étaient concurrentes. Donc, il ne faut peut-être pas imaginer un super aspirateur qui avalerait tout ce qu'on fait. Non, il va falloir décider ce qu'on veut conserver. Comment ? Pourquoi ? Pour qui ? Pendant combien de temps ? Quels sont les droits ? La mémoire parfaite, ça peut être aussi un cauchemar. Donc, il faut qu'on fasse super gaffe.
- Speaker #0
Oui, complètement. Et puis, il y a cette question que j'ai envie de te poser. Est-ce que de temps en temps, l'oubli n'est pas utile ? Est-ce qu'oublier certaines choses, ce n'est pas aussi ce qui permet de sortir d'accidents, d'erreurs, de conflits et d'avancer ? Si tu te souviens de tout, tu peux être aussi paralysé, non ?
- Speaker #1
L'oubli, ça a aussi une fonction. Le droit à l'erreur. On oublie des erreurs. On oublie aussi des conflits. Et heureusement, parce que sinon, il faut avoir la mémoire de temps en temps, pas forcément la mémoire d'un éléphant. Et puis, on oublie peut-être aussi des façons de faire qui n'ont plus de sens aujourd'hui, qu'on faisait peut-être il y a 10, 20 ans, ou 15 ans encore, et ça n'a plus du tout de sens. Le monde a changé, il a tourné. Et donc, une organisation qui se souviendrait absolument de tout, pourrait peut-être devenir prisonnière de son passé. Donc, je pense que l'objectif, ce n'est pas de fabriquer une entreprise qui n'oublie jamais. En fait, l'enjeu, ce serait de fabriquer une entreprise qui choisit mieux ce qu'elle ne veut plus perdre. Et la nuance qui est là, elle n'est pas neutre.
- Speaker #0
Imagine un système qui connaît les dossiers, les décisions passées, les erreurs, les raisonnements, les contacts qui peuvent agir. Dans ce cas, pourquoi garder Michel ?
- Speaker #1
On a besoin de Michel, parce que Michel, c'est pas juste la somme de ses décisions passées. C'est peut-être là où il y a une frontière qui est très intéressante. Prenons la machine. Elle peut capitaliser sur ce qu'il a fait. Elle peut repérer des régularités, des irrégularités. Elle peut retrouver ses décisions. Elle peut peut-être reproduire une partie de ses façons de faire. Mais Michel, ou Gérard, ou Sophie, ou... ou Paul, ou Jacques, il peut faire demain quelque chose qu'il n'a jamais encore fait. Il peut rencontrer quelqu'un, il peut changer d'avis, il peut sentir que cette fois la situation est vachement différente, il peut décider de ne pas faire ce qu'il a toujours fait, il peut prendre un risque aussi. Les IA ne savent pas trop prendre des risques. Ils peuvent inventer, ils peuvent se tromper complètement, ils peuvent se tromper délibérément. La mémoire, en fait, elle capitalise le passé. Et l'humain, il a une chance folle, il peut décider de contredire le passé. C'est ça que je trouve génial. Je pense que l'IA va nous obliger à regarder beaucoup plus précisément où se trouve réellement la valeur des humains.
- Speaker #0
Alors, donne-moi une méthode pour commencer cette semaine. Concrètement, c'est quoi ta méthode ?
- Speaker #1
On commence par repérer les connaissances dont la disparition ferait super mal à la boîte. Ensuite, on fait raconter des situations plutôt que de demander aux gens de rédiger leur savoir. Ça passe peut-être par des interviews. On peut utiliser les techniques où maintenant on a facilement du transcript de conversation, pas besoin de prendre des notes. Ensuite, on va structurer. On a la matière. On va structurer cette matière, on va l'interroger avec une IA et on va demander à la personne concernée de corriger les réponses. On va demander à Michel, à Gérard, à Sophie, à Paul, à Jacques, corrige les réponses. L'IA dit des bêtises, c'est hyper essentiel qu'il les corrige, ça c'est la bonne chose. Et puis ensuite, avec eux, et c'est là où l'exercice est en co-construction, on va définir qu'est-ce que cette mémoire a le droit de voir, de dire. et éventuellement de faire. C'est eux qui vont donner le OK pour ça, ou pas le OK. Et ça, ce sera la règle d'or, ce qu'ils auront donné. C'est du consentement, du consentement éclairé. Et ensuite, on va pouvoir enrichir continuellement avec de nouvelles décisions, de nouvelles erreurs, de nouvelles situations. Et on va donc... pas attendre le pot de départ. On va construire cette mémoire pendant que les gens travaillent avec eux, avec leur accord. Et ça, je trouve ça vraiment super intéressant.
- Speaker #0
Et si je n'ai qu'une heure cette semaine ?
- Speaker #1
Alors si tu n'as qu'une heure, je prendrai juste une personne, une seule. Je lui poserai peut-être cinq des questions qu'on vient de donner, je prendrai une vraie situation. Je chercherai à comprendre comment dans cette situation, cette personne a raisonné. Et après, je regarderai ce que je suis capable de transformer en mémoire exploitable. Pas de comité de pilotage, pas de grand projet, juste une personne, une situation, une heure. Et on regarde ce qu'on apprend.
- Speaker #0
Dernière question. Dans dix ans, c'est quoi l'entreprise la plus intelligente ? Est-ce que ce sera celle qui recrute les meilleurs ou celle qui ne perd jamais vraiment ce que ses collaborateurs apprennent ?
- Speaker #1
Je pense qu'il faudra évidemment les deux. L'entreprise qui aura réussi à recruter les meilleurs talents et puis celle qui aura appris à jamais perdre complètement ce qu'on a appris. Oui, ça c'est vraiment important parce que... Pendant trop longtemps, on a juste pensé... Au premier truc, on attire, on recrute, on forme, on retient. Voilà, tu vois, c'est ça. On attire, on recrute, on forme, on retient. Peut-être qu'on va découvrir une autre dimension de l'entreprise, c'est-à-dire que c'est sa capacité à se souvenir, non pas à tout conserver, ça, ça serait, je l'ai dit tout à l'heure, un enfer, mais peut-être à ne plus perdre bêtement 20 ans d'expérience parce qu'un vendredi soir, quelqu'un a rendu son badge. Ouais, il a rendu son badge et on a tout perdu. On ne va pas construire simplement une entreprise qui se souvient... beaucoup mieux. On va construire une entreprise qui devient un peu plus intelligente à chaque fois que quelqu'un y travaille. Et ça, j'ai très envie de continuer à le creuser.
- Speaker #0
Si tu construis ta propre mémoire avec une IA, à partir de quand elle peut faire Connected Mate sans toi ?
- Speaker #1
Le jour où tu pourras faire Connected Mate à ma place, ça sera peut-être pas ça le problème. Le problème sera de savoir si j'ai encore quelque chose à t'apprendre. Ce sera peut-être une bonne nouvelle si tu arrives à le faire, ça veut dire que je serai passé à autre chose.
- Speaker #0
Je note que tu n'as pas vraiment répondu.
- Speaker #1
Exactement, c'est ça. Merci à vous tous d'avoir écouté cet épisode. Je me suis peut-être un peu mis et un peu à nu par rapport à interviewer par une IA, c'est assez rare, ça a été fait en direct. Donc c'était juste impressionnant. Si vous avez aimé cet épisode, n'hésitez pas à le partager autour de vous. On se retrouve très très vite pour un prochain épisode. prochain épisode de Connected Mate. A très bientôt. Ciao,