- Speaker #0
Benjamin Patou, bonsoir.
- Speaker #1
Frédéric Bébé, bonsoir.
- Speaker #0
Vous êtes le patron de plusieurs institutions parisiennes. La Pérouse, bien sûr, en tête, mais aussi Prunier, bientôt l'Auberge Bressane, le Lafayette, et les autres, je n'ai pas encore le droit de les dire, car vous êtes en cours de négociation pour d'autres acquisitions. Sans vous, cette émission serait clocharde, homeless, et moi-même, je serais probablement victime de malnutrition. Merci de nous offrir le gîte pour ces conversations depuis 4 ans, chaque semaine. Vous publiez Itinéraire d'un enfant raté, aux éditions Fayard, livre qu'avant même de lire, j'aimais déjà. Mais pourquoi ce titre ? Votre réussite est éclatante. Pourquoi avez-vous choisi un titre qui déprécie votre itinéraire ?
- Speaker #1
Alors déjà, Itinéraire d'un enfant raté, c'est comme chacun a compris, un hommage au film culte de Claude Lelouch, Itinéraire d'un enfant gâté, qui est un film complètement générationnel. Je pense que les gens de ma génération, c'est-à-dire entre eux... Entre 45 et 55 ans aujourd'hui, je pense qu'il y a des millions de gens, d'hommes et de femmes d'ailleurs, qui considèrent l'itinéraire d'un enfant gâté comme étant leur film culte. Donc déjà c'est un hommage, je raconte tout au long du livre la relation très particulière que j'ai avec Claude Lelouch. Et c'est vrai qu'entre l'enfant gâté et l'enfant raté, il n'y a qu'une lettre. C'est un jeu de mots, mais avec évidemment un message et une profondeur. C'est que je pense que... Éternel enfant raté, en réalité, ce n'est pas mon histoire. Ce n'est pas mon histoire. C'est l'histoire de tout le monde. C'est votre histoire. Je pense que, en nous, tout le monde a le sentiment d'avoir, à un moment donné, dans son enfance, eu des traumatismes, des complexes, des empêchements, ces périodes de l'adolescence qui... très dur pour tout le monde, même pour les gens qui ont des vies les plus favorisées. Et donc je pense que c'est un nom en réalité qui parle à tout le monde et qui est en cela beaucoup plus universel que simplement de ma propre histoire. Après, j'ai eu mon parcours, mes chaos, mes failles, mes accidents, que vous avez lu tout au long du livre. Mais c'est vrai que l'enfance est un moment clé dans une vie. Tout bon psychanalyste le sait. Et donc, j'avais envie d'avoir ce titre-là. Je trouve qu'il me correspond assez. C'est vrai que c'est risqué. C'est un titre risqué parce que je me dis, qui va avoir envie de lire la vie d'un loser ? Ce n'est pas évident. Oui,
- Speaker #0
mais c'est pour ça que vous souriez. Vous souriez sur la couverture pour compenser le titre, en quelque sorte.
- Speaker #1
Pour contrebalancer, voilà.
- Speaker #0
Votre vie débute par un drame. La mort de votre mère quand vous aviez 8 ans. Que s'est-il passé ? Elle est tombée malade ? C'était... Un accident ?
- Speaker #1
Oui, malheureusement, c'est une banalité. La triste, elle a eu un cancer. Et voilà, donc à l'époque, ça se soignait beaucoup moins bien qu'aujourd'hui. Donc malheureusement, elle est partie à cause du cancer.
- Speaker #0
Beaucoup de grands hommes ont perdu leur mère très jeune, John Lennon. Paul McCartney, les deux, Bono, et puis Edgar Poe, Tolstoy également. Et le livre, au fond, a cette tragédie fondatrice qui vous sert de guide. Alors, ce n'est pas que je sois cruel, mais j'aimerais bien que vous nous lisiez le passage sur ce moment-là. C'est notre rubrique « Faisons chialer l'invité » . Alors, c'est le chapitre 1, c'est tout le début, puisque c'est vraiment... Ce qui explique ce titre et qui explique aussi votre énergie à vouloir vous en sortir depuis ce moment-là.
- Speaker #1
Alors je vais essayer, j'espère que je vais y arriver. Il est des traumatismes comme des valises. On les porte, on les trimballe jusqu'au jour où on se décide enfin à les poser. Et à défaut de s'en débarrasser, au moins en examiner le contenu et en faire quelque chose. Voilà ce qui pourrait résumer ma vie. L'entièreté du sens de mon existence. Qu'il s'agisse de la perte d'un être cher à l'enfance ou d'une humiliation au début de l'adolescence, les fractures perdurent tant qu'on nie le mal qu'elles engendrent. La douleur, en apparence souvent insurmontable, doit être ressentie. Arrive alors ce moment où ce qui effrayait, ou à tout le moins empêchait, enrichit une énergie, voire une rage contenue mais inexorable qui pousse à tenir, à refuser de sombrer. On ne veut plus subir. On s'accroche et on se bat. Et les blessures d'antan deviennent un moteur, un accélérateur épuisant mais puissant. Il n'est plus question de s'en sortir, mais de vivre sa meilleure vie, de brûler sa vie au sens noble du terme et d'en faire profiter les siens. Les préserver des pires mots qui parfois surgissent d'entre les mots. Car la sémantique n'est pas une chose à prendre à la légère. Prenez un enfant de 8 ans, dont la vie est par définition un long fleuve tranquille, et dites-lui qu'il a perdu sa mère. Il a de grandes chances pour qu'il réponde naïvement. Où ça ? Et où ça ? La question est à ce point désarmante qu'elle prête à sourire. Trait d'humour innocent, autorisant un court répit à l'interlocuteur dévasté qui, désireux de préserver la candeur de l'orphelin, se gardera bien de lui répondre, même avec douceur, au ciel ou nulle part. Elle est partie. Tu ne la reverras plus jamais. Pourtant, il devrait, il aurait dû.
- Speaker #0
Merci beaucoup, c'est très courageux de haute part. Vous dites que vous êtes construit sur des failles. Et vous citez Léonard Cohen et cette phrase magnifique. Les failles, c'est par là que la lumière peut entrer. C'est vrai qu'à ce moment de votre vie, vous avez vendu le groupe MoMA et vous avez acheté ou repris différents établissements. Vous êtes au sommet de la réussite, vous êtes à l'abri du besoin et vous avez ressenti le besoin maintenant de publier ce livre-là. C'est ça ma question. C'est pour ça que je me permets de creuser cette faille. Qu'est-ce qui vous a poussé à ce geste très fort et de sortir aujourd'hui ce livre ?
- Speaker #1
D'abord, tout simplement, j'avais envie de raconter mon histoire, raconter cette histoire, qui comme je l'ai dit juste avant, est pour moi une histoire en réalité beaucoup plus universelle qu'il n'y paraît. J'en avais besoin aussi, certainement. Ça fait longtemps que je considérais que j'avais vécu dans un déluge de... de chaos, une centrifugeuse. Il m'est arrivé, en toute modestie, il m'est arrivé tellement de choses, tellement dans mon parcours, j'ai tellement d'anecdotes, tellement de choses que j'avais besoin aussi de mettre de l'ordre dans tout ce chaos. Et c'est vrai que la vente du groupe qui était la grande œuvre de ma vie des 25 dernières années...
- Speaker #0
Oui, le groupe Bommage précise, c'était 40 établissements, beaucoup dans la nuit parisienne, et vous étiez vraiment considéré comme un des rois de la nuit. à Paris avec votre ancien associé Laurent de Gourcuffe, qui lui dirige Paris Society. Et c'est vrai que vous avez dit, bah oui, je ne sais même pas comment on fait pour diriger 40 lieux en même temps.
- Speaker #1
Surtout que quand on n'a aucune formation particulière et que c'est un peu comme si vous preniez un Boeing 747, comme dans le film, et qu'on vous met aux commandes et qu'on dit démerde-toi pour le faire atterrir. C'était un peu ça ma vie tous les jours, mais c'est la vie de beaucoup d'entrepreneurs. autodidacte en réalité. Donc voilà, à la vente du groupe l'année dernière, je me suis retrouvé du jour au lendemain à ne plus rien faire. Et j'étais saisi de vertige évidemment. C'est le cas de tout entrepreneur qui vend, ou même je pense n'importe quelle personne qui est aux affaires de manière très intense et qui du jour au lendemain s'arrête. Je pense que... Président Macron, dans quelques mois, écrira un livre. Oui, certainement. En tout cas, il ressentira puissance 1000, parce qu'il a encore une autre intensité. Mais ça participe du même phénomène. Donc j'avais ce temps, ce besoin de me poser. Et c'est vrai que j'avais envie d'écrire mon parcours à la mi-temps. Voilà, à la mi-temps, à mi-parcours. Alors comme je l'ai dit dans mon introduction, avec beaucoup d'humilité et beaucoup de recul. C'est vrai que ça peut paraître toujours suspect de raconter sa vie à 48 ans. Parce que, voilà, on se dit, mais ce garçon, ce n'est pas Elon Musk. Il n'a pas réinventé le monde. Mais ma trajectoire, je ne sais pas pourquoi, mais j'avais besoin et j'avais vraiment envie de la partager. Parce que, aussi, c'est ma vision du monde, mon regard sur le monde. Je suis père de trois enfants et je vois aujourd'hui tous ces enfants de cette génération qui sont quand même, je pense, perdus et encore plus perdus que je ne pouvais l'être. Et dans un monde fou, dans un pays où la France qu'on explique un pays injouable pour pouvoir entreprendre, dans lequel on peut strictement rien faire. Mon message, plus... Plus modestement et de dire, d'essayer de donner un tout petit peu d'espoir. Et je vais vous dire franchement, si mon livre est lu par ne serait-ce qu'un seul jeune, un seul gamin qui lit le livre, ce qui est une chose rare aujourd'hui, les jeunes qui lisent et qui a envie de se dire mais en fait moi je ne sais rien faire, je suis perdu dans ce monde, je n'ai pas ma place, je ne peux même pas envisager un avenir lumineux et radieux. S'il lit mon livre... et qu'à la fin, il se dit, en fait, c'est un mode d'emploi, c'est un chemin à suivre et qu'il le fait et qu'il rentre notamment dans le métier de la restauration ou de l'événementiel grâce à ce livre, j'aurais réussi mon coup, tout simplement. Une seule personne suffira à me rendre heureux.
- Speaker #0
Surtout que vous décrivez une enfance compliquée, d'une part parce que vous avez perdu votre mère, mais aussi parce que vous étiez un cancre à l'école, vous étiez quand même assez turbulent. Vous avez mal vécu votre adolescence aussi. Et puis, en fait, à 15 ans, vous avez commencé à faire le métier, dans tous les jeunes rêves, disque jockey. Et au fond, si un jeune regarde l'émission, soit disque jockey. C'est comme ça que tu pourras t'en sortir. C'est un des messages du livre. Parce que vous commencez à animer des soirées de copains.
- Speaker #1
En l'occurrence, moi, ça a été... Et le véhicule que j'ai emprunté, c'était celui de la musique, parce que j'adore la musique. La musique, c'est ma vie. Je suis un passionné de musique. Et donc, voilà, ça s'est traduit par le fait d'être DJ. Alors, je précise qu'à l'époque, DJ, ce n'est pas comme aujourd'hui. Aujourd'hui, quand vous dites je vais être DJ, vous imaginez être rempli des stades, voler en jet privé, être une star mondiale. DJ à l'époque, moi, c'était pouce disque. On est la même plus ou moins génération, Frédéric. Voilà, c'était pas un métier, sans faire offense, c'était pas un métier forcément glamour et ultra, mais c'est vrai que j'ai pris conscience que, en fait, je pouvais, moi, le petit Benzapatou de rien du tout, j'avais le pouvoir de rendre les gens heureux, de les faire danser, de les faire se marrer. Et en fonction du disque que j'allais mettre, je pouvais les plomber ou les rendre heureux.
- Speaker #0
Et ça,
- Speaker #1
à 15 ans et demi, c'était merveilleux. Parce que je me suis dit, c'était une sorte d'addiction.
- Speaker #0
Enfin, vous servez à quelque chose. Alors, la playlist, vous dites, la playlist de cette époque-là, Cypress Hill, enchaîné avec Jacques Brel, enchaîné avec Ray Charles, enchaîné avec Téléphone. Ça, c'est très éclectique.
- Speaker #1
Oui, ça marche très bien. C'était le feu. C'est chez vous,
- Speaker #0
vous voyez. Oui, mais c'est vrai qu'il y a un point commun entre nous. moi j'ai créé le Cacasse Club dans ces âges-là, à peu près, et vous, c'était le club des enfants gâtés. C'était des soirées partout dans Paris. Et très vite, vous découvrez le pouvoir de la nuit et de la fête. C'est-à-dire que vous êtes à l'entrée de votre soirée et vous dites, toi oui, toi non, vous devenez important.
- Speaker #1
Je pense qu'en fait, on a plus d'un point commun. C'est vrai que vous avez aussi écrit Mémoire d'un jeune homme dérangé. Je pense que ça participe un peu. Avec l'itinéraire d'un enfant raté, on est à peu près dans le même registre. J'aurais pu dire itinéraire d'un enfant dérangé. Oui,
- Speaker #0
alors moi je l'ai fait à 24 ans. Vous, 48 ans, il va falloir se mettre au boulot pour les suivants. Et pam !
- Speaker #1
Oui, mais moi je n'ai pas voulu faire d'écrivain comme métier.
- Speaker #0
Non, mais alors c'est très intéressant ce que vous dites sur Claude Lelouch. Parce que moi, la première fois qu'on s'est rencontrés tous les deux, c'était à la Villa Barclay, un restaurant festif. qui était un des premiers restos festifs à Paris, maintenant il y en a plein. Et je me souviens, vous m'avez dit tout de suite que vous aviez une idole sur Terre, c'était Claude Lelouch. Et Claude Lelouch préface votre livre, c'est lui qui a écrit la préface. Vous êtes devenu amis, très proche, même associé au Club 13. Et expliquez-moi cette fascination. Pour tous les films de Claude Lelouch, les chapitres de votre livre sont des titres de films de Claude Lelouch.
- Speaker #1
Oui, alors c'est vrai que ça c'est... Un des plus grands rêves que j'ai eu la chance de réaliser dans ma vie, j'explique dans le livre, quand j'avais 13 ans, j'étais comme beaucoup d'ados seul à la maison, j'avais en tout cas le ressenti d'être souvent très très seul, ma mère n'était plus là déjà depuis 5 ans, et je suis tombé par hasard en allumant la télé sur les uns et les autres, que j'ai revu d'ailleurs à 3 jours avec ma fille, que j'ai vu peut-être 10 ou 15 fois, et c'est vrai que ce film m'a littéralement foudroyé. Je n'ai pas compris ce qui m'était tombé dessus. Ça a duré 3h15. Mais là, j'étais complètement en hallucination totale.
- Speaker #0
C'est quoi ? C'est l'aspect choral avec beaucoup de personnages qui se retrouvent, qui se croisent à travers le temps, à travers les époques ?
- Speaker #1
Je dis toujours, en parlant de Claude, que... Claude, pour moi, c'est un mode d'emploi. Et je dis souvent qu'il m'a sauvé la vie dans le sens où, sans le connaître, puisque je l'ai connu des années plus tard, comme un fan de base, je leur raconte que je voulais absolument le rencontrer. Je raconte que c'est lui qui m'a sauvé la vie, parce que quand vous regardez toute la filmographie des films de Claude Lelouch, vous avez à peu près toutes les réponses à tous les questionnements que vous pouvez avoir dans la vie. Tous les thèmes sont abordés. Et Claude, c'est un cinéaste de la vie. Il dit que lui, il observe la vie. Il filme, il restitue. Et c'est vrai que quand vous avez une intelligence moyenne, vous n'avez aucun talent particulier, ce qui était mon cas, vous êtes quelqu'un de normal, comme 99% des gens. C'est beau quand même qu'à 15 ans ou à 16 ans, 17 ans, quand vous êtes quand même paumé, vous avez quelqu'un qui vous montre et qui vous explique avec un langage que vous comprenez. Contrairement à la littérature, la littérature peut procurer la même chose. Évidemment, je pense que quand vous lisez tout Balzac, toute la communauté humaine... Non, mais sans aller jusque-là. Oui, mais vous comprenez plein de choses sur la littérature. Mais moi, en l'occurrence, ce n'était pas la littérature, même si j'ai lu mes classiques comme tout le monde, c'était Claude Lelouch. Et aujourd'hui encore, au fur et à mesure des étapes de ma vie, quand je revois les films de Claude, que je revois en permanence, je les vois sous un autre angle à chaque fois et je découvre d'autres messages. Et je découvre d'autres réalités en fonction de mon évolution. Et en fait, c'est vrai qu'il m'accompagne, il m'accompagne toute ma vie, il m'accompagnera toute ma vie.
- Speaker #0
C'est très intéressant parce que quand on s'est rencontrés, je ne sais pas si vous vous souvenez de la première conversation qu'on a eue sur Claude Lelouch. Je me suis littéralement foutu de votre gueule. Claude Lelouch était un cinéaste ringard. C'était un cinéaste vraiment très, très sous-estimé par la critique. Vous m'avez convaincu de revoir ces films. J'ai revu Un homme et une femme. J'étais absolument bouleversé. Je rappelle que c'est la Palme d'or à Cannes et un Oscar en 1966. Deux Oscars. Vive pour vivre en 1967 est un film sublime sur Yves Montand qui est amoureux de deux femmes. Comme un peu comme Julie et Jim ou plus tard le film de Claude Sautet. Le choix de la vie ?
- Speaker #1
Non.
- Speaker #0
César et Rosalie. Et donc, il y a Yves Montand qui est amoureux d'Annie Girardot et de Candice Bergen. C'est un film vraiment à voir. Le Voyou avec Jean-Louis Trintignant en 70. Si vous revoyez L'Aventure, c'est l'Aventure, qui date de 72, c'est vraiment un film sur la bande de potes, qui est aussi votre histoire, parce que vous aimez avoir une bande de potes autour de vous. Donc, je dirais... De très haut niveau intellectuel. Je le dis, j'avais tort. Et je pense que toute la critique française du cinéma devrait revisiter son mépris pour Claude Lelouch, parce que c'est un cinéaste... C'est probablement plus important que Jean-Luc Godard.
- Speaker #1
Déjà, c'est quand même en grande majorité le cas. Et aujourd'hui, il y a quand même... Pour moi, excusez-moi, c'est comme on dit à Deville, on dit qu'il est plus que pour les cons. Pour moi, ceux qui ont considéré Clou de Louches comme étant un cinéaste mineur... Ça a duré
- Speaker #0
40 ans.
- Speaker #1
Sauf que vous savez que quand Stanley Kubrick enregistre un film, son dernier film, la veille du premier jour de tournage, Il convoque Tom Cruise et Nicole Kidman, une ciné polaque, il les met dans la salle du cinéma, il leur projette la bonne année. Et il dit, je veux que vous ayez la même relation que l'inoventuraire Françoise Fabian. Quentin Tarantino, pareil, raconte... Les grands, les immenses cinéastes savent, tout le monde sait que Coloulouche est le plus grand des plus grands. Ou un des plus grands des plus grands. Donc, le critique de Télérama... Bon.
- Speaker #0
Non mais pour préparer l'émission, parce que Claude Lelouch est central.
- Speaker #1
Vous vous souvenez de cette phrase merveilleuse de Bernanos ? Les ratés ne vous rateront pas. Non mais...
- Speaker #0
Mais alors, intéressons-nous à Claude Lelouch un instant. C'est le cinéaste du too much. C'est-à-dire, ce qu'on lui reprochait, c'était au fond, dans ses films, il y a tout. Il y a de la danse, il y a de la musique, il y a de la chanson, il y a des regards caméra, où tout d'un coup on parle à la caméra. Il y a des improvisations, c'est son mode de faire. Il y a souvent des scènes complètement improvisées. Tout d'un coup, il a une lubie, il aime la boxe. Il met de la boxe dans tous ses films. Et puis après, il passe à autre chose, dans les uns et les autres. Il y a un quart d'heure du Boléro de Ravel à la fin. C'est un cinéaste, en fond, il prend tellement de risques que souvent, il y a un chef-d'oeuvre, mais parfois, il y a un pouding écœurant et une mayonnaise qui ne prend pas. Ça arrive.
- Speaker #1
Alors moi, je dis toujours que... même déjà pour moi je dis toujours qu'un il n'y a pas de Lelouch raté contrairement à peut-être son fils spirituel mais s'il n'y a pas de film de Lelouch raté premièrement et deuxièmement je dis toujours que même dans les films de Claude qui sont peut-être moins bien, moins réussi que les autres, il y a toujours des pépites. Toujours. Il y aurait toujours 2, 3, 4 pépites incroyables de scènes, de dialogues, de choses qui vous mettent un lupercute. Et voilà. Après, on est 7 milliards d'humains sur Terre. On n'a pas 7 milliards à avoir la même, je dirais, admiration. Ce qui m'intéresse,
- Speaker #0
c'est comment il vous a guidé. Parce que revenons à cette histoire de bande de potes. C'est le réalisateur du charme. au fond et on a envie de vivre dans ces films certains de ces films comme l'aventure c'est l'aventure on a vraiment envie de dîner avec Charles Gérard avec Charles Denner, avec Belmondo avec son pote Amidou que j'ai pas connu mais peut-être vous l'avez connu et en fait vous dans votre vie vous improvisez comme ça des soupers avec une bande de copains ça m'arrive d'avoir la chance d'être là, vous avez envie de vivre un peu comme dans un film de Lelouch est-ce que ce Pour résumer, votre but était-il de devenir un personnage de Claude Lelouch ?
- Speaker #1
Mais totalement,
- Speaker #0
oui,
- Speaker #1
totalement. Et d'ailleurs, parce que quand on est jeune, et même quand on est moins jeune, on est très souvent influençable. La vérité, elle est là, on est influencé. Alors quand vous êtes jeune, vous tombez sur une mauvaise rencontre, vous allez être influencé de la mauvaise manière, ça peut vous amener dans les pires catastrophes. Et quand vous tombez sur une belle personne, vous allez être influencé pour le meilleur. mais on est tous influençables. Souvent l'expression, c'est le dernier qui a parlé qui a raison, vous voyez ce que je veux dire. On a tous une part en nous d'influençabilité. Moi j'ai de la chance, je suis tombé sur les uns et les autres. Et j'étais influencé. Et après vous avez regardé toute la film. Oui, parce que j'étais hyper influençable et j'étais hyper influencé par Claude Loup. C'est vrai que dans mon livre, je raconte dans le chapitre de la rencontre avec Émilie, d'un homme et une femme, dans mon chapitre, je raconte l'anecdote qui est véridique. Tout est vrai dans le livre, tout est 100% vrai. que j'ai déposée à la gare Montparnasse pour qu'elle rentre à Bordeaux. Et qu'à l'époque, le train n'était pas en grande vitesse. Le TGV, c'était un TGV qui prenait du temps. J'ai pris ma voiture. Je suis allé à 200 km heure. Et je suis arrivé à Bordeaux pour la récupérer parce qu'elle m'avait quitté juste avant que le train n'arrive. Elle m'a vu sur le quai de la gare. Elle a halluciné et je l'ai récupéré.
- Speaker #0
Ça, c'est vrai que c'est un geste.
- Speaker #1
C'est du copier-coller. C'est du plagiat même. et Claude m'a appelé il y a 4 jours il m'a appelé, il m'a dit, il a lu le livre c'est mon premier lecteur, et il m'a dit des choses très gentilles, il me dit tu sais t'as pris son livre, il ressemble à rien tu parles un peu de tout il me dit c'est une leçon de vie j'ai pris une leçon de vie il me dit voilà, j'ai adoré j'ai dit mais tu sais Claude mon livre c'est ton héritage C'est ton héritage. Peut-être qu'il pourrait l'adapter au cinéma. Tant pis ce que tu en veux. C'est peut-être un des nombreux hommages. Il n'y a pas besoin du mien pour le satisfaire. On n'y connaît rien. Mais c'est vrai que c'est totalement son héritage.
- Speaker #0
Il vous compare d'ailleurs à Sam Lion, dans l'itinéraire d'un enfant gâté. Belmondo s'appelle Sam Lion. Mais enfin, c'est quand même un homme qui fait croire à sa femme qu'il est mort pour pouvoir refaire sa vie en Afrique.
- Speaker #1
Non, là, vous prenez des raccourcis. Je ne peux pas vous aller sur... C'est l'histoire du film. Oui, ça fait se croire à ses enfants. C'est l'histoire d'un enfant gâté qui a voulu prendre un raccourci et qui s'est paumé. C'est l'histoire d'un enfant gâté qui a cassé tous ses jouets. ces thèmes sont tellement universels c'est pour ça qu'ils sont parlés à autant de gens d'une génération et que c'est un film complètement éternel dans 50 ans, dans 100 ans le film n'a pas pris une ride donc évidemment je ne suis pas du tout là-dessus sur les mêmes thèmes que le fantasme de Claude à l'époque, quand il a fait le film quand il a écrit le scénario Mais c'est vrai qu'on a tous en nous cette idée de dire, j'en vais tout envoyer valser. Quand on est sous pression, tous les gens dépendent de nous. C'était ça l'idée de Samon, je crois. C'était de dire, mes enfants, en fait, ils m'aiment trop. Je suis trop important pour eux. Et il faut que je disparaisse pour qu'ils puissent éclore. Et en fait, bon, mais ce qui est intéressant dans l'été un enfant gâté,
- Speaker #0
c'est que vous avez vu 70 fois. C'est vrai ça ? Oui,
- Speaker #1
70 fois, oui. Il y a encore un mois et demi. Oui, je le regarde deux fois par an. Oui, je ne m'en lasse pas. Voilà, c'est comme un livre de chevet, quoi. Un film de chevet. Ce qui est intéressant dans « L'Éternel enfant gâté » , c'est que le héros, c'est Samion, bien sûr. Mais moi, je suis 50% Samion et 50% Richard Anconina. Parce que c'est... Aussi, mon histoire, c'est même encore plus mon histoire, l'histoire d'Ale Duvillier dans l'itinéraire. C'est le petit jeune qui vient de nulle part, qui travaille dans la société de Victoria. Il est patineur pour ramasser les ordures. Il est viré parce qu'il trimballe sa petite amie sur la trottinette électrique. Et en fait, il se retrouve, il ne sait pas quoi faire de sa vie. Comme moi, j'ai été père Codampommé. Il part en Afrique pour là. Et c'est là où il tombe dans le loge, il est serveur. Et il tombe sur Sam Lyon, qui était son patron, mais qui était déclaré mort. Et en fait, il hallucine. Il prend des photos pour essayer de le faire chanter. Et puis, c'est là où ils se rencontrent. Et après, il devient le fils spirituel de Sam Lyon, Jean-Paul Belmondo. Et il vient aux manettes et il épouse la fille de Jean-Paul. C'est un petit garçon perdu. Paumé qui, par le hasard, ça c'est le grand thème de Louchien, une fois de plus, le hasard, qui est le costume qu'emprunte Dieu pour circuler parmi les hommes, comme on dit, le hasard, qui le met sur la route de Sam Lyon et qui fait qu'il passe du petit salarié viré avec une vie promis au néant au patron d'une des plus grandes boîtes mondiales, marié avec Victoria Lyon, qui est magnifique. Donc voilà, ça c'est... Moi, je me considère entre guillemets être 50-50.
- Speaker #0
Un peu comme ça. Mais vous êtes Arménien par votre mère, Normand par votre père, né à Neuilly-sur-Seine comme moi. En général, quand on dit qu'on est né à Neuilly-sur-Seine, il n'y a personne qui vous plaint et qui dit vous êtes un enfant raté. Vous êtes plutôt un fils d'une famille aisée financièrement, avec un père très séducteur, bon, très absent, beaucoup de belles-mères qui défilent. Vous êtes aussi le petit-neveu de Jean Patou, le grand couturier mort en 1936, qui fabriquait les premiers parfums de luxe, le célèbre Joy. Bref, on n'a pas envie de vous plaindre. Alors, expliquez comment on peut être malheureux à Neuilly-sur-Seine.
- Speaker #1
Alors, c'est la dernière phrase de mon chapitre 2. Malgré tout le décor, toutes les facilités, Tout le confort, tout le matériel. On ne peut pas être heureux quand on n'a pas de maman. C'est ma chute. D'ailleurs, vous m'avez dit quand vous avez lu le livre, phrase bouleversante, vous me l'avez envoyé par SMS en disant « Vous avez bouleversé cette phrase » . Bon voilà, n'importe qui peut comprendre que ce qui compte, ce n'est pas le confort matériel. Alors c'est facile à dire pour ceux qui malheureusement sont dans la grande détresse. J'ai tout à fait conscience d'être un privilégié, je l'assume totalement. Je m'en excuse à peu près. Absolument pas, mais ce n'est pas du tout le propos. Je veux dire, si l'argent faisait le bonheur, Frédéric, ça se saurait.
- Speaker #0
Oui. Parlons de la marque Jean Patou, parce que vous avez essayé à un moment de récupérer cette marque qui appartient aujourd'hui à LVMH. C'est vrai que ce serait formidable. À la Claude Lelouch, vous retrouveriez à la tête d'une marque de mode qui porte votre nom. Et non, ce n'est pas possible.
- Speaker #1
Non, donc à défaut, j'ai ma fille qui va acheter le t-shirt avec marqué Patou en énorme et la casquette. Elle va acheter ça au Guerrier Lafayette et on est très contents comme ça.
- Speaker #0
Ce qui séduit chez vous, c'est vrai, beaucoup de vous. clients et de vos amis, c'est aussi que vous êtes comme dans la chanson « J'aurais voulu être un artiste » . On sent que vous auriez aimé, parce que souvent vous aimez vous mettre au piano, vous avez organisé des concerts, vos soirées, c'est un peu comme l'œuvre d'un artiste frustré, est-ce que je me trompe ? Et ce livre aussi, ce livre, ce n'est pas juste un témoignage de plus ou un livre d'homme d'affaires comme il y en a plein.
- Speaker #1
généralement ils ne sont pas invités chez moi mais plutôt sur BFM Business là il y a plus que ça vous avez été sincère vous vous êtes beaucoup livré alors c'est vrai mon père me disait toujours que j'étais l'artiste de la famille je pense que j'ai une vraie âme d'artiste mais malheureusement je n'ai pas du tout le talent et Paul Valéry disait la main et le regard de l'artiste l'une n'est rien sans l'autre Voilà, malheureusement, j'avais qu'un sur deux. J'avais la mentalité, le mindset de l'artiste, mais pas le talent. Donc, qu'est-ce que j'ai fait ? J'ai passé ma vie à fréquenter les artistes pour vivre par procuration. Et c'est pour ça que j'aime autant les artistes, parce que je me sens profondément de leurs graines.
- Speaker #0
C'est marrant parce que vous avez ce point commun avec Jean Castel, qui avait fondé la boîte Castel.
- Speaker #1
Jean Cassex.
- Speaker #0
Non, pas Castex. C'est vrai qu'il aimait... C'était un catalyseur. C'est-à-dire qu'il aimait s'entourer de gens, je ne dirais pas plus brillants que lui, mais de gens qui étaient des artistes, que ce soit des gens de cinéma, de littérature. Même chose pour Gérald Nanty, au Matisse Barre. Ces personnes-là ont une importance dans une époque. Je pense que vous êtes dans cette famille-là.
- Speaker #1
En fait, si vous voulez, je pense que, grosso modo, pour bien faire ce métier, comme tous les métiers du monde d'ailleurs, Il faut être passionné. Parce que si vous n'êtes pas passionné, vous ne voyez que la partie des problèmes, des choses. Et c'est limité très dur, très violent, très contraignant. Il y a beaucoup de difficultés.
- Speaker #0
Vous avez sacrifié beaucoup de... Par exemple, vous dites dans le livre, vous n'avez pas vu beaucoup vos enfants pendant des années parce que vous étiez tout le temps dehors, tout le temps, tous les soirs,
- Speaker #1
en train de gérer tous ces endroits. J'ai vu beaucoup, mais peut-être pas aussi bien que j'aurais dû le faire. Évidemment. Mais en tout cas, le point commun, au long que vous avez cité, c'est la passion et l'amour du métier. Et l'amour de notre métier, c'est quoi en fait ? Notre dénominateur commun, c'est que notre plaisir, notre moteur même, c'est de donner du plaisir aux autres. C'est de réunir les gens, c'est de faire des sourires, c'est de créer des émotions. Et pour le faire bien, je pense qu'il faut être sincère. Et donc c'est vrai que la tuche, personne ne prendra jamais en défaut d'insincérité. dans cette démarche. Oui, c'est vrai.
- Speaker #0
Depuis le TG de 15 ans, vous n'avez jamais cessé de vouloir faire rigoler les autres, réunir les gens aussi, je crois. Vous aimez que des gens différents se retrouvent ensemble et se parlent.
- Speaker #1
C'est la dernière scène des uns et des autres.
- Speaker #0
Ah ben voilà.
- Speaker #1
Ce que je t'explique dans le livre, c'est qu'effectivement, c'est là où je me suis dit c'est ça, c'est le métier que je veux faire en fait. Faire rencontrer les gens autour de la musique, autour de l'art, avec des émotions. Je ne savais pas à l'époque que ce métier avait un nom qui s'appelait Lévi-de-Montiel. J'avais 13 ans. Mais c'est en ça que ce film a été si fondateur et a été aussi structurant pour moi, bien sûr. Et d'ailleurs, quand j'ai vendu l'année dernière le groupe, j'avais donc la possibilité de faire complètement autre chose, puisque je partais quasiment à zéro. J'ai réfléchi, je me suis dit, je vais essayer de faire autre chose. J'ai réfléchi à plein de choses qui pouvaient m'intéresser. Et puis quelques mois après, je me suis dit, en fait, je suis un irréductible... J'aime trop ce métier. Pourquoi je dirais faire autre chose ? C'est le sang qui coule dans mes veines. J'aime ce métier profondément, sincèrement. Et en fait, pour moi, ça me fait hyper plaisir quand vous dites que ça se voit.
- Speaker #0
Non, mais je pense que c'est même plus profond.
- Speaker #1
C'est communicatif, donc c'est vrai. C'était complètement l'idée.
- Speaker #0
Je vais vous dire, c'est même plus profond que ça. C'est que je pense qu'on a une époque où on veut nous remplacer par des robots. Et en fait, votre force, c'est l'humain. Ce métier que vous faites. C'est un métier où on ne pourra jamais être remplacé par des robots. Peut-être que les écrivains seront remplacés par des robots, mais pas les gens qui ont besoin des gens.
- Speaker #1
Pas les bouffons des animateurs. Non,
- Speaker #0
mais la fraternité.
- Speaker #1
Oui, c'est vrai, mais c'est vrai, mais ça je pense que c'est constitutif de tous les gens qui ont... des TDA, on appelle ça TDA aujourd'hui, des troubles de l'attention, fort, moi à l'époque ça ne se diagnostiquait pas, donc je ne savais même pas que... Comment ça s'appelait ? On n'avait même pas mis le doigt dessus ni théorisé, mais c'est vrai qu'on a cette faculté-là à compenser tout ce que l'on n'a pas en termes de rigueur, de capacité de concentration, de sérieux, on l'a sur l'autre terrain, de l'émotion, de la sincérité, de l'âme. et ses valeurs humaines. Je n'ai aucun mérite ni aucune fierté à ça puisque je suis né comme ça. C'est juste ma nature, tout simple.
- Speaker #0
Je récapitule votre carrière de la Villa Barclay avec Bruce Merritt que je salue au passage jusqu'à l'Apérouse et Prunier aujourd'hui. Alors, il s'est passé le Globo, le Bus Palladium, le Rasputin, l'Arc, le Noto, le Manco, le Lafayette, le Boeuf sur le Toit, le Club 13. Quel endroit ? Vous avez fait rêver le plus parmi tous ces lieux, s'il fallait en retenir un seul ?
- Speaker #1
Bon, je l'ai dit, théoriquement, j'ai dit à Pété de nombreuses fois, c'est un secret pour personne, c'est l'endroit où nous sommes, où nous nous trouvons aujourd'hui.
- Speaker #0
Ah ben oui, mais ça c'est du faillotage.
- Speaker #1
C'est pas du faillotage, c'est la vérité, c'est pour ça que nous sommes là. C'est pour ça que ces conversations qui ont autant d'importance pour moi se déroulent chez La Pérouse. Je raconte cette anecdote qui est... totalement exacte, comme toutes les autres. C'est un des premiers restaurants dans lesquels j'ai travaillé, c'était à La Pérouse, en 2000, j'avais 20 ans, 23 ans, 22 ans. Je suis rentré, j'ai ouvert la porte, je suis tombé, mais complètement, j'étais foudroyé par cet endroit où je me suis dit, en fait, si on croit en la réincarnation, si on croit au vieux intérieur, je me suis dit, en fait, cet endroit, je le connais. Il me sent chez moi.
- Speaker #0
Et vous savez que c'est une maison hantée. Moi, j'ai rencontré Victor Hugo, Proust, Colette, la nuit, dans les couloirs, je leur parle.
- Speaker #1
Je sais très bien, c'est le mieux de menter. Et c'est vrai qu'à l'époque, il y avait un directeur de l'époque, qui s'appelait Carlos, qui était plus âgé que moi, et je me vois comme ça, sans parler, et puis je lui ai dit, un jour, mon rêve, ce serait de propriétaire d'un restaurant. Il me regarde, il me dit, oui, mon petit, bien sûr, va te changer là-bas, va au vestiaire. C'est l'œuvre, ce restaurant, c'est cette maison, c'est l'histoire de ma vie en fait, ça m'a accompagné. Et donc c'est vrai que c'est l'endroit, la maison dont je me sens le plus proche et dont en quelque sorte j'ai le plus d'affect,
- Speaker #0
aucun doute. Alors il y a beaucoup d'anecdotes dans le livre, notamment vous parlez des dîners clandestins pendant le Covid, vous savez que c'est illégal. Pendant le Covid, vous avez, je vous dénonce ici, mais vous le faites dans le livre, vous avez organisé pas mal de soupes. la nuit dans la cave à vin où on venait discrètement et où on pouvait se réunir et faire la teuf pendant que c'était totalement interdit dans toute l'Europe. Vous n'avez pas honte d'avoir désobéi à la loi ?
- Speaker #1
Honte, non, parce qu'en réalité, j'essaie de l'écrire comme ça dans le livre. C'était pour moi, que ce soit noble ou pas noble, que ce soit glorieux, peu glorieux, c'est un autre sujet. Mais c'était pour moi une bouée de secours, en fait, une béquille. Et en tant que restaurateur, en tant que fédérateur de moment, en tant que tout ce qu'on a raconté juste avant, moi, le Covid et le confinement, je l'ai extrêmement mal vécu. C'était assez contradictoire dans le sens où j'étais en même temps... Très heureux de me retrouver en famille, dans le confinement, avec ce que je n'avais jamais pu faire. Mais c'était très douloureux sur beaucoup d'autres aspects. Et en fait, c'était le deuxième confinement. Les enfants allaient à l'école. C'était déjà plus sociabilisé. On n'était pas tous enfermés. On avait déjà quand même peu de recul sur l'état de dangerosité ou de létalité du virus. Et c'est vrai que... J'avais besoin de me retrouver, sinon ma santé mentale, j'allais vraiment...
- Speaker #0
C'est une question de survie, quoi.
- Speaker #1
Franchement, oui. Et pour moi, c'était notre métier qui n'était considéré comme étant un métier pas au rang des métiers essentiels, d'où le fait qu'il était fermé. Alors, je précise quand même, puisque vous avez l'esprit mal tourné en posant cette question, que c'était que des amis, c'était évidemment totalement privé. Il n'y avait aucun personnel, puisque c'est Émilie qui préparait le plat, que je prenais des bouteilles de vin de chez moi. Et c'était un moment pour se retrouver. Et oui, il y avait un côté de transgression. Oui, mais parce que... C'est vrai, c'est vrai. La peur de la mort. Beaucoup d'autres le faisaient, ce qui n'excuse rien. Mais c'est vrai que... C'est vrai que ça a été une période difficile et je l'écris dans le livre, c'est que je l'assume.
- Speaker #0
Quels sont les critères pour réussir un endroit ? Est-ce que c'est la clientèle ? Est-ce que c'est avoir un bon public relation ? Est-ce que c'est le cuisinier ? Est-ce que c'est le décor ? Quels sont les critères ? Parce que vous avez quand même réussi pas mal de lancements de lieux.
- Speaker #1
Alors, c'est une bonne question. Je pense que le critère pour réussir un endroit, c'est de créer une alchimie. Parce qu'en réalité, vous pouvez additionner et empiler toutes les stars, les talents. Ça ne fait pas une réussite obligatoirement. Et tant mieux.
- Speaker #0
Ça vous est arrivé de vous planter d'ailleurs. Bien sûr,
- Speaker #1
plein de fois. Et on apprend toujours beaucoup plus de ses échecs d'ailleurs que de ses succès. Je crois que le plus important pour qu'un endroit fonctionne, c'est qu'il ait une âme. et qu'il ait une promesse et que l'histoire que vous racontez, quelle que soit l'histoire que vous racontez, d'ailleurs, que vous faites un restaurant péruvien, un restaurant français, un petit bistro franchoir, un restaurant festif, peu importe, il faut que l'histoire que vous racontiez, quand les clients, les gens viennent sur place, ils retrouvent et que la promesse soit tenue. C'est valable pour beaucoup, beaucoup d'autres business. Il faut que la promesse soit tenue. Et nous, il faut que tout soit bien. Évidemment, un beau décor. Une très bonne assiette puisqu'on a un métier de restauration, une cuisine qui soit au bon rapport qualité-prix, ce concept que les gens ont un peu oublié, le rapport qualité-prix. Mais c'est vrai que pour que l'on voit son succès, il faut qu'il ait sa place et qu'il ait son utilité dans le paysage, parce qu'il y a beaucoup de concurrence, donc il est évident que le client peut switcher, peut très vite facilement vous oublier. Donc il faut travailler durement, être toujours en remise en question, en remise en cause. et je dirais avoir réfléchi, avoir intellectualisé le propos pour dire quelle est l'attente des gens, qu'est-ce que les clients ont envie, est-ce qu'ils ont envie de... Quand vous êtes chez la Pérouse, quand ils arrivent dans cette maison historique, qu'est-ce qui doit aller avec ? Après, tout doit être aligné ? Le succès, la clé du succès, c'est la cohérence. Quel que soit le produit que vous fassiez, quand vous faites McDo ou un fast-food, il faut que ce soit cohérent. et que ce soit cohérent par rapport au prix, par rapport à ce que vous mangez, par rapport à la promesse qu'on vous propose, il faut qu'elle soit tenue.
- Speaker #0
Castel, Régine, Hubert Bocobza ont fini ruinés, totalement ruinés les trois. Hubert Bocobza, c'était le fondateur, le créateur des bains. Ça ne vous fait jamais peur, ça ? Vous ne vous dites pas que c'est un métier dangereux aussi ?
- Speaker #1
Alors déjà, il y a une énorme différence entre ceux que vous citez, qui sont vos héros. de votre construction intime, évidemment, je sais très bien. Et moi, c'est que moi, je ne suis pas du tout un enbergiste, un roi de la nuit, un patron de nuit. Moi, je suis un entrepreneur, si je peux dire, un entrepreneur du divertissement, de la restauration. J'ai commencé par les boîtes de nuit, mais il y a des années, ça fait très longtemps que je ne fais plus de boîtes de nuit. Donc, contrairement à Régine, ou Castel, ou Hubert, ou Gobzak, qui étaient, eux, des patrons de boîtes de nuit jusqu'à presque leur dernier souffle. Moi, je ne suis absolument pas dans la même configuration. Moi, mon travail, c'est de me réveiller à 7h le matin, et je suis au bureau le matin à 9h, et je finis à 20h, comme un cadre supérieur, je dirige une entreprise.
- Speaker #0
Peut-être que vous êtes moins aussi jusqu'au boutiste que eux, c'est-à-dire que vous avez eu l'intelligence de savoir vendre le groupe au bon moment, comme Laurent de Gourcuffe aussi, d'ailleurs, l'a fait, pour ne pas se retrouver sur la paille. Je crois que vous êtes plus dans une génération... qui sécurise un peu et qui ne bascule pas dans... qui ne plonge pas dans la nuit.
- Speaker #1
Disons que toutes les histoires sont différentes. Nous, on l'a fait effectivement différemment, sans être impliqué opérationnellement au quotidien comme les autres. On avait beaucoup de distance par rapport à ça, quand même. À tous les niveaux, physique, mais aussi même intellectuel. Moi, j'ai une vie de famille. Ça fait depuis... Depuis 29 ans, je pars tous les week-ends à la campagne. Enfin, je veux dire, c'est pas du tout la même configuration. Et c'est vrai que, que ce soit Laurent que vous citez ou moi, on l'a fait, je dirais, à une certaine intensité, à un certain niveau que les autres n'avaient pas du tout fait. Régine Castel, ils avaient une affaire, deux affaires.
- Speaker #0
Il y a eu des périodes où ils se sont développés, mais c'était généralement des échecs.
- Speaker #1
Non, puis c'était autre chose. Nous, on a vraiment essayé de construire un truc solide, important. en tout cas en termes de volume, c'est notre approche. C'est tout autre approche.
- Speaker #0
C'est à propos de Laurent Nouveau.
- Speaker #1
Ce n'est pas à dire qu'on finira par le ruiner.
- Speaker #0
Non, non. C'est intéressant parce que vous faites le point sur votre relation. Donc, vous avez créé ensemble beaucoup d'endroits. Vous étiez très proche dans votre jeunesse. Puis, vous vous êtes éloigné. Après, on s'est amusé à vous opposer comme un peu Bernard Arnault et François Pinault. Les deux rois de la nighte, frères ennemis et tout ça. Et là, vous apaisez les choses dans le livre. C'est assez… Voilà, maintenant, vous êtes un peu… je dirais pas réconcilié, mais enfin apaisé. Vous me faites penser, en fait, à, vous savez, la série Amicalement Votre, Danny Wilde et Brett Sinclair, c'est un peu ça.
- Speaker #1
C'est un article d'un magazine très important qui avait fait un article là-dessus. J'avais dit ça ? C'est-à-dire que vous, vous êtes... Inamicalement Votre, c'était le nom de l'article. Ah oui, d'accord,
- Speaker #0
mais vous, vous seriez plutôt l'irrationnel, c'est-à-dire Danny Wilde, l'américain, et Laurent est plus rationnel, peut-être plus sérieux.
- Speaker #1
on a nos personnalités différentes. Mais pour répondre à votre question, déjà, je ne peux pas parler pour lui, mais pour moi, je considère qu'on mûrit, on est allé très loin dans cette escalade, qu'en fait, avec l'âge, on tend vers plus de sagesse. C'est qu'à un moment donné, il faut passer à autre chose, il faut apaiser. Je n'ai pas passé ma vie à dire que j'avais envie de mettre mon énergie dans des choses plus nobles. que cette concurrence. Mais en fin de compte, cette concurrence,
- Speaker #0
elle vous a aussi aidé, parce que ça vous a motivé, le fait d'avoir un compétiteur. Peut-être que c'était bien.
- Speaker #1
Je le dis dans mon livre, c'est dans la vie, en fait, il y en a un qui a toujours raison, c'est le juste milieu. Celui-là, il ne trahit jamais. On ne peut jamais avoir tort avec le juste milieu. Donc la concurrence, ça a été extrêmement positif, jusqu'à une certaine mesure. Il faut toujours rester dans le bon dosage. Bon, là, il y a eu des excès, il y a eu des dérapages. Aujourd'hui, c'est vrai que je considère que les choses sont apaisées et on est passé à autre chose. Je suis sincèrement, en tout cas, passé à autre chose. Et je vous le dis, une petite confidence entre amis, on vit beaucoup mieux quand on est apaisé. Quand on met la colère, la haine, toutes ces choses qui, en réalité, vous consument. C'est formidable de pouvoir s'en débarrasser.
- Speaker #0
Il y a un jeu dans mon émission qui est « Devine tes citations » , vous connaissez. Alors, comme vous n'avez écrit qu'un livre, le jeu, ça va être de deviner. Je vous lis des phrases. Vous devez deviner si elle est de vous ou de Claude Lelouch.
- Speaker #1
Ça va être facile.
- Speaker #0
On va voir.
- Speaker #1
Parce que tout est de Claude Lelouch.
- Speaker #0
Alors. Même mes phrases. On va voir. La vie est un mélange d'amour, de chaos, de musique, de rencontres improbables et de secondes chances.
- Speaker #1
J'en ai pas tout.
- Speaker #0
C'est de Benjamin Patou dans Itinéraire d'un enfant raté, 2026, bravo. Une autre phrase. Les femmes, c'est comme les billets de banque. Quand on n'en a pas, on ne pense qu'à ça.
- Speaker #1
Ce n'est pas moi, ça c'est sûr.
- Speaker #0
Dans quel film de Claude Lelouch, quelqu'un dit ça ?
- Speaker #1
Je suis moins une heure là, c'est imbattable, mais là vous me collez.
- Speaker #0
Les femmes, c'est comme les billets de banque. Quand on n'en a pas, on ne pense qu'à ça. C'est la bonne année.
- Speaker #1
Ah bon allez, j'aurais dû y penser parce que banque, brincage, casse, j'aurais dû y penser.
- Speaker #0
La vie, c'est une longue répétition pour un spectacle qu'on ne joue qu'une fois.
- Speaker #1
C'est Claude Lelouch ?
- Speaker #0
Oui, c'est Claude Lelouch. C'est dans Itinéraire d'un enfant gâté, 1988. Autre phrase, est-ce que c'est de vous ou de Claude ? Je veux réunir les gens.
- Speaker #1
C'est de moi ?
- Speaker #0
Oui, c'est de vous dans le dernier livre. Le premier et le dernier. Une autre. Dans la vie, il y a deux catégories d'individus. Ceux qui regardent le monde tel qu'il est et qui se demandent pourquoi. Et ceux qui imaginent le monde tel qu'il pourrait être et qui se disent pourquoi pas.
- Speaker #1
Toujours Claude.
- Speaker #0
Dans quel film ?
- Speaker #1
Toute une vie.
- Speaker #0
Itinéraire d'un enfant gâté. Pourtant, vous l'avez vu 70 fois. Elle n'est pas dedans. Elle n'est pas dedans ? Non, vous vous trompez. Ah bah alors, je me suis trompé.
- Speaker #1
Oui, bien sûr que vous vous trompez.
- Speaker #0
Ah oui, je me suis trompé.
- Speaker #1
Je connais tous les dialogues par cœur.
- Speaker #0
Ah oui, alors là, j'ai trouvé ça... Ça,
- Speaker #1
c'est Chateau-DPT qui vous a encore rendu en erreur.
- Speaker #0
C'est ma faute.
- Speaker #1
Vous feriez mieux d'arrêter de répéter, de préparer vos émissions avec Chateau-DPT. Non,
- Speaker #0
ce n'est pas du tout ça. C'est un autre... C'est le triomphe à Grand-Déli. Non, non, c'est les citations. J'ai fait les citations de Claude Lelouch.
- Speaker #1
C'est sur Chateau-DPT.
- Speaker #0
Elle est très belle, pourtant, cette phrase. Alors, allons-y. C'est de vous ou de Claude ? Mes bulletins scolaires étaient des catastrophes naturelles.
- Speaker #1
De moi.
- Speaker #0
Vous étiez donc... En fait, on vous a mis dans un pensionnat qui s'appelle Passy-Businval. J'ai reçu beaucoup de gens dans cette émission qui parlaient de leur enfance dans les pensionnats. Et ça, vous avez vraiment détesté cet endroit, Passy-Businval. Alors moi,
- Speaker #1
je n'étais pas en pension. J'étais là-bas, en pension, mais j'étais en demi-pension. Je rentrais le soir et je partais très tôt le matin.
- Speaker #0
Ça s'est quand même très mal passé.
- Speaker #1
Oui, j'étais super malheureux, en fait. J'étais très malheureux, très complexé, très seul, très perdu.
- Speaker #0
Les élèves vous harcelaient ?
- Speaker #1
Non, je n'ai plus jamais été harcelé parce que j'ai toujours eu ma personnalité quand même. Ma personnalité ? Non, non, mais c'est vrai. Je ne suis pas une victime. Je n'ai jamais été une victime. C'est juste que... Les élèves, ils étaient comme ils sont, c'est-à-dire qu'ils traçaient leur vie et que c'est moi qui étais en décalage. Eux, ils n'étaient pas particulièrement méchants à mon encontre, ni pervers, ni tordus. C'est juste que moi, j'étais là comme un... J'étais même pas acteur, j'étais spectateur de... J'ai eu un rêve comme ça et c'était... Oui, j'ai vécu des... Comme beaucoup, mais beaucoup, beaucoup de... Enfin, des millions, je pense, à avoir vécu pareil. Des humiliations, des frustrations, des complexes. C'est difficile l'adolescence. À un moment... Je pense que à 70 millions de Français, tout le monde pourrait écrire un livre sur son adolescence. Vous, par exemple, à l'époque, vous n'aviez pas la barbe. Vous racontez souvent que vous étiez un peu... C'est vrai que la barbe m'a beaucoup... Merci beaucoup. Vous étiez très complexé par votre physique, que les filles ne vous regardaient pas. La barbe est un avantage. Vous avez fait un livre sur le sujet.
- Speaker #0
Oui, c'est vrai que la... Quand on a un menton en galoche, la barbe corrige ce défaut. Autre phrase. Le succès, c'est d'avoir ce qu'on aime. Le bonheur, c'est d'aimer ce qu'on a.
- Speaker #1
C'est moi ?
- Speaker #0
Non, c'est Itinéraire d'un enfant gâté. Non. Je me suis encore trompé. Elle est bien quand même. C'est une phrase de Claude Lelouch.
- Speaker #1
Elle est superbe.
- Speaker #0
Présumée,
- Speaker #1
attribuée à Claude Lelouch. Mais ce n'est pas dans Itinéraire, ça.
- Speaker #0
Et enfin, qui a dit ça ? Les coupures de presse sont celles qui cicatrisent le plus vite.
- Speaker #1
Ça, c'est quelqu'un que... que je respecte beaucoup, c'est Vincent Bolloré.
- Speaker #0
C'est Vincent Bolloré, oui. Et j'aime beaucoup cette phrase, je la trouve super marrante. C'est vrai. Les coupures de presse sont celles qui cicatrisent le plus vite. Quand on a un mauvais papier, quand on a un mauvais article, c'est pas très grave, c'est assez juste et... Merci beaucoup. Alors, on passe au questionnaire. Comme vous n'avez écrit qu'un livre, je me suis dit que c'était peut-être plus amusant de vous faire le questionnaire, un nouveau questionnaire que j'ai écrit spécialement pour vous, le questionnaire du Roi de la Nuit.
- Speaker #1
Que je ne suis pas, comme je vous l'ai expliqué pendant toute l'émission.
- Speaker #0
Que vous avez été. Bon. Quel est votre restaurant préféré dans le monde ? Et vous n'avez pas le droit de citer un de vos établissements, bien sûr.
- Speaker #1
D'accord. Alors... Pour le cadre, je dirais que c'est le restaurant du Cap Creus à Cadaquès, qui est perché en haut du phare, le restaurant du phare, qui est un endroit du bout du monde. C'est un endroit que je trouve le plus beau. Pas pour l'assiette, mais en tout cas pour le cadre.
- Speaker #0
Pour la vue. Quelle a été la plus belle fête de votre vie ?
- Speaker #1
Je suis obligé de dire mon mariage, parce que sinon j'aurais des problèmes. Avec Émilie.
- Speaker #0
C'était il y a combien de temps ?
- Speaker #1
C'était en 2003.
- Speaker #0
Ah oui.
- Speaker #1
Il y a 23 ans. On a fêté les 20 ans de mariage il y a quelques-uns, il y a 3 ans.
- Speaker #0
Et c'était où ?
- Speaker #1
Vous savez, vous étiez là.
- Speaker #0
Je sais où était l'anniversaire, mais je n'étais pas à votre mariage.
- Speaker #1
C'était la même chose, au même endroit.
- Speaker #0
Ah oui, à Cadaquès, donc à côté de Cadaquès. Oui, exactement. Qui est le meilleur DJ de France ?
- Speaker #1
Alors, je vais vous dire...
- Speaker #0
Vous employez pas mal de DJs.
- Speaker #1
Oui, mais je ne suis pas là dans moi. Parlez-moi de musique classique. Quel est le meilleur compositeur de l'histoire ? Quel est le plus grand interprète de l'histoire ? Je peux vous répondre, mais le DJ, je ne suis pas capable de vous dire.
- Speaker #0
Qui est le meilleur chef en France ? Vous allez vous fâcher avec plein de gens, mais ce n'est pas grave. Allez-y.
- Speaker #1
Pour moi, le meilleur chef, c'est… Il y a les grands techniciens, les stars. techniquement, qui sont à des niveaux stratosphériques. Ça, c'est un critère. Mais pour moi, le plus grand chef, c'est ceux qui me donnent le plus d'émotion, en fait, quand j'y vais dans leur cuisine. Et en fait, ça s'est beaucoup lié à des moments, en réalité. Donc, moi, j'ai un chef que j'adore, qui est français, mais qui n'est pas en France, qui est Romain Fornel, qui est le chef avec qui je travaille, d'ailleurs, qui a un restaurant étoilé qui s'appelle Kaelis à Barcelone. Ça, ça me procure une émotion. Mais pourquoi ?
- Speaker #0
Qu'est-ce qui se passe ?
- Speaker #1
Je ne peux pas vous dire. Je trouve que tout est précis, tout est juste, tout est épuré. Il n'y a pas de toutes les fleuritures techniques. Après, il y a des immenses chefs. Vous en avez fait travailler pas mal. Je fronce la piège, par exemple. Et de mon point de vue, un des plus grands chefs, un des plus grands génies de la cuisine française. Mais il y en a plein.
- Speaker #0
Quel est le son pour remplir le dance floor immédiatement ? Là, maintenant, vous mettez cette musique.
- Speaker #1
Stay on the world.
- Speaker #0
C'est quoi ça ? Stay on the world.
- Speaker #1
Stay on the world.
- Speaker #0
Ça n'existe pas ?
- Speaker #1
Ben si.
- Speaker #0
We are the world, je connais.
- Speaker #1
Joubert Sisters.
- Speaker #0
Ah, avec les enfants qui chantent, là. Ah oui, ça, ça marche toujours. Oui,
- Speaker #1
100%.
- Speaker #0
D'accord. Ton plat préféré ?
- Speaker #1
Il y a Joey Stark qui danse dans le film Police de Mayweather sur cette musique. Oui,
- Speaker #0
c'est ça. Oui, d'accord. Qui a une scène mythique.
- Speaker #1
Mais ça ne doit pas être ça, le vrai titre.
- Speaker #0
C'est ça. C'est ça. C'est ça. C'est ça. C'est ça. C'est ça. C'est ça. C'est ça. C'est ça. C'est ça. C'est ça. C'est ça. C'est ça. C'est ça.
- Speaker #1
C'est pas ça du tout. C'est ça. C'est ça. C'est ça. C'est ça. C'est ça. C'est ça. C'est ça. C'est ça. C'est ça. C'est ça. C'est ça.
- Speaker #0
C'est ça. C'est ça. C'est ça. C'est ça. C'est ça. C'est ça. C'est ça. C'est ça. C'est ça. C'est ça. C'est ça. C'est ça. C'est ça. C'est ça.
- Speaker #1
C'est ça. C'est ça. C'est ça. C'est ça.
- Speaker #0
C'est ça. C'est ça. C'est ça. C'est ça. C'est ça. C'est ça. C'est ça. C'est ça. C'est ça. C'est ça on the world. Votre plat préféré sur Terre ? Un plat.
- Speaker #1
Le bœuf Wellington.
- Speaker #0
Ah ! Bien sûr, servi chez la Pérouse.
- Speaker #1
Évidemment.
- Speaker #0
On ne peut pas s'en empêcher.
- Speaker #1
Ce n'est pas un hasard. C'est parce que c'est mon plat préféré.
- Speaker #0
Oui.
- Speaker #1
Et que quand je me suis plongé dans les archives de la Pérouse, j'ai découvert que c'est ce plat qui avait été servi à Winston Churchill quand il est venu en mai 40 déjeuner, faire l'aller-retour en 24 heures pour aller convaincre, supplier Paul Reynaud, président du Conseil français, de ne pas capituler et de tenir au maximum contre les Allemands, qui sont venus déjeuner chez la Pérouse, c'est historique, répertorié partout. On leur a servi un boeuf Wellington. Et c'est incroyable.
- Speaker #0
Pour expliquer, c'est un rôti de boeuf en croûte qui est absolument délicieux, mais très cher. Votre pire souvenir de Fiesta ?
- Speaker #1
Alors...
- Speaker #0
T'as pas le droit d'être avec moi !
- Speaker #1
Non, non, ça c'est pour après. Alors, c'était quand j'étais organisateur de soirée. J'organisais une soirée au privilège en dessous du palace avec mon meilleur ami Gilles Paquet-Brenner. Et c'était Cathy et David Guetta qui s'occupaient du club et on nous avait confié un samedi. On avait fait un carton, on se croyait très intéressants, très malins. avec la banane d'Andy Warhol, la banane jaune des Velvet Underground. Et le texte était « Banane à patouche, il paquait Brenna 1. » Ils se sont réunis pour se prendre une et il y avait la photo de la banane. On trouvait ça très marrant pour faire un peu d'auto-dérision à la mode Fred et Beck BD, un caca-club. Et là, on est une heure et demie du matin, on est au privilège, un samedi soir, la salle est vide. Je suis avec Gilles à notre table parce qu'on avait notre bouteille négociée gratuite. Et là, on voit dans les escaliers qui descendent du palace, ouvrir la porte, ouvrir, et David et Cathy Guetta qui arrivent. Ils arrivent, vraiment, mais véridiques. Ils arrivent, ils regardent la salle qui est vide. Cathy prend le carton, elle lit le carton, elle prend une banane, elle, comme ça. Et là, je vous promets que c'est vrai, on s'est mis à quatre pattes avec Gilles. On a rampé sous les banquettes pour pas qu'il nous voit. Et on est partis par la recette de secours. C'est Cathy qui est une amie que j'adore. Je crois qu'à chaque fois que je la vois, on reparle de cette histoire.
- Speaker #0
Mais pourquoi personne n'est venu ? A cause du carton ? L'invitation ?
- Speaker #1
Non, parce qu'on est arrivé d'être très mauvais dans ce qu'on a fait. Vous me demandez si j'avais eu des échecs. J'ai eu beaucoup d'échecs et notamment j'ai pris un bide. On a pris un bide. Comme un cinéaste qui fait un film qui prend un bide. Et ça c'était vraiment un souvenir. C'est très drôle. C'est très drôle, mais c'était pathétique. C'est vraiment les losers pathétiques. On est partis en rampant par la santé de secours. Tellement on avait honte d'affronter leur regard. Et à quel point on n'assumait pas. On n'assumait pas de... On était honteux.
- Speaker #0
Qui faut-il inviter pour qu'une soirée prenne feu ?
- Speaker #1
Antoine Dullery.
- Speaker #0
Ah oui.
- Speaker #1
C'est le meilleur. Antoine, c'est mon ami. Lui, c'est un pilier de notre bande. C'est Charles Gérard dans l'aventure. Antoine, il est là de tous les combats. Quel que soit votre état d'humeur, il est merveilleux. Il sauve toutes les situations. Quand on est bien, on est encore mieux. Quand on n'est pas bien, on est bien. C'est le meilleur médicament, c'est Antoine Dulleri. Il devrait être remboursé par la Sécu.
- Speaker #0
Qui faut-il refuser absolument à l'entrée pour que la soirée soit réussie ?
- Speaker #1
Octave Parango.
- Speaker #0
D'accord.
- Speaker #1
Lui, il vaut mieux le laisser dehors.
- Speaker #0
Et enfin, quelle est votre drogue préférée ?
- Speaker #1
L'amour.
- Speaker #0
Merci beaucoup Benjamin Patou. C'était très gentil de nous recevoir depuis 4 ans et de venir ce soir. Itinéraire d'un enfant raté, je vous ordonne de lire ce livre. C'est un parcours de vie, c'est l'histoire d'un survivant. C'est aux éditions Fayard. Oh là là, j'ai reçu un auteur Fayard !
- Speaker #1
Et c'est un chef-d'oeuvre.
- Speaker #0
Oh mon Dieu, et c'est un chef-d'oeuvre, c'est un chef-d'oeuvre, bien sûr. Et n'oubliez pas, lisez des livres et faites la fête. Sinon vous allez mourir idiot. Bonsoir.