- Speaker #0
Amis de la beauté littéraire et de la beauté physique et de la beauté du luxe, bonsoir à tous les trois. Simon Liberati, bonsoir.
- Speaker #1
Bonsoir.
- Speaker #0
Je suis ravi de vous recevoir, comme à chaque fois. Vous étiez venu pour Stan. Oui,
- Speaker #1
je suis venu assez souvent.
- Speaker #0
Je dis Stan, mais c'est Stanislas, c'est votre livre sur votre enfance. Mais alors, juste avant de commencer notre entretien, nous avons cette semaine, et bien j'envoie tout de suite la pause.
- Speaker #1
Le livre dont l'auteur ou l'autrice mériterait d'être sur le plateau. Mais voilà, je n'ai pas la place.
- Speaker #0
Et cette semaine, l'écrivain que je voulais inviter, mais je n'ai pas la place, c'est Thierry Vimal. Vous ne connaissez pas Thierry Vimal. Non. C'est l'auteur de Le Grand Huit. Et aussi d'un livre qui m'avait bouleversé, qui s'appelait 19 tonnes, sorti en 2019, où il racontait l'attentat de Nice. Ah oui. Ce camion de 19 tonnes. Voilà, il a perdu sa fille dans cet attentat. C'est regrettable. C'est un livre absolument très très très beau. Et cette fois, ça s'appelle Fontaine du Val Cowboy. C'est l'histoire d'une famille, la famille Fontaine du Val. C'est lui sur la photo ? Non, je ne sais pas si c'est lui sur la photo. Mais c'est totalement déjanté, c'est une famille dysfonctionnelle. Son petit frère organise des orgies de chemsex, prend du GHB et pousse des gloussements et des hurlements toute la journée dans sa chambre. Ils louent une partie de leur maison pour un Airbnb, mais le petit frère est attrapé par la police et incarcéré. Du coup, c'est la grosse galère pour le narrateur, qui est le grand frère, et qui doit s'occuper de ses parents malades et de cette maison. Voilà, c'est hilarant, c'est trash.
- Speaker #1
C'est rural.
- Speaker #0
Oui, tout à fait. C'est un roman débridé. Thierry Vimal, c'est vraiment un talent à suivre, je trouve, dans la littérature contemporaine. Et c'est publié au Cherche Midi. Voilà pour l'écrivain qui sera d'ailleurs peut-être un jour reçu ici, espérons-le. Vous êtes né en 1960, Simon. Savez-vous combien de livres vous avez écrits ?
- Speaker #1
Non, mais 16 je pense. Alors vous savez, puisque c'est 16, bravo.
- Speaker #0
7 romans, 4 récits de non-fiction sur des gens existants, 3 récits autobiographiques et 2 essais. Voilà, j'ai noté ça. Des essais littéraires, principalement. Vous avez reçu le prix Féminin en 2011 pour Jane Mansfield 1967 et le prix Renaudot en 2022 pour Performance. Mais ce que les gens savent moins, c'est que vous avez débuté dans le journalisme féminin. C'était en quelle année ?
- Speaker #1
J'ai débuté dans le journalisme junior féminin, c'était à la fin des années 80. Et c'était pour le journal 20 ans.
- Speaker #0
À 20 ans, vous faisiez l'horoscope ?
- Speaker #1
Oui, j'ai fait longtemps l'horoscope. J'ai même fait très longtemps l'horoscope à 20 ans.
- Speaker #0
Mais vous êtes astrologue ?
- Speaker #1
Non, vous savez, on partait du principe. C'était un journal assez honnête. Et donc, comme l'astrologie, en tout cas dans les journaux, ce n'est pas toujours très sérieux, on faisait quelque chose de vraiment très violent et pas du tout sérieux.
- Speaker #0
Oui, violemment absurde.
- Speaker #1
Mais les gens le prenaient. Vous savez, on prend toujours les choses. Quand même, malgré tout, n'importe quelle personne lit son signe dans la presse et donc le prenait très mal, souvent. J'ai eu des gens qui étaient mécontents de l'église et puis des cadres.
- Speaker #0
Et ce qui est étonnant chez vous, c'est que vous avez donc démarré, j'imagine, à 20 ans et puis dans d'autres magazines.
- Speaker #1
Avec l'amour, avec Anne Chabreux aussi.
- Speaker #0
Dans les années 80. Mais votre premier roman, c'est en 2004, donc vous aviez 44 ans. Qu'est-ce que s'est-il passé pendant ces 20 ans ? Vous avez passé ces 20 années à refuser d'écrire, refuser de publier des livres ?
- Speaker #1
Oui, enfin, j'avais pas tellement envie d'être écrivain. Et puis, jeune, oui, et puis après, non. Puis on se moquait beaucoup des écrivains. Vous savez, je prenais des pseudonymes à 20 ans. Un d'entre eux était Henri Michou, si ma mémoire est bonne. Et on n'était pas très... On prenait pas très la... vraiment les choses culturelles, on va dire les parties culturelles du journal très au sérieux. Donc, je n'étais pas du tout encouragé. Et puis, je faisais de l'art. Par ailleurs, j'étais peintre. Je suis un peintre raté. Donc, voilà. Ça m'a pris quelques années avant d'écrire un premier livre.
- Speaker #0
Qui était Anthologie des apparitions. Est-ce qu'on peut dire, et c'est vrai en lisant votre dernier roman, New York City Inferno, aux éditions Stock, Euh... que vous avez passé une première partie de votre vie à la vivre et une deuxième partie de votre vie à la raconter.
- Speaker #1
Non, pour la bonne et simple raison que j'ai vécu... de manière beaucoup plus amusante à partir du moment où j'ai écrit des livres.
- Speaker #0
Ah bon, vous trouvez,
- Speaker #1
d'accord. Ah oui, la littérature, d'abord, ça n'occupe pas... Enfin, peut-être qu'il y a des gens qui travaillent toute la journée. Moi, je ne travaille pas énormément. Et j'ai écrit beaucoup. Heureusement que je me contrôle, parce que sinon, j'en aurais écrit 37. Mais non, on vit beaucoup mieux quand on... Enfin, j'ai vécu beaucoup mieux à partir du moment où j'ai écrit, parce que j'ai connu des gens plus drôles. Et du coup, ça m'a permis de faire des choses peut-être différentes.
- Speaker #0
Ah oui. New York City Inferno est le tome 3 d'une trilogie intitulée Les Démons, qui a commencé en 2020 avec ce livre, Les Démons. Et il y a eu un tome 2, La Hyène du Capitole, en 2024. J'ai écrit dans le Figaro Magazine que vous étiez le Dostoyevski des backrooms. Ce n'est pas forcément sympa. Mais vous pensiez beaucoup, j'imagine, à Dostoevsky, au démon de Dostoevsky ? Non, pas du tout. Non,
- Speaker #1
pas du tout, parce qu'en fait, mon livre devait s'appeler « Prières exaucées » . Et j'en ai parlé, et l'éditeur, qui est Emmanuel Carcassonne, qui est l'éditeur de chez Stock, m'a dit, « Oui, il n'était pas très enthousiaste, il trouvait le titre pas très clair. » Et puis surtout, j'ai vu Olivier Nora, dont on parle pas mal en ce moment, et qui m'a dit, « Si tu utilises ce titre, je t'attaque. » Parce qu'il était l'éditeur de Prières Exaucées en France, la traduction. Donc du coup, l'édition m'a convaincu de me diriger vers un autre titre. Les démons, ce n'est même pas moi qui les ai trouvés d'ailleurs.
- Speaker #0
Parce que les deux personnages principaux sont d'origine russe. Donc c'est pour ça qu'on peut penser que c'est un hommage à la littérature russe ou quoi que ce soit. Donc pas du tout. Mais en revanche, vous réalisez le rêve de Truman Capote qui voulait... écrire une sorte de recherche du temps perdu des années 70, 60-70, en écrivant Prières Exaucées. Et vous en parlez beaucoup dans ce tome-là, New York City Inferno, vous parlez beaucoup de lui, de ce rêve gâché, finalement, il n'a pas réussi. Est-ce que vous voulez donc réaliser le rêve de cet écrivain ?
- Speaker #1
C'est une autre histoire, parce que je trouve que Capote, finalement, je ne sais pas s'il avait les... Je crois que c'était... j'ai oublié son nom, ça va me revenir qui disait que les américains ne pouvaient pas écrire leur prousse parce qu'ils étaient trop pressés de passer à la télévision c'est un des personnages du livre et c'était Noailles pas Anna, l'autre j'oublie toujours son prénom Marie-Laure de Noailles voilà qui disait ça, merci de m'avoir aidé Et donc, je pense que Capote, au contraire, à travers les souffrances qu'il a traversées, les moments de panique, finalement, à la fin de sa vie, a écrit des très bons textes. Les textes qu'il a écrits, notamment pour Interview, pour Warhol, donc, étaient très, très bons. Il y a l'histoire de la femme de ménage, alors qu'il est peut-être un peu antérieur, où il suit une femme de ménage pendant une journée chez des gens qu'elle ne connaît pas et qui ne connaît pas non plus. Elle prend les clés, il fume de la marijuana en dansant chez des gens qu'il ne connaisse pas. C'est très amusant. Donc il y a des très bons récits courts comme ça. Donc moi j'ai juste pris cette idée d'un personnage qui signe un livre et qui ne pourra pas écrire pour développer à l'intérieur de ce temps, parce qu'il s'est passé 20 ans à peu près entre le moment où il a signé le contrat et le moment où il est mort, un peu moins de 20 ans je crois, pour montrer ça, pour montrer cet échec, et puis aussi pour montrer que des personnages veulent rentrer dans le livre, parce qu'ils ont entendu dire qu'ils écrivaient le livre. Donc mes personnages, au départ, sont des personnages qui veulent devenir des personnages de romans. Et en voulant devenir des personnages de romans, ils vivent un roman qui est le roman que je raconte. Oui, voilà.
- Speaker #0
Alors les deux personnages, c'est un frère et une sœur, qui sont des princes russes, Alexis et Tainé Tchérepakine. Alexis, c'est un écrivain, un octobule. bisexuel, qui se prostitue un peu, qui fréquente les backrooms...
- Speaker #1
Il est plutôt gay, je crois, non ? Oui, il est bisexuel, il ne me rappelle plus. Il est bisexuel avec une fille, je ne crois pas.
- Speaker #0
Non, pardon, alors je ne sais pas pourquoi j'ai dit ça. Non,
- Speaker #1
je ne sais pas, on dit bisexuel.
- Speaker #0
Il a l'air un peu amoureux de sa sœur par moment, donc peut-être pour ça.
- Speaker #1
Oui, mais des gens amoureux de leur mère ou de leur sœur et qui sont homosexuels, il n'y en a pas mal. Mais, oui, pardon, je ne me rappelle plus quelle était la question.
- Speaker #0
Donc, je décrivais Alexis.
- Speaker #1
Ah oui ?
- Speaker #0
Donc là, dans ce... Tom 3, il fréquente beaucoup les clubs sadomaso du Meat Market District.
- Speaker #1
C'était quelque chose d'assez amusant à raconter, les clubs SM de l'époque, c'était terrible. Et il y en avait en France, mais ils étaient moins bien. Mais ceux de New York, et puis évidemment ceux de San Francisco, mais c'est ceux de New York qui sont finalement restés dans l'histoire. qui te permet de faire une petite passage infernale. De toute façon...
- Speaker #0
Le titre, il y a Inferno dans le titre, vous êtes attiré depuis toujours par les baffons, l'underground, à la fois ce qu'on appelle le trash. Qu'est-ce que vous trouvez dans ces décors-là ?
- Speaker #1
Alors, si je peux vous raconter une histoire que je n'ai pas racontée sur ce livre, c'est qu'en fait au début, j'étais tombé amoureux de François-Marie Bagné à la fin des années 2010, vers 2017. Et je m'étais rapproché de lui parce que je voulais faire un livre sur lui. Pas forcément sur l'histoire bétancourt, qui n'est pas la chose qui m'intéresse le plus chez lui, mais sur le personnage que je trouve extrêmement intéressant et drôle et vivant. Et François-Marie s'est laissé approcher. Il m'avait approché lui-même de son côté avant. On s'est approché, puis on ne s'est pas approché. Il est comme ça, il a un caractère très entier et très dur. Donc finalement on n'a pas fait affaire ensemble et du coup il m'a donné envie de créer un personnage qui était le personnage de Donatien dans le livre, qui est le personnage un peu du méchant on va dire, j'en reviens au mal à la question que vous me posez. Et François-Marie est quelqu'un qui à mon sens, je le connais mal, mais à mon sens a un sens du mal assez fort et c'est pas l'argent son moteur, c'est pas du tout l'argent. D'ailleurs je crois que l'argent n'est pas quelque chose d'intéressant en soi et que ça serait pas intéressant d'en faire juste ça. Et l'histoire des démons, c'est l'histoire de quelqu'un qui veut se faire aimer finalement d'une jeune fille qui est lui-même plutôt, on va dire, alors là pour le conte, polysexuel. C'est-à-dire qu'il est attiré par les vieilles dames, par toutes sortes de gens. Et en même temps, qui veut séduire. Et cette fille qui veut séduire, c'est l'héroïne du livre. Donc en fait, c'est l'histoire d'amour aussi entre ce garçon sombre, ambitieux. ténébreux au sens balsacien du terme et...
- Speaker #0
Et donc tailliné.
- Speaker #1
Alors j'ai revu après Bagné et alors on a dîné et bon, il n'a pas... Je pense qu'il est au courant, ça m'étonnerait, je connais beaucoup de gens en commun et les gens sont un peu en général friands de ce genre de choses, surtout quand on sait que les trois quarts des gens sur lesquels j'écris en général, soit me donnent des coups de couteau, soit me poursuivent en justice donc si vous voulez, a priori je prêtais le flanc. Et il n'a pas réagi, donc peut-être qu'il n'a pas lu le livre. En tout cas, c'est à lui, finalement, que je pensais beaucoup en écrivant Les Démons.
- Speaker #0
Tahiné Thierry-Pakine, la sœur d'Alexis, elle est photographe, lesbienne, toxicomane, et elle est disquaire, ce qui est un métier qui est en voie de disparition, mais à l'époque, il y en avait beaucoup. Diriez-vous que, parce qu'il y a une phrase que j'ai trouvée dans les... démon, c'est peut-être la phrase que vous venez de citer, c'est idiot, il faut qu'il arrête personne ne refera l'oeuvre de Proust, surtout pas un américain oui,
- Speaker #1
c'est Marie-Laure qui dit ça dans un déjeuner au début dans le premier tome qu'elle fait dans son touche-touche son petit salon de l'hôtel Bischoffen, excusez-moi si je me trompe dans la formulation dans la prononciation mais oui, c'est elle qui dit ça, c'est un dîner d'ailleurs avec Donatien, Jeune, etc.
- Speaker #0
Mais ma question, c'est est-ce que vous pensez à Proust quand vous vous lancez dans cette entreprise ? Comme Capote avait rêvé d'écrire cette recherche du temps perdu des années 70.
- Speaker #1
Alors, je n'ai pas un rapport fétichiste aux écrivains anciens, que ce soit Proust, que ce soit Homer, que ce soit Joyce, que ce soit Dante, on va y aller carrément. Je n'ai pas de rapport fétichiste, j'ai toujours tendance à considérer que c'est des collègues de travail. Donc, si vous voulez, quand je fais un livre, en effet, Proust m'a influencé. Je crois qu'on a été tous très influencés par Proust. Proust, peut-être un peu trop, d'ailleurs on s'est moqués de nous dans des émissions en disant qu'on en avait marre de Proust, mais la vérité c'est que Proust m'accompagne, donc si vous voulez quand je pense en effet à certaines descriptions à certaines ouvertures de boîtes dans des boîtes, dans des boîtes de psychologie, forcément, et les phrases la longueur des phrases, on est obligé de penser à Proust, mais c'est pas du tout un rapport, je rêve pas, enfin c'est pas pour me dédire pour me mettre en disant non non j'ai pas du tout voulu faire Proust Mais je ne suis pas du tout fasciné par les œuvres. Je suis intéressé par les idées nouvelles qu'on trouve souvent dans la littérature ancienne.
- Speaker #0
Oui, oui, mais je veux dire, en s'intéressant à une bande de dépravés de la jet set de cette époque-là, on voit passer dans votre livre Andy Warhol, on voit passer les sœurs Bouvier, Jacqueline et Lee Radziwill, on voit passer Robert Malpult. Thorpe et Patti Smith à l'hôtel Chelsea. Vous prenez des personnages qui sont un peu l'aristocratie de ces années-là.
- Speaker #1
Aristocratie pop, comme disait Bayonesco.
- Speaker #0
Et vous aimez les disséquer un peu à la manière de Tonton Marcel.
- Speaker #1
Ouais, Tonton Marcel, ça me plaît bien. que je fais comme Tonton Marcel. Le problème des gens célèbres, et surtout de ces gens-là, c'est que c'est toujours très difficile. Vous le savez vous-même, vous êtes de la même... On fait le même métier. C'est très difficile de les mettre en mouvement et de perdre avec eux le côté... C'est comme quand vous rencontrez quelqu'un de très connu, les premières minutes, vous êtes plutôt victime de tout ce que vous avez lu dans la presse, etc. Donc c'est très compliqué. un Warhol, un machin, c'est des gens qui sont difficiles à manipuler. Et donc, il faut arriver à mélanger la fiction. Il faut vraiment se les être accaparés complètement. Et finalement, c'est l'exercice et la difficulté de l'exercice.
- Speaker #0
Et pourquoi choisir un exercice aussi difficile ?
- Speaker #1
À l'époque, je voulais faire de l'argent parce que ce n'était pas du tout que je voulais devenir riche. Mais je voulais pouvoir arrêter d'assommer les libraires et les journalistes de livres tous les ans. Et le problème, c'est que c'est une trilogie qui est prévue pour être un blockbuster. Bon, il se trouve que c'est un blockbuster maudit. Ce qui n'est pas pour me déplaire, parce que j'ai eu très bonne critique. Je ne vais pas me plaindre de l'accueil. Mais on va revoir les ventes, je crois que ce ne sont pas les seules.
- Speaker #0
Donc vous pensiez qu'en écrivant sur... Oui,
- Speaker #1
surtout Manuel Carcassonne, mon éditeur. Ah oui,
- Speaker #0
d'accord.
- Speaker #1
Ah oui, et puis surtout l'idée, c'était de prendre un gros roman... de faire un gros roman en touchant trois avaloirs donc c'était vraiment une bonne une bonne affaire on faisait affaire tous les deux et on allait faire il y aurait une adaptation, on allait avoir une série enfin c'était parti pour la planète Mars et résultat, bah voilà donc c'est bien, mais j'aime bien les blockbusters ratés vous savez il y a un film qui s'appelle Showgirl de Paul Verhoeven qui est un film qui a eu ça a été une catastrophe l'accueil était terrible l'accueil en plus était mauvais mais les entrées aussi et puis finalement maintenant c'est devenu une sorte de j'ai vu que J'ai vu que c'était devenu quelque chose d'absolument magnifié. J'ai espoir encore dans quelques années que ça revienne.
- Speaker #0
Mais je vais vous faire lire une page. J'ai pris cette page, la page 176, parce qu'elle me plaît.
- Speaker #1
20 l'heure de la pause. Thaïné et Bérénice s'écroulèrent en copine sur le grand canapé de velours tabac, serrés l'une contre l'autre sous un plaid. Bérénice, la tête... posée sur l'épaule de Tahiné lui racontait toutes sortes de choses naïves ou drôles sur sa vie de collégienne. Les jeunes bourgeoises françaises, même les oies blanches, ont de la conversation et de l'esprit. Une vieille tradition s'est maintenue depuis le XVIIIe siècle et Tahiné, l'expatrié, se laissait prendre aux douceurs et aux mouvements rapides et fins de sa langue. À force de parler anglais, elle avait oublié la musique du français et et s'entendait soudain en écho au début des années 60 lorsqu'elle découvrait la vie dans les romans de Louise de Villemaurin. Ce plaisir-là, parce qu'il précédait l'autre et qu'aucune loi ne le prohibait, avait une fraîcheur naïve que l'autre plaisir interdit qui suivrait à n'en pas douter effacerait. Tainé était surprise d'y céder et charmée au point de souhaiter ne pas passer outre, suspendre la volupté qui ne serait pas très... Pardonnez-moi ! qui ne serait pas très différente de celle qu'elle prenait avec les petites paumées new-yorkaises qu'elle attirait ou attachait dans sa chambre du Chelsea Hotel. Si, selon la fable, les loups à corps sont les plus dangereux, les victimes amusantes, celles qui savent charmer par la parole, peuvent, comme Cheikh Razad, repousser l'heure du bûcher de l'estrapade sensuelle jusqu'à ce que la nuit tombe et qu'il faille rentrer pour le temps. thé qu'organisait chaque jour Donatien dans le salon.
- Speaker #0
Alors là, on a quand même, on voit un aperçu de votre forme, de votre style, qui est un style quand même ultra littéraire, très fluide, mais enfin quand même habité par Marcel Proust et par d'autres prédécesseurs, Saint-Simon, j'en pense. Oui, je pense, non, je pense que... Non, mais là, on regarde deux filles sur un canapé. Certains auraient fait une seule phrase, vous voyez, et vous aimez, vous créez, vous distillez une atmosphère, un climat, et puis c'est quand même très littéraire. Je sais pas, si je dis que c'est du Proust trash par exemple, c'est un peu simple.
- Speaker #1
Pourquoi pas, alors c'est drôle ce que vous me dites, parce que l'autre jour j'allais à la République, je vais jamais dans ce quartier, et je passe, il y avait des types qui faisaient de la planche à roulettes, du skateboard. Oui, moi, j'appelais ça la planche à roulettes quand j'étais jeune. J'ai eu une des premières planches à roulettes à Paris parce que j'avais un cousin qui aimait bien les petits garçons et qui adorait les planches à roulettes. Et il y a un type qui passe, pas tout jeune, à côté de moi, comme ça, très vite, il a failli me renverser. J'ai eu peur à mon âge, en plus, elle est cycliste, tout ça, à Paris, c'est très dangereux maintenant. Et il a crié « trop littéraire » . Alors, je me suis dit, ça, c'est formidable, c'est pas mal, ça m'a plu.
- Speaker #0
C'est une belle insulte, oui. Dans le projet initial de Truman Capote qui... qui est mort en 1984, donc il n'a pas pu terminer son livre. Le héros de Prières exaucées, il s'appelait P.B. Jones, et c'est un écrivain bisexuel qui passe son temps entre New York, Paris et Tangier. Et vous, vous avez remplacé Tangier par Rome et un peu la Thaïlande. Pourquoi ?
- Speaker #1
Je vais vous dire toute la vérité.
- Speaker #0
Ah, il est temps.
- Speaker #1
Malheureusement, elle est dure. j'avais un livre que je devais écrire que j'avais vendu à Carcassonne mon éditeur Manuel parce qu'on parle beaucoup d'Olivier Nora il y a aussi Manuel Carcassonne qui est toujours dans le groupe Manuel Carcassonne et donc Manuel je lui avais vendu un bouquin sur un de mes vieux euh... Comme on dit dans la presse quand il y a un truc qui revient régulièrement, Marronnier, un de mes vieux Marronnier, qui est Marayat Andréane, l'auteur d'Emmanuel, vous savez le roman qui a eu beaucoup de succès. Emmanuel Arsens. Alors son vrai nom, c'est Marayat et Louis-Jacques Andréane, c'est Louis-Jacques le mari qui a écrit en partie Emmanuel. C'est un couple que mes parents avaient bien connu, que j'ai donc croisé, je crois avoir même aperçu Emmanuel une fois, enfin je crois dans mes souvenirs très enfantins. Et donc je voulais toujours faire ce bouquin sur Emmanuel. Et puis ça me barbait à chaque fois que je m'y mettais. Il y avait le contrat qui était là. Et donc, du coup, je me suis dit, qu'est-ce que je vais faire avec cette histoire de Bangkok que je n'ai pas envie de raconter ? Et je vais faire la trilogie. Donc, j'ai fait la trilogie. J'ai réintégré le contrat Marayat à l'intérieur. Et comme ça, j'ai eu. Donc, il fallait quand même que j'aille à Bangkok au moins une fois. Et je suis allé à Bangkok. C'est un passage qui m'a assommé à écrire. Et Emmanuel, c'est son passage préféré. Oui, c'est très bien. Oui,
- Speaker #0
je trouve que ce passage est très bien, moi. il y a une espèce de sensualité bizarre c'est intéressant ce que vous dites c'est quelque chose que les écrivains ne disent jamais c'est qu'ils ont des contrats on leur donne de l'argent pour écrire des bouquins et après il faut bien rendre les manuscrits et vous qui êtes comme une sorte de machine de guerre une machine à écrire vous arrivez quand même à les rendre tous ces livres et vous les faites avec une grande exigence formelle Alors...
- Speaker #1
pour quelqu'un qui pourrait bâcler des trucs pour le pognon ne ferait pas ça vous voyez admettez quand même que vous écrivez vous cherchez quand même dans ce travail c'est pas juste pour le pognon ah non je peux pas parce que si je faisais un livre pour le pognon j'aurais plus de pognon parce que ça marcherait pas et en plus je me dévaloriserais je ferais un mauvais bouquin donc si vous voulez le seul truc que je suis obligé d'essayer de faire c'est d'essayer de tenir je dis pas que je fais des bons livres mais de tenir le cheval parce que sinon je tombe de cheval c'est foutu Donc si vous voulez, l'histoire des manuels finalement, il y a des partous à Bangkok, etc. C'est dans le tome 1 pour ceux que ça intéresse, qui est disponible en poche et en grand format. Et donc voilà, c'était marrant parce que j'avais eu des expériences à Bangkok que j'ai beaucoup aimées. J'ai eu quelqu'un dans ma vie qui était thaïlandaise, qui était très très très amusante, dont j'ai parlé dans un bouquin, et très très très violente. Je lui avais dédié un livre. Elle était contente, elle m'a dit ah oui, le nom c'est bien moi, et puis en dessous il y avait une citation de Proust, elle me dit mais who is this guy ? J'aimais beaucoup cette personne, donc j'ai parlé de Bangkok en me souvenant de mes voyages avec elle à Bangkok.
- Speaker #0
Alors New York City Inferno se passe en 1975, il y a la décadence de la factory, Truman Capote est complètement alcoolique et cocaïné, on va au Chelsea Hotel, je l'ai dit, on rencontre Robert Mapplethorpe. qui prend des photographies pornographiques. Et c'est l'époque où Capote a publié dans Esquire La Côte Basque, un extrait de son projet proustien qu'il a absolument fâché avec toutes ses... Coulé. Coulé mondainement.
- Speaker #1
Coulé pour tout.
- Speaker #0
Et vous racontez ça en détail. Oui,
- Speaker #1
c'est un épisode, évidemment, pour ceux qui connaissent la vie littéraire aux États-Unis à l'époque, c'est un épisode qui a marqué, évidemment, beaucoup de gens. Et lui en premier...
- Speaker #0
Il y a même une série de Gus Van Zandt. Absolument, je ne l'ai pas vue.
- Speaker #1
J'ai écrit sur cette série pour les Inrecuptibles, mais je n'ai pas vu la série. Ça m'arrive, je suis désolé de confesser aussi ce péché.
- Speaker #0
Quel arnaqueur !
- Speaker #1
Mais non, c'est eux les arnaqueurs. Je n'ai pas l'impression que c'était formidable. Mais bon, je me trompe peut-être. C'est très difficile de faire tout ça, de rendre capote. C'est pour moi une des choses... Celui qui a merveilleusement réussi, c'est celui qui joue dans le film sur Deux Sans Froid. Je ne sais plus son nom, celui qui est mort.
- Speaker #0
Philippe Simon Hoffman.
- Speaker #1
Lui, il sait faire. Lui, il a fait un truc extraordinaire. Puis les histoires avec les femmes du monde, etc. C'est un truc qui a beaucoup plu à la presse féminine. Il y a eu énormément de trucs sur les signes. Ce qui est le pire dans mon histoire, c'est que je ressasse des trucs qu'on a déjà vus partout et la difficulté, c'est d'arriver à convaincre les gens que malgré tout, c'est quand même un livre amusant et intéressant. C'est vrai ? Des choses littéraires et littéraires. Avant c'était une insulte littéraire à l'époque des surréalistes, on disait littérature c'est pour les... Maintenant c'est devenu, on me dit ah je suis littéraire, j'ai créé un livre littéraire. Ah c'est très littéraire, vous êtes trop littéraire, c'est devenu un... Oui, j'ai remarqué une autre chose énervante,
- Speaker #0
c'est les gens qui disent texte. Oh c'est un très beau texte. Moi je trouve que ça donne absolument pas envie de lire.
- Speaker #1
Ça date du structuralisme. Ah oui,
- Speaker #0
vous avez un texte, mais c'est pas un texte, c'est un roman, c'est une histoire, c'est ce que vous voulez, et un texte, on n'a absolument pas envie. Ça ne donne pas envie, je trouve. Quand même, je reviens à Truman Capote. Truman Capote se grille avec tout le monde en racontant la vie de ses proches. Désolé, ça fait un peu penser à vous. Parce que Truman Capote, c'est un peu le premier auteur cancellé. Il a été vraiment, vraiment banni.
- Speaker #1
C'est vrai. Est-ce que vous n'avez pas un effet miroir ? C'est la malédiction. Je me suis pris la cancellisation dans la tête alors que j'étais en train de comme un pauvre air. d'essayer de réunir des bouts de ficelle pour construire une fresque historique avec un titre d'ostoevskien. Et j'avais oublié qu'il y avait toujours des malédictions. Vous savez, les livres, c'est des objets... Les livres réussis, ou en tout cas qui ont une certaine force, c'est des objets magiques. Et ça, je l'ai remarqué plein de fois. Eva, c'est un livre magique. Je ne dis pas que mon livre est magique au sens où on l'emploie pour dire que c'est magique en parlant d'un hôtel au Balear, mais c'est magique et donc c'est un objet d'envoûtement. Et donc il y a un rapport entre la littérature et la vie. Ça c'est l'objet de 15 prochains volumes que je vais écrire. où il y a un rapport d'envoûtement et de malédiction. C'est-à-dire que vous dites que la voiture du héros tombe en panne dans le livre 2, une heure après, vous avez un accident de voiture. Il y a quelque chose comme ça. Et donc Capote, c'est vrai, m'a apporté cette ombre qui a fait que finalement, aujourd'hui, je... Et puis alors là, ça se raréfique, parce qu'en plus, avec ce qui se passe en ce moment, la presse de droite est là, mais la presse de gauche, là, c'est très compliqué. Alors que c'est un livre sur la culture... queer. Donc je suis étonné. Très étonné de voir que... Même si c'est de l'appropriation. Je trouve pas, parce que je crois que la culture queer est une invention d'hétérosexuels. Et d'hétérosexuels de droite catholiques. Mais ça, après, on pourra expliquer ça un peu plus longuement si on a l'occasion.
- Speaker #0
Truman Capote disait que toute la littérature n'est que gossips. Et j'aime beaucoup cette phrase qui justifie tous les romans futiles, légers et snobinards jamais écrits. Mais que cherchez-vous, vous, précisément dans la description de ces personnages de la Jet Society ou des élites mondaines ou des noctambules dépravés ? Pourquoi vous intéressez-vous souvent à ces gens-là ?
- Speaker #1
Parce que je radote. Non mais c'est vrai, je radote parce que je me perçois, parfois je réouvre, là j'ai réécrit des choses à propos d'anthologie des apparitions, donc j'ai réouvert, je me relis presque jamais, mais là, comme tout le monde, c'est pas le plus agréable dans la vie de se relire. mais là j'ai regardé et je me suis dit mais il y a tous les romans que j'ai fait après ils sont dedans, et il y a même Bianca Géguerre alors Bianca Géguerre je la mets à un moment je crois que c'est à l'Elysée Matignon avec Helmut Berger si ma mémoire est bonne, on ne sait pas si c'est Bianca ou si c'est pas Bianca, on ne sait pas si c'est Helmut ou si c'est pas Helmut, c'est des gens qui ressemblent comme on était quand on était jeunes on voyait des gens, on disait c'est eux, puis c'était pas eux et Bianca revient et d'ailleurs elle est vivante, j'ai failli la mettre en couverture du livre et puis on s'est dit peut-être pas Ah oui parce qu'elle est encore là Bianca et donc c'est voilà je parle de gens dont j'ai toujours parlé de manière, Jane Mansfield était là aussi parce que je pense que si vous voulez c'est Antoven qui m'avait dit ça il m'avait parlé de mythologie moderne c'était assez juste,
- Speaker #0
Jean-Paul a des fulgurances très fortes je parlais aussi de Saint-Simon tout à l'heure que Proust admirait énormément c'est-à-dire s'intéresser aux gens qui sont dans la lumière qui sont fascinants
- Speaker #1
ça vous offre un sujet qui permet de peindre la société de votre époque ou de celle qui a précédé c'est plutôt celle qui a précédé c'est ce que j'allais vous dire parce que Saint-Simon il est obsédé par la période Louis XIII parce que son père qui était très âgé était très Louis XIII très tendance Louis XIII et très anti Louis XIV et très évidemment contre toutes les anoblissants aujourd'hui on dirait en mode Louis XIII voilà il était en mode Louis XIII le père et on est toujours modiano il écrit sur quoi ? Il écrit sur une période qu'il a connue enfant. Donc en effet c'est vous vous écrivez sur quoi ? Sur une période que vous avez connue enfant. Parce que les choses quand on a vous qui êtes allé chez Castel ou chez Régine quand vous aviez 10 ans, et ben ça vous a, ça chatoie les choses. Et moi j'étais à Saint-Germain-des-Prés quand j'étais petit, je voyais passer des dames presque nues avec des tigres en laisse, je le racontais à chaque fois on se fout de ma gueule, mais c'est la vérité, j'ai vu un tigre au boulevard Saint-Germain, devant le chélip. Ah oui ? Des gens se baladaient avec des faufs parce que c'était pas interdit à l'époque. Et comme Siegfried Herold. Les dons de cœur, vous voyez, ils avaient les lions, les guépards. Alors les guépards, c'était très courant, notamment à Berlin, dans les années 30-40, il y avait énormément de gens qui vivaient avec des guépards. Mon grand-père avait vécu avec un guépard. Donc si vous voulez,
- Speaker #0
bon...
- Speaker #1
Donc ça fait rêver quand vous voyez ça, des femmes avec des cheveux, vous savez, ce beige, un peu champagne, une teinture qu'on ne fait plus tellement aujourd'hui, très coiffée comme ça, presque nue dans la rue, avec des cordes brésiliennes, avec des bracelets, etc. Vous voyez ça, vous avez 10 ans, vous êtes enfant de cœur.
- Speaker #0
En par cœur, à l'église Saint-Sulpice.
- Speaker #1
À l'église Saint-Sulpice, vous ne les avez pas, donc vous écrirez sur elles.
- Speaker #0
Mais vous voulez dire qu'on est nécessairement bloqué à 10 ans ?
- Speaker #1
Je pense. Toute sa vie ? Les écrivains, pas mal. Ils sont bloqués à Capote. Capote qui a eu cette mère alcoolique qui l'enfermait, il raconte très bien ça, je ne sais plus où, qui fermait la porte à clé quand elle sortait pour aller boire. Capote, toute sa vie, la grande destruction de Capote, c'est pas... qui l'a fait mourir des gars parce qu'il voulait écrire le bouquin comme on l'a raconté. Ce n'est pas l'Ira Zivil qui, la pauvre, n'aurait pas fait de mal à une mouche, elle n'en était pas capable. Et c'est réellement sa mère. Et donc, si vous voulez, on en revient à la vieille psychologie viennoise, c'est-à-dire qu'en effet, il y a un rapport de la création avec l'enfance.
- Speaker #0
On vient de parler longuement de Truman Capote, mais je me demandais si vous n'étiez pas finalement plus proche de Scott Fitzgerald, c'est-à-dire que vous avez ce désenchantement. permanent, cette attirance pour la destruction,
- Speaker #1
pour les couples maudits.
- Speaker #0
Oui, vous avez pas mal bu et autres affinités. Est-ce que c'est un auteur que vous avez beaucoup lu ?
- Speaker #1
Non, alors bizarrement je l'ai lu tardivement, surtout je l'ai aimé parce qu'on peut lire des auteurs et ne pas les aimer. C'est pas encore le moment, c'est pas le jour, c'est pas l'âge, c'est pas l'heure. Et puis j'ai lu Tendre et la nuit, j'avais abandonné en cours de route quand j'avais 18 ans. Et puis, j'ai relu après, et sous votre influence, d'ailleurs, en partie, parce que vous, vous êtes amateur de Fitzgerald, et Solers aussi, je crois. Jean-Jacques Schull me disait que Solers aimait beaucoup Fitzgerald. Donc, on me dit, bon, Solers, mais je vais dire... Il faut que j'aille regarder. Et donc, je suis allé regarder, et c'est vrai, mais on n'a pas du tout... Il a un style très... Alors, lui, pour le compte, il fait deux filles sur un canapé. Je ne sais pas si vous vous souvenez, dans Gatsby, dans le page 30, à peu près, il y a une scène où il y a deux filles assises sur un canapé, Et il décrit leurs robes en disant qu'on avait l'impression que les robes avaient volé autour de la pièce avant de se retrouver posées sur elle. Si ma mémoire est bonne, c'est quelque chose comme ça. Il fait ça en une phrase. Il ne fait pas comme vous une page. Il ne fait pas une pousse. Il est sévère avec lui-même, Fitzgerald. D'ailleurs, il s'est puni lui-même terriblement. Il a une retenue. C'est un écrivain très, très, très tenu. Et c'est très beau parce que c'est très, très, très sec. C'est pas un écrivain, comment dire,
- Speaker #0
lyrique. Oui, oui. Non, mais je pose la question autrement. Cette attirance pour les riches, c'est quoi ce qui est fascinant, le plus fascinant ? C'est que ce sont des gens désœuvrés ?
- Speaker #1
Non.
- Speaker #0
C'est que...
- Speaker #1
Ils sont impassibles. Vous pouvez pas les émouvoir. Et ça, c'est merveilleux. Qu'est-ce qu'il y a de mieux que quelqu'un que vous pouvez pas émouvoir ? Parce qu'ils sont fous. et qui pense qu'à sa propre mort parce que les riches ne pensent qu'à une chose c'est au jour où ils vont crever et c'est quelque chose qui les obsède continuellement et de plus en plus en vieillissant donc si vous voulez ils sont enfermés et donc c'est ça quand Fitzgerald dit les riches sont différents à mon sens il parle des Murphy je pense en partie ce couple sur lequel il y a eu des livres qui étaient plus nobles que les Fitzgerald et qui disaient d'ailleurs que Zelda était beaucoup plus amusante que Scott et que Scott n'était pas un convive très intéressant Oui. ces gens là ils ont quelque chose ils sont impassibles, ce sont comme un peu vous savez c'est une scène que j'aime beaucoup au début de l'Iliade, vous savez ce vieux livre il y a une scène où il y a Achille qui voit Tétis, sa mère et Tétis le regarde avec la pitié qu'ont les immortels pour les gens qui vont mourir, c'est un peu comme ces mères très snob dans les familles un peu où il y a un père riche et une mère noble qui regardent leurs enfants en disant bon le pauvre il est quand même un peu mélangé d'un sang qui n'est pas terrible Donc il y a un snobisme des parents vis-à-vis de leurs enfants.
- Speaker #0
Mais il y a aussi une critique, une satire. Vous aimez, vous moquez aussi de ces gens. Je ne vais pas dire que vous êtes un communiste qui se moque des capitalistes, mais enfin, il y a un regard...
- Speaker #1
Enfin, vous parlez du communisme. Vous êtes de gauche. D'abord, je suis de gauche, comme tout le monde en ce moment. Mais ça, bon, c'est banal. Mais surtout, j'ai été au Parti communiste. Le seul parti politique auquel j'ai appartenu. La police arrive. Ouais, bravo. Le seul parti politique auquel j'ai appartenu, c'est le Parti communiste à l'époque de Georges Marchais. Donc c'était encore à peu près sérieux.
- Speaker #0
Moi, c'était Robert Russe. Oui, ça commençait. Mais vous,
- Speaker #1
vous aimez la décadence, les ambiances un peu. Robert Russe, c'est un personnage très décadent. C'était record quand même, les vacances dans la mer Noire, enfin Brejnev, tout ça quoi, les maillots de bain, c'était des maillots de bain en nylon, avec les gros ventres, enfin des gens sérieux quoi. Revenons au livre. Dans votre livre passent aussi Aragon,
- Speaker #0
Paul Morand, vous avez cité Marie-Laure de Noailles, et vous êtes le filleul de Louis Aragon, c'était un ami de votre père, le poète André Liberati. Je vais vous les faire lire la page 127. tiens voilà, un nouvel extrait allez amusons-nous,
- Speaker #1
on est là pour ça il est question d'Aragon il préférait la jeunesse, les poètes de 20 ans les premiers romans, même souvent médiocres, le style de Barrès avait vieilli comme il craignait que ses propres livres vieillissent la solitude, la mort d'André Breton et de ses amis de jeunesse l'avaient affecté profondément puis il y avait pire que tout, l'usure L'usure d'avoir trop produit, de s'être totalement abandonné à son don littéraire si longtemps qu'il n'avait plus rien à donner. À l'âge où il était arrivé, la nature, le chant des oiseaux, la fraîcheur de la rosée, l'odeur de l'herbe, même celle des petites moisissures, où le remugle fade de la Seine le rendait à sa foi poétique, qui ne pouvait plus s'exprimer autrement que dans la contemplation, alors seulement jeté au monde, il était heureux, allant en poète dans les chemins. humide qui ne menait nulle part.
- Speaker #0
Ça vous l'avez connu à la fin de sa vie ? Ouais,
- Speaker #1
je l'ai rencontré à Toulon, à la résidence du Cap Brun. Il était complètement gâteux, il avait un sécateur, il coupait des roses, il était très chic. Et il cherchait ces gigolos des types, l'homme au chapeau qui était toujours au floor, vous l'avez peut-être vu, un beau brun au chapeau. Ils étaient partis à la plage faire du nudisme parce qu'il y a beaucoup de gens nudistes au Cap Brun. Et je lui ai rien dit, je lui ai dit ils sont en bas et puis je lui ai pas dit bonjour, je suis votre filleule etc. Parce que j'étais pas vraiment son filleule. Il avait dit à mes parents d'avoir un deuxième enfant parce que mes parents avaient perdu le premier. En gros, c'est à lui que je dois la vie.
- Speaker #0
Oui.
- Speaker #1
Voilà.
- Speaker #0
Alors, vous critiquez, vous décrivez le problème des gens trop prolifiques. Et vous, vous payez beaucoup de la bonne qualité, mais aussi de la quantité. C'est une inquiétude que vous avez aussi, de se dire, voilà, j'écris trop, j'écris tellement que bientôt, je n'aurai peut-être plus rien à dire ?
- Speaker #1
Non. j'ai pas peur de plus rien avoir à dire, j'ai peur qu'on ait plus rien à dire de moi et que finalement je perde si vous voulez, quand vous écrivez peu, les gens s'intéressent à ce que vous écrivez et quand vous écrivez beaucoup on considère que vous écrivez trop et on vous lit moins,
- Speaker #0
c'est la vie c'est pas très grave c'est marrant, une fois quand Jean-Jacques Chul a eu le concours je croise Bernard Franck et moi-même j'étais en finale pour ce prix et je l'ai pas eu Merci. Je ne savais pas, vous étiez en finale du concours contre Ingrid Caven Il y avait qui dans la finale ? Je me souviens, je crois qu'il y avait, je ne sais plus, il y avait peut-être Philippe Labreau je ne sais plus, et puis il y avait 99 francs et je ne l'ai pas eu et Bernard Franck m'a dit faites comme lui, n'écrivez plus rien pendant 20 ans C'est un bon conseil Un bon conseil que je n'ai pas suivi et vous non plus Mais on n'a pas les moyens de ne plus écrire pendant 20 ans J'allais vous le dire mon cher,
- Speaker #1
puisqu'on parle de cuisine il faut quand même bouillir la marmite Donc tant que je n'ai pas réussi mon blockbuster maudit, il ne va pas me permettre de me prendre ma retraite. Moi, j'adorerais m'occuper de mes fleurs, de mon jardin, de voyager. Comme Aragon, oui. Mais oui. Un peu de médisme. Il avait du fric, parce que ça marchait, sa littérature. Et puis, il y avait le PCF qui le suivait. Il y avait des trucs sérieux. Quand il vendait des livres à la fête de l'humanité, il vendait des livres. Ce n'était pas de la rigolade.
- Speaker #0
À propos de quantité, une nouvelle trilogie s'annonce là, de vous. Vous avez donc fait Stanislas sur votre enfance et vous avez annoncé deux tomes à venir sur les années 80-90, c'est ça ?
- Speaker #1
Oui, alors ce n'est même plus une trilogie. Maintenant, je pense que ça va devenir un livre en 15 volumes. Hélas, peut-être que ça va être amusant. En fait, ce sont des souvenirs littéraires, c'est-à-dire que c'est des souvenirs d'enfance d'abord. J'ai fait à Stanislas, après c'est des souvenirs de jeunesse. Puis après, ça va être des souvenirs liés à la littérature. J'ai beaucoup d'horreurs à raconter sur tellement de gens que je pense que ça va être drôle.
- Speaker #0
Vous n'allez pas vous en priver.
- Speaker #1
Non.
- Speaker #0
Quelle est votre forme préférée ? Parce que vous avez fait dans beaucoup de genres différents l'autobiographie, la biographie de personnes illustres, la fiction, les essais littéraires. La forme où vous vous sentez le mieux ?
- Speaker #1
Alors, je me sens très bien dans ce qui est le rapport essai-fiction, autofiction, etc. parce que c'est disons une forme qui est Peut-être plus simple, mais qu'il y a quelque chose de quotidien. Parce que ce n'est pas le cas là. Et là, non, là c'est un boulot. Ça c'est horrible. C'est du boulot. Alors celui-là, le tome que vous avez en main, là, New York City Inferno, en fait c'est des bouquins, ils ont été terminés il y a cinq ans. Je l'ai ressorti, je l'ai retravaillé suffisamment pour qu'il soit d'actualité, on va dire. mais il n'y avait pas grand chose parce que c'était un livre ancien. Et c'est un livre que j'ai écrit en deux mois. Donc, si vous voulez, les autres m'ont demandé beaucoup de peine. Mais le dernier a été un livre... C'était écrit dans une période difficile parce que c'est celle qui a connu mes différents conjugaux qui m'ont amené à être blessé. Et je crois qu'Eva a lu le manuscrit de New York City Inferno pour vous montrer que ce n'est pas un livre... Eva Ionesco. Oui, Eva Ionesco, pardon. Et donc, voilà. Donc, si vous voulez, le roman qui est pour moi le plus difficile, c'est quand même l'art le plus difficile, parce que c'est l'art dont plus personne n'a envie d'entendre parler en ce moment, j'ai l'impression, en tout cas. Je ne parle pas à propos de moi, je parle en général.
- Speaker #0
J'ai l'impression que c'est quelque chose qui est... Mais ce roman-là, comme il est sur des personnes réelles, du coup, on ne sait pas si c'est vraiment du roman, quoi. C'est de la reconstitution historique. Oui, mais c'est génial aussi,
- Speaker #1
parce qu'on se dit, qu'est-ce que c'est que ce mec qui vient nous parler ? Est-ce qu'il les a connus, ces gens-là ? Est-ce qu'il sait qui c'est ? Donc, si vous voulez, c'est... mais Tolstoy a fait du roman avec des personnages vivants, Napoléon. Donc, si vous voulez, le roman, je crois que c'est finalement, au fond, le plus difficile. C'est le plus difficile et c'est peut-être aussi celui, finalement, que je regretterais le plus parce que je pense que je ne vais plus tellement écrire de romans, parce que voilà, l'âge venant, la difficulté. Mais c'est certainement, pour moi, c'est l'art majeur.
- Speaker #0
Mais ce qui est très étonnant dans ce livre-là, c'est que vous avez écrit avec une grande fluidité sur des gens 30 ans avant, mais qu'est-ce que je dis, les années 70 ? Oui,
- Speaker #1
30 ans avant moi, ou 10 ans avant moi.
- Speaker #0
Et avec une grande fluidité, alors que votre vie privée était dans une sorte de chaos absolu. Vous étiez quand même à l'époque pas mal défoncé.
- Speaker #1
J'étais alcoolique, j'étais drogué, j'avais des problèmes conjugaux. mais comment faisiez-vous c'était votre évasion d'être avec ce personnage non j'étais en phase j'étais complètement en phase il y a même une apparition de William Burroughs à un moment que je ne cite pas parce qu'au bout d'un moment à force de faire des name dropping il faut arrêter je l'appelle Will je crois Mais, ben voilà, Bureau, il a tué sa femme à coup de carabine, il vivait dans des trucs sordides à Tangier. C'est pas... Voilà, et je pense que c'est plus facile d'écrire quand on est dans une situation très précaire, avec des huissiers à la porte, avec la police, des plaintes sur le dos, etc., des problèmes d'alcool, de défonce, de vie quotidienne. Je trouve que c'est très facile d'écrire dans ces conditions.
- Speaker #0
Expliquez-moi.
- Speaker #1
dans la fatigue il y a une sorte de libération par la fatigue non c'est pas ça c'est qu'on a tellement de plaisir c'est comme quand on est petit et qu'on joue aux petites autos pour éviter de penser au type qui vous attend à l'école donc c'est votre échappée on est très heureux et puis surtout on fait quelque chose malgré tout comme dit Gide dans Palude j'écris Palude j'écris les démons j'aime pas vraiment l'appeler comme ça disons j'écris ce bazar Voilà. Et le bazar me tenait. C'est-à-dire qu'un livre, c'est comme un... Si vous voulez, très vite, ça devient adulte. À la différence des enfants, à un an de manuscrit, à peu près, ça devient votre soutien. Avant, c'était votre... Vous deviez vous occuper de lui tous les matins. Comment je vais faire pour l'amuser ? Parce que mon truc, c'est d'amuser les livres. Il faut que le livre s'amuse. Si le livre ne s'amuse pas, le lecteur ne va pas s'amuser. Moi, je vais m'emmerder aussi. Donc j'essaye de faire que le livre s'amuse. Puis quand il s'est bien amusé, qu'il a passé un an à s'amuser grâce à moi, c'est lui qui m'amuse après. Et donc je m'appuie sur lui, sur les dernières, et sur une trilogie, c'est génial. C'est pour ça que ce tome est assez allègre, parce qu'il a été écrit dans une allégresse complète, avec des histoires aberrantes qui m'arrivaient toutes les 30 secondes, mais j'avais l'allégresse, j'étais parti, j'avais le bazar. Il était debout. L'ours, comme disait Céline, était dressé.
- Speaker #0
Et puis aussi, il n'y a pas seulement le fait d'échapper à une vie cataclysmique, mais c'est aussi... que ça vous donnait une discipline, ça moi je l'ai ressenti souvent, d'avoir un article à rendre, un manuscrit à écrire, ça nous sert de colonne vertébrale.
- Speaker #1
Ah bah évidemment, évidemment, c'est merveilleux, puis on est d'un égoïsme farouche.
- Speaker #0
C'est une excuse pour envoyer promener les autres aussi.
- Speaker #1
Et puis pour recevoir même des tout, moi je vous cache pas, j'ai même reçu des objets sur la tête pendant que j'étais en train d'écrire. Je ne vous dirai pas qui, mais qui m'envoyait des objets sur la tête. qui me traitaient de cafard avec une vie de cafard vous parliez de vivre comme un vieux au début de l'émission une vie de cafard à la campagne dans une maison pleine d'ordures et ben je recevais les trucs sur la tête et comme les ânes qui mangent les chardons hop ça pouvait même rentrer dans le texte tout à coup il y a un verbatim en même temps pour se mettre un truc sur la tête je me dis allez je vais le mettre dans mon livre quelle belle méthode de travail devine tes citations et le célèbre jeu donc je vais vous
- Speaker #0
de lire des phrases qui sont soit de vous, soit de Truman Capote. Et vous devez me dire si... Voilà, Truman ou Simon. Je suis une pute et je l'ai toujours été.
- Speaker #1
Truman.
- Speaker #0
Oui, dans Prières exaucées, 1986, donc posthume, puisqu'il est mort deux ans avant. Autre phrase. C'est de vous ou de lui ? La femme avait l'œil d'une étrange couleur dorée, comme certains scarabées qui vivent dans les charognes.
- Speaker #1
Moi.
- Speaker #0
Oui, c'est dans Les Démons, 2020, c'est à propos d'Emmanuel Arsene.
- Speaker #1
Voilà, oui c'est les yeux dorés d'Emmanuel, de Maraïat.
- Speaker #0
Autre phrase. Les paupières peintes de Colette bâtirent lentement comme les ailes d'un grand aigle bleu.
- Speaker #1
Troumane.
- Speaker #0
Oui, dans Prières exaucées, il y a une apparition de Colette, l'écrivain Colette.
- Speaker #1
C'est assez mauvais d'ailleurs.
- Speaker #0
Mais vous trouvez, attendez, paupières peintes, bâtir lentement comme les ailes d'un grand aigle bleu. Enfin,
- Speaker #1
j'aurais pas aigle bleu, c'est pas beau. Oui, c'est joli. livre. Métaphore animale. Le grand aigle, c'est un peu... Un petit aigle, ça aurait été plus...
- Speaker #0
Excusez-moi, la phrase précédente, vous comparez l'œil d'une... C'est pour ça que j'ai pris ces deux citations.
- Speaker #1
Un scarabée !
- Speaker #0
L'œil à un scarabée doré qui vit dans les charognes. Oui,
- Speaker #1
mais un grand aigle. Un grand aigle, à mon avis, il n'y a pas tellement... C'est des petits aigles. C'est disproportionné. D'accord. Non, c'est un pionnage.
- Speaker #0
Autre phrase. Les gens qui changent de style à 70 ans sont admirables. Il réconforte la jeunesse mûrissante qui se cherche elle aussi. Pour avoir ce style, il fallait être très désespéré et le désespoir est un signe de force.
- Speaker #1
Moi ! Moi !
- Speaker #0
J'aime beaucoup, je lis jusqu'au bout parce que j'aime beaucoup. Il fallait être très désespéré et le désespoir est un signe de force chez les gens âgés. Ça c'est intéressant. Ah oui, très important. Pourquoi ?
- Speaker #1
Ah parce qu'ils approchent de la mort, donc ils sont très intéressants. Les gens qui approchent de la mort, à la limite, vous savez pendant les guerres, les gens sont passionnants, ils écrivent de la poésie parce qu'ils sont près de la mort. et les vieux ils approchent de la mort donc nous allons bientôt faire partir moi d'abord et c'est intéressant et c'est quelque chose de précieux parce que c'est la confrontation avec la fin et c'est quelque chose, pour moi c'est essentiel dans les êtres et de même je ne vais pas vous rallonger votre émission, quand vous allez mal un jour quelqu'un, il n'y a pas longtemps me disait à tel moment, je ne sais pas, je m'étais fait insulter à la télé etc, toujours dans les mêmes histoires et Et on me dit, mais tu ne te sentais pas mal ? Tu avais besoin de parler à quelqu'un ? Je dis, oui, je vais toujours voir les gens les pires à ce moment-là. Parce que les gens méchants, ils ont des trésors de gentillesse à vous donner quand vous êtes très mal. Regarde, Jean-Yves qui n'était pas un ange, il a été adorable, le fur a été adorable avec nous quand on était dans la mouise. Les gens durs sont parfois des gens très tendres. Et c'est eux qu'il faut aller voir. Il faut aller voir le méchant. C'est comme dans les lions, il faut choisir toujours le méchant pour faire les numéros.
- Speaker #0
Autre phrase, alors est-ce que c'est de vous ou de Truman ? Un œil noyé, l'autre à la dérive, ce louchon de sartre, pipe au bec, teint terreux, et sa taupe de beauvoir, sentant la jeune fille prolongée, était généralement calée dans le coin comme deux poupées de ventriloques abandonnées. Truman, Truman. Oui, c'est dans Prières exaucées. Là, on voit une qualité de méchanceté, une cruauté de langue de vipère qui est vraiment là pour le coup.
- Speaker #1
Ça ne vaut pas la JT du bocal, ce qui est quand même la plus belle métaphore qu'on ait trouvé pour définir Sartre.
- Speaker #0
Et le bar du Pont, on y décrivait Sartre et Beauvoir au bar du Pont-Royal, qui est malheureusement détruit.
- Speaker #1
Il est détruit ?
- Speaker #0
Oui, oui.
- Speaker #1
Je ne suis pas au courant de rien.
- Speaker #0
Il y avait un bar où j'ai connu Bernard Franck. Le bar, l'ancien bar du Mont-Royal, qui était au sous-sol, il y a très très longtemps, a été remplacé par l'hôtel Montalembert. Oui, par l'horrible.
- Speaker #1
Il va me faire des amis encore.
- Speaker #0
Autre phrase, c'est de vous ou de Truman ? Comme à la cour de Louis XIV, on préférait souffrir ici qu'être heureux ailleurs.
- Speaker #1
Moi.
- Speaker #0
Oui, c'est super ça. Ça, c'est vraiment super ça.
- Speaker #1
C'est New York, je parle de New York.
- Speaker #0
Il y a des endroits où, de toute façon... même si on est mal, il faut être.
- Speaker #1
Mais surtout parce qu'on est mal, c'est bien d'être mal, c'est bien d'être mort ou d'être presque mort et c'est bien de voir les gens méchants, c'est très agréable. Ça permet de devenir peut-être plus sensible.
- Speaker #0
On a quasiment fini. Comme vous êtes déjà venus, vous avez déjà eu droit au questionnaire, donc on ne va pas les refaire. Je voulais vous poser une seule question qui est la question de Baudelaire sur Ingres. Il disait, dans ses critiques, il disait... Qu'est-il venu faire en ce monde ? Et c'est une question compliquée, hein ? Mais réfléchissez un peu. Qu'êtes-vous venu faire en ce monde ?
- Speaker #1
Ranger. Parce que j'adore ranger, je suis très désordonné. Ingres était venu pour redonner un certain dessin classique ingresque, c'est-à-dire Raphaël, à la peinture. Et moi, je suis là pour ranger. C'est-à-dire que j'ai un désordre mental très important. J'ai des souvenirs, très, beaucoup de souvenirs, j'ai beaucoup de souvenirs de lecture, beaucoup de souvenirs de ragots, beaucoup de souvenirs de ça et je range. Donc je range en permanence et en rangeant, les livres ne sont que des boîtes dans lesquelles j'ai rangé, dans la mesure du possible, en les associant parfois par bricolage, des choses que j'avais trouvées par terre.
- Speaker #0
C'est une très belle mission de ranger. Ranger, oui,
- Speaker #1
c'est important. Pour les enfants qui ne rangent pas leur chambre, il faut leur dire ça. Il faut apprendre à ranger si on veut devenir un artiste.
- Speaker #0
Merci beaucoup, Simon Liberati. Merci à tous, à l'équipe Pierre-Henri et sa bande de collaborateurs. N'oubliez pas de cliquer partout, s'il vous plaît. C'est comme ça que nous vivons. C'est pour ça que c'est comme ça. Je m'en dis chaque semaine, mais c'est la vérité. Lisez, bien sûr. New York City Inferno de Simon Liberati chez Stock si vous aimez la vraie littérature celle qui parle du mal avec des mots élégants et merci à vous et à la semaine prochaine