- Speaker #0
Amis wokistes, bonsoir et bienvenue chez La Pérouse pour parler avec Charles Danzig de son nouveau livre, Inventaire de la Basse Période, chez Grasset. Mais avant cela, nous sommes sponsorisés par un autre écrivain wok, c'est Finkielkraut. Alain Finkielkraut est venu ici il y a quelques semaines et il était très très excellent et brillant comme toujours et Gallimard publie Le Coeur Lourd. Le cœur lourd, c'est une conversation entre Alain et Vincent Trémolet-Villers sur tous les sujets, ça va de son enfance jusqu'à Israël, la défaite de la pensée, bien sûr, tous ses livres. Le désespoir ambiant, il est assez pessimiste et assez inquiet. C'est pour ça qu'il a le cœur lourd. Mais vraiment, c'est un livre très sensible et grave et incarné. Je trouve qu'il est peut-être à son meilleur dans les dialogues. de ce genre, il en a fait plusieurs fois, et celui-ci, vraiment, je le recommande. Donc c'est Le Coeur Lourd d'Alain Finkielkraut, chez Gallimard. Mais Charles Danzig, je suis vraiment extrêmement heureux de vous recevoir, parce que vous êtes un monument. Je le dis très franchement, je pense que ce que vous avez fait, avec ces deux livres, il est tellement compulsé qu'il est un peu dégueulasse.
- Speaker #1
C'est un meilleur des critiques littéraires. Ah oui,
- Speaker #0
il y a du café dessus. C'est le dictionnaire égoïste de la littérature française et le dictionnaire égoïste de la littérature mondiale. Celui-ci est paru en 2005, celui-ci en 2019. Et franchement, le travail que vous avez fait, qui n'est pas un travail qui est un pur plaisir et d'érudition, de drôlerie, de lecture, d'amour de la littérature, ce travail-là, personne d'autre ne l'a fait dans le monde. Je vous le dis très sincèrement, je ne vois pas d'équivalent à ces deux livres, et ce qui fait de vous quelqu'un que je voulais recevoir depuis longtemps. Donc vraiment, je suis très heureux qu'on puisse dialoguer ici. Vous publiez donc « Inventaire de la basse période » . C'est, je dirais, un prolongement de ces dictionnaires, mais avec un angle plus politique cette fois. Vous êtes en gros, comme Finkie, vous êtes inquiet.
- Speaker #1
Je suis, oui, même plus qu'inquié. Moi, j'ai le sentiment qu'on est, enfin, on, c'est-à-dire, en gros, ce qu'on appelle l'Occident ou les démocraties libérales occidentales, qu'on est au bord de Chaviré, dans la tyrannie, et que la barbarie est déjà presque là. Je ne suis pas tout à fait sûr que j'ai le même point de vue que Finkielkraut sur ce sujet-là, mais...
- Speaker #0
Il m'a surpris parce qu'il a dit qu'il n'était ni MAGA ni WOC. Alors, je pense que vous êtes plus... Ça va vous consommer. Non, mais vous, vous êtes plus contre MAGA. que contre les woke.
- Speaker #1
C'est-à-dire que ce que je pense dans la vie et dans la littérature, c'est qu'il faut faire attention à ce qui est le plus dangereux à un moment donné. Ce qui est le plus dangereux, me semble-t-il en ce moment, ce n'est pas ce qu'on appelle les woke. Je ne crois pas que c'est eux qui menacent de prendre le pouvoir, et même plutôt le contraire. Et ce qui nous menace, c'est le contraire. Et moi, ce qui m'a frappé... C'est que ce livre est pompusement dédié à un écrivain latin qui s'appelle Sidouan Napolinaire. Et ce Sidouan Napolinaire était un écrivain du 5e siècle, le dernier écrivain latin qui a fui, qui ne s'appelait pas encore Clermont-Ferrand, et qui lui a vu la fin de l'Empire romain, et qui a vu arriver les barbares, qui a vu arriver les gaux, les visigots, il a même vu les armées d'Attila. Eh bien, c'était d'une certaine façon moins grave parce que c'était des ennemis extérieurs. Là, j'ai l'impression que... Tout ce sur quoi nous vivons depuis, disons, la fin de la Deuxième Guerre mondiale et peut-être avant, tout cet établissement de démocratie libérale, est attaqué de l'intérieur par bien des biais.
- Speaker #0
Mais pourquoi utiliser toujours ce principe formel de l'abécédaire ? Là, c'est encore le cas. Et vous l'avez fait souvent, vous aimez les listes. Il y avait eu donc Encyclopédie capricieuse du tout et du rien en 2009, à propos des chefs-d'œuvre en 2013, Traité des gestes en 2017. Et cette fois-ci, l'inventaire de la basse période. Qu'est-ce qui vous attire tant dans le fragment ?
- Speaker #1
C'est pas tant que ça soit du fragment, c'est qu'effectivement, c'est l'ordre alphabétique. Et je trouve que l'ordre alphabétique, on appelle ça un ordre, évidemment c'est une folie, car l'ordre alphabétique est une pure folie, ça n'est pas un ordre. Mais c'est très rassurant pour les gens, l'ordre alphabétique, parce qu'on a tous appris à l'école, ABCD, EFG. Donc ça paraît une chose très banale, raisonnable et presque inoffensive. Et si vous réfléchissez, Frédéric, je crois que... Tous, ou en tout cas les meilleurs auteurs, je ne m'y range pas, de dictionnaires dans l'histoire littéraire, sont tous des contestataires parce qu'ils savent que ce mode de récit banal permet la subversion la plus vive parce qu'elle n'est pas apparente et ils ne se font pas attaquer tout de suite à cause de ça. Voltaire a écrit le dictionnaire philosophique, même Pierre Larousse dans son dictionnaire, vous savez, sa notice sur Napoléon...
- Speaker #0
Larousse était un grand révolté ?
- Speaker #1
En tout cas, Larousse était un grand sarcastique, sa notice sur Napoléon commence par « tyran anciennement connu sous le nom de Bonaparte » . Donc c'est aussi une manière comme ça d'avoir l'air de rien. Oui,
- Speaker #0
et même, vous êtes le maître des miscellanées, c'est votre... marque de fabrique et on dit mais pourtant ce livre là il faut lire dans l'ordre de la page 1 à la page 400 et on voit une progression parce qu'au début vous y allez par petites touches dit tiens on s'amuse il ya des citations c'est brillant comme toujours et puis progressivement on comprend que vous avez une vraie colère en
- Speaker #1
fait enfin les gens font ce qu'ils veulent vous savez c'est que ces livres là c'est comme des boîtes de macarons de chez la durée on prend macarons au chocolat au café on fait ce qu'on veut les livres n'existent que parce qu'ils sont lus, vous savez bien. Mais vous avez raison, idéalement, j'y vais progressivement. Et je ne suis pas sûr que je sois en colère. Je suis plutôt indigné. Je sais que ce n'est pas un mot qui est très à la mode et je l'emploie avec précaution. Mais la colère, je n'aime pas beaucoup ça parce que d'abord, c'est attribué à des gens. Enfin, il ne se passe pas une semaine sans qu'un membre du gouvernement nous dise « J'ai entendu la colère des agriculteurs, j'ai entendu la colère d'eux » . Et pour moi, la colère participe d'une chose très... Basse période, si je puis dire,
- Speaker #0
c'est que c'est la violence,
- Speaker #1
la brutalité et une espèce de puérilité généralisée. Je suis en colère, donc ça supplé à la pensée.
- Speaker #0
Je dois crier, tout le monde doit crier, tout le monde doit gueuler. Cela dit, votre évolution politique est progressive, puisqu'à une époque, je me souviens, on avait eu un débat sur Houellebecq. où moi je défendais le réalisme en littérature et vous plutôt l'imagination, donc vous étiez plutôt détaché, en tout cas en tant que romancier, de l'actualité. Et l'actualité, elle semble vous avoir rattrapé. Depuis quand ?
- Speaker #1
En fait, elle m'a toujours... Enfin, d'une certaine façon... D'abord, dans ce livre-là, il y a, si vous l'aurez peut-être remarqué, il y a des parties de fiction qui me permettent de dire des choses que les parties purement analytiques ne me permettent pas de dire. Et d'autre part... Je ne pense pas que j'ai été toujours éloigné de ça, parce que mon premier roman, que j'ai été à peu près le seul à lire, qui s'intitulait « Confiture de crime » , était l'histoire d'un tyran qui prenait le pouvoir et qui déclarait la guerre à l'Union Européenne. Donc ça m'a toujours intéressé. D'ailleurs, je me demande comment on ne peut pas s'intéresser à la tyrannie. On a tous eu une mère. Donc c'est une chose qui me paraît naturelle. Ce n'est pas tellement le réel qui m'est revenu. C'est un moment... vraiment d'inquiétude pour moi parce que je vois tout ce que j'aime être attaqué et c'est pas seulement ce que j'aime politiquement c'est ce que j'aime esthétiquement, c'est ce qui nous entoure c'est le langage même en réalité c'est aussi un livre où je parle beaucoup, j'espère de manière pas trop ennuyeuse, du langage et de la façon dont le langage se dégrade autour de nous.
- Speaker #0
Oui bien sûr c'est parce que le vocabulaire diminue, que le langage s'appauvrit, que du coup la bagarre augmente Merci.
- Speaker #1
Moi je crois que, d'abord je crois que qui parle mal pense mal, parce que quand une pensée est articulée, la phrase est bonne, mais surtout je pense qu'on vit, vous qui êtes écrivain, vous allez me dire ce que vous en pensez, on vit un moment atroce car on vit un moment de mots. Moi, il m'arrive, ça doit vous arriver souvent, étant écrivain, on me dit « ah, vous aimez les mots, vous êtes écrivain » . Moi j'ai le dernier mépris pour les mots, un mot c'est un clou, c'est un boulon, c'est un outil de travail. Et au fond, il y a une croyance magique dans les mots qui se développent en ce moment et qui se développent aussi grâce à des outils que je pense d'ailleurs nous avons créés pour multiplier les mots et pas le contraire, parce qu'on est toujours trop dépendant de l'idée de la machine et de la technologie.
- Speaker #0
Vous voulez parler de quoi ? Des SMS ? Des réseaux sociaux ?
- Speaker #1
Certains réseaux sociaux comme Twitter et maintenant X. Quand vous pensez que c'est un outil qui a été créé au départ pour dire, disons, vous pouvez faire... Au maximum, 140 signes. Maintenant, c'est un peu plus, mais ça ne change pas grand-chose. Qu'est-ce qu'on peut faire comme transmission de pensée avec 140 signes ? C'est un outil qui est fait pour s'envoyer des mots à la figure et des mots qui sont des gants de boxe. Ça me donne l'impression d'une humanité de 6 milliards de personnes, je ne sais pas combien nous sommes, qui tous les jours, à longueur de journée, se foutent des coups de poing dans la figure. Et en tant qu'écrivain, je pense que nous sommes là pour faire cracher leur mensonge à ces mots. Un écrivain, pour moi, c'est quelqu'un qui fait des phrases pour contredire les mots.
- Speaker #0
Ah, c'est bien ! Tout de même, j'observe dans votre évolution un changement à partir de 2015, c'est-à-dire ce livre qui s'appelait « Histoire de l'amour et de la haine » , roman qui se passe durant les manifs contre le mariage homosexuel, où on voit sept personnages confrontés à la violence, qui ne s'y attendaient pas, qui ne pensaient pas que c'était possible, qu'il y ait des gens qui descendent dans la rue pour interdire... aux gays de se marier alors qu'ils ne sont même pas concernés par le problème. Et c'est peut-être ce moment-là où vous avez pris conscience que vous ne pouviez plus rester un dandy cultivé, mais qu'il fallait descendre dans l'arène.
- Speaker #1
En fait, il ne faut pas le dire, mais un dandy, je ne suis pas un dandy parce que moi je suis un prolo, je travaille tout le temps. Donc en réalité, un dandy... Et puis je me méfie un peu, vous ça va, on peut vous traiter de dandy. Non, non, parce que... Non,
- Speaker #0
mais je m'en fous, je voulais dire, voilà, quelqu'un qui vit. Pour la littérature, dans les livres,
- Speaker #1
très érudits, détachés,
- Speaker #0
un peu blasés.
- Speaker #1
C'est à un moment où je me suis dit, effectivement, vous avez raison, qu'on avait dépassé un niveau, pour moi, tolérable dans un certain domaine, et que si je pouvais faire quelque chose en tant qu'écrivain, de la même façon que tous les écrivains ont fait ça, enfin, je veux dire, enfin, tous, pas tous, certains ont fait ça, ont décidé qu'à un moment donné, il y avait des choses qui étaient admissibles ou pas, et donc... Et puis ça s'est accompagné, si je dois être franc, si de politiquement j'ai changé. J'étais un jeune homme de droite libérale, un peu pas bien excité, mais enfin bon. Et puis maintenant, ma plus grande admiration, ça passera peut-être demain, parce que je me fais avoir par les gens qui écrivent bien. Et j'ai lu les mémoires de Trotsky qui sont un chef-d'œuvre. Et le type écrit extrêmement bien. Donc à la minute où je vous parle, je suis presque Trotsky.
- Speaker #0
Ah mon Dieu ! Nous sommes sur le Figaro Télé, vous devez partir immédiatement. Non, j'ai commencé en disant bonjour les wokistes parce que c'était un peu ironique, mais pour dire que c'est vrai, vous avez évolué plutôt vers...
- Speaker #1
Mais vous savez, ce mot de wokiste, c'est intéressant. Moi, ce qui me frappe, c'est que depuis 25 ans, je crois qu'il faut une génération pour imposer une idée forte dans la tête des gens parce que les gens ne pensent pas beaucoup et qu'il faut matraquer des choses. Je pense que depuis 25 ans, toutes les entreprises de... de tenter des comportements décents ou simplement humains avec les gens qui sont faibles. Moi j'ai horreur de la force et je pense que la décadence commence avec l'admiration de la force. Et bien chaque fois il y a une bande de gens, de réactionnaires disons le mot, en tout cas je le dis, qui se sont employés à attribuer à ces comportements des mots qui étaient tout d'un coup dans leur bouche démoniaques et qui faisaient ricaner la société entière. Donc on a eu pensée unique, politiquement correcte... Le wokisme maintenant, c'est l'équivalent, et chaque fois c'est juste parce que visiblement ça agace ces gens de se dire faut pas trop mal se tenir avec les noirs, faut pas trop mal se tenir avec les lesbiennes, ils ont... Il y a ce truc de... Et puis je vois maintenant tous ces gens qui supposément pensent qu'ils me font penser à des poules dans un poulailler qui crient wakwakwakwakwakwak et qui sont des distractions de la pensée pour moi.
- Speaker #0
Tout de même, alors pour me faire l'avocat des réacs, non c'est vrai que... Vous avez raison, les WOC c'est parti d'un mouvement extrêmement et minamment respectable de tolérance, tolérance envers les personnes de couleur, les personnes arabes, noires, asiatiques, les minorités sexuelles, bien sûr. Et ça j'ai l'impression, j'ai presque envie de dire que tout le monde est d'accord. Mais le problème c'est que cette tolérance est devenue une forme d'intolérance vis-à-vis par exemple de la culture, de certains artistes qu'il faudrait corriger, de corriger les œuvres du passé. Et c'est tout ça qui les rapproche de la censure soviétique, par exemple. C'est pour ça qu'en gros, on flippe. Parce qu'on flippe face à des leçons de morale.
- Speaker #1
Je vais vous payer un abonnement à la chaîne YouTube de Libération pour changer. Parce que c'est le Figaro qui vous fait voir un peu trop les choses. Je ne suis pas si sûr que... Ça, c'est une chose qu'on dit, que ces gens sont intolérants. D'abord, quelqu'un de faible serait-il intolérant ? Il a le droit de l'être. Parce qu'il est attaqué. Je dis ce que je veux. Quelqu'un de faible est attaqué, il a bien le droit de se battre avec des instruments à sa disposition. Et d'abord, ce n'est pas lui qui est intolérant, c'est lui qui subit l'intolérance. Donc il est peut-être énervé en répondant. Et d'autre part, je ne suis pas... Enfin, encore une fois, pour moi, c'est la proximité du danger qui m'intéresse. Je comprends bien... Oui, ça, je comprends ce terme. Je comprends des gens, effectivement, il y a ceux qu'on appelle des woke qui sont allés un peu trop loin.
- Speaker #0
Il y en a qui sont allés trop loin. Oui,
- Speaker #1
mais ça, je suis bien d'accord, mais qu'est-ce qu'on s'en fout ? Je veux dire, ils étaient combien ? Ils étaient où ? Ils étaient, un, dans une université qui disait ceci, la Palestine, machin, et aussitôt 200 ministres, 300 machins, 600 Finkielkraut. Oui, vous trouvez qu'on en fait beaucoup. Mais oui, c'est ça. En gros, on en fait beaucoup. Mais tout de même, vous avez certainement lu... Et qu'à la fin, on tape toujours sur les gens qui sont faibles.
- Speaker #0
Vous avez lu la tâche de Philip Roth, vous avez vu comment certains professeurs étaient cancellés, des écrivains aussi, des artistes. Récemment, c'est assez marrant, c'est... Une chanteuse catalane, Rosalia, qui était extrêmement talentueuse, qui a dû s'excuser parce qu'elle avait dit qu'elle aimait Picasso. C'est ce genre de choses. Elle a eu ça ? Oui. Vous ne trouvez pas que c'est ridicule, parfois ?
- Speaker #1
Non, mais évidemment c'est ridicule. Mais ce qui me paraît étonnant, c'est qu'on monte ça en épingle en permanence. Je veux dire, effectivement, il y a eu toujours des gens maniaques partout. Partout, intolérant, agaçant, irritant. Mais encore une fois, ça n'est pas les plus nombreux. Ça n'est pas les plus nombreux.
- Speaker #0
Le mouvement La France Insoumise fait des scores assez élevés aux dernières élections.
- Speaker #1
Mais La France Insoumise, pour moi, ce n'est pas une question de politique. La France Insoumise, pour moi, Mélenchon, il n'y a pas de grande différence avec Marcel Déha. Ce sont des populistes affreux. et d'ailleurs avant-hier, le nouvel adjoint LFI à la mairie de... de Grenoble. Il a été filmé partout. Je ne sais pas si vous l'avez vu. Il a sa népréanopausant en lui disant « ça le tapette » . Ce n'est pas une question de politique. C'est une question de comportement humain.
- Speaker #0
C'est parfait parce qu'on commence à préciser les choses. Donc vous êtes un trotskiste non insoumis. C'est très intéressant, très original. En tout cas, revenons au livre. Dans « Inventaire de la basse période » , vous commencez en disant « Le monde occidental vit un moment dangereux. Apprenons à nager dans la tempête. Et effectivement, on voit que vous hiérarchisez les dangers, et que pour vous, le premier danger, c'est le fascisme. C'est un retour d'une extrême droite au pouvoir bientôt, avec tout ce que ça entraîne comme agression sur la culture, sur les minorités, les homos, entre autres. le racisme, la vulgarisation de la vulgarité.
- Speaker #1
Oui, c'est vrai, c'est ça. Mais ce n'est pas seulement ça, c'est aussi la culture en général. Enfin, il me paraît assez frappant que nous soyons environnés maintenant de festivals, et je ne parle pas seulement du Puy du Fou, il y a comment s'appelle ce milliardaire qui ressemble à un méchant tintin qui ridicule à Sterrin ? Vous voyez qui c'est Sterrin ? Vous l'avez reçu ? Non, pas du tout. Avec des lunettes en fer comme ça et qui a un tableau Excel et qui vous reçoit et qui vous note. Bec BD, 6,5 millions de francs, tout ça. Et qui finance pendant ce temps-là des festivals sur le roi Mérové. C'était quand même mieux que la République et des conneries pareilles.
- Speaker #0
Il est libre.
- Speaker #1
Oui, il est libre, mais ça intoxique les gens. Mais pour parler d'autre chose, tenez, en ce moment, ça, c'est pas du tout dans mon livre. Vous avez dû voir que, et diffusé dans toute la France, un nouveau film avec Chris Pratt. Vous voyez qui c'est Chris Pratt. Pratt, un acteur d'ailleurs trumpiste, mais c'est pas ça l'important, qu'on avait vu dans un Jurassic Park, une grosse baraque comme ça. Et le film s'appelle Présumé Innocent. Ce film postule que dans une humanité proche, les gens qui seront accusés devront prouver à une intelligence artificielle incarnée dans le film par une actrice, je sais plus laquelle, qu'ils sont innocents. Eh bien... C'est le contraire du droit civilisé. En droit civilisé, c'est à l'accusateur de faire la preuve de la faute. Et là, on a un film, d'ailleurs financé par Amazon, parce que nos amis les milliardaires sont très forts pour ça, qui inculque dans la tête des gens qui le voient, qui ne savent pas forcément ça, que le truc naturel, c'est ça. C'est-à-dire que tout d'un coup, on va entrer dans une société où je suis innocent, il faut le prouver.
- Speaker #0
C'est l'inverse de l'état de droit actuel en démocratie.
- Speaker #1
Oui, c'est l'inverse de l'état civilisé, enfin, même avant la démocratie, quand les Anglais ont inventé la Béos Corpus en 1208, ils n'étaient pas en démocratie, c'était en comportement humain. Donc en fait, c'est ça qui est très dangereux.
- Speaker #0
On est face à deux dangers, en fait. Deux dangers simultanés, l'un peut-être vous effraie plus que l'autre, mais enfin, on est face à deux formes de censure, deux formes de leçons de vertu. C'est terrible. Ce qui est compliqué, c'est de slalomer entre les deux.
- Speaker #1
Je ne suis pas d'accord. Enfin, encore une fois, moi, c'est l'ordre des priorités. Ça dépend si vous parlez politiquement. Moi, Mélenchon ne me fait pas peur. Je veux dire, même si Mélenchon était élu, il ne pourrait rien faire. Il aurait le mur de l'argent des milliardaires trois mois après.
- Speaker #0
On peut vous dire la même chose sur Jordan Bardella.
- Speaker #1
Oh, je ne suis pas sûr. Je ne suis pas sûr.
- Speaker #0
Vous pensez qu'il aurait tous les grands hommes d'affaires avec lui ?
- Speaker #1
Je pense. Et d'ailleurs, on a bien vu son programme se modifier par rapport à celui de l'aimable Marine Le Pen, qui était beaucoup plus... plus populiste social, supposément, et là, qui est quand même le libéralisme le plus vif. Et d'ailleurs, dans l'exemple, les gens d'extrême-gauche qui sont arrivés au pouvoir tiennent un an et sont fusillés, ou sont virés à coups de pied dans les fesses. Mélenchon aura une crise d'apoplexie en se regardant dans un miroir, en disant « je suis la France » . Il n'est pas très dangereux. Et ce que je veux dire... Non, mais ça, c'est la politique. Et quand il s'agit... de l'ordre de la civilisation, je pense que ça me paraît inéquitable de votre part de comparer les wokistes ou les supposés wokistes et les anti-wokistes parce qu'il y a une question de nombre, de quantité et de vrai danger. Vous croyez ?
- Speaker #0
Finkielkraut, dans son livre, dit qu'il y a d'un côté le politiquement correct et de l'autre le politiquement abject. Est-ce que ça vous souscrivez ? Non, pas du tout,
- Speaker #1
parce que le politiquement correct, ça n'existe plus. C'est une chose qui avait été inventée par Philippe Muray il y a 25 ans. Et qui disait, alors c'était marrant parce qu'à l'époque personne ne le faisait, et on s'est mis à répéter ça en permanence. Mais où est le politiquement correct ? Nous avons tous les jours des gens qui nous disent, il faut engager des flics, il faut de l'ordre, il faut de l'autorité. Écoutez le langage. Le langage est très très frappant, d'ailleurs même souvent à gauche. J'ai l'impression qu'on est des troupeaux de bœufs avec des cloches et ensuite des cloches et les mots qui sont autorité, famille, machin. Le problème de l'autorité c'est qu'il y en a trop. Il y en a trop.
- Speaker #0
Ça dépend. des médias que vous écoutez, en fait. Si vous écoutez les CNews et les médias de Vincent Bolloré, vous avez peut-être raison, mais si vous écoutez peut-être le service public, vous aurez d'autres mots qui reviennent. Le service public,
- Speaker #1
j'ai entendu... Non, je crois pas. D'abord, vous savez, c'est plutôt... En ce moment, c'est plutôt les médias très à droite qui sont les plus nombreux, et vous avez Libération en face qui fait 14 pages et qui est vendue à 14 exemplaires. Mais... Vous savez, sur le service public, j'ai entendu merveilleusement Rachida Dati la semaine dernière, ou il y a trois semaines ou un mois, je ne sais plus, quand elle a été battue, attaquer le maire élu en disant qu'il ne s'occupait pas de la famille de la part de Rachida Dati. C'était une chose charmante.
- Speaker #0
Vous avez détesté le collège. Ça revient souvent dans le livre. C'est peut-être là qu'est la racine ou la source de votre rébellion. Vous étiez au collège où ? C'était à Tarbes ?
- Speaker #1
À Tarbes.
- Speaker #0
Oui.
- Speaker #1
Et un collège public. On est tous les deux du même coin. Oui, on est du même coin.
- Speaker #0
Je suis Bernay aussi.
- Speaker #1
Je reviens de chez vous, j'étais à Pau hier.
- Speaker #0
Ah oui ?
- Speaker #1
Et oui, oui, c'était... Mais vous n'étiez pas à Bétharane. Non. Vous n'étiez pas dans cet état.
- Speaker #0
Je serais trotskiste, moi aussi.
- Speaker #1
Non, mais ça, c'est une question, je pense, de tempérament. Je suis assez rétif à l'institution. Toute institution telle qu'elle est m'irrite parce que ça attaque l'individualité. et je pense que... Tout collège, je pense que l'humanité a inventé, enfin récente, a inventé le collège pour torturer les enfants. Et pour qu'ils se torturent entre eux.
- Speaker #0
Avant ça allait, avant je veux dire, vous étiez à l'école primaire et ça se passait plutôt bien, c'est au collège que les choses ont vrillé.
- Speaker #1
C'est au collège que les choses ont vrillé.
- Speaker #0
Vous avez eu l'impression que les camarades se... Quoi, qu'est-ce qui s'est passé ? Enfin, il faut pas psychologiser... C'était violent, non mais... Non,
- Speaker #1
il faut pas psychologiser, enfin je veux dire, déjà je trouvais qu'intellectuellement c'était... un peu pénible, et puis après j'étais, comment on dit, « bouli » dans le français.
- Speaker #0
Mais dites-le, vous allez... Victimisez-vous, enfin, c'est la tendance.
- Speaker #1
Vous avez un... Oui,
- Speaker #0
allongez-vous. Non mais c'est vous qui m'en faites parler, moi je n'en parle jamais, j'ai aucune raison d'en parler. Mais on le comprend, on le sent quand même, parce que ça revient régulièrement, cette espèce d'allergie au collège. C'était quoi, une forme d'embrigadement ? Vous avez eu l'impression que vous étiez un peu un vilain petit canard ? Oui, alors ça évidemment c'est parce que les homophobes en général ont l'œil très avisé et devinent les autres très rapidement.
- Speaker #1
Vous croyez qu'ils avaient vu ça ?
- Speaker #0
Oui, ils me le disaient donc ils le savaient. Mais je vais vous dire ce qui me séparait le plus, c'est que j'aimais les livres. Moi j'étais dans la cour de l'école avec un volume de Verlaine que j'avais piqué dans la bibliothèque de mon père. Je lisais dans un coin et vous savez très bien que ça c'est une singularité pire que tout. Parce que tout d'un coup on a l'air d'un poseur, arrogant, il lit des poèmes, quel connard, etc. Et d'ailleurs... Pour tout vous dire, j'ai souffert par les maoïstes, puisque je dois vous dire un truc, moi j'ai eu en classe de...
- Speaker #1
C'était pas en 6ème ça ?
- Speaker #0
C'était en classe de 4ème. En classe de 4ème, j'avais une professeure maoïste pour laquelle je conserve... Moi qui oublie tout et je suis la gomme de moi-même, j'oublie tout mon passé, etc. Je me suis employé à retenir son nom, je pourrais le dire. C'était une ancienne maoïste, on n'était pas si longtemps après les années 68, une dizaine d'années après ou un peu moins même, et qui avait organisé un... procès public parce que j'étais un fils de bourgeois et que j'étais insolent. Et donc j'avais la classe autour de moi, une grande table comme ça, 30 mecs puisqu'il n'y avait pas de filles à l'école, et elle avec son chignon, bien maoïste, et j'étais mis en accusation sans qu'elle prévienne mes parents, sans qu'elle prévienne le... Et ça, ça a été un traumatisme pour moi, mais fascinant. Et j'étais seul à me défendre. Et alors la chose assez jolie, assez romanesque, c'est qu'il y avait un type avec un nom bien de chez nous qui s'appelait Cap de Vielle, qui avait l'air d'un grand couillon, qui ne me parlait jamais, et qui avait une voix de... qui était un peu comme Kundera, qui était un peu comme ça, avec des grandes bras de singe, et qui a pris la parole pour me défendre. J'ai trouvé très... Il a été seul. Donc voilà, c'était... Enfin, il s'est trouvé que c'était comme ça, mais je ne suis pas là pour raconter mes...
- Speaker #1
Non, non, mais pas du tout. Si, écoutez, on ne va pas s'en priver. C'est la tendance littéraire du moment de gratter les plaies de ces traumatismes d'enfance. Mais c'est vrai que ça explique peut-être beaucoup de choses.
- Speaker #0
Oui, oui, peut-être.
- Speaker #1
Et c'est vous qui en parlez.
- Speaker #0
Oui, mais ce n'est pas ça qui explique la pensée, puisque j'ai été torturé par une maoïste et maintenant je suis... Oui, vous êtes protiste. En fait, ils se détestaient de toute façon. Oui, bien sûr,
- Speaker #1
mais ils s'entretuaient entre eux. Sur la religion, dès la première page, le ton est donné. Vous êtes anti-religieux, un laïcard.
- Speaker #0
C'est héroïque de m'inviter. Non, c'est un droit. J'étais un enfant... athées, spontanément athées. Moi, j'ai grandi dans une famille catholique et on m'a foutu au catéchisme, etc. Et je ne comprenais pas. Je faisais des efforts considérables. Ça a été pour moi plus dur que d'apprendre la grammaire française avec les analyses logiques, etc.
- Speaker #1
Et le collège, c'était un collège privé ou public ?
- Speaker #0
Public, parce que mon père, normalement toute ma famille allait au Khaouzou à Toulouse et mon père qui avait subi les jésuites... Ne voulez pas que ma moralité intellectuelle et physique soit attaquée par les jésuites, comme on m'a foutu à l'école laïque et républicaine. Mais je ne sais plus ce que je vous disais. Mais voilà, c'était une période un peu bizarre.
- Speaker #1
C'est peut-être aussi pour ça que vous vous êtes réinventé. Charles d'Annecy n'est pas votre nom de naissance. Vous avez pris ce pseudonyme, vous êtes monté à la capitale comme un Lucien de Rubinpré.
- Speaker #0
Vous savez, il y a quelques jours, je reviens de Pau et j'étais à Toulouse avant, et j'ai fait mes études de droit à Toulouse, et au bout de deux jours et demi, les angoisses me revenaient, parce que pour moi, cette vie-là était une vie où il n'y avait pas le choix. La province, on n'a pas le choix. Il faut attendre la tournée Carcenti qui arrive pour voir une pièce de théâtre. Pour moi, c'était ça. C'était une chose bloquée.
- Speaker #1
Pas libre.
- Speaker #0
Si libre, mais bloquée et conventionnelle.
- Speaker #1
Moi, j'habite en province. Alors peut-être que ça a changé. Oui,
- Speaker #0
mais vous vivez en province dans les conditions où vous vivez. Ce n'est pas la même chose. Ce n'est pas comme si vous aviez fait votre petite famille. Non,
- Speaker #1
mais on a le choix parce qu'on peut prendre sa bagnole et aller un peu plus loin. Il y a quand même des musées. Il y a quand même des cinémas. Il y a une vie culturelle, mais peut-être qui existait moins il y a 30 ou 40 ans.
- Speaker #0
Qui a existé beaucoup moins, et d'ailleurs ça m'a assez frappé à Toulouse, dont j'avais le souvenir, je n'y revais jamais, de ville avec un accent local très marqué, etc. Maintenant on entend des langues étrangères, des gens parlent avec l'accent pointu comme ils disent, donc des choses ont changé.
- Speaker #1
Il y a beaucoup d'étrangers qui achètent des maisons.
- Speaker #0
Mais vous savez, il y a aussi une chose, c'est qu'en province, vous ne pouvez pas... En fait, c'est faux, c'est de la vodka. On refait Nabokov et Pivot. Mais en fait, le truc, c'est que j'avais le sentiment, et je crois encore que c'est ça, c'est que finalement, en province, vous ne pouvez pas dire à 9h du soir, tiens, je sors, je vais prendre un verre, je vais téléphoner à un copain, je vais faire un truc, je vais aller à une séance de minuit.
- Speaker #1
Ça s'improvise moins.
- Speaker #0
Voilà.
- Speaker #1
Oui, oui, c'est vrai.
- Speaker #0
Et ça, c'était assez pesant. Et après, vous savez... S'il faut dire les choses, moi je crois que je suis devenu écrivain, d'abord je passais mon temps à lire, donc ça me paraissait, vous savez bien ce que c'est, on passe son temps à lire et puis on boit de l'encre, on boit de l'encre et comme une éponge on doit la recracher après. Mais c'était aussi la manière la plus admissible pour moi de ne pas vivre. Moi j'ai horreur de la vie et de la notion de vie. J'aime les gens, j'aime rencontrer des gens parce que je trouve que tout le monde est intéressant. Mais la vie, pour moi... Si la vie se présentait au comité de lecture de Grasset, je la refuserais. C'est trop mal fait. Il y a des temps morts. Il y a des explications. C'est vaseux. Je trouve ça épouvantable.
- Speaker #1
Oui, c'est mal organisé. C'est sale. Ça finit mal. J'ai oublié de préciser que vous étiez éditeur chez Grasset, que vous dirigez la collection Les Cahiers Rouges, qui est très prestigieuse, que vous avez créé une revue littéraire qui s'appelle Le Courage. Ce n'est pas surprenant. Je parlais de Dieu, maintenant parlons de l'IA. Ça revient aussi régulièrement, vous détestez l'IA. Je partage tout à fait ce sentiment. Et pourtant, vous n'êtes pas inquiet, vous ne pensez pas qu'on va être remplacé par ces technologies.
- Speaker #0
Sauf si Renaud Camus est remplacé, je suppose. Mais non, je pense qu'il y a deux choses. Je pense que c'est une chose... D'abord, il y a une imposture considérable. Et la première imposture est l'appellation, parce qu'évidemment, ça n'est pas une intelligence. C'est une combinaison de moteurs de recherche. Il n'y a rien d'intelligence là-dedans. Par-dessus le marché, vous avez dû le faire comme moi, c'est rempli d'erreurs. Moi, j'ai fait des recherches avec quelqu'un que je connais bien, qui est moi-même. Je suis membre de l'Académie royale de Belgique, je n'y suis pas, enfin, des tas de conneries comme ça. Mais là où ça m'inquiète, c'est que, lisant ces erreurs, je me disais, mince, si des gamins qui passent le bac, je suis au sujet, qu'ils font comme nous on faisait en recopiant les classiques à Thiers, etc., ils vont là, ça sera des tartines d'erreurs. Bon, mais surtout, je me disais, cette chose-là étant comme elle est, la société étant comme elle est, je me voyais en train de devoir me justifier en disant... Ça n'est pas ça. Et moi, encore une fois, de prouver que ça n'était pas ça.
- Speaker #1
Oui,
- Speaker #0
c'est ça. Donc, ça colle porte des valeurs. Ça colle porte des valeurs.
- Speaker #1
Je vous assure que je ne suis pas membre de l'Académie royale de Belgique.
- Speaker #0
Et après, ce qui m'inquiète, c'est qu'en fait, ce n'est pas tellement l'objet en soi, parce que les objets, on en fait à peu près ce qu'on veut. Alors évidemment, des objets sont créés pour être néfastes. Moi, je pense que Twitter et X ont été créés pour être néfastes.
- Speaker #1
Vous pensez que c'est volontaire ou c'est...
- Speaker #0
Je pense que c'est volontaire. Je pense que c'est volontaire.
- Speaker #1
Vous surestimez beaucoup les gens qui ont créé ça, parce que probablement ils se sont dit « Tiens, ce sera un outil de discussion, sans savoir que ça deviendrait... »
- Speaker #0
Non, je pense qu'ils se sont dit que c'était des gens d'argent, très habiles, regardez même pour Facebook, regardez la tête de Psycho Rigide de Zuckerberg, qui est effroyable. On voit bien que c'est des gens qui voulaient gagner énormément d'argent. Ils savent très bien qu'on gagne le plus d'argent par la vulgarité et par l'excitation des passions basses.
- Speaker #1
Ils y sont arrivés d'ailleurs parce que le dernier classement des milliardaires, les 10 hommes les plus riches du monde sont tous dans la tech. Bernard Arnault est dixième et puis les 9 premiers sont tous des... Je ne suis pas sûr,
- Speaker #0
je crois qu'il y a la famille Walmart qui est les hypermarchés américains. Enfin bref, quoi qu'il en soit.
- Speaker #1
C'est assez frappant.
- Speaker #0
Et par-dessus le marché, ces gens, évidemment, le problème avec ces milliardaires-là, c'est que ce sont des milliardaires à idées. Moi, un milliardaire qui a une usine, une entreprise, un machin, il fait ses trucs, il construit très bien. Mais à un certain moment de sa vie, le milliardaire à idées, comme il a su gagner des milliards, il pense qu'il est légitime pour avoir des idées sur la marge de la société et du monde. C'est pas nouveau, ça existait avec Henry Ford, qui écrivait des pamphlets sur le danger sémite, etc. Et là, c'est pareil, un type qui a gagné, je pense qu'il est beaucoup plus, probablement plus facile de gagner un milliard que d'écrire un sonnet de mal armé, mais eux pensent le contraire. Et donc, ces gens ont des idées, surtout, on voit, la semaine dernière, moi j'ai été très amusé, si ce n'était pas si triste, Peter Thiel, le type de chez Palantir, allant à Rome et voulant faire une conférence sur l'antéchrist, parce que l'antéchrist, c'est son truc, et il expliquait qu'en fait, l'antéchrist, c'est simple, c'est qu'on empêche les entreprises de travailler, il faut diminuer les impôts sur les sociétés, c'est ça l'antéchrist. Et quelqu'un de chez le pape lui a dit, écoutez, on se fait un peu mieux que vous, vous irez voir. Calmez-vous, monsieur. Donc, et je... Et pardon, je voudrais juste finir en disant que la chose dangereuse, c'est que les gens croient que ces objets-là sont supérieurs à eux. Ils croient que l'intelligence artificielle est dangereuse et qu'elle risque de les mener à cause, je ne sais pas, de films populaires, d'idées un peu. Oui, oui,
- Speaker #1
ils ont lu beaucoup de science-fiction aussi. Voilà.
- Speaker #0
Et j'ai été très frappé, par exemple, ça a commencé, mais je ne sais plus exactement quand c'était. Il y a une quinzaine d'années, quand pour la première fois, un ordinateur a battu un grand champion d'échec.
- Speaker #1
Garry Kasparov.
- Speaker #0
Casparov. Et là, on a vu partout dans les journaux, pour la première fois, une machine, un homme, où allons-nous aller ? C'est les hommes ! Ils ont inventé la machine. Et donc, quelle est cette idée qu'on devrait se méfier de ça ? Une machine, que ce soit l'intelligence artificielle ou Twitter, si on n'est pas content, c'est comme une voiture, on prend un marteau, on la casse et on la remplace par autre chose. Je crois que...
- Speaker #1
J'espère que vous avez raison.
- Speaker #0
Mais ça fait partie d'une tendance... d'un désir de tyrannie, je pense, c'est ça qui m'inquiète en ce moment, quand les gens, parce que c'est tellement commode de se dire je suis inférieur à la machine, j'ai plus à réfléchir.
- Speaker #1
Sur le livre, il y avait un bandeau que j'ai perdu avec écrit les inhumanistes. Ça c'est intéressant, ça veut dire que vous êtes un humaniste au fond, vous êtes un humaniste comme Montaigne, vous pensez qu'il y a une guerre maintenant entre des humains et des inhumains.
- Speaker #0
Je pense, je pense que c'est ça et ça n'est pas, c'est une guerre. permanente et perpétuelle, d'ailleurs. Moi, je crois qu'il y a... Les nazis,
- Speaker #1
c'était ça. Oui,
- Speaker #0
j'ai employé le mot basse période, comme on dit marée basse. Donc, il y a une marée basse et une marée haute. Je suis plus désespéré que pessimiste, d'ailleurs. Moi, je n'ai pas d'espoir, mais je pense que les choses, peut-être, iront mieux. Et d'ailleurs, je pense qu'en général, je peux me tromper, mais le bien gagne toujours, parce que si le bien ne gagnait pas, nous ne serions pas là, avec ce que nous avons surmonté.
- Speaker #1
Oui, et vous employez aussi beaucoup le terme brut et civilisé. Donc voilà, il y a des brutes inhumaines et il y a des humanistes civilisés.
- Speaker #0
Oui, oui.
- Speaker #1
Si c'est vrai, je suis très heureux d'appartenir au même camp que vous, finalement. Parce que vous voyez, on est là, dans un vieil endroit où beaucoup d'écrivains sont passés, et on essaie de résister tant qu'on peut à...
- Speaker #0
Ben voilà, c'est la seule chose qui compte, c'est-à-dire, vous savez, on fait partie, vous, moi et les gens que vous avez invités, d'un vieux machin excessivement fragile qui s'appelle la littérature. mais que dans un pays comme la France, enfin pas miraculeusement d'ailleurs, parce que des écrivains se sont battus pour ça, se maintient encore. Moi, je suis très content que des ministres écrivent des romans, etc. Ça veut dire qu'ils baissent la tête encore devant ça, mais c'est très fragile. Et par exemple, pour revenir à... Nous n'avions pas été d'accord il y a très longtemps sur une chronique que j'avais faite dans Le Monde sur le populisme en littérature. et j'attaquais la notion de réel et la notion de réel fait partie de ces chantages contre la littérature et contre toutes les valeurs d'imagination j'aime l'imagination parce que pour moi l'imagination n'est pas la science fiction l'imagination pour moi c'est pas imaginer qu'un mec a une trompe ici un oeil là et et télétransporter sur la planète schmurtz l'imagination s'est rapproché deux images qu'on ne pensait pas rapprocher et qui font éclater une pensée et ça la littérature c'est seul le faire un philosophe ne sait pas faire Merci.
- Speaker #1
Il y a aussi beaucoup de choses très brillantes et intéressantes. D'ailleurs, on n'est pas forcément... Peu importe qu'on soit d'accord ou pas d'accord avec vous. Aucune importance. Parce que c'est un livre qui ouvre beaucoup de... Qui agite les neurones. Et vous parlez de l'hypocrisie. Vous faites un éloge de l'hypocrisie. Je trouve ça assez génial. C'est-à-dire que, pour vous, l'hypocrisie est une forme de politesse. C'est une forme d'humanisme. Ne pas dire toujours ces quatre vérités aux gens, ça se fait. Selon vous, et on vit, c'est vrai, dans un monde où maintenant, bah, vous voyez Donald Trump, Poutine, qui disent des énormités grossières en permanence.
- Speaker #0
Bah, je pense que...
- Speaker #1
En même temps, l'hypocrisie, c'est pas une qualité.
- Speaker #0
Non, alors, si vous voulez, je pourrais dire que l'hypocrisie, c'est comme le diabète, il y a la bonne et la mauvaise. Mais, il y a une hypocrisie, enfin, qu'on pourrait appeler la fourberie, enfin, tout ce qu'on connaît, les coups fourrés, les saloperies comme ça, mais... Une hypocrisie fondamentale, je pense, est nécessaire à la fois pour les forts et pour les faibles. D'abord, je pense que nous tous, nous sommes faibles parce que les puissances n'est pas nous. Et qu'on est obligé d'être hypocrite pour dire toujours un mec qui est au-dessus de nous. Vous avez raison que vous êtes brillant, etc. Il me dit les quarts, bravo monsieur. Donc très bien, l'hypocrisie est une forme de protection du faible. Mais c'est aussi une forme de retenue du fort. Si le fort n'est pas hypocrite, il se croit tout permis et il a tous les avantages. C'est ça qui est très dangereux. Vous citiez Trump, le président des États-Unis, qui injurie les gens et ça veut dire qu'il peut tout faire parce qu'il n'a aucune retenue de son pouvoir.
- Speaker #1
Je change complètement de sujet. Il y a énormément de choses. Là, je voulais vous faire lire une page que j'ai cornée dans le dictionnaire égoïste de la littérature mondiale sur la descendance des écrivains. Vous n'avez pas d'enfant à ma connaissance. Dieu merci. Et moi j'en ai trois.
- Speaker #0
Pauvre deux.
- Speaker #1
C'est vrai que ça m'intéresse. Vous voulez que je dise ces passages ? Oui.
- Speaker #0
Alfred de Musset, pas d'enfant. Stendhal, pas d'enfant. Alberto Moravia, pas d'enfant. Virginia Woolf, pas d'enfant. Benjamin Constant, pas d'enfant. Henry James, pas d'enfant. Marcel Proust, pas d'enfant. Prosper Mérimée, pas d'enfant. Rémy de Gourmont, pas d'enfant. Marcel Chabot, pas d'enfant. Pas d'enfants. George Louis Borges, pas d'enfants. Henri Heine, pas d'enfants. Louis de Camoëche, pas d'enfants. Fernando Pessoa, pas d'enfants. Alexander Pope, pas d'enfants. Voltaire, pas d'enfants. Edith Wharton, pas d'enfants. Emily Dickinson, pas d'enfants. George Eliot, pas d'enfants. Elsa Moranté, pas d'enfants. Elisabeth Bowen, pas d'enfants. Bachot, pas d'enfants. Laoche, pas d'enfants. Et il n'en voulait pas. Les écrivains n'ont généralement pas d'enfants. L'imagination, les peuples. Leurs descendants sont les lecteurs amoureux de leurs livres qui deviennent écrivains, peuple de papier. Mais je crois... Alors qu'est-ce que vous faites ?
- Speaker #1
Il y a quand même pas mal d'écrivains qui ont eu des enfants. Charles Dickens, Alexandre Dumas, Patrick Modiano.
- Speaker #0
Modiano a des enfants ?
- Speaker #1
Oui, il a deux filles.
- Speaker #0
Ah oui, c'est vrai, il a deux filles. Mais d'abord, les gens font ce qu'ils veulent. Mais je trouve ça dommage parce que d'abord, les enfants... Vous devez savoir ça, il faut s'en occuper, il faut gagner plus d'argent pour les nourrir, pour les mettre à l'école, etc. Justement,
- Speaker #1
c'est une motivation pour écrire plus de livres.
- Speaker #0
Oui, mais c'est aussi... Si on pense sérieusement que nous vivons dans une basse période, vous pourrez être soumis à des chantages parce que vous avez des enfants. Le jour où les fascistes arrivent et enlèvent votre fille, Frédéric Becbédé vous dira « Ah ouais, d'accord, je vais écrire. »
- Speaker #1
J'obéis, tout de suite.
- Speaker #0
Donc la liberté des écrivains, c'est aussi ça. Après, je généralise.
- Speaker #1
C'est très bien que c'est... C'est très stimulant, mais de toute façon, il y a ce mot dans le titre, « égoïste » . Oui,
- Speaker #0
ça veut dire que c'est moi qui le pense et que les gens en font ce qu'ils veulent.
- Speaker #1
Exactement. Bon, je n'ai pas le temps de tout vous dire, c'est très dommage parce que je voulais lire l'extrait sur Céline. Vous comparez son style à un chauffeur de taxi qui klaxonne. C'est très très amusant. Évidemment que je ne suis pas d'accord, mais ce n'est pas grave du tout.
- Speaker #0
Je dois dire que ça fait partie des choses qui m'ont provoqué le plus de haine. Quand je vais dans les librairies, encore maintenant, il y a toujours un mec qui se lève et qui me dit « Monsieur, vous n'avez rien compris, etc. » Il y a Céline et Colette. Ce n'est pas grave, c'est tellement drôle.
- Speaker #1
Oui, Colette, vous la trouvez un peu répugnante avec tous ses animaux et ses fleurs.
- Speaker #0
Elle mange trop, oui.
- Speaker #1
Bon, alors, puisque ça énerve les gens, je lis quand même le passage sur Céline. Parce que c'est tellement drôle. Céline est un vociférateur inventif. Avec son bagout de bonimenteur de la chapelle. Gouaille d'aristide bruyant, engueulant ses clients dans les cabarets de Montmartre. Prenez un taxi, Céline, c'est ce chauffeur mal embouché qui rage contre les nègres et peste contre les juifs. Visez-moi ce connard, avance et pédale. Flic de mes deux, pauvre France. Céline a le style même du chauffeur de taxi. Il écrit à coups de klaxon. Non mais, c'est pour vous donner une idée de votre style. Et peu importe.
- Speaker #0
C'est le talent de la critique littéraire. Je n'exagère pas. C'est-à-dire que je pense vraiment ce que je dis. Je pense que s'il y a une très très grande imposture actuellement, et qui date depuis le XXe siècle, c'est la comparaison, pour moi, honteuse de Marcel Proust et de Céline, en disant que c'est le plus grand écrivain. français du XXe siècle, quand on voit la pauvreté de moyens de Céline par rapport à Marcel Proust. Ah non,
- Speaker #1
je ne vous suivrai pas parce que je pense qu'il faut distinguer Le Voyage au bout de la nuit, Mort à crédit, du reste, et les romans de la fin, où il y a beaucoup de points de suspension, là, ils klaxonnent, oui, là, effectivement, ils klaxonnent. Ils klaxonnent de manière stridente.
- Speaker #0
La trilogie de la fin, la Sigmaringen et tout ça, c'est intéressant parce que c'est là qu'on se rend compte que Il y a une forme de tyrannie, de basse période et de fascisme qui utilise beaucoup le sarcasme et la plaisanterie. Et quand vous écoutez Trump, Trump dit « Bec BD, ce connard, sa femme l'a trompé » . Le lendemain, alors scandale, machin, tous vos amis vous soutiennent, le lendemain il dit « Je plaisantais, les gens ne comprennent pas la plaisanterie » . Et Céline, c'était ça tout le temps.
- Speaker #1
C'est le principe du passif-agressif, c'est-à-dire quelqu'un qui vous dit une saloperie et juste après « Ah mais je déconne » . Ça c'est insupportable ces gens-là, mais j'ai fait un livre pour dénoncer la dictature du rire permanent, alors nous sommes d'accord sur ce point. Oui, oui, vous en parlez à un moment d'ailleurs. Vous dites les tyrans sont marrants. C'est terrifiant ça. Mais c'est terrifiant. Ça me fait penser à cette phrase de Baudelaire, le sage ne rit qu'en tremblant.
- Speaker #0
Ben, il avait bien raison. On sait bien, enfin, Mussolini faisait marrer tout le monde quand il est arrivé, il allait sur les plages quand c'est nu, Hitler, on le traitait de clown, mais vous savez, moi j'aime pas les clowns, et quand j'étais petit, il n'y avait pas que l'école, moi j'étais terrorisé par le cirque. Quand on m'a amené au cirque, je suis persuadé que les clowns ont été inventés pour terroriser les enfants. Viens mon chéri, je vais te faire plaisir, tu vas voir le clown.
- Speaker #1
Alors, on joue au jeu devine tes citations. Je ne vous connais pas d'Anti-Sèche, l'Anti-Sèche c'est pour après. Là je vous dis des phrases de vous, que vous avez écrites dans tous vos livres. Vraies ou fausses ? Non, non, c'est toutes des vraies, mais vous devez me dire dans lequel de vos livres il y a cette phrase. Ah oui, comme il y a beaucoup de pages, ce n'est pas facile. Où avez-vous écrit « Le vice de l'Angleterre est le mauve » ?
- Speaker #0
« Inventaire de la basse période » Oui,
- Speaker #1
c'est cette année, donc c'est vraiment très drôle ça, j'aime beaucoup cette phrase. Vous adorez Oscar Wilde, c'est une phrase que Wilde aurait pu dire.
- Speaker #0
Et vous avez raison de dire que le livre doit être lu en continuum, parce qu'un peu plus loin, ou un peu avant, je ne sais plus, non, aux Etats-Unis, je dis « Le vice des Etats-Unis est le marron » .
- Speaker #1
Est-ce que Wilde, c'est votre vrai modèle ? Vous avez publié, fait traduire Wilde chez Grasset.
- Speaker #0
Oui, traduit aussi. Ça l'a été à un moment donné, mais pas tout seul. Je n'ai pas eu qu'un modèle. J'ai ajouté Cocteau, j'ai ajouté Verlaine, j'ai ajouté des gens comme ça. Mais je l'ai adoré, oui.
- Speaker #1
Est-ce que votre colère contre l'homophobie ne vient pas de son procès, de sa condamnation aux travaux forcés pour homosexualité ?
- Speaker #0
Non, ma colère est purement égoïste. C'est parce que c'est moi qui ai été embêté avec ça.
- Speaker #1
Oui, mais vous pouvez vous sentir proche.
- Speaker #0
Oui, mais bien sûr. Mais vous savez, il y a un truc qui a, là, pour le coup, un peu changé. Moi qui suis de votre génération, quand on était gay ou lesbienne dans ma génération, c'était la famine. Il n'y avait rien. Il n'y avait pas de modèle. Il n'y avait pas d'exemple. Et les seuls exemples, d'ailleurs, étaient des exemples tragiques comme Wilde. Moi, j'ai écrit la préface au catalogue de l'exposition Wilde il y a quelques années en disant « déclaration de fin de malheur » . Il faut arrêter de dire « mon Dieu, c'est triste, on est pédé, on va mourir » . Et on n'avait que ça.
- Speaker #1
Autre phrase de vous. Le mal va plus vite que le bien.
- Speaker #0
Dans le tome 14 de ma play-doh. Théorie, théorie.
- Speaker #1
C'est aussi là. Le mal va plus vite que le bien. C'est pas mal, non ? C'est une super idée. L'idée que c'est vrai, faire le bien c'est long, c'est pénible, c'est compliqué, il faut des impôts, il faut partager les richesses. C'est chiant le bien. Faire le mal... Ça se fait en deux secondes et on redescend très vite.
- Speaker #0
Et c'est pour ça qu'ils ont un temps d'avance, parce qu'ils préparent, ils sont malveillants, ils préparent leurs coups, etc.
- Speaker #1
Oui. Et le problème d'ailleurs, c'est comment rendre le bien séduisant. Prenez l'exemple de Jospin. Il a fallu qu'il meure pour que tout le monde dise du bien de lui. Et que tout le monde dise « Ah, ce type-là était formidable ! »
- Speaker #0
C'est parce qu'il était mort.
- Speaker #1
Oui, exactement. On aime regretter les bienveillants.
- Speaker #0
Oui, vous avez raison. Mendes France, c'était ça. Il a été ministre six mois. Et puis après, oh, le pauvre. Alors, comme tous les crocodiles, il avait fait la peau.
- Speaker #1
Autre phrase. Bien des parents se demandent quoi donner à lire à leurs enfants. La réponse est simple. Ce qui n'est pas de leur âge.
- Speaker #0
Dictionnaire égoïste de la littérature française.
- Speaker #1
Exactement. 2005. Bravo. Donc, un exemple de quelque chose qui n'est pas de son âge à donner à lire à ma fille de 10 ans.
- Speaker #0
10 ans. Elle... peut lire très bien les poèmes de Musset.
- Speaker #1
Ou Baudelaire, carrément, on y va. Ou Baudelaire. On y va.
- Speaker #0
Baudelaire, vous savez, une enfant de 10 ans est tout à fait capable de comprendre « J'ai longtemps habité sous des vastes portiques, que les soleils marins teignaient de mille feux » . C'est sublime. Voilà, très bien. Et d'abord, c'est très bien de lire des choses un peu plus compliquées que son âge aussi. Parce que sinon, on se raccordit, on ne lit que des... Tout à fait.
- Speaker #1
Je pense. C'est du prémâché. Je voulais savoir à propos des deux dictionnaires, vous allez les réactualiser un jour, rajouter des choses ? Non. Non ? Préférez écrire des inédits ?
- Speaker #0
Oui, parce que pour moi, ça a l'air très présomptueux de dire ça, mais c'est des œuvres que j'ai faites comme ça, finies, des objets. Et donc, en plus, j'aurais l'air d'un commerçant de rajouter des machins.
- Speaker #1
De corriger ? Vous pouvez changer d'avis ? Peut-être qu'un jour, vous allez vous mettre à aimer Colette ?
- Speaker #0
Oui, oui, mais... Par exemple, je disais beaucoup de mal de Duras, je ne dis pas que je suis tombé à mon rodel, mais je lui passe certains trucs maintenant. C'est peut-être parce que je deviens un supporter moi aussi.
- Speaker #1
Une autre phrase. Où avez-vous écrit ceci ? La bouffonnerie érigée en spectacle est le premier pas des populistes vers le pouvoir.
- Speaker #0
Celui-ci.
- Speaker #1
Oui, c'est facile, c'est facile. Ça m'a fait penser à une phrase que j'ai trouvée de Roth dans Pastoral américaine, une snob new-yorkaise, démocrate. qui dit en soupirant « La décence, est-ce bien passionnant ? » C'est très très dangereux. Allez, j'en ai encore quatre. On ne lit pas un livre pour son histoire, on lit un livre pour danser avec son auteur.
- Speaker #0
Peut-être pour quoi lire ?
- Speaker #1
Oui, 2010, mais c'est dingue ! C'est dingue parce que c'est des milliers de pages et vous trouvez. La décadence commence avec l'admiration de la force.
- Speaker #0
Inventaire d'un bâtisseur.
- Speaker #1
Cette fois-ci. Quand même, développons-la. Vous pensez vraiment que l'élite actuelle est en train de céder, comme dans les années 30 ?
- Speaker #0
Je pense, et je pense aussi que ça tient aux gens non intellectuels et non politiques. Je pense qu'il y a... Donc,
- Speaker #1
au réseau social, vous voulez dire que c'est le fait que tout le monde est voix au chapitre ?
- Speaker #0
Non, c'est pas ça. C'est pire que ça, d'une certaine façon. C'est que je pense qu'il y a une immense responsabilité de la bourgeoisie française qui a renoncé à tout, il y a peut-être 20 ou 25 ans. Moi, je viens d'une famille de profs de médecine. Mon père était prof de médecine, blablabla, il connaissait le latin et le grec, ils avaient des bibliothèques à n'en plus finir, etc. Et il sentait que la culture générale était une chose importante. Maintenant, j'ai des cousins, ils lisent un livre d'un chef d'entreprise par an et ils vont faire du hobby catabali. Et je pense que...
- Speaker #1
Mais qu'est-ce qui s'est passé ? Qu'est-ce qui s'est passé ? Ça n'a pas été transmis, l'idée de l'honnête homme ? cultivé, curieux, ouvert, a disparu ?
- Speaker #0
Enfin, il y en a encore,
- Speaker #1
mais c'est vrai qu'ils ont 70 ans.
- Speaker #0
Oui, c'est ça, et je pense que, d'abord, c'est une forme d'effort. Et nous vivons une société depuis le moment où le pognon a pris le pouvoir vers Mitterrand, à ce moment-là, enfin le premier septennat de Mitterrand à mon avis, où les écoles de commerce sont devenues les rois du monde, etc., où l'effort... maintenant et valoriser en tout. Le sport, merveilleux, que d'efforts. Gagner du fric, mon Dieu, merveilleux, que d'efforts. Et lire, c'est compliqué, on va alléger les programmes, etc. Toutes les choses de l'esprit, là, l'effort n'est plus admis. Et ça, c'est une grande responsabilité des bourgeois, parce que les bourgeois, ayant l'avantage d'un certain confort, de l'argent, doivent donner un modèle et doivent se tenir d'une certaine façon. Je le trouve beaucoup plus impardonnable de la part de la moyenne bourgeoisie, et même de la plus grande bourgeoisie. d'être devenu complètement inculte que des pauvres gens qui n'ont pas un rond et qui n'ont pas les moyens d'aller dans une humaine.
- Speaker #1
Ça rejoint ce que cette dame, ce personnage de Roth dit, la décence est-ce bien passionnant ? C'était tout. En fait, c'était là que se jouait tout. Et c'était extrêmement grave. Tout.
- Speaker #0
Il y a une pièce d'Alfred de Vigny merveilleuse qui s'appelle « Quitte pour la peur » et il dit « On ne tient que par la tenue » . C'est juste ça.
- Speaker #1
C'est juste ça. Alors, deux dernières phrases. Un baiser dans la bouche est une clé qui ouvre un corps. Ah, c'est plus dur là.
- Speaker #0
Histoire de l'amour et de la haine.
- Speaker #1
Mais c'est bon ça !
- Speaker #0
Je croyais pas avoir de mémoire.
- Speaker #1
Un baiser dans la bouche est une clé qui ouvre un corps. Sauf quand c'est mal fait.
- Speaker #0
Je ne l'ai fait que bon, je ne le reçois que bon.
- Speaker #1
Dernière phrase, dans deux ou trois cents ans, les livres d'histoire de la nouvelle renaissance expliqueront que l'autoritarisme s'installa en France grâce au Covid.
- Speaker #0
Le dernier. Ça, je suis tout à fait d'accord.
- Speaker #1
Pour moi,
- Speaker #0
2020, 2021,
- Speaker #1
c'est là que la basse période a vraiment officiellement commencé. Et moi, je dis, et probablement ça comme vous, moi, je ne suis pas du tout anti-vax. Si il existait un vaccin pour l'orteil gauche, je l'aurais. Mais j'ai vu pour la première fois dans l'histoire du monde... demandé récemment à Boucheron, que j'ai croisé Patrick Boucheron, l'historien, puisqu'il vient d'écrire un livre sur la peste, et donc il a confirmé ce que j'écris dans ce livre, même au moment de la peste noire dont il parle dans son dernier livre, jamais on a confiné une moindre ville en Europe. On fermait 3-4 rues d'Avignon parce qu'il y avait des gens qui crevaient la gueule ouverte, etc. Pour la première fois dans l'histoire de l'humanité, on a cadenassé des pays entiers.
- Speaker #0
C'est une renonciation incroyable et, comment dire, une étrange renonciation.
- Speaker #1
Une étrange renonciation qui a été prise plutôt bien par les gens, qui étaient ravis d'obéir. Et moi, j'étais indigné en permanence. Il fallait un Osweiss pour sortir de chez soi. Et si on faisait plus d'un kilomètre, on était coupable. Enfin, ça m'apparaissait.
- Speaker #0
Alors, cela dit, l'Osweiss que vous faites vous-même, ce n'est pas très totalitaire. Mais c'est vrai qu'il fallait quand même un papier pour marcher.
- Speaker #1
Il fallait quand même un papier. Et il y avait des flics partout. et puis Moi, j'étais à Paris. Paris, c'était effroyable. Tout était vide. Il n'y avait rien. C'était la tristesse la plus totale. Et le seul plaisir des gens, qui était pour moi... Ça ne va pas être très populaire, ce que je dis, mais les gens qui applaudissaient aux fenêtres, pour moi, c'était les collabos. C'était les collabos. Supposément... Non, mais ils s'applaudissaient eux-mêmes. Oui, oui. Supposément, ils applaudissaient les infirmières qui étaient à des hôpitaux à des kilomètres. Et eux, qui étaient contents de même. Oh, que je suis bien, j'applaudis, etc.
- Speaker #0
Non, mais...
- Speaker #1
Mais surtout, c'est la révérence avec laquelle on a accepté ça, avec une facilité.
- Speaker #0
C'est le désir d'obéissance. Et vous avez... Oui, enfin, vous semblez dire que c'est comme une répétition générale de la dictature qui arrive. Oui, oui. Je trouve ça très intéressant. Enfin,
- Speaker #1
c'est tout prêt, je veux dire, si un salaud qui arrive au pouvoir,
- Speaker #0
c'est tout prêt. Oui. En tout cas, tout est organisé. Tout est organisé. La technologie le permet.
- Speaker #1
Et le droit aussi, car depuis que Villepin nous a relancé les états d'urgence il y a 20 ans, chaque fois les dispositions exceptionnelles des états d'urgence sont intégrées à la loi ordinaire. Et d'ailleurs, l'état d'urgence sanitaire n'existait pas, il nous aurait inventé ça, c'est Zénarque en deux nuits. Tout d'un coup, un mec arrive et dit état d'urgence du rhume. Ah, j'ai un rhume, c'est à fond.
- Speaker #0
Il faut juste trouver un prétexte. Là, c'était le Covid. Il faudra trouver un prétexte comme une guerre qu'on improvise ou une nouvelle peur. Ce qu'il faut, c'est que les gens aient peur pour qu'ils acceptent d'être soumis. Bien sûr. Les conseils de lecture de Charles Danzig pour terminer. Un livre qui donne envie de pleurer.
- Speaker #1
Alors, aucun parce que si on parle de littérature, un livre qui est bien fait, c'est plutôt joyeux et exaltant. Et vraiment, même s'il raconte une histoire triste, moi, ça ne me fait pas pleurer.
- Speaker #0
Vous n'avez jamais pleuré en lisant un livre ?
- Speaker #1
Jamais, jamais. On parlait d'Oscar Wilde à propos d'un livre de Dickens où il y a un personnage d'enfant qui a une vie catastrophique et qui va de malheur en malheur. Oliver Twist, je ne sais pas. Il a écrit, il faudrait vraiment avoir un cœur de pierre pour lire le roman de Dickens sans éclater de rire. Oui, en fait, vous êtes,
- Speaker #0
ils ont des mauvais esprits.
- Speaker #1
Si vous voulez, il y a des choses, mais qui ne sont pas... En soi de la littérature, par exemple, une chose très émouvante pour moi est le recueil de la correspondance de deux écrivains que j'adore, qui sont Max Jacob et Jean Cocteau. Et la dernière lettre de Max Jacob est une lettre qu'il écrit dans le train où on l'amène à Drancy, puisque comme vous savez, il a été raflé par la Gestapo. On avait raflé avant sa sœur, qui avait en plus la malheureuse d'un enfant handicapé, et il écrit à Cocteau. Sacha m'a dit que, quand ma sœur a été prise, Sacha, c'est-à-dire Sacha Guitry, a dit que si c'était moi, je pourrais faire quelque chose. « Eh bien, c'est moi, je t'embrasse, Max » . Fini, on n'a plus une nouvelle de lui. Ça, je trouvais ça extrêmement émouvant. Mais ça va de soi.
- Speaker #0
Un livre pour arrêter de pleurer ?
- Speaker #1
Alors, je voudrais bien recommander une autrice qui est, hélas, un peu oubliée, que j'aime beaucoup, qui est Christiane Rochefort, qui est très connue pour avoir écrit « Le repos du guerrier » , qui n'est peut-être pas son meilleur livre, mais qui est quand même très bon. Et parmi tous les livres, c'est une autrice à... peu anarchico-comique, qui se fout de tout. Et elle a écrit un roman très court et très sympathique, qui s'appelle « Printemps au parking » , qui est l'histoire d'un gamin qui sort de son appartement parce que son père regarde la télé tout le temps et qui se gratte les couilles en regardant la télé. Il ne supporte plus les trucs. Et il part de chez lui en disant « Il n'y a que la mort qui vous fait bander. » Et il va faire l'andouille. C'est très, très charmant.
- Speaker #0
C'est un roman que vous allez rééditer au Cahiers Rouges ?
- Speaker #1
C'est déjà fait.
- Speaker #0
Je l'avais deviné. Un livre pour crâner dans la rue.
- Speaker #1
L'inventaire des rues de Paris tenu à l'envers.
- Speaker #0
Mais c'est quoi ça ?
- Speaker #1
L'inventaire des rues de Paris, vous savez ? Oui, oui.
- Speaker #0
Ah oui, d'accord. C'est comme ça que vous allez crâner dans la rue. Ok, très bien. Un livre qui rend intelligent.
- Speaker #1
Tous les livres condensés et sans explication et elliptiques. Moi, c'est les écrivains que j'aime et je pourrais en citer bien... plusieurs, mais Stendhal pour moi est comme ça, ou Montesquieu qui est un écrivain auquel on ne pense pas beaucoup et qui est un écrivain d'une rapidité, d'une... J'ai appris beaucoup de choses, m'a-t-il semblé, le jour où j'ai lu dans les pensées de Montesquieu cette phrase qui est « il faut supprimer les idées intermédiaires » . Ah ! Il faut supprimer les idées, c'est génial ! Et moi c'est ce que j'aime. Oui,
- Speaker #0
parce que c'est comme ça que le cerveau travaille, bien sûr. Un livre pour séduire.
- Speaker #1
Alors là c'est très curieux comme idée parce que... Quand on offre un livre pour séduire, celui qui séduit, si le livre est bon, c'est l'écrivain. Moi j'offre Scott Fitzgerald, Gatsby le magnifique, et le mec ou la nana va dire « Oh, Fitzgerald est merveilleux et nous on n'existe plus, donc il vaut mieux offrir un livre assez médiocre et stupide et ennuyeux, et comme ça on est sûr d'avoir un peu plus brillant. »
- Speaker #0
Un livre que je regrette d'avoir lu.
- Speaker #1
Les Mémoires de Raymond Aron.
- Speaker #0
Tiens, oui.
- Speaker #1
C'était pour moi... Enfin, d'abord, c'est pas parce que ça fait 800 pages. Il y a d'autres livres de 800 pages qui sont très intéressants. Mais pour moi, c'était terne et pâteux. Il a rencontré tout le monde, le général de Gaulle et machin. Et il transforme ça en Patrupson pour colmater les terrasses. Enfin, c'est épouvantable.
- Speaker #0
C'est souvent le cas des mémoires, malheureusement. Souvent, les gens embellissent ou se vantent. Mais c'est même pas qu'il... Il ternit, lui.
- Speaker #1
Il ternit. Il se vante même pas. C'est-à-dire qu'il a l'air de... Il a l'air du petit monsieur avec la blouse grise et le crayon à papier sur l'oreille qui nous raconte de vieilles histoires.
- Speaker #0
Un livre que je fais semblant d'avoir fini.
- Speaker #1
Il faut que je regarde mon papier parce que je fais semblant d'avoir fini. Eh bien aucun.
- Speaker #0
Vous arrêtez. Oui,
- Speaker #1
j'arrête. Mais j'aime beaucoup arrêter, même dans les spectacles par exemple. Même si c'est bon. Par exemple, il peut m'arriver d'aller à l'opéra et au premier acte, je m'en vais. C'était bien, ça suffit.
- Speaker #0
Attention, Timothée Chalamet a eu... beaucoup de problèmes en critiquant l'opéra. Ne lui emboîtez pas le pas. Le livre que j'aurais aimé écrire.
- Speaker #1
Les Enfants Terribles de Jean Cocteau. Au moins, c'est un livre que je relis très souvent. Ce n'est pas très compliqué de le relire. Il fait 100 ou 130 pages.
- Speaker #0
C'est une pièce de théâtre.
- Speaker #1
Il l'a adaptée au cinéma après ou quelqu'un l'a adaptée au cinéma pour lui. C'est un roman. C'est l'histoire qui commence célèbrement par une bataille de boules de neige à la cité Montier dans le 9e arrondissement. Et c'est l'histoire de ce frère et de cette sœur qui ne veulent pas vivre dans la vie normale, qui bouffent de l'opium. Et c'est extrêmement beau, c'est extrêmement bien fait. C'est un roman de scène. Moi, j'aime beaucoup les romans de scène sans narration nécessairement successive. Et où le coup de génie de Cocteau est l'usage, à mon sens, des mots noirs et blancs. crée des ombres très très fortes et c'est presque comme un film muet d'ailleurs les personnages parlent assez peu et on voit bien qu'il a voulu faire des choses très ombres et comme les films muets de l'époque et puis comme toujours avec octo il ya des phrases et de souvenirs enchanté du il parle d'une locomotive et il dit la locomotive traverser le village avec des cris de folle il est quand on se rappelle ce qu'étaient les locomotives de l'époque avec des grosses roues qui grince et c'est assez
- Speaker #0
D'ailleurs, si c'est visuel, ce n'est pas étonnant, nous venons d'un cinéaste. Ça ne m'étonne pas de vous, parce que vous êtes un peu un enfant terrible. C'est ça, mais oui, depuis ce collège de Tarbes. Et quel est le pire livre que vous ayez jamais lu ?
- Speaker #1
Il y en a beaucoup, il y a beaucoup de pires dans la vie. Là, hélas pour elle, parce que je l'aime bien quand même, il y a deux jours, j'ai jeté de rage Les Bleus à l'âme de François Sagan, tellement je trouvais ça...
- Speaker #0
C'est assez marrant les deux personnages de ces livres qui lui parlent et elle parle à ces personnages. Vous n'avez pas trouvé ça ?
- Speaker #1
C'est un livre paresseux et prétentieux à la fois. J'ai trouvé ça torchonné. Non, il y a des sagans pas mal, mais là vraiment on sent. En plus, elle a l'outrecuidance d'écrire. Je ne sais pas trop quoi écrire si je reprends mes personnages.
- Speaker #0
C'est au moment où elle avait beaucoup de succès. Le succès, ça endort.
- Speaker #1
Et en plus de ça, ce qui m'a embêté, c'est que le roman est dédié à quelqu'un que j'ai beaucoup aimé, que vous avez peut-être connu, qui était Charlotte Ayo, qui était sa grande amie. Et je me disais, ce n'est pas cool d'avoir un dédié. Ça va.
- Speaker #0
Ça va. Ça va. Non, mais je cherchais le dernier. De toute façon, je pardonne tout à Sagan, moi. Oui, non, mais c'était bien. Vous êtes votre revue, le courage. Et vous portez... Voilà. Ça ne m'étonne pas. Le livre que j'apprendrai par cœur pour le sauver, si, comme dans Far-on-Aïd 451, les pompiers brûlaient les livres. Enfin, ce que vous annoncez dans l'inventaire de la basse période. Il y a un moment, il va falloir que vous appreniez par cœur quelque chose.
- Speaker #1
Andromaque.
- Speaker #0
Tiens, oui c'est vrai que la langue est sublime.
- Speaker #1
La langue est sublime, moi j'aime beaucoup Racine. Il y a une chose que je fais très souvent, d'ailleurs pas très loin de chez vous, enfin pas très loin de chez la Pérouse. De temps en temps, un peu sentimentalement, je vais me recueillir devant la maison de Racine qui est à côté de tout, qui est rue Visconti. Et qui est merveilleuse, qui est une toute petite maison de l'époque, de 1700, qui a l'air de rien, avec une plaque qui pour moi, c'est ce qui se fait de plus chic. Ici, mon rue Racine. Même pas Jean Racine, poète, mais c'est mieux que le prix Nobel d'être Jean Racine.
- Speaker #0
Il y a aussi l'imprimerie de Balzac à côté. Aussi.
- Speaker #1
Et puis en plus, je pourrais me répéter dans Andromax ce que j'ai cru être pendant un moment ma devise et qui est, je croyais sans péril, pouvoir être sincère.
- Speaker #0
Faites attention, Charles. Faites attention à ça. C'est une tendance qui vous nuira. Déplorable. Qui vous nuira. Merci infiniment, Charles Danzig, d'être venu partager ce moment d'intelligence. Je vous ordonne à tous. parce que je crois quand même un tout petit peu en mon autorité, uniquement la mienne, aucune autre. Donc je vous ordonne de lire Inventaire de la Basse Période de Charles Danzig, chez Grasset. Merci infiniment et merci à tous. C'était Conversations chez la Pérouse, une émission consacrée à la civilisation et à tout ce qui reste de l'humanité. Bonsoir.