- Speaker #0
Ami Intello, bonsoir et bienvenue chez La Pérouse pour une nouvelle conversation avec cette semaine M. Chicandier. Bonsoir Chicandier.
- Speaker #1
Bonsoir Frédéric.
- Speaker #0
Mes compliments sur votre livre « Accro » chez Michel Laffont, qui est très émouvant, mais surtout littéraire, avec un style lyrique influencé par les monologues de Berurier dans les San Antonio, très burlesque et gouleyant, mais pour parler d'un sujet très grave.
- Speaker #1
Oui, disons qu'étant donné qu'on nous reproche un peu, nous on va dire, les occidentaux de faire un peu ouin ouin, parfois, c'est vrai Frédéric ? Surtout les hommes. Et surtout les hommes, et je me suis dit, oui on va faire ouin ouin, ok, mais on peut faire ouin ouin avec un peu de panache, à la hussarde. Donc j'ai essayé de mettre dedans toute la littérature que j'aime bien, qui est une littérature évidemment de Saint-Antonio, donc Frédéric Dard, de Audiard, je suis fan de Céline. Et puis un peu aussi une littérature anglo-saxonne qui vous est chère aussi.
- Speaker #0
Oui, Charles Bukowski.
- Speaker #1
Bukowski, Bret Easton Ellis. C'est une littérature un peu pop-up parfois avec beaucoup de références.
- Speaker #0
Le choix du titre, parce que c'est une autobiographie, ce sont vos mémoires. Alors est-ce que Accro, c'est un aveu ou c'est un programme ?
- Speaker #1
Alors non, ça c'est le choix de l'éditeur parce que Michel Lafonce est quand même des putes à clics. C'est ça le truc. Et donc, ils se sont dit, accro, tu vois ça dans un relais. Le but, c'est l'achat d'impulsion du cinquantenaire qui dit, qu'est-ce qu'il dit ce con de chicandier encore ? Accrobe ou sa femme qui dit, tiens, ça va te concerner, toi, qui n'as pas de temps à mettre, etc., qui rentre toujours bourré les samedis. L'éditeur,
- Speaker #0
d'ailleurs, a eu raison, puisque j'ai appris que vous étiez numéro un à la FNAC dans le rayon santé.
- Speaker #1
Santé et bien-être.
- Speaker #0
Santé et bien-être.
- Speaker #1
Juste à côté du livre de Michel Cymes sur les TDAH. Tout à fait.
- Speaker #0
Ma grande fierté, bravo à vous. Alors je vous présente un peu, vous êtes un artiste, auteur, humoriste, youtubeur, ayant été révélé par des vidéos, et notamment une célèbre vidéo surnommée Bleu Métal en 2018. Je pense que tout le monde vous pose la même question, mais qu'est-ce qui vous a pris ? Vous étiez notaire, qu'est-ce qui vous a pris tout d'un coup de faire cette vidéo dans votre voiture ?
- Speaker #1
Alors, figurez-vous que... Quand j'ai fait cette vidéo, effectivement, je me doutais. J'avais déjà fait plusieurs vidéos avant. Et j'étais un peu déjà, comme disent aujourd'hui les jeunes en entreprise, disruptif. Et donc, je voyais bien que ce n'était pas possible de me mettre dans un cadre. J'ai compris par la suite qu'étant donné que j'étais bipolaire, qu'en fait, c'est totalement incompatible avec un bipolaire d'avoir une vie de notaire, bien rangé, là j'étais dans le logement social, tout ronronnait trop. Et donc, quand ça ronronne, pour moi, ça me fait suer. Donc en fait j'ai fait cette vidéo qui était une vidéo de colère comme pour dire libérez-moi de ce carcan qui ne me va pas du tout.
- Speaker #0
Mais ce qui est fou c'est que cette vidéo, donc vous dites on n'est pas des allemands, enfin en gros le lundi on ne travaille pas, le mardi on ne travaille pas, le mercredi on ne travaille pas et le vendredi on est bourré. Mais comment expliquez-vous que des millions de gens se soient reconnus ou simplement éclatés de rire en voyant ça ?
- Speaker #1
Alors tout simplement parce que j'ai mis des mots sur une pratique. que tout le monde fait. Dans le sens où, moi, je bossais dans le logement social et le vendredi après-midi, c'était le seul moment où on pouvait se garer sans problème sur le parking. Je dis au patron, pourquoi ? Ils me disent, non, mais en fait, les gens prennent des rendez-vous les vendredis après-midi, c'est plus simple, etc. Mais j'ai dit, mais non, en fait, les gens, le vendredi midi, ils se la collent et ils sont incapables de rentrer au bureau le vendredi après-midi tellement ils sont bourrés. Voilà, c'est aussi basique. Et ça marche dans le BTP, ça marche chez les assureurs, ça marche chez les banquiers, ça marche dans toutes les professions. Et donc après les gens ils ont juste dit on s'y reconnaît. Il y a même un jour un vrai de vrai, un chirurgien cardiaque pour les enfants qui m'a dit on se reconnaît trop dans ta vidéo. C'est rassurant pour nos enfants de savoir que leur chirurgien se bourre la gueule les vendredis.
- Speaker #0
Mais alors ce livre raconte toute votre vie. Comment vous êtes devenu notaire et cadre dans cette entreprise et vous dites d'ailleurs des choses sur les dessous de table. C'est un monde très spécial.
- Speaker #1
Disons qu'en ce moment, on est en train de pointer du doigt un peu, on va dire, le service public et l'argent de l'État. Et c'est vrai qu'on se rend compte vite que quand on touche à ça, les fourmis se mettent dans tous leurs états. Moi, j'ai été payé grassement, mais j'en ai profité, à ne pas faire grand-chose dans le logement social. Et j'ai découvert qu'en fait, il y avait des planques où on ne fait rien ou pratiquement rien pour beaucoup d'argent. Et donc à un moment donné, tu te dis, comment ça... ça tient cette histoire. Ça tient parce qu'à un moment donné, il y a les entreprises à côté, c'est le miel et les abeilles.
- Speaker #0
Tout le monde touche un peu d'argent pour ne rien faire. Alors ça, c'est terrible. C'est probablement, comment dire, un poujadiste de dire ça, mais vous, vous en avez été témoin. Ce livre, c'est pas seulement une enquête sur un alcoolique en riab, c'est aussi un peu un... comment dire... un livre de dénonciation, enfin de...
- Speaker #1
Disons que moi, je le fais passer en disant chaque fois que j'ai trouvé de l'inanité dans les choses, ça m'a toujours ennuyé, je suis toujours parti. Je suis pas vénal. C'est-à-dire, quelqu'un de vénal, il dit je suis payé 10 000 euros à rien faire, je reste. Moi, la condition financière ne m'a jamais intéressé. Donc en fait, c'est simplement que je trouvais que c'était très grossier. Je trouvais les gens particulièrement pornographiques à faire ça. Je trouve que c'est moins pornographique de se mettre en porte-jartel avec des clochards et à boire de la 8-6 dans la rue. Je trouve ça plus élégant.
- Speaker #0
C'était votre choix d'ailleurs plus fréquemment.
- Speaker #1
Que d'être dans des jobs un peu minables avec des circonvolutions intellectuelles pour justifier le fait qu'on ne fait pas grand-chose.
- Speaker #0
Pourquoi aujourd'hui ce besoin d'écrire un livre ? Est-ce que c'est pour l'argent, la gloire ? Ou est-ce qu'au fond de vous, il y avait un désir de littérature ?
- Speaker #1
Non, ça a été obligatoire dans le sens où vous savez ce que c'est que parfois l'urgence immédiate d'écrire. Quand vous êtes dans une situation, ça peut être un deuil, ça peut être un chagrin d'amour, ça peut être qu'importe. Moi, on m'a enfermé dans une clinique psychiatrique. Je me rends compte en fait de l'effroi du chemin parcouru, tout ça pour ça, et tout ça pour que ma fille ne me parle plus, que ma femme, je ne sais pas si elle est encore là, et me retrouver avec des zombies dans des couloirs d'hôpital. Et il y a une urgence à écrire, à se demander pourquoi. Donc c'était plutôt comme de l'oxygène, il fallait que j'écrive, il le fallait.
- Speaker #0
Vous êtes fils de médecin, milieu plutôt bourgeois, marié, vous avez une fille. Qu'est-ce qui, à votre avis, est la cause ? De votre poche trônerie révolue désormais.
- Speaker #1
Qu'est-ce qui s'est passé ? En fait, ce qui s'est passé, tout simplement, c'est qu'on est une famille tout à fait dysfonctionnelle, mais classique, bourgeoise, à la Bergman, une mère abandonnique, rien de plus traditionnel, un père absent parce que je suis orgien et puis les week-ends pas là, avec soit d'autres nanas, soit d'autres trucs à faire. Et donc on s'est retrouvés, moi et mon frère, un peu laissés à l'abandon. Et moi, par désœuvrement, j'ai trouvé l'alcool magnifique. Et en plus, j'ai su qu'après, quand on est en bipolaire, c'est des schémas de comorbidité, de prise d'absorption de tous les produits qu'on peut trouver.
- Speaker #0
À partir de quel âge ?
- Speaker #1
J'ai commencé, j'avais 15 ans. Par contre, l'avantage, j'étais alcoolique tout de suite.
- Speaker #0
Comment on le sait ?
- Speaker #1
Parce que tout s'est mis à... En fait, quand on est bipolaire, c'est comme si on avait toujours bu un peu. Et quand le cerveau voit ça, il fourmille. D'un coup, vraiment j'ai vu le soleil. Et j'ai dit, ah, je veux ça, c'est mon dieu, je veux jamais quitter ça, cet état.
- Speaker #0
Bon, ça s'arrête à un moment où vous êtes vraiment en dépression. Et ce qui est bizarre, c'est que c'est pas le notariat, métier que vous n'aimiez pas, qui vous a rendu dépressif. Mais plutôt la gloire, c'est-à-dire à partir de cette vidéo où des millions de gens vous suivent, vous commencez à une carrière de stand-up, vous faites encore plus de vidéos, plus de notoriété, il y a une espèce d'effet boule de neige, vous devenez l'alcoolique marrant et du coup vous devenez le personnage de Chicandier. Je précise que ce n'est pas votre vrai nom, vous vous appelez Laurent Regueraz.
- Speaker #1
Oui,
- Speaker #0
c'est ça. Et c'était une prison ce personnage ?
- Speaker #1
Oui. Oui, je pense que le drame chez les bipolaires, ce n'est pas l'échec, c'est la réussite. Et c'est quand, à un moment donné, on a ça. Et moi, je n'ai plus su gérer ça. Je n'ai plus su gérer l'émotion que ça me procurait, l'immédiateté de voir aussi des gens que j'admirais, parce que moi, j'ai toujours vécu un peu dans l'univers de la télévision, donc j'avais l'impression que c'était les enfants de la télé tous les jours. Évidemment, l'univers de la fête. des substances, de Paris, de tout. Et après, effectivement, une déconnexion totale entre ça et chez moi. Ce que je rentrais chez moi, c'était mettre tes patins sur la poubelle, va chez Lidl faire les courses, enfin, qu'importe.
- Speaker #0
C'est qui la vie normale, monsieur ?
- Speaker #1
Oui, mais quand t'es là-haut, c'est pas à vous de le dire.
- Speaker #0
Mais j'ai vécu quelque chose de similaire. C'est-à-dire que vous vous êtes pris pour le personnage. Vous avez voulu jouer le rôle qu'on attendait de vous.
- Speaker #1
Voilà, au bout d'un moment, j'ai joué le rôle qu'on attendait de moi. Et même, je me souviens d'avoir dit à un de mes producteurs, il m'a dit, mais tu vas finir par mourir. Et j'ai dit, mais je vais mourir pour eux. C'est-à-dire qu'il y avait même un côté limite christique, mais fou en fait, fou allié. Parce que dopé par les produits.
- Speaker #0
Mais ce qui est fou aussi, et très ironique, c'est que le mec de... Le revenu célèbre pour faire l'éloge de l'alcoolisme est obligé d'écrire un livre contre l'addiction.
- Speaker #1
Mais c'est ça qui est magnifique. C'est toute la poésie de la vie. Si toute ma vie ça avait été de faire bleu métal, ça aurait été une catastrophe.
- Speaker #0
Elle serait terminée la vie.
- Speaker #1
Déjà elle serait terminée. Mais c'est vrai que Nietzsche disait, je crois que c'est ça, l'enfer c'est de revivre sa vie éternellement. Revivre, dépendre de sa vie éternellement. C'est horrible. Donc je suis hyper content aujourd'hui de proposer autre chose. C'est génial. C'est un reborn comme ils disent aux Etats-Unis.
- Speaker #0
Alors il y a une partie j'imagine de vos fans qui disent maintenant qu'ils ne boivent plus ça ne nous intéresse pas. Mais c'est minoritaire je crois.
- Speaker #1
C'est assez minoritaire parce que depuis quand même pas mal de temps maintenant, ils ont vu quand même que je pouvais faire pas mal de trucs et rigolos et différents. en étant sobre, parce que comme je le dis, moi je ne suis jamais vraiment sobre non plus. Je suis toujours un peu...
- Speaker #0
Vous êtes comme Obélix,
- Speaker #1
vous êtes tombé dedans quand vous étiez petit. C'est un peu ça.
- Speaker #0
Quand même, le déclencheur de la dépression, c'est quoi ? Qu'est-ce qui s'est passé pour que vous alliez à la clinique Saint-Victor ?
- Speaker #1
Le vrai déclencheur, ça a été quand j'ai fait un spectacle tout seul, qui était une sorte de psychanalyse qui était un peu les prémices d'ailleurs de Acro. Et c'était une sorte de psychanalyse sur scène, où je racontais les pans de ma vie avec mes parents, avec mon frère, avec ma vie sentimentale, avec tout ça. Déjà, je trouvais que c'était d'une impudeur horrible. Je me retrouvais tout seul. Et là, il y avait des femmes qui partaient. Donc moi qui avais un certain nombre d'abandons, des femmes qui partent. J'avais l'impression de me faire abandonner par ma mère tous les soirs. Là, je revivais tout le temps l'abandon, Comme je ne savais pas si le spectacle était bon, je buvais par trop. pour tromper mon anxiété.
- Speaker #0
Et le trac peut-être.
- Speaker #1
Et le trac. Et donc plus je buvais, plus après je mettais de la drogue. Plus je mettais de la drogue, plus j'étais mauvais. Donc j'ai fini, j'insultais le public.
- Speaker #0
Ah oui, ça fait penser à Charlie Sheen. À un moment, Charlie Sheen a fait une tournée comme ça où il engueulait les gens.
- Speaker #1
Que j'adore Charlie Sheen.
- Speaker #0
Oui, oui. Donc vous dites sur la clinique Saint-Victor qu'ils avaient tous des gueules à avoir décimé leur famille à coups de tronçonneuse dans le Wyoming. C'est pour donner une idée de votre style. D'ailleurs, pour avoir votre style, je vais vous demander de lire un extrait, et même deux. Alors, je vous préviens, c'est une nouvelle rubrique, faisons chialer l'invité.
- Speaker #1
Alors, je le découvre, je ne l'ai pas écrit. Malgré cette sortie de route légère et d'importance somme toute relative, je restais éperdument, follement, désespérément amoureux d'elle. Et histoire éternelle... plus j'étais à fond dedans, plus je la sentais s'éloigner de moi. Nos appels téléphoniques s'écourtaient, sa voix se faisait moins suave au bout du fil, les au revoir arrivaient plus rapidement. Et nous voici le 24 décembre 1994, jour du réveillon de Noël et du petit Lolo crucifié. C'est de la sorcellerie que de quitter quelqu'un ce jour-là, à 19h45, 15 minutes avant l'ouverture des hostilités familiales. Écoute, c'est compliqué les relations à distance, je ne m'en sens plus le courage. Je te souhaite le meilleur pour la suite. Et joyeux Noël, Laurent. Il ne manquait plus qu'un cordialement à sa déclaration, je crois. Si elle avait été un fils de pute de directeur des ressources humaines prénommé Jean-Eude, elle m'aurait envoyé un mail. Elle n'aurait pas pu faire semblant encore deux jours, cette gourgandine. Sur le moment, j'ai eu l'impression que Rambo rentrait dans la pièce, sortait son couteau d'enclé et m'éventrait en souriant. Voilà comment ça se termine, les histoires d'A. On le savait pourtant, on l'avait entendu quelque part. Toutes les chansons tristes nous avaient prévenu. Chier ! Ça ne sert donc qu'à la vente du disque, ces sales artistes à la con ! On n'en retient rien, à part trois mélodies lancinantes pour se droguer, je veux dire. Ça se terminait comme un fini à méchant russe dans un film américain, par éventration, sans anesthésie, sans oublier la crise d'angoisse et l'envie de dégueuler qui vont avec.
- Speaker #0
Votre jeu, ça consiste à vous énerver, toujours.
- Speaker #1
Toujours.
- Speaker #0
Alors que là, il s'agit de votre premier grand chagrin d'amour.
- Speaker #1
Oui.
- Speaker #0
Et vous racontez tout. Par exemple, là, vous racontez parfois ce que vous avez fait quand vous étiez sur scène et que vous étiez parfois dans des états avancés.
- Speaker #1
J'ai joué Yves Remor, ne me souvenant même plus le lendemain que j'avais joué la veille. Parfois, je ne suis carrément pas allé au théâtre. J'ai insulté le public aussi. Joker était en pleine bourre. J'alternais tentative d'arrêt, reprise aiguë, bouffée délirante, crise de paranoïa, dépression. Il m'arrivait de sortir en slip et port de jartel dans les rues devant le Moulin Rouge, de boire avec les clochards à qui j'apportais des bouteilles, de prendre leur guitare et de jouer Lithium de Nirvana. Je me trompais d'hôtel, de train, de ville. J'achetais des costumes de clown et je faisais la manche. Parfois on me reconnaissait et j'entendais les gens murmurer « quelle déchéance » . Une fois je me suis réveillé chez Mickey, à Marne-la-Vallée, au lieu d'être à la gare de Montpellier.
- Speaker #0
Ça c'est vrai cette anecdote là ? Tout ça vous l'avez fait. Qu'est-ce qui vous a pris d'aller à Disneyland ?
- Speaker #1
Et bien ça c'est l'avantage de l'alcool et de la maladie. C'est un très beau mélange. C'est-à-dire qu'à un moment donné on fait des bouffées délirantes. Et j'étais en bouffée délirante aiguë, c'est-à-dire que j'étais incapable de savoir où j'allais, dans quel train je montais. Et il y avait deux trains qui étaient sur un quai. Et au lieu de rentrer dans le train de droite, je suis rentré dans le train de gauche. Il y en a un qui allait à Marne-la-Vallée et l'autre qui devait descendre à Montpellier.
- Speaker #0
D'accord. Et donc vous vous êtes retrouvé là-bas. D'habitude, je fais à la fin de l'émission les goûts littéraires, mais peut-être pour vous connaître mieux, je peux vous poser les conseils de lecture de Chicandier, parce que ça m'intéresse et ça permettra de mieux savoir qui vous êtes. Alors, un livre qui vous donne envie de pleurer ?
- Speaker #1
Eh bien, comme ma fille est en train de le lire, je suis en train de le relire aussi, le journal d'Anne Franck. là c'est vrai que ça...
- Speaker #0
Oui, alors parce que je précise que maintenant votre famille vous parle vous avez été un petit peu éloigné j'avais été un petit peu mis à l'écart et depuis que vous êtes un homme nouveau oui oui,
- Speaker #1
puis avec ma fille on a des rapports d'ailleurs elle, elle ne pleure pas du tout dans le journal d'Anne Franck, c'est là que je me rends compte que la littérature ça va être compliqué avec les nouveaux arrivants d'arriver à les poser, de les faire lire de les faire sans scroller sur un téléphone ils sont qui... Sans qu'il y ait un chinois qui découpe un ballon qui pleure, pour leur donner envie de pleurer.
- Speaker #0
Un livre pour arrêter de pleurer ?
- Speaker #1
Un livre pour arrêter de pleurer ? Alors oui, il y a un livre de Jean-Yann qui dit « Pour bientôt l'apocalypse » qui est magnifique. Où en fait c'est Jean-Yann qui imagine que tous les gens vivent dans leur voiture et sont dans un embouteillage géant, de leur naissance jusqu'à leur mort.
- Speaker #0
Ah oui, c'est une belle idée. Un livre pour crâner dans la rue.
- Speaker #1
Alors, si vous mettez, par exemple, Ainsi parlait Zara Soustra de Nietzsche, là, vous le mettez comme ça. C'est Lucchini qui a une très belle anecdote quand il était avec Romère. Parce que Lucchini lisait ça, avec la tête de Lucchini qu'on imagine, et Romère le lisait, mais en allemand.
- Speaker #0
Voilà, c'est ça. Bien sûr. Un livre qui rend intelligent.
- Speaker #1
Un livre qui rend intelligent ? Alors oui, La formule de Dieu de Dos Santos. C'est un écrivain portugais qui fait des romans, un peu comme Dan Brown. Et on apprend toujours énormément, c'est-à-dire que c'est très très très documenté. C'est de la littérature romanesque mais très documentée. Et là, on en apprend sur la physique, la métaphysique, la recherche, la théologie. C'est intéressant.
- Speaker #0
Un livre pour draguer ? Chicandier.
- Speaker #1
La mordure 3 ans. La mordure 3 ans.
- Speaker #0
Je ne suis pas sûr. Vous savez, parfois des femmes m'ont dit « Ah non, non, toi, jamais, pas question, tu as écrit La mordure 3 ans. »
- Speaker #1
Si, parce que moi je le prends et je dis « Je vais te prouver qu'il a tort ce con de Béguin. »
- Speaker #0
Un livre que je regrette d'avoir lu.
- Speaker #1
Un livre que je... Oui. Non, tous les livres de coaching.
- Speaker #0
Oui.
- Speaker #1
Je regrette déjà le livre de Léna Situation Je regrette
- Speaker #0
Ça n'a pas marché ?
- Speaker #1
Non, je regrette de savoir qu'il existe
- Speaker #0
Un livre que je fais semblant d'avoir fini
- Speaker #1
Évidemment Proust Comme tout le monde J'ai essayé, comme tout le monde C'est drôle en plus Quand on y va Mais c'est vrai que c'est long
- Speaker #0
C'est plus vers la fin que ça se complique. Jusqu'à Albertine disparue, ça va, mais après j'ai du mal. Un livre que j'aurais aimé écrire ?
- Speaker #1
Évidemment, Voyage au bout de la nuit. C'est l'enfer d'avoir autant de génie pour être autant un connard. Je suis allé voir au cinéma Des rayons et des ombres. Et à un moment donné, je ne sais pas si c'est vrai ou pas vrai, mais en tout cas, ils ont dû s'inspirer de véracité. Et on voit à quel point c'était un odieux salaud, vraiment. Oui,
- Speaker #0
il allait dans les soirées de l'ambassade du Troisième Reich à Rue de Lille et il provoquait les nazis. Il trouvait qu'ils n'allaient pas assez loin. Il ne faisait pas assez bien le travail. Il leur disait d'aller plus loin. Oui,
- Speaker #1
il leur disait vous n'êtes pas assez antisémite. Il trouvait qu'Hitler avait un nez de juif. C'est horrible. Donc en fait, on dit ce mec qui incarne tout le mal, comment il y a autant de génie en lui dans ce livre qui est une référence. C'est une bible pour les écrivains
- Speaker #0
Le pire livre que vous ayez jamais lu ?
- Speaker #1
Le pire livre que j'ai jamais lu ? Ah si ! Ma femme, on lui avait prêté par une de ses copines 51 degrés
- Speaker #0
Ah oui, c'est pas bien, j'ai pas lu.
- Speaker #1
Non, comme on dit aujourd'hui, pour vexer personne, je ne suis pas la cible.
- Speaker #0
Mais elle ne vous a pas demandé après de faire des petits jeux originaux ? Non,
- Speaker #1
ça n'a même pas eu cet effet-là. Non, il y avait le TRC, à l'époque j'avais du Ricard, tout allait bien.
- Speaker #0
Le livre que j'apprendrais par cœur si les livres étaient interdits et brûlés par la police ?
- Speaker #1
Voyage au bout de la nuit, ou c'est vrai, l'attrape-cœur de Salinger. Je trouve que l'attrape-cœur de Salinger, quand j'en parle justement à ma fille, je lui dis il faudrait que tu lises ce livre, déjà parce que c'est le meilleur moyen de devenir serial killer. Et après, en fait, il y a une immédiateté, il y a un rapport immédiat qu'on a entre ce personnage et nous, comme si on était un requin-marteau et qu'on évolue avec lui. Et c'est dingue en fait.
- Speaker #0
Et en plus, c'est un livre sur la maladie mentale. Il commence dans un asile psychiatrique et Holden Caulfield est soigné, peut-être pour bipolarité.
- Speaker #1
Je pense que même lui, c'est de la sociopathie. Il n'a aucune empathie pour personne.
- Speaker #0
Il savait d'ailleurs, à l'époque ça ne s'appelait pas comme ça, on disait cyclotimique.
- Speaker #1
Ah oui, bien sûr, ou sinon on disait, cyclotimique c'est bipolar light, et sinon on disait à l'époque...
- Speaker #0
Maniaco-dépressif.
- Speaker #1
Psycho-maniaco-dépressif.
- Speaker #0
Alors, question philosophique profonde. Pourquoi les gens les plus drôles se détestent autant ?
- Speaker #1
Parce que déjà se détester c'est... Aujourd'hui on arrive vraiment, là je pense que vous êtes d'accord avec moi, on arrive au sommet de la pyramide de l'horreur de l'homme. Et dans le sommet c'est l'amour de soi. Quand on commence à s'admirer et à s'aimer... Ah oui,
- Speaker #0
c'est là qu'on devient le plus dangereux, je suis d'accord.
- Speaker #1
Il est temps qu'on disparaisse de cette... Se détester, c'est une politesse. Le désespoir sur soi, se trouver moche, se trouver bête, se trouver vulgaire, se trouver tout ce qu'on veut, c'est plutôt pas mal. Parce que ça nécessite après derrière d'avoir de l'autodérision, du second degré. Et quand on accepte l'autodérision, le second degré, on peut peut-être être présentable devant une société. Si on arrive plein d'égo en disant...
- Speaker #0
Donald Trump.
- Speaker #1
Voilà. où aujourd'hui les... On va dire les masculinistes qui vont dans la salle de sport et qui ont des réponses sur tout. C'est-à-dire que vous posez une question, ils ont la réponse. Il y a un problème, solution.
- Speaker #0
Mais c'est bien que vous critiquiez les masculinistes parce que parfois on peut vous associer à eux parce que vous symbolisez à une époque la bonne bouffe.
- Speaker #1
Je suis l'inverse, je suis une petite chose, fragile, urbaine. Moi, ma mère, elle fumait des clopes en regardant les films de Woody Allen en chialant. Je ne sais pas me battre. J'ai jamais fait un gramme de sport, j'ai jamais foutu les pieds dans une salle de sport, je me suis inscrit, je me suis fait baiser la gueule comme tout le monde et j'ai jamais résilé l'abonnement. Et donc non, se détester, ne pas avoir confiance en soi, c'est bien.
- Speaker #0
Oui, c'est bien, mais à un moment, pour aller mieux, vous avez quand même fini par vous aimer un petit peu ou vous accepter. Oui,
- Speaker #1
bien sûr.
- Speaker #0
Vous avez fait une thérapie ?
- Speaker #1
Oui, je suis en cours, toujours. En fait, il y a une différence entre... Avoir la politesse du désespoir et avoir une énorme dépression qui vous tue et tue votre entourage. Donc il faut juste être suffisamment conscient de soi pour ne pas être dans le truc délirant et puis être un peu bien quand même pour pouvoir profiter de votre vie de famille, de vos enfants, de vos amis.
- Speaker #0
Est-il exact, Chicandier, que vous avez été évacué d'un train rempli de voyageurs par les pompiers ? Racontez cette histoire.
- Speaker #1
Alors, ce matin-là, nous devions m'annoncer si j'avais ou pas un cancer du foie. Et c'était par un de mes meilleurs potes qui est à Lyon. Et je prends le train depuis Paris et je prends une bouteille de vodka de sécurité que je vais acheter au petit Monoprix de la rue de Lyon.
- Speaker #0
Je ne pense pas que le médecin vous avait fait une ordonnance pour ça.
- Speaker #1
Je n'étais pas dans l'ordonnance. J'avais pris des mes aises.
- Speaker #0
D'accord.
- Speaker #1
Et je rentre dans... Et je me suis tapé trois quarts d'une bouteille de vodka dans les toilettes du train. Et après, je ne me souviens plus de rien. Et vu que j'ai continué après Lyon, parce que je devais m'arrêter à Lyon, où j'avais un de mes meilleurs amis qui m'attendait, parce que ma femme se doutait un peu du coup. Elle voyait que je n'étais quand même pas dans mon état normal. Et je me suis retrouvé aux urgences psychiatriques à Avignon. La mecque des stand-uppers.
- Speaker #0
En ne vous souvenant de rien. Rien. Autre question, êtes-vous réellement tombé d'un mur de 5 mètres dans les égouts de Figueras ?
- Speaker #1
Vrai de vrai.
- Speaker #0
Comment avez-vous fait ?
- Speaker #1
Je suis tombé d'un mur de 5 mètres parce que j'étais évidemment bourré comme d'habitude et j'ai perdu l'équilibre. Et après, mes jambes ne fonctionnaient plus donc j'ai rampé jusqu'à Figueras. Ça a duré 4-5 heures, je ne sais plus. Et j'avais la tête en sang, je ne pouvais plus bouger. Quelqu'un m'a reconnu. Et il m'a emmené aux urgences à Perpignan. Et personne ne m'a pris à Perpignan, je me suis barré. Et là, j'ai supplié les hôtels de me prendre, mais ils ne me prenaient pas un clochard forcément. J'étais en tête en sang, je marchais, je faisais 2 cm par 2 cm. Et à un moment donné, j'ai supplié de me googliser, c'est horrible. Et j'ai dit « googlisez-moi » .
- Speaker #0
Je suis connu.
- Speaker #1
Voilà, je suis connu. Et là, ils ont dit « vous avez joué dans Astérix ? »
- Speaker #0
Et là,
- Speaker #1
vous avez pu avoir une chambre d'hôtel. J'ai fait oui, j'ai pu avoir. Donc merci Guillaume Canet.
- Speaker #0
Et donc c'est à cette époque-là que vous commencez à être brouillé avec votre famille ?
- Speaker #1
Non, j'avais déjà bien amorcé la pompe. Notre famille était déjà déraisonnable. C'était le troisième mari de ma mère qui voulait nous mettre avec mon frère un contrat sur notre tronche.
- Speaker #0
Ah oui, d'accord.
- Speaker #1
Donc on n'était pas dans des méga rapports, déjà.
- Speaker #0
Non, je vous le confirme. Quand votre beau-père veut vous tuer, vous n'avez pas aimé votre enfance, vous le dites dans le livre.
- Speaker #1
Je l'ai bien aimé jusqu'à mes 14-15 ans. Après, ça a été plus compliqué.
- Speaker #0
Vous êtes pessimiste en amour ? Et cependant, excusez-moi, mais vous êtes un miraculé du mariage. Votre famille tient toujours après toutes ces, comment on peut dire, turpitudes ?
- Speaker #1
Je pense que ma femme est plus tarée que moi, c'est surtout ça. Moi, je suis le normal du groupe. C'est qu'elle, elle a, ce que je dis, elle a un syndrome d'infirmière. Un truc où, elle, elle m'a dit un jour, elle m'a dit, peut-être que mon truc sur cette terre, c'était de m'occuper d'un chien cassé comme toi.
- Speaker #0
C'est magnifique, c'est incroyable la chance que vous avez. Alors, ce sont comme je l'ai dit des mémoires lyriques avec un style de délire verbal, argotique. Mais comment ça a été écrit ? C'est ce que je voulais savoir. Parce que vous étiez en cure de désintox quand vous avez commencé le livre. Donc là, vous avez un papier, un crayon, vous êtes en manque d'alcool, de défonce, de tout.
- Speaker #1
Alors, bizarrement, moi, je n'ai jamais eu une notion de manque. Vous n'avez pas vu des petits animaux,
- Speaker #0
des lézards ?
- Speaker #1
Je n'ai pas eu le délai homme très mince, comme on dit. Mais j'aurais pu. Je n'ai pas eu de tremblements. Et je n'avais pas de cachet spécifique pour l'arrêt d'alcool. Non, ils m'ont mis sous lithium. Non, j'aime bien, moi, écrire avec le petit carnet des colliers.
- Speaker #0
Oui, mais ce qui est marrant, c'est que votre écriture, elle a l'air bourrée.
- Speaker #1
Oui.
- Speaker #0
C'est-à-dire que vous avez écrit sobre. un récit ivre mort.
- Speaker #1
Oui, parce que quand même, j'ai repris mes notes après, en fait, quand Michel Laffont, j'ai fait mon dossier, vous savez ça par cœur, quand vous faites un dossier littéraire, pour savoir si on va vous prendre le livre, moi, ça m'a sauvé la vie, parce qu'en fait, je suis sorti, j'avais un projet, et un projet, ça sauve. Il y a le projet familial et puis le projet professionnel. Donc moi, ça m'a sauvé. Donc après, quand on m'a dit, on le prend, j'ai dit, bon, là, maintenant, il faut que... Je recoupe toutes mes idées, etc. Et là, j'ai jeté pratiquement 80% de ce que j'avais écrit. Ce n'était pas lisible. Là, pour le coup, on aurait vraiment dit un sociopathe bourré. Sous lithium. Sous lithium. Et ça, ce que vous avez lu, c'est puré et condensé. Mais effectivement, c'est une littérature éclatée.
- Speaker #0
Oui, ça reste assez torrentiel comme style. Alors parlons un peu de notre dernière rencontre, c'était donc à Biarritz. On a parlé dans un petit teaser qui a été diffusé hier mais enfin...
- Speaker #1
Alors je fais juste avant que vous parliez de ça, il y a un truc qui m'avait fait rire, c'est que moi j'avais lu, le premier truc que j'ai lu de vous c'était j'ai essayé l'ecstasy pour vous dans Globe et Bidoux.
- Speaker #0
Oui qui était repris dans les nouvelles sous-ecstasy.
- Speaker #1
Et qui après était repris dans les nouvelles sous-ecstasy. Et moi, je vous suivais, etc. Et à un moment donné, quand j'ai fait l'émission, j'ai dit, je veux Frédéric Becbélé. Moi, c'était Frédéric Becbélé, c'était mon idole. Et donc, je veux Frédéric Becbélé. Je n'arrivais pas à vous avoir. Et donc, j'ai publié sur Instagram, où vous n'étiez pas, vous n'étiez pas sur les réseaux sociaux, et j'ai publié, prochaine invitée de mon émission, Frédéric Becbélé. Donc là, j'avais eu une de vos, celle qui travaille avec vous, qui m'avait appelé en hurlant. En disant, qu'est-ce que vous avez fait, etc. Je dis mais c'est pas grave, c'est les réseaux sociaux, il suffit que je dise demain, bah non je me suis trompé, ou qu'importe. Je dis mais il le fait ou pas ? Bah oui du coup il le fait. Donc j'ai fait une Frédéric Becbéné à Frédéric Becbéné.
- Speaker #0
Ah parfait ! Non mais alors, donc on a fait cette émission, il faut raconter ce que c'était. C'est une émission où vous me posiez des questions sur la littérature. Si je répondais bien, vous buviez un cocktail entier, cul sec. Et si je répondais mal, c'était moi qui buvais un cocktail entier. On en a bu combien ?
- Speaker #1
On a bu chacun 5 ou 6 cocktails. Et comme c'était mon copain qui tenait les baigneuses à l'époque, à Biarritz, il avait jugé bon de multiplier les doses par deux. Donc grosso modo, on a bu une bouteille de vodka chacun en 15 minutes.
- Speaker #0
Voilà. Et je ne me souviens pas du tout de cette émission. Et vous ?
- Speaker #1
Ah non, pas. Après, je ne me souviens... De rien.
- Speaker #0
De rien. Je crois qu'on est allé dans un autre restaurant.
- Speaker #1
Oui.
- Speaker #0
Ok.
- Speaker #1
Pas de souvenirs. Et on avait été obligés de finir. Parce que ce que vous racontez pas, c'est qu'on avait fini après à Paris, pour finir l'émission, parce qu'il nous manquait tout un pan d'interviews. Oui,
- Speaker #0
c'est vrai.
- Speaker #1
Et on était allés chez vous et votre frère, et nous avions rebut de la vodka. Et le soir j'ai joué, je ne m'en souviens pas.
- Speaker #0
Non plus. Donc en fait,
- Speaker #1
il ne faut pas trop qu'on se voit.
- Speaker #0
Non, c'est ça, il ne faut pas qu'on se voit. La conclusion. C'est la première fois qu'on se voit en étant sobres tous les deux.
- Speaker #1
Alors on avait fait un déjeuner chez Lippe.
- Speaker #0
Mais on avait bu du vin.
- Speaker #1
Oui, vous aviez bu du vin.
- Speaker #0
Oui.
- Speaker #1
Effectivement.
- Speaker #0
Bon, ce n'est pas passionnant pour vous, mais si, c'est intéressant. Parce que ça prouve qu'on peut tout à fait vivre sans alcool et dialoguer de manière courtoise. J'espère qu'on n'est pas trop ennuyeux.
- Speaker #1
Non, je pense même qu'il y a un truc quand on arrête un moment. Au début, c'est compliqué. Au début, il y a une sorte de truc de dépression où tout son corps réclame un produit. Et son cerveau d'être... Et quand on arrive à se reconnecter, je pense qu'on arrive à se reconnecter comme quand on a 12-13 ans. Et qu'on part au ski. Et qu'on est un peu excité de se voir. Et qu'on est content.
- Speaker #0
Alors, il y a un petit jeu dans cette émission, devine tes citations, évidemment comme vous n'avez qu'un livre, le jeu c'est de deviner si la phrase est bien dans Acro de Chicandier. Ça n'a donc aucun intérêt ce jeu. Alors, dans quel livre avez-vous écrit ? Vous connaissez la différence entre un communiste et un capitaliste ? Un communiste c'est quelqu'un qui a lu Karl Marx, un capitaliste c'est quelqu'un qui a compris Karl Marx.
- Speaker #1
C'est moi.
- Speaker #0
Et bien c'est bien dans Acro.
- Speaker #1
et c'est tiré d'un film de Hortmund.
- Speaker #0
Et alors, est-ce que vous êtes communiste ou capitaliste ?
- Speaker #1
Qui s'appelle sans filtre, d'ailleurs.
- Speaker #0
Ah oui, Palme d'Or à Cannes.
- Speaker #1
Excusez-moi.
- Speaker #0
Êtes-vous communiste ou capitaliste ? Vous avez travaillé pour le grand capital.
- Speaker #1
Est-ce que je peux répondre ni l'un ni l'autre ? Dans cette polarisation du monde inquiétante, j'adore les nuances de Grieg. Donc, je ne suis pas du tout ultra-capitaliste et je ne suis pas communiste non plus. M. Flotte.
- Speaker #0
Autre phrase. J'ai croisé mes collègues humoristes qui résonnaient comme des comptables. Alors c'est bien de non accro. Qu'est-ce que vous voulez dire par là ? C'est que vous avez l'impression qu'il y a beaucoup d'humoristes qui gèrent leur petit capital, qui se comportent un peu de manière un peu trop raisonnable.
- Speaker #1
Et c'est complètement ça. C'est-à-dire que si vous voulez travailler dans ce métier, vous commencez à avoir des contrats avec France Télé, avec Canal+, avec TF1, etc. Donc à un moment donné, vous savez ce que vous pouvez dire, pas dire, avec qui vous avez le droit de vous afficher, pas vous afficher, les sujets sur lesquels vous devez y aller, vous devez pas y aller. Et donc oui, ils résonnent comme des comptables. Quand vous baladez toujours avec votre attaché de presse, qui vous dit ce qu'il faut dire, ce qu'il ne faut pas dire, avec qui vous devez... Oui, ça s'appelle de la comptabilité, ça perd sa spontanéité.
- Speaker #0
C'est des gens qui se présentent comme des rebelles, et qui en réalité sont quoi ? Ce sont des fonctionnaires du rire.
- Speaker #1
Un peu, parce que moi j'en ai vu en festival, se présentant comme des rebelles, mais demandant un hôtel 4 étoiles, étant toujours... toujours avec quelqu'un en train de dire alors là il faut faire quoi, là tu t'oublieras pas tu fais telle émission, tel truc tu vas rencontrer un tel, tu vas rencontrer peut-être pour le cinéma alors là il faut faire très attention parce que lui il adore ça
- Speaker #0
Et vous vous êtes bien grillé avec la profession ? Bien,
- Speaker #1
bien, bien,
- Speaker #0
je suis arrivé à bien me griller partout Vous avez fait des rendez-vous dans des... Oui, délirant aussi C'est dommage parce que vous étiez sur une pente ascendante à un moment
- Speaker #1
Eh ouais mais j'aime bien moi la théorie du pire Le sabordage Ouais.
- Speaker #0
je trouve que c'est plus esthétique mais là dans l'avenir vous avez ce livre mais qu'est-ce que vous allez proposer est-ce que vous allez remonter sur scène alors on continue un spectacle avec Matou qui s'appelle Interdit au public donc on continue le sabordage de tout le temps
- Speaker #1
Wookiee s'abstenir et après je n'en sais rien Frédéric parce que d'être dans Astérix c'était quand même une consécration consécration je ne sais pas en tout cas c'était marrant de voir cette machinerie mais ce qui était drôle surtout c'était de voir et j'en parle un peu C'était de voir qu'il y avait des stars, des grandes stars. Mais en fait, c'est classifié. Une fois, après Astérix, il y a eu une soirée au Grand Rex. Et là, j'ai découvert. Vous savez, c'est comme dans... Il y avait un film avec Ben Stiller où il faisait ça. Où il y a des soirées VIP, mais il y a le VIP du VIP. Et le VIP dans le VIP du VIP. Vous,
- Speaker #0
vous n'étiez pas star. Vous étiez parmi les influenceurs. Parmi les youtubeurs.
- Speaker #1
Voilà. Donc, nous, on était avec les youtubeurs. vraiment à côté, on se touchait du doigt avec les techniciens. Et après, petit à petit, il y avait les stars. Et à la fin de fin de fin, le dernier niveau, il y avait Ibrahimović tout seul.
- Speaker #0
Est-ce qu'on peut être comique et sobre ?
- Speaker #1
Bien sûr. En fait, même, on n'est plus drôle quand on est sobre, quand on est comique. Après, bien sûr, il y a une...
- Speaker #0
Là, par exemple, vous jouez sur scène sobre, vous sentez... Que vous êtes meilleur que quand vous étiez bourré ?
- Speaker #1
Oui, bien meilleur. Parce que quand vous êtes bourré, vous croyez que vous êtes bon, mais vous n'êtes pas aware, comme dirait Vandal. Vous n'avez pas les bonnes intentions de jeu, vous n'êtes pas assez technique, et vous ne captez pas les intentions du public. En revanche, ce qu'on peut regretter, c'est à un moment donné l'ivresse. Mais l'ivresse avec des amis, c'est-à-dire à un moment donné, on se laisse emporter, et on dit qu'on ne contrôle plus rien. Ça, malheureusement, sauf si avec Liberati, Quand il aurait ses 75 ans, je l'appellerais et là on dira on y retourne.
- Speaker #0
Oui parce que Simon Liberati m'a dit qu'il peut-être il reboirait à 75 ans, c'est dans longtemps. Est-ce que vous diriez que vous avez été sauvé par votre fille ?
- Speaker #1
Complètement, complètement. Ma fille m'a sauvé parce que ma fille c'est déjà, je pense qu'elle a pris beaucoup beaucoup de moi, donc je la surveille un peu comme du lait sur le feu et j'espère que... de toutes les dérives de son papa, elle se dira peut-être qu'il ne faut pas aller jusque-là. J'ai dit si ça a pu servir à ça. Oui, oui.
- Speaker #0
En général, les enfants veulent être l'inverse de leurs parents.
- Speaker #1
Mais on ne sait jamais. Ça peut être l'inverse. Elle est déjà très attirée par la lumière, très attirée par les fastes. Elle veut faire rire tout le monde, etc. Donc, je la surveille.
- Speaker #0
Ça, c'est bien. Non, mais ça, c'est bien. Je pensais à Nicolas Demorand, parce que Nicolas Demorand a publié un livre qui est comme le vôtre, sur le même sujet, La bipolarité.
- Speaker #1
Tout à fait. Intérieur nuit.
- Speaker #0
Intérieur Nuit, qui était un grand succès. Il a été salué. Moi-même, j'ai écrit un article très élogieux. Et Nicolas, on ne l'a plus revu depuis. Il est toujours soigné. Je ne crois pas que ça aille très bien. Est-ce que vous n'avez pas peur que se produise la même chose ? C'est-à-dire que vous faites un livre sur un sujet qui est quand même douloureux et difficile. C'est très courageux. Bravo. Le livre est réussi. Mais est-ce que vous n'êtes pas inquiet que ça puisse remuer des choses ? Je ne sais pas.
- Speaker #1
Déjà j'attends d'avoir le même succès pour plonger, c'est d'humour. Et non, en fait lui il a une bipolarité de type 2, là où moi j'ai une bipolarité de type 1. Grosso modo la bipolarité de type 2, ça veut dire qu'il a un état dépressif très très très très fort, là où moi j'ai plutôt un état maniaque. Voilà. Et donc moi j'ai très peu d'état dépressif, plus d'état maniaque. Lui il a très peu d'état maniaque et gros état dépressif. Et c'est horrible parce que quand vous êtes comme ça...
- Speaker #0
Pendant des années il a réussi à assurer la plus grande matinale de France sans... C'était peut-être difficile pour lui mais il y arrivait.
- Speaker #1
Quand vous êtes à ce niveau-là vous pouvez même pas vous lever pour aller au frigo, pour chercher... Tout devient... Aller aux toilettes ça devient un calvaire. Donc c'est horrible ce qu'il vit. C'est horrible.
- Speaker #0
C'est terrible parce que tout le monde a salué ce livre et a...
- Speaker #1
Il était super son livret.
- Speaker #0
Il était partout en train d'expliquer que ce n'était pas grave, que c'était une maladie qui se soignait.
- Speaker #1
Quand vous êtes stabilisé, c'est génial. Et quand vous n'êtes plus stabilisé, c'est que de la chimie. Et quand vous n'êtes plus stabilisé, c'est l'enfer. C'est une dépression qui vous arrache tout et vous ne pouvez plus rien faire. Je vous souhaite de guérir.
- Speaker #0
On prend une pensée pour Nicolas Demorand. Est-ce que vous avez prévenu votre famille que vous écriviez ce livre ? Est-ce que vous leur avez fait lire ? Je ne parle pas de votre épouse et votre fille, mais de vos parents, votre frère.
- Speaker #1
Disons qu'on ne se parle pas, donc je ne sais pas s'ils vont le lire ou pas. J'imagine qu'en tout cas, il y a de bonnes âmes pour leur dire ce qu'il y a un peu dedans. J'avoue que je m'en moque un peu.
- Speaker #0
Vous avez vraiment coupé les ponts.
- Speaker #1
Oui, je m'en moque un peu. S'ils le prennent bien, ils le prennent bien. S'ils le prennent mal, ils le prennent mal. S'ils ne le lisent pas, ils ne le lisent pas. Tout ça n'est pas très grave pour moi.
- Speaker #0
Vous ne pensez pas que ça serait, je ne sais pas, psychanalytiquement ? Une réconciliation, je sais pas. Non, au contraire, non, non. Ça me regarde pas, d'ailleurs, pourquoi je demande ça ?
- Speaker #1
Non, mais j'adore la phrase de Desproges, moi, c'est de la... j'adore la haine ordinaire. Elle me maintient.
- Speaker #0
Vous avez créé une nouvelle famille.
- Speaker #1
Exactement.
- Speaker #0
Alors, vous citez Renaud, qui a une phrase très importante. Un verre, c'est trop, et douze, c'est pas assez.
- Speaker #1
C'est douze, pas assez. C'est tellement ça, les alcooliques le savent, c'est tellement ça. Quand les gens vous disent, mais tu peux bien reboire un peu, on dit mais si on rebuvait un peu, on ne serait pas alcoolique. Le vrai alcoolique, je parle du vrai, encore une fois, il y a plein de gens qui disent, oui mais moi aussi, t'entends, non, non, non, le vrai alcoolique, il sait qu'il est alcoolique. Le vrai, j'entends.
- Speaker #0
Mais qu'est-ce qui se passe ? Je veux dire, moi ça m'est quand même arrivé de reprendre un verre de vin rouge et c'est tout. Je ne bascule pas dans la folie.
- Speaker #1
Parce que vous n'avez pas ce truc-là avec l'alcool. Moi, j'ai mon pote Matou. Il peut boire deux verres de vin et ça lui suffit. Donc, il n'est pas alcoolique. Et j'ai des potes, ils sont vraiment alcooliques. Ils boivent un verre de vin, ils terminent quatre bouteilles.
- Speaker #0
C'est ça. Et ça, c'est ce qui vous pend au nez ? Vous dites que vous finirez sur une île thaïlandaise.
- Speaker #1
À Comac.
- Speaker #0
C'est ça votre plan ? Partir un moment dans un pécho ?
- Speaker #1
Je suis assez d'accord avec votre théorie dans 99 ans. C'est-à-dire que je pense que... Toute humanité doit se terminer avec les noix à l'air sur une île, seule. Seule,
- Speaker #0
je ne sais pas, mais avec les gens qu'on aime aussi.
- Speaker #1
Oui, mais la solitude fait partie de l'évolution. Et il y a une île à Comac où vous pouvez, avec des moines bouddhistes, tout de suite vous êtes moine, vous arrivez là-bas, tout de suite, il n'y a pas d'examen. Donc on vous met une toge orange, vous êtes moine, on vous nourrit, donc vous pouvez être gradubile, etc. Et l'après-midi, vous passez en voiture et de golf, et vous discutez avec les locaux. Surtout au milieu d'une île paradisiaque.
- Speaker #0
On y va tout de suite.
- Speaker #1
Moi,
- Speaker #0
je veux ça. Vous avez remplacé la bière par le ginger beer. Moi, c'était remplacer le pisco sour par le virgin mojito.
- Speaker #1
Oui, bien sûr.
- Speaker #0
Vous connaissez le virgin mojito ? Bien sûr. C'est très bien, en fait. Franchement, un virgin mojito, j'ai même presque l'impression d'être ivre.
- Speaker #1
C'est vrai.
- Speaker #0
Alors qu'il n'y a que du Perrier.
- Speaker #1
Il y a le gin tonic avec du gin sans alcool aussi. Oui. Notre conversation est horrible.
- Speaker #0
Si on avait su qu'on dirait ça un jour. Est-ce que, pour les gens qui boivent, qui nous regardent, qui sont très nombreux, est-ce qu'on sent rapidement les effets de l'absence d'alcool ? Et quels sont-ils ?
- Speaker #1
Alors, mon premier effet que j'ai trouvé magnifique, c'est le sommeil, déjà. On recouvre un peu de sommeil.
- Speaker #0
Parce que, quand on est ivre, on s'endort facilement.
- Speaker #1
Oui, mais on se réveille tout aussi facilement. On se réveille à 3-4 heures du matin avec une insomnie. Donc, le sommeil, quand même. On se régule le sommeil. Et le truc, c'est que moi, comme avec forcément la bipolarité, des phases maniaques, etc., le téléphone est mon ennemi. Donc, les 35 textos envoyés à la même personne à 2h30 du matin, qui commencent par « je t'aime » et qui terminent par « connard » , voilà, ça, c'est fini aussi.
- Speaker #0
Moi, je trouve qu'il y a d'autres effets. Déjà, on découvre les matins.
- Speaker #1
Oui.
- Speaker #0
Parce qu'avant, moi, je me réveillais très tard. Là, je suis très heureux tous les matins. Je n'ai pas la gueule de bois. Et j'ai retrouvé la mémoire aussi. Parce que là, on se parle d'histoire et à chaque fois, c'est j'ai tout oublié. J'ai eu un blackout. Alors, j'étais dans un train. Après, j'étais à Avignon. En fait, c'est vrai. Et de se souvenir de ce qu'on fait.
- Speaker #1
On recouvre le temps.
- Speaker #0
Oui.
- Speaker #1
On recouvre. Le temps dilaté à la René Char.
- Speaker #0
Et puis surtout, ce qu'il faut dire, c'est qu'il n'y a pas que la drogue qui donne des descentes, l'alcool aussi. On a des bads.
- Speaker #1
Bien sûr.
- Speaker #0
Et ça c'est terrible, les moments, surtout alors pour vous ça devait être quelque chose d'infiniment infernal.
- Speaker #1
Puis là, moi la honte, c'est-à-dire que je buvais seul, parce que j'avais honte, ma femme elle me surveillait forcément, elle planquait tout, le vin, elle comptait les bouteilles, elle comptait les... Donc j'allais... J'ai toujours un prétexte pour aller au supermarché. Moi j'allais chercher le pain 17 fois dans la matinée.
- Speaker #0
Donc je suis moins nomade. Bon alors quand même, vous ne trouvez pas que les anciens addicts qui donnent des leçons de morale nous gonflent ?
- Speaker #1
Si.
- Speaker #0
Alors on vient de faire ça pendant une heure. Non,
- Speaker #1
non, non, justement, je ne fais aucun prosélytisme. Moi je dis aux gens, tous mes potes ils boivent autour de moi, je dis continuez à boire. Entre guillemets, je ne suis personne pour vous dire ce que vous devez faire. Il y a même des gens qui viennent vers moi en disant « je vais arrêter de boire la taille » . Je dis « je ne suis ni médecin, ni quoi que ce soit » . Non, non, chacun, il y a des gens, ils vont continuer à boire jusqu'à la fin de leur jour et tant mieux pour eux.
- Speaker #0
Mais comment vous faites si vous dînez avec des copains qui boivent devant vous ? Moi, c'est mon problème.
- Speaker #1
Moi, je n'ai aucun problème avec ça. J'ai problème quand ils se mettent à avoir bu deux bouteilles. C'est-à-dire que jusqu'à 11h du soir, minuit, tout va bien. Quand à minuit et demi, ils se répètent, ils hurlent et ils redisent les mêmes choses en moins bien. En rajoutant des détails inutiles et avec des trucs un peu mythomanes, là généralement, c'est là que je salue la compagnie.
- Speaker #0
D'ailleurs, il ne faut pas dire au revoir.
- Speaker #1
Non, jamais. Ils ne se souviennent pas. On casse les soirées. Ils ne se souviennent pas. Les gens ne se souviennent pas. Et puis même au bout de deux verres, ils ne savent même plus que vous ne buviez pas. Le lendemain, il vous appelle et il dit « qu'est-ce qu'on s'est mis hier ? » Oui.
- Speaker #0
Alors, j'ai le questionnaire. Le questionnaire de Big BD, c'est un... Un questionnaire que j'ai mis au point avec aucune IA. Pourquoi un jeune devrait-il lire votre livre au lieu de scroller sur TikTok ? Surtout pour vous qui êtes issus des réseaux sociaux.
- Speaker #1
Alors pourquoi il devrait lire mon livre, je ne sais pas, un livre ou des livres ? C'est pour réapprendre le temps long, pour réapprendre le principe de la lecture. On croit qu'on perd du temps, on en gagne. On en gagne sur... On fiche beaucoup plus de choses dans le cerveau, on apprend l'imaginaire, on apprend... Donc c'est... hyper important de lire et de lâcher le téléphone au moins pour lire autre chose que des influenceuses.
- Speaker #0
Est-ce que vous régulez un peu le scrollage de votre fille ?
- Speaker #1
On essaye. Elle a un temps d'écran comme tous les gamins, mais c'est compliqué. Ils veulent que ça. Il y a que ça qui les amuse, qui les intéresse.
- Speaker #0
Que savez-vous faire que ne sait pas faire ChatGPT ?
- Speaker #1
La cuisine. Je cuisine très bien.
- Speaker #0
Par exemple ?
- Speaker #1
Tout ce que vous voulez, mais je fais par exemple un bœuf brignon, une blanquette de veau, un couscous, je fais un excellent couscous au mouton.
- Speaker #0
Ah oui, ça c'est bien ça. Vous n'avez jamais eu peur en l'écrivant que votre livre ne serve à rien ?
- Speaker #1
Si, mais mon livre ne sert à rien, comme la plupart des livres, mais il m'a servi à moi déjà, il a servi à une personne, c'est pas mal.
- Speaker #0
Pensez-vous qu'un écrivain doit être gentil ?
- Speaker #1
Non. De la connerie, certainement pas. Je ne sais pas pourquoi, mais je crois que les gens ne doivent pas être gentils. On doit être gentil avec sa famille dans la vie, etc. Mais artistiquement parlant, on se doit d'être un peu corrosif.
- Speaker #0
Je suis entièrement d'accord, mais aujourd'hui, quand vous faites des livres un peu provoques, on vous fait la leçon de morale en permanence.
- Speaker #1
Jean Dujardin a dit un truc très vrai sur, justement, à propos de son rôle dans Des rayons et des ombres. Il a dit, mais il faut arrêter que les comédiens, ils n'ont pas à être gentils. Ils ont à jouer des rôles, et les rôles ça peut être méchant, ça peut être avec des parts d'ombre, on peut jouer demain un serial killer, un mec qui a tué sa femme.
- Speaker #0
N'oublions pas que Jean Dujardin, même s'il a le même prénom, n'est pas Jean Luchère.
- Speaker #1
Oui exactement, mais ça devient un peu compliqué dans la tête des producteurs et dans la tête des acteurs.
- Speaker #0
Donc avez-vous déjà écrit en état d'ivresse ? Non,
- Speaker #1
pas celui-là en tout cas. Par contre j'ai déjà beaucoup écrit en état d'ivresse. Les grands pavés.
- Speaker #0
Les vidéos.
- Speaker #1
Pas trop parce que j'étais très vite mauvais.
- Speaker #0
Et les spectacles ?
- Speaker #1
Si tant est que j'ai été bon quand j'étais sauvant.
- Speaker #0
Les spectacles, non ?
- Speaker #1
Écrire, non. Jamais en état d'ivresse. Jouer en état d'ivresse.
- Speaker #0
Fantasmez-vous sur J.D. Salinger qui n'a jamais donné d'interview de sa vie ?
- Speaker #1
Oui. Alors là, c'est la classe ultime. J'avais regardé votre documentaire magnifique sur la recherche de Salinger. Et en fait, je m'étais inspiré pour faire la recherche de Renaud. Ah oui ?
- Speaker #0
Oui. C'est bien. Et alors, vous l'aviez trouvé à la fin ? Non,
- Speaker #1
mais en fait, c'était une connerie. Parce que je disais à la fin, je ne savais même plus s'il était... Son état végétatif, je ne le trouvais pas. Je disais, il faut lui trouver du Ricard et on termine. On l'achève, il passe demain chez Drucker.
- Speaker #0
Quel est votre chef-d'oeuvre ? C'est accro. Oui. Êtes-vous un ouin-ouin ?
- Speaker #1
Je l'ai été beaucoup plus. Je le suis un peu moins. Je le suis un peu moins. Là,
- Speaker #0
ce n'est pas plaintif, mais par moment... C'est douloureux.
- Speaker #1
Oui, oui.
- Speaker #0
C'est même déchirant, ce livre.
- Speaker #1
Il y a des moments où...
- Speaker #0
Le moment où votre femme et votre fille ne veulent plus vous parler.
- Speaker #1
Oui, oui, oui. Disons que c'est comme dans un film, on aime bien avoir des passages à un moment donné déchirants pour mieux avoir des retrouvailles.
- Speaker #0
Est-ce que vous avez menti dans cette interview et dans le livre ?
- Speaker #1
Je mentirai toute ma vie.
- Speaker #0
C'est honnête. C'est honnête de dire comment. Quel est le meilleur écrivain français vivant ?
- Speaker #1
Welbeck.
- Speaker #0
J'ai eu beaucoup de chance de le recevoir il y a quelques semaines. Et il était très bon. Si vous étiez très riche, cesseriez-vous de faire le con ?
- Speaker #1
Non, je ne cesserais pas de faire le con. Je ne serais jamais très riche.
- Speaker #0
Imaginez que vous ayez tout d'un coup une fortune immense. Est-ce que vous replongeriez dans l'alcool et la drogue ?
- Speaker #1
Non, non, non, surtout pas, Non, non, si je profiterais, je profiterais, je crois que je ne ferais rien. À la Marielle, je traînerais.
- Speaker #0
Ou à la Sagan, c'est-à-dire qu'elle donnait beaucoup à ses amis. Oui, oui, certainement, certainement.
- Speaker #1
Je m'achèterais beaucoup d'amitié. Je m'achèterais des gens que j'aime bien.
- Speaker #0
Non, mais il y a tellement de gens qu'on rencontre qui ont besoin d'argent, il faut le donner.
- Speaker #1
Oui, puis il y en a, j'aimerais bien les humilier par l'argent.
- Speaker #0
la phrase dont vous êtes le plus fier de votre vie ?
- Speaker #1
On est dans une couche pleine de merde, on meurt dans une couche pleine de merde, et entre les deux, on se parfume.
- Speaker #0
Ah, c'est pas mal !
- Speaker #1
Coco Chanel, par Chicandie.
- Speaker #0
On n'est pas des Allemands et bien aussi.
- Speaker #1
J'aime bien, parce que, moi, il y avait une détestation de la menace, parce que mon grand-père était en camp de concentration, donc il y avait une détestation, il faisait 36 kilos, une détestation des Allemands. Et j'avais bien aimé un truc, c'était que dans l'instruction civique, à un moment donné, il y avait Mitterrand et Helmut Kohl qui se donnaient la main devant la porte de Van Boor. Oui, bien sûr,
- Speaker #0
84 je crois.
- Speaker #1
Exactement, et c'était pour dire, écoutez, arrêtez de détester les Allemands, on doit construire l'Europe ensemble, donc dites pas qu'ils sont tous cons et c'est pas de leur faute. Et bien c'est pas mal, c'est mieux, si on reporte aujourd'hui, c'est pas mal de se dire qu'on regarde vers l'avenir et non pas qu'on prend tous les drames du passé.
- Speaker #0
Bien sûr, mais moi j'avais compris autre chose, on n'est pas des Allemands. C'est-à-dire qu'on est un peuple incontrôlable, bordélique, on n'est pas discipliné, on prend trois heures pour déjeuner. C'est comme ça et ça ne changera jamais.
- Speaker #1
Oui, c'est même en filigrane. C'était les Allemands, ils font du sport, ils connaissent le prénom des enfants, ils connaissent leur goût. Moi, je dis nos parents.
- Speaker #0
Ils ont tellement à se faire pardonner qu'ils sont toujours aimables. Mais exactement.
- Speaker #1
Trop, Trop, trop, trop, trop poli pour être honnête.
- Speaker #0
Très gentil, très baba cool.
- Speaker #1
C'est vrai.
- Speaker #0
Quel est votre âge mental ?
- Speaker #1
Ma fille m'a dit 12 ans parce qu'elle m'a dit je viens de te dépasser.
- Speaker #0
Ah c'est très joli, c'est un très beau mot de la fin. Merci infiniment Laurent Chicandier, je peux choisir ce prénom là. Bon ok, merci Laurent. Et donc je vous conseille à tous de lire Accro de Laurent Chicandier chez Michel Laffont. Et n'oubliez pas, lisez des livres, sinon vous finirez idiots.
- Speaker #1
Comme les nains situation.