- Speaker #0
Octave Barango, bonsoir. Vous voulez un verre d'eau ? Attendez, je vais servir un petit verre d'eau. Vous voulez un Doliprane ? Une baffe dans la gueule ? Je ne sais pas. Qu'est-ce que faire ?
- Speaker #1
Octave ! Oh !
- Speaker #0
Eh ! Oui. Oui, intellectuel, bonsoir et bienvenue chez La Pérouse pour une nouvelle conversation avec ce soir un invité exceptionnel. Mais d'abord, nous avons un parrainage cette semaine avec les éditions Grasset pour Spécimens de Pauline Clavier, un roman très original. Il commence avec une affaire intime, une affaire à Marseille, on lit un carnet, il y a une disparition, des souvenirs qui reviennent, tous s'entrecroisent avec beaucoup d'adresses. Et ça nous mène avec beaucoup de tension vers une fin très étonnante. Et voilà, c'est un peu aussi un livre sur la monstruosité humaine. C'est un suspense littéraire. Voilà ce qu'on peut en dire. Et c'est le genre de roman dont on se souvient. Spécimen de Pauline Clavier. Je profite de cette occasion pour rappeler que notre émission a besoin du soutien, notamment des maisons d'édition. Parce que sinon, elle n'existerait plus. Donc voilà, je vous remercie de nous aider à continuer à défendre la littérature. Octave Parango, bonsoir. Vous êtes le héros de l'anti-livre.
- Speaker #1
Anti-héros.
- Speaker #0
C'est de votre faute d'ailleurs. Oui. Alors écoutez, je propose que je sois la personne qui pose les questions. Mais quand même. Et que je vous ai laissé parler. Plus simple. Maintenant. Après tout, c'est moi l'inglé. Oui. Alors, je vous ai laissé parler. Et à un moment, je vous laisse. Les personnages, on voit au chapitre aussi. Ça fait quand même 26 ans que vous me faites porter le chapeau de toutes vos turpitudes. Et alors Bec Bédé, il a les mains propres sous prétexte que c'est de la fiction. Oui, c'est pratique. C'est l'idée. Ça s'appelle un roman. Je crée un alter ego pour me défouler. Eh ben, le dernier n'est pas un roman, monsieur. Exact. Ce sont 20 nouvelles dont vous êtes le héros. Anti. Anti-héros. Et c'est très fatigant. D'ailleurs, je vais aller faire un tour. Excusez-moi. Bien. Pendant qu'Octave va se rafraîchir, permettez-moi de récapituler. En l'an 2000, il y a eu 99 francs, où Octave était concepteur-rédacteur dans une agence de publicité. Puis, en 2007, au secours pardon, où là, il était model scout en Russie, c'est-à-dire recruteur de mannequins. Et puis en 2020, L'homme qui pleure de rire, un livre dont le titre était un smiley. Et là, il était chroniqueur humoristique sur une grande radio de service public. Et en 2026, Ibiza a beaucoup changé chez Albain Michel, où Octave apparaît dans toutes les nouvelles du recueil de différentes manières. Je suis assez fier de cette innovation formelle, d'avoir un... En fait, un roman en fragments. Ah, nous revoilà. Bref, dans ce livre, on vous voit changer. On vous voit évoluer, vous modifier. Ça a l'air d'aller mieux, là. Peut-être que vous vouliez boire un petit peu d'eau. Je ne sais pas, vous aimez l'eau ? Non. Si vous voulez, vous pouvez me répondre par écrit. On va voir créer une bonne question Octave. L'idée m'est venue du narrateur récurrent chez Charles Bukowski, qui s'appelle Henry Chinaski, surnommé Hank. Et en fait, j'ai trouvé que c'était... une idée assez pratique d'avoir un double qui revienne dans plusieurs livres. C'était aussi le cas de Philip Roth avec Nathan Zuckerman ou de Frédéric Dard avec San Antonio. Enfin, c'est quelque chose d'assez fréquent de garder le même nom pour un personnage dans plusieurs livres. Et ça donne une liberté, évidemment, aux romanciers. En fait, on peut se défouler, se décharger sur un narrateur qui revient, qui vieillit en même temps que soi. Et qui est aussi une version outrancière, exagérée de soi-même.
- Speaker #1
Ça va beaucoup mieux.
- Speaker #0
En outre, Octave, s'il vous plaît. En outre, je fais de la satire. Et tous les romans où vous apparaissez, M. Parango, ce sont des romans satiriques. C'est-à-dire que je vous transforme en la pire version de moi-même. et aussi de mes contemporains. Et par conséquent, en faisant de vous ce salopard, ça permet aussi de dénoncer les choses.
- Speaker #1
Je pense que tu as un problème de schizophrénie. Octave, s'il vous plaît.
- Speaker #0
Je pense que vous êtes un lanceur d'alerte, Octave. Je le dis d'ailleurs dans Ibiza, ça a beaucoup changé. Vous êtes un lanceur d'alerte parce que vous regardez le monde avec une espèce d'arrogance, d'impertinence, de liberté, qui fait que vous voyez des choses et vous dites des choses que personne d'autre que vous ne dit. Sur l'IA, dans celui-là, c'est sur l'IA. Mais dans les précédents, vous avez dénoncé pas mal de choses sur la communication, le mannequinat, l'espèce de domniprésence de l'humour partout. Donc, c'est votre talent à vous, Octave. Vous êtes un connard utile. Je vais passer au tutoiement, c'est plus pratique. Octave, lequel des livres où tu apparaîs préfères-tu ? Dans 99 ans, C'était marrant, c'était cool d'être joué par Jean Dujardin. Dans Au secours, pardon, c'était plus sombre. C'est quand même l'histoire d'un type qui finit par graguer sa fille. Et puis ensuite, il y a eu l'homme qui pleure de rire, dans l'homme qui pleure de rire. Bon, là, je suis chroniqueur, humoriste, je me ridiculise à la radio et je pars de Paris. Finalement, là, c'est plutôt un moment d'équilibre.
- Speaker #1
Et au fait, tu as des nouvelles de Marc Marronnier ? Parce que Marc,
- Speaker #0
c'était pas dans les mêmes livres, mais il faut vous croiser un moment. Non, et c'est bon signe pour lui. Franchement, Octave, je trouve que tu vieillis bien. Parce qu'au début, tu étais vraiment insupportable. Tu étais très cynique, très nihiliste, autodestructeur. Et j'ai l'impression, à la fin d'Ibiza a beaucoup changé, que toi aussi tu as beaucoup changé. Tu t'es stabilisé. Ça va un peu mieux. Non, non, je t'arrête tout de suite. dans Ibiza a beaucoup changé les deux tiers des histoires concernent des obsédés minables des dragueurs de nuit un animateur télé complètement cynique il y a une fille qui se suicide parce que tu ne l'as pas rappelé il y a un concours de squirt à Ibiza franchement là tu rêves, stabilisé oui à la fin oui à Center Park évidemment il est stabilisé patron j'en ai un petit peu marre d'être ta tête de turc Je ne suis pas un punching ball humain. Je suis désolé, pardonne-moi, mais tu sais, après chaque livre, je me dis que c'est la dernière fois. Même après 99 francs, puis après Au secours, pardon, à chaque fois, je me dis que c'est fini, on ne se reverra plus. Et puis, tu reviens. Tu es quelqu'un dont je n'arrive pas à me débarrasser. Je ne me sers pas de toi. Mais il se trouve que tu m'inspires. Octave, ne sois pas fâché si j'ai besoin de toi. J'ai besoin de toi pour dire des choses sur mon époque. Ah, ça c'est gentil, ça. Voilà, là c'est gentil. Je suis ton père.
- Speaker #1
Non ! Non ! Non !
- Speaker #0
Reste assis ! Enfin Octave, écoute, t'as un peu passé l'âge maintenant. Cesse d'auto-détruire comme ça. Tu peux trouver la voie de la rédemption. Tu peux devenir sobre et heureux. Il y a un chemin.
- Speaker #1
T'es chiant.
- Speaker #0
Bah oui, tu vois, la littérature a besoin de connards. Tu ne supporterais pas une seconde d'être un personnage de roman de feel-good book. Je t'imagine assez peu chez Virginie Grimaldi. Comment on fait pour avoir un Pisco Sauer dans cet établissement de merde ? Pas à cette heure-là. Le barman n'est pas encore arrivé. Reviens plus tard. Ah, aussi, ça. C'est de l'eau. En fait, je crois que dans la vraie vie, je ne conseillerais à personne de vivre comme toi. Mais comme tu n'existes pas, après tout, tu fais ce que tu veux. Justement, je crois que c'est le moment de passer quelques coups de fil. Attends. Ouais, écoute-moi bien Marcassin. Il me faut de toute urgence. Alors, un CD, deux DVD, DVD... Un de trois. Tu notes, hein ? Deux kiwis. T'as bien noté ? Et c'est dans l'immédiat. Au secours ! Tu sais que tu viens de commander des kiwis ? Bon bref. Tu sais, j'aimerais bien te demander, quel est ton engagement politique ? Es-tu de gauche ou de droite ? Dans 99 francs, c'est clairement d'extrême gauche. Je milite contre la surconsommation, le capitalisme sauvage, la manipulation des masses. D'ailleurs à l'époque le parti communiste avait convoqué place du colonel Fabien. Après dans Au secours pardon, je dénonce les viols de mannequins par des oligarques russes. Le coup, c'est ni de droite ni de gauche, mais c'était en avance en 2007. Et puis, dans L'Homme qui pleure de rire, comme je critiquais l'omniprésence de l'humour politiquement correct sur une radio du service public, ben là, oui, c'était catalogué plutôt à droite.
- Speaker #1
Et le dernier ?
- Speaker #0
Dans le dernier, je dirais que c'est ni droite ni gauche, parce que ce combat-là est dépassé. C'est d'un côté les accélérationnistes, de l'autre les extinctionnistes, c'est-à-dire, en gros... Je pense que je suis un humaniste contre les machines. Dans ton entretien avec le Père Noël, tu as l'air de te désigner comme le seul responsable des dégâts du capitalisme. Ce n'est pas un peu avoir la grosse tête de penser qu'on est à soi tout seul la cause de tous les malheurs du monde ? L'avantage quand on est un personnage de fiction, c'est qu'on est juste un symbole. Je pense que Big BD a voulu faire de moi le symbole ou la métaphore. de tous les citoyens du système occidental qui surconsomment, polluent, sont des hédonistes qui en même temps se plaignent, dénoncent le capitalisme sans rien faire pour le changer. Cette contradiction, c'est celle que Béguedé me fait porter. C'est insupportable, je suis d'accord, mais il fallait bien que ça tombe sur quelqu'un.
- Speaker #1
Je suis d'accord avec toi.
- Speaker #0
En fait, tu interroges, je pense, dans mes aventures, tu interroges la... les paradoxes et les contradictions des habitants de pays capitalistes. C'est exactement ça. C'est ce que je crois que tu essayes de faire. Et tu mets tout sur moi et après tu pars en courant. Depuis longtemps, tu décris et même vis une sorte de suicide occidental. Et cette fois-là, dans Ibiza a beaucoup changé. Octave, j'ai l'impression que tu as trouvé une voie de sortie. Tu dis que la France, pays littéraire par excellence, peut devenir le lieu de la résistance contre les IA, contre les robots, contre les machines, le digital, tout ça. C'est ça ta nouvelle utopie ? Une sorte de collapsologie optimiste ? Moi qui ai pleinement profité des années 90 et 2000, évidemment que... Je suis agréablement surpris par le fait que tu indiques une sorte de lumière au bout du tunnel. Le digital, ce n'est pas mon monde. Moi, je ne comprends pas cet univers numérique qui accélère et qui devient de plus en plus robotique. Je n'ai pas envie de devenir une machine. Je n'ai pas envie d'être connecté avec Internet. J'ai trop de souvenirs de ce moment de liberté qui a été la décennie dorée entre 1989 et 2001. Donc, je suis assez content que tu aies indiqué que peut-être la France avait un rôle à jouer. C'est la première fois que d'ailleurs tu es sérieux. Je me demande si tu es vraiment sérieux là-dessus. Tu as une utopie enfin à 60 balais. Qu'est-ce qui t'a pris là ?
- Speaker #1
C'est une bonne nouvelle.
- Speaker #0
Mais d'un autre côté... Attendez, excusez-moi. Ah oui, c'est bon, il arrive.
- Speaker #1
C'est bon. Il est en route là, le gars.
- Speaker #0
Dans ton entretien avec la poupée Barbie, avec le Père Noël, tu prouves que tu es resté quand même incapable d'être un adulte. Oui, c'est très bizarre ce que tu me fais faire. Tu me fais aller en Laponie voir le Père Noël. Tu me fais rencontrer la poupée Barbie chez Angelina. Pourquoi est-ce que tu ne grandis jamais ? Parce que moi, j'ai grandi. Moi, Octave, j'ai changé. Toi, j'ai l'impression que tu es un peu plus immobile que moi. Je sais qu'on n'est pas adultes, ni toi ni moi. Amen. Je mûris plus que toi alors que je n'existe pas. C'est ça qui est bizarre.
- Speaker #1
Pourquoi tu penses que je ne suis pas mûr ?
- Speaker #0
Non, mais je pense que c'est ton métier. Tu es écrivain et les écrivains, ça doit garder une naïveté. Ça doit avoir un regard innocent sur le monde. Pour montrer son absurdité, il faut le regarder avec étonnement. Et c'est ça que tu fais. Moi, le rôle que tu m'as assigné, c'est d'être blasé. Je ne peux pas être à la fois innocent et revenu de tout. Je suis ton auteur, mais j'aimerais avoir ton avis sur le fait que ton auteur parle de son amnésie en permanence. Qu'est-ce que ça fait d'être le personnage d'un type qui n'a pas de mémoire et qui écrit pour se souvenir de ce qu'il a oublié ? C'est embêtant quand on est créé par quelqu'un qui perd la mémoire. Parce qu'évidemment, il fait faire n'importe quoi à son personnage. C'est comme si j'étais dirigé par un chef d'orchestre amnésique. Mais au fond, je comprends parce qu'il écrit pour essayer de se souvenir. Et peut-être qu'en écrivant, la mémoire revient. J'avoue, je ne sais pas. Moi, je ne contrôle rien dans cette histoire. Je n'y suis pour rien, moi. Tu sais que c'est assez émouvant quand tu parles sérieusement. C'est la première fois de ta vie que tu parles sérieusement. Alors, je voulais savoir, qu'est-ce qui symbolise le plus pour toi les années 90 ? Est-ce que c'est le fait qu'à l'époque, on dansait encore sur des slows ? Est-ce que c'est que 3 milliards de femmes voulaient ressembler à la même ? Est-ce que c'est, je ne sais pas, que les DJ étaient les gens les plus importants du monde ? Non, mais ce qu'il faut bien comprendre, c'est que cette décennie dorée, c'était la dernière période de liberté en Occident, avant l'arrivée d'Internet, l'arrivée des réseaux sociaux. Donc nous n'avions pas de téléphone sur nous, nous ne pouvions pas prendre des photos de tout le monde, ni de nous-mêmes, nous n'étions pas surveillés, ni géolocalisés, nous avions cette espèce d'insouciance qui aujourd'hui fait la nostalgie de tout ce que tu écris. Et en plus, une nouvelle musique est née à ce moment-là, dans les années 90, ça s'appelait d'abord la techno, puis la house, puis maintenant l'électro. Cette nouvelle musique, elle a entraîné tout un mouvement culturel. Il y avait les raves. Je me rappelle d'être allé à la première rave.
- Speaker #1
Ah oui, j'y étais aussi.
- Speaker #0
dans un tunnel en construction. C'était une sorte d'osmose, sans parler des nouvelles drogues, les drogues synthétiques, l'ecstasy. Tu as écrit des nouvelles là-dessus. Et tout ça a façonné une génération, tout simplement. Et quand tout s'est arrêté avec le tournant du troisième millénaire et où les gens ont commencé à... tous à vivre dans le virtuel. Pour nous, la réalité a changé. On n'était plus obsédé par la réalité, mais par avoir un avatar, être quelqu'un d'autre, s'exhiber, se parler sur des outils technologiques, et pas en vrai. Moi, j'ai le souvenir d'aller à des soirées où on pouvait s'embrasser sans se connaître, sans savoir le nom de la personne. Je ne connais pas, je suis trop âgé pour savoir, mais j'ai l'impression que ça n'existe plus. Oui, tu dis à un moment, enfin tu dis, mais c'est moi, qu'au XXe siècle,
- Speaker #1
on travaillait à réduire les distances entre les humains et qu'au XXIe, on les augmente. Tu peux développer ?
- Speaker #0
Oui, c'est très frappant parce que je me souviens, on était obsédé par l'idée de l'Europe, par exemple. Cette nouveauté, on avait la même monnaie pour aller partout en Europe. Tu allais à Berlin, à Ibiza, à Barcelone, à Rome, à Venise, à Londres. C'était le même pays. Pas Londres, mais toutes les autres villes. C'était nos villes à nous. On était chez soi avec des euros. Ça, c'était une espèce d'utopie aussi. Il y avait l'idée de réduire les distances parce qu'il y avait les TGV, les avions qui t'amenaient à l'autre bout du monde. Tu dormais dans un avion, tu te réveillais. à l'autre bout du monde. Maintenant, c'est plus ça l'utopie. L'utopie, c'est toujours de séparer les gens, éloigner les gens, comme pendant le Covid. Et c'est ça qui m'a frappé. J'imagine que pour des gens qui ont grandi dans le nouveau monde, ça ne les gêne pas. Mais le problème de ma génération, c'est qu'elle est entre deux époques et deux siècles.
- Speaker #1
Mais c'est quoi qui sépare les gens aujourd'hui ?
- Speaker #0
Le virtuel, le digital. Le digital, c'est... On se parle par SMS. par messagerie ou par vidéo, mais pas ensemble. Et j'ai l'impression que c'est quand même un gros changement anthropologique. Enfin bon bref, tu sais que nous avons un jeu dans cette émission qui s'appelle Devine tes citations, mais pour une fois ce qui est intéressant c'est que ça va être un personnage de roman qui va devoir deviner dans quel livre j'ai écrit.
- Speaker #1
Ah mais alors tu me fais deviner des livres dont je suis l'anti-héros ?
- Speaker #0
Oui. Donc je te dis des phrases. La naissance de l'amour chez l'homme hétérosexuel ne s'explique que par la fatigue de courir les jupons. Le sentiment naît toujours d'une lassitude du donjuanisme. Ibiza a beaucoup changé. Oui. En 2026.
- Speaker #1
Oui.
- Speaker #0
Bravo. Et dans quelle nouvelle ?
- Speaker #1
Ah, il faut le titre de la nouvelle.
- Speaker #0
Oui. Une histoire sans prénom. Bravo. Ah bah oui, je suis l'héros de la... Nouvelle. Deuxième phrase. Je déteste la distanciation. Mon idéal de confort est la mêlée de rugby. Où ai-je écrit ça ?
- Speaker #1
C'est pas dans le dernier ?
- Speaker #0
Ibiza a beaucoup changé ? Je sais pas. Un barrage contre l'Atlantique, 2022. Ah oui, mais je suis pas dedans. C'est toi le héros d'un barrage contre l'Atlantique. D'ailleurs, souvent, tu m'as mis au hommage. Souvent, tu as écrit des livres complètement nombrilistes. Et du coup, moi, pendant ce temps-là, qu'est-ce que je fais ? Intermittent du spectacle.
- Speaker #1
Autre phrase.
- Speaker #0
Le style est une lente injustice qui met des millénaires à transformer le plomb en or. Ça, ce n'est encore pas un livre où je suis. C'est un essai, c'est peut-être dernier inventaire avant l'Ignac. Non. Bibliothèque de survie. Non, L'homme qui pleure de rire ? Non. Mais c'est dans le dernier ! Ah oui, dans Ibiza, d'accord. C'est au moment où il y a la nouvelle Octave in Paris. Ah, c'est dans Octave in Paris, d'accord. Oui, mais bon, j'étais bourré, je ne m'en souvenais pas.
- Speaker #1
Il faut peut-être que tu arrêtes les produits.
- Speaker #0
Oui, d'accord. En fait, je comprends pourquoi je ne m'en suis pas souvenu. Parce que dans cette nouvelle-là, tu emploies le mot style, mais pas pour parler d'écriture. Tu parles du style de vie des Parisiens. C'est vrai que c'est exactement ça. Depuis que tu es parti de Paris, j'ai l'impression que tu regardes Paris avec beaucoup plus d'amour et d'admiration. Et j'aime beaucoup ce que tu as écrit là sur ma vie. C'est vrai qu'en quittant la ville, on y revient beaucoup plus émerveillé. Au fond, Paris, c'est une ville qu'il faut quitter. Une autre phrase très connue. Attention. Où as-tu dit, dans quel livre as-tu dit, il n'y a pas de femmes moches, il n'y a que des vers de vodka trop petits ? Ah oui, c'est dans 99 francs.
- Speaker #1
Bien sûr.
- Speaker #0
Pas du tout.
- Speaker #1
Pas du tout.
- Speaker #0
Mais je t'ai piégé. J'ai menti parce qu'en fait, ce n'est pas une phrase que tu prononces. Ah bon ? C'est une phrase que Marc Maronnier prononce. Au moment de 3 ans, 1987. Alors, ce qu'il y a de fantastique quand on est un personnage de roman, c'est qu'on se fait moins engueuler que l'auteur. Autre phrase, le bonheur est si fragile, il peut nous tomber dessus, même dans une boîte de conserve surpilotie au fin fond des Landes de Gascogne. Ibiza a beaucoup changé. Bravo. Et le moment à la fin où, moi aussi j'ai beaucoup changé. Ça c'est assez bizarre, c'est la première fois que je suis père de famille, que j'emmène mes enfants quelque part en vacances. Oui, tout à fait. C'est sûr que... En l'an 2000, quand tu m'as créé, jamais on n'aurait imaginé qu'on me verrait à Center Parcs avec mes gosses.
- Speaker #1
Et ça t'a plu ?
- Speaker #0
Ah même, moi, je suis responsable de rien dans l'histoire, mais j'ai quand même un certain âge comme toi, et je suis assez content que tu t'arrêtes de me forcer à faire n'importe quoi. Voilà, c'est bien. On mûrit, on s'assagit. Avec le temps, t'as quand même trouvé le moyen de te faire engueuler, même à Center Parcs. Oui, oui. Ah là là, j'ai doublé la queue à Center Park. Et même, j'ai laissé mon fils conduire la petite voiturette. Et donc, je me suis souvent fait arrêter par les autorités du club. Autre phrase, attention. Dans quel livre de moi y a-t-il ceci et pas forcément toi ? Attention, hein. Ma vie est un désastre, mais personne ne le voit. Parce que je suis très poli.
- Speaker #1
Je souris tout le temps.
- Speaker #0
C'est dans un roman français ? Pas du tout.
- Speaker #1
Oh !
- Speaker #0
C'est dans Windows on the World.
- Speaker #1
Ah oui,
- Speaker #0
2003. Prix interallié. Mais disons, tu as écrit beaucoup de livres aussi, c'est pas facile. C'est le problème des écrivains vieux. Tu sais que chaque fois que j'ai eu un prix littéraire, c'était des livres où tu n'étais pas dedans.
- Speaker #1
Et à un moment... Qu'est-ce que ? Qu'est-ce qui ? Qu'est-ce que ?
- Speaker #0
Comment ? Le but des occidentaux était de faire du monde une fête perpétuelle. Euh, ça c'est dans... 99 francs. Non. C'est un livre où tu es. C'est un livre où tu figures. Le but des occidentaux était de faire du monde une fête perpétuelle. Et oui, ça a beaucoup changé. Non plus. Oh ! Non. Alors... Tu les as tous dits sauf un, là. Je ne sais pas, une vie sans fin ? Non. L'homme qui pleure de rire. L'homme qui pleure de rire. 2020. C'est un livre sur le rire permanent, donc la fête perpétuelle. Oui, c'est vrai. Bon, alors, ce n'est pas grave. Tu vas te rattraper sur la prochaine. Attention. Après tout ce que les hommes ont fait pour lui, Dieu aurait pu tout de même se donner la peine d'exister. Non.
- Speaker #1
Ça, c'est peut-être dans mes entretiens avec un évêque.
- Speaker #0
Non. Non, ce n'est pas évident.
- Speaker #1
Tout ce que les hommes ont fait pour lui.
- Speaker #0
Bon, un indice. C'est le premier où tu apparaîs.
- Speaker #1
J'ai dit ça, mais j'ai dit ça souvent. Je ne sais pas. Je donne ma langue Ausha.
- Speaker #0
99 francs. Enfin, voyons, mais Octave, tu vois, à force de boire, tu as perdu... Tu n'as plus un euro, en fait. Bon, une dernière. Tu as été lamentable. Une dernière. Je venais d'apprendre que mon frère était nommé chevalier de la Légion d'honneur quand ma garde à vue commença. Un roman français. Ah, bravo. Ça c'est ton livre sur toi, ça ne me regarde pas. D'ailleurs je te remercie parce que je n'ai jamais été en garde à vue dans tes romans. Tu t'es gardé, tu t'es réservé ça pour toi. Alors attention la dernière. À présent qu'il n'était plus, nous pouvions enfin faire connaissance lui et moi. Un homme seul.
- Speaker #1
Bravo. Sur un père.
- Speaker #0
Bravo pour ce livre d'ailleurs, je ne te l'ai jamais dit, mais je pense que c'est ton meilleur livre. Merci Octave.
- Speaker #1
Le mec qui s'envoie des compliments à lui-même c'est la fin.
- Speaker #0
Non mais franchement Octave, tu m'épates, tu es capable de sérieux. Et d'ailleurs ça me remet en question, je me dis que peut-être si je te fais revenir un jour dans un livre, tu seras sage, apaisé, tranquille, philosophe. Gna C'est intérieux. Bon allez, assez parlé de moi. Maintenant, on va te poser le questionnaire de Bic BD. Le questionnaire de toi par toi. Pourquoi un jeune devrait-il lire ton livre au lieu de scroller sur TikTok ?
- Speaker #1
Pour ne pas se suicider.
- Speaker #0
Que sais-tu faire que ne sait pas faire chat GPT ? Écrire. Tu n'as jamais eu peur en l'écrivant que ton livre ne serve à rien ? Jamais. Penses-tu qu'un écrivain doit être gentil ? Dans la vie, oui. Pas dans ce qu'il écrit. Qu'est-ce qui te plaît le plus dans le fait d'être écrivain ? La solitude, la pauvreté ou la folie ? Je déteste les deux dernières et j'apprécie parfois des plages de solitude. Frédéric. Frédéric. Octave Frédéric Beigbeder. As-tu déjà écrit en état d'ivresse ? Oui, fréquemment, mais pas depuis 2023. Que penses-tu de la critique littéraire ? Est-ce une perte de temps, un mal nécessaire, une arnaque ? Un gagne-pain. Fantasmes-tu sur J.D. Salinger qui n'a jamais donné l'interview de sa vie ? Oui, mais j'aurais préféré plutôt être un Daft Punk de la littérature, c'est-à-dire Salinger mais avec un casque. Frédéric, un roman doit-il réparer le monde ? Alors, quand j'ai écrit cette question, c'était en... pensant à un livre de Maëlys de Kerangal qui s'appelle « Réparer les vivants » . Et je me suis beaucoup moqué de cet auteur. Et puis maintenant, en vieillissant, je pense qu'elle avait raison. Je pense quand même que si un livre peut aider d'une certaine façon à réparer un vivant, un seul, c'est déjà immense. Quel est ton chef-d'œuvre ? J'ai l'œuvre écrite par toi, le prochain. Es-tu un ouin-ouin ? Oui, bien sûr. J'ai découvert l'existence de cette expression parce qu'à chaque fois que je me lamentais quelque part, on me traitait de ouin-ouin. Et je constate, quand je pose cette question aux écrivains, il y a vraiment deux catégories. Il y a ceux qui disent non, non, non, pas du tout, et puis ceux qui assument. Et moi, j'assume. Mais oui, Ah ! Ça, ça m'intéresse. Qui est le meilleur écrivain français vivant ? L'autre, c'est Welbeck. Si tu étais très riche, cesserais-tu d'écrire ? Oui. Quelle est la phrase de toi dont tu es le plus fier ? Ce n'est pas obligé d'être dans un roman où je suis le héros. Peut-être la première phrase de mon premier livre. En ce temps-là, tout était grand. As-tu menti durant cette conversation ? Mentir c'est mon boulot. Quel est ton âge mental ? 8 ans. C'est l'âge où j'ai commencé à écrire. Je suis resté bloqué à l'âge où j'ai pour la première fois ouvert un cahier Clairefontaine et commencé à prendre des notes.
- Speaker #1
Y a-t-il un livre que tu regrettes d'avoir écrit ?
- Speaker #0
Il y a un seul de mes livres... Enfin... Bon, on regrette tous les livres qu'on a écrits, on aimerait les corriger éternellement. Mais il y en a un où j'ai voulu mélanger le roman avec des interviews de savants. C'est une vie sans fin. Et je pense que ce mélange-là ne fonctionne pas. J'aurais dû vraiment faire 100% de la fiction ou écrire un essai sur l'immortalité. Mais le mélange des deux est assez indigeste. Bon, on passe au conseil de lecture. C'est très important parce que tu emmerdes tout le monde avec tes questions et maintenant il est temps que tu en sois victime. Alors Frédéric, un livre qui donne envie de pleurer. Tendre et la nuit de Scott Fitzgerald. Je pleure à chaque fois que je le relis. Et un livre pour arrêter de pleurer, Woman, de Charles Bukowski. C'est déso... Pilant, mais en même temps on peut replorer en le lisant. Un livre pour crâner dans la rue. Cool Memories de Jean Baudrillard, à condition de prendre la première édition en Galilée. C'est un livre carré, tout blanc, c'est assez chic. Un livre qui rend intelligent. La Société du spectacle de Guy Debord. Un livre pour séduire. La réponse, je l'ai donnée dans une émission avec Michel Houellebecq, ce sont les poèmes saturniens. de Paul Verlaine. Je pense que si tu récites « Je fais souvent ce rêve étrange et pénétrant d'une femme inconnue et que j'aime et qui m'aime et qui n'est chaque fois ni tout à fait la même ni tout à fait une autre et m'aime et me comprend » , si tu récites ça, déjà tu mets beaucoup de chance de ton côté. Mais c'est de la merde cette réponse ! Un livre que tu regrettes d'avoir lu ? C'est un livre horrible d'un des plus grands écrivains, c'est Bagatelle pour un massacre. Il y a un chapitre très beau sur la pub, très juste, c'est assez visionnaire sur la publicité. Tout le reste est tellement abject que ça tombe des mains et oui, on se sent sali. Et surtout, ça salit un grand prosateur et donc ça fait vraiment... c'est un livre qui brise le cœur. Parce qu'on regrette non seulement de l'avoir lu, mais d'aimer son auteur. Un livre que tu fais semblant d'avoir fini, Frédéric. Ulysse de Joyce, comme tout le monde. Quel est le livre que tu aurais aimé écrire ? Gatsby le Magnifique, bien sûr. Le pire livre que tu aies jamais lu ? C'est encore de Joyce, pardon de m'acharner, mais Finnegan's Wake. C'est-à-dire que chaque page coupe les doigts. La question farronnée de 451. Si les livres étaient interdits ? Et brûlé par des pompiers, lequel serais-tu prêt à apprendre par cœur et tu deviendrais lui ? Tu ne t'appellerais plus Frédéric Beigbeder. Oui, en fait, je crois qu'il y a un livre qui est assez court pour le retenir par cœur et dont on ne se lasse jamais. C'est un recueil de poésie de Paul Gentoulet qui s'appelle Contre-rime. Et j'aimerais bien m'appeler Contre-rime. Y a-t-il un livre qui t'a sauvé la vie ? Non, mais je pense que quand j'ai lu Sur la route...
- Speaker #1
Ma vie a changé.
- Speaker #0
Ça m'a fait très plaisir de parler avec toi parce que c'est la première fois qu'on se parle sans faire de numéro d'imagination et d'être un peu naturel ensemble même si c'était un exercice un petit peu schizophrène. Tu sais bien que je t'aime. Sans toi, je n'existerais pas. Donc merci Octave. Connard. Je rappelle à nos fidèles auditeurs qu'il faut absolument se précipiter sur cet immense livre d'une immense qualité stylistique et en même temps d'une beauté physique. Ce roman par fragments turquoise chez Albain Michel, Ibiza a beaucoup changé de moi-même. Oui, merci de lire le livre dont je suis le personnage principal. J'ai quand même beaucoup souffert pour que ce livre existe, donc s'il vous plaît, merci d'aider aussi les employés. Merci beaucoup de nous suivre. Je vous rappelle que Victor Hugo, en 1840...
- Speaker #1
C'est de la merde !
- Speaker #0
S'il vous plaît, Octave, laissez-moi finir l'émission. Je suis quand même un peu chez moi. S'il vous plaît. Bien, alors, oui, je remercie donc tous et... Je voulais vous rappeler que lire, c'est boire et manger. L'esprit qui ne lit pas maigrit comme le corps qui ne mange pas. C'était Victor Hugo en 1840. Merci de votre attention. Merci infiniment d'avoir été là, Octave Parango. Mais Octave ? Octave ? Qu'est-ce qui t'est passé ?