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DEPUIS SA MORT, ERIC NEUHOFF AIME TOUT DE LA VIE. cover
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Conversations chez Lapérouse

DEPUIS SA MORT, ERIC NEUHOFF AIME TOUT DE LA VIE.

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36min |21/03/2025
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Conversations chez Lapérouse

DEPUIS SA MORT, ERIC NEUHOFF AIME TOUT DE LA VIE.

DEPUIS SA MORT, ERIC NEUHOFF AIME TOUT DE LA VIE.

36min |21/03/2025
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Description

Ma conversation avec Eric Neuhoff n'a pas été réalisée sous pentothal. Et pourtant je ne l'ai jamais connu aussi sincère. Son dernier livre agirait-il sur lui comme un sérum de vérité ?


Hébergé par Ausha. Visitez ausha.co/politique-de-confidentialite pour plus d'informations.

Transcription

  • Speaker #0

    Bonsoir Eric Neuf.

  • Speaker #1

    Bonsoir Frédéric.

  • Speaker #0

    Bienvenue dans Conversations chez la Pérouse pour votre nouveau livre. Est-ce que c'est un roman ou un récit ?

  • Speaker #1

    C'est un récit. Peintre. Une confession même. Oui,

  • Speaker #0

    une confession très intime, parue chez Albain Michel. Donc c'est… mais d'abord on a un générique. Eh oui, on en voit le générique.

  • Speaker #1

    C'est le mieux.

  • Speaker #0

    Et c'est reparti avec ce très très beau générique. En fait, ça consiste principalement à regarder ma photo. Alors, vous êtes un écrivain souvent primé, prix interallié.

  • Speaker #1

    J'aime mieux être primé que déprimé.

  • Speaker #0

    C'est vrai, mais c'est hallucinant. La petite française a eu l'interallié en 97. Vous avez eu le grand prix du roman de l'Académie française pour Un Bien Fou en 2001. Le prix Renaud d'Oessen en 2019. Pour très cher cinéma français. Au pamphlet.

  • Speaker #1

    À cause de vous.

  • Speaker #0

    Oui, c'est ma faute. Le prix Nimier, ça c'est très chic. Pour Léon Lange de Laetitia, en 90. Le prix des Deux Magots, pour Barba Papa, 95. En fait,

  • Speaker #1

    vous avez eu le prix... Le prix Caz. Oui. J'ai pas eu le prix de Flore.

  • Speaker #0

    Le prix de la Brasserie Lille. C'est ça, le prix Caz. Le prix Vaudville aussi.

  • Speaker #1

    Aussi.

  • Speaker #0

    Dès qu'il y a un prix dans un restaurant, vous l'avez.

  • Speaker #1

    Oui. Moi, j'ai toujours écrit la bouche pleine.

  • Speaker #0

    Donc, vous avez mis 46 ans à oser parler de ce qui vous est arrivé en 1978 sur une route près de Cadaquès, dans une Peugeot

  • Speaker #1

    204 cabriolet.

  • Speaker #0

    Alors, qu'est-ce qui est passé ?

  • Speaker #1

    C'est ce que j'ai essayé de savoir en écrivant ce livre, parce que les gens disent souvent que quand on a un accident de voiture, c'est un trou noir. Et le fait est que je ne me souviens de rien, sauf qu'on était sur cette route, on allait dans une boîte de nuit, et la dernière image que j'ai vue, c'était dans les phares, le bas-côté, la poussière, et au bout, la pile en pierre d'un petit pont.

  • Speaker #0

    Donc en fait,

  • Speaker #1

    ça s'arrête là, et je me suis dit que peut-être qu'en écrivant, j'allais découvrir ce qui était arrivé, et bien hélas non, je ne saurais jamais. Donc j'ai mis une seconde et... 46 ans à parler de ça.

  • Speaker #0

    Et vous n'aviez pas de ceinture de sécurité. Non. C'est ça qui vous a sauvé.

  • Speaker #1

    Oui. C'était une décapotable. C'était la première fois que je montais dans une décapotable. Alors, c'était très grisant la nuit, le vent, les étoiles qu'on voyait. Et j'ai eu la chance d'être éjecté. Et l'ami qui conduisait, lui, hélas, ne s'en est pas sorti. Oui.

  • Speaker #0

    Il se prénommait Olivier. C'est ça. Vous écrivez « La nuit est plus noire que jamais » . autour les couleurs vibrées. Alors, ce qui m'intéresse, c'est le changement de temporalité entre les deux phrases. La nuit est plus noire que jamais, c'est au présent, et autour les couleurs vibrées, on est à l'imparfait. Comment choisissez-vous le temps des phrases ?

  • Speaker #1

    Là, c'était pour rendre compte un peu de cet état très spécial quand vous rouvrez un œil après un accident. Moi, j'étais allongé sur le bitume de la route et on ne sait vraiment plus où on est, donc on ne sait plus. quelle heure il est, qui on est, ce qu'on a fait, on est dans une espèce d'espace très curieux, et tout a l'air bizarre, on ne sait pas si ça dure une heure ou une seconde, et j'ai essayé de retranscrire toutes ces sensations en écrivant ce livre.

  • Speaker #0

    Le livre est écrit, comme d'habitude chez vous, mais peut-être encore plus, avec des phrases très courtes. Est-ce qu'on peut, finalement peut-être on ne peut pas décrire un accident de la route à la Proust, vous voyez, on est obligé de faire des phrases. De vitesse,

  • Speaker #1

    quoi. Oui, parce que tout vous arrive de façon saccadée. En plus, vous vous reprenez vainement conscience, vous vous évanouissez à nouveau. Donc, tout est très, très rapide. Et surtout, tout est nouveau et tellement mystérieux. Vous vous demandez dans quoi vous vous réveillez.

  • Speaker #0

    Alors, concrètement, vous êtes transporté à l'hôpital de Garches ?

  • Speaker #1

    Le lendemain, oui, parce que je suis allé dans un hôpital à Géronne, d'abord, puisque c'était en Espagne. Et l'heure. Le lendemain, un avion d'Europe Assistance m'a emmené à Garches et c'était mon baptême de l'air. Je n'étais jamais monté dans un avion.

  • Speaker #0

    Première fois que vous prenez l'avion, c'est la première phrase du livre. La première fois que j'ai pris l'avion, c'était avec Europe Assistance. En fait, vous êtes sponsorisé par Europe Assistance ? Pour ceux, c'est insipide.

  • Speaker #1

    Et peut-être qu'ils m'offriront un jet privé. Oui,

  • Speaker #0

    écoutez, je vous le souhaite. 12 mois d'hôpital, là on ne vous dit pas tout de suite que le conducteur est mort.

  • Speaker #1

    Non, on a bien fait d'ailleurs, parce que l'idée c'était de survivre et puis de se retrouver. Et puis surtout on ne pense pas que ça va durer 12 mois. J'ai été persuadé que, comme c'était le week-end du 14 juillet, qu'en septembre, après un petit peu de rééducation, tout repartirait comme avant. Ça dure 12 mois, mais on s'habitue. C'est ça qui est terrible, c'est que le temps n'a plus du tout la même durée.

  • Speaker #0

    Et on vous disait, quand est-ce que vous l'avez su que le conducteur était mort ?

  • Speaker #1

    À force de poser des questions, un jour mes parents m'ont dit, tu sais, il ne s'en est pas sorti.

  • Speaker #0

    À votre avis, pourquoi avoir attendu ? 46 ans, est-ce que c'est parce que vous avez oublié, comme vous le disiez en commençant, ou est-ce que c'est parce que, comme vous le racontez à la fin du livre, vous avez eu une chute d'escalier et tout d'un coup tout est revenu ? Est-ce que c'est ça ?

  • Speaker #1

    Non, non, parce que j'avais commencé le livre avant d'avoir la chute d'escalier, qui m'a ramené complètement dans le passé, parce que je me suis retrouvé à nouveau avec des béquilles, enfin des cannes anglaises plus exactement, parce que c'est le vrai terme exact. C'est surtout un ami éditeur qui m'a dit « tu devrais raconter ça » , Thibault de Montaigu pour ne pas le citer. Et du coup je me suis dit « bon allons-y, voyons ce que ça va donner » . Et sans doute que c'était le moment, mais j'aurais peut-être dû le faire avant, parce que comme ça mes parents auraient pu le lire. Mais là, du coup, s'ils le lisent, mes fils sauront peut-être qui était leur père à un âge plus jeune que celui qu'ils ont aujourd'hui.

  • Speaker #0

    Et j'imagine que vous devez beaucoup les protéger ou en tout cas avoir très peur pour eux quand ils font la fête.

  • Speaker #1

    Ah bah oui, on y pense beaucoup. Et d'ailleurs, heureusement qu'il y a les parents dans ces cas-là, parce que s'ils n'avaient pas été là, je ne sais pas ce qui se serait passé en 78. Oui,

  • Speaker #0

    en fait, il faut bien se rendre compte qu'à l'époque, il n'y a pas les téléphones portables.

  • Speaker #1

    Et dans cet endroit de la Catalogne, il n'y avait pas de téléphone fixe dans les maisons. Il y avait juste dans la crique une famille qui avait un poste. Et je sais pas comment... ce qui s'est passé. En fait,

  • Speaker #0

    vous avez dû rester assez longtemps sur le bas-côté.

  • Speaker #1

    Ouais, j'imagine, ouais. Et je sais que quand mes parents sont arrivés à l'espèce de petit hôpital où j'étais pas, en plus, on leur a dit, il y en a un des deux qui est mort et ils savaient pas lequel. Donc je pense que ça a dû remuer pas mal, ouais. Et j'avais en tête, le seul truc, c'est que j'ouvrais un peu les yeux. Je voulais dire que... Mon frère était dans une voiture devant avec un polo de rugby rayé vert et blanc, je crois. Et comme je parlais très mal espagnol, et vu l'état dans lequel j'étais, c'était une catastrophe. Mais on se raccroche à des trucs comme ça.

  • Speaker #0

    Bien sûr. Et moi, j'ai pensé aussi au livre de Bruno de Stabenrath, Cavalcade. Mais lui a eu une moindre chance que vous. Il est toujours vivant, mais il a un fauteuil roulant. Vous n'êtes pas passé loin aussi de ça.

  • Speaker #1

    Ça aurait pu, vous savez. Ça dépend pas de vous, il y a un moment, vous vous laissez prendre en main par la médecine.

  • Speaker #0

    Mais vous avez risqué vraiment la mort et la paralysie ? Aujourd'hui on vous le dit ou pas ?

  • Speaker #1

    J'ai risqué l'amputation je pense, mais la mort sans doute au début, parce que les premiers jours c'était un peu tangent. Et puis après l'organisme est bien fait, on peut tout endurer, la douleur ça s'oublie hélas. Mais quand elle est là, c'est vraiment une emmerdeuse. Elle prend toute la place. C'est horrible parce qu'on ne pense qu'à ça. On devient une machine à lutter contre la douleur et à vouloir l'effacer.

  • Speaker #0

    Et probablement à l'époque, on n'utilisait pas les mêmes produits. Alors d'où le titre du livre, Pain Total. Je ne sais pas très bien ce que c'est que le Pain Total.

  • Speaker #1

    Moi non plus, mais c'est ce qu'on vous injectait pour l'anesthésie générale. Mais apparemment aujourd'hui, c'est un autre produit plus sophistiqué. Le Propofol. Oui. Et je pense que les anesthésies, maintenant, sont à la seconde près, alors qu'avant, la dose était quand même massive.

  • Speaker #0

    Mais je veux dire, on vous donnait des produits contre la douleur ou pas tellement ? Parce qu'aujourd'hui, les gens, les accidentés, ont des pompes à morphine, et c'est eux qui gèrent leur propre...

  • Speaker #1

    Non, moi, je n'avais pas de pompe à morphine, mais on vous donnait des cachets. Il devait y avoir un peu d'opium dedans, mais...

  • Speaker #0

    Oui, ça m'a fait penser évidemment à ce qu'a écrit Sagan, qui, après son accident de l'été 1957, elle a écrit un livre qui s'appelle Toxic, publié en 1964. Alors elle, c'était du palphium, mais elle est devenue addict à cette drogue et est devenue ensuite toxico toute sa vie. Et vous, vous avez échappé à cette malédiction ?

  • Speaker #1

    Non, parce que moi, je ne regardais pas un tellement bon souffle. Oh, ok. Et puis je...

  • Speaker #0

    Vous n'avez pas eu de manque de films ou de choses comme ça ?

  • Speaker #1

    Non, j'ai eu un manque de sorties, de films, mais un manque de calmant, pas tellement. Et puis j'ai toujours pensé à la phrase de Maurice Renay qui disait « Je ne me drogue pas parce que je me vois mal en train de lever ma seringue à la santé de mes amis » que j'ai laissé tomber. Mais il y a d'autres gens qui se chargent de maintenir la tradition.

  • Speaker #0

    Est-ce que vous vous considérez comme un survivant depuis 1978 ?

  • Speaker #1

    Je serais bien présenteux, non. Mais je me demande si je ne suis pas resté éternellement quand je gratte un peu le type de 22 ans étendu sur cette route catalane en pleine nuit.

  • Speaker #0

    Oui, c'est ça. Vous n'êtes jamais sorti de cet accident.

  • Speaker #1

    C'est peut-être la chose la plus importante qui me soit arrivée quand je réfléchis. Et j'ai voulu du coup voir si ça m'avait appris quelque chose. essayer de transmettre aux gens cette expérience-là, qui n'est pas donnée à tout le monde, heureusement.

  • Speaker #0

    Si vous n'avez pas parlé de cet événement pendant 46 ans, est-ce que ce n'est pas aussi parce que vous ne vouliez pas participer à la compétition de traumatiser qu'est la littérature contemporaine ?

  • Speaker #1

    Un petit peu, et puis moi je préfère le roman à l'auto-fiction, c'est le cas de le dire.

  • Speaker #0

    C'était de la pudeur ou c'était que... Voilà, vous vous dites...

  • Speaker #1

    Non, je pensais que ça ne ferait ni page, mais la bizarrerie, c'est que quand je me suis mis à écrire, toutes les sensations sont venues, les images, les odeurs, la tête des infirmières, les blouses des médecins, le bruit des claquettes sur le linoleum de la chambre, les coups de balai que donnait la femme de ménage dans le pied du lit, ce qui m'énervait beaucoup.

  • Speaker #0

    Est-ce que... Votre attitude avec la vie a changé après cet accident ? Est-ce que vous diriez, par exemple, vous avez pris moins de risques, moins fait la fête ? Je sais que non.

  • Speaker #1

    Non, mais ça m'a appris une chose, c'est que depuis, je pense que rien de grave ne peut m'arriver. Que le pire est passé et que tout est bon à prendre. La rigolade, les chagrins, les divorces. Tout est bien. Moi, je ne peux pas m'ennuyer. Ah oui,

  • Speaker #0

    c'est bien.

  • Speaker #1

    Je ne peux pas être déprimé, comme je vous disais, parce que je ne m'ennuie jamais.

  • Speaker #0

    Alors, vous êtes fasciné par les hussards, notamment par Roger Nimier, Jean-René Huguenin, qui tous deux sont morts dans un accident de voiture. Je me suis demandé, est-ce que votre fascination pour les hussards est antérieure ou postérieure à votre accident ?

  • Speaker #1

    Non, c'était antérieur, hélas. Oui,

  • Speaker #0

    donc en fait, à force d'être fasciné par eux, on rire de la vie.

  • Speaker #1

    Ben ouais, mais c'est un romantisme un peu de pacotille, l'accident de voiture, je le recommande à personne. Parce que ça ne vous enrichit pas, finalement, contrairement à ce qu'on dit, la fameuse phrase « tout ce qui ne te tue pas te rend plus fort » , non, c'est faux. Ça te rend plus faible, puisque tu peux plus skier, tu peux plus courir.

  • Speaker #0

    Alors vous avez des séquelles, c'est vrai, encore aujourd'hui ?

  • Speaker #1

    Ah oui, oui, oui, ben oui, j'ai fait.

  • Speaker #0

    C'est-à-dire que vous êtes rempli de bouts de métal ? Ouais.

  • Speaker #1

    J'ai du matériel, comme on appelle ça, des vis cachées dans la jambe.

  • Speaker #0

    Mais du coup, c'est vrai que vous ne pouvez pas skier ?

  • Speaker #1

    Non, comme le pied est bloqué en arthrodèse, parce que j'ai appris un tas de vocabulaire technique, donc on ne peut pas mettre une chaussure de ski, puisque la tige est penchée en avant et le pied est dans le sens contraire. D'accord. Mais je rêve souvent que je skie. Ah,

  • Speaker #0

    d'accord.

  • Speaker #1

    Et ce que ça a changé, c'est que depuis, quand je suis dans une voiture et que je ne suis pas au volant, je regarde la route et je regarde ce qui se passe.

  • Speaker #0

    Vous avez un peu plus peur en bagnole.

  • Speaker #1

    Je n'ai pas peur, mais je regarde tout.

  • Speaker #0

    Vous ne pouvez pas dormir en voiture, par exemple.

  • Speaker #1

    Je me méfie, oui.

  • Speaker #0

    Et alors, vous disiez que vous êtes un peu resté bloqué dans les années 70. Le livre est complètement comme ça. Il y a énormément de références, les musiques, les films, les livres de l'époque. C'est aussi un roman nostalgique, c'est ça qui est étonnant. Comment on fait pour être nostalgique d'une tragédie ?

  • Speaker #1

    Parce que c'était cette année 78, enfin l'année scolaire 77-78, on a vraiment chargé la mule, comme on dit. On s'amusait beaucoup, on sortait tout le temps. Et cette histoire, à mon avis, a été un marqueur, pas seulement pour moi, mais pour tous mes amis et tous les gens de cet âge-là, de voir que... Il pouvait arriver des choses qui n'étaient pas seulement rigolotes. Et aussi, c'était notre premier mort. C'était la première fois que quelqu'un de notre âge mourait. Donc, ça a dû compter. Mais je vous le répète, je n'ai rien appris et heureusement.

  • Speaker #0

    Sa gande toxique, elle dit « Je me suis habitué peu à peu à l'idée de la mort comme à une idée plate. »

  • Speaker #1

    Oui, parce que dans l'ambulance qui m'emmenait à l'hôpital en Espagne, il y a un moment où je me suis senti couler. Je me suis dit « Là, ça y est, c'est fini. » C'était une sensation assez douce d'ailleurs.

  • Speaker #0

    Et vous vous êtes accroché à la vie ou pas du tout ?

  • Speaker #1

    Non, non, non, ça s'est fait comme ça.

  • Speaker #0

    Donc il y a eu un an de souffrance à l'hôpital. Mais aussi, surtout, vous parlez beaucoup de l'ennui. L'ennui d'un jeune homme qui est immobilisé. Il voit ses potes qui viennent le voir et qui vont en sortir en boîte avec.

  • Speaker #1

    Oui, là, je vivais par personne interposée. Et ce qui m'a beaucoup touché à l'époque, c'est qu'il n'y a pas eu... une seule journée où je n'ai pas eu de visite. Et ils passaient, c'était presque le lieu de rendez-vous, et puis ensuite je les voyais s'égayer, partir dans la nuit de Paris. Mais vous êtes tellement en chaos que de toute façon, vous vous habituez, vous êtes très bien. Parce qu'on s'occupe de vous, vous sonnez, on vous apporte ce dont vous avez besoin, vous êtes devenus une espèce de paquet de viande. Et ça, l'être humain s'accommode de tout ça. C'est ça qui est à la fois merveilleux et terrible, c'est que on peut tout supporter.

  • Speaker #0

    Alors vous racontez que vous essayez de rester éveillé quand même jusqu'au cinéma de midi.

  • Speaker #1

    Oui, parce que ce qui me...

  • Speaker #0

    Il n'y avait pas le même nombre de chaînes.

  • Speaker #1

    Il y avait trois chaînes. Moi, je regardais Daniel Gilbert à l'heure du déjeuner. Et je voyais tous les films qui sortaient. Moi, j'étais fou de rage de savoir que Voyage au bout de l'enfer était sur les écrans et que moi, il fallait que je reste... L'œil vert.

  • Speaker #0

    Loin bien.

  • Speaker #1

    Jusqu'au... pour entendre Patrick Brion présenter un film en noir et blanc des années 40 ou 50.

  • Speaker #0

    Un film de Raoul Wach.

  • Speaker #1

    Avec sa voix si particulière.

  • Speaker #0

    Donc c'est votre premier livre, on pourrait dire 100% autobiographique, parce qu'il y a eu parfois des personnages qui vous ressemblaient. Mais finalement, vous avez...

  • Speaker #1

    Ça, je ne voyais pas comment en faire un roman, parce que ce n'est pas très romanesque. Je voulais que ce soit un truc très sec. et le plus vrai possible.

  • Speaker #0

    Dans le livre, Jean-Marie Royer et Gonzague Saint-Brice viennent vous rendre visite à l'hôpital. Vous connaissiez déjà Royer ?

  • Speaker #1

    Oui, parce que à l'époque, j'avais écrit à Jean-Laure Meusson, dont j'avais beaucoup aimé Au plaisir de Dieu. Il était directeur du Figaro. Il m'avait reçu. Moi, avec l'inconscience de cet âge-là, je trouvais ça tout à fait normal. J'étais allé le voir, rue du Louvre, dans son bureau vers midi et dans ma naïveté, je pensais qu'il allait m'inviter à déjeuner dans la foulée. Et bien non, et il m'a dit, comme je préparais une maîtrise sur Drieu à Rochelle, il m'a dit, il y a quelqu'un qui connaît très bien Drieu, parce qu'on ne pouvait pas se fournir en Drieu complètement dans ces années-là. C'est Jean-Marie Roy, j'étais allé voir Jean-Marie dans son appartement rue du Cherche-Midi, il m'avait fait une liste de livres à lire, et il m'avait rappelé, il était venu me voir.

  • Speaker #0

    Il vient vous voir, et Corsac Saint-Brice qui en plus est mort dans un accident de voiture.

  • Speaker #1

    Oui c'est vrai.

  • Speaker #0

    C'est assez fou.

  • Speaker #1

    mais là j'avais vu mon petit succès parce que dans un sac c'est vrai qu'ils venaient me voir les infirmières me respectait parce qu'il était c'était une vedette à l'époque vous n'êtes pas rancunier puisque vous retournez à cadaquès tous les étés ouais il ya un moment où je suis pas allé mais pas pour ça et ben non parce que quand vous y allez est ce que vous voyez des gens va les images non je passe devant la boîte de nuit qui est dans les terres à que à moitié fermé. C'est du vidéo ? Oui, mais qui est devenu un truc techno ou je ne sais quoi. Oui, c'est une façon d'exorciser et puis de dire que ce n'est pas la mort qui va gagner.

  • Speaker #0

    Ah oui, très intéressant dans votre livre, vous parlez des mardis du bus Palladium, quand c'était gratuit pour les filles, et moi j'y allais aussi. Alors peut-être qu'on s'est croisés.

  • Speaker #1

    Ah bah peut-être,

  • Speaker #0

    oui. Au mardi du bus Palladium. Alors, on va faire le jeu devine tes citations. Je rappelle une règle très complète. C'est pour vérifier si vous avez encore de la mémoire après cet accident ancien. Non,

  • Speaker #1

    mais je ne relis jamais mes livres, même quand ils sont réédités. Alors, à mon avis, je vais être nul.

  • Speaker #0

    Non, non, non, non. Donc, des phrases de vous, vous me dites dans quel livre vous allez écrire ça. À la longue, j'entretenais d'assez bons rapports avec la souffrance. Elle était la preuve que j'existais encore.

  • Speaker #1

    Ça doit être là-dedans, non ?

  • Speaker #0

    C'est dans le pas total 2025, parce que la première question est toujours facile. Pauvre... Euh... Et vous ajoutez l'avantage, j'ai trop mal pour avoir peur. Euh...

  • Speaker #1

    C'est là-dedans.

  • Speaker #0

    Oui, oui. Bon, j'aimais bien. Dans le livre, vous citez un titre de livre, mais sans dire qui en est l'auteur. Progrès en amour assez lent.

  • Speaker #1

    Jean Polan.

  • Speaker #0

    C'est de Jean Polan, vous le saviez en fait. Alors, une autre phrase de vous. Elle mordait dans les grains de raisin en fermant très fort les yeux, comme s'il s'était agi de comprimés de cyanure. C'est bien quand même. Oui, oui. Ça donne bien votre style.

  • Speaker #1

    Je ne sais pas.

  • Speaker #0

    Des gras de raisin comme des comprimés de siennes.

  • Speaker #1

    Ça doit être dans un des romans, ça.

  • Speaker #0

    C'est la petite française. 1997. Qui est votre modèle de style ? Vous avez cité Drieu-Larochelle.

  • Speaker #1

    Ah, pas ce style pour le...

  • Speaker #0

    Le Feufolet.

  • Speaker #1

    Ah, le Feufolet, oui, oui. Le Feufolet, oui, ça compte. C'est le seul roman qui a donné un livre, enfin un film, pardon, aussi bien que le... texte original. C'est très rare. Non, moi, c'est Sagan dont on parlait, que j'admire beaucoup, la façon d'écrire. À cet âge-là, les premiers Sagan, c'est un miracle ce qui s'est produit.

  • Speaker #0

    Une autre phrase de vous, ça j'aime beaucoup. Si tu n'es pas sage, tu iras voir le dernier Ozon.

  • Speaker #1

    Ah ça, ça doit être dans un très cher cinéma français.

  • Speaker #0

    2019, voilà.

  • Speaker #1

    C'était facile.

  • Speaker #0

    Non, sans commentaire.

  • Speaker #1

    C'est un peu vache parce qu'il y a pire qu'aux hommes.

  • Speaker #0

    Une autre phrase. Pour un homme, le divorce, c'est comme les anciennes colonies avec la métropole. On vous crache dessus, mais on continue à vous réclamer de l'argent.

  • Speaker #1

    Ça, ça doit être dans Pension Alimentaire. Mais oui,

  • Speaker #0

    vous avez une bonne mémoire.

  • Speaker #1

    Oui, mais parce que... Oui,

  • Speaker #0

    mais c'est vrai que ça... Ça avait d'ailleurs été assez critiqué, ce livre, parce que le politiquement correct commençait... à agir en 2007 et déjà à l'époque on vous a reproché d'avoir été un peu un peu libre de votre ton sur le divorce mais tant pis pour eux une autre phrase, somme toute le snobisme constitue un rempart assez solide contre la barbarie les leçons de snobisme ?

  • Speaker #1

    Non Oui,

  • Speaker #0

    deux ou trois leçons de snobisme, 2007. Vous avez bon partout, sauf une.

  • Speaker #1

    Bravo ! Pas mal, hein ?

  • Speaker #0

    Mais ça, vous le pensez toujours, parce que moi, je trouve que c'est une théorie très intéressante.

  • Speaker #1

    Ah bah oui, ça je crois, oui.

  • Speaker #0

    Le snobisme est le dernier rempart contre la barbarie.

  • Speaker #1

    Mais d'ailleurs, ça n'est plus compris, le snobisme et le second degré qui sont un peu liés, c'est bientôt interdit, à mon avis. Mais pourquoi ?

  • Speaker #0

    Parce que c'est une forme d'exigence, d'être snob, d'être... Non,

  • Speaker #1

    parce que c'est un effort, donc c'est être... se hisser un peu au-dessus de soi-même et essayer d'être mieux qu'on est en réalité. C'est pas mal. C'est une forme de civilisation.

  • Speaker #0

    Oui,

  • Speaker #1

    et puis ça va avec l'humour, ça va avec la culture, ça va avec la douceur de vivre.

  • Speaker #0

    Et aussi, je pense, en art, puisque vous êtes un des meilleurs critiques de cinéma français, non, mais c'est vrai, en art, il y a une forme de snobisme aussi, c'est de toujours détecter... le nouveau film que personne connaît.

  • Speaker #1

    Bien sûr.

  • Speaker #0

    C'est une forme de curiosité, le snobisme.

  • Speaker #1

    Oui, parce qu'on découvre les choses. Et on est partagé entre le désir de les garder pour soi et l'envie de faire découvrir aux autres.

  • Speaker #0

    J'en profite, puisque j'ai un critique de cinéma que je respecte et qui a à peu près les mêmes goûts que moi. Entre le biopic sur Dylan et celui sur Aznavour, lequel des deux il faut choisir ?

  • Speaker #1

    Ah bon, le Dylan, même si on n'aime pas Dylan et qu'on ne supporte pas Chalamet. Le film est une réussite totale parce que c'est pas le bon gros biopic qui part de l'enfance avec un traumatisme, papa battait maman et buvait et qui va jusqu'à la mort. Là, ça s'arrête, ça commence avec Dylan à 20 ans qui débarque à Manhattan, enfin à Brooklyn, et ça s'arrête au festival où il bascule dans l'Electrics qui est un scandale pour les puristes. Et on a tout. toute la sève de cet artiste qui visiblement était arrogant, odieux, très talentueux. Et on découvre aussi, moi je ne savais pas, c'est qu'il n'avait pas du tout cette voix nazillarde qu'on lui connaît au début. Il a appris. Ah oui, il avait...

  • Speaker #0

    Il était malin.

  • Speaker #1

    Il a construit sa statue dès le début.

  • Speaker #0

    Et mais Tahar Rahim, dans le rôle d'Aznavour, il était assez étonnant,

  • Speaker #1

    non ? Vous auriez été très bien le maquillage aussi. C'est ça. Je ne comprends pas l'intérêt de prendre des gens qui ne ressemblent pas du tout à leur modèle, de les maquiller et d'y faire ridicule aussi dans le film. Et puis là aussi, c'est le truc qui déroule ça comme un gros pudding de l'enfance jusqu'à la mort. Non, je ne vois pas l'intérêt.

  • Speaker #0

    Pour alors, plutôt Dylan. Il y a une autre rubrique importante, j'ai affaire à un professionnel, vous êtes également critique littéraire d'ailleurs. de romans étrangers, Figaro littéraire.

  • Speaker #1

    J'ai mis 25 ans à y arriver. Parler des romans français comme vous le faites, c'est quand même pas une sinecure.

  • Speaker #0

    Et pourquoi d'ailleurs ce choix de faire que les étrangers ? C'est parce que vous trouvez que vraiment le niveau de la littérature...

  • Speaker #1

    Parce qu'il y a déjà eu deux tamis. Il faut que ce soit sorbité dans le pays en question et qu'un traducteur français s'en soit occupé. Donc il y a deux fois plus de chances que deux fois.

  • Speaker #0

    Oui, on publie moins les mauvais manuscrits, c'est ça que vous voulez dire. Donc vos conseils de lecture, c'est...

  • Speaker #1

    je suis très curieux de voir ce que vous allez me dire en tant que grand professionnel un livre qui donne envie de pleurer mais je n'ai jamais pleuré en lisant un livre jamais jamais au cinéma oui mais avec des livres jamais au cinéma je pleurais à la fin de nos plus belles années avec redford et je pleure deux fois devant vincent françois paul et les autres à l'infarctus de mon temps et à la colère de piccoli

  • Speaker #0

    et vous pleurez ?

  • Speaker #1

    Les livres, non.

  • Speaker #0

    Et Woody Allen ? Moi, Annie Hall me fait pleurer à chaque fois.

  • Speaker #1

    Non, Woody Allen me fait rire. Mais il y a des livres qui me font rire. C'est très rare, mais il y en a eu deux dans ma vie où j'ai ri comme devant une comédie au cinéma. C'est Le banquet des léopards d'Alfrance Boudard qui se passe pendant la débatte de 40. Et Roman Fleuve de Philiberum qui est sorti il y a 2-3 ans. Et je riais tout seul. Et ça, c'est tellement rare. que quel bienfait.

  • Speaker #0

    Donc, justement, un livre pour arrêter de pleurer,

  • Speaker #1

    vous avez vu ? Il ne faut jamais arrêter de pleurer.

  • Speaker #0

    Si vous n'y arrivez pas.

  • Speaker #1

    Ah oui, mais on peut pleurer pour autre chose qu'un livre.

  • Speaker #0

    Un livre pour s'ennuyer ?

  • Speaker #1

    Tout, Claude Simon. Je vais essayer d'en lire un, mais j'ai eu l'impression de me mettre de la farine dans la bouche. C'était épouvantable. Une sensation, une vraie douleur. J'aurais voulu prendre un peu de pain total pour me lutter contre ce mal des éditions de minuit.

  • Speaker #0

    Un livre pour crâner dans la rue.

  • Speaker #1

    Les petits malins de Pascal Jardin, qui est son premier roman que personne n'a, qui ne figure pas dans ses oeuvres complètes. Il avait écrit ça à 20 ans et c'était sorti chez Pierre Auré. Et c'est pas mal du tout. C'est un petit polar et sur la quatrième de couverture, il a écrit Il y a beaucoup de morts, mais dans Shakespeare aussi. Et puis,

  • Speaker #0

    c'est vrai que c'était snob. Ah bah oui. Ça c'est snob. Un livre qui rend intelligent.

  • Speaker #1

    Les mémoires de Jean-François Revelle, ça m'avait bluffé ça, quand j'avais lu ça, qu'il devait s'appeler Le voleur dans la maison vide, ou quelque chose comme ça. Et c'était comme ses chroniques du point, c'est tellement lumineux, écrit dans une langue parfaite. Et c'était agaçant, parce qu'on se disait, surtout, il avait raison. Oui,

  • Speaker #0

    et surtout, en lisant ce genre de livre, Le lecteur a l'impression de tout comprendre, que tout est clair, et quand on le referme, on est incapable d'expliquer.

  • Speaker #1

    On a l'impression qu'on se dit, ce Reveil est d'accord avec moi, mais on n'avait pas pensé à ce qu'il disait avant.

  • Speaker #0

    Un livre pour séduire ?

  • Speaker #1

    Les Pianos Mécaniques d'Henri-François Rey, qui se passe à Cadaquès, pour emmener une fille à Cadaquès.

  • Speaker #0

    Mais à ce moment-là, il ne faut pas que ce soit vous qui conduisiez.

  • Speaker #1

    Non, non, non. Maintenant, je connais la route, je sais.

  • Speaker #0

    Un livre que je regrette d'avoir lu ?

  • Speaker #1

    La semaine sainte d'Aragon, parce que j'ai attendu très très longtemps, tout le monde m'en parlait, et ça m'est tombé les mains. Bizarrement, j'ai trouvé ça complètement artificiel, surfait, et je ne l'ai pas fini, et ça me rend triste, parce que je pensais que c'était le meilleur livre d'Aragon qu'on cachait, et non, c'est Aurélien.

  • Speaker #0

    Ça reste Aurélien, oui. Un livre que je fais semblant d'avoir fini ?

  • Speaker #1

    Celui que je suis en train d'écrire quand j'en parle à mon déditeur.

  • Speaker #0

    Le livre que j'aurais aimé écrire ?

  • Speaker #1

    Il y en a deux. Côté français, ce serait Un Taxi Mauve de Michel Déon. Parce que je trouve que c'est d'un romanesque absolu avec l'Irlande, ses personnages de femmes et puis ce narrateur solitaire dont on devine qu'il cache un secret. américain un bonheur parfait de james elter sur l'histoire d'un couple qui qui va se déliter je trouve ça magnifique avec ce titre ironique quel est le pire livre que vous ayez jamais lu de votre vie c'est l'embarras du choix c'est peut-être

  • Speaker #0

    la maison de jade de madelaine chapsal que j'avais lu avec tilly nal dans le wagon restaurant du capitole qui nous ramène la foire de brie vers rue on lisait sa voix haute et les serveurs étaient venus avec leur veste blanche autour de la table en disant vous inventez vous inventez et on leur montrait que c'était faux mais bon la pauvre madelaine chapsal on savait pas à l'époque qu'elle allait faire des émules et que des livres comme ça, il y en aurait... 10 par mois.

  • Speaker #1

    Et enfin, le livre que vous lisez en ce moment ?

  • Speaker #0

    C'est joli, j'ai découvert l'écrivain José Giovanni.

  • Speaker #1

    Tiens ! Et c'est épatant. C'est du polar ?

  • Speaker #0

    C'est des séries noires, dont on a souvent tiré des films. Clas de Toïs, c'est excellent comme polar. Et c'est écrit, c'est un très bon styliste. dont Enrico avait fait un film avec Belmondo, c'est très très bon aussi. Et là, je vais lire La Scumoune, dont Giovanni a tiré deux films, un nommé La Roca et La Scumoune. Et les deux avec Belmondo, ce qui est très...

  • Speaker #1

    Mais pourquoi tout d'un coup, vous vous mettez à lire José Giovanni en 2025 ? Qu'est-ce qui vous a conduit là ?

  • Speaker #0

    Parce que Gallimard a réédité en série noire Classe Touriste, parce que... Je me suis dit, je n'ai jamais lu, pourquoi ? Ça a été pour moi un choc et une révélation. J'en parle à tout le monde.

  • Speaker #1

    Formidable. Alors, cher confrère, j'aimerais aussi vous poser quelques questions sur votre méthode de travail. Parce que les gens qui nous regardent beaucoup rêvent d'être écrivains, d'être publiés, et puis ils écrivent aussi parfois. Donc c'est utile de savoir comment travaillent les romanciers. Alors, est-ce qu'il y a déjà un endroit particulier où vous écrivez, où vous écrivez n'importe où ?

  • Speaker #0

    Non, j'écris chez moi. Vous avez un bureau ? J'ai une grande table et le bureau, il y a tellement de papier, de bouquins dessus qu'on ne peut pas s'y installer.

  • Speaker #1

    Donc vous êtes dans la cuisine ou dans la salle à manger ?

  • Speaker #0

    C'est une pièce qui fait tout. Il y a une table qui est plus grande que celle-là, qui doit faire 5 mètres de long presque, et je me mets là-dessus. D'accord. Parce que j'admire toujours ceux qui disent « j'écris dans les cafés, sur un banc, dans les jardins » . Je trouve qu'écrire, c'est un truc un peu dégoûtant et il vaut mieux faire ça. Caché chez toi. Ah oui, oui.

  • Speaker #1

    Et est-ce que vous avez des horaires précis ou vous attendez d'avoir l'inspiration ?

  • Speaker #0

    Pas d'horaires précis, mais jamais plus de deux heures. Au bout de deux heures, j'en ai marre, j'ai envie de faire autre chose, de lire un livre, d'aller au restaurant.

  • Speaker #1

    Et puis d'aller au cinéma.

  • Speaker #0

    D'aller au cinéma, oui. Mais... Non, mais parce qu'il faut écrire seulement s'il n'y a rien de plus intéressant à faire. Personne ne vous y oblige, donc il faut en profiter.

  • Speaker #1

    Et c'est plutôt le matin ou le soir ?

  • Speaker #0

    Lui. tôt l'après midi est ce que d'ailleurs est ce que c'est après un déjeuner arrosé ou sobre plutôt sobre mais non parce que ça c'est aussi une gaminerie de penser qu'à cause de blondin de fitzgerald et miway ça

  • Speaker #1

    va aider non non c'est mais miway il disait faut écrire ivre mais corriger sobre ouais c'est ça le bon conseil donc vous n'êtes pas l'inversé parce que c'est pour donner quelque chose à écrire sobre et corriger bourré Vous êtes plutôt ordinateur ou feutre ? Stylo,

  • Speaker #0

    stylo à plumes ou stylo bic.

  • Speaker #1

    Donc après vous rentrez tout dans un ordinateur ou vous tapez à la machine ?

  • Speaker #0

    Non, à l'ordinateur puisqu'il n'y a plus de machine à l'univers maintenant. Comme je ne sais pas très bien m'en servir, ça me prend un temps fou. Je ne sais pas retrouver les pages alors que quand c'était de taper à la machine, on avait les feuilles, on corrigeait à la main. Mais au départ c'était à la main.

  • Speaker #1

    Et combien de cimes par jour ? Est-ce qu'il y a une quantité ? Vous imposez ? Non, non. Ah, mais il y en a plein qui font ça.

  • Speaker #0

    Ben, peut-être. Non, non.

  • Speaker #1

    Donc, tant que ça va, que ça vous plaît, vous gardez et vous continuez.

  • Speaker #0

    Voilà, je garde. C'est des feuilles volantes. Et puis après, je les recopie.

  • Speaker #1

    Vous avez un carnet de notes que vous trimballez sur vous ou pas du tout ?

  • Speaker #0

    Non, c'est vous qui faites ça. Oui, c'est vrai. Comme Mads Neff. Ça va. Non, j'ai un carnet. mais qui est à la maison et de temps en temps je note des petits trucs.

  • Speaker #1

    Mais par exemple quand...

  • Speaker #0

    Mais alors c'est dangereux parce que je ne sais jamais si je les ai utilisés ou pas déjà. Oui. Alors ?

  • Speaker #1

    Ce n'est pas grave. On peut les ressortir plusieurs fois.

  • Speaker #0

    Oui, oui. Personne ne s'en aperçoit de toute façon. Non, mais il suffit de s'y mettre. Puis c'est rare qu'on ait des éclairs de génie pour noter quelque chose.

  • Speaker #1

    Non, mais quelquefois si on a une idée et qu'on ne la note pas,

  • Speaker #0

    elle est pas... Ah oui, oui, oui. Non, puis à l'inverse aussi, c'est les idées géniales dans la nuit qu'on note. Quand on se réfère, on est consterné. Oui.

  • Speaker #1

    Et quand vous allez voir un film, par exemple, pour votre travail de critique, est-ce que vous prenez des notes sur les dialogues ou des idées ?

  • Speaker #0

    Non.

  • Speaker #1

    Non, vous avez une bonne mémoire alors.

  • Speaker #0

    Après, je prends deux, trois notes de temps en temps. En sortant de la salle. Oui. Sinon, je me refais le film dans la tête. Oui,

  • Speaker #1

    oui. Alors là, il y a... Ah oui, c'est une question très précise. Quand vous faites un roman, est-ce que vous faites un plan ou pas de plan du tout ?

  • Speaker #0

    Non, pas de plan, mais il me faut la première et la dernière phrase et ensuite je comble les blancs.

  • Speaker #1

    Entre les deux. Les ventes, est-ce que vos ventes montent, descendent, stagnent ? C'est la dernière question, c'est la plus désagréable.

  • Speaker #0

    Pas du tout. Quand on a appris les ventes montent... et quand on n'en a pas, ce n'est pas le même score, mais c'est à peu près la même chose.

  • Speaker #1

    Mais moi, je pense que ce livre-là va avoir plus de succès que les autres, parce qu'il est très différent venant de vous, et il n'est pas du tout impudique, il est vraiment touchant, vraiment humain.

  • Speaker #0

    Je vous remercie.

  • Speaker #1

    Je recommande « Pain total » d'Éric Nehoff, vous l'avez compris, chez Albain Michel. Merci infiniment, Éric Nehoff, d'être... d'être venu...

  • Speaker #0

    Merci à vous. ...

  • Speaker #1

    ensemble chez La Pérouse. Et la semaine prochaine, je recevrai Jean-Louis Hésine, un autre ancien du masque et la plume.

  • Speaker #0

    C'est une reconstitution de l'Igne d'Istoute.

  • Speaker #1

    En tout cas, vous nous manquez au masque et la plume. Mon cher Eric.

  • Speaker #0

    Vous aussi.

  • Speaker #1

    Merci beaucoup d'être venu. Donc j'invite tout le monde à lire Pain Total qui est un de vos meilleurs livres chez Albain Michel. Merci à toute l'équipe, aux télés, à Chloé, ma fille, qui organise avec moi l'émission. Et n'oubliez pas, lisez des livres pour ne pas mourir idiot.

Description

Ma conversation avec Eric Neuhoff n'a pas été réalisée sous pentothal. Et pourtant je ne l'ai jamais connu aussi sincère. Son dernier livre agirait-il sur lui comme un sérum de vérité ?


Hébergé par Ausha. Visitez ausha.co/politique-de-confidentialite pour plus d'informations.

Transcription

  • Speaker #0

    Bonsoir Eric Neuf.

  • Speaker #1

    Bonsoir Frédéric.

  • Speaker #0

    Bienvenue dans Conversations chez la Pérouse pour votre nouveau livre. Est-ce que c'est un roman ou un récit ?

  • Speaker #1

    C'est un récit. Peintre. Une confession même. Oui,

  • Speaker #0

    une confession très intime, parue chez Albain Michel. Donc c'est… mais d'abord on a un générique. Eh oui, on en voit le générique.

  • Speaker #1

    C'est le mieux.

  • Speaker #0

    Et c'est reparti avec ce très très beau générique. En fait, ça consiste principalement à regarder ma photo. Alors, vous êtes un écrivain souvent primé, prix interallié.

  • Speaker #1

    J'aime mieux être primé que déprimé.

  • Speaker #0

    C'est vrai, mais c'est hallucinant. La petite française a eu l'interallié en 97. Vous avez eu le grand prix du roman de l'Académie française pour Un Bien Fou en 2001. Le prix Renaud d'Oessen en 2019. Pour très cher cinéma français. Au pamphlet.

  • Speaker #1

    À cause de vous.

  • Speaker #0

    Oui, c'est ma faute. Le prix Nimier, ça c'est très chic. Pour Léon Lange de Laetitia, en 90. Le prix des Deux Magots, pour Barba Papa, 95. En fait,

  • Speaker #1

    vous avez eu le prix... Le prix Caz. Oui. J'ai pas eu le prix de Flore.

  • Speaker #0

    Le prix de la Brasserie Lille. C'est ça, le prix Caz. Le prix Vaudville aussi.

  • Speaker #1

    Aussi.

  • Speaker #0

    Dès qu'il y a un prix dans un restaurant, vous l'avez.

  • Speaker #1

    Oui. Moi, j'ai toujours écrit la bouche pleine.

  • Speaker #0

    Donc, vous avez mis 46 ans à oser parler de ce qui vous est arrivé en 1978 sur une route près de Cadaquès, dans une Peugeot

  • Speaker #1

    204 cabriolet.

  • Speaker #0

    Alors, qu'est-ce qui est passé ?

  • Speaker #1

    C'est ce que j'ai essayé de savoir en écrivant ce livre, parce que les gens disent souvent que quand on a un accident de voiture, c'est un trou noir. Et le fait est que je ne me souviens de rien, sauf qu'on était sur cette route, on allait dans une boîte de nuit, et la dernière image que j'ai vue, c'était dans les phares, le bas-côté, la poussière, et au bout, la pile en pierre d'un petit pont.

  • Speaker #0

    Donc en fait,

  • Speaker #1

    ça s'arrête là, et je me suis dit que peut-être qu'en écrivant, j'allais découvrir ce qui était arrivé, et bien hélas non, je ne saurais jamais. Donc j'ai mis une seconde et... 46 ans à parler de ça.

  • Speaker #0

    Et vous n'aviez pas de ceinture de sécurité. Non. C'est ça qui vous a sauvé.

  • Speaker #1

    Oui. C'était une décapotable. C'était la première fois que je montais dans une décapotable. Alors, c'était très grisant la nuit, le vent, les étoiles qu'on voyait. Et j'ai eu la chance d'être éjecté. Et l'ami qui conduisait, lui, hélas, ne s'en est pas sorti. Oui.

  • Speaker #0

    Il se prénommait Olivier. C'est ça. Vous écrivez « La nuit est plus noire que jamais » . autour les couleurs vibrées. Alors, ce qui m'intéresse, c'est le changement de temporalité entre les deux phrases. La nuit est plus noire que jamais, c'est au présent, et autour les couleurs vibrées, on est à l'imparfait. Comment choisissez-vous le temps des phrases ?

  • Speaker #1

    Là, c'était pour rendre compte un peu de cet état très spécial quand vous rouvrez un œil après un accident. Moi, j'étais allongé sur le bitume de la route et on ne sait vraiment plus où on est, donc on ne sait plus. quelle heure il est, qui on est, ce qu'on a fait, on est dans une espèce d'espace très curieux, et tout a l'air bizarre, on ne sait pas si ça dure une heure ou une seconde, et j'ai essayé de retranscrire toutes ces sensations en écrivant ce livre.

  • Speaker #0

    Le livre est écrit, comme d'habitude chez vous, mais peut-être encore plus, avec des phrases très courtes. Est-ce qu'on peut, finalement peut-être on ne peut pas décrire un accident de la route à la Proust, vous voyez, on est obligé de faire des phrases. De vitesse,

  • Speaker #1

    quoi. Oui, parce que tout vous arrive de façon saccadée. En plus, vous vous reprenez vainement conscience, vous vous évanouissez à nouveau. Donc, tout est très, très rapide. Et surtout, tout est nouveau et tellement mystérieux. Vous vous demandez dans quoi vous vous réveillez.

  • Speaker #0

    Alors, concrètement, vous êtes transporté à l'hôpital de Garches ?

  • Speaker #1

    Le lendemain, oui, parce que je suis allé dans un hôpital à Géronne, d'abord, puisque c'était en Espagne. Et l'heure. Le lendemain, un avion d'Europe Assistance m'a emmené à Garches et c'était mon baptême de l'air. Je n'étais jamais monté dans un avion.

  • Speaker #0

    Première fois que vous prenez l'avion, c'est la première phrase du livre. La première fois que j'ai pris l'avion, c'était avec Europe Assistance. En fait, vous êtes sponsorisé par Europe Assistance ? Pour ceux, c'est insipide.

  • Speaker #1

    Et peut-être qu'ils m'offriront un jet privé. Oui,

  • Speaker #0

    écoutez, je vous le souhaite. 12 mois d'hôpital, là on ne vous dit pas tout de suite que le conducteur est mort.

  • Speaker #1

    Non, on a bien fait d'ailleurs, parce que l'idée c'était de survivre et puis de se retrouver. Et puis surtout on ne pense pas que ça va durer 12 mois. J'ai été persuadé que, comme c'était le week-end du 14 juillet, qu'en septembre, après un petit peu de rééducation, tout repartirait comme avant. Ça dure 12 mois, mais on s'habitue. C'est ça qui est terrible, c'est que le temps n'a plus du tout la même durée.

  • Speaker #0

    Et on vous disait, quand est-ce que vous l'avez su que le conducteur était mort ?

  • Speaker #1

    À force de poser des questions, un jour mes parents m'ont dit, tu sais, il ne s'en est pas sorti.

  • Speaker #0

    À votre avis, pourquoi avoir attendu ? 46 ans, est-ce que c'est parce que vous avez oublié, comme vous le disiez en commençant, ou est-ce que c'est parce que, comme vous le racontez à la fin du livre, vous avez eu une chute d'escalier et tout d'un coup tout est revenu ? Est-ce que c'est ça ?

  • Speaker #1

    Non, non, parce que j'avais commencé le livre avant d'avoir la chute d'escalier, qui m'a ramené complètement dans le passé, parce que je me suis retrouvé à nouveau avec des béquilles, enfin des cannes anglaises plus exactement, parce que c'est le vrai terme exact. C'est surtout un ami éditeur qui m'a dit « tu devrais raconter ça » , Thibault de Montaigu pour ne pas le citer. Et du coup je me suis dit « bon allons-y, voyons ce que ça va donner » . Et sans doute que c'était le moment, mais j'aurais peut-être dû le faire avant, parce que comme ça mes parents auraient pu le lire. Mais là, du coup, s'ils le lisent, mes fils sauront peut-être qui était leur père à un âge plus jeune que celui qu'ils ont aujourd'hui.

  • Speaker #0

    Et j'imagine que vous devez beaucoup les protéger ou en tout cas avoir très peur pour eux quand ils font la fête.

  • Speaker #1

    Ah bah oui, on y pense beaucoup. Et d'ailleurs, heureusement qu'il y a les parents dans ces cas-là, parce que s'ils n'avaient pas été là, je ne sais pas ce qui se serait passé en 78. Oui,

  • Speaker #0

    en fait, il faut bien se rendre compte qu'à l'époque, il n'y a pas les téléphones portables.

  • Speaker #1

    Et dans cet endroit de la Catalogne, il n'y avait pas de téléphone fixe dans les maisons. Il y avait juste dans la crique une famille qui avait un poste. Et je sais pas comment... ce qui s'est passé. En fait,

  • Speaker #0

    vous avez dû rester assez longtemps sur le bas-côté.

  • Speaker #1

    Ouais, j'imagine, ouais. Et je sais que quand mes parents sont arrivés à l'espèce de petit hôpital où j'étais pas, en plus, on leur a dit, il y en a un des deux qui est mort et ils savaient pas lequel. Donc je pense que ça a dû remuer pas mal, ouais. Et j'avais en tête, le seul truc, c'est que j'ouvrais un peu les yeux. Je voulais dire que... Mon frère était dans une voiture devant avec un polo de rugby rayé vert et blanc, je crois. Et comme je parlais très mal espagnol, et vu l'état dans lequel j'étais, c'était une catastrophe. Mais on se raccroche à des trucs comme ça.

  • Speaker #0

    Bien sûr. Et moi, j'ai pensé aussi au livre de Bruno de Stabenrath, Cavalcade. Mais lui a eu une moindre chance que vous. Il est toujours vivant, mais il a un fauteuil roulant. Vous n'êtes pas passé loin aussi de ça.

  • Speaker #1

    Ça aurait pu, vous savez. Ça dépend pas de vous, il y a un moment, vous vous laissez prendre en main par la médecine.

  • Speaker #0

    Mais vous avez risqué vraiment la mort et la paralysie ? Aujourd'hui on vous le dit ou pas ?

  • Speaker #1

    J'ai risqué l'amputation je pense, mais la mort sans doute au début, parce que les premiers jours c'était un peu tangent. Et puis après l'organisme est bien fait, on peut tout endurer, la douleur ça s'oublie hélas. Mais quand elle est là, c'est vraiment une emmerdeuse. Elle prend toute la place. C'est horrible parce qu'on ne pense qu'à ça. On devient une machine à lutter contre la douleur et à vouloir l'effacer.

  • Speaker #0

    Et probablement à l'époque, on n'utilisait pas les mêmes produits. Alors d'où le titre du livre, Pain Total. Je ne sais pas très bien ce que c'est que le Pain Total.

  • Speaker #1

    Moi non plus, mais c'est ce qu'on vous injectait pour l'anesthésie générale. Mais apparemment aujourd'hui, c'est un autre produit plus sophistiqué. Le Propofol. Oui. Et je pense que les anesthésies, maintenant, sont à la seconde près, alors qu'avant, la dose était quand même massive.

  • Speaker #0

    Mais je veux dire, on vous donnait des produits contre la douleur ou pas tellement ? Parce qu'aujourd'hui, les gens, les accidentés, ont des pompes à morphine, et c'est eux qui gèrent leur propre...

  • Speaker #1

    Non, moi, je n'avais pas de pompe à morphine, mais on vous donnait des cachets. Il devait y avoir un peu d'opium dedans, mais...

  • Speaker #0

    Oui, ça m'a fait penser évidemment à ce qu'a écrit Sagan, qui, après son accident de l'été 1957, elle a écrit un livre qui s'appelle Toxic, publié en 1964. Alors elle, c'était du palphium, mais elle est devenue addict à cette drogue et est devenue ensuite toxico toute sa vie. Et vous, vous avez échappé à cette malédiction ?

  • Speaker #1

    Non, parce que moi, je ne regardais pas un tellement bon souffle. Oh, ok. Et puis je...

  • Speaker #0

    Vous n'avez pas eu de manque de films ou de choses comme ça ?

  • Speaker #1

    Non, j'ai eu un manque de sorties, de films, mais un manque de calmant, pas tellement. Et puis j'ai toujours pensé à la phrase de Maurice Renay qui disait « Je ne me drogue pas parce que je me vois mal en train de lever ma seringue à la santé de mes amis » que j'ai laissé tomber. Mais il y a d'autres gens qui se chargent de maintenir la tradition.

  • Speaker #0

    Est-ce que vous vous considérez comme un survivant depuis 1978 ?

  • Speaker #1

    Je serais bien présenteux, non. Mais je me demande si je ne suis pas resté éternellement quand je gratte un peu le type de 22 ans étendu sur cette route catalane en pleine nuit.

  • Speaker #0

    Oui, c'est ça. Vous n'êtes jamais sorti de cet accident.

  • Speaker #1

    C'est peut-être la chose la plus importante qui me soit arrivée quand je réfléchis. Et j'ai voulu du coup voir si ça m'avait appris quelque chose. essayer de transmettre aux gens cette expérience-là, qui n'est pas donnée à tout le monde, heureusement.

  • Speaker #0

    Si vous n'avez pas parlé de cet événement pendant 46 ans, est-ce que ce n'est pas aussi parce que vous ne vouliez pas participer à la compétition de traumatiser qu'est la littérature contemporaine ?

  • Speaker #1

    Un petit peu, et puis moi je préfère le roman à l'auto-fiction, c'est le cas de le dire.

  • Speaker #0

    C'était de la pudeur ou c'était que... Voilà, vous vous dites...

  • Speaker #1

    Non, je pensais que ça ne ferait ni page, mais la bizarrerie, c'est que quand je me suis mis à écrire, toutes les sensations sont venues, les images, les odeurs, la tête des infirmières, les blouses des médecins, le bruit des claquettes sur le linoleum de la chambre, les coups de balai que donnait la femme de ménage dans le pied du lit, ce qui m'énervait beaucoup.

  • Speaker #0

    Est-ce que... Votre attitude avec la vie a changé après cet accident ? Est-ce que vous diriez, par exemple, vous avez pris moins de risques, moins fait la fête ? Je sais que non.

  • Speaker #1

    Non, mais ça m'a appris une chose, c'est que depuis, je pense que rien de grave ne peut m'arriver. Que le pire est passé et que tout est bon à prendre. La rigolade, les chagrins, les divorces. Tout est bien. Moi, je ne peux pas m'ennuyer. Ah oui,

  • Speaker #0

    c'est bien.

  • Speaker #1

    Je ne peux pas être déprimé, comme je vous disais, parce que je ne m'ennuie jamais.

  • Speaker #0

    Alors, vous êtes fasciné par les hussards, notamment par Roger Nimier, Jean-René Huguenin, qui tous deux sont morts dans un accident de voiture. Je me suis demandé, est-ce que votre fascination pour les hussards est antérieure ou postérieure à votre accident ?

  • Speaker #1

    Non, c'était antérieur, hélas. Oui,

  • Speaker #0

    donc en fait, à force d'être fasciné par eux, on rire de la vie.

  • Speaker #1

    Ben ouais, mais c'est un romantisme un peu de pacotille, l'accident de voiture, je le recommande à personne. Parce que ça ne vous enrichit pas, finalement, contrairement à ce qu'on dit, la fameuse phrase « tout ce qui ne te tue pas te rend plus fort » , non, c'est faux. Ça te rend plus faible, puisque tu peux plus skier, tu peux plus courir.

  • Speaker #0

    Alors vous avez des séquelles, c'est vrai, encore aujourd'hui ?

  • Speaker #1

    Ah oui, oui, oui, ben oui, j'ai fait.

  • Speaker #0

    C'est-à-dire que vous êtes rempli de bouts de métal ? Ouais.

  • Speaker #1

    J'ai du matériel, comme on appelle ça, des vis cachées dans la jambe.

  • Speaker #0

    Mais du coup, c'est vrai que vous ne pouvez pas skier ?

  • Speaker #1

    Non, comme le pied est bloqué en arthrodèse, parce que j'ai appris un tas de vocabulaire technique, donc on ne peut pas mettre une chaussure de ski, puisque la tige est penchée en avant et le pied est dans le sens contraire. D'accord. Mais je rêve souvent que je skie. Ah,

  • Speaker #0

    d'accord.

  • Speaker #1

    Et ce que ça a changé, c'est que depuis, quand je suis dans une voiture et que je ne suis pas au volant, je regarde la route et je regarde ce qui se passe.

  • Speaker #0

    Vous avez un peu plus peur en bagnole.

  • Speaker #1

    Je n'ai pas peur, mais je regarde tout.

  • Speaker #0

    Vous ne pouvez pas dormir en voiture, par exemple.

  • Speaker #1

    Je me méfie, oui.

  • Speaker #0

    Et alors, vous disiez que vous êtes un peu resté bloqué dans les années 70. Le livre est complètement comme ça. Il y a énormément de références, les musiques, les films, les livres de l'époque. C'est aussi un roman nostalgique, c'est ça qui est étonnant. Comment on fait pour être nostalgique d'une tragédie ?

  • Speaker #1

    Parce que c'était cette année 78, enfin l'année scolaire 77-78, on a vraiment chargé la mule, comme on dit. On s'amusait beaucoup, on sortait tout le temps. Et cette histoire, à mon avis, a été un marqueur, pas seulement pour moi, mais pour tous mes amis et tous les gens de cet âge-là, de voir que... Il pouvait arriver des choses qui n'étaient pas seulement rigolotes. Et aussi, c'était notre premier mort. C'était la première fois que quelqu'un de notre âge mourait. Donc, ça a dû compter. Mais je vous le répète, je n'ai rien appris et heureusement.

  • Speaker #0

    Sa gande toxique, elle dit « Je me suis habitué peu à peu à l'idée de la mort comme à une idée plate. »

  • Speaker #1

    Oui, parce que dans l'ambulance qui m'emmenait à l'hôpital en Espagne, il y a un moment où je me suis senti couler. Je me suis dit « Là, ça y est, c'est fini. » C'était une sensation assez douce d'ailleurs.

  • Speaker #0

    Et vous vous êtes accroché à la vie ou pas du tout ?

  • Speaker #1

    Non, non, non, ça s'est fait comme ça.

  • Speaker #0

    Donc il y a eu un an de souffrance à l'hôpital. Mais aussi, surtout, vous parlez beaucoup de l'ennui. L'ennui d'un jeune homme qui est immobilisé. Il voit ses potes qui viennent le voir et qui vont en sortir en boîte avec.

  • Speaker #1

    Oui, là, je vivais par personne interposée. Et ce qui m'a beaucoup touché à l'époque, c'est qu'il n'y a pas eu... une seule journée où je n'ai pas eu de visite. Et ils passaient, c'était presque le lieu de rendez-vous, et puis ensuite je les voyais s'égayer, partir dans la nuit de Paris. Mais vous êtes tellement en chaos que de toute façon, vous vous habituez, vous êtes très bien. Parce qu'on s'occupe de vous, vous sonnez, on vous apporte ce dont vous avez besoin, vous êtes devenus une espèce de paquet de viande. Et ça, l'être humain s'accommode de tout ça. C'est ça qui est à la fois merveilleux et terrible, c'est que on peut tout supporter.

  • Speaker #0

    Alors vous racontez que vous essayez de rester éveillé quand même jusqu'au cinéma de midi.

  • Speaker #1

    Oui, parce que ce qui me...

  • Speaker #0

    Il n'y avait pas le même nombre de chaînes.

  • Speaker #1

    Il y avait trois chaînes. Moi, je regardais Daniel Gilbert à l'heure du déjeuner. Et je voyais tous les films qui sortaient. Moi, j'étais fou de rage de savoir que Voyage au bout de l'enfer était sur les écrans et que moi, il fallait que je reste... L'œil vert.

  • Speaker #0

    Loin bien.

  • Speaker #1

    Jusqu'au... pour entendre Patrick Brion présenter un film en noir et blanc des années 40 ou 50.

  • Speaker #0

    Un film de Raoul Wach.

  • Speaker #1

    Avec sa voix si particulière.

  • Speaker #0

    Donc c'est votre premier livre, on pourrait dire 100% autobiographique, parce qu'il y a eu parfois des personnages qui vous ressemblaient. Mais finalement, vous avez...

  • Speaker #1

    Ça, je ne voyais pas comment en faire un roman, parce que ce n'est pas très romanesque. Je voulais que ce soit un truc très sec. et le plus vrai possible.

  • Speaker #0

    Dans le livre, Jean-Marie Royer et Gonzague Saint-Brice viennent vous rendre visite à l'hôpital. Vous connaissiez déjà Royer ?

  • Speaker #1

    Oui, parce que à l'époque, j'avais écrit à Jean-Laure Meusson, dont j'avais beaucoup aimé Au plaisir de Dieu. Il était directeur du Figaro. Il m'avait reçu. Moi, avec l'inconscience de cet âge-là, je trouvais ça tout à fait normal. J'étais allé le voir, rue du Louvre, dans son bureau vers midi et dans ma naïveté, je pensais qu'il allait m'inviter à déjeuner dans la foulée. Et bien non, et il m'a dit, comme je préparais une maîtrise sur Drieu à Rochelle, il m'a dit, il y a quelqu'un qui connaît très bien Drieu, parce qu'on ne pouvait pas se fournir en Drieu complètement dans ces années-là. C'est Jean-Marie Roy, j'étais allé voir Jean-Marie dans son appartement rue du Cherche-Midi, il m'avait fait une liste de livres à lire, et il m'avait rappelé, il était venu me voir.

  • Speaker #0

    Il vient vous voir, et Corsac Saint-Brice qui en plus est mort dans un accident de voiture.

  • Speaker #1

    Oui c'est vrai.

  • Speaker #0

    C'est assez fou.

  • Speaker #1

    mais là j'avais vu mon petit succès parce que dans un sac c'est vrai qu'ils venaient me voir les infirmières me respectait parce qu'il était c'était une vedette à l'époque vous n'êtes pas rancunier puisque vous retournez à cadaquès tous les étés ouais il ya un moment où je suis pas allé mais pas pour ça et ben non parce que quand vous y allez est ce que vous voyez des gens va les images non je passe devant la boîte de nuit qui est dans les terres à que à moitié fermé. C'est du vidéo ? Oui, mais qui est devenu un truc techno ou je ne sais quoi. Oui, c'est une façon d'exorciser et puis de dire que ce n'est pas la mort qui va gagner.

  • Speaker #0

    Ah oui, très intéressant dans votre livre, vous parlez des mardis du bus Palladium, quand c'était gratuit pour les filles, et moi j'y allais aussi. Alors peut-être qu'on s'est croisés.

  • Speaker #1

    Ah bah peut-être,

  • Speaker #0

    oui. Au mardi du bus Palladium. Alors, on va faire le jeu devine tes citations. Je rappelle une règle très complète. C'est pour vérifier si vous avez encore de la mémoire après cet accident ancien. Non,

  • Speaker #1

    mais je ne relis jamais mes livres, même quand ils sont réédités. Alors, à mon avis, je vais être nul.

  • Speaker #0

    Non, non, non, non. Donc, des phrases de vous, vous me dites dans quel livre vous allez écrire ça. À la longue, j'entretenais d'assez bons rapports avec la souffrance. Elle était la preuve que j'existais encore.

  • Speaker #1

    Ça doit être là-dedans, non ?

  • Speaker #0

    C'est dans le pas total 2025, parce que la première question est toujours facile. Pauvre... Euh... Et vous ajoutez l'avantage, j'ai trop mal pour avoir peur. Euh...

  • Speaker #1

    C'est là-dedans.

  • Speaker #0

    Oui, oui. Bon, j'aimais bien. Dans le livre, vous citez un titre de livre, mais sans dire qui en est l'auteur. Progrès en amour assez lent.

  • Speaker #1

    Jean Polan.

  • Speaker #0

    C'est de Jean Polan, vous le saviez en fait. Alors, une autre phrase de vous. Elle mordait dans les grains de raisin en fermant très fort les yeux, comme s'il s'était agi de comprimés de cyanure. C'est bien quand même. Oui, oui. Ça donne bien votre style.

  • Speaker #1

    Je ne sais pas.

  • Speaker #0

    Des gras de raisin comme des comprimés de siennes.

  • Speaker #1

    Ça doit être dans un des romans, ça.

  • Speaker #0

    C'est la petite française. 1997. Qui est votre modèle de style ? Vous avez cité Drieu-Larochelle.

  • Speaker #1

    Ah, pas ce style pour le...

  • Speaker #0

    Le Feufolet.

  • Speaker #1

    Ah, le Feufolet, oui, oui. Le Feufolet, oui, ça compte. C'est le seul roman qui a donné un livre, enfin un film, pardon, aussi bien que le... texte original. C'est très rare. Non, moi, c'est Sagan dont on parlait, que j'admire beaucoup, la façon d'écrire. À cet âge-là, les premiers Sagan, c'est un miracle ce qui s'est produit.

  • Speaker #0

    Une autre phrase de vous, ça j'aime beaucoup. Si tu n'es pas sage, tu iras voir le dernier Ozon.

  • Speaker #1

    Ah ça, ça doit être dans un très cher cinéma français.

  • Speaker #0

    2019, voilà.

  • Speaker #1

    C'était facile.

  • Speaker #0

    Non, sans commentaire.

  • Speaker #1

    C'est un peu vache parce qu'il y a pire qu'aux hommes.

  • Speaker #0

    Une autre phrase. Pour un homme, le divorce, c'est comme les anciennes colonies avec la métropole. On vous crache dessus, mais on continue à vous réclamer de l'argent.

  • Speaker #1

    Ça, ça doit être dans Pension Alimentaire. Mais oui,

  • Speaker #0

    vous avez une bonne mémoire.

  • Speaker #1

    Oui, mais parce que... Oui,

  • Speaker #0

    mais c'est vrai que ça... Ça avait d'ailleurs été assez critiqué, ce livre, parce que le politiquement correct commençait... à agir en 2007 et déjà à l'époque on vous a reproché d'avoir été un peu un peu libre de votre ton sur le divorce mais tant pis pour eux une autre phrase, somme toute le snobisme constitue un rempart assez solide contre la barbarie les leçons de snobisme ?

  • Speaker #1

    Non Oui,

  • Speaker #0

    deux ou trois leçons de snobisme, 2007. Vous avez bon partout, sauf une.

  • Speaker #1

    Bravo ! Pas mal, hein ?

  • Speaker #0

    Mais ça, vous le pensez toujours, parce que moi, je trouve que c'est une théorie très intéressante.

  • Speaker #1

    Ah bah oui, ça je crois, oui.

  • Speaker #0

    Le snobisme est le dernier rempart contre la barbarie.

  • Speaker #1

    Mais d'ailleurs, ça n'est plus compris, le snobisme et le second degré qui sont un peu liés, c'est bientôt interdit, à mon avis. Mais pourquoi ?

  • Speaker #0

    Parce que c'est une forme d'exigence, d'être snob, d'être... Non,

  • Speaker #1

    parce que c'est un effort, donc c'est être... se hisser un peu au-dessus de soi-même et essayer d'être mieux qu'on est en réalité. C'est pas mal. C'est une forme de civilisation.

  • Speaker #0

    Oui,

  • Speaker #1

    et puis ça va avec l'humour, ça va avec la culture, ça va avec la douceur de vivre.

  • Speaker #0

    Et aussi, je pense, en art, puisque vous êtes un des meilleurs critiques de cinéma français, non, mais c'est vrai, en art, il y a une forme de snobisme aussi, c'est de toujours détecter... le nouveau film que personne connaît.

  • Speaker #1

    Bien sûr.

  • Speaker #0

    C'est une forme de curiosité, le snobisme.

  • Speaker #1

    Oui, parce qu'on découvre les choses. Et on est partagé entre le désir de les garder pour soi et l'envie de faire découvrir aux autres.

  • Speaker #0

    J'en profite, puisque j'ai un critique de cinéma que je respecte et qui a à peu près les mêmes goûts que moi. Entre le biopic sur Dylan et celui sur Aznavour, lequel des deux il faut choisir ?

  • Speaker #1

    Ah bon, le Dylan, même si on n'aime pas Dylan et qu'on ne supporte pas Chalamet. Le film est une réussite totale parce que c'est pas le bon gros biopic qui part de l'enfance avec un traumatisme, papa battait maman et buvait et qui va jusqu'à la mort. Là, ça s'arrête, ça commence avec Dylan à 20 ans qui débarque à Manhattan, enfin à Brooklyn, et ça s'arrête au festival où il bascule dans l'Electrics qui est un scandale pour les puristes. Et on a tout. toute la sève de cet artiste qui visiblement était arrogant, odieux, très talentueux. Et on découvre aussi, moi je ne savais pas, c'est qu'il n'avait pas du tout cette voix nazillarde qu'on lui connaît au début. Il a appris. Ah oui, il avait...

  • Speaker #0

    Il était malin.

  • Speaker #1

    Il a construit sa statue dès le début.

  • Speaker #0

    Et mais Tahar Rahim, dans le rôle d'Aznavour, il était assez étonnant,

  • Speaker #1

    non ? Vous auriez été très bien le maquillage aussi. C'est ça. Je ne comprends pas l'intérêt de prendre des gens qui ne ressemblent pas du tout à leur modèle, de les maquiller et d'y faire ridicule aussi dans le film. Et puis là aussi, c'est le truc qui déroule ça comme un gros pudding de l'enfance jusqu'à la mort. Non, je ne vois pas l'intérêt.

  • Speaker #0

    Pour alors, plutôt Dylan. Il y a une autre rubrique importante, j'ai affaire à un professionnel, vous êtes également critique littéraire d'ailleurs. de romans étrangers, Figaro littéraire.

  • Speaker #1

    J'ai mis 25 ans à y arriver. Parler des romans français comme vous le faites, c'est quand même pas une sinecure.

  • Speaker #0

    Et pourquoi d'ailleurs ce choix de faire que les étrangers ? C'est parce que vous trouvez que vraiment le niveau de la littérature...

  • Speaker #1

    Parce qu'il y a déjà eu deux tamis. Il faut que ce soit sorbité dans le pays en question et qu'un traducteur français s'en soit occupé. Donc il y a deux fois plus de chances que deux fois.

  • Speaker #0

    Oui, on publie moins les mauvais manuscrits, c'est ça que vous voulez dire. Donc vos conseils de lecture, c'est...

  • Speaker #1

    je suis très curieux de voir ce que vous allez me dire en tant que grand professionnel un livre qui donne envie de pleurer mais je n'ai jamais pleuré en lisant un livre jamais jamais au cinéma oui mais avec des livres jamais au cinéma je pleurais à la fin de nos plus belles années avec redford et je pleure deux fois devant vincent françois paul et les autres à l'infarctus de mon temps et à la colère de piccoli

  • Speaker #0

    et vous pleurez ?

  • Speaker #1

    Les livres, non.

  • Speaker #0

    Et Woody Allen ? Moi, Annie Hall me fait pleurer à chaque fois.

  • Speaker #1

    Non, Woody Allen me fait rire. Mais il y a des livres qui me font rire. C'est très rare, mais il y en a eu deux dans ma vie où j'ai ri comme devant une comédie au cinéma. C'est Le banquet des léopards d'Alfrance Boudard qui se passe pendant la débatte de 40. Et Roman Fleuve de Philiberum qui est sorti il y a 2-3 ans. Et je riais tout seul. Et ça, c'est tellement rare. que quel bienfait.

  • Speaker #0

    Donc, justement, un livre pour arrêter de pleurer,

  • Speaker #1

    vous avez vu ? Il ne faut jamais arrêter de pleurer.

  • Speaker #0

    Si vous n'y arrivez pas.

  • Speaker #1

    Ah oui, mais on peut pleurer pour autre chose qu'un livre.

  • Speaker #0

    Un livre pour s'ennuyer ?

  • Speaker #1

    Tout, Claude Simon. Je vais essayer d'en lire un, mais j'ai eu l'impression de me mettre de la farine dans la bouche. C'était épouvantable. Une sensation, une vraie douleur. J'aurais voulu prendre un peu de pain total pour me lutter contre ce mal des éditions de minuit.

  • Speaker #0

    Un livre pour crâner dans la rue.

  • Speaker #1

    Les petits malins de Pascal Jardin, qui est son premier roman que personne n'a, qui ne figure pas dans ses oeuvres complètes. Il avait écrit ça à 20 ans et c'était sorti chez Pierre Auré. Et c'est pas mal du tout. C'est un petit polar et sur la quatrième de couverture, il a écrit Il y a beaucoup de morts, mais dans Shakespeare aussi. Et puis,

  • Speaker #0

    c'est vrai que c'était snob. Ah bah oui. Ça c'est snob. Un livre qui rend intelligent.

  • Speaker #1

    Les mémoires de Jean-François Revelle, ça m'avait bluffé ça, quand j'avais lu ça, qu'il devait s'appeler Le voleur dans la maison vide, ou quelque chose comme ça. Et c'était comme ses chroniques du point, c'est tellement lumineux, écrit dans une langue parfaite. Et c'était agaçant, parce qu'on se disait, surtout, il avait raison. Oui,

  • Speaker #0

    et surtout, en lisant ce genre de livre, Le lecteur a l'impression de tout comprendre, que tout est clair, et quand on le referme, on est incapable d'expliquer.

  • Speaker #1

    On a l'impression qu'on se dit, ce Reveil est d'accord avec moi, mais on n'avait pas pensé à ce qu'il disait avant.

  • Speaker #0

    Un livre pour séduire ?

  • Speaker #1

    Les Pianos Mécaniques d'Henri-François Rey, qui se passe à Cadaquès, pour emmener une fille à Cadaquès.

  • Speaker #0

    Mais à ce moment-là, il ne faut pas que ce soit vous qui conduisiez.

  • Speaker #1

    Non, non, non. Maintenant, je connais la route, je sais.

  • Speaker #0

    Un livre que je regrette d'avoir lu ?

  • Speaker #1

    La semaine sainte d'Aragon, parce que j'ai attendu très très longtemps, tout le monde m'en parlait, et ça m'est tombé les mains. Bizarrement, j'ai trouvé ça complètement artificiel, surfait, et je ne l'ai pas fini, et ça me rend triste, parce que je pensais que c'était le meilleur livre d'Aragon qu'on cachait, et non, c'est Aurélien.

  • Speaker #0

    Ça reste Aurélien, oui. Un livre que je fais semblant d'avoir fini ?

  • Speaker #1

    Celui que je suis en train d'écrire quand j'en parle à mon déditeur.

  • Speaker #0

    Le livre que j'aurais aimé écrire ?

  • Speaker #1

    Il y en a deux. Côté français, ce serait Un Taxi Mauve de Michel Déon. Parce que je trouve que c'est d'un romanesque absolu avec l'Irlande, ses personnages de femmes et puis ce narrateur solitaire dont on devine qu'il cache un secret. américain un bonheur parfait de james elter sur l'histoire d'un couple qui qui va se déliter je trouve ça magnifique avec ce titre ironique quel est le pire livre que vous ayez jamais lu de votre vie c'est l'embarras du choix c'est peut-être

  • Speaker #0

    la maison de jade de madelaine chapsal que j'avais lu avec tilly nal dans le wagon restaurant du capitole qui nous ramène la foire de brie vers rue on lisait sa voix haute et les serveurs étaient venus avec leur veste blanche autour de la table en disant vous inventez vous inventez et on leur montrait que c'était faux mais bon la pauvre madelaine chapsal on savait pas à l'époque qu'elle allait faire des émules et que des livres comme ça, il y en aurait... 10 par mois.

  • Speaker #1

    Et enfin, le livre que vous lisez en ce moment ?

  • Speaker #0

    C'est joli, j'ai découvert l'écrivain José Giovanni.

  • Speaker #1

    Tiens ! Et c'est épatant. C'est du polar ?

  • Speaker #0

    C'est des séries noires, dont on a souvent tiré des films. Clas de Toïs, c'est excellent comme polar. Et c'est écrit, c'est un très bon styliste. dont Enrico avait fait un film avec Belmondo, c'est très très bon aussi. Et là, je vais lire La Scumoune, dont Giovanni a tiré deux films, un nommé La Roca et La Scumoune. Et les deux avec Belmondo, ce qui est très...

  • Speaker #1

    Mais pourquoi tout d'un coup, vous vous mettez à lire José Giovanni en 2025 ? Qu'est-ce qui vous a conduit là ?

  • Speaker #0

    Parce que Gallimard a réédité en série noire Classe Touriste, parce que... Je me suis dit, je n'ai jamais lu, pourquoi ? Ça a été pour moi un choc et une révélation. J'en parle à tout le monde.

  • Speaker #1

    Formidable. Alors, cher confrère, j'aimerais aussi vous poser quelques questions sur votre méthode de travail. Parce que les gens qui nous regardent beaucoup rêvent d'être écrivains, d'être publiés, et puis ils écrivent aussi parfois. Donc c'est utile de savoir comment travaillent les romanciers. Alors, est-ce qu'il y a déjà un endroit particulier où vous écrivez, où vous écrivez n'importe où ?

  • Speaker #0

    Non, j'écris chez moi. Vous avez un bureau ? J'ai une grande table et le bureau, il y a tellement de papier, de bouquins dessus qu'on ne peut pas s'y installer.

  • Speaker #1

    Donc vous êtes dans la cuisine ou dans la salle à manger ?

  • Speaker #0

    C'est une pièce qui fait tout. Il y a une table qui est plus grande que celle-là, qui doit faire 5 mètres de long presque, et je me mets là-dessus. D'accord. Parce que j'admire toujours ceux qui disent « j'écris dans les cafés, sur un banc, dans les jardins » . Je trouve qu'écrire, c'est un truc un peu dégoûtant et il vaut mieux faire ça. Caché chez toi. Ah oui, oui.

  • Speaker #1

    Et est-ce que vous avez des horaires précis ou vous attendez d'avoir l'inspiration ?

  • Speaker #0

    Pas d'horaires précis, mais jamais plus de deux heures. Au bout de deux heures, j'en ai marre, j'ai envie de faire autre chose, de lire un livre, d'aller au restaurant.

  • Speaker #1

    Et puis d'aller au cinéma.

  • Speaker #0

    D'aller au cinéma, oui. Mais... Non, mais parce qu'il faut écrire seulement s'il n'y a rien de plus intéressant à faire. Personne ne vous y oblige, donc il faut en profiter.

  • Speaker #1

    Et c'est plutôt le matin ou le soir ?

  • Speaker #0

    Lui. tôt l'après midi est ce que d'ailleurs est ce que c'est après un déjeuner arrosé ou sobre plutôt sobre mais non parce que ça c'est aussi une gaminerie de penser qu'à cause de blondin de fitzgerald et miway ça

  • Speaker #1

    va aider non non c'est mais miway il disait faut écrire ivre mais corriger sobre ouais c'est ça le bon conseil donc vous n'êtes pas l'inversé parce que c'est pour donner quelque chose à écrire sobre et corriger bourré Vous êtes plutôt ordinateur ou feutre ? Stylo,

  • Speaker #0

    stylo à plumes ou stylo bic.

  • Speaker #1

    Donc après vous rentrez tout dans un ordinateur ou vous tapez à la machine ?

  • Speaker #0

    Non, à l'ordinateur puisqu'il n'y a plus de machine à l'univers maintenant. Comme je ne sais pas très bien m'en servir, ça me prend un temps fou. Je ne sais pas retrouver les pages alors que quand c'était de taper à la machine, on avait les feuilles, on corrigeait à la main. Mais au départ c'était à la main.

  • Speaker #1

    Et combien de cimes par jour ? Est-ce qu'il y a une quantité ? Vous imposez ? Non, non. Ah, mais il y en a plein qui font ça.

  • Speaker #0

    Ben, peut-être. Non, non.

  • Speaker #1

    Donc, tant que ça va, que ça vous plaît, vous gardez et vous continuez.

  • Speaker #0

    Voilà, je garde. C'est des feuilles volantes. Et puis après, je les recopie.

  • Speaker #1

    Vous avez un carnet de notes que vous trimballez sur vous ou pas du tout ?

  • Speaker #0

    Non, c'est vous qui faites ça. Oui, c'est vrai. Comme Mads Neff. Ça va. Non, j'ai un carnet. mais qui est à la maison et de temps en temps je note des petits trucs.

  • Speaker #1

    Mais par exemple quand...

  • Speaker #0

    Mais alors c'est dangereux parce que je ne sais jamais si je les ai utilisés ou pas déjà. Oui. Alors ?

  • Speaker #1

    Ce n'est pas grave. On peut les ressortir plusieurs fois.

  • Speaker #0

    Oui, oui. Personne ne s'en aperçoit de toute façon. Non, mais il suffit de s'y mettre. Puis c'est rare qu'on ait des éclairs de génie pour noter quelque chose.

  • Speaker #1

    Non, mais quelquefois si on a une idée et qu'on ne la note pas,

  • Speaker #0

    elle est pas... Ah oui, oui, oui. Non, puis à l'inverse aussi, c'est les idées géniales dans la nuit qu'on note. Quand on se réfère, on est consterné. Oui.

  • Speaker #1

    Et quand vous allez voir un film, par exemple, pour votre travail de critique, est-ce que vous prenez des notes sur les dialogues ou des idées ?

  • Speaker #0

    Non.

  • Speaker #1

    Non, vous avez une bonne mémoire alors.

  • Speaker #0

    Après, je prends deux, trois notes de temps en temps. En sortant de la salle. Oui. Sinon, je me refais le film dans la tête. Oui,

  • Speaker #1

    oui. Alors là, il y a... Ah oui, c'est une question très précise. Quand vous faites un roman, est-ce que vous faites un plan ou pas de plan du tout ?

  • Speaker #0

    Non, pas de plan, mais il me faut la première et la dernière phrase et ensuite je comble les blancs.

  • Speaker #1

    Entre les deux. Les ventes, est-ce que vos ventes montent, descendent, stagnent ? C'est la dernière question, c'est la plus désagréable.

  • Speaker #0

    Pas du tout. Quand on a appris les ventes montent... et quand on n'en a pas, ce n'est pas le même score, mais c'est à peu près la même chose.

  • Speaker #1

    Mais moi, je pense que ce livre-là va avoir plus de succès que les autres, parce qu'il est très différent venant de vous, et il n'est pas du tout impudique, il est vraiment touchant, vraiment humain.

  • Speaker #0

    Je vous remercie.

  • Speaker #1

    Je recommande « Pain total » d'Éric Nehoff, vous l'avez compris, chez Albain Michel. Merci infiniment, Éric Nehoff, d'être... d'être venu...

  • Speaker #0

    Merci à vous. ...

  • Speaker #1

    ensemble chez La Pérouse. Et la semaine prochaine, je recevrai Jean-Louis Hésine, un autre ancien du masque et la plume.

  • Speaker #0

    C'est une reconstitution de l'Igne d'Istoute.

  • Speaker #1

    En tout cas, vous nous manquez au masque et la plume. Mon cher Eric.

  • Speaker #0

    Vous aussi.

  • Speaker #1

    Merci beaucoup d'être venu. Donc j'invite tout le monde à lire Pain Total qui est un de vos meilleurs livres chez Albain Michel. Merci à toute l'équipe, aux télés, à Chloé, ma fille, qui organise avec moi l'émission. Et n'oubliez pas, lisez des livres pour ne pas mourir idiot.

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Description

Ma conversation avec Eric Neuhoff n'a pas été réalisée sous pentothal. Et pourtant je ne l'ai jamais connu aussi sincère. Son dernier livre agirait-il sur lui comme un sérum de vérité ?


Hébergé par Ausha. Visitez ausha.co/politique-de-confidentialite pour plus d'informations.

Transcription

  • Speaker #0

    Bonsoir Eric Neuf.

  • Speaker #1

    Bonsoir Frédéric.

  • Speaker #0

    Bienvenue dans Conversations chez la Pérouse pour votre nouveau livre. Est-ce que c'est un roman ou un récit ?

  • Speaker #1

    C'est un récit. Peintre. Une confession même. Oui,

  • Speaker #0

    une confession très intime, parue chez Albain Michel. Donc c'est… mais d'abord on a un générique. Eh oui, on en voit le générique.

  • Speaker #1

    C'est le mieux.

  • Speaker #0

    Et c'est reparti avec ce très très beau générique. En fait, ça consiste principalement à regarder ma photo. Alors, vous êtes un écrivain souvent primé, prix interallié.

  • Speaker #1

    J'aime mieux être primé que déprimé.

  • Speaker #0

    C'est vrai, mais c'est hallucinant. La petite française a eu l'interallié en 97. Vous avez eu le grand prix du roman de l'Académie française pour Un Bien Fou en 2001. Le prix Renaud d'Oessen en 2019. Pour très cher cinéma français. Au pamphlet.

  • Speaker #1

    À cause de vous.

  • Speaker #0

    Oui, c'est ma faute. Le prix Nimier, ça c'est très chic. Pour Léon Lange de Laetitia, en 90. Le prix des Deux Magots, pour Barba Papa, 95. En fait,

  • Speaker #1

    vous avez eu le prix... Le prix Caz. Oui. J'ai pas eu le prix de Flore.

  • Speaker #0

    Le prix de la Brasserie Lille. C'est ça, le prix Caz. Le prix Vaudville aussi.

  • Speaker #1

    Aussi.

  • Speaker #0

    Dès qu'il y a un prix dans un restaurant, vous l'avez.

  • Speaker #1

    Oui. Moi, j'ai toujours écrit la bouche pleine.

  • Speaker #0

    Donc, vous avez mis 46 ans à oser parler de ce qui vous est arrivé en 1978 sur une route près de Cadaquès, dans une Peugeot

  • Speaker #1

    204 cabriolet.

  • Speaker #0

    Alors, qu'est-ce qui est passé ?

  • Speaker #1

    C'est ce que j'ai essayé de savoir en écrivant ce livre, parce que les gens disent souvent que quand on a un accident de voiture, c'est un trou noir. Et le fait est que je ne me souviens de rien, sauf qu'on était sur cette route, on allait dans une boîte de nuit, et la dernière image que j'ai vue, c'était dans les phares, le bas-côté, la poussière, et au bout, la pile en pierre d'un petit pont.

  • Speaker #0

    Donc en fait,

  • Speaker #1

    ça s'arrête là, et je me suis dit que peut-être qu'en écrivant, j'allais découvrir ce qui était arrivé, et bien hélas non, je ne saurais jamais. Donc j'ai mis une seconde et... 46 ans à parler de ça.

  • Speaker #0

    Et vous n'aviez pas de ceinture de sécurité. Non. C'est ça qui vous a sauvé.

  • Speaker #1

    Oui. C'était une décapotable. C'était la première fois que je montais dans une décapotable. Alors, c'était très grisant la nuit, le vent, les étoiles qu'on voyait. Et j'ai eu la chance d'être éjecté. Et l'ami qui conduisait, lui, hélas, ne s'en est pas sorti. Oui.

  • Speaker #0

    Il se prénommait Olivier. C'est ça. Vous écrivez « La nuit est plus noire que jamais » . autour les couleurs vibrées. Alors, ce qui m'intéresse, c'est le changement de temporalité entre les deux phrases. La nuit est plus noire que jamais, c'est au présent, et autour les couleurs vibrées, on est à l'imparfait. Comment choisissez-vous le temps des phrases ?

  • Speaker #1

    Là, c'était pour rendre compte un peu de cet état très spécial quand vous rouvrez un œil après un accident. Moi, j'étais allongé sur le bitume de la route et on ne sait vraiment plus où on est, donc on ne sait plus. quelle heure il est, qui on est, ce qu'on a fait, on est dans une espèce d'espace très curieux, et tout a l'air bizarre, on ne sait pas si ça dure une heure ou une seconde, et j'ai essayé de retranscrire toutes ces sensations en écrivant ce livre.

  • Speaker #0

    Le livre est écrit, comme d'habitude chez vous, mais peut-être encore plus, avec des phrases très courtes. Est-ce qu'on peut, finalement peut-être on ne peut pas décrire un accident de la route à la Proust, vous voyez, on est obligé de faire des phrases. De vitesse,

  • Speaker #1

    quoi. Oui, parce que tout vous arrive de façon saccadée. En plus, vous vous reprenez vainement conscience, vous vous évanouissez à nouveau. Donc, tout est très, très rapide. Et surtout, tout est nouveau et tellement mystérieux. Vous vous demandez dans quoi vous vous réveillez.

  • Speaker #0

    Alors, concrètement, vous êtes transporté à l'hôpital de Garches ?

  • Speaker #1

    Le lendemain, oui, parce que je suis allé dans un hôpital à Géronne, d'abord, puisque c'était en Espagne. Et l'heure. Le lendemain, un avion d'Europe Assistance m'a emmené à Garches et c'était mon baptême de l'air. Je n'étais jamais monté dans un avion.

  • Speaker #0

    Première fois que vous prenez l'avion, c'est la première phrase du livre. La première fois que j'ai pris l'avion, c'était avec Europe Assistance. En fait, vous êtes sponsorisé par Europe Assistance ? Pour ceux, c'est insipide.

  • Speaker #1

    Et peut-être qu'ils m'offriront un jet privé. Oui,

  • Speaker #0

    écoutez, je vous le souhaite. 12 mois d'hôpital, là on ne vous dit pas tout de suite que le conducteur est mort.

  • Speaker #1

    Non, on a bien fait d'ailleurs, parce que l'idée c'était de survivre et puis de se retrouver. Et puis surtout on ne pense pas que ça va durer 12 mois. J'ai été persuadé que, comme c'était le week-end du 14 juillet, qu'en septembre, après un petit peu de rééducation, tout repartirait comme avant. Ça dure 12 mois, mais on s'habitue. C'est ça qui est terrible, c'est que le temps n'a plus du tout la même durée.

  • Speaker #0

    Et on vous disait, quand est-ce que vous l'avez su que le conducteur était mort ?

  • Speaker #1

    À force de poser des questions, un jour mes parents m'ont dit, tu sais, il ne s'en est pas sorti.

  • Speaker #0

    À votre avis, pourquoi avoir attendu ? 46 ans, est-ce que c'est parce que vous avez oublié, comme vous le disiez en commençant, ou est-ce que c'est parce que, comme vous le racontez à la fin du livre, vous avez eu une chute d'escalier et tout d'un coup tout est revenu ? Est-ce que c'est ça ?

  • Speaker #1

    Non, non, parce que j'avais commencé le livre avant d'avoir la chute d'escalier, qui m'a ramené complètement dans le passé, parce que je me suis retrouvé à nouveau avec des béquilles, enfin des cannes anglaises plus exactement, parce que c'est le vrai terme exact. C'est surtout un ami éditeur qui m'a dit « tu devrais raconter ça » , Thibault de Montaigu pour ne pas le citer. Et du coup je me suis dit « bon allons-y, voyons ce que ça va donner » . Et sans doute que c'était le moment, mais j'aurais peut-être dû le faire avant, parce que comme ça mes parents auraient pu le lire. Mais là, du coup, s'ils le lisent, mes fils sauront peut-être qui était leur père à un âge plus jeune que celui qu'ils ont aujourd'hui.

  • Speaker #0

    Et j'imagine que vous devez beaucoup les protéger ou en tout cas avoir très peur pour eux quand ils font la fête.

  • Speaker #1

    Ah bah oui, on y pense beaucoup. Et d'ailleurs, heureusement qu'il y a les parents dans ces cas-là, parce que s'ils n'avaient pas été là, je ne sais pas ce qui se serait passé en 78. Oui,

  • Speaker #0

    en fait, il faut bien se rendre compte qu'à l'époque, il n'y a pas les téléphones portables.

  • Speaker #1

    Et dans cet endroit de la Catalogne, il n'y avait pas de téléphone fixe dans les maisons. Il y avait juste dans la crique une famille qui avait un poste. Et je sais pas comment... ce qui s'est passé. En fait,

  • Speaker #0

    vous avez dû rester assez longtemps sur le bas-côté.

  • Speaker #1

    Ouais, j'imagine, ouais. Et je sais que quand mes parents sont arrivés à l'espèce de petit hôpital où j'étais pas, en plus, on leur a dit, il y en a un des deux qui est mort et ils savaient pas lequel. Donc je pense que ça a dû remuer pas mal, ouais. Et j'avais en tête, le seul truc, c'est que j'ouvrais un peu les yeux. Je voulais dire que... Mon frère était dans une voiture devant avec un polo de rugby rayé vert et blanc, je crois. Et comme je parlais très mal espagnol, et vu l'état dans lequel j'étais, c'était une catastrophe. Mais on se raccroche à des trucs comme ça.

  • Speaker #0

    Bien sûr. Et moi, j'ai pensé aussi au livre de Bruno de Stabenrath, Cavalcade. Mais lui a eu une moindre chance que vous. Il est toujours vivant, mais il a un fauteuil roulant. Vous n'êtes pas passé loin aussi de ça.

  • Speaker #1

    Ça aurait pu, vous savez. Ça dépend pas de vous, il y a un moment, vous vous laissez prendre en main par la médecine.

  • Speaker #0

    Mais vous avez risqué vraiment la mort et la paralysie ? Aujourd'hui on vous le dit ou pas ?

  • Speaker #1

    J'ai risqué l'amputation je pense, mais la mort sans doute au début, parce que les premiers jours c'était un peu tangent. Et puis après l'organisme est bien fait, on peut tout endurer, la douleur ça s'oublie hélas. Mais quand elle est là, c'est vraiment une emmerdeuse. Elle prend toute la place. C'est horrible parce qu'on ne pense qu'à ça. On devient une machine à lutter contre la douleur et à vouloir l'effacer.

  • Speaker #0

    Et probablement à l'époque, on n'utilisait pas les mêmes produits. Alors d'où le titre du livre, Pain Total. Je ne sais pas très bien ce que c'est que le Pain Total.

  • Speaker #1

    Moi non plus, mais c'est ce qu'on vous injectait pour l'anesthésie générale. Mais apparemment aujourd'hui, c'est un autre produit plus sophistiqué. Le Propofol. Oui. Et je pense que les anesthésies, maintenant, sont à la seconde près, alors qu'avant, la dose était quand même massive.

  • Speaker #0

    Mais je veux dire, on vous donnait des produits contre la douleur ou pas tellement ? Parce qu'aujourd'hui, les gens, les accidentés, ont des pompes à morphine, et c'est eux qui gèrent leur propre...

  • Speaker #1

    Non, moi, je n'avais pas de pompe à morphine, mais on vous donnait des cachets. Il devait y avoir un peu d'opium dedans, mais...

  • Speaker #0

    Oui, ça m'a fait penser évidemment à ce qu'a écrit Sagan, qui, après son accident de l'été 1957, elle a écrit un livre qui s'appelle Toxic, publié en 1964. Alors elle, c'était du palphium, mais elle est devenue addict à cette drogue et est devenue ensuite toxico toute sa vie. Et vous, vous avez échappé à cette malédiction ?

  • Speaker #1

    Non, parce que moi, je ne regardais pas un tellement bon souffle. Oh, ok. Et puis je...

  • Speaker #0

    Vous n'avez pas eu de manque de films ou de choses comme ça ?

  • Speaker #1

    Non, j'ai eu un manque de sorties, de films, mais un manque de calmant, pas tellement. Et puis j'ai toujours pensé à la phrase de Maurice Renay qui disait « Je ne me drogue pas parce que je me vois mal en train de lever ma seringue à la santé de mes amis » que j'ai laissé tomber. Mais il y a d'autres gens qui se chargent de maintenir la tradition.

  • Speaker #0

    Est-ce que vous vous considérez comme un survivant depuis 1978 ?

  • Speaker #1

    Je serais bien présenteux, non. Mais je me demande si je ne suis pas resté éternellement quand je gratte un peu le type de 22 ans étendu sur cette route catalane en pleine nuit.

  • Speaker #0

    Oui, c'est ça. Vous n'êtes jamais sorti de cet accident.

  • Speaker #1

    C'est peut-être la chose la plus importante qui me soit arrivée quand je réfléchis. Et j'ai voulu du coup voir si ça m'avait appris quelque chose. essayer de transmettre aux gens cette expérience-là, qui n'est pas donnée à tout le monde, heureusement.

  • Speaker #0

    Si vous n'avez pas parlé de cet événement pendant 46 ans, est-ce que ce n'est pas aussi parce que vous ne vouliez pas participer à la compétition de traumatiser qu'est la littérature contemporaine ?

  • Speaker #1

    Un petit peu, et puis moi je préfère le roman à l'auto-fiction, c'est le cas de le dire.

  • Speaker #0

    C'était de la pudeur ou c'était que... Voilà, vous vous dites...

  • Speaker #1

    Non, je pensais que ça ne ferait ni page, mais la bizarrerie, c'est que quand je me suis mis à écrire, toutes les sensations sont venues, les images, les odeurs, la tête des infirmières, les blouses des médecins, le bruit des claquettes sur le linoleum de la chambre, les coups de balai que donnait la femme de ménage dans le pied du lit, ce qui m'énervait beaucoup.

  • Speaker #0

    Est-ce que... Votre attitude avec la vie a changé après cet accident ? Est-ce que vous diriez, par exemple, vous avez pris moins de risques, moins fait la fête ? Je sais que non.

  • Speaker #1

    Non, mais ça m'a appris une chose, c'est que depuis, je pense que rien de grave ne peut m'arriver. Que le pire est passé et que tout est bon à prendre. La rigolade, les chagrins, les divorces. Tout est bien. Moi, je ne peux pas m'ennuyer. Ah oui,

  • Speaker #0

    c'est bien.

  • Speaker #1

    Je ne peux pas être déprimé, comme je vous disais, parce que je ne m'ennuie jamais.

  • Speaker #0

    Alors, vous êtes fasciné par les hussards, notamment par Roger Nimier, Jean-René Huguenin, qui tous deux sont morts dans un accident de voiture. Je me suis demandé, est-ce que votre fascination pour les hussards est antérieure ou postérieure à votre accident ?

  • Speaker #1

    Non, c'était antérieur, hélas. Oui,

  • Speaker #0

    donc en fait, à force d'être fasciné par eux, on rire de la vie.

  • Speaker #1

    Ben ouais, mais c'est un romantisme un peu de pacotille, l'accident de voiture, je le recommande à personne. Parce que ça ne vous enrichit pas, finalement, contrairement à ce qu'on dit, la fameuse phrase « tout ce qui ne te tue pas te rend plus fort » , non, c'est faux. Ça te rend plus faible, puisque tu peux plus skier, tu peux plus courir.

  • Speaker #0

    Alors vous avez des séquelles, c'est vrai, encore aujourd'hui ?

  • Speaker #1

    Ah oui, oui, oui, ben oui, j'ai fait.

  • Speaker #0

    C'est-à-dire que vous êtes rempli de bouts de métal ? Ouais.

  • Speaker #1

    J'ai du matériel, comme on appelle ça, des vis cachées dans la jambe.

  • Speaker #0

    Mais du coup, c'est vrai que vous ne pouvez pas skier ?

  • Speaker #1

    Non, comme le pied est bloqué en arthrodèse, parce que j'ai appris un tas de vocabulaire technique, donc on ne peut pas mettre une chaussure de ski, puisque la tige est penchée en avant et le pied est dans le sens contraire. D'accord. Mais je rêve souvent que je skie. Ah,

  • Speaker #0

    d'accord.

  • Speaker #1

    Et ce que ça a changé, c'est que depuis, quand je suis dans une voiture et que je ne suis pas au volant, je regarde la route et je regarde ce qui se passe.

  • Speaker #0

    Vous avez un peu plus peur en bagnole.

  • Speaker #1

    Je n'ai pas peur, mais je regarde tout.

  • Speaker #0

    Vous ne pouvez pas dormir en voiture, par exemple.

  • Speaker #1

    Je me méfie, oui.

  • Speaker #0

    Et alors, vous disiez que vous êtes un peu resté bloqué dans les années 70. Le livre est complètement comme ça. Il y a énormément de références, les musiques, les films, les livres de l'époque. C'est aussi un roman nostalgique, c'est ça qui est étonnant. Comment on fait pour être nostalgique d'une tragédie ?

  • Speaker #1

    Parce que c'était cette année 78, enfin l'année scolaire 77-78, on a vraiment chargé la mule, comme on dit. On s'amusait beaucoup, on sortait tout le temps. Et cette histoire, à mon avis, a été un marqueur, pas seulement pour moi, mais pour tous mes amis et tous les gens de cet âge-là, de voir que... Il pouvait arriver des choses qui n'étaient pas seulement rigolotes. Et aussi, c'était notre premier mort. C'était la première fois que quelqu'un de notre âge mourait. Donc, ça a dû compter. Mais je vous le répète, je n'ai rien appris et heureusement.

  • Speaker #0

    Sa gande toxique, elle dit « Je me suis habitué peu à peu à l'idée de la mort comme à une idée plate. »

  • Speaker #1

    Oui, parce que dans l'ambulance qui m'emmenait à l'hôpital en Espagne, il y a un moment où je me suis senti couler. Je me suis dit « Là, ça y est, c'est fini. » C'était une sensation assez douce d'ailleurs.

  • Speaker #0

    Et vous vous êtes accroché à la vie ou pas du tout ?

  • Speaker #1

    Non, non, non, ça s'est fait comme ça.

  • Speaker #0

    Donc il y a eu un an de souffrance à l'hôpital. Mais aussi, surtout, vous parlez beaucoup de l'ennui. L'ennui d'un jeune homme qui est immobilisé. Il voit ses potes qui viennent le voir et qui vont en sortir en boîte avec.

  • Speaker #1

    Oui, là, je vivais par personne interposée. Et ce qui m'a beaucoup touché à l'époque, c'est qu'il n'y a pas eu... une seule journée où je n'ai pas eu de visite. Et ils passaient, c'était presque le lieu de rendez-vous, et puis ensuite je les voyais s'égayer, partir dans la nuit de Paris. Mais vous êtes tellement en chaos que de toute façon, vous vous habituez, vous êtes très bien. Parce qu'on s'occupe de vous, vous sonnez, on vous apporte ce dont vous avez besoin, vous êtes devenus une espèce de paquet de viande. Et ça, l'être humain s'accommode de tout ça. C'est ça qui est à la fois merveilleux et terrible, c'est que on peut tout supporter.

  • Speaker #0

    Alors vous racontez que vous essayez de rester éveillé quand même jusqu'au cinéma de midi.

  • Speaker #1

    Oui, parce que ce qui me...

  • Speaker #0

    Il n'y avait pas le même nombre de chaînes.

  • Speaker #1

    Il y avait trois chaînes. Moi, je regardais Daniel Gilbert à l'heure du déjeuner. Et je voyais tous les films qui sortaient. Moi, j'étais fou de rage de savoir que Voyage au bout de l'enfer était sur les écrans et que moi, il fallait que je reste... L'œil vert.

  • Speaker #0

    Loin bien.

  • Speaker #1

    Jusqu'au... pour entendre Patrick Brion présenter un film en noir et blanc des années 40 ou 50.

  • Speaker #0

    Un film de Raoul Wach.

  • Speaker #1

    Avec sa voix si particulière.

  • Speaker #0

    Donc c'est votre premier livre, on pourrait dire 100% autobiographique, parce qu'il y a eu parfois des personnages qui vous ressemblaient. Mais finalement, vous avez...

  • Speaker #1

    Ça, je ne voyais pas comment en faire un roman, parce que ce n'est pas très romanesque. Je voulais que ce soit un truc très sec. et le plus vrai possible.

  • Speaker #0

    Dans le livre, Jean-Marie Royer et Gonzague Saint-Brice viennent vous rendre visite à l'hôpital. Vous connaissiez déjà Royer ?

  • Speaker #1

    Oui, parce que à l'époque, j'avais écrit à Jean-Laure Meusson, dont j'avais beaucoup aimé Au plaisir de Dieu. Il était directeur du Figaro. Il m'avait reçu. Moi, avec l'inconscience de cet âge-là, je trouvais ça tout à fait normal. J'étais allé le voir, rue du Louvre, dans son bureau vers midi et dans ma naïveté, je pensais qu'il allait m'inviter à déjeuner dans la foulée. Et bien non, et il m'a dit, comme je préparais une maîtrise sur Drieu à Rochelle, il m'a dit, il y a quelqu'un qui connaît très bien Drieu, parce qu'on ne pouvait pas se fournir en Drieu complètement dans ces années-là. C'est Jean-Marie Roy, j'étais allé voir Jean-Marie dans son appartement rue du Cherche-Midi, il m'avait fait une liste de livres à lire, et il m'avait rappelé, il était venu me voir.

  • Speaker #0

    Il vient vous voir, et Corsac Saint-Brice qui en plus est mort dans un accident de voiture.

  • Speaker #1

    Oui c'est vrai.

  • Speaker #0

    C'est assez fou.

  • Speaker #1

    mais là j'avais vu mon petit succès parce que dans un sac c'est vrai qu'ils venaient me voir les infirmières me respectait parce qu'il était c'était une vedette à l'époque vous n'êtes pas rancunier puisque vous retournez à cadaquès tous les étés ouais il ya un moment où je suis pas allé mais pas pour ça et ben non parce que quand vous y allez est ce que vous voyez des gens va les images non je passe devant la boîte de nuit qui est dans les terres à que à moitié fermé. C'est du vidéo ? Oui, mais qui est devenu un truc techno ou je ne sais quoi. Oui, c'est une façon d'exorciser et puis de dire que ce n'est pas la mort qui va gagner.

  • Speaker #0

    Ah oui, très intéressant dans votre livre, vous parlez des mardis du bus Palladium, quand c'était gratuit pour les filles, et moi j'y allais aussi. Alors peut-être qu'on s'est croisés.

  • Speaker #1

    Ah bah peut-être,

  • Speaker #0

    oui. Au mardi du bus Palladium. Alors, on va faire le jeu devine tes citations. Je rappelle une règle très complète. C'est pour vérifier si vous avez encore de la mémoire après cet accident ancien. Non,

  • Speaker #1

    mais je ne relis jamais mes livres, même quand ils sont réédités. Alors, à mon avis, je vais être nul.

  • Speaker #0

    Non, non, non, non. Donc, des phrases de vous, vous me dites dans quel livre vous allez écrire ça. À la longue, j'entretenais d'assez bons rapports avec la souffrance. Elle était la preuve que j'existais encore.

  • Speaker #1

    Ça doit être là-dedans, non ?

  • Speaker #0

    C'est dans le pas total 2025, parce que la première question est toujours facile. Pauvre... Euh... Et vous ajoutez l'avantage, j'ai trop mal pour avoir peur. Euh...

  • Speaker #1

    C'est là-dedans.

  • Speaker #0

    Oui, oui. Bon, j'aimais bien. Dans le livre, vous citez un titre de livre, mais sans dire qui en est l'auteur. Progrès en amour assez lent.

  • Speaker #1

    Jean Polan.

  • Speaker #0

    C'est de Jean Polan, vous le saviez en fait. Alors, une autre phrase de vous. Elle mordait dans les grains de raisin en fermant très fort les yeux, comme s'il s'était agi de comprimés de cyanure. C'est bien quand même. Oui, oui. Ça donne bien votre style.

  • Speaker #1

    Je ne sais pas.

  • Speaker #0

    Des gras de raisin comme des comprimés de siennes.

  • Speaker #1

    Ça doit être dans un des romans, ça.

  • Speaker #0

    C'est la petite française. 1997. Qui est votre modèle de style ? Vous avez cité Drieu-Larochelle.

  • Speaker #1

    Ah, pas ce style pour le...

  • Speaker #0

    Le Feufolet.

  • Speaker #1

    Ah, le Feufolet, oui, oui. Le Feufolet, oui, ça compte. C'est le seul roman qui a donné un livre, enfin un film, pardon, aussi bien que le... texte original. C'est très rare. Non, moi, c'est Sagan dont on parlait, que j'admire beaucoup, la façon d'écrire. À cet âge-là, les premiers Sagan, c'est un miracle ce qui s'est produit.

  • Speaker #0

    Une autre phrase de vous, ça j'aime beaucoup. Si tu n'es pas sage, tu iras voir le dernier Ozon.

  • Speaker #1

    Ah ça, ça doit être dans un très cher cinéma français.

  • Speaker #0

    2019, voilà.

  • Speaker #1

    C'était facile.

  • Speaker #0

    Non, sans commentaire.

  • Speaker #1

    C'est un peu vache parce qu'il y a pire qu'aux hommes.

  • Speaker #0

    Une autre phrase. Pour un homme, le divorce, c'est comme les anciennes colonies avec la métropole. On vous crache dessus, mais on continue à vous réclamer de l'argent.

  • Speaker #1

    Ça, ça doit être dans Pension Alimentaire. Mais oui,

  • Speaker #0

    vous avez une bonne mémoire.

  • Speaker #1

    Oui, mais parce que... Oui,

  • Speaker #0

    mais c'est vrai que ça... Ça avait d'ailleurs été assez critiqué, ce livre, parce que le politiquement correct commençait... à agir en 2007 et déjà à l'époque on vous a reproché d'avoir été un peu un peu libre de votre ton sur le divorce mais tant pis pour eux une autre phrase, somme toute le snobisme constitue un rempart assez solide contre la barbarie les leçons de snobisme ?

  • Speaker #1

    Non Oui,

  • Speaker #0

    deux ou trois leçons de snobisme, 2007. Vous avez bon partout, sauf une.

  • Speaker #1

    Bravo ! Pas mal, hein ?

  • Speaker #0

    Mais ça, vous le pensez toujours, parce que moi, je trouve que c'est une théorie très intéressante.

  • Speaker #1

    Ah bah oui, ça je crois, oui.

  • Speaker #0

    Le snobisme est le dernier rempart contre la barbarie.

  • Speaker #1

    Mais d'ailleurs, ça n'est plus compris, le snobisme et le second degré qui sont un peu liés, c'est bientôt interdit, à mon avis. Mais pourquoi ?

  • Speaker #0

    Parce que c'est une forme d'exigence, d'être snob, d'être... Non,

  • Speaker #1

    parce que c'est un effort, donc c'est être... se hisser un peu au-dessus de soi-même et essayer d'être mieux qu'on est en réalité. C'est pas mal. C'est une forme de civilisation.

  • Speaker #0

    Oui,

  • Speaker #1

    et puis ça va avec l'humour, ça va avec la culture, ça va avec la douceur de vivre.

  • Speaker #0

    Et aussi, je pense, en art, puisque vous êtes un des meilleurs critiques de cinéma français, non, mais c'est vrai, en art, il y a une forme de snobisme aussi, c'est de toujours détecter... le nouveau film que personne connaît.

  • Speaker #1

    Bien sûr.

  • Speaker #0

    C'est une forme de curiosité, le snobisme.

  • Speaker #1

    Oui, parce qu'on découvre les choses. Et on est partagé entre le désir de les garder pour soi et l'envie de faire découvrir aux autres.

  • Speaker #0

    J'en profite, puisque j'ai un critique de cinéma que je respecte et qui a à peu près les mêmes goûts que moi. Entre le biopic sur Dylan et celui sur Aznavour, lequel des deux il faut choisir ?

  • Speaker #1

    Ah bon, le Dylan, même si on n'aime pas Dylan et qu'on ne supporte pas Chalamet. Le film est une réussite totale parce que c'est pas le bon gros biopic qui part de l'enfance avec un traumatisme, papa battait maman et buvait et qui va jusqu'à la mort. Là, ça s'arrête, ça commence avec Dylan à 20 ans qui débarque à Manhattan, enfin à Brooklyn, et ça s'arrête au festival où il bascule dans l'Electrics qui est un scandale pour les puristes. Et on a tout. toute la sève de cet artiste qui visiblement était arrogant, odieux, très talentueux. Et on découvre aussi, moi je ne savais pas, c'est qu'il n'avait pas du tout cette voix nazillarde qu'on lui connaît au début. Il a appris. Ah oui, il avait...

  • Speaker #0

    Il était malin.

  • Speaker #1

    Il a construit sa statue dès le début.

  • Speaker #0

    Et mais Tahar Rahim, dans le rôle d'Aznavour, il était assez étonnant,

  • Speaker #1

    non ? Vous auriez été très bien le maquillage aussi. C'est ça. Je ne comprends pas l'intérêt de prendre des gens qui ne ressemblent pas du tout à leur modèle, de les maquiller et d'y faire ridicule aussi dans le film. Et puis là aussi, c'est le truc qui déroule ça comme un gros pudding de l'enfance jusqu'à la mort. Non, je ne vois pas l'intérêt.

  • Speaker #0

    Pour alors, plutôt Dylan. Il y a une autre rubrique importante, j'ai affaire à un professionnel, vous êtes également critique littéraire d'ailleurs. de romans étrangers, Figaro littéraire.

  • Speaker #1

    J'ai mis 25 ans à y arriver. Parler des romans français comme vous le faites, c'est quand même pas une sinecure.

  • Speaker #0

    Et pourquoi d'ailleurs ce choix de faire que les étrangers ? C'est parce que vous trouvez que vraiment le niveau de la littérature...

  • Speaker #1

    Parce qu'il y a déjà eu deux tamis. Il faut que ce soit sorbité dans le pays en question et qu'un traducteur français s'en soit occupé. Donc il y a deux fois plus de chances que deux fois.

  • Speaker #0

    Oui, on publie moins les mauvais manuscrits, c'est ça que vous voulez dire. Donc vos conseils de lecture, c'est...

  • Speaker #1

    je suis très curieux de voir ce que vous allez me dire en tant que grand professionnel un livre qui donne envie de pleurer mais je n'ai jamais pleuré en lisant un livre jamais jamais au cinéma oui mais avec des livres jamais au cinéma je pleurais à la fin de nos plus belles années avec redford et je pleure deux fois devant vincent françois paul et les autres à l'infarctus de mon temps et à la colère de piccoli

  • Speaker #0

    et vous pleurez ?

  • Speaker #1

    Les livres, non.

  • Speaker #0

    Et Woody Allen ? Moi, Annie Hall me fait pleurer à chaque fois.

  • Speaker #1

    Non, Woody Allen me fait rire. Mais il y a des livres qui me font rire. C'est très rare, mais il y en a eu deux dans ma vie où j'ai ri comme devant une comédie au cinéma. C'est Le banquet des léopards d'Alfrance Boudard qui se passe pendant la débatte de 40. Et Roman Fleuve de Philiberum qui est sorti il y a 2-3 ans. Et je riais tout seul. Et ça, c'est tellement rare. que quel bienfait.

  • Speaker #0

    Donc, justement, un livre pour arrêter de pleurer,

  • Speaker #1

    vous avez vu ? Il ne faut jamais arrêter de pleurer.

  • Speaker #0

    Si vous n'y arrivez pas.

  • Speaker #1

    Ah oui, mais on peut pleurer pour autre chose qu'un livre.

  • Speaker #0

    Un livre pour s'ennuyer ?

  • Speaker #1

    Tout, Claude Simon. Je vais essayer d'en lire un, mais j'ai eu l'impression de me mettre de la farine dans la bouche. C'était épouvantable. Une sensation, une vraie douleur. J'aurais voulu prendre un peu de pain total pour me lutter contre ce mal des éditions de minuit.

  • Speaker #0

    Un livre pour crâner dans la rue.

  • Speaker #1

    Les petits malins de Pascal Jardin, qui est son premier roman que personne n'a, qui ne figure pas dans ses oeuvres complètes. Il avait écrit ça à 20 ans et c'était sorti chez Pierre Auré. Et c'est pas mal du tout. C'est un petit polar et sur la quatrième de couverture, il a écrit Il y a beaucoup de morts, mais dans Shakespeare aussi. Et puis,

  • Speaker #0

    c'est vrai que c'était snob. Ah bah oui. Ça c'est snob. Un livre qui rend intelligent.

  • Speaker #1

    Les mémoires de Jean-François Revelle, ça m'avait bluffé ça, quand j'avais lu ça, qu'il devait s'appeler Le voleur dans la maison vide, ou quelque chose comme ça. Et c'était comme ses chroniques du point, c'est tellement lumineux, écrit dans une langue parfaite. Et c'était agaçant, parce qu'on se disait, surtout, il avait raison. Oui,

  • Speaker #0

    et surtout, en lisant ce genre de livre, Le lecteur a l'impression de tout comprendre, que tout est clair, et quand on le referme, on est incapable d'expliquer.

  • Speaker #1

    On a l'impression qu'on se dit, ce Reveil est d'accord avec moi, mais on n'avait pas pensé à ce qu'il disait avant.

  • Speaker #0

    Un livre pour séduire ?

  • Speaker #1

    Les Pianos Mécaniques d'Henri-François Rey, qui se passe à Cadaquès, pour emmener une fille à Cadaquès.

  • Speaker #0

    Mais à ce moment-là, il ne faut pas que ce soit vous qui conduisiez.

  • Speaker #1

    Non, non, non. Maintenant, je connais la route, je sais.

  • Speaker #0

    Un livre que je regrette d'avoir lu ?

  • Speaker #1

    La semaine sainte d'Aragon, parce que j'ai attendu très très longtemps, tout le monde m'en parlait, et ça m'est tombé les mains. Bizarrement, j'ai trouvé ça complètement artificiel, surfait, et je ne l'ai pas fini, et ça me rend triste, parce que je pensais que c'était le meilleur livre d'Aragon qu'on cachait, et non, c'est Aurélien.

  • Speaker #0

    Ça reste Aurélien, oui. Un livre que je fais semblant d'avoir fini ?

  • Speaker #1

    Celui que je suis en train d'écrire quand j'en parle à mon déditeur.

  • Speaker #0

    Le livre que j'aurais aimé écrire ?

  • Speaker #1

    Il y en a deux. Côté français, ce serait Un Taxi Mauve de Michel Déon. Parce que je trouve que c'est d'un romanesque absolu avec l'Irlande, ses personnages de femmes et puis ce narrateur solitaire dont on devine qu'il cache un secret. américain un bonheur parfait de james elter sur l'histoire d'un couple qui qui va se déliter je trouve ça magnifique avec ce titre ironique quel est le pire livre que vous ayez jamais lu de votre vie c'est l'embarras du choix c'est peut-être

  • Speaker #0

    la maison de jade de madelaine chapsal que j'avais lu avec tilly nal dans le wagon restaurant du capitole qui nous ramène la foire de brie vers rue on lisait sa voix haute et les serveurs étaient venus avec leur veste blanche autour de la table en disant vous inventez vous inventez et on leur montrait que c'était faux mais bon la pauvre madelaine chapsal on savait pas à l'époque qu'elle allait faire des émules et que des livres comme ça, il y en aurait... 10 par mois.

  • Speaker #1

    Et enfin, le livre que vous lisez en ce moment ?

  • Speaker #0

    C'est joli, j'ai découvert l'écrivain José Giovanni.

  • Speaker #1

    Tiens ! Et c'est épatant. C'est du polar ?

  • Speaker #0

    C'est des séries noires, dont on a souvent tiré des films. Clas de Toïs, c'est excellent comme polar. Et c'est écrit, c'est un très bon styliste. dont Enrico avait fait un film avec Belmondo, c'est très très bon aussi. Et là, je vais lire La Scumoune, dont Giovanni a tiré deux films, un nommé La Roca et La Scumoune. Et les deux avec Belmondo, ce qui est très...

  • Speaker #1

    Mais pourquoi tout d'un coup, vous vous mettez à lire José Giovanni en 2025 ? Qu'est-ce qui vous a conduit là ?

  • Speaker #0

    Parce que Gallimard a réédité en série noire Classe Touriste, parce que... Je me suis dit, je n'ai jamais lu, pourquoi ? Ça a été pour moi un choc et une révélation. J'en parle à tout le monde.

  • Speaker #1

    Formidable. Alors, cher confrère, j'aimerais aussi vous poser quelques questions sur votre méthode de travail. Parce que les gens qui nous regardent beaucoup rêvent d'être écrivains, d'être publiés, et puis ils écrivent aussi parfois. Donc c'est utile de savoir comment travaillent les romanciers. Alors, est-ce qu'il y a déjà un endroit particulier où vous écrivez, où vous écrivez n'importe où ?

  • Speaker #0

    Non, j'écris chez moi. Vous avez un bureau ? J'ai une grande table et le bureau, il y a tellement de papier, de bouquins dessus qu'on ne peut pas s'y installer.

  • Speaker #1

    Donc vous êtes dans la cuisine ou dans la salle à manger ?

  • Speaker #0

    C'est une pièce qui fait tout. Il y a une table qui est plus grande que celle-là, qui doit faire 5 mètres de long presque, et je me mets là-dessus. D'accord. Parce que j'admire toujours ceux qui disent « j'écris dans les cafés, sur un banc, dans les jardins » . Je trouve qu'écrire, c'est un truc un peu dégoûtant et il vaut mieux faire ça. Caché chez toi. Ah oui, oui.

  • Speaker #1

    Et est-ce que vous avez des horaires précis ou vous attendez d'avoir l'inspiration ?

  • Speaker #0

    Pas d'horaires précis, mais jamais plus de deux heures. Au bout de deux heures, j'en ai marre, j'ai envie de faire autre chose, de lire un livre, d'aller au restaurant.

  • Speaker #1

    Et puis d'aller au cinéma.

  • Speaker #0

    D'aller au cinéma, oui. Mais... Non, mais parce qu'il faut écrire seulement s'il n'y a rien de plus intéressant à faire. Personne ne vous y oblige, donc il faut en profiter.

  • Speaker #1

    Et c'est plutôt le matin ou le soir ?

  • Speaker #0

    Lui. tôt l'après midi est ce que d'ailleurs est ce que c'est après un déjeuner arrosé ou sobre plutôt sobre mais non parce que ça c'est aussi une gaminerie de penser qu'à cause de blondin de fitzgerald et miway ça

  • Speaker #1

    va aider non non c'est mais miway il disait faut écrire ivre mais corriger sobre ouais c'est ça le bon conseil donc vous n'êtes pas l'inversé parce que c'est pour donner quelque chose à écrire sobre et corriger bourré Vous êtes plutôt ordinateur ou feutre ? Stylo,

  • Speaker #0

    stylo à plumes ou stylo bic.

  • Speaker #1

    Donc après vous rentrez tout dans un ordinateur ou vous tapez à la machine ?

  • Speaker #0

    Non, à l'ordinateur puisqu'il n'y a plus de machine à l'univers maintenant. Comme je ne sais pas très bien m'en servir, ça me prend un temps fou. Je ne sais pas retrouver les pages alors que quand c'était de taper à la machine, on avait les feuilles, on corrigeait à la main. Mais au départ c'était à la main.

  • Speaker #1

    Et combien de cimes par jour ? Est-ce qu'il y a une quantité ? Vous imposez ? Non, non. Ah, mais il y en a plein qui font ça.

  • Speaker #0

    Ben, peut-être. Non, non.

  • Speaker #1

    Donc, tant que ça va, que ça vous plaît, vous gardez et vous continuez.

  • Speaker #0

    Voilà, je garde. C'est des feuilles volantes. Et puis après, je les recopie.

  • Speaker #1

    Vous avez un carnet de notes que vous trimballez sur vous ou pas du tout ?

  • Speaker #0

    Non, c'est vous qui faites ça. Oui, c'est vrai. Comme Mads Neff. Ça va. Non, j'ai un carnet. mais qui est à la maison et de temps en temps je note des petits trucs.

  • Speaker #1

    Mais par exemple quand...

  • Speaker #0

    Mais alors c'est dangereux parce que je ne sais jamais si je les ai utilisés ou pas déjà. Oui. Alors ?

  • Speaker #1

    Ce n'est pas grave. On peut les ressortir plusieurs fois.

  • Speaker #0

    Oui, oui. Personne ne s'en aperçoit de toute façon. Non, mais il suffit de s'y mettre. Puis c'est rare qu'on ait des éclairs de génie pour noter quelque chose.

  • Speaker #1

    Non, mais quelquefois si on a une idée et qu'on ne la note pas,

  • Speaker #0

    elle est pas... Ah oui, oui, oui. Non, puis à l'inverse aussi, c'est les idées géniales dans la nuit qu'on note. Quand on se réfère, on est consterné. Oui.

  • Speaker #1

    Et quand vous allez voir un film, par exemple, pour votre travail de critique, est-ce que vous prenez des notes sur les dialogues ou des idées ?

  • Speaker #0

    Non.

  • Speaker #1

    Non, vous avez une bonne mémoire alors.

  • Speaker #0

    Après, je prends deux, trois notes de temps en temps. En sortant de la salle. Oui. Sinon, je me refais le film dans la tête. Oui,

  • Speaker #1

    oui. Alors là, il y a... Ah oui, c'est une question très précise. Quand vous faites un roman, est-ce que vous faites un plan ou pas de plan du tout ?

  • Speaker #0

    Non, pas de plan, mais il me faut la première et la dernière phrase et ensuite je comble les blancs.

  • Speaker #1

    Entre les deux. Les ventes, est-ce que vos ventes montent, descendent, stagnent ? C'est la dernière question, c'est la plus désagréable.

  • Speaker #0

    Pas du tout. Quand on a appris les ventes montent... et quand on n'en a pas, ce n'est pas le même score, mais c'est à peu près la même chose.

  • Speaker #1

    Mais moi, je pense que ce livre-là va avoir plus de succès que les autres, parce qu'il est très différent venant de vous, et il n'est pas du tout impudique, il est vraiment touchant, vraiment humain.

  • Speaker #0

    Je vous remercie.

  • Speaker #1

    Je recommande « Pain total » d'Éric Nehoff, vous l'avez compris, chez Albain Michel. Merci infiniment, Éric Nehoff, d'être... d'être venu...

  • Speaker #0

    Merci à vous. ...

  • Speaker #1

    ensemble chez La Pérouse. Et la semaine prochaine, je recevrai Jean-Louis Hésine, un autre ancien du masque et la plume.

  • Speaker #0

    C'est une reconstitution de l'Igne d'Istoute.

  • Speaker #1

    En tout cas, vous nous manquez au masque et la plume. Mon cher Eric.

  • Speaker #0

    Vous aussi.

  • Speaker #1

    Merci beaucoup d'être venu. Donc j'invite tout le monde à lire Pain Total qui est un de vos meilleurs livres chez Albain Michel. Merci à toute l'équipe, aux télés, à Chloé, ma fille, qui organise avec moi l'émission. Et n'oubliez pas, lisez des livres pour ne pas mourir idiot.

Description

Ma conversation avec Eric Neuhoff n'a pas été réalisée sous pentothal. Et pourtant je ne l'ai jamais connu aussi sincère. Son dernier livre agirait-il sur lui comme un sérum de vérité ?


Hébergé par Ausha. Visitez ausha.co/politique-de-confidentialite pour plus d'informations.

Transcription

  • Speaker #0

    Bonsoir Eric Neuf.

  • Speaker #1

    Bonsoir Frédéric.

  • Speaker #0

    Bienvenue dans Conversations chez la Pérouse pour votre nouveau livre. Est-ce que c'est un roman ou un récit ?

  • Speaker #1

    C'est un récit. Peintre. Une confession même. Oui,

  • Speaker #0

    une confession très intime, parue chez Albain Michel. Donc c'est… mais d'abord on a un générique. Eh oui, on en voit le générique.

  • Speaker #1

    C'est le mieux.

  • Speaker #0

    Et c'est reparti avec ce très très beau générique. En fait, ça consiste principalement à regarder ma photo. Alors, vous êtes un écrivain souvent primé, prix interallié.

  • Speaker #1

    J'aime mieux être primé que déprimé.

  • Speaker #0

    C'est vrai, mais c'est hallucinant. La petite française a eu l'interallié en 97. Vous avez eu le grand prix du roman de l'Académie française pour Un Bien Fou en 2001. Le prix Renaud d'Oessen en 2019. Pour très cher cinéma français. Au pamphlet.

  • Speaker #1

    À cause de vous.

  • Speaker #0

    Oui, c'est ma faute. Le prix Nimier, ça c'est très chic. Pour Léon Lange de Laetitia, en 90. Le prix des Deux Magots, pour Barba Papa, 95. En fait,

  • Speaker #1

    vous avez eu le prix... Le prix Caz. Oui. J'ai pas eu le prix de Flore.

  • Speaker #0

    Le prix de la Brasserie Lille. C'est ça, le prix Caz. Le prix Vaudville aussi.

  • Speaker #1

    Aussi.

  • Speaker #0

    Dès qu'il y a un prix dans un restaurant, vous l'avez.

  • Speaker #1

    Oui. Moi, j'ai toujours écrit la bouche pleine.

  • Speaker #0

    Donc, vous avez mis 46 ans à oser parler de ce qui vous est arrivé en 1978 sur une route près de Cadaquès, dans une Peugeot

  • Speaker #1

    204 cabriolet.

  • Speaker #0

    Alors, qu'est-ce qui est passé ?

  • Speaker #1

    C'est ce que j'ai essayé de savoir en écrivant ce livre, parce que les gens disent souvent que quand on a un accident de voiture, c'est un trou noir. Et le fait est que je ne me souviens de rien, sauf qu'on était sur cette route, on allait dans une boîte de nuit, et la dernière image que j'ai vue, c'était dans les phares, le bas-côté, la poussière, et au bout, la pile en pierre d'un petit pont.

  • Speaker #0

    Donc en fait,

  • Speaker #1

    ça s'arrête là, et je me suis dit que peut-être qu'en écrivant, j'allais découvrir ce qui était arrivé, et bien hélas non, je ne saurais jamais. Donc j'ai mis une seconde et... 46 ans à parler de ça.

  • Speaker #0

    Et vous n'aviez pas de ceinture de sécurité. Non. C'est ça qui vous a sauvé.

  • Speaker #1

    Oui. C'était une décapotable. C'était la première fois que je montais dans une décapotable. Alors, c'était très grisant la nuit, le vent, les étoiles qu'on voyait. Et j'ai eu la chance d'être éjecté. Et l'ami qui conduisait, lui, hélas, ne s'en est pas sorti. Oui.

  • Speaker #0

    Il se prénommait Olivier. C'est ça. Vous écrivez « La nuit est plus noire que jamais » . autour les couleurs vibrées. Alors, ce qui m'intéresse, c'est le changement de temporalité entre les deux phrases. La nuit est plus noire que jamais, c'est au présent, et autour les couleurs vibrées, on est à l'imparfait. Comment choisissez-vous le temps des phrases ?

  • Speaker #1

    Là, c'était pour rendre compte un peu de cet état très spécial quand vous rouvrez un œil après un accident. Moi, j'étais allongé sur le bitume de la route et on ne sait vraiment plus où on est, donc on ne sait plus. quelle heure il est, qui on est, ce qu'on a fait, on est dans une espèce d'espace très curieux, et tout a l'air bizarre, on ne sait pas si ça dure une heure ou une seconde, et j'ai essayé de retranscrire toutes ces sensations en écrivant ce livre.

  • Speaker #0

    Le livre est écrit, comme d'habitude chez vous, mais peut-être encore plus, avec des phrases très courtes. Est-ce qu'on peut, finalement peut-être on ne peut pas décrire un accident de la route à la Proust, vous voyez, on est obligé de faire des phrases. De vitesse,

  • Speaker #1

    quoi. Oui, parce que tout vous arrive de façon saccadée. En plus, vous vous reprenez vainement conscience, vous vous évanouissez à nouveau. Donc, tout est très, très rapide. Et surtout, tout est nouveau et tellement mystérieux. Vous vous demandez dans quoi vous vous réveillez.

  • Speaker #0

    Alors, concrètement, vous êtes transporté à l'hôpital de Garches ?

  • Speaker #1

    Le lendemain, oui, parce que je suis allé dans un hôpital à Géronne, d'abord, puisque c'était en Espagne. Et l'heure. Le lendemain, un avion d'Europe Assistance m'a emmené à Garches et c'était mon baptême de l'air. Je n'étais jamais monté dans un avion.

  • Speaker #0

    Première fois que vous prenez l'avion, c'est la première phrase du livre. La première fois que j'ai pris l'avion, c'était avec Europe Assistance. En fait, vous êtes sponsorisé par Europe Assistance ? Pour ceux, c'est insipide.

  • Speaker #1

    Et peut-être qu'ils m'offriront un jet privé. Oui,

  • Speaker #0

    écoutez, je vous le souhaite. 12 mois d'hôpital, là on ne vous dit pas tout de suite que le conducteur est mort.

  • Speaker #1

    Non, on a bien fait d'ailleurs, parce que l'idée c'était de survivre et puis de se retrouver. Et puis surtout on ne pense pas que ça va durer 12 mois. J'ai été persuadé que, comme c'était le week-end du 14 juillet, qu'en septembre, après un petit peu de rééducation, tout repartirait comme avant. Ça dure 12 mois, mais on s'habitue. C'est ça qui est terrible, c'est que le temps n'a plus du tout la même durée.

  • Speaker #0

    Et on vous disait, quand est-ce que vous l'avez su que le conducteur était mort ?

  • Speaker #1

    À force de poser des questions, un jour mes parents m'ont dit, tu sais, il ne s'en est pas sorti.

  • Speaker #0

    À votre avis, pourquoi avoir attendu ? 46 ans, est-ce que c'est parce que vous avez oublié, comme vous le disiez en commençant, ou est-ce que c'est parce que, comme vous le racontez à la fin du livre, vous avez eu une chute d'escalier et tout d'un coup tout est revenu ? Est-ce que c'est ça ?

  • Speaker #1

    Non, non, parce que j'avais commencé le livre avant d'avoir la chute d'escalier, qui m'a ramené complètement dans le passé, parce que je me suis retrouvé à nouveau avec des béquilles, enfin des cannes anglaises plus exactement, parce que c'est le vrai terme exact. C'est surtout un ami éditeur qui m'a dit « tu devrais raconter ça » , Thibault de Montaigu pour ne pas le citer. Et du coup je me suis dit « bon allons-y, voyons ce que ça va donner » . Et sans doute que c'était le moment, mais j'aurais peut-être dû le faire avant, parce que comme ça mes parents auraient pu le lire. Mais là, du coup, s'ils le lisent, mes fils sauront peut-être qui était leur père à un âge plus jeune que celui qu'ils ont aujourd'hui.

  • Speaker #0

    Et j'imagine que vous devez beaucoup les protéger ou en tout cas avoir très peur pour eux quand ils font la fête.

  • Speaker #1

    Ah bah oui, on y pense beaucoup. Et d'ailleurs, heureusement qu'il y a les parents dans ces cas-là, parce que s'ils n'avaient pas été là, je ne sais pas ce qui se serait passé en 78. Oui,

  • Speaker #0

    en fait, il faut bien se rendre compte qu'à l'époque, il n'y a pas les téléphones portables.

  • Speaker #1

    Et dans cet endroit de la Catalogne, il n'y avait pas de téléphone fixe dans les maisons. Il y avait juste dans la crique une famille qui avait un poste. Et je sais pas comment... ce qui s'est passé. En fait,

  • Speaker #0

    vous avez dû rester assez longtemps sur le bas-côté.

  • Speaker #1

    Ouais, j'imagine, ouais. Et je sais que quand mes parents sont arrivés à l'espèce de petit hôpital où j'étais pas, en plus, on leur a dit, il y en a un des deux qui est mort et ils savaient pas lequel. Donc je pense que ça a dû remuer pas mal, ouais. Et j'avais en tête, le seul truc, c'est que j'ouvrais un peu les yeux. Je voulais dire que... Mon frère était dans une voiture devant avec un polo de rugby rayé vert et blanc, je crois. Et comme je parlais très mal espagnol, et vu l'état dans lequel j'étais, c'était une catastrophe. Mais on se raccroche à des trucs comme ça.

  • Speaker #0

    Bien sûr. Et moi, j'ai pensé aussi au livre de Bruno de Stabenrath, Cavalcade. Mais lui a eu une moindre chance que vous. Il est toujours vivant, mais il a un fauteuil roulant. Vous n'êtes pas passé loin aussi de ça.

  • Speaker #1

    Ça aurait pu, vous savez. Ça dépend pas de vous, il y a un moment, vous vous laissez prendre en main par la médecine.

  • Speaker #0

    Mais vous avez risqué vraiment la mort et la paralysie ? Aujourd'hui on vous le dit ou pas ?

  • Speaker #1

    J'ai risqué l'amputation je pense, mais la mort sans doute au début, parce que les premiers jours c'était un peu tangent. Et puis après l'organisme est bien fait, on peut tout endurer, la douleur ça s'oublie hélas. Mais quand elle est là, c'est vraiment une emmerdeuse. Elle prend toute la place. C'est horrible parce qu'on ne pense qu'à ça. On devient une machine à lutter contre la douleur et à vouloir l'effacer.

  • Speaker #0

    Et probablement à l'époque, on n'utilisait pas les mêmes produits. Alors d'où le titre du livre, Pain Total. Je ne sais pas très bien ce que c'est que le Pain Total.

  • Speaker #1

    Moi non plus, mais c'est ce qu'on vous injectait pour l'anesthésie générale. Mais apparemment aujourd'hui, c'est un autre produit plus sophistiqué. Le Propofol. Oui. Et je pense que les anesthésies, maintenant, sont à la seconde près, alors qu'avant, la dose était quand même massive.

  • Speaker #0

    Mais je veux dire, on vous donnait des produits contre la douleur ou pas tellement ? Parce qu'aujourd'hui, les gens, les accidentés, ont des pompes à morphine, et c'est eux qui gèrent leur propre...

  • Speaker #1

    Non, moi, je n'avais pas de pompe à morphine, mais on vous donnait des cachets. Il devait y avoir un peu d'opium dedans, mais...

  • Speaker #0

    Oui, ça m'a fait penser évidemment à ce qu'a écrit Sagan, qui, après son accident de l'été 1957, elle a écrit un livre qui s'appelle Toxic, publié en 1964. Alors elle, c'était du palphium, mais elle est devenue addict à cette drogue et est devenue ensuite toxico toute sa vie. Et vous, vous avez échappé à cette malédiction ?

  • Speaker #1

    Non, parce que moi, je ne regardais pas un tellement bon souffle. Oh, ok. Et puis je...

  • Speaker #0

    Vous n'avez pas eu de manque de films ou de choses comme ça ?

  • Speaker #1

    Non, j'ai eu un manque de sorties, de films, mais un manque de calmant, pas tellement. Et puis j'ai toujours pensé à la phrase de Maurice Renay qui disait « Je ne me drogue pas parce que je me vois mal en train de lever ma seringue à la santé de mes amis » que j'ai laissé tomber. Mais il y a d'autres gens qui se chargent de maintenir la tradition.

  • Speaker #0

    Est-ce que vous vous considérez comme un survivant depuis 1978 ?

  • Speaker #1

    Je serais bien présenteux, non. Mais je me demande si je ne suis pas resté éternellement quand je gratte un peu le type de 22 ans étendu sur cette route catalane en pleine nuit.

  • Speaker #0

    Oui, c'est ça. Vous n'êtes jamais sorti de cet accident.

  • Speaker #1

    C'est peut-être la chose la plus importante qui me soit arrivée quand je réfléchis. Et j'ai voulu du coup voir si ça m'avait appris quelque chose. essayer de transmettre aux gens cette expérience-là, qui n'est pas donnée à tout le monde, heureusement.

  • Speaker #0

    Si vous n'avez pas parlé de cet événement pendant 46 ans, est-ce que ce n'est pas aussi parce que vous ne vouliez pas participer à la compétition de traumatiser qu'est la littérature contemporaine ?

  • Speaker #1

    Un petit peu, et puis moi je préfère le roman à l'auto-fiction, c'est le cas de le dire.

  • Speaker #0

    C'était de la pudeur ou c'était que... Voilà, vous vous dites...

  • Speaker #1

    Non, je pensais que ça ne ferait ni page, mais la bizarrerie, c'est que quand je me suis mis à écrire, toutes les sensations sont venues, les images, les odeurs, la tête des infirmières, les blouses des médecins, le bruit des claquettes sur le linoleum de la chambre, les coups de balai que donnait la femme de ménage dans le pied du lit, ce qui m'énervait beaucoup.

  • Speaker #0

    Est-ce que... Votre attitude avec la vie a changé après cet accident ? Est-ce que vous diriez, par exemple, vous avez pris moins de risques, moins fait la fête ? Je sais que non.

  • Speaker #1

    Non, mais ça m'a appris une chose, c'est que depuis, je pense que rien de grave ne peut m'arriver. Que le pire est passé et que tout est bon à prendre. La rigolade, les chagrins, les divorces. Tout est bien. Moi, je ne peux pas m'ennuyer. Ah oui,

  • Speaker #0

    c'est bien.

  • Speaker #1

    Je ne peux pas être déprimé, comme je vous disais, parce que je ne m'ennuie jamais.

  • Speaker #0

    Alors, vous êtes fasciné par les hussards, notamment par Roger Nimier, Jean-René Huguenin, qui tous deux sont morts dans un accident de voiture. Je me suis demandé, est-ce que votre fascination pour les hussards est antérieure ou postérieure à votre accident ?

  • Speaker #1

    Non, c'était antérieur, hélas. Oui,

  • Speaker #0

    donc en fait, à force d'être fasciné par eux, on rire de la vie.

  • Speaker #1

    Ben ouais, mais c'est un romantisme un peu de pacotille, l'accident de voiture, je le recommande à personne. Parce que ça ne vous enrichit pas, finalement, contrairement à ce qu'on dit, la fameuse phrase « tout ce qui ne te tue pas te rend plus fort » , non, c'est faux. Ça te rend plus faible, puisque tu peux plus skier, tu peux plus courir.

  • Speaker #0

    Alors vous avez des séquelles, c'est vrai, encore aujourd'hui ?

  • Speaker #1

    Ah oui, oui, oui, ben oui, j'ai fait.

  • Speaker #0

    C'est-à-dire que vous êtes rempli de bouts de métal ? Ouais.

  • Speaker #1

    J'ai du matériel, comme on appelle ça, des vis cachées dans la jambe.

  • Speaker #0

    Mais du coup, c'est vrai que vous ne pouvez pas skier ?

  • Speaker #1

    Non, comme le pied est bloqué en arthrodèse, parce que j'ai appris un tas de vocabulaire technique, donc on ne peut pas mettre une chaussure de ski, puisque la tige est penchée en avant et le pied est dans le sens contraire. D'accord. Mais je rêve souvent que je skie. Ah,

  • Speaker #0

    d'accord.

  • Speaker #1

    Et ce que ça a changé, c'est que depuis, quand je suis dans une voiture et que je ne suis pas au volant, je regarde la route et je regarde ce qui se passe.

  • Speaker #0

    Vous avez un peu plus peur en bagnole.

  • Speaker #1

    Je n'ai pas peur, mais je regarde tout.

  • Speaker #0

    Vous ne pouvez pas dormir en voiture, par exemple.

  • Speaker #1

    Je me méfie, oui.

  • Speaker #0

    Et alors, vous disiez que vous êtes un peu resté bloqué dans les années 70. Le livre est complètement comme ça. Il y a énormément de références, les musiques, les films, les livres de l'époque. C'est aussi un roman nostalgique, c'est ça qui est étonnant. Comment on fait pour être nostalgique d'une tragédie ?

  • Speaker #1

    Parce que c'était cette année 78, enfin l'année scolaire 77-78, on a vraiment chargé la mule, comme on dit. On s'amusait beaucoup, on sortait tout le temps. Et cette histoire, à mon avis, a été un marqueur, pas seulement pour moi, mais pour tous mes amis et tous les gens de cet âge-là, de voir que... Il pouvait arriver des choses qui n'étaient pas seulement rigolotes. Et aussi, c'était notre premier mort. C'était la première fois que quelqu'un de notre âge mourait. Donc, ça a dû compter. Mais je vous le répète, je n'ai rien appris et heureusement.

  • Speaker #0

    Sa gande toxique, elle dit « Je me suis habitué peu à peu à l'idée de la mort comme à une idée plate. »

  • Speaker #1

    Oui, parce que dans l'ambulance qui m'emmenait à l'hôpital en Espagne, il y a un moment où je me suis senti couler. Je me suis dit « Là, ça y est, c'est fini. » C'était une sensation assez douce d'ailleurs.

  • Speaker #0

    Et vous vous êtes accroché à la vie ou pas du tout ?

  • Speaker #1

    Non, non, non, ça s'est fait comme ça.

  • Speaker #0

    Donc il y a eu un an de souffrance à l'hôpital. Mais aussi, surtout, vous parlez beaucoup de l'ennui. L'ennui d'un jeune homme qui est immobilisé. Il voit ses potes qui viennent le voir et qui vont en sortir en boîte avec.

  • Speaker #1

    Oui, là, je vivais par personne interposée. Et ce qui m'a beaucoup touché à l'époque, c'est qu'il n'y a pas eu... une seule journée où je n'ai pas eu de visite. Et ils passaient, c'était presque le lieu de rendez-vous, et puis ensuite je les voyais s'égayer, partir dans la nuit de Paris. Mais vous êtes tellement en chaos que de toute façon, vous vous habituez, vous êtes très bien. Parce qu'on s'occupe de vous, vous sonnez, on vous apporte ce dont vous avez besoin, vous êtes devenus une espèce de paquet de viande. Et ça, l'être humain s'accommode de tout ça. C'est ça qui est à la fois merveilleux et terrible, c'est que on peut tout supporter.

  • Speaker #0

    Alors vous racontez que vous essayez de rester éveillé quand même jusqu'au cinéma de midi.

  • Speaker #1

    Oui, parce que ce qui me...

  • Speaker #0

    Il n'y avait pas le même nombre de chaînes.

  • Speaker #1

    Il y avait trois chaînes. Moi, je regardais Daniel Gilbert à l'heure du déjeuner. Et je voyais tous les films qui sortaient. Moi, j'étais fou de rage de savoir que Voyage au bout de l'enfer était sur les écrans et que moi, il fallait que je reste... L'œil vert.

  • Speaker #0

    Loin bien.

  • Speaker #1

    Jusqu'au... pour entendre Patrick Brion présenter un film en noir et blanc des années 40 ou 50.

  • Speaker #0

    Un film de Raoul Wach.

  • Speaker #1

    Avec sa voix si particulière.

  • Speaker #0

    Donc c'est votre premier livre, on pourrait dire 100% autobiographique, parce qu'il y a eu parfois des personnages qui vous ressemblaient. Mais finalement, vous avez...

  • Speaker #1

    Ça, je ne voyais pas comment en faire un roman, parce que ce n'est pas très romanesque. Je voulais que ce soit un truc très sec. et le plus vrai possible.

  • Speaker #0

    Dans le livre, Jean-Marie Royer et Gonzague Saint-Brice viennent vous rendre visite à l'hôpital. Vous connaissiez déjà Royer ?

  • Speaker #1

    Oui, parce que à l'époque, j'avais écrit à Jean-Laure Meusson, dont j'avais beaucoup aimé Au plaisir de Dieu. Il était directeur du Figaro. Il m'avait reçu. Moi, avec l'inconscience de cet âge-là, je trouvais ça tout à fait normal. J'étais allé le voir, rue du Louvre, dans son bureau vers midi et dans ma naïveté, je pensais qu'il allait m'inviter à déjeuner dans la foulée. Et bien non, et il m'a dit, comme je préparais une maîtrise sur Drieu à Rochelle, il m'a dit, il y a quelqu'un qui connaît très bien Drieu, parce qu'on ne pouvait pas se fournir en Drieu complètement dans ces années-là. C'est Jean-Marie Roy, j'étais allé voir Jean-Marie dans son appartement rue du Cherche-Midi, il m'avait fait une liste de livres à lire, et il m'avait rappelé, il était venu me voir.

  • Speaker #0

    Il vient vous voir, et Corsac Saint-Brice qui en plus est mort dans un accident de voiture.

  • Speaker #1

    Oui c'est vrai.

  • Speaker #0

    C'est assez fou.

  • Speaker #1

    mais là j'avais vu mon petit succès parce que dans un sac c'est vrai qu'ils venaient me voir les infirmières me respectait parce qu'il était c'était une vedette à l'époque vous n'êtes pas rancunier puisque vous retournez à cadaquès tous les étés ouais il ya un moment où je suis pas allé mais pas pour ça et ben non parce que quand vous y allez est ce que vous voyez des gens va les images non je passe devant la boîte de nuit qui est dans les terres à que à moitié fermé. C'est du vidéo ? Oui, mais qui est devenu un truc techno ou je ne sais quoi. Oui, c'est une façon d'exorciser et puis de dire que ce n'est pas la mort qui va gagner.

  • Speaker #0

    Ah oui, très intéressant dans votre livre, vous parlez des mardis du bus Palladium, quand c'était gratuit pour les filles, et moi j'y allais aussi. Alors peut-être qu'on s'est croisés.

  • Speaker #1

    Ah bah peut-être,

  • Speaker #0

    oui. Au mardi du bus Palladium. Alors, on va faire le jeu devine tes citations. Je rappelle une règle très complète. C'est pour vérifier si vous avez encore de la mémoire après cet accident ancien. Non,

  • Speaker #1

    mais je ne relis jamais mes livres, même quand ils sont réédités. Alors, à mon avis, je vais être nul.

  • Speaker #0

    Non, non, non, non. Donc, des phrases de vous, vous me dites dans quel livre vous allez écrire ça. À la longue, j'entretenais d'assez bons rapports avec la souffrance. Elle était la preuve que j'existais encore.

  • Speaker #1

    Ça doit être là-dedans, non ?

  • Speaker #0

    C'est dans le pas total 2025, parce que la première question est toujours facile. Pauvre... Euh... Et vous ajoutez l'avantage, j'ai trop mal pour avoir peur. Euh...

  • Speaker #1

    C'est là-dedans.

  • Speaker #0

    Oui, oui. Bon, j'aimais bien. Dans le livre, vous citez un titre de livre, mais sans dire qui en est l'auteur. Progrès en amour assez lent.

  • Speaker #1

    Jean Polan.

  • Speaker #0

    C'est de Jean Polan, vous le saviez en fait. Alors, une autre phrase de vous. Elle mordait dans les grains de raisin en fermant très fort les yeux, comme s'il s'était agi de comprimés de cyanure. C'est bien quand même. Oui, oui. Ça donne bien votre style.

  • Speaker #1

    Je ne sais pas.

  • Speaker #0

    Des gras de raisin comme des comprimés de siennes.

  • Speaker #1

    Ça doit être dans un des romans, ça.

  • Speaker #0

    C'est la petite française. 1997. Qui est votre modèle de style ? Vous avez cité Drieu-Larochelle.

  • Speaker #1

    Ah, pas ce style pour le...

  • Speaker #0

    Le Feufolet.

  • Speaker #1

    Ah, le Feufolet, oui, oui. Le Feufolet, oui, ça compte. C'est le seul roman qui a donné un livre, enfin un film, pardon, aussi bien que le... texte original. C'est très rare. Non, moi, c'est Sagan dont on parlait, que j'admire beaucoup, la façon d'écrire. À cet âge-là, les premiers Sagan, c'est un miracle ce qui s'est produit.

  • Speaker #0

    Une autre phrase de vous, ça j'aime beaucoup. Si tu n'es pas sage, tu iras voir le dernier Ozon.

  • Speaker #1

    Ah ça, ça doit être dans un très cher cinéma français.

  • Speaker #0

    2019, voilà.

  • Speaker #1

    C'était facile.

  • Speaker #0

    Non, sans commentaire.

  • Speaker #1

    C'est un peu vache parce qu'il y a pire qu'aux hommes.

  • Speaker #0

    Une autre phrase. Pour un homme, le divorce, c'est comme les anciennes colonies avec la métropole. On vous crache dessus, mais on continue à vous réclamer de l'argent.

  • Speaker #1

    Ça, ça doit être dans Pension Alimentaire. Mais oui,

  • Speaker #0

    vous avez une bonne mémoire.

  • Speaker #1

    Oui, mais parce que... Oui,

  • Speaker #0

    mais c'est vrai que ça... Ça avait d'ailleurs été assez critiqué, ce livre, parce que le politiquement correct commençait... à agir en 2007 et déjà à l'époque on vous a reproché d'avoir été un peu un peu libre de votre ton sur le divorce mais tant pis pour eux une autre phrase, somme toute le snobisme constitue un rempart assez solide contre la barbarie les leçons de snobisme ?

  • Speaker #1

    Non Oui,

  • Speaker #0

    deux ou trois leçons de snobisme, 2007. Vous avez bon partout, sauf une.

  • Speaker #1

    Bravo ! Pas mal, hein ?

  • Speaker #0

    Mais ça, vous le pensez toujours, parce que moi, je trouve que c'est une théorie très intéressante.

  • Speaker #1

    Ah bah oui, ça je crois, oui.

  • Speaker #0

    Le snobisme est le dernier rempart contre la barbarie.

  • Speaker #1

    Mais d'ailleurs, ça n'est plus compris, le snobisme et le second degré qui sont un peu liés, c'est bientôt interdit, à mon avis. Mais pourquoi ?

  • Speaker #0

    Parce que c'est une forme d'exigence, d'être snob, d'être... Non,

  • Speaker #1

    parce que c'est un effort, donc c'est être... se hisser un peu au-dessus de soi-même et essayer d'être mieux qu'on est en réalité. C'est pas mal. C'est une forme de civilisation.

  • Speaker #0

    Oui,

  • Speaker #1

    et puis ça va avec l'humour, ça va avec la culture, ça va avec la douceur de vivre.

  • Speaker #0

    Et aussi, je pense, en art, puisque vous êtes un des meilleurs critiques de cinéma français, non, mais c'est vrai, en art, il y a une forme de snobisme aussi, c'est de toujours détecter... le nouveau film que personne connaît.

  • Speaker #1

    Bien sûr.

  • Speaker #0

    C'est une forme de curiosité, le snobisme.

  • Speaker #1

    Oui, parce qu'on découvre les choses. Et on est partagé entre le désir de les garder pour soi et l'envie de faire découvrir aux autres.

  • Speaker #0

    J'en profite, puisque j'ai un critique de cinéma que je respecte et qui a à peu près les mêmes goûts que moi. Entre le biopic sur Dylan et celui sur Aznavour, lequel des deux il faut choisir ?

  • Speaker #1

    Ah bon, le Dylan, même si on n'aime pas Dylan et qu'on ne supporte pas Chalamet. Le film est une réussite totale parce que c'est pas le bon gros biopic qui part de l'enfance avec un traumatisme, papa battait maman et buvait et qui va jusqu'à la mort. Là, ça s'arrête, ça commence avec Dylan à 20 ans qui débarque à Manhattan, enfin à Brooklyn, et ça s'arrête au festival où il bascule dans l'Electrics qui est un scandale pour les puristes. Et on a tout. toute la sève de cet artiste qui visiblement était arrogant, odieux, très talentueux. Et on découvre aussi, moi je ne savais pas, c'est qu'il n'avait pas du tout cette voix nazillarde qu'on lui connaît au début. Il a appris. Ah oui, il avait...

  • Speaker #0

    Il était malin.

  • Speaker #1

    Il a construit sa statue dès le début.

  • Speaker #0

    Et mais Tahar Rahim, dans le rôle d'Aznavour, il était assez étonnant,

  • Speaker #1

    non ? Vous auriez été très bien le maquillage aussi. C'est ça. Je ne comprends pas l'intérêt de prendre des gens qui ne ressemblent pas du tout à leur modèle, de les maquiller et d'y faire ridicule aussi dans le film. Et puis là aussi, c'est le truc qui déroule ça comme un gros pudding de l'enfance jusqu'à la mort. Non, je ne vois pas l'intérêt.

  • Speaker #0

    Pour alors, plutôt Dylan. Il y a une autre rubrique importante, j'ai affaire à un professionnel, vous êtes également critique littéraire d'ailleurs. de romans étrangers, Figaro littéraire.

  • Speaker #1

    J'ai mis 25 ans à y arriver. Parler des romans français comme vous le faites, c'est quand même pas une sinecure.

  • Speaker #0

    Et pourquoi d'ailleurs ce choix de faire que les étrangers ? C'est parce que vous trouvez que vraiment le niveau de la littérature...

  • Speaker #1

    Parce qu'il y a déjà eu deux tamis. Il faut que ce soit sorbité dans le pays en question et qu'un traducteur français s'en soit occupé. Donc il y a deux fois plus de chances que deux fois.

  • Speaker #0

    Oui, on publie moins les mauvais manuscrits, c'est ça que vous voulez dire. Donc vos conseils de lecture, c'est...

  • Speaker #1

    je suis très curieux de voir ce que vous allez me dire en tant que grand professionnel un livre qui donne envie de pleurer mais je n'ai jamais pleuré en lisant un livre jamais jamais au cinéma oui mais avec des livres jamais au cinéma je pleurais à la fin de nos plus belles années avec redford et je pleure deux fois devant vincent françois paul et les autres à l'infarctus de mon temps et à la colère de piccoli

  • Speaker #0

    et vous pleurez ?

  • Speaker #1

    Les livres, non.

  • Speaker #0

    Et Woody Allen ? Moi, Annie Hall me fait pleurer à chaque fois.

  • Speaker #1

    Non, Woody Allen me fait rire. Mais il y a des livres qui me font rire. C'est très rare, mais il y en a eu deux dans ma vie où j'ai ri comme devant une comédie au cinéma. C'est Le banquet des léopards d'Alfrance Boudard qui se passe pendant la débatte de 40. Et Roman Fleuve de Philiberum qui est sorti il y a 2-3 ans. Et je riais tout seul. Et ça, c'est tellement rare. que quel bienfait.

  • Speaker #0

    Donc, justement, un livre pour arrêter de pleurer,

  • Speaker #1

    vous avez vu ? Il ne faut jamais arrêter de pleurer.

  • Speaker #0

    Si vous n'y arrivez pas.

  • Speaker #1

    Ah oui, mais on peut pleurer pour autre chose qu'un livre.

  • Speaker #0

    Un livre pour s'ennuyer ?

  • Speaker #1

    Tout, Claude Simon. Je vais essayer d'en lire un, mais j'ai eu l'impression de me mettre de la farine dans la bouche. C'était épouvantable. Une sensation, une vraie douleur. J'aurais voulu prendre un peu de pain total pour me lutter contre ce mal des éditions de minuit.

  • Speaker #0

    Un livre pour crâner dans la rue.

  • Speaker #1

    Les petits malins de Pascal Jardin, qui est son premier roman que personne n'a, qui ne figure pas dans ses oeuvres complètes. Il avait écrit ça à 20 ans et c'était sorti chez Pierre Auré. Et c'est pas mal du tout. C'est un petit polar et sur la quatrième de couverture, il a écrit Il y a beaucoup de morts, mais dans Shakespeare aussi. Et puis,

  • Speaker #0

    c'est vrai que c'était snob. Ah bah oui. Ça c'est snob. Un livre qui rend intelligent.

  • Speaker #1

    Les mémoires de Jean-François Revelle, ça m'avait bluffé ça, quand j'avais lu ça, qu'il devait s'appeler Le voleur dans la maison vide, ou quelque chose comme ça. Et c'était comme ses chroniques du point, c'est tellement lumineux, écrit dans une langue parfaite. Et c'était agaçant, parce qu'on se disait, surtout, il avait raison. Oui,

  • Speaker #0

    et surtout, en lisant ce genre de livre, Le lecteur a l'impression de tout comprendre, que tout est clair, et quand on le referme, on est incapable d'expliquer.

  • Speaker #1

    On a l'impression qu'on se dit, ce Reveil est d'accord avec moi, mais on n'avait pas pensé à ce qu'il disait avant.

  • Speaker #0

    Un livre pour séduire ?

  • Speaker #1

    Les Pianos Mécaniques d'Henri-François Rey, qui se passe à Cadaquès, pour emmener une fille à Cadaquès.

  • Speaker #0

    Mais à ce moment-là, il ne faut pas que ce soit vous qui conduisiez.

  • Speaker #1

    Non, non, non. Maintenant, je connais la route, je sais.

  • Speaker #0

    Un livre que je regrette d'avoir lu ?

  • Speaker #1

    La semaine sainte d'Aragon, parce que j'ai attendu très très longtemps, tout le monde m'en parlait, et ça m'est tombé les mains. Bizarrement, j'ai trouvé ça complètement artificiel, surfait, et je ne l'ai pas fini, et ça me rend triste, parce que je pensais que c'était le meilleur livre d'Aragon qu'on cachait, et non, c'est Aurélien.

  • Speaker #0

    Ça reste Aurélien, oui. Un livre que je fais semblant d'avoir fini ?

  • Speaker #1

    Celui que je suis en train d'écrire quand j'en parle à mon déditeur.

  • Speaker #0

    Le livre que j'aurais aimé écrire ?

  • Speaker #1

    Il y en a deux. Côté français, ce serait Un Taxi Mauve de Michel Déon. Parce que je trouve que c'est d'un romanesque absolu avec l'Irlande, ses personnages de femmes et puis ce narrateur solitaire dont on devine qu'il cache un secret. américain un bonheur parfait de james elter sur l'histoire d'un couple qui qui va se déliter je trouve ça magnifique avec ce titre ironique quel est le pire livre que vous ayez jamais lu de votre vie c'est l'embarras du choix c'est peut-être

  • Speaker #0

    la maison de jade de madelaine chapsal que j'avais lu avec tilly nal dans le wagon restaurant du capitole qui nous ramène la foire de brie vers rue on lisait sa voix haute et les serveurs étaient venus avec leur veste blanche autour de la table en disant vous inventez vous inventez et on leur montrait que c'était faux mais bon la pauvre madelaine chapsal on savait pas à l'époque qu'elle allait faire des émules et que des livres comme ça, il y en aurait... 10 par mois.

  • Speaker #1

    Et enfin, le livre que vous lisez en ce moment ?

  • Speaker #0

    C'est joli, j'ai découvert l'écrivain José Giovanni.

  • Speaker #1

    Tiens ! Et c'est épatant. C'est du polar ?

  • Speaker #0

    C'est des séries noires, dont on a souvent tiré des films. Clas de Toïs, c'est excellent comme polar. Et c'est écrit, c'est un très bon styliste. dont Enrico avait fait un film avec Belmondo, c'est très très bon aussi. Et là, je vais lire La Scumoune, dont Giovanni a tiré deux films, un nommé La Roca et La Scumoune. Et les deux avec Belmondo, ce qui est très...

  • Speaker #1

    Mais pourquoi tout d'un coup, vous vous mettez à lire José Giovanni en 2025 ? Qu'est-ce qui vous a conduit là ?

  • Speaker #0

    Parce que Gallimard a réédité en série noire Classe Touriste, parce que... Je me suis dit, je n'ai jamais lu, pourquoi ? Ça a été pour moi un choc et une révélation. J'en parle à tout le monde.

  • Speaker #1

    Formidable. Alors, cher confrère, j'aimerais aussi vous poser quelques questions sur votre méthode de travail. Parce que les gens qui nous regardent beaucoup rêvent d'être écrivains, d'être publiés, et puis ils écrivent aussi parfois. Donc c'est utile de savoir comment travaillent les romanciers. Alors, est-ce qu'il y a déjà un endroit particulier où vous écrivez, où vous écrivez n'importe où ?

  • Speaker #0

    Non, j'écris chez moi. Vous avez un bureau ? J'ai une grande table et le bureau, il y a tellement de papier, de bouquins dessus qu'on ne peut pas s'y installer.

  • Speaker #1

    Donc vous êtes dans la cuisine ou dans la salle à manger ?

  • Speaker #0

    C'est une pièce qui fait tout. Il y a une table qui est plus grande que celle-là, qui doit faire 5 mètres de long presque, et je me mets là-dessus. D'accord. Parce que j'admire toujours ceux qui disent « j'écris dans les cafés, sur un banc, dans les jardins » . Je trouve qu'écrire, c'est un truc un peu dégoûtant et il vaut mieux faire ça. Caché chez toi. Ah oui, oui.

  • Speaker #1

    Et est-ce que vous avez des horaires précis ou vous attendez d'avoir l'inspiration ?

  • Speaker #0

    Pas d'horaires précis, mais jamais plus de deux heures. Au bout de deux heures, j'en ai marre, j'ai envie de faire autre chose, de lire un livre, d'aller au restaurant.

  • Speaker #1

    Et puis d'aller au cinéma.

  • Speaker #0

    D'aller au cinéma, oui. Mais... Non, mais parce qu'il faut écrire seulement s'il n'y a rien de plus intéressant à faire. Personne ne vous y oblige, donc il faut en profiter.

  • Speaker #1

    Et c'est plutôt le matin ou le soir ?

  • Speaker #0

    Lui. tôt l'après midi est ce que d'ailleurs est ce que c'est après un déjeuner arrosé ou sobre plutôt sobre mais non parce que ça c'est aussi une gaminerie de penser qu'à cause de blondin de fitzgerald et miway ça

  • Speaker #1

    va aider non non c'est mais miway il disait faut écrire ivre mais corriger sobre ouais c'est ça le bon conseil donc vous n'êtes pas l'inversé parce que c'est pour donner quelque chose à écrire sobre et corriger bourré Vous êtes plutôt ordinateur ou feutre ? Stylo,

  • Speaker #0

    stylo à plumes ou stylo bic.

  • Speaker #1

    Donc après vous rentrez tout dans un ordinateur ou vous tapez à la machine ?

  • Speaker #0

    Non, à l'ordinateur puisqu'il n'y a plus de machine à l'univers maintenant. Comme je ne sais pas très bien m'en servir, ça me prend un temps fou. Je ne sais pas retrouver les pages alors que quand c'était de taper à la machine, on avait les feuilles, on corrigeait à la main. Mais au départ c'était à la main.

  • Speaker #1

    Et combien de cimes par jour ? Est-ce qu'il y a une quantité ? Vous imposez ? Non, non. Ah, mais il y en a plein qui font ça.

  • Speaker #0

    Ben, peut-être. Non, non.

  • Speaker #1

    Donc, tant que ça va, que ça vous plaît, vous gardez et vous continuez.

  • Speaker #0

    Voilà, je garde. C'est des feuilles volantes. Et puis après, je les recopie.

  • Speaker #1

    Vous avez un carnet de notes que vous trimballez sur vous ou pas du tout ?

  • Speaker #0

    Non, c'est vous qui faites ça. Oui, c'est vrai. Comme Mads Neff. Ça va. Non, j'ai un carnet. mais qui est à la maison et de temps en temps je note des petits trucs.

  • Speaker #1

    Mais par exemple quand...

  • Speaker #0

    Mais alors c'est dangereux parce que je ne sais jamais si je les ai utilisés ou pas déjà. Oui. Alors ?

  • Speaker #1

    Ce n'est pas grave. On peut les ressortir plusieurs fois.

  • Speaker #0

    Oui, oui. Personne ne s'en aperçoit de toute façon. Non, mais il suffit de s'y mettre. Puis c'est rare qu'on ait des éclairs de génie pour noter quelque chose.

  • Speaker #1

    Non, mais quelquefois si on a une idée et qu'on ne la note pas,

  • Speaker #0

    elle est pas... Ah oui, oui, oui. Non, puis à l'inverse aussi, c'est les idées géniales dans la nuit qu'on note. Quand on se réfère, on est consterné. Oui.

  • Speaker #1

    Et quand vous allez voir un film, par exemple, pour votre travail de critique, est-ce que vous prenez des notes sur les dialogues ou des idées ?

  • Speaker #0

    Non.

  • Speaker #1

    Non, vous avez une bonne mémoire alors.

  • Speaker #0

    Après, je prends deux, trois notes de temps en temps. En sortant de la salle. Oui. Sinon, je me refais le film dans la tête. Oui,

  • Speaker #1

    oui. Alors là, il y a... Ah oui, c'est une question très précise. Quand vous faites un roman, est-ce que vous faites un plan ou pas de plan du tout ?

  • Speaker #0

    Non, pas de plan, mais il me faut la première et la dernière phrase et ensuite je comble les blancs.

  • Speaker #1

    Entre les deux. Les ventes, est-ce que vos ventes montent, descendent, stagnent ? C'est la dernière question, c'est la plus désagréable.

  • Speaker #0

    Pas du tout. Quand on a appris les ventes montent... et quand on n'en a pas, ce n'est pas le même score, mais c'est à peu près la même chose.

  • Speaker #1

    Mais moi, je pense que ce livre-là va avoir plus de succès que les autres, parce qu'il est très différent venant de vous, et il n'est pas du tout impudique, il est vraiment touchant, vraiment humain.

  • Speaker #0

    Je vous remercie.

  • Speaker #1

    Je recommande « Pain total » d'Éric Nehoff, vous l'avez compris, chez Albain Michel. Merci infiniment, Éric Nehoff, d'être... d'être venu...

  • Speaker #0

    Merci à vous. ...

  • Speaker #1

    ensemble chez La Pérouse. Et la semaine prochaine, je recevrai Jean-Louis Hésine, un autre ancien du masque et la plume.

  • Speaker #0

    C'est une reconstitution de l'Igne d'Istoute.

  • Speaker #1

    En tout cas, vous nous manquez au masque et la plume. Mon cher Eric.

  • Speaker #0

    Vous aussi.

  • Speaker #1

    Merci beaucoup d'être venu. Donc j'invite tout le monde à lire Pain Total qui est un de vos meilleurs livres chez Albain Michel. Merci à toute l'équipe, aux télés, à Chloé, ma fille, qui organise avec moi l'émission. Et n'oubliez pas, lisez des livres pour ne pas mourir idiot.

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