- Speaker #0
Amis Intello, bonsoir et bienvenue chez La Pérouse. Cette semaine je me suis fait plaisir, d'ailleurs je me fais plaisir toutes les semaines, c'est l'émission la plus égoïste de tout le paysage audiovisuel international. Je reçois Floch, dont je suis fan depuis 40 ans. Bonsoir Floch. Et son acolyte, son scénariste, Fromental. Votre prénom c'est Jean-Luc.
- Speaker #1
C'est bien ça.
- Speaker #0
Floch refuse qu'on dise le sien, je pense qu'il a un petit peu honte de son prénom. non plus en retard.
- Speaker #2
Je peux vous en donner un ?
- Speaker #0
Monsieur Floch, je vous reçois pour ce très joli petit livre publié aux dilettantes, Memento Mori, où il y a 45 portraits de vos idoles. Alors, il va falloir faire un peu de pédagogie, puisque même si notre public est intellectuel, il y a peut-être quelques jeunes qui nous regardent, qui ne connaîtront pas forcément tous les artistes qui sont présents ici. Mais tout d'abord, il y avait Life, c'était des fausses couvertures de Life que vous aviez fait, où il y avait déjà une quinzaine, quinze fausses couvertures. Oui,
- Speaker #2
il y a quarante ans.
- Speaker #0
Il y a quarante ans, de personnes que vous aimez. Vous avez ensuite fait High Life. Ça c'était Life, le premier.
- Speaker #2
Non, High Life. Ça c'est High Life. C'est le second. High Life, c'était... À cette taille-là, il n'y avait pas de texte, excepté une préface que Fremantel avait faite.
- Speaker #0
Voilà. Et c'était tous des alcooliques ou des drogués.
- Speaker #2
Voilà.
- Speaker #0
High life,
- Speaker #2
on sait que c'est défoncé, être plané en fait.
- Speaker #0
Voilà. Et puis, cette année, vous en avez encore ajouté 15, sous le titre Life After Life. Ce ne sont que des suicidés.
- Speaker #2
Et pourquoi 40 ans après ? Parce que quand on est en vieillie, j'ai 72 ans, on a... Si on n'est pas trop bête, on s'en fout pas mal de la postérité, mais curieusement, on a un besoin irrépressible de ranger ses affaires, de mettre tout en ordre, et donc de revisiter un peu ce qu'on a fait. Et je suis retombé sur ces deux petits bouquins, et je me suis souvenu qu'à l'époque, j'avais un troisième titre que j'aimais beaucoup, qui s'appelait Life After Life, mais je ne savais pas ce qu'on pouvait y mettre, et j'ai pensé que ça pourrait être les suicidés. Et à ce moment-là, comme vous le disiez tout à l'heure, parce qu'on est 40 ans après... Et que tous ceux qui sont dedans sont morts, pratiquement, et que les gens sont peut-être moins cultivés qu'il y a 40 ans, c'est imposé à nous, et puis pour notre plaisir, que Fremantle fasse des textes.
- Speaker #0
Donc là, vous l'avez mis au travail. Comment ça se passe de travailler avec Floc ? C'est un dictateur, bien sûr, mais est-ce que c'est vous qui proposez les noms des artistes, et lui qui dispose ? Vous saviez c'est comment ?
- Speaker #1
Je suis copain avec Pinochet en fait. Donc le truc c'est que c'est un ami avant d'être un dictateur. Donc ça se passe dans la plus grande intelligence et dans la plus grande complicité. On échange comme au ping-pong. On parle beaucoup comme il est très loin maintenant. Il est dans des lieux que vous connaissez.
- Speaker #0
Oui, il habite à Biarritz. Quelle grosse idée.
- Speaker #1
Exactement, mais il fait du surf, c'est pour ça.
- Speaker #0
Le surf en tweed, il est bien le seul.
- Speaker #1
Oui justement, c'est ce qu'il fait reconnaître sur les plages. Et donc ça se passe beaucoup au téléphone, et comme on est relativement bavards l'un et l'autre, quand on est ensemble en tout cas, ce sont des moments très agréables, et on est partisans du peu de travail au milieu de beaucoup de conversations. C'est-à-dire qu'on parle de tout, de rien, du beau temps, de la vie, des femmes, de l'amour, et incidemment, en dix minutes, on fait l'émission du jour. Oui,
- Speaker #2
parce que c'est un choix du cœur, vous voyez, c'est pas exhaustif.
- Speaker #0
Ah non, pas du tout, justement. D'ailleurs, c'est le jeu qui est amusant à faire. C'est tout de suite de vous titiller sur une date sans.
- Speaker #2
Oui, même si, Frédéric, si vous y réfléchissez bien, des suicidés sur le XXe siècle et le début du XXIe siècle, il n'y en a pas tant que ça. On a fait le tour. On pourrait mettre Jacques Rigaud, des gens comme ça. Mais le seul qui n'est pas dans celui-là, et je le regrette un petit peu, mais qui a été dans le tirage de tête, qu'on a rajouté sur une très bonne idée de mon éditeur, Antonin Bir, justement, c'est Jules Pasquine.
- Speaker #0
Oui.
- Speaker #2
Moi j'adore, je suis pas skin. C'est un Toulouse-Lautrec dégénéré. Et j'ai fait un dessin qui était d'ailleurs, qui n'aurait pas pu être là, parce qu'il était avec deux putes de chaque côté.
- Speaker #0
Je voulais vous calmer tout de suite. Ça c'était Gene Seaberg, Antoine Sébastien. Oui. Il y a donc bien sûr Romain Garry.
- Speaker #1
Alors Jean-Thomas.
- Speaker #0
Oui, tout à fait. On dira pourquoi. Surprenant, quelqu'un comme Yann Curti, ce chanteur de Joy Division.
- Speaker #2
Oui.
- Speaker #0
Ça, ça m'a étonné venant de vous.
- Speaker #2
Je dirais que c'est pour moi, dans le rock, les dernières, non pas lumières, mais les dernières capacités à suivre le rythme.
- Speaker #0
Et le chanteur de Nirvana, Kurt Cobain, à Billion. Oui,
- Speaker #2
c'est pareil qu'on a connu. Ah oui, j'ai bien aimé faire ça. Et regardez le titre, c'est un titre...
- Speaker #0
de lui et c'est parce que j'aime beaucoup les légendes moi c'est comme comme azur comme azur donc ça non mais ça c'est alors donc c'est ça m'a fait penser à un livre totalement culte qui s'appelait rock dreams de guy pellat de 1973 je crois et où il avait représenté toutes les plus grandes idoles du rock'n'roll. Donc, c'est comme si vous aviez envie de faire peut-être un bilan de vos rôles modèles.
- Speaker #2
Mais votre référence, elle est parfaite, parce que c'est exactement ça pour moi. En plus, j'avais rencontré Pellard, qui est un type adorable, et qui aimait bien ce que je faisais, parce qu'il me l'avait dit, et j'en suis fier. Et moi, j'ai pensé à ça aussi.
- Speaker #0
Sauf que vous n'avez pas du tout le même style visuel.
- Speaker #2
ni le film, même si il vit 19h, et puis le... Même le prisme est quand même un peu différent.
- Speaker #0
Celui-ci était un peu du photomontage,
- Speaker #2
même s'il y avait beaucoup de morts et beaucoup de suicidés dans son affaire.
- Speaker #1
Je nuancerais un peu, si je peux, sur le Panthéon et nos idoles, parce qu'en réalité, c'est ça, mais c'est surtout des gens qui ne sont pas nécessairement des gens essentiels et absolument déterminants dans notre existence. Ce sont des gens dont la vie contient... Ce que disait Flock sur Rangé, par exemple, pour moi, la perception du livre est un peu différente, c'est qu'on arrive au bout de la vie, et là on a le sens de la courbure de l'existence, c'est-à-dire qu'on voit la Terre comme si on était des astronautes un peu déjà. Et ça donne l'arc d'existence. Et c'est un livre qui parle de la vie et de la mort, et chacun de ces personnages contient dans son parcours un éclat particulier qui a un écho chez nous. Parce que dans les choix qu'on a fait, ce n'est pas toujours les gens les plus déterminants, les plus essentiels de nos existences. Moi, il manque des gens énormes comme Graham Greene qui a été un écrivain qui a illuminé toute ma jeunesse. J'ai réussi à caser Simenon parce que Floff adore le dessiner en plus.
- Speaker #2
J'adore. J'adore Simenon pour sa recherche de l'homme nu.
- Speaker #0
Alors non, quand même, Juste pour le plaisir de rigoler, je constate qu'il n'y a que 8 Français sur 45 artistes. On n'a pas pensé à ça. Il n'y a que 8 Français. Vous êtes des cosmopolites. Vous aimez les Américains.
- Speaker #2
C'est comme vous disiez que dans notre existence de lecteur, on n'a vécu que de la littérature française.
- Speaker #0
Non, non, mais voilà.
- Speaker #1
On est une génération, et vous aussi, culturellement bâtarde. Très invasive. On a été hybridés par toutes ces littératures. Moi, je connaissais Steinbeck et Faulkner avant d'avoir lu Stendhal.
- Speaker #0
Oui, mais alors, par exemple, il n'y a pas Faulkner. Il y a Charles Bukowski, mais il n'y a pas Faulkner. Bien sûr. Vous l'avez peut-être deux fois plus.
- Speaker #1
Oui. Non, non, mais c'est ce que je disais, c'est-à-dire qu'il n'y a pas Charlie Parker, il n'y a pas Miles Davis qui s'en mettait dans le cornet, si j'ose dire. Oui,
- Speaker #0
il aurait eu sa place dans le deuxième, le High Life.
- Speaker #1
Absolument, et la seule qui représente cette tendance-là, c'est la plus belle, la plus grande, c'est Billie Holiday, qui est fantastique parce qu'elle a dit cette phrase, fantastique. parce que c'est aussi un livre de citations c'est un livre biblique en ce sens là on cite les saints Et elle a dit, la vie sous héroïne est à peu près aussi agréable que la vie dans un poumon d'acier. Et franchement, écrire ça en 1985, c'était pas mal de notre part.
- Speaker #2
Et par exemple, on choisit Schiaparelli et on ridiculise presque Chanel, alors que Chanel... Je la préfère par exemple à Yves Saint Laurent. Yves Saint Laurent n'a fait que des références. Elle au moins, elle a créé quelque chose de hiératique, magnifique. Et elle dit de Schiaparelli, c'est une artiste, pour se moquer d'elle, c'est une artiste qui fait des robes. Et Fomental termine le texte en disant, c'est bien la splendide vérité. Voilà, et donc nous on choisit Schiaparelli. Oui,
- Speaker #0
plus original. Et bien sûr, bien sûr. Plus dandy. C'est ça, au fond, votre critère c'est peut-être le dandisme.
- Speaker #2
Plus audacieuse même peut-être.
- Speaker #0
Alors juste pour les femmes, puisque vous parlez des femmes, il n'y en a que 9 sur 45, là aussi.
- Speaker #2
Les statistiques,
- Speaker #0
il faut écrire des livres en pensant aux statistiques. Désolé parce que moi-même quand j'ai écrit plusieurs livres sur la littérature, j'avais aussi compté comme ça, et je me suis dit, oula là, il n'y a pas beaucoup de femmes. Et c'est aussi parce que c'est l'époque. Mais c'est ça, c'est la littérature et... Non, non,
- Speaker #1
vous savez ce qui bouleverse la statistique, on s'en est aperçu en le faisant et on n'a pas compté, on ne l'a pas fait exprès, c'est le nombre extraordinaire d'homosexuels qui... Ça c'est phénoménal, je ne l'ai pas compté mais un coup sur deux c'est ah tiens, lui aussi...
- Speaker #2
Parce que moi je suis fou de la littérature britannique, beaucoup plus que... américaine et vous avez noël coward vous avez le merveilleux m foster et forster wild caroyale et d'un calot qui qui est qui est d'un rappel dans ce budget le point commun au fond peut-être entre tous ces 45 immense
- Speaker #0
artistes c'est qu'ils sont bien habillés j'ai l'impression que c'est pas ce sont ça c'est son rayon vous aimez bien quand même les nouvelles artistes tirés à quatre épingles
- Speaker #2
C'est pareil, vous ne connaissez pas cette statistique, mais je vais me replonger dans le livre pour voir ce qu'il en est.
- Speaker #0
Non, mais c'est un critère important.
- Speaker #2
Moi, quand on me dit que je suis élégant, je réponds tout simplement que je suis propre sur moi. Vous voyez, je ne suis pas une chochotte, je prends la première chose dans le dressing. Je ne suis pas un concomitant.
- Speaker #0
Bon, alors, ce qui manque, je vous embête encore un peu. Parmi les habitués de l'apérouste, par exemple, il y a Colette. Vous auriez pu mettre Colette. C'est le broust. Je venais ici souvent. François Sagan n'est pas dans votre livre.
- Speaker #1
Non, et pourtant je l'admire immensément.
- Speaker #2
Oui, mais alors Frédéric,
- Speaker #0
je pourrais faire une suite ?
- Speaker #2
Non, et ce que vous mettez en valeur là, d'une façon incroyable, c'est que déjà vous dites il y a 50 à peu près titans des arts, de la littérature et tout ça. Imaginez, on pourrait le multiplier par 10. Vous vous rendez compte à quel point le début du XXe siècle, les deux tiers du XXe siècle étaient d'une richesse incroyable et qu'aujourd'hui il n'y a plus personne.
- Speaker #0
Or, il y a vous !
- Speaker #2
Bon, alors, je vais vous le retourner.
- Speaker #0
C'est ça, on est là pour se complimenter, c'est très agréable. Alors, Floch, vous êtes le maître de la ligne claire. Comment est né ce mouvement ? C'était vers la fin des années 70, par là, avec le rendez-vous de Seven Oaks, avec François Rivière, c'est en 77, et puis ensuite le dossier Harding. Vous vous êtes dit... J'en ai marre des petites hachures, je veux du dessin qui soit clair, qui soit un retour à Hergé. Qu'est-ce qui s'est passé ?
- Speaker #2
Non, ça ne marche pas comme ça. Je ne voulais surtout pas faire de bande dessinée parce que je ne suis pas un travailleur manuel. Et donc, je voyais le pensum que ça pouvait être et il n'était même pas question de faire ça. Il s'est passé simplement que... Pour moi, la seule chose qui m'intéresse, ce n'est pas le dessin. Je le fais parce que personne ne le ferait comme je veux qu'on le fasse. Mais c'est toujours le concept. Et en l'occurrence, un jour, on est allé voir Hergé, Rivière, qui n'avait rien fait non plus à cette époque-là, parce que j'avais 21 ans, j'ai commencé en 1974, ce bouquin-là, m'a raconté la trame d'un roman qu'il voulait écrire, qui aurait dû être son premier roman. Non, après, en revenant, Rivière me raconte ça dans le train, sur le retour à Paris. et Et cette histoire-là avait justement une mise en abîme. Et moi, qui ne voulais pas faire de la bande dessinée, mais qui n'étais pas contre y rentrer avec une tache, j'ai dit, on va en faire une bande dessinée. Et si vous vous apercevez, une chose, c'est que quand ce livre est sorti, Providence de René est sorti exactement au même moment. C'est la même histoire. C'est pour ça qu'après j'ai travaillé avec
- Speaker #0
René. Vous avez dessiné des affiches pour Alain René, pour Goulet.
- Speaker #2
J'ai fait des dessins dans ses livres arborescents, ses films arborescents. Mais on a écrit exactement la même histoire, c'était pour le cinéma. Il y avait eu des mises en abîme dans le cinéma américain, la femme au portrait, des choses comme ça. Mais avec un... une construction, une déconstruction du récit comme chez nous ou comme chez lui, écrit par David Mercer, si je ne dis pas de bêtises, c'était nouveau complètement. Et c'est ça qui m'a mis au dessin, parce que vraiment, sinon, il n'y a pas de raison. Et j'ai fait ma nature. Je suis un gars, comme je le disais, propre sur moi. Je lisais Tintin quand j'étais petit. Donc j'aimais le réalisme et pas les gros nez. Voilà,
- Speaker #0
ça a été fait comme ça. C'est devenu un mouvement important. Il y a eu d'autres dessinateurs qui, après... dans la foulée, c'était le tout début, et c'est le Vache Claire, il y avait peut-être Benoît, Jean-Claude Richer, Yves Chaland,
- Speaker #2
et surtout, il faut lui rendre hommage, le premier, c'était un Hollandais qui s'appelait Jos Varte, et c'est lui-même qui a fait ressortir ce mot de la ligne claire.
- Speaker #0
Et alors, vous êtes allé jusqu'à dessiner des couvertures du New Yorker, ce qui est un immense honneur pour un illustrateur. Aucun Français, à part Jean-Jacques Sampé, je crois, et vous, n'a dessiné des couvertures. Et Pierre Letanne, bien sûr. Le regret de Pierre Letanne. Enfin, c'était... Vous avez été beaucoup...
- Speaker #2
Je n'en ai fait que quand j'ai pu faire ce que je voulais. C'est-à-dire, on ne m'a pas demandé de faire quoi que ce soit. Pour moi, c'était une couverture... qui avait suffisamment d'anecdotes, qui était presque comme faire un livre. Il fallait qu'il y ait tout dedans, que ce soit plus que la couverture, et que ce soit surtout des sentiments, que ce ne soient pas des actualités, des topics, comme ils disent. Mais quand ce n'était plus possible, au bout de huit, j'ai arrêté, parce que je ne voulais pas le faire autrement.
- Speaker #0
Parce qu'en fait, après, ils voulaient donner leur avis et vous dire ce qu'ils voulaient.
- Speaker #2
Un jour on m'a demandé par exemple de faire quelque chose avec les habits de de Michelle Obama. Et donc j'ai fait Michelle Obama sur le catwalk comme ça trois fois avec des habits comme si elle était un mannequin mais ça m'intéressait plus. Moi je fais un dessin d'abord de studio c'est à dire je suis pas un coq comme... mais je fais aussi un dessin j'espère littéraire. avec une sorte d'âme, sinon ça ne m'intéresse pas.
- Speaker #0
Alors vous avez été illustrateur aussi beaucoup pour l'édition, la publicité...
- Speaker #2
Je peux me permettre, je vais vous donner un exemple. Je ne fais jamais de couverture de livres. Une de mes choses préférées c'est Jeeves de Woodhouse. Je refuse toujours quand le héros principal... Et je ne veux pas imposer ma vision du héros. Parce que le plaisir de la littérature, c'est que chacun, sans le savoir d'ailleurs, invente ce personnage-là. Et moi, je ne veux pas ça. Donc, c'est des choses, par exemple, que je refuse. J'ai des principes.
- Speaker #0
C'est très bien d'avoir des principes. Donc, vous vous êtes rencontrés tous les deux il y a 40 ans. au moment de ce... Je ne sais pas celui-là, mais du premier live en 85.
- Speaker #1
On s'est connu au moment de la sortie de Seven Hawks à la librairie Temps Futur, qui était le temple à l'époque de la bande dessinée de la série Rudante, dans la bande dessinée science-fiction, etc. Non,
- Speaker #2
ce n'était pas Rudante à l'époque, c'était dans une rubéronnée. Oui, et on recevait James en On a reçu plein d'auteurs, celui de Clash, comme il s'appelle.
- Speaker #1
James Ballard. James Ballard, oui. Voilà, on le faisait tout le monde. Arlan Ellison, Norman Spinrad, enfin...
- Speaker #0
Vous avez d'ailleurs été rédacteur en chef de Metal Hurlant.
- Speaker #1
Yes.
- Speaker #0
Quelques années.
- Speaker #1
Oui, oui.
- Speaker #0
Éditeur, scénariste, également journaliste et publicitaire. comme flotte.
- Speaker #1
C'était l'époque où on vivait sous l'hippopotame, si vous vous souvenez bien, et on vivait des miettes de l'hippopotame avec une publicité totalement congelée dans les abus, et qui distribuait hardiment le travail avec les salaires afférents d'ailleurs. Et moi je suis allé à New York, j'ai passé un mois à New York avec Zbigniew Rybczynski qui était un cinéaste fameux à l'époque. pour tourner un truc de la GMF, parce que les mecs de l'agence m'avaient dit « Oh, ça nous gave d'aller un mois à New York, tu veux ? »
- Speaker #0
Oui, quelle époque bénie ! Mais comment est-ce qu'on trouve, Floch, comment on trouve le bon auteur, le bon co-scénariste ? Parce que je me suis dit, c'est peut-être comme un parolier pour un musicien.
- Speaker #2
Elbeclone quand il a trouvé Bernie Topin ou vous voyez je vous remercie d'avoir comparé c'est compliqué de trouver quelqu'un qui va trouver les mots que vous voulez c'est un peu ça moi ce qu'il y a de particulier c'est que je ne suis pas un sultan en disant ça Mais je suis toujours au départ de mes livres, c'est toujours l'idée. Donc je fais d'abord pratiquement le travail, et après, par exemple, j'avais fait un livre qui s'appelait Ma Vie, j'ai appelé Fremantale en lui disant, fais-moi quelque chose là-dessus. C'était des cartes postales à une femme que j'avais peut-être perdue, ou je ne sais plus quoi. Et Fremantale, je me souviens, il m'avait proposé d'abord deux choses. Je disais, Fremantale, je suis désolé, mais ce n'est pas ça que je veux. Et puis la troisième, il arrive, et je dis, mais Fremantale, c'est... C'est exactement, je rêvais de ça. Alors quand on se connaît très très bien, comme ça, c'est facile. Pour la bande dessinée, c'est pas très compliqué, je veux dire, parce que moi j'écris avec Rivière, parce que dans la bande dessinée, c'est pas pareil. Quand Fremantale écrit ça, il faut être une plume, il faut savoir écrire. Vous voulez,
- Speaker #0
mais osez le faire vous-même.
- Speaker #2
Non, mais moi je suis pas un écrivain. Forcément, écrire des scénarios et puis des bulles, c'est pas très compliqué, parce qu'il n'y a pas besoin d'avoir de style. Quand j'ai écrit La femme de ma vie, vous voyez, c'est marrant, c'est moi, c'est ma petite musique, mais c'est pas un écrivain, je veux dire, un écrivain c'est quelqu'un qui, comme je le disais tout à l'heure, a une plume, qui a une façon de lire qu'on reconnaît.
- Speaker #0
Là, c'était vous qui avez écrit les textes, Ma vie de rêve.
- Speaker #2
C'est pas compliqué, y'a pas de texte. Ça y'a 6. Ah, c'est ça ? Bah oui, mais regardez, c'est des légendes. J'ai besoin d'un s... Mais un enfant de 3 ans peut le faire, ça.
- Speaker #1
Ah ! En plus, c'est un livre à colorier, donc c'est... Je n'ai rien d'ailleurs à colorier.
- Speaker #0
Alors, dans ce livre, vous donnez la date de votre mort, le 4 mai 2046. Oui. 4 mai 2046. Ah tiens là ! Vous avez 93 ans.
- Speaker #2
Oh ! Vous avez 93 ans. Oui. Oui,
- Speaker #0
bien sûr. Et j'imagine bien d'ailleurs votre mort au Claridge's à Londres. Euh...
- Speaker #2
Oui.
- Speaker #0
Ou bien à l'hôtel du Palais à Biarritz.
- Speaker #2
Ah non,
- Speaker #0
Non ?
- Speaker #2
Trop mal décoré, c'est affreux. Mais c'est une horreur. Ils auraient dû demander à Jacques Garcia qui aurait fait ça merveilleusement. Ah non, non, non, impossible. Ah bien, arrive chez moi. Parce que chez moi, c'est joli. Vous préférez ? D'accord, très bien.
- Speaker #0
L'art de la guerre, c'est... Alors là, une autre collaboration que vous avez faite ensemble. Un épisode de Blake et Mortimer. Alors ça, c'est quelque chose d'inouï. d'aller dans les traces d'Edgar P. Jacobs et avec cette aventure qui se passe à New York intégralement, aux Nations Unies. C'est plein d'actualités.
- Speaker #2
Il s'agit de vieillots et actuels.
- Speaker #0
Mais oui, mais c'est même étonnant parce que vous avez tout un scénario et ça a été publié quand ? Il y a quelques années ? Deux ans. Il y a deux ans. Et c'est sur le bombardier B2 qui a bombardé l'Iran.
- Speaker #1
là il y a dix jours oui mais c'est parce que c'est sur le prototype d'avion furtif qui a été créé immédiatement après la guerre par les américains qui n'est jamais vraiment sorti des usines qui a été abandonné parce qu'il était trop lourd trop cher etc et qui a donné lieu chez jacobs à l'aile rouge c'est la même Non, mais je suis d'accord.
- Speaker #0
C'est exact. C'est la même inspiration. Et 2 ou B21.
- Speaker #1
On ne perd jamais son temps en se plongeant dans le passé parce que le passé et le futur se rattrapent sans arrêt.
- Speaker #0
J'ai une autre théorie. Je pense que vous êtes tous les deux des espions de la CIA. C'est le mon bossade en ce qui me concerne. Ça vous soulève ? Dites-le. Vous avez des informations.
- Speaker #2
J'avais juré que je n'en ferais jamais. Le premier à qui on a demandé quand Jacobs est mort et que Dargaud a racheté les droits, c'est à moi. J'ai refusé, j'ai dit je suis pas sur terre pour être Jacobs. J'avais déjà à me découvrir, vous voyez à ce moment-là vous étiez il y a 40 ans maintenant.
- Speaker #0
Mais oui, mais qu'est-ce qui s'est passé ?
- Speaker #2
Un jour par esprit de contradiction, et puis parce que je trouvais que ceux qui le faisaient, faisaient très mal.
- Speaker #0
Vous allez vous faire des copains ?
- Speaker #2
Mais bien sûr. C'est fait, hein, les copains. C'est fait, c'est déjà fait. Et ça a marché, et j'ai... Oui, ça m'a... Non, c'est pas bien, t'as fait 300 000 exemples. Oui, oui, c'est ça.
- Speaker #0
Donc c'est pas du tout pour l'argent.
- Speaker #2
Regardez par exemple, regardez cette couverture. Et cette couverture, c'est magnifique,
- Speaker #0
c'est vrai.
- Speaker #2
Eh bien, les autres, ils font un truc avec des pistolets, des machins, des positions que je trouve totalement crétines. Et moi, pour aller lire War and Peace, il faut passer par là. Vous voyez, il y a un jeu de l'œil. Je vous parle aussi d'une construction en V, renforcée par le V de Chevrolet derrière.
- Speaker #1
C'est le leitner de la bande dessinée.
- Speaker #0
Moi, je trouve ça très bien les artistes qui ne sont pas humbles. Parce qu'on est aujourd'hui toujours obligés de faire de la post-modestie. Mais non, euh, voilà,
- Speaker #2
c'est que j'étais trop vieux.
- Speaker #0
Mais c'est...
- Speaker #2
Il faut que je dise la vérité avant que je meure. Bon,
- Speaker #0
je suis trop vieux pour être modé.
- Speaker #1
Mais vous avez raison, c'était extraordinaire de recevoir un coup de téléphone de Flo qui avait annoncé par voix de presse que il avait fait une planche d'essai pour ce fameux... Pour m'amuser, pour pouvoir montrer. C'était possible. Montrer, c'était possible. Et il avait publié relativement récemment dans un recueil de trucs sur Blake et Mortimer, a sorti d'un commentaire disant, voilà, c'est mon Blake et Mortimer, je n'en ferai jamais d'autre. Et un jour, je reçois un coup de téléphone de Flo qui me dit, t'es dans la combine de Blake et Mortimer, si on en faisait un ensemble. Et donc, j'ai dit, banco tout de suite, j'ai appelé les éditeurs qui, évidemment, ont sauté au plafond en disant, mais c'est le fils naturel d'Hergé, de
- Speaker #2
Jacob. C'est-à-dire, apportez-moi un seau pour que je vomisse.
- Speaker #1
Voilà. Le fils naturel de Jacob, vous voyez ça c'est un peu... Et donc c'est parti comme ça, et tout le monde a pensé ça va être un cauchemar de travail, etc. Et en fait on s'est amusé comme des fous, comme des enfants. Parce que faire ça, j'en fais d'autres avec d'autres gens, je ne suis pas le scénariste attitré de Floch, on a fait quelques bouquins ensemble au fil de nos existences qui sont... parfaitement distinctes par ailleurs. On a été amis toute notre vie, avec des interruptions, comme dans toutes les amitiés, mais on a collaboré vraiment dans des moments très spécifiques, très précis, où on avait envie de le faire. C'est-à-dire que ça n'a jamais été une...
- Speaker #0
Je ne peux pas vous le dire. Je ne sais pas s'il n'y a jamais eu une scène chez La Pérouse dans un de vos livres, parce que c'est un décor qui... vous correspond bien,
- Speaker #2
je trouve que vous ne jurez pas c'est un décor qui me convient très très bien pour la vie normale,
- Speaker #0
je n'ai pas besoin en plus de se rajouter vous aimez mieux l'Angleterre et les Etats-Unis j'ai aimé l'Angleterre,
- Speaker #2
pour moi c'est une Angleterre qui est défunte, bien sûr par exemple dans les choses que j'ai corrigées on a fait ce mématomorie Pour corriger, j'ai fait aussi un portfolio chez mon éditeur, mon galeriste, qui dit mon Angleterre défunte. C'est affreux l'Angleterre aujourd'hui.
- Speaker #0
Oui, parce que dans vos BD, il y a ces personnages d'écrivains, la romancière Olivia Sturges et le critique littéraire Francis Albany. Je me suis demandé si vous n'étiez pas la réincarnation d'une romancière britannique ayant survécu au Blitz, l'Hongonien.
- Speaker #2
Je ne suis pas contre. Ce que je veux dire simplement, c'est que quand nous... On allait par exemple à Londres quand on avait 18, 19, 20 ans. C'était une aventure. Vous voyez, on prenait le bateau. Quand on arrivait là-bas, on pouvait avoir un copain à côté de nous. Et tout d'un coup, on ne le voyait plus. Parce que le fog était arrivé. Vous voyez, mais c'est ça qui a fait des Stevenson. C'est ça qu'il faut comprendre. Et aujourd'hui, avec la roue, l'œil... à la con et où le tunnel et tout ça il fait toujours beau ça on entend parler français si c'est dans le roi il faut venir absolument quand même ça je m'énerve quand je parle de l'homme de la je suis désolé bon on est là pour ça la question plus théorique je
- Speaker #0
me suis demandé si ce mouvement de la ligne claire dans les années 80 ça n'était pas l'équivalent du retour à Balzac dans la littérature française contemporaine. C'est-à-dire, il y avait le nouveau roman qui faisait beaucoup d'expériences de langage, et puis on est revenu, avec des gens comme Michel Houellebecq, à une narration plus classique. Et vous, c'était aussi peut-être une manière de réagir à la dispersion et à trop d'expériences formelles.
- Speaker #2
Graphiquement, je suis d'accord, mais pour le reste, non, parce que notre premier livre, Rivière était fou de nouveaux romans, c'est une déconstruction du récit. Tous mes livres sont des mises en abîme. Alors je change le médium qui est final, si vous voulez, mais je ne suis pas capable. Moi, je parlais beaucoup avec René, on s'entendait très très bien, et on convenait que tous les deux, on avait besoin de quelque chose de formel. Parce que quand c'est juste linéaire, on s'ennuie très très vite. Vous êtes au milieu, vous vous ennuyez, et le côté formel, la déconstruction de récits, ou au contraire, par exemple, chez Pinter que j'ai mis là, vous avez vu le dessin, le seul Pinter que j'aime vraiment, c'est Trahison. La pièce de théâtre Trahison avec cette mise en abîme à rebours, pour moi c'est absolument sensationnel.
- Speaker #0
Et la pinteur.
- Speaker #2
Oui, je l'ai mis en couleur, donc c'est une mise en abîme aussi, là on voit bien une image dans l'image, Et donc René et moi convenions que sans ça, on avait peur de s'endormir pratiquement au milieu de l'affaire.
- Speaker #0
Oui c'est ça, donc la ligne claire c'était un retour. formelle mais en même temps un moyen d'exprimer aussi sur le fond.
- Speaker #1
C'est complètement concomitant d'autres mouvements, c'est-à-dire que ça s'est produit en même temps que Druyer, ça s'est produit en même temps que Mandrika, ça s'est produit en même temps que toute cette bande dessinée, Gottlieb, etc. Parce que c'est un moment précis de l'histoire de la bande dessinée où on sort de pilote, le Big Bang fait que des revues se créent à partir de cette espèce d'œuf d'originelle de pilote, et que là la bande dessinée lance ses pseudopodes dans toutes les directions. Moi je suis l'éditeur du premier roman graphique français que j'ai publié aux Humanoïdes Associés, qui était Un bail avec Dieu de Will Eisner, qui est véritablement le premier roman graphique moderne. Et qui est un chef-d'oeuvre, d'ailleurs, et qui est un chef-d'oeuvre littéraire.
- Speaker #2
Sauf que je dirais que ce n'est pas que pour la bande dessinée. C'était une époque où, je sais si on admirait John Ford et puis tous les grands, mais c'est la fin de l'innocence. On aime Arthur Penn, on aime... Il y a Liechtenstein, c'est déjà de la mise en abyme, vous voyez. Et tout le cinéma est complètement changé. On est moins grave, on est beaucoup plus rigolo, c'est peut-être moins profond. C'est peut-être moins fort que les grands classiques, mais c'est nouveau. Il y a un second degré, et Jacob, par exemple, n'a jamais eu de second degré. Non, ça c'est vrai. Et pourquoi ? Pour la première raison, qu'il a connu la guerre, et qu'au sortir de la guerre, ça ne rigolait pas. Mais nous, on est des enfants des années 60, on n'a fait que rigoler.
- Speaker #1
Oui, c'est comme le rock et le blues exactement. C'est-à-dire que c'est une période moins séminale, comme dirait Philippe Manoeuvre. Tiens, j'ai prononcé son nom.
- Speaker #2
C'est pas une bonne idée dans mon émission.
- Speaker #0
Je trouve que c'est bien parce que j'ai jamais reçu personne de bande dessinée pour l'instant, ça fait 4 ans que je fais ces conversations et vous êtes les premiers. Mais c'est parce que justement, avec vous, on peut parler de théorie et un petit peu de littérature parce que c'est une forme littéraire. Maintenant, c'est en train de le devenir. Et elle est bien faite.
- Speaker #1
C'est en train de le devenir. Est-ce que je publie moi dans ma collection de Nel Graphics ? C'est vraiment Posi Simons. Des gens comme ça, c'est-à-dire des femmes écrivains qui dessinent,
- Speaker #0
par exemple. Alors, transition complètement ratée, parce que je vais montrer ce que vous faites sur Georges Simenon. C'est extraordinaire, vous avez lancé cette manière de traiter des nouvelles... Enfin, non, des romans durs, méconnus. Là, c'est La Neige était sale, avec au dessin un garçon qui s'appelle Isler. Alors là, pas du tout de la ligne claire, mais c'est de la ligne très très près d'art. mais c'est assez éblouissant et surtout c'est un travail utile de faire connaître des romans peut-être moins célèbres que les Maigrets.
- Speaker #1
Alors c'est l'indication du statut nouveau de la bande dessinée puisque c'est une proposition qui est partie du fils de Georges, John Simenon. qui avait une réputation terrifiante d'agent de l'oeuvre de son père totalement inapprochable, etc. Et un jour, ayant fait un album qui mettait en scène un épisode de la vie de Simenon, sans me nommer, dont je m'étais inspiré pour un album policier, machin, l'attaché de presse de la maison d'édition m'appelle en disant « John Simenon, cherche ton téléphone, qu'est-ce que je fais ? » Et là, saisi de panique, je me dis « Il va me demander un million d'euros. » Je lui dis donne-le quand même parce que je suis un garçon courageux. Et là j'ai un homme absolument délicieux qui me dit écoutez je cherche quelqu'un depuis très longtemps pour essayer de faire passer les oeuvres de mon père dans la bande dessinée parce que je pense que c'est un médium moderne, que ces scénarios qui ont ensemencé le cinéma sont des scénarios qui peuvent le professionnel, Georges Simenon. sont des scénarios qui peuvent aider et plaire à la bande dessinée. Et de fait, en me mettant à travailler dedans...
- Speaker #0
Vous en avez fait plusieurs, là.
- Speaker #1
Là, le premier batch, la première livraison, c'est 8. On en est au sixième. Là, je suis en train d'adapter le coup de lune que Gainsbourg avait fait au cinéma sous le titre Equinox, avec Husser, qui était...
- Speaker #0
Dans les colonies.
- Speaker #1
Ça se passe au Gabon. Et donc, le truc, c'est que j'étais un lecteur de Simenon depuis 30 ans, je connaissais les romans durs sur le bout des doigts, et quand on s'approche pour adapter un romancier, on rentre vraiment dans le vif du sujet, et je me suis aperçu d'une chose extraordinaire, c'est que Simenon, avec un vocabulaire réputé, ne comptait que 500 mots, ce qui a favorisé sa dispersion mondiale, tout le monde le lit dans le monde entier, c'est aussi lu que la Bible ou je sais pas quoi, arrive à tisser à chaque livre un tapis différent en utilisant les mêmes mots en utilisant à peu près les mêmes ressorts mais en tricotant son truc à chaque fois d'une façon différente et c'est pour moi, alors là c'est le balzac pour le coup c'est sa communauté humaine et c'est une communauté humaine qui est ultra moderne Puisque son principe de travail, c'est de prendre la tête d'un autre et d'y projeter ses propres expériences et d'examiner ce que lui a vécu en tant qu'homme de son point de vue, du point de vue d'un autre. C'est un homme qui s'intéressait beaucoup aux autres. Quand il était à table avec un médecin, il ne voulait pas qu'on parle de littérature, il voulait qu'on parle de médecine. Et il posait des questions.
- Speaker #0
Mais ça c'est vrai,
- Speaker #1
c'est l'écrivain de l'exemple. C'est extraordinaire. Les rieux de l'adaptation, c'est de rentrer aussi profondément que ça. J'ai fait un bouquin avec le personnage de Graham Greene aussi. Et c'est de rentrer aussi profondément dans l'âme et dans l'éthos et dans le pathos des écrivains qu'on admire.
- Speaker #0
En tout cas, c'est un travail vraiment de transmission qui est important aujourd'hui. Et merci à tous les deux. Alors, on fait le jeu. Le jeu devine tes citations. Donc je vais vous lire des citations que j'ai... voler dans vos oeuvres, vous devez me dire qui est l'auteur, qui a écrit ça, est-ce que c'est Flock, est-ce que c'est Fromental, est-ce que c'est quelqu'un d'autre ? Je ne bois pas tout le temps, il faut aussi que je dorme.
- Speaker #2
C'est de Lucie Field.
- Speaker #0
Il est dessiné dans les Nintomori. Une autre que j'aime bien. Si un type n'arrive pas à être bourré à minuit, Dino,
- Speaker #1
c'est Dino.
- Speaker #0
Dino Martin.
- Speaker #2
Qui était un faux alcoolique d'ailleurs. Ah bon ? On le dit. Ah oui,
- Speaker #0
un alcoolique à la télé.
- Speaker #2
oui peut-être même dans la vie aussi mais il s'était il avait trouvé que c'était un rythme sans doute pour dépasser sa timidité le rôle du après tout les acteurs de rouleau le mec bourré et il ya une géniale là dessus de deux
- Speaker #1
d'un ami de franck sinatra donc quelqu'un proche du rap ac qui dit franck non franck renverser plus d'alcool que dino n'en buvait
- Speaker #2
Et Fomental ajoute qu'il s'est vraiment mis à l'alcool quand son fils s'est suicidé. Oui, c'est vrai. Et là, il a plongé.
- Speaker #0
Autre phrase qui est tirée de vos livres. « Je salue tous mes amis, puissent-ils voir encore l'aurore après la longue nuit ? »
- Speaker #2
Sveig.
- Speaker #0
Voilà, c'est les derniers mots dans la lettre de suicide de Stéphane Sveig à Petropony.
- Speaker #1
Vous n'avez pas impatience d'attendre.
- Speaker #0
Moi, je suis trop impatient, je pars avant eux. Février, carré joli. Oui, très très beau départ.
- Speaker #2
Alors que ce n'était pas un optimiste, et il ne voyait pas le but de l'affaire.
- Speaker #0
Il ne voyait pas le bout de cette guerre. Je continue, une autre phrase, de qui est-ce ? Je ne suis pas gay, mais je voudrais l'être pour emmerder les homophobes.
- Speaker #1
C'est notre excellente amie. Kurt Cobain habillé en femme dans le dessin de Floch. Oui,
- Speaker #2
parce qu'il aimait mettre au-dessus quand même de son bermuda en jeans, et puis il aimait mettre ses robes très légères, parce qu'il disait que c'était très doux.
- Speaker #1
Mais je crois que si j'avais vécu avec Courtney Love, j'aurais aussi aimé m'habiller en femme.
- Speaker #0
Mais vous le qualifiez de Peter Pan en thermolactyle. C'est exact. C'est gentil.
- Speaker #1
Ah, c'est... totalement la tenue du grunge, excusez-moi. La chemise de grunge,
- Speaker #0
c'est pas votre truc.
- Speaker #2
J'ai arrêté le rock avec ça, moi.
- Speaker #0
Au fait, Marilyn avait vraiment un QI de 168.
- Speaker #2
Oui, ça me sidère.
- Speaker #0
Plus qu'Einstein ?
- Speaker #1
Oui.
- Speaker #2
Oui. C'est fou ça.
- Speaker #1
Ça sent quand on la regarde au cinéma. Non, non, non. Quand elle fait la conne au cinéma, quand elle fait l'idiote, etc., on sent derrière une acuité absolument incroyable et douloureuse.
- Speaker #0
Oui, oui. Autre phrase. En 1990, j'ai mis KO le champion du monde poids lourd Mike Tyson.
- Speaker #2
C'est dans mon livre Une vie de rêve.
- Speaker #0
C'est du floc !
- Speaker #2
Oui, il ne faut pas se gêner, il faut se faire plaisir dans la vie. On ne va pas se laisser emmerder par Mike Tyson qui le mène.
- Speaker #0
Attendez, il y a l'image. Oui. Il y a l'image, vous le mettez KO carrément.
- Speaker #2
Oui. Je ne sais pas si c'est pertinent dans votre émission, mais je n'ai jamais eu de télévision. Et pourtant, à une époque, on regardait, Mike Tyson, c'était tellement différent. Il était tout petit, il descendait les grands.
- Speaker #0
Voici la victoire de Mike sur Mike Tyson.
- Speaker #2
Voilà. Je me suis un peu aussi amélioré.
- Speaker #0
Un combat qui n'a jamais eu lieu. Oui,
- Speaker #2
mais j'ai vu le combat où il était allé au Japon alors qu'on le pensait invincible et un type l'a mis par terre. Il a fini comme ça à quatre pieds, à quatre pattes, en train d'essayer de rattraper son protège-dents. C'était terrible. Donc, ça m'a inspiré.
- Speaker #1
Vous aviez l'audace tout à l'heure de citer Woody Allen, ce qui est très bien. Ce livre, c'est le Zellig de Flock.
- Speaker #2
Oui,
- Speaker #0
une vie de rêve. On fait plaisir.
- Speaker #2
Entre Pellart, Rob Grimm et Zellig, c'est bien.
- Speaker #0
On n'est jamais aussi bien trahi que par soi-même, champion.
- Speaker #1
Alors, ça, c'est...
- Speaker #0
C'est un beau livre.
- Speaker #2
Oui. Mais je pense que c'est de moi. Oui, c'est de nous. C'est jamais 203.
- Speaker #0
C'est jamais 203.
- Speaker #1
C'est le pilote de cour.
- Speaker #2
Je peux vous raconter quelque chose là-dessus. J'adore, comme je l'ai dit tout à l'heure, Bitrayal, Trahison de Pinter. J'ai essayé d'avoir les droits, je voulais l'adapter. Et puis, on ne m'a jamais donné les droits. A l'époque, la bande dessinée, on faisait leur pari, c'est presque une insulte peut-être. Et j'ai appelé Fondmental. Pour tout vous dire, parce qu'on avait un petit peu connu ça. Et j'ai dit, on va l'écrire nous-mêmes. Donc,
- Speaker #0
c'est un plagiat.
- Speaker #2
Non, non, donc c'est la même histoire de deux hommes qui aiment la même femme. Oui, oui, oui. Un couple à trois. Et on n'a fait jamais deux cent trois. Un ménage à trois. Voilà.
- Speaker #0
Un ménage à trois.
- Speaker #2
Et moi, je l'aime beaucoup.
- Speaker #1
Et ça m'a permis de dire, go boil yourself an egg, Pinter. Ce qui est assez agréable pour un français qui n'a jamais fait de théâtre.
- Speaker #0
Mais au fond, la vie de Floch est un peu comme cette dame qui hésite entre deux maris, puisque vous avez Rivière et Fromental, c'est un peu... Ah ! Ménage à Troyes aussi !
- Speaker #2
Rapportez le saut de tout à l'heure !
- Speaker #0
Bien, alors, j'ai fini mon jeu de vintécitation. Oui, enfin, on a parlé du contraste entre le dessin très...
- Speaker #2
Mais je ne sais pas si vous n'avez pas parlé de l'épisode des drogués, plus que ça.
- Speaker #0
Non, vous voyez, parce que j'ai changé.
- Speaker #2
Oui, parce qu'il ne faut pas faire de prosélytique.
- Speaker #0
Je me suis assagi.
- Speaker #1
Nous aussi.
- Speaker #0
Mais, non, mais, je voulais savoir, Frommental, est-ce que parfois Flock pète les plombs ? Parce qu'il a l'air très phlegmatique, british, quoi. Est-ce que de temps en temps, il pique une grosse colère ?
- Speaker #1
sûrement mais pas avec moi peut-être qu'il bat sa femme, j'en sais rien mais en ce qui me concerne ça se passe plutôt bien le plus beau compliment qu'on m'ait fait c'est,
- Speaker #2
Flo, je n'ai jamais vu un homme aussi élégant qui jure autant, je dis ça me va comme un gant j'aime bien ce contraste je ne veux pas être une figure de mode ça n'a aucun intérêt je posais cette question parce que beaucoup de dessinateurs
- Speaker #0
en ont marre et d'ailleurs vous avez commencé en disant je voulais pas faire de la bd c'est trop fatigant gottlieb par exemple a arrêté un moment en disant c'est une vie de chien c'est vraiment c'est un travail c'est vrai que c'est terrible moi j'ai quelques minutes et il avait une tendinite un excès de interrompre ce qui menace pas vraiment floc non mais je vous
- Speaker #2
avez pas vous n'avez pas fait énormément des mondes dessinés c'est un énorme temps de comme je disais un travail manuel et moi je suis pas assez patient et assez modeste pour pour faire ça ça, ça ne m'intéresse pas.
- Speaker #0
Donc, en fait, comment... C'est une carrière d'illustrateur. En détestant ça.
- Speaker #2
Parce que la paresse est votre meilleur allié. Vous voyez, elle va vous faire éliminer des choses. Et comme déjà, vous avez le goût d'enlever le plus possible, elle va vous aider merveilleusement. Vous allez rester sur les concepts et tout ça. Et faire de ce que vous n'aimez pas, votre avantage, le fameux mot de Cocteau, tes défauts, cultive-les, parce que c'est toi.
- Speaker #0
Dernière citation. Ce qui eut lieu cette nuit-là, près du mur de la tannerie, fut très différent d'un dépucelage.
- Speaker #1
Oui, ça, ça vient directement de Simnon, donc c'est littéralement une phrase de Simnon. Passe de leur Simnon.
- Speaker #0
Non, dans cette adaptation, la neige était sale. Merci beaucoup. On passe au questionnaire. J'ai plusieurs questionnaires. Vous pouvez choisir celui que vous préférez. Alors, il y a soit le questionnaire de moi, de Bégu Bédé, avec plein de questions sur le monde actuel. Je pense que ça ne vous intéressera pas. Les conseils de lecture, peut-être. C'est bien ça ?
- Speaker #2
Allez, que ça sonne bien. Alors,
- Speaker #0
j'ai aussi Shop Talk. Je vous demande de travailler vos méthodes de travail.
- Speaker #2
Gardez tous vos trucs modernes. Par exemple, l'intelligence artificielle, vous voyez, quand vous parlez de ça, moi j'aime les sentiments, particulièrement le sentiment amoureux, donc je ne sais pas ce que c'est que ce machin-là.
- Speaker #1
Il y a des gens qui épousent leur IA maintenant.
- Speaker #2
Il y avait un mot merveilleux d'Einstein, puisqu'on l'a évoqué tout à l'heure, qui disait, on lui demandait, pour vous, qu'est-ce qui vous étonne le plus dans le monde ? Sa réponse était les sentiments. Ce n'est pas merveilleux ?
- Speaker #0
Mais tout de même. ça me fait penser à quelque chose. Vous avez été énormément copié. Il y a beaucoup d'illustrateurs dans la pub ou ailleurs qui s'inspirent de vous, qui vous copient complètement et qui vendent et qui gagnent leur vie en faisant du floc.
- Speaker #2
Je ne connais pas.
- Speaker #0
Et vous n'avez pas peur que l'IA maintenant s'y mette aussi ?
- Speaker #2
Mais il faut plaisanter. Il y a des gens qui disent par exemple, on m'a raconté ça, mais ça ne m'a pas passionné, mais faites ce dessin à la floc. Voilà et donc c'est ça.
- Speaker #0
C'est peut-être la clé sous la poche bientôt.
- Speaker #2
je m'en fous, je suis tout pour être une boule. Non, puis j'y crois pas à ça, je crois que ça vient vraiment de de soi, c'est imbattable, l'IA ne peut pas avoir de personnalité, elle vole la personnalité des autres, en recrée une, mais c'est pour les, excusez-moi, pour les peignes-culs,
- Speaker #0
pour les gens qui ne, qui n'ont pas de... Pour les rien du tout, vous voyez,
- Speaker #2
qui n'ont pas de personnalité, c'est comme ça. Le problème de l'IA,
- Speaker #1
vous savez quel est le problème de l'IA ? Le problème de l'IA, c'est la quantité Bide. d'informations dont elle a besoin pour son entraînement, puisque c'est le terme consacré. Et des spécialistes m'ont expliqué qu'à partir du moment où on ralentit la dose de choses inédites, l'IA régurgite ce que l'IA a déjà produit. Donc on arrive très rapidement...
- Speaker #0
Une sorte d'autophagie.
- Speaker #1
Absolument. Donc, en fait, à produire, pardon, j'ai employé un terme affreux, mais à ce que l'IA produise que du vomi.
- Speaker #0
Ou de l'excrément numérique.
- Speaker #1
Voilà.
- Speaker #0
Bien. Alors, les conseils de lecture, je vous demande un tour de rôle. Un livre qui vous donne envie de pleurer.
- Speaker #1
Alors, moi, je peux vous le dire. C'est un livre dont j'ai oublié le titre, mais qui devait s'appeler Le Petit Chat Blanc. que ma mère me lisait quand j'avais 4 ans, dont j'exigeais la lecture pratiquement tous les soirs pendant au moins un an ou deux ans. Et c'était l'histoire d'un ravissant chat blanc que tous ses amis adulaient parce qu'il était d'un blanc immaculé, qui un jour, par curiosité, s'approchait d'un pot de peinture noire et tombait dedans et devenait un chat noir. Et ce jour-là, tous ses amis se détournaient de lui et c'était l'endroit exact du livre où, à chaque fois, j'éclatais en délicieux sanglots.
- Speaker #0
Et il faudrait le retrouver ce livre ?
- Speaker #1
Je l'ai cherché partout sur internet, j'ai réussi à retrouver...
- Speaker #2
Vous voulez replorer ?
- Speaker #1
Donald et le code de sécurité qui est un autre livre qui a été décisif en existence au même âge, mais je n'ai jamais retrouvé celui-là.
- Speaker #0
Le petit chat blanc, on lance un appel. Le code d'or,
- Speaker #1
je pense.
- Speaker #0
Voilà. M. Locke, un livre pour arrêter de pleurer.
- Speaker #2
Ah bah alors, j'en donne deux si vous me permettez. Si j'ai bonne mémoire de Guitry, c'est un type qui vous raconte comment il a fait 11 sixièmes. extraordinaire, non ? Et le bouquin est à tomber. Alors, c'est léger, c'est pareil que nous. Comme Mary Poppins, vous savez, sachez, monsieur, que je ne donne jamais d'explications. Ils s'en foutent du début de la fin et tout. Ils nous livrent quelques souvenirs, mais alors, à tomber par terre. Et sinon, ce que j'évoquais tout à l'heure,
- Speaker #0
Woodhouse,
- Speaker #2
Jeeves. Vous mettez dans un état d'esprit délicieux, avec une bonne distance sur la vie,
- Speaker #0
c'est juste parler. C'est l'esprit britannique.
- Speaker #2
Le sommet.
- Speaker #0
Un livre pour crâner dans la rue.
- Speaker #2
Alors,
- Speaker #1
il y avait une réponse qui était pas mal là-dessus, quand j'y réfléchis. C'est qu'en fait, c'est un livre qu'il faut changer à peu près toutes les décennies. C'est-à-dire que si vous réfléchissez, il y a eu Marcuse...
- Speaker #2
Ah,
- Speaker #0
c'est le cas de Marcus, oui.
- Speaker #1
Voilà, hein ?
- Speaker #0
Marxofredisme.
- Speaker #1
Voilà, ensuite il y a eu Václavik avec Palo Alto, la réalité de la réalité, etc. Et après il y en a un que j'ai retesté.
- Speaker #0
On sent qu'il a beaucoup filmé dans sa vie.
- Speaker #1
Il est formidable parce qu'il était très lourd, en plus c'est un livre énorme. C'était L'Homme neuronal de Jean-Pierre Changeux, qui s'était vendu à 158 000 exemplaires. et que personne n'avait réussi à dépasser la page 12, à peu près.
- Speaker #2
Il est battu par Finnegan's Wake.
- Speaker #1
Ah oui, ça c'était pas dans cette catégorie que je devais rendre. Non, non,
- Speaker #2
complètement d'accord. Et moi, je le dis juste comme ça, j'écris, je pense à Yves Klein dans les années 60, quand il allait à la coupole déjeuner avec... Tintin au Tibet sous le bras. C'est en plus une belle idée de la modernité pour moi, je trouve.
- Speaker #0
Un livre qui rend intelligent ? Floch ?
- Speaker #1
Je vais citer quelqu'un qui est de chez moi, à la barre, mais ce n'est pas parce qu'il est de bien rite, mais c'est un philosophe qui s'appelle Frédéric Schifter, dont j'adore les petits livres de philosophie, parce qu'il a le détachement nécessaire. Je dirais que c'est comme Nietzsche, c'est le guet savoir.
- Speaker #0
Oui, très bien. Frédéric Schifter, que j'invite régulièrement, mais qui Je ne sais pas, il se fait désirer. Il viendra bientôt parce qu'il sort un roman à la rentrée prochaine.
- Speaker #1
Formidable. Il en a écrit un d'ailleurs que délicieux.
- Speaker #0
Un livre pour séduire ?
- Speaker #1
Moi sans hésiter, Orgueil et Préjugé.
- Speaker #0
Ah ben oui.
- Speaker #1
Oui parce que tout est dedans, c'est-à-dire que ces deux défauts-là deviennent des qualités. C'est-à-dire offrent la possibilité d'un amour à visage humain non éthéré. Donc c'est des cadeaux.
- Speaker #0
Oui, oui. Un livre que je regrette d'avoir lu ?
- Speaker #2
Alors ça c'est formidable parce que je ne force jamais à lire les livres qui m'emmerdent, donc je ne regrette jamais d'avoir lu un livre. Voilà, ça c'est très important. C'est une loi que j'ai établie... contre toute la doxa scolaire, qui était l'idée qu'il fallait aller au bout parce que la récompense était au bout du voyage.
- Speaker #0
Mais même à cette époque, vous n'êtes pas forcé, par exemple, à finir la montagne magique ou l'homme sans qualité ?
- Speaker #2
Je ne sais pas. c'est difficile la montagne magique je dirais pas ça c'est vachement bien mais le
- Speaker #1
Musil j'avoue que j'ai lâché en route lui aussi d'ailleurs moi je dirais pas ça sous cet angle là est-ce que c'est fatigant, est-ce qu'ils vont le lâcher en route ce que j'ai pensé j'ai pensé à Handful of Dust une poignée de cendres de Evelyn Wu parce que là vous avez une histoire qui est formidable dans le milieu un jeune lord sa femme le trompe et tout ça et il part dans la jungle je ne sais pas si vous vous souvenez et la fin c'est un cauchemar absolu parce que vous ne pouvez plus dormir après James Ivory a fait un très bon film d'ailleurs à partir de ça parce que le Lord il est bloqué dans une tribu dont le chef était un anglais qui est resté là-bas et qui ne sait pas lire mais il a une cargaison de livres de Dickens et il oblige ce type là à lui lire et quand une euh... une équipe essaye de le retrouver, une expédition essaye de le retrouver. Ce jour-là, il l'endort en lui faisant boire quelque chose, il le cache et il dit « mais non, on ne l'a jamais vu » . Et il reparte et il crée sa tombe. Et le type, après le livre, vous vous rendez compte, vous êtes là et vous dites « le type, il est condamné à jamais revoir l'Angleterre et à lire Dickens pour ce couillon-là » .
- Speaker #0
C'est très difficile à dormir, un truc topique. de la mise en abîme à la floc. C'est chez Razan aussi. Oui, c'est chez Razan. Il est mis la nuit dans la jungle. Le livre que j'aurais aimé écrire ?
- Speaker #1
Room with a View.
- Speaker #0
Ah oui.
- Speaker #1
Moi qui n'aime que les sentiments. c'est du pain béni c'est merveilleux c'est de M. Forster bien sûr vu sur l'Arnaud je crois et qui était adapté au cinéma lui aussi pareil merveilleusement par James Ivory c'est pas souvent que le cinéma c'est faire mais alors là et moi c'est le soyette américaine de qui vient de reparaître là traduit par Claro de Graham Greene qui
- Speaker #2
est un des livres magistraux
- Speaker #0
Bravo, mais vous restez peu français, mais ce n'est pas grave, ça ne m'étonne pas. Quel est le pire livre que vous ayez jamais lu de votre vie ?
- Speaker #1
Sans doute un livre de science-fiction, parce qu'à l'époque, justement, parce qu'il y avait temps futur et que c'était très différent, que c'était nouveau, on en lisait quand même, et toujours eu horreur, je ne me débrouille même pas.
- Speaker #0
Il y en avait des biens !
- Speaker #1
Je ne me débrouille pas du tout avec ce temps-là, donc je n'y arrivais pas du tout, et bien sauf un. que je vais vous citer, mais alors, pour moi, sur le souvenir que j'en ai de ma jeunesse, c'est Kurt Von Witt Jr. Abattoir 5. Parce que ce type-là, vous savez, il était sous les bombes à Dresde et il fait quelque chose qui dépasse largement le simple... C'est pas du barjavel !
- Speaker #0
Non, non, bien sûr.
- Speaker #2
Et moi, c'est Nord, Céline, que je trouve un livre bien plus abominable que ses pamphlets.
- Speaker #0
Et dernière question, le livre que j'apprendrais par cœur si... comme dans Fahrenheit 451, on brûlait tous les livres. Il faut en choisir un, vous l'apprenez par cœur, et ensuite vous n'avez plus Jean-Luc Fromentail.
- Speaker #2
Alors je vais vous dire, ça tombe formidablement bien, puisque moi c'est la femme de François Villon, de Osamoud Dazaï, qui est un... Il est un japonais alcoolique d'Andy, mort très jeune, qui a très peu écrit. Et ce livre a un avantage extraordinaire, c'est qu'il fait... 60 pages. Donc comme j'ai une mémoire de merde, c'est formidable pour le...
- Speaker #0
Dans votre pronom, c'est La femme de François Villon.
- Speaker #2
La femme de François Villon, et c'est un livre que je vous conseille si vous ne l'avez jamais lu.
- Speaker #1
Le Renard disait, j'ai une excellente mémoire, j'oublie tout. Alors moi, justement, moi aussi je ne pourrais pas faire cet effort-là, mais ce que je ferai, c'est que je... des poèmes. Et même que des classiques, des trucs faciles. Donc vous apprenez où il y a tout d'abonnés du monde.
- Speaker #0
Vous devenez une anthologie ?
- Speaker #1
Oui absolument.
- Speaker #0
Une anthologie de Georges Pompidou par exemple ?
- Speaker #1
Non mais même presque une anthologie pour quand on apprend à l'école, le dormeur du Val, l'élévation de Baudelaire, je pense encore à... Qu'est-ce que j'ai écrit ? C'est pas mal de s'appeler. Demain, Demain des lobes, Victor Hugo, des choses comme ça. Parce que tout s'est allé au... Oui,
- Speaker #0
il est dedans. Vous avez raison.
- Speaker #1
Le Dormeur du Val, c'est la critique de la bêtise de la guerre.
- Speaker #0
Et nous, ça, c'est magnifique. Merci infiniment, Floch et Fromental. Je vous ordonne de vous précipiter pour lire et acheter d'abord, et puis lire ensuite pour 18 euros. Franchement, ce n'est pas cher, 18 euros, pour avoir 45 dessins de Floch avec des textes de Fromental. Memento Mori, aux éditions du Dilettante. Continuez de vous abonner, de commenter, de m'insulter. j'aime ça, vous le savez. Et n'oubliez pas, lisez des livres, sinon vous finirez complètement con. Bonsoir.
- Speaker #1
Merci d'avoir fait cette version, on est complètement con.