- Speaker #0
Michel Houellebecq, bonsoir.
- Speaker #1
Bonsoir.
- Speaker #0
Frédéric Lowe, bonsoir.
- Speaker #1
Bonsoir.
- Speaker #0
Bienvenue à tous les deux chez La Pérouse. Vous avez créé ensemble « Souvenez-vous de l'homme » , douze titres sur la fin de l'humanité, une poésie du cataclysme qui est également présente dans « Combat toujours perdant » aux éditions Flammarion. J'ajoute que vous serez sur scène à l'Escala de Paris à partir du 8 avril. On a hâte. Tiens, moi. de voir ce spectacle. Les premiers morceaux de l'album, « Le bleu du ciel » central et « Il chevauchait le vent » sont ce qu'on peut appeler des talk-overs, c'est-à-dire Michel dit un texte sur fond de piano solo, très très calme. Autrefois, Michel, vous avez déclaré que vous faisiez du rap mou, c'était à l'époque de Bertrand Burgala. Alors comment définiriez-vous ce nouveau style ? Je me suis permis de proposer Dark Planant, mais vous pouvez...
- Speaker #1
En fait, Rap Mousse n'est pas terrible finalement, on y repense. Des fois, je dis des conneries.
- Speaker #0
Non, Rap Mousse n'est pas vendeur.
- Speaker #1
Disons que ce n'est pas ça surtout. Moi, après réflexion, je dirais plutôt techno triste.
- Speaker #0
Oui.
- Speaker #1
C'est plus ça.
- Speaker #0
Ce n'est pas dans les deux premiers morceaux. Après, c'est vrai que l'album évolue. Il y a de plus en plus d'instruments, des guitares, des synthés. Ça devient presque comme de la Cold Wave, qui est un mouvement de musique des années 80 que personnellement j'avais adoré, avec des groupes comme Monochrome 7, Young Marple Giants, ou Fat Gadget.
- Speaker #2
Tout à fait.
- Speaker #0
Et est-ce que vous avez eu envie de fusionner la Cold Wave et la poésie avec ce disque ?
- Speaker #2
Je ne sais pas, ça m'est venu d'une façon instinctive. Évidemment que moi j'adore Laptop Punk. Je trouvais que ça fonctionnait bien aussi avec la poésie de Michel, que c'était à la fois, ça pouvait être lyrique et à la fois froid.
- Speaker #0
Oui.
- Speaker #2
Je trouvais que ça lui est puis tendre et puis...
- Speaker #0
Et mélodieux.
- Speaker #2
Apparassif et mélodieux, tout à fait.
- Speaker #0
Oui, oui.
- Speaker #2
Par exemple, Love with the Worse Apart de Joy Division, c'est une chanson mélodieuse.
- Speaker #0
C'est une chanson très mélodieuse qui a entraîné le suicide de son chanteur.
- Speaker #2
Tout à fait.
- Speaker #0
Vous n'envisagez pas de suicide pour...
- Speaker #1
Pas dans l'immédiat, non. Mais enfin, je...
- Speaker #0
D'accord. Mais donc, c'est une manière de lire les textes, une manière de jouer les textes ou de chanter ? Qu'est-ce qu'on peut dire ?
- Speaker #1
Chanter, on ne peut pas dire ça quand même, il ne faut pas exagérer, il ne faut pas mentir sur le produit. Non, c'est une espèce de fusion avec de la musique, des textes. Bon, ça s'est déjà fait, je veux dire, ce n'est pas non plus un projet super original.
- Speaker #0
Oui, et vous aviez des références en tête ? de voix posées sur de la musique, moi je peux vous en proposer.
- Speaker #1
Oui, mais ça n'a pas joué. Je me suis adapté à la musique existante. Donc non, même s'il y a des choses que j'aime bien, je ne pense pas que ça ait joué.
- Speaker #0
Par exemple, dans Melanie Nelson, Gainsbourg dit des poèmes, certains de Baudelaire, certains de lui-même. sur des arrangements de Jean-Claude Vannier. Et moi, j'avais en tête cette référence-là en entendant le disque.
- Speaker #2
Oui, c'est sûr. Mais on a commencé en faisant le psaume 23 qui était sur l'album que j'ai fait avec Daniel Dark, donc Crève-Coeur. Et c'est clamé, en fait. C'est-à-dire que là, on n'est ni sur de la poésie parlée, ni sur du chant. On est un peu entre les deux. Parce que... En fait, Michel, je me suis tout de suite rendu compte qu'il avait quand même beaucoup, à son début, raconté de la poésie en open mic. Donc, il a vraiment un ton d'orateur. Et c'est ce que je trouvais intéressant d'exploiter.
- Speaker #1
Mais bon, j'aime beaucoup Jean-Claude Vanier, mais sa grande spécialité, c'est quand même les cordes.
- Speaker #2
Oui.
- Speaker #1
Alors que là, c'est moins basé sur les cordes, plus sur le piano.
- Speaker #0
Piano, synthé, guitare. Mais là, alors, moi, quand je l'ai écouté plusieurs fois en fermant les yeux, je me voyais dans un spa post-atomique, c'est-à-dire allongé, seul sur Terre, il n'y a plus d'habitants, et j'entends cette voix et ces mélodies, ces harmonies, et il y a, voilà, c'est du punk post-nucléaire, si vous voulez.
- Speaker #1
C'est-à-dire les trucs où tu es en immersion.
- Speaker #0
Oui, peut-être dans un caisson.
- Speaker #1
Un caisson d'isolation.
- Speaker #0
Ce n'est pas grave.
- Speaker #1
Oui, mais ça pourrait servir de musique. Oui.
- Speaker #0
Il faudrait créer un spa dans un bunker souterrain.
- Speaker #1
Ça doit exister.
- Speaker #0
Oui,
- Speaker #1
oui. Je pense que les ultra-riches font ça chez eux. Enfin, dans leurs futurs abris contre le cataclysme.
- Speaker #0
Oui, en Suisse. En Suisse, il y a beaucoup d'abris anti-atomiques.
- Speaker #1
Oui, oui. Alors, la Suisse, c'est extraordinaire. ils ont Des abris atomiques pour toute la population. C'est unique au monde.
- Speaker #0
Je pense qu'on terminera là-bas, Michel. Je préfère vous le dire.
- Speaker #1
Oui, oui, c'est toi qui m'avais dit...
- Speaker #0
Oui, on déménagera en Suisse. C'est toi qui...
- Speaker #1
C'est de qui la citation ? Peu de choses commencent en Suisse, mais beaucoup s'y terminent. C'est dans un de tes livres, je ne sais pas. Ah oui,
- Speaker #2
c'est vrai. Mais où en Suisse alors ? Dans quelle ville ?
- Speaker #0
À l'intérieur d'une montagne.
- Speaker #1
on va prendre un truc francophone quand même Genève le Valais alors
- Speaker #0
Michel vous avez dit que c'était de la technotriste non non ça c'était le précédent ah oui d'accord,
- Speaker #1
mais celui là celui là je sais pas J'aime bien la musique planante, Dark c'est un peu vrai, j'accepte. Je ne sais pas, c'est ce que vous en pensez ?
- Speaker #2
Moi je fais toujours énormément de mal à définir ce que j'ai fait, parce que je trouve que chaque chanson peut avoir une direction différente. Après c'est sûr que Dark, je ne vais jamais le nier.
- Speaker #0
La musique que vous aimez, Daniel Dark en plus.
- Speaker #2
Tout à fait, je l'ai connu par ici. Non, planant après, est-ce que c'est planant ? Je ne sais pas. Par moment, oui. Oui, par moment. Par moment, oui, quand même. L'ultime archipel, par exemple, à la fin.
- Speaker #1
Oui, mais il chevauchait le vent aussi. Oui, c'est vrai. Il y a des passages planants. Oui,
- Speaker #0
alors, ce n'est pas très dansant. Si jamais on fait une teuf ce soir chez la Pérouse, on ne va peut-être pas passer Oubnez-vous de là.
- Speaker #1
Il y a peu de titres, Vincent.
- Speaker #2
On peut demander un remix. Ah oui, bien sûr.
- Speaker #0
Oui, ce n'est pas idiot. Remixé par Dalit Guetta.
- Speaker #1
Ça n'a pas été notre but, principal but.
- Speaker #2
Oui, on a rarement pensé.
- Speaker #0
Alors, ma chanson préférée, moi, c'est Le Dialogue des Machines, qui fait penser à la fin de La Possibilité d'une île. Vous savez, vous vous souvenez évidemment de votre livre, Quand un clone parle de ses ancêtres. Et je voulais vous demander de lire le tout dernier paragraphe de La Possibilité d'une île.
- Speaker #1
Non, mais je n'avais pas... Ah ben alors, c'est...
- Speaker #0
Ben oui, c'est une mission pleine.
- Speaker #1
J'ai à peu près pas pris mes lunettes.
- Speaker #0
Mais vous voulez les miennes. Ça a marché.
- Speaker #1
Ah oui, c'est vrai.
- Speaker #0
Voilà.
- Speaker #1
Le dernier paragraphe. Bon, vous voyez, je me baignais longtemps, sous le soleil comme sur la lumière des étoiles. Je ne ressendais rien d'autre qu'une légère sensation obscure et nutritive. Le bonheur n'était pas un horizon possible. Le monde avait trahi. Mon corps m'appartenait pour un bref laps de temps. Je n'atteindrai jamais l'objectif assigné. Le futur était vide, il était la montagne. Mes rêves étaient peuplés de présence émotive. J'étais, je n'étais plus. La vie était réelle. Monseigneur Alexandrin, sauf le dernier, il a tout la faille.
- Speaker #0
C'était la question que j'allais vous poser, parce qu'au fond, quand vous écrivez de la prose, vous avez tout de même une recherche de poésie.
- Speaker #1
Ça arrive que ce soit bien de faire des phrases au prénom adhérique classique de la poésie française, Alexandre, ou tout aussi là-bas. Pas tout le temps, je veux dire, mais c'est pas mal de temps en temps.
- Speaker #0
Et cette fin-là, je crois savoir que c'est, de toute votre œuvre, le passage dont vous êtes le plus fier.
- Speaker #1
Toute la troisième partie, oui. Oui, oui, j'ai l'impression d'avoir fait un truc vraiment exceptionnel. On peut le dire un peu simplement, en fait, pour toute simplicité, on est entre nous.
- Speaker #0
La possibilité d'une île, vous revenez, c'était en 2005, là nous sommes 21 ans plus tard, et vous revenez exactement au même style, quand même, avec Combat Toujours Perdant.
- Speaker #1
Oui, non, mais c'est vrai, c'est vrai, c'est un... Ça a toujours été... J'ai lu énormément de science-fiction quand j'avais 15-16 ans, donc ça revient de temps en temps.
- Speaker #0
C'est l'idée que l'homme n'est plus et qu'il faut quand même décrire cette espèce disparue et étrange.
- Speaker #1
Oui, oui, qui est une hypothèse aussi. L'homme a peut-être été, peut-être pas, on ne sait pas trop. J'aime bien ça.
- Speaker #0
Est-ce que vous avez lu La route de Cormac McCarthy ?
- Speaker #1
Oui, oui.
- Speaker #0
Parce que j'ai aussi trouvé... Alors, c'est un livre qui est postérieur à La possibilité d'une île, qui est sorti en 2006, mais c'est aussi un livre post-atomique avec quelques survivants qui errent dans un pays dévasté. Et c'est très proche comme ambiance de Combat de l'Homme perdant et de Souvenez-vous de l'Homme.
- Speaker #2
Oui, c'est marrant, j'y ai pensé.
- Speaker #1
Ce n'est pas mon préféré. Il y a pas mal de livres après l'apocalypse. Je ne sais pas quel est mon préféré.
- Speaker #0
Dans le domaine du roman apocalyptique ?
- Speaker #1
Oui.
- Speaker #0
Une autre influence que j'ai peut-être tort, j'ai senti, c'était celle de J.G. Ballard.
- Speaker #1
Oui, Ballard, c'est vraiment pas mal.
- Speaker #0
Notamment à un moment, vous parlez de sable. Ça m'a fait penser à Séchresse de Ballard. où le monde est recouvert de sable, les déserts.
- Speaker #1
C'est possible, mais tu sais, les influences, ça fait longtemps que je ne les ai pas lues, mais les influences, ça marche quand on ne se souvient plus. C'est inconscient, en fait.
- Speaker #0
Oui,
- Speaker #1
oui.
- Speaker #0
Alors, Frédéric Lowe, comment avez-vous choisi les textes ? Est-ce que Michel est un dictateur, ou bien est-ce que ça se passe ensemble ? Ou bien il vous envoie un choix et vous êtes inspiré ou pas ?
- Speaker #2
Non, en fait, au début, on devait travailler ensemble juste pour le psaume 23, pour mon album hommage à Daniel Dark. Et puis, pour une raison qui nous a un peu échappé, le titre ne figure pas sur cette compilation hommage. Et on a décidé de continuer à travailler ensemble. Et là, Michel m'a donné six premiers textes.
- Speaker #0
D'accord.
- Speaker #2
Qui étaient... des textes que Michel avait choisis. Et c'est Michel qui ensuite m'a proposé sept autres textes. Mais ce recueil n'existait pas. En fait, Michel m'a appelé en me disant « J'ai une idée de thématique, est-ce que ça vous intéresse ? » Et c'est ainsi qu'on a travaillé ensemble.
- Speaker #0
J'ai l'impression que vous avez cherché systématiquement le contraste entre vos compositions plutôt légères. Et les paroles pessimistes, quoi.
- Speaker #2
Oui, parfois. Parfois, le contraste. Par exemple, j'adore citer Blue Monday de New Order, qui est dansant, et puis la voix lugubre, comment ça ? Does it feel to treat me like you do ? J'adore ça dans la New Wave ou dans la pop anglaise ou dans Morissette, par exemple, dans les Smiths, qui peut dire un truc très dur.
- Speaker #0
Plus c'est sombre et plus il faut l'arpège.
- Speaker #2
Voilà, j'adorerais t'éclater les dents.
- Speaker #1
C'est pas tout à fait vrai Frédéric.
- Speaker #0
Quoi ?
- Speaker #1
Il y a des cas où ça va dans le même sens.
- Speaker #2
Oui c'est vrai.
- Speaker #1
Autoroute par exemple, la musique est aussi triste que le texte.
- Speaker #2
Oui c'est vrai.
- Speaker #1
On va vraiment dans la même direction. Moi j'aime bien les deux si tu veux, mais je pense qu'il faut...
- Speaker #0
Non mais ça aurait pu être du death metal, c'est ça que je veux dire. Il n'a pas été, vous imaginez, avec des paroles comme « L'espoir a déserté la ville, le lendemain de l'explosion... »
- Speaker #1
Oui mais ça aurait pu être du death metal, c'est pas... pas idiot.
- Speaker #2
Je n'étais pas la meilleure personne pour ça.
- Speaker #0
C'est assez radical. À ce cas-là, la salle se vide. Les gens partent.
- Speaker #1
Il y a un public.
- Speaker #0
Il y a un public.
- Speaker #1
Paul Ledes n'est jamais vraiment adhéré. Mais le métal est un peu dur. Oui,
- Speaker #0
j'aime bien. On écoute aussi cet album un peu comme si c'était une capsule temporelle. Vous savez, c'est quand on veut se souvenir de quelque chose qui a disparu, alors on l'enterre très profond dans la Terre, ça existe. Ou alors, il y a ce qu'on met dans la sonde Voyager pour témoigner de l'existence des humains que les extraterrestres trouveront en 2300.
- Speaker #1
Oui, ils ont pris le maximum, je veux dire, l'hymne à la joie, des trucs comme ça. Je crois indiscutable, mais je pense qu'on aurait bien été retenus.
- Speaker #0
Mais vous ne pensez pas ? que ce disque, il faudrait l'envoyer, il faudrait demander à Elon Musk de l'envoyer sur la fusée pour que les créatures qui nous succéderont sachent ce que c'était que l'humanité.
- Speaker #1
Ah ben, s'il est à l'écoute, ce n'est pas certain, mais je suis prêt à discuter de ça avec lui, oui. Moi,
- Speaker #0
je pense que ça pourrait être une bonne idée que SpaceX envoie, souvenez-vous de l'homme, dans l'espace.
- Speaker #1
Oui, oui, non mais c'est cohérent, c'est justifié, oui, oui, c'est une bonne idée.
- Speaker #0
Voilà, merci. Mais bon, alors à quel moment l'homme s'est amerdé ?
- Speaker #1
Euh, ben, ça c'est une question difficile.
- Speaker #0
Puisque l'homme va disparaître dans une quinzaine de secondes.
- Speaker #1
Ce qui est sûr c'est que c'est en cours.
- Speaker #0
Ouais.
- Speaker #1
C'est en cours, là... Il va disparaître peut-être de la manière la plus simple, en fait, en remplacement par des robots. Oui.
- Speaker #0
Donc la vraie menace, c'est notre remplacement par les intelligences artificielles, plus que l'écologie.
- Speaker #1
Ah oui. Oui, oui, oui, oui, plus que l'écologie, oui. Enfin, je ne sais pas si c'est une menace, mais je ne sais pas. Non, je ne crois pas vraiment. Catastrophes écologiques proches. L'intelligence artificielle, j'y crois de plus en plus. Ça marche de mieux en mieux.
- Speaker #0
C'est visible. Vous parlez aussi de guerre dans le recueil. Dans Combat toujours perdant, il y a une guerre qui vient du nord ou qui vient de l'est.
- Speaker #1
C'est un peu le début, un préambule à la vraie fin.
- Speaker #0
Donc peut-être que c'est un cumul de tout ça. C'est-à-dire qu'il y a une guerre qui provoque des catastrophes, y compris écologiques, et par-dessus tout, les robots qui débarquent.
- Speaker #1
Mais les robots résistent, c'est ça l'idée. C'est vrai que c'est résistant un robot.
- Speaker #0
Oui, par rapport à un humain.
- Speaker #1
Oui, ça tient le coup. Non, enfin oui, à un moment donné j'aurais dit les mutants.
- Speaker #0
Ah bah oui, dans la possibilité du Nil. Oui,
- Speaker #1
oui, mais là je ne crois plus au robot en ce moment.
- Speaker #0
C'est vrai que le clonage était dans une impasse à un moment, on n'y est pas arrivé, le clonage humain ça n'a pas marché.
- Speaker #1
Bah oui, officiellement non, pourtant c'est pas très, c'est faisable.
- Speaker #0
Oui, mais scientifiquement ils n'y sont pas arrivés, ou alors nous sommes entourés de clones sans le savoir.
- Speaker #2
Il y a ce film dingue, Mickey 17, où à chaque fois le type est cloné. C'est assez intéressant. C'est un coréen, je ne me souviens plus du nom de ce réalisateur. C'est assez beau.
- Speaker #0
Moi-même, je suis en ce moment à Andai, au Pays Basque, et là, c'est un clone qui vous parle.
- Speaker #2
D'accord.
- Speaker #0
Oui, bien sûr. Je ne vais pas me fatiguer à animer des conversations chez la Pérouse. Il y a une référence, alors je lis un texte de Michel ici. « Nous avons bien souvent regretté d'être nés dans un pays trop vieux, une époque tardive. »
- Speaker #1
Il a trouvé.
- Speaker #0
Référence à Alfred de Musset.
- Speaker #1
Bravo Frédéric. C'est quand même bien d'avoir un interlocuteur cultivé.
- Speaker #0
Voilà, merci beaucoup. C'est dans la confession d'un enfant du siècle, 1836. Je suis persuadé qu'Alfred de Musset venait ici tous les soirs. Et il écrit « Alors s'assit sur un monde en ruine une jeunesse soucieuse. » Alors, pourquoi cette référence à Musset dans un livre aussi désespéré ?
- Speaker #1
Les passages que tu cites ne sont quand même pas un passage très gai de son œuvre. Il y a aussi des passages tristes chez Musset, c'est pas uniquement... Donc, effectivement, tout ce qui était a disparu et ce qui sera n'est pas encore.
- Speaker #0
Oui.
- Speaker #1
C'est ça.
- Speaker #0
Et ça veut dire que ce n'est pas nouveau ? Ça veut dire que peut-être que ce désespoir, cette disparition de l'humanité, au fond, elle a déjà été racontée depuis l'Antiquité.
- Speaker #1
Pas vraiment. Musset, comme tous les romantiques, a été quand même frappé par la Révolution française, qui a montré qu'un système qui paraissait bien établi pouvait s'effondrer. Donc la royauté, le catholicisme, etc. Là, c'est plus général quand même. C'est vraiment l'humanité globalement qui est menacée. Ce n'est pas uniquement un régime politique.
- Speaker #0
Frédéric, vous avez travaillé avec beaucoup de drogués. Daniel Dark, Pete Doherty. Alors je me demandais pourquoi avoir choisi Michel qui est modérément toxico.
- Speaker #1
Pour changer, justement.
- Speaker #0
Non, c'est vrai, il est... À ma connaissance, à part un peu d'alcool et de cigarettes.
- Speaker #2
C'est marrant qu'il faut parler de confession d'un enfant du siècle. C'est que Peter Deherty a fait un film. Oui, c'est vrai. Il est le rôle. Il a le rôle, oui. Non, Michel fume.
- Speaker #1
Oui. Oui. Mais j'ai... La différence, c'est que... Oui, je... J'ai pas de... Bon, l'alcool, ça change l'état d'esprit quand même. La cigarette, c'est pas du tout psychotrope, quoi. Enfin bon, je suis en passant.
- Speaker #0
Non, non, non, mais là, sur les abus, oh, si jamais il y en a eu, c'était il y a très longtemps, je pense.
- Speaker #1
J'ai jamais marché... Les drogues n'ont jamais tellement marché sur moi, quoi. Non, j'en ai pris, mais c'est bon.
- Speaker #0
Ouais.
- Speaker #1
Un peu la morphine, mais bon.
- Speaker #0
Vous êtes un mauvais client pour les cartels sud-américains.
- Speaker #1
Oui, actuellement, je suis assez un mauvais client. La cocaïne, je n'aime pas. C'est un gros malade.
- Speaker #0
Ce qui est vraiment nouveau, je pense peut-être dans Combat Toujours Perdant, c'est la fusion de la poésie avec la SF, avec la science-fiction. Est-ce que je peux vous faire lire la page 16 ? Alors, je vous redonne mes lunettes.
- Speaker #1
Oui. Ah oui. Ils sont là parmi nous et ils sont différents. Ils viennent d'un futur qui n'existera pas. Nos désirs et nos peurs les laissent indifférents. Ils ne nous aiment pas. Ils sont la pensée sombre et jamais formulée, le suicide accompli des enfants de la honte. Le nombre neuf sera le nombre et les heures comptent. Ils sont les derniers mots des êtres. Oui, c'est pas mal. Suis les êtres annulés, oui. Le règne sera bref, conçu et misérable. Ils détruiront sans joie, souffriront sans comprendre. Ils développeront un rêve inhabitable. Et pour les successeurs, il suffira d'attendre. C'est intéressant, je ne sais pas si tu as lu, Frédéric Dali me fournit une interprétation.
- Speaker #0
Oui, il pense que tu critiques les enfants.
- Speaker #1
Que c'est nos enfants, les îles. Et que les successeurs sont les robots. Ça se tient vraiment.
- Speaker #0
En fait, il y a encore une génération après nous. Et ensuite, c'est des machines.
- Speaker #1
Et ensuite, c'est vraiment les robots.
- Speaker #0
Mais non, ce que je voulais dire, c'est que... Je ne suis pas un immense érudit dans la poésie, mais il me semble que fusionner la poésie et la SF, c'est quelque chose de nouveau. Peut-être même un rêve d'André Breton, il voulait mélanger le passé et le futur tout le temps.
- Speaker #1
Alors là, si je me mets à réfléchir, ça va prendre trop de temps, mais je ne vois pas d'exemple immédiat.
- Speaker #0
Non, c'est ce que je pense.
- Speaker #1
De mélange poésie et SF, oui.
- Speaker #0
Il y a un côté surréaliste. Alors, je sais que... Michel, vous n'aimez pas ce mouvement ?
- Speaker #1
Pas trop, non, c'est un peu surfait.
- Speaker #0
Mais peut-être que sans le savoir, vous êtes un poste surréaliste.
- Speaker #1
Ah oui, non, mais des fois on fait des trucs sans le savoir, ça je n'y pas. Mais c'est curieux que ça n'existe pas d'ailleurs, parce qu'il y a quelque chose de poétique de l'ancienne fiction en soi. Je ne sais pas, peut-être Lafertie, tant on se rapproche de la poésie.
- Speaker #0
R.J. Lafertie, qui est un auteur de science-fiction pas très connu en France, mais que vous admirez. Je ne sais pas,
- Speaker #1
il y a des titres, « Ni les îles de calcaire qui volent dans le ciel » , c'est un titre de ses nouvelles, par exemple. Mais c'est vrai que je ne vois pas d'exemple vraiment probant.
- Speaker #0
Oui, et... Au fond, chacun de vos poèmes est une vision. C'est comme une... Vous avez un sens presque cinématographique ou photographique. Ce sont comme des visions d'un avenir proche ou lointain.
- Speaker #1
Je vois quelque chose quand j'écris. Surtout j'entends, mais assez souvent je vois aussi.
- Speaker #0
Quand vous écriviez les musiques, vous étiez aussi plongé dans ces sortes de visions. Post-humaine ?
- Speaker #1
Oui,
- Speaker #2
forcément le texte influence ma musique. Au début j'avais du mal parce que j'avais six textes de Michel, j'ai gardé dans mon sac dans une enveloppe. C'était... voilà, je savais que c'était quelque chose d'important. Et puis un jour j'ai commencé à trouver des mélodies qui correspondaient bien. Et puis on s'est mis à travailler comme ça, c'est venu un peu seul. Donc oui, forcément, il y a un mélange de poésie, un petit peu de SF. Je ne savais pas vraiment si on était aujourd'hui, dans 200 ans. Et d'ailleurs, on a eu l'énorme chance d'avoir la participation de mon ami Xavier Veillant, l'artiste d'art contemporain. C'est lui qui amène le grizzly dans la photo de Michel. Au tout début, on avait choisi cette photo de Michel. et puis la pente de Tavis tu pensais si c'était Michel là qu'il ne se faisait pas raser non non non ce qui est fou c'est que Xavier a conçu ce grizzly quand il était au plein milieu de l'Atlantique pour faire une exposition au Brésil et donc c'est assez drôle il m'a envoyé cette photo prise du bateau mais oui forcément et en fait même sur l'aspect New Wave, c'était un peu aussi comme des lambeaux de souvenirs de la musique qu'on aimait dans notre jeunesse ou à la fin du XXe siècle, comme si c'était plus qu'un souvenir et plus que des ersatz de ça.
- Speaker #0
Oui, je me suis même demandé si ce n'était pas la bande originale d'un film imaginaire.
- Speaker #2
Oui, il y a de ça.
- Speaker #0
Alors, il y a quelques... Je parle du recueil de poésie. Michel, vous n'avez pas pu vous empêcher d'être un peu potache. Puisqu'il y a une annonce immobilière, il y a une éjac faciale, pourquoi ? C'est pour rester punk ?
- Speaker #1
Je ne sais pas très bien pourquoi je fais les choses en fait. Bon il est plus bizarre aussi, Stirling c'est bizarre.
- Speaker #0
C'est quoi ça ?
- Speaker #1
Tu l'as pas là ? Ah, Stirling. Une citation qui est quand même assez étrange. Voilà, j'aime beaucoup cette phrase. Arrivé au passage du livre de Stirling, qui dit qu'une courbe géométrique ne peut avoir plus d'asymptote droite qu'il n'y a d'unité dans l'exposant de son ordre.
- Speaker #0
On peut relire ?
- Speaker #1
Oui. Oui, parce que je pense qu'effectivement, ça mérite d'être lu. Arrivé au passage du livre de Stirling, qui dit qu'une courbe géométrique ne peut avoir plus d'asymptote droite qu'une unité dans l'exposant de son ordre, ma pensée était de me détruire. Alors ça, effectivement, là, ça aurait pu rendre un breton, ça. Oui, ça, c'est australiste,
- Speaker #0
j'avoue. Il y a une progression aussi dans le livre. Dans le livre, on commence par... une catastrophe, une menace en tout cas globale, atomique ou non et on arrive progressivement vers la mort du narrateur vers la mort d'un seul homme et donc c'est la mort d'humanité puis après c'est la mort d'une personne cette progression c'est la même que dans Anéantir qui est votre dernier roman en date oui le travail et oui, et je me disais ce combat toujours perdant c'est peut-être tout simplement un résumé ou un condensé d'Anéantir
- Speaker #1
Oui, mais il est... Oui, je le dis pas aussi brutalement que dans un éventil, mais dans un éventil, ce qu'on peut en conclure, c'est que les sujets intimes sont les vrais sujets.
- Speaker #0
Et qu'au fond, l'Apocalypse, c'est un beau spectacle pour un poète, mais la mort, la sienne... c'est quelque chose de solitaire. C'est ça que j'ai ressenti en lisant le livre.
- Speaker #1
Oui, ce n'est pas un beau spectacle, c'est vrai.
- Speaker #0
Ce n'est pas un beau spectacle.
- Speaker #1
Moins que l'Apocalypse, on peut faire de jolis films avec l'Apocalypse. Il y en a eu d'ailleurs.
- Speaker #0
Est-ce que aussi la mort, sa mort à soi, n'est pas plus triste si les autres survivent ?
- Speaker #1
Je ne suis même pas sûr que ça y change grand chose en fait. Je ne sais pas, je ne suis pas encore mort toi non plus, mais même on n'a jamais vraiment un profil, on ne sait pas vraiment. Pour poser la question dans 5 ans. Je dis ça pour t'emmerder, il y a 5 ans.
- Speaker #0
Je me disais, parce que c'est vrai que si tout le monde crève, et soit en même temps, c'est moins pénible que de se dire ils vont continuer de s'amuser, ils vont continuer d'aller chez la Pérouse et moi je meurs dans mon coin. Est-ce que c'est pas ça le sujet ?
- Speaker #1
Non mais oui, une catastrophe générale, mais je pense qu'on... Je sais pas, la différence c'est qu'on lutte pas contre une catastrophe générale. C'est la lutte qui est pénible. Mais je suis pas... Bon, remarque, je pourrais prendre une mort antérieure. Oui, dans un endroit où les gens s'amusent beaucoup, c'est plus pénible de mourir.
- Speaker #0
Oui, c'est ça.
- Speaker #1
Il vaut mieux...
- Speaker #0
Mourir dans un EHPAD ?
- Speaker #1
Non, non, non.
- Speaker #0
Mourir ?
- Speaker #1
Non, on veut mieux mourir à la campagne,
- Speaker #0
quoi.
- Speaker #1
Oui.
- Speaker #0
Mon verre préféré du recueil, c'est le dernier. Et c'est ainsi que je me sépare du monde, qui est un alexandrin. et je me disais que ça ferait une belle épitaphe sur votre tombe, mon cher Michel, et c'est ainsi que je me sépare du monde.
- Speaker #1
Euh, je sais pas...
- Speaker #0
Moi, je pensais plutôt à « Je me suis trompé » .
- Speaker #1
Oui, c'est plus drôle. C'est plus drôle. On va passer au jeu « Devine tes citations » . Vous connaissez le jeu « Devine tes citations » . C'est ce que je vous lis des phrases de vous. Vous pouvez jouer aussi, Frédéric, qui sont glanées dans toute votre œuvre. Et vous devez me dire dans quel livre vous avez dit ou écrit ceci. On va essayer. L'amour, l'amour, c'est rare. Vous ne le saviez pas ? On ne vous l'avait jamais dit ?
- Speaker #0
Alors ça, c'est Frédéric Bechbédère qui dit ça. C'est dans la carte et le territoire. C'était facile.
- Speaker #1
Prix Goncourt 2010. Vous pensez toujours que l'amour est rare ?
- Speaker #0
Oui, enfin, mais rare, c'est mieux qu'inexistant. C'est pas si négatif que ça, comme phrase.
- Speaker #1
Et ça dure plus que trois ans ?
- Speaker #0
Ah oui, oui, là, oui.
- Speaker #2
Si ça ne dure pas, c'est de vous.
- Speaker #1
Je ramène tout à moi. Non, mais parce que Michel s'est marié ici en 2018, donc il y a huit ans maintenant. Et donc, vous avez battu tous les records. Et comme je suis témoin de ce mariage, je me permets de poser cette question. Est-ce que vous êtes toujours épanoui dans votre mariage ?
- Speaker #0
Ça ne me regarde pas.
- Speaker #1
En tant que témoin, oui, ça me regarde.
- Speaker #0
Oui, mais là, ça ne regarde pas les spectateurs.
- Speaker #1
Autre phrase de vous.
- Speaker #0
Oui.
- Speaker #1
N'ayez pas peur du bonheur, il n'existe pas. Bon,
- Speaker #0
ça c'est le Restez vivant. Oui,
- Speaker #1
1991.
- Speaker #0
Mais je me connais quand même. Mais c'est pas mal, c'est bien de... Ah oui,
- Speaker #1
mais j'aime bien. Mais c'est il y a 35 ans. Vous vous souvenez du jeune homme qui a écrit cette phrase ? Mais oui, il y a 35 ans, en 1991.
- Speaker #0
Restez vivant. C'est horrible.
- Speaker #1
Est-ce que vous vous sentez très différent du jeune fonctionnaire qui a écrit cette phrase ?
- Speaker #0
Je n'étais pas fonctionnaire, j'étais au chômage à l'époque. Mais physiquement, oui. Mais malheureusement, non. À part ça, pas tellement.
- Speaker #1
Mais vous écririez toujours ça ? N'ayez pas peur du bonheur, il n'existe pas ?
- Speaker #0
Comme je continue à trouver que la phrase est bonne, oui, je la remettrai peut-être.
- Speaker #1
C'est ça, on est prêt à tout.
- Speaker #0
Ben oui. On est prêt à tout pour une bonne phrase. Autre phrase de vous,
- Speaker #1
dans quel livre avez-vous écrit ceci ? Vous pouvez participer Frédéric, en tant que Végep. En tant qu'exégète de l'auteur. Dans le monde moderne, on pouvait être échangiste, bi, trans, zoophile, SM, mais il était interdit d'être vieux.
- Speaker #0
C'est plus dur, ça. Je ne sais pas. Les particuliers alimentaires, non ?
- Speaker #1
La possibilité d'une île.
- Speaker #0
Ah,
- Speaker #1
2005, oui. Vous dites donc que tout est toléré, échangiste, bi, trans, zoophile, SM. Je crois que zoophile, ce n'est pas si bien vu quand même. Ah bon ?
- Speaker #0
Ben, si, si, ça va. Ça va ?
- Speaker #1
C'est toléré ?
- Speaker #0
Non, c'est pédophile qui ne va pas. Je te rappelle un peu. C'est vrai. En réalité.
- Speaker #1
Et qu'est-ce qui a été le pire à votre avis ? Être jeune ou être vieux, dans votre cas ?
- Speaker #0
Non, mais je ne vais pas essayer d'être original. Être vieux, c'est plus désagréable.
- Speaker #1
Parce que jeune, vous avez beaucoup souffert.
- Speaker #0
Pas tant que ça.
- Speaker #1
Vous en avez rajouté ?
- Speaker #0
Évidemment. Si je racontais ma vie, je me dirais que ce serait d'un chiant. J'étais une banalité dans ma jeunesse.
- Speaker #2
Je ne pensais pas qu'il voudrait mourir jeune le plus tard possible.
- Speaker #1
Oui, c'est ça. Autre phrase de vous. Les années d'études sont les seules années heureuses. Dans quel livre avez-vous écrit ça ?
- Speaker #0
J'écris ça ?
- Speaker #1
les années d'études sont les seules années non je sais pas là c'est sérotonine 2019 parce que vous dites que les étudiants au fond ils ont que de l'avenir ils ont une liberté oui
- Speaker #0
après effectivement bon oui l'entrée dans le monde du travail est un peu funèbre quand même Oui, surtout l'extension de la lutte que j'ai insistée sur le côté pénible entrée dans le monde du travail.
- Speaker #1
Autre phrase, jeunesse, beauté, force, les critères de l'amour physique sont exactement les mêmes que ceux du nazisme.
- Speaker #0
C'est pas mal ça, elle est bien, mais je pense que c'est peut-être de l'impossibilité d'une île.
- Speaker #1
Oui, possibilité d'une île, bravo, 2005. Il n'y a rien à ajouter.
- Speaker #0
Quand même assez souvent réussi.
- Speaker #1
Autre phrase.
- Speaker #0
Ah non, il y en a encore.
- Speaker #1
La vie humaine est constituée d'une succession de difficultés administratives et techniques entrecoupées par des problèmes médicaux. Ce n'est pas un plaisir de lire vos phrases. Ce jeu, c'est déjà de pur plaisir.
- Speaker #0
Là, je ne sais pas.
- Speaker #1
C'est dans Anéantir.
- Speaker #0
Ah oui.
- Speaker #1
2022.
- Speaker #0
Je vais m'y entrecouper.
- Speaker #1
Oui, j'aime beaucoup. Alors, cela dit, pardon, la vie humaine est constituée d'une succession de difficultés administratives et techniques, entrecoupées par des problèmes médicaux. Oui, mais vous oubliez quand même qu'il y a des choses agréables, comme les repas, le vin, le sexe.
- Speaker #0
Oui, bien sûr, et toutes ces choses.
- Speaker #1
J'essaie de...
- Speaker #0
Je résume.
- Speaker #1
Oui, c'est la résume.
- Speaker #0
Je résume.
- Speaker #1
Oui, c'est condensé, voilà. Autre phrase de vous, dans quel livre avez-vous écrit ceci ? Prendre l'avion aujourd'hui, quelle que soit la compagnie, quelle que soit la destination, équivaut à être traité comme une merde pendant toute la durée du vol.
- Speaker #0
C'est très vrai sur le monde en plateforme.
- Speaker #1
Exact, c'est dans plateforme. Vous savez, plateforme en 2001, c'est mon préféré parce que c'est le plus drôle. Mais depuis le temps, vous voyagez en business quand même,
- Speaker #0
non ? Oui, mais ça s'est gravé dans les aéroports. Et puis on est de plus en plus maltraité, quelle que soit la classe.
- Speaker #1
Surtout si on veut fumer.
- Speaker #0
Oui, je ne parle même pas de ça.
- Speaker #1
Autre phrase, je ne crois pas à cette théorie selon laquelle on devient réellement adulte à la mort de ses parents, on ne devient jamais réellement adulte.
- Speaker #0
Ah oui, tu l'as cité d'ailleurs, c'est vraiment une touche honte.
- Speaker #1
Oui, à l'enterrement de mon père. C'est facile, c'est au tout début.
- Speaker #0
C'est plateforme ?
- Speaker #1
Mais oui, bien sûr, c'est le début de plateforme, 2001,
- Speaker #0
Julie.
- Speaker #1
C'est une punchline quand même. On ne devient jamais réellement adulte. Ça résume bien notre époque. Et enfin, une dernière.
- Speaker #0
Oui.
- Speaker #1
Mais c'est amusant, non ? Oui,
- Speaker #0
oui, oui, c'est...
- Speaker #1
C'est un exercice de mémoire. Pauvre Bernard, dans un sens. Qu'est-ce qu'il peut bien faire de sa vie ? Acheter des disques lasers à la FNAC ?
- Speaker #0
Oui, bon, c'est... Ça c'est Extension du Monde de la Lutte évidemment.
- Speaker #1
Extension du Monde de la Lutte, 1994. J'adore ça parce que le disque laser, au moment même où c'est sorti, on savait que ça ne servait à rien et que ça ne durerait pas ce truc. Ça ne marcherait jamais. Acheter des disques laser, c'est le comble de l'utopie ratée.
- Speaker #2
Les marrons nous vendaient une loule en nous disant que ça allait être incassable. Oui,
- Speaker #1
oui, oui.
- Speaker #2
Alors qu'on sait pertinemment maintenant que le vernis qui est dessus devient opaque. Et que, évidemment, que c'est cassable. Oui,
- Speaker #1
oui. Même en 1994, Houellebecq n'y croyait pas, déjà. J'en ai une dernière, qui est assez belle. On fait son deuil de l'amitié de loin le plus con des rêves.
- Speaker #0
De nos rêves. Oui, pardon,
- Speaker #1
pardon. De loin le plus con de nos rêves.
- Speaker #0
C'est dans celui-là. C'est dans le con de moi, toujours. C'est dans le con de moi,
- Speaker #1
toujours. Ça me fait un peu de peine que vous disiez ça de l'amitié, parce que je me suis dit que je devrais vous téléphoner plus souvent.
- Speaker #0
Oui, mais... C'est bon, mais j'ai rajouté que c'était pire avec les animaux domestiques. Parce qu'on est sûr qu'ils vont mourir avant. Ce qui est chiant dans les gens, c'est qu'ils meurent. C'est un gros inconvénient qu'ils ont. Contrairement aux robots.
- Speaker #1
Non, mais quand j'ai failli mourir d'une crise cardiaque, vous m'avez appelé tout de suite.
- Speaker #0
Ah oui, Ben oui, j'aime pas que les gens meurent. Ça m'est très désagréable.
- Speaker #1
Je me suis dit, ah tiens.
- Speaker #0
Un petit mot pour Benoît Duteur.
- Speaker #1
Pensons à Benoît Duteur. C'est ça l'amitié au fond. C'est avoir peur que les gens meurent.
- Speaker #0
Oui,
- Speaker #1
c'est ça. Ce sera la conclusion de notre conversation. Merci infiniment chez l'Ouelbeck d'être venu. J'avais un questionnaire. Est-ce que vous voulez qu'on fasse le questionnaire ? On a le temps ? Si vous voulez, les conseils de lecture. Parce que ça, c'est intéressant. Vous aviez reçu mon... Mon questionnaire ou pas du tout ? Pas du tout.
- Speaker #0
Je ne vois rien.
- Speaker #1
Je vais gronder Swazik Malkou. C'est très rapide. C'est par exemple un livre qui vous donne envie de pleurer,
- Speaker #0
Michel Houellebecq. Il y en a pas mal quand même. Bon alors, quand même Gradiela.
- Speaker #1
Ah oui, de Lamartine.
- Speaker #0
Et puis Servitude humaine de Maugam. La fin, je ne peux pas m'empêcher de pleurer de manière hystérique dans les dernières pages.
- Speaker #1
Qu'est-ce qui se passe à la fin ?
- Speaker #0
Je ne m'en souviens même plus. Je crois que c'est les phrases. Oui, c'est les phrases.
- Speaker #1
Et un livre pour arrêter de pleurer ?
- Speaker #0
Un livre pour arrêter de pleurer ? Un truc franchement très drôle, par exemple. Ça peut aider à arrêter de pleurer. Alors comme ça, ça ne me vient pas.
- Speaker #1
Ou franchement optimiste.
- Speaker #0
Franchement optimiste, je n'en ai pas lu tant que ça des bons livres franchement optimistes. Tu vois un exemple toi ?
- Speaker #1
C'est très compliqué.
- Speaker #0
Fais le malin.
- Speaker #1
Non, non, c'est très compliqué.
- Speaker #0
Un bon livre franchement optimiste.
- Speaker #1
Je ne sais pas, peut-être un livre qui parle d'amour.
- Speaker #0
Euh, ouais.
- Speaker #1
Et les bons livres d'amour sont pessimistes. Belle vie de teigneur se termine très mal.
- Speaker #0
Belle vie de teigneur. Ça se termine bien. Là, comme ça, ça ne vient pas immédiatement.
- Speaker #1
Un livre pour crâner dans la rue ?
- Speaker #0
Proust marche toujours. C'est un classique.
- Speaker #1
Un livre qui rend intelligent ?
- Speaker #0
Ça n'existe pas, ça.
- Speaker #1
Ah bon ?
- Speaker #0
Je ne crois pas, non.
- Speaker #1
Quand on lit, on se dit « Ah, je n'y avais pas pensé ! »
- Speaker #0
Alors, peut-être « Critique de la raison pure » .
- Speaker #1
Oui, d'accord, mais il faut déjà comprendre.
- Speaker #0
Ben oui, il faut déjà être un peu intelligent au départ.
- Speaker #1
Ça ne rend pas intelligent.
- Speaker #0
Non, mais ça augmente l'intelligence. Oui, d'accord,
- Speaker #1
je comprends.
- Speaker #0
En partant de zéro, c'est...
- Speaker #1
Emmanuel Kant, il ne faut pas partir de zéro. Un livre pour draguer ?
- Speaker #0
Ce n'est pas la meilleure méthode, un livre pour draguer. Je ne crois pas, je ne sais pas, tu as peut-être une... C'est plutôt à toi qu'il faudrait poser la question, je veux dire.
- Speaker #1
Non, je ne peux pas te draguer avec un livre.
- Speaker #0
Tu l'as déjà fait, je suis sûr que tu l'as fait en fait.
- Speaker #1
Peut-être un livre qui a l'air très romantique. Je ne sais pas, les poèmes saturniens de Paul Verlaine.
- Speaker #0
Oui, avec un petit côté érotique tu veux dire.
- Speaker #1
Oui, on se dit le gars est sympa et en même temps...
- Speaker #0
Oui, ce n'est pas con Verlaine. Ce n'est pas con Verlaine, ça se défend.
- Speaker #1
Un livre que je regrette d'avoir lu.
- Speaker #0
que je regrette d'avoir lu ça me fâchait avec des gens si je réponds c'est fait pour ? on n'est pas obligé de citer les contemporains ah oui on peut lâchement citer James Joyce je ne sais pas ce qui est plus facile c'est les livres que j'ai jamais réussi à lire et qui sont très estimés Musil j'ai jamais réussi
- Speaker #1
Le livre que j'aurais aimé écrire ?
- Speaker #0
Ah, le que j'aurais aimé écrire, peut-être Les Possédés.
- Speaker #1
Dostoevsky. Le livre que j'apprendrais par cœur pour le sauver quand les livres seront interdits et brûlés par des pompiers, comme dans Fahrenheit 451.
- Speaker #0
Non, mais là, apprendre par cœur, ça ne peut pas être un roman. Bon allez, les fleurs du mal, essayons pas d'être original si vous êtes certain. Les fleurs du mal, oui.
- Speaker #1
Je pense qu'on s'ennuie jamais.
- Speaker #0
Ah non, non, pas une seconde.
- Speaker #1
Frédéric, si vous avez envie de citer un livre que vous seriez prêt à apprendre par cœur.
- Speaker #0
Non, tu veux faire la même chose avec des listes. J'y arriverai jamais,
- Speaker #2
mais le portrait de Dorian Gray d'Oscar Rowell.
- Speaker #1
Ah oui ?
- Speaker #2
Oui.
- Speaker #1
Oui, c'est bien parce que ça sert, c'est un roman, mais il est court. Et du coup, on peut le retenir par cœur. Il y a beaucoup, beaucoup d'aphorisme. Tout à fait. Très bien. Merci beaucoup. Avec plaisir. Merci infiniment. Donc, je rappelle qu'il faut, premièrement, écouter Souvenez-vous de l'homme. Deuxièmement, prendre ses places pour aller à l'Ascala de Paris. Troisièmement, acheter Combat toujours perdant aux éditions Flammarion. 12 euros, ce n'est pas très cher, la poésie. Oui,
- Speaker #0
c'est parce que c'est court.
- Speaker #1
Oui, c'est vrai. Pas énorme.
- Speaker #0
38 poèmes.
- Speaker #1
Si vous êtes déprimé, c'est déconseillé. Mais ça peut soigner le mal par le mal.
- Speaker #2
Moi, quand je ne vais pas bien, j'écoute l'Honor Cohen.
- Speaker #1
Oui, c'est vrai. Soigner le mal par le mal. En conclusion, je citerai une phrase de Victor Hugo. Lire, c'est boire et manger. L'esprit qui ne lit pas maigrit, comme le corps qui ne mange pas. Voilà, Victor Hugo a dit ceci en 1840. Et c'était un habitué de l'apéroze. où il venait dans des salons avec des personnes...
- Speaker #0
Des putes.
- Speaker #1
Non, mais on était dans les hautes sphères de la poésie française.
- Speaker #0
Non, mais...
- Speaker #1
Avec des...
- Speaker #0
Non, mais c'est mon côté réaliste.
- Speaker #1
Des créateurs, des amis, avec des amis.
- Speaker #0
Des courtisans.
- Speaker #1
Bonsoir. Tu tires tout vers le bout.
- Speaker #0
Non, mais...