- Speaker #0
Florence Châtaignier, bonsoir.
- Speaker #1
Bonsoir.
- Speaker #0
Et bienvenue chez La Pérouse pour une conversation autour de votre œuvre, composée de deux romans. Le premier roman, Des gens comme il faut, est sorti en 2024. Et le nouveau, Fuir la lumière, vient de sortir en cette rentrée 2026, aux éditions du Cherche Midi. C'est une vie de femme. C'est un roman d'initiation, de formation, qui démarre par l'enfance, l'adolescence, puis... l'émancipation. C'est vraiment un projet assez ambitieux et même assez rare dans la littérature contemporaine de vouloir nous faire suivre toute une existence féminine. Qu'est-ce qui vous a pris ?
- Speaker #1
J'aime beaucoup la littérature américaine. J'ai lu essentiellement pendant 10 ans de la littérature américaine contemporaine. Et donc j'aime beaucoup. Je n'ai pas la prétention de faire ce qu'ils font, mais je suis très inspirée par Jonathan Sanford-Fower, Jonathan Franzen, Nicole Cross. Et donc, j'aime vraiment leur façon de suivre sur des chemins, sur des routes, des parcours comme ça. Et je trouve que c'est vraiment quelque chose qu'on fait moins en France. Quand j'ai appelé Jean pour lui dire « Écoute, j'ai fait un truc, je ne sais pas exactement ce que c'est. » Jean Legal. Il a lui dit « Effectivement, je ne sais pas du tout ce que c'est, mais c'est tant mieux. »
- Speaker #0
Oui, mais c'est plutôt rare. Alors, il y a... Une exception qu'on a reçue ici également, c'est Jean-Legal, Patrice Jean, qui fait aussi comme ça des romans où on voit défiler toute une existence. Mais enfin, ça vous a pris du temps ? Oui.
- Speaker #1
En fait, il y avait une partie du livre que j'avais écrite à New York, donc il y a très longtemps, je pense il y a plus de dix ans, qui est la partie où elle travaille, où elle prend ce train tous les jours, etc. Donc cette partie était écrite. Et puis je me demandais c'était quoi l'enfance de cette femme, jusqu'à ce que je visite une communauté Hare Krishna. en Provence, par complet hasard évidemment je ne me rendais pas dans la communauté, mais ils étaient derrière une haie, et on me dit plusieurs fois derrière la haie il y a une communauté. Et du coup je me suis fait inviter plusieurs fois à prendre l'apéro dans la communauté, j'ai rencontré ces gens et je me suis dit mais voilà elle a grandi là-dedans.
- Speaker #0
Oui, alors c'est vrai que le début du livre est hallucinant. D'abord ça commence à Rishikesh en Inde, les parents d'Anita ont un coup de foudre au bord du grange. Et puis ils rentrent en 1975, vivent en France. Ils sont dans une communauté de défoncés, on peut dire ça ?
- Speaker #1
Oui, on peut dire ça. Aujourd'hui, on appellerait ça un ashram, je pense. Mais donc à l'époque, on aurait peut-être dit un phalanstère, une communauté libertaire, oui, des croissants. Quand on entre dans la communauté, on doit brûler ses papilles d'identité. On se rase le crâne chaque nouvelle lune pour mieux accueillir la belle énergie de la terre-mer.
- Speaker #0
Quand je dis défoncée, c'est aussi qu'il y a de la drogue ?
- Speaker #1
Oui, il y a de la drogue. Toute une parcelle est dévouée à la culture du cannabis. Donc oui,
- Speaker #0
ils sont bien défoncés. C'est une enfance très spéciale, évidemment, avec un gourou qui s'appelle Om. C'est Omblin, mais on l'appelle Om, comme le homme de la méditation zen. Et puis, elle a créé cette... famille qui s'appelle la lumière de vie et voilà, vous décrivez très bien cet enfant, Anita, pour qui tout ça est normal, évidemment pour elle elle ne se rend pas compte que c'est bizarre de vivre en communauté avec des gens qui, un coup dans une famille, un coup dans une autre maison Oui,
- Speaker #1
parce qu'elle perd ses parents très vite et donc elle est élevée par plein de Merci. Petite famille de la lumière, comme ça, qui ne la garde jamais très longtemps. Donc elle a une enfance très particulière. Et je pense que sa seule figure d'autorité, c'est Aum, qui elle est vraiment cinglée, pas méchante. Mais elle a tellement peur que les autres, les gens qui sont en dehors de la communauté, polluent les enfants, qu'elle les empêche complètement de sortir. Donc cet enfant vit complètement coupé du monde, sans chaussures. Et je me suis beaucoup intéressée au secte. et j'ai interviewé un garçon qui a grandi dans une secte. Donc, il y a énormément de lui dans l'enfance d'Anita.
- Speaker #0
Oui, c'est assez bien observé. Je n'avais pas lu de livre sur ce sujet. Il y en avait un d'Emmanuel MacTam, Arcadie, en 2018, qui était un peu sur ce style d'ambiance, d'atmosphère, qui sont comme de créer une alternative à la famille traditionnelle. Et on voit le résultat. Alors là, elle est surnommée Plume, Anita. Elle perd effectivement sa mère qui est écrasée par son père avec un tracteur. Puis lui, le père fait une overdose le lendemain quasiment. Donc c'est très dur. Et vous parlez à un moment, vous dites il faudrait peut-être un permis de parentalité. C'est vrai que c'est une idée que j'avais eue moi aussi dans un de mes bouquins. Je trouve que pourquoi est-ce qu'il faut un permis pour conduire une voiture et pas pour avoir un enfant ? C'est quelque chose qui est assez hallucinant. Là, cet enfant, évidemment... très traumatisée par tout ce qu'il voit.
- Speaker #1
Oui, elle ne manque pas d'amour, mais elle manque de... De structure, à le manque de cadre, il n'y a pas d'école, ils font juste des petits projets, mais il n'y a pas de cadre. Alors, les enfants, je pense que les enfants, quand on est enfant, on a envie de ça, on a envie de passer ses journées dehors, à jouer avec ses amis, mais en fait, le fait qu'il y ait à l'école des saisons, des événements, etc., ça structure la vie de l'enfant. Sinon, c'est un grand moment, c'est des grandes vacances tout le temps, et je pense que finalement... Elle souffre aussi de ça, elle souffre de pas. Et puis c'est une enfant un peu particulière. Donc je pense que typiquement le genre d'enfant qui aime l'école, qui aime qu'on lui donne des trucs à faire, qui aime avoir des notes, je parle de moi là. Qui aime la structure, réussir, plaire, devenir une bonne aînée avec Sarah. Donc je pense qu'il lui manque ça vraiment dans son enfance. Mais d'amour, elle en a eu beaucoup.
- Speaker #0
C'est marrant parce qu'au fond, vos deux romances forment une sorte de diptyque puisque dans le premier, des gens comme il faut, c'est vraiment des gens comme il faut. avec la famille traditionnelle, et on va s'apercevoir petit à petit que tout ça est très fissuré, très mensonger, et puis là c'est l'inverse, alors là on grandit dans la liberté absolue, et c'est pas tellement mieux, c'est compliqué aussi, je sais pas ce que vous avez voulu dire, que de toute façon, quoi qu'on fasse, l'enfance c'est une aventure cabossée ?
- Speaker #1
Oui, en fait ça me fait rire les gens qui... qui pensent qu'ils ont passé à la flamme leur enfance et qui reconstruisent sur de nouvelles bases, etc. Donc là, typiquement, Anita, elle quitte la communauté et elle repart de zéro, etc. Et vraiment, elle essaye de faire ce travail. Elle n'a plus aucun contact avec Aume, avec la communauté, même avec ses très bons amis comme Dylan. Et donc, la page est tournée, c'est derrière elle, mais ces gens qui pratiquent cette politique, ils ne voient pas qu'il y a des énormes plantes, comment on appelle ça, les plantes qu'il faut arracher ?
- Speaker #0
Des hulières ?
- Speaker #1
Oui, dans un jardin, il y a toujours des... Oh my God, allez arracher les...
- Speaker #0
Les mauvaises herbes. Les mauvaises herbes.
- Speaker #1
Ces gens-là ne voient pas qu'il y a des mauvaises herbes de 4 mètres de haut. C'est comme le nez au milieu du visage. Mais ça me fait vraiment rire, ça, qu'on puisse imaginer...
- Speaker #0
Oui, se débarrasser de son enfance. Se débarrasser de son enfance, voilà. Beaucoup d'enfants des années 70 se plaignent de cette libération hippie. Alors, il y a eu pas mal de livres là-dessus. Il y a eu notamment Virginie Linnard. Mais au fond, votre livre précédent et celui-ci sont une réflexion, même si nous n'avons pas le même âge, mais c'est une réflexion sur ces tentatives, ces alternatives. Et pourquoi vous avez eu envie de vous attaquer à ce sujet ? Parce que vous-même, vous avez une vie assez cadrée et peut-être vous vous dites, qu'est-ce que ce serait si ça s'était passé autrement ?
- Speaker #1
Oui, je pense que ça m'intéresse, les enfants, cette alternative. Et comme vous dites, dans les années 70, moi, mes parents, je n'ai pas l'impression qu'ils m'aient élevée. Je me suis vraiment élevée toute seule. On n'a pas eu... Alors, ce n'est pas du tout la même façon d'Anita, évidemment. Évidemment, je n'étais pas dans une... On me le demande beaucoup, cette ancienne. Je me dis, waouh, c'est crédible. Oui, c'est très crédible. Mais tu as grandi dans une communauté ? Non, je n'ai pas grandi dans une communauté. Mais j'ai grandi dans un endroit très bizarre où, effectivement, il n'y avait pas tant de règles que ça. À Guétari, je pense qu'à 13 ans, j'allais au Jennifer toute la nuit et je revenais avec le... Il n'y avait pas tellement de règles, on faisait un peu ce qu'on voulait. Les parents faisaient, eux, un peu n'importe quoi aussi. Donc, j'aime le fait que chez Anita, c'est clair et net. Là, il n'y a pas d'éducation. On les laisse vraiment être...
- Speaker #0
Je précise que Florence Châtaignier a grandi à Guétari, quand même. L'été. Ah oui. C'est une chance. Oui, c'est une chance. Bon, alors après, Anita, c'est mensible, je le disais. va. D'abord, galérer à Paris dans des squats, puis ensuite, se mettre un peu à travailler, puis rencontrer Guillaume. Alors là, c'est tout le contraire. Guillaume, c'est le mec parfait, c'est le prince charmant, il a de l'argent, ils vont se marier, ils vont vivre à Londres, une vie très bourgeoise, faire des enfants. Là, pour le coup, c'est peut-être un peu plus proche de ce que vous connaissez.
- Speaker #1
Alors, en fait, non, parce que mon mari, il est très anticonformiste, il ne vient pas du tout d'une famille... Comme Guillaume. Guillaume, c'est des notaires de Saint-Germain-en-Lettre, catholiques. Guillaume, il a l'air de connaître la marche à suivre. Elle, elle n'a pas du tout le mode d'emploi de la société, elle ne l'a pas eu. Donc, elle, elle découvre ce garçon. Dans un premier temps, il l'exaspère évidemment, mais en fait, elle tombe amoureuse. Et elle a l'impression qu'elle peut raccrocher son wagon derrière et que lui, il va quelque part. Et je pense qu'elle est vraiment rassurée par ça. Elle a besoin d'appartenir. tellement de rentrer dans le cadre, d'appartenir à la société qu'elle veut la vie parfaite. Elle a rêvé en fond. Il y avait un beau livre dans le salon de la grande maison, dans la secte. Il y avait un beau livre sur Manhattan, avec plein de lumières, avec des boutiques, des femmes très élégantes dans la rue, etc. Et pour elle, elle a gardé ce livre en tête comme sa vie rêvée, la vie dont elle a besoin pour être heureuse. Donc elle suit ce garçon. Avec l'intention de cocher toutes les cases, tout ce qu'elle n'a pas eu enfant. Acheter des jolis vêtements à ses enfants, les promener dans un joli landau, ne pas échanger des trucs contre des sacs de pommes de terre et des œufs. Elle veut une vie, elle veut être dans la société.
- Speaker #0
Et puis, elle a eu une enfance complètement coupée du monde réel. Alors, ça donne des choses assez marrantes. Elle découvre la réalité. C'est presque un indien dans la ville. La station service. Par exemple, elle a passé dans son enfance un an avec des pouces sur la tête.
- Speaker #1
Oui.
- Speaker #0
Vous voyez, sans être... Enfin, sans qu'on s'en occupe.
- Speaker #1
J'allais dire, on l'a tous eu, ce problème. Mais non, pas un an.
- Speaker #0
Non, non, pas un an.
- Speaker #1
Pas un an.
- Speaker #0
Est-ce que le sujet du livre, caché, c'est que fuir les carcans, c'est impossible et qu'on se retrouve toujours dans un carcan ?
- Speaker #1
Non, ce n'est pas le sujet.
- Speaker #0
Parce que c'est le titre ?
- Speaker #1
Non, non.
- Speaker #0
Fuir la lumière.
- Speaker #1
Évidemment, c'est possible de se remettre dans des carcans. Et en fait, toutes les communautés sont enfermantes avec des codes, etc. Que ce soit la bourgeoisie, la communauté Hare Krishna, ou le petit club des femmes d'expats américaines qu'elle côtoie à Londres. Tout ça, effectivement, c'est extrêmement enfermant. Mais je pense que le suivi, c'est possible. C'est possible de fuir les codes. Je pense que c'est même souhaitable. Après, on se retrouve toujours un peu... Moi, par exemple, j'essaye de fuir les gens comme il faut. Je suis arrivée à l'heure en bonne élève. J'ai regardé 56 conversations chez La Pérouse. On ne se renie pas complètement, mais je pense que c'est possible d'essayer de prendre du recul et de regarder plus froidement les communautés dans lesquelles on vit et d'essayer de quand même refuser. Un peu la norme.
- Speaker #0
Les schémas préétablis. Parce que là, elle se met dans un schéma totalement bourgeois et ça ne lui convient pas non plus. C'est ça qui est paradoxal.
- Speaker #1
Exactement, elle s'enferme. En fait, en essayant...
- Speaker #0
Il ne faut pas raconter la fin.
- Speaker #1
Oui, mais en essayant exactement... Elle pense que le confort va soigner sa mélancolie, alors que le problème, il n'est pas là. Donc, quand elle a cette vie parfaite, cette maison victorienne, ses deux petits-enfants qu'elle promène habillés en bon point, elle, pendant un temps, je pense que pendant un temps, Tant qu'elle dit qu'elle vit avec les yeux fermés, ça va. Mais dès qu'elle ouvre les yeux vraiment et qu'elle regarde la situation, elle se dit en fait, cette vie ne me convient pas. En vérité, ça ne m'a jamais convenu. Et il y a eu une méprise, il y a eu un malentendu. Elle a pensé que d'appartenir, ça allait soigner quelque chose chez elle. Et en fait, non, elle s'est enfermée. Il y en a plein des femmes comme ça. Quand j'étais expat, j'en ai rencontré plein qui s'éteignent.
- Speaker #0
Qui ont des vies presque pour plaire à leur mère.
- Speaker #1
Oui, exactement. Oui, en fait, elle... Elle ne se rend pas compte, en fait, on ne se rend pas compte, je pense, de manière générale, c'est très féminin, de ne pas faire attention à notre liberté. On peut très bien se dire, notre liberté, c'est un acquis, on l'a, et puis en fait, la laisser moisir dans un coin. Parce qu'on n'y fait pas attention et puis celle de l'autre peut empiéter sur la nôtre. C'est Merleau-Ponty qui parle de la théorie de l'empiétement, il fait pas référence au couple. Mais c'est vrai que dans le couple, très souvent, si on ne fait pas attention, la liberté de l'autre tout d'un coup grignote vraiment.
- Speaker #0
Et puis alors surtout avec les enfants. Et pourtant, elle, elle cherche une structure. Alors c'est ça qui est ambigu dans le livre. Mais c'est pour ça qu'il est intéressant, ce livre. C'est parce qu'il est compliqué. alors je voulais parler un peu plus de Florence à présent et on reviendra à Anita plus tard mais vous vous avez grandi dans une famille très classique mais on peut dire dysfonctionnelle oui on peut bien le dire Vous avez quand même été une bonne élève, vous avez fait HEC, travaillé chez LVMH, L'Oréal, c'est le parcours rêvé de tous les téléspectateurs du Figaro Télé. Oui, bien sûr. Vous êtes partie en Inde aussi, comme les parents d'Anita. Oui,
- Speaker #1
j'ai fait une retraite à Rishikesh.
- Speaker #0
Là-bas, d'accord. C'est marrant. Comment expliquez-vous cette mode de l'Inde ? Parce que j'ai reçu ici Cécile Gilbert, Nicolas Hidier qui ont écrit sur l'Inde. Ça semble toujours être une sorte de rêve pour beaucoup de...
- Speaker #1
Je pense que c'est des gens très, très, très largués qui vont se chercher en Inde. Je pense que c'est des gens qui sont vraiment qui partent...
- Speaker #0
Et vous, vous étiez larguée ? Oui,
- Speaker #1
je pense que j'étais bien, bien larguée.
- Speaker #0
Et donc là-bas, qu'est-ce que vous avez trouvé ?
- Speaker #1
Eh bien, c'est intéressant. Je suis partie. Donc, je me suis rendu compte que cette école à Chautier, qui est une très bonne école. Personne n'allait. Lecteur du Figaro, c'est une très bonne école, mais c'était vraiment une énorme erreur d'orientation. Je n'avais rien à faire dans cette école. J'aime la littérature, la philosophie, la sociologie. C'est trois matières qu'on n'étudie pas à HEC. Donc voilà, je me suis trompée. Mais à l'époque, on n'était pas orienté. Donc en même temps, j'ai été là où le vent me portait. En travaillant beaucoup, on peut arriver un peu par hasard dans une très bonne école. Je n'ai pas tellement aimé ce que j'avais appris. B. Ça m'a emmenée chez LVMH, chez L'Oréal, ça m'a emmenée dans des endroits où j'étais pas mal, c'était pas le bagne.
- Speaker #0
Donc vous étiez un peu comme cette Anita ?
- Speaker #1
Oui, j'étais un peu en décalage tout le temps, en me disant mais qu'est-ce que je fais ici ? Les gens chez L'Oréal étaient formidables, j'ai rencontré des gens super mais... Tout le temps, je faisais des grandes conférences. On appelle ça les comités...
- Speaker #0
Des brainstormings.
- Speaker #1
Oui, j'étais autour de la table et je me disais, mais qu'est-ce que je fais là tout le temps ?
- Speaker #0
J'ai vécu ça, moi, dans la pub.
- Speaker #1
C'est complètement bizarre de sortir de la scène et de se dire, mais je m'en fous des cheveux. En vrai, ça ne m'intéresse pas.
- Speaker #0
C'est important pourtant, regardez. C'est important,
- Speaker #1
mais pas au point que je passe mes journées à réfléchir au sujet.
- Speaker #0
Oui, oui.
- Speaker #1
Et du coup... Je pense que je suis partie en Inde, mais ça, c'était au milieu de ma scolarité d'HEC, pour valider un stage à l'étranger. Et par complet hasard, je me retrouve dans une asso, où j'avais signé pour un job et on m'en met dans un autre. C'est très typique en Inde, quand on arrive, on vous dit, ah ben non, finalement, vous voulez travailler dans la pub ? Eh bien, vous serez plutôt kinésithérapeute, allez-y ! Donc, on m'a mis dans un job, et je travaillais dans un endroit qui s'appelait La Lumière de Vie, Jeevan Jyoti, en Indie. Ah,
- Speaker #0
donc qui est dans le livre, alors.
- Speaker #1
Qui est dans le livre, et...
- Speaker #0
Je pense que cette expérience, j'en avais besoin pour prendre du recul. Ça ne devait pas aller très bien à l'époque où j'ai fait cette décision, mais pour prendre du recul sur la vie, sur tout ce qui n'allait pas à Paris. Ça n'était pas en Inde. Je n'avais plus aucun code, je n'avais plus d'amis. Il fallait tout reconstruire et je pense que j'avais envie de ça.
- Speaker #1
Une alternative aussi peut-être à la société de consommation dans laquelle nous vivons. Vous avez dirigé Bon Point à New York ?
- Speaker #0
Oui, alors c'est pas ce dont je suis le plus fière et je pense qu'ils étaient à moitié dingues de me prendre parce que... C'est drôle ! Moi je suis producteur de télé, donc quand on est femme d'expat et qu'on arrive dans un pays et qu'on vous propose un job, on prend le job.
- Speaker #1
Mais bien sûr !
- Speaker #0
Donc j'ai pris ce job et c'était intéressant parce que moi la mode c'est pas tellement mon truc, les chiffres c'est vraiment un très gros problème et donc il y avait une comptable, Zlata, qui me mettait tous les matins des liasses. de 500 pages, de l'ombre de vente versus LY, versus mon objectif, per square feet. Et je devais regarder ça et je disais tous les jours à Zlata, Zlata, mets-moi du stabilo sur les trucs importants, parce que je ne comprenais pas ce truc. Et ça a duré quatre ans.
- Speaker #1
Non, mais c'est vrai que c'est assez fascinant, parce qu'on voit comment ce livre s'est construit en vous écoutant. Il y a la deuxième partie sur la femme embourgeoisée à l'étranger. Vous l'avez vécu, ça se voit. Et le livre marche parce que justement, tout ce dont vous parlez, vous l'avez un peu expérimenté malgré tout. Peut-être pas la secte.
- Speaker #0
Non, pas l'enfermement.
- Speaker #1
Mais vous êtes documentée à ce moment-là.
- Speaker #0
Mais je me suis énormément documentée et j'ai interviewé plein de copines, mes amis qui m'appelaient pour me dire je divorce dans les trois dernières années. J'étais là, formidable. mais c'est tellement parfait et donc j'ai interviewé pas mal d'amis une notamment qui m'a donné tout le sensoriel et j'ai plusieurs lectrices qui m'ont dit c'est incroyable tu décris tellement bien ce que j'ai ressenti quand je pouvais plus supporter mon mari et ça c'est vraiment merci merci les copines divores j'ai vu de très près des femmes qui s'étaient enfermées dans leur couple à commencer par ma mère et mon père puisque si on est honnête les deux chacun s'étaient bien enfermés dans ce couple qui ne fonctionnait pas depuis le premier jour Mais j'ai vu pas mal de femmes d'expats qui suivaient leur mari. Moi, suivre son mari, je trouve que c'est vraiment un concept pas possible. Oui, parfois on n'a pas le choix. Pourtant, Dieu sait que je l'ai fait, j'ai suivi, mais j'étais d'accord pour partir. Mais je pense que j'en ai vu plusieurs qui n'étaient pas totalement d'accord pour partir, qui avaient déjà fait plusieurs destinations, qui se retrouvaient toujours à devoir tout réinstaller et qui s'éteignaient complètement, qui perdaient leur identité dans... Il n'y avait plus que la famille, puisqu'ils partaient de Shanghai à Montréal. Et je pense que c'est vraiment des situations... Ultra dur pour les femmes, on ne va pas plaindre les femmes d'expat,
- Speaker #1
il y a d'autres... Au fond c'est peut-être une tentative pour réécrire Madame Bovary, tout simplement,
- Speaker #0
en version ultra contemporaine. En toute modestie.
- Speaker #1
Non mais ultra moderne, ultra contemporaine, avec une enfance libertaire, et puis ensuite comment échapper à ce modèle-là, qui est le modèle dont on rêve quand même, enfin comment dire... Qu'on inculque aussi aux femmes.
- Speaker #0
Oui. Mais en fait, rentrer dans la norme et se marier, avoir des enfants, etc. Tout ça, c'est vraiment... Ça montre qu'en fait, la norme nous enferme complètement. Ce n'est pas souhaitable de rentrer dans la norme.
- Speaker #1
Pourtant, tout le monde veut ressembler à certains schémas. Parlons aussi des rencontres du pape Autain. Alors, vous produisez cette émission. Il y a un magazine qu'il faut absolument montrer. Absolument montrer. Le magazine qui contient les interviews qui sont...
- Speaker #0
Alors, en fait, l'émission Les Rencontres du Papotin, ça n'est qu'une adaptation de ce que font ce collectif depuis 35 ans, plus, je crois. Ils ont rencontré Barbara, c'est dire. C'est génial. Et donc, en fait, ça a été une idée d'un garçon qui s'appelle Jérôme Lamant. Eric et Olivier, tous les Dano Nakache ont été interviewés par le magazine et Jérôme Lamont qui travaille avec eux leur a dit mais il faut absolument décliner cette émission et l'adapter à la télé, mais nous on ne fait que capter leur génie, on est vraiment des vecteurs
- Speaker #1
Oui je me souviens très bien quand c'est sorti au début ce papotin mais alors comment faites-vous pour convaincre des personnalités de répondre aux questions de journalistes neuro...
- Speaker #0
atypique.
- Speaker #1
Neuroatypique.
- Speaker #0
On leur propose de venir faire une rencontre. D'ailleurs, ça s'appelle les rencontres du Papotin. Et c'est exactement comme pour ceux qui viennent faire la rencontre pour le magazine papier. Ils viennent passer un moment avec la rédac. Entre, je ne sais pas, je dirais 50 ou 70 jeunes, enfin, journalistes, se composent la rédac. Il y a 13 institutions, je crois, de mémoire. Ils viennent passer un moment de rencontre, donc c'est vraiment exceptionnel et j'ai jamais vu un invité ressortir sans dire mais c'était fou ce moment. C'était vraiment ça, je pense que c'est super de regarder l'émission parce qu'on voit des facettes de l'invité qu'on ne voit pas ailleurs. C'est très difficile de rester pendant trois heures dans des éléments de langage, même Macron, je trouve qu'on l'a vu de façon assez touchante, bizarrement.
- Speaker #1
Avec des questions très déstabilisantes, parce que c'est là où il y a un point commun avec vos livres, c'est que vous aimez une parole très libre.
- Speaker #0
Oui.
- Speaker #1
En fait, et eux...
- Speaker #0
Eux, ils sont la parole libre.
- Speaker #1
C'est ça.
- Speaker #0
Oui. en fait ils sortent des carcans c'est ce que justement vous traitez comme sujet ça fait 5 ans maintenant c'est la 5ème saison, ça fait 5 ans que je travaille avec eux et c'est une énorme source d'inspiration les papotins ils disent ce qu'ils pensent, ils s'en foutent pas comme Fanny Ardant aussi ils s'en foutent de ce que les gens vont penser et donc c'est très libérateur de voir qu'on peut vivre comme ça moi j'ai fait presque 10 ans j'ai fait 8 ans à New York où j'entendais des américaines me dire toute la journée Oh my god, you look amazing, oh my god, I love your make-up et là j'ai les papotins qui me disent un jour sur deux que je suis super et un jour sur deux ils me disent Ah t'as vraiment une gueule, t'as pas dormi ?
- Speaker #1
Oui c'est vrai que c'est drôle Plus tard dans l'émission je vais vous poser des questions que posent les journalistes du papotin On va faire comme ça Super L'arroseur arrosé Ok Alors, ce refus du déterminisme social, c'est un peu le sujet de l'œuvre de Pierre Bourdieu. Est-ce que vous avez lu un peu les livres de Pierre Bourdieu ? La distinction, oui.
- Speaker #0
Alors c'est drôle, je suis une laborieuse, je crois, comme vous. Je prends plein de notes, dans plein de carnets, j'interview des gens qui ont grandi en secte, des femmes divorcées. J'ai été plusieurs fois dans la secte et puis j'ai arpenté les rues de Richmond jusqu'à trouver un Ehpad qui me plaisait et j'ai demandé à parler avec les résidents de cet Ehpad à Richmond. Donc oui, je veux faire de l'enquête, etc. J'ai oublié la question.
- Speaker #1
C'était sur le déterminisme de Père Dieu. Parce que c'est super ultra gauche comme théorie. Mais au fond, c'est vrai que ce n'est pas complètement faux de se dire qu'on est vraiment déterminé par l'endroit où on est, la famille dans laquelle on est. Et c'est compliqué d'y échapper. Et c'est votre sujet.
- Speaker #0
Oui. Alors pour le premier livre, comme je ne voulais pas trop dire de conneries, et j'ai eu un très bon prof d'économie de sociaux qui s'appelle Eric Tailleb, j'ai lu La distinction critique sociale du jugement qui m'est absolument tombée des mains au bout de un tiers. Donc quand vous me demanderez quel est le livre que je n'ai pas fini, c'est la distinction de Bourdieu. Mais j'ai trouvé ça, c'était plein de petites explosions dans mon cerveau. Je me suis dit c'est fou. C'est vrai, le capital social, le capital culturel, c'est fou et c'est super enfermant. Donc il faut essayer, il faut essayer de... de toujours se regarder quand même avec un peu de recul et de se dire à quel moment ces choix que je fais complètement anodins, à quel moment c'est moi qui pose ces choix, à quel moment c'est les choix de mes parents, de mes grands-parents. Et je pense qu'il y avait un autre bouquin, mais j'ai oublié le titre, sur l'individuation, le fait qu'à un moment donné, je pense que c'est vraiment vers mon âge, non plus jeune, vers 40 ans, on réalise qu'on a une espèce de pelote de laine ultra emmêlée avec tous les désirs, les siens, ceux de sa mère, son père, les grands-parents, les désirs que... je ne sais pas, des profs. Et à un moment donné, c'est bien de défaire... Ou la pub, ou la publicité. Ou la pub, qui nous bousille le cerveau. Non, de prendre cette pelote, de l'ouvrir, et d'essayer de mettre tous les fils à leur place, et de se dire, voilà, moi, mon désir, en fait, c'était celui-là. Et moi, mon désir, vraiment, si je suis honnête, et mon mari me l'a dit vraiment plein de fois, j'ai été très, très, très heureuse dans ma vie quand j'étais en Inde et que je m'occupais d'enfants neuroatypiques. Et ça m'a pris peut-être 25 ans. C'est flippant de dire ça. Ça m'a pris 25 ans pour... Vraiment, merci Emmanuel Chin, parce que c'est lui qui me dit qu'il y a une émission avec une rédac' complètement d'horreur atypique. J'avais laissé tomber la télé, je pensais que c'était vraiment plus pour moi. Au bout de 25 ans, je reviens à un endroit où je suis parfaitement à ma place.
- Speaker #1
Et c'est un immense succès. 4 millions de téléspectateurs.
- Speaker #0
Je dirais plutôt une moyenne de 3 millions, mais il y a des pics à 3,5 millions.
- Speaker #1
J'aime bien... 4 millions de téléspectateurs. C'est bien, Marcelien. Bon, alors maintenant la question qui tue, vous êtes prêtes pour la question qui tue ?
- Speaker #0
Allons-y !
- Speaker #1
Je ne mets pas de jingle, mais je devrais être. Ouais, ouais. Bon, est-ce qu'il vaut mieux une enfance bourgeoise dans une famille un peu désaxée ou une enfance d'orpheline dans une secte de zinzins ?
- Speaker #0
Je garde mon enfance chez les désaxés.
- Speaker #1
Oui, mais c'est vrai que ces deux livres sont, on peut dire ça, une sorte de diptyque sur la reconstruction de soi.
- Speaker #0
Ouais, absolument.
- Speaker #1
Je suis content parce que j'ai bien compris. On passe à Devine tes citations, Florence. Je vous rappelle les règles du jeu, je vous lis des phrases de vous que vous avez écrites. Il n'y a que deux bouquins, donc il y a 50% de chance de se planter. Faire bonne figure fut le mot d'ordre de notre enfance.
- Speaker #0
Des gens comme il faut.
- Speaker #1
Des gens comme il faut, 2024. Voilà, cette histoire d'enfance parfaite en apparence, mais qui ne l'est pas. Alors, ce qui me frappe, c'est qu'il y a beaucoup de livres de cette rentrée. C'est pas qu'ils sont copiés sur vous, mais enfin, ils parlent de ce sujet.
- Speaker #0
Oui.
- Speaker #1
Le Han Godard.
- Speaker #0
Très bien, je suis en plein dans le Han Godard.
- Speaker #1
Oui, mais franchement, il y a quelque chose qui... Moi,
- Speaker #0
j'ai l'impression qu'il y en a toujours eu énormément. Je n'ai pas l'impression que ce soit nouveau.
- Speaker #1
Sur des familles en apparence parfaite et en réalité complètement... Un homme seul. Bah oui, merci, un homme seul. Mais un homme seul, je l'ai écrit après vous.
- Speaker #0
Mais je pense qu'il y a toujours eu... La famille, c'est un super... Terrain de jeu pour les écrivains.
- Speaker #1
Oui, mais là, c'est plus comme une sorte de tendance de notre génération à regarder nos parents et à les voir avec leur faiblesse, avec leur fragilité, et à essayer de comprendre tout ce qui s'est passé. Parce qu'ils ont quand même voulu faire la révolution, ils ont quand même voulu tout changer. Rien n'avait bougé pendant des siècles, et puis ils suppriment beaucoup de choses.
- Speaker #0
Oui, je pense que c'est aussi parce qu'on est à l'âge où on perd nos parents, on va dire qu'on a le même âge, mais c'est absolument faux. On est à l'âge où on perd nos parents. Vous êtes infiniment plus jeune. Moi, j'ai perdu mes deux parents. Et je pense qu'il faudrait demander à Anne Godard. Je ne sais pas si vous l'avez déjà reçu ici. Mais je pense que quand on perd ses parents et qu'on range leurs appartements et qu'on... La maison est vide aussi. Qu'on range leur appartement. Tout ça, ça remue tellement de choses. Ça donne envie de comprendre. Moi, mes deux parents sont morts récemment. Mais je trouve que je les comprends infiniment mieux depuis qu'ils ne sont plus là. Et donc, je pense que c'est un travail qu'écrivain ou pas. On fait quand on perd ses parents.
- Speaker #1
Oui, d'ailleurs, vous avez expionné, enfin fouillé dans les archives paternelles, comme moi avec mon père. Oui, évidemment, on est des affreux.
- Speaker #0
On ne devrait tellement pas faire ça, mais c'est irrésistible.
- Speaker #1
Bon, une autre phrase de vous.
- Speaker #0
Oui.
- Speaker #1
Je me suis découverte chez Esso.
- Speaker #0
C'est Anita.
- Speaker #1
Elle est bien celle-là. Oui,
- Speaker #0
elle est pas mal.
- Speaker #1
C'est pure la lumière. Pure la lumière. Donc, elle fuit la lumière et pour la première fois se voit dans le miroir des toilettes de la station service. Oui,
- Speaker #0
parce que Aum, le gourou qui, je pense, a un gros problème d'image, de sa propre image qui doit être très anorexique, etc. Elle empêchait les gens d'avoir des miroirs chez eux. Donc, elle se découvre quand elle s'enfuit. Elle fait du stop. Et donc, elle découvre Esso et elle est dans un rêve absolu. Et donc là, des toilettes avec des miroirs, elles se voient vraiment bien pour la première fois.
- Speaker #1
C'est assez fou cette scène. Ça pourrait être dans un film. La jeune femme qui découvre dans la station de service le Fanta, les Chipsters, le Verniaon.
- Speaker #0
Le Lando avec la petite décoration de Lando.
- Speaker #1
Non, c'est vrai que ça, c'est vachement bien. D'ailleurs, est-ce que vous avez une proposition pour faire une adaptation ?
- Speaker #0
J'ai entendu dire aux cherches médiques qu'il y avait eu plusieurs demandes pour lire le livre. Je ne regarde pas d'assez loin pour l'instant.
- Speaker #1
Je le dis aux producteurs qui nous écoutent, il y a un film qui marche très bien en ce moment qui s'appelle Une vie de femme. Et là, c'est encore Une vie de femme. Oui, c'est Une vie de femme. C'est un beau sujet. Alors, les questions du papotin.
- Speaker #0
Ah, oh mon Dieu.
- Speaker #1
Pourquoi êtes-vous célèbre ?
- Speaker #0
Alors vraiment, je ne suis pas célèbre.
- Speaker #1
C'est la première question posée à Gilles Lelouch lors du premier numéro.
- Speaker #0
Alors Gilles Lelouch, je ne sais pas si c'était au montage, mais un jeune a commencé l'émission, il s'appelle Sarkis, par lui dire tu sais... Je suis contente que tu sois là, mais j'aurais préféré qu'on ait Jean Dujardin. Et j'y ai dit, ah, mais moi aussi, moi aussi, j'aurais trouvé ça très bien.
- Speaker #1
Une autre question du papotin, comme ça je peux me dédouaner totalement. Allez-y. Êtes-vous amoureuse ?
- Speaker #0
Oui, je suis amoureuse. Oui, et ça, c'est quand même un coup de bol au bout de 30 ans.
- Speaker #1
Avez-vous peur de vieillir ?
- Speaker #0
Très.
- Speaker #1
Est-ce que tu trompes ton mari ?
- Speaker #0
Non. Alors, Catherine Denault a fait la meilleure réponse.
- Speaker #1
Oui.
- Speaker #0
Elle a dit, c'est curieux comme question. Et après, elle a dit, si je devais répondre, je mentirais. Je peux répondre très tranquillement.
- Speaker #1
Ah bon. Est-ce que tu aimes pleurer ?
- Speaker #0
Non, je n'aime pas pleurer. Mais de temps en temps, c'est nécessaire de pleurer.
- Speaker #1
Mais devant un film, par exemple, c'est agréable. Quand un film nous émeut...
- Speaker #0
Par exemple,
- Speaker #1
j'ai pleuré récemment devant la bataille de Gaulle. Le général de Gaulle m'a fait pleurer.
- Speaker #0
Moi, je pleure souvent. J'ai pleuré avec tous les livres que j'ai amenés pour en parler tout à l'heure. Donc oui, en fait, je déteste ne pas pleurer.
- Speaker #1
Est-ce que vous aimez le cassoulet ?
- Speaker #0
Non.
- Speaker #1
Non, moi non plus. Quel est votre péché originel ?
- Speaker #0
Oh my God, ça c'est Johan, il pose un vrai question.
- Speaker #1
Mais c'est les questions que vous posez à vos invités.
- Speaker #0
Le péché originel, à qui on a posé cette question ?
- Speaker #1
Je ne sais pas, j'ai noté ça. Quel est votre péché originel ?
- Speaker #0
Non,
- Speaker #1
je n'ai pas. Vous, alors... Vous fouillez dans les archives de votre chair ? Oui, c'est ça. C'était qui le meilleur invité et qui le pire invité ?
- Speaker #0
Oh my God. Merci. J'ai tellement aimé Camille Cotin, tellement aimé Camille Cotin parce qu'elle était ultra touchante, qu'il y a un petit moment de « wow, où est-ce que j'arrive, qu'est-ce que c'est que cette histoire ? » et puis elle se détend et on voit la transformation de l'invité. Bon, de toute façon, cette fille, elle me touche infiniment, donc je pense que c'est Camille Cotin. Le pire invité, c'est vache ! Je pense que Catherine Deneuve, ce n'était pas le plus facile. D'abord, elle avait demandé à filmer l'après-midi parce qu'on ne la filme pas le matin. Elle ne veut pas le matin. Donc on avait changé et nous, on n'aime pas trop les changements. On est habitué, on tourne le matin de telle heure à telle heure, etc. Donc l'après-midi, c'était un peu compliqué. Et puis, je pense qu'elle n'est pas habituée à être bousculée à ce point-là. Donc, ce n'était pas facile.
- Speaker #1
Moi, je trouve que Pierre Ninet était très bien. Pierre Ninet était exceptionnel. Macron s'en est bien sorti.
- Speaker #0
Vous allez voir Fanny Ardant. Fanny Ardant, elle est exceptionnelle. Je ne sais même pas comment on va faire pour passer de 3h à 30 minutes. Elle est exceptionnelle.
- Speaker #1
Il faut tout diffuser. Il faudrait faire une version longue. En tout cas, bravo, parce qu'on rit et on pleure dans cette émission. J'en ai d'autres. Tu as beaucoup de pognon ?
- Speaker #0
J'en ai assez.
- Speaker #1
Alors, on revient à « Devine tes citations » . Ok. C'est complètement à « What the fuck » . C'est des structures.
- Speaker #0
Allons-y.
- Speaker #1
« Je prenais grand soin de ne m'attacher à personne. » Dans quel livre avez-vous écrit ceci ?
- Speaker #0
Oh my god. C'est terrible d'oublier son nom. Fuir la lumière.
- Speaker #1
Elle dit oh my god souvent. J'aime bien. Ça fait expatrié à New York. Oui,
- Speaker #0
c'est ça. Il faudra tout couper les oh my god. J'ai tellement honte.
- Speaker #1
Trouverais-je le courage de détruire mon couple et désagréger cette famille ?
- Speaker #0
Anita, fuir la lumière.
- Speaker #1
Fuir la lumière. C'est marrant que vous, qui êtes heureuse dans un mariage réussi avec une famille équilibrée, vous écriviez sur ça. C'est un fantasme de destruction.
- Speaker #0
Non, je pense que c'est beaucoup l'histoire de ma mère. Et je trouve qu'il y a autant de courage à rester. D'ailleurs, je le mets tout au départ du livre. Il y a autant de courage à partir qu'à rester. Ma mère est restée très longtemps. Elle trouvait que c'était mieux pour nous. Elle a eu une vie, je pense, infernale. Et puis un jour, j'habitais en Minde à l'époque. Et mon père m'appelle, je suis à Delhi, et il me dit « Maman est partie » . Et je lui dis « Bah oui, évidemment, elle est partie, mais elle a attendu très très très longtemps, et j'ai trouvé ça ultra courageux de sa part de partir, mais j'ai trouvé ça très beau qu'elle reste aussi. Donc, il y a du courage dans les deux. »
- Speaker #1
Bon, donc c'est bien une fiction ce livre, Fuir la lumière. On passe au questionnaire du BQBD, le questionnaire le plus compliqué du monde. Pourquoi, en ce moment on parle beaucoup d'IA, alors pourquoi un jeune devrait-il lire Fuir la lumière plutôt que scroller sur TikTok ?
- Speaker #0
Sans doute pour ne pas avoir le brain rot, je fais encore un mot d'anglais mais ce sera le dernier aujourd'hui, la moisissure cérébrale, c'est eux qui parlent de brain rot.
- Speaker #1
Oui,
- Speaker #0
c'est quand on regarde trop et après on se sent blanc. Quand on lit un livre, on a toujours un petit sentiment d'avoir fait quelque chose de bien pour soi.
- Speaker #1
Parce qu'on fait fonctionner son cerveau un peu plus. Que savez-vous faire que ne sait pas faire Tchad Gpt ?
- Speaker #0
Verser des larmes, prendre des bains de mer, danser sous la pluie. Tout ce qui mouille.
- Speaker #1
Oui, c'est vrai que ça l'abîme. C'est mauvais pour lui l'eau. Vous n'avez jamais eu peur en écrivant votre livre qu'il ne serve à rien ?
- Speaker #0
Non, non. Le premier, j'ai eu quelques retours de lectrices qui m'ont dit, grâce au livre, j'ai parlé avec ma mère de ses tentatives, de son chantage au suicide, etc. Et je me suis dit, si j'ai commencé trois conversations dans des familles, je suis très contente.
- Speaker #1
Pensez-vous qu'un écrivain doit être gentil ?
- Speaker #0
Non.
- Speaker #1
Qu'est-ce qui vous plaît le plus dans le fait d'écrire ? La solitude, la pauvreté ou la folie ?
- Speaker #0
La solitude, surtout quand on a quatre enfants, la solitude c'est vraiment...
- Speaker #1
En fait c'est une excuse pour dire, bon foutez-moi la paix, je dois rester dans ma chambre.
- Speaker #0
Je m'enferme et jusqu'à telle heure vous venez pas voir. C'est une bonne excuse. Paul Holster a dit un truc qui est super juste, je trouve, c'est l'écriture est une activité qui accapare nos vies. Dans un certain sens, l'écrivain n'a pas de vie propre, même quand il est là, il n'est pas là. Et c'est vrai en fait. d'abord on s'enferme pendant 8h et on se dit Et quand on sort, on est au dîner en période d'écriture, pas tout le temps, mais on est au dîner et en fait, on n'est pas là.
- Speaker #1
Mais c'est assez horrible ça pour les proches, je trouve. Moi, quand je suis concentré sur un livre, je suis assez insupportable.
- Speaker #0
Moi aussi, et je m'en veux à mort.
- Speaker #1
Oui, moi aussi. Avez-vous déjà écrit en état d'ivresse, Florence Châtaignier ?
- Speaker #0
Non, je pense que je ne suis pas très intelligente en état d'ivresse. En revanche, parfois, j'ai l'impression que j'écris dans une sorte de trance, que vraiment j'ai besoin, il faut que j'écrive. Je ne sais pas d'où ça sort, oh mais tout. tous ces rituels bizarres, etc. Vraiment, c'est sorti tout seul.
- Speaker #1
Vous avez besoin de sauge ?
- Speaker #0
Alors là, c'était la première fois que je le faisais. Donc non, je n'ai pas besoin de sauge. Peut-être que je devrais.
- Speaker #1
Que pensez-vous de la critique littéraire ? Est-ce que c'est un mal nécessaire ou une perte de temps ?
- Speaker #0
C'est un mal nécessaire en cette rentrée où il y a 475 000 bouquins et je pense que le lecteur est complètement perdu dans le tsunami et dans les allées des librairies. Je pense que c'est nécessaire à l'ego de la critique.
- Speaker #1
L'ego de l'auteur, non ?
- Speaker #0
L'ego de l'auteur. En fait, moi je me rends compte qu'il y a deux critiques sur le premier livre qui m'aident dans les moments de doute qui sont quand même... Nombreux. C'est Olivier de Lamberterie et Olivier Monny. Ils m'avaient fait des critiques que je relis quand je suis un peu en dard en me disant « ça ne sert à rien ce que j'entraîne pas » . C'est bien.
- Speaker #1
Oui, c'est vachement bien. Un roman doit-il réparer le monde ?
- Speaker #0
Non. Je pense qu'un roman, déjà s'il divertit, je trouve ça assez noble. S'il fait réfléchir, c'est encore mieux. Moi, je suis un producteur de télévision, une productrice de télévision, et je trouve que c'est déjà très noble de divertir les gens. Je n'ai pas du tout ce truc avec la télévision de dire, c'est vraiment...
- Speaker #1
Nous avons une mission.
- Speaker #0
Divertir, c'est super.
- Speaker #1
Oui. Êtes-vous une ouin-ouin ? Pas tellement, c'est pas larmoyant.
- Speaker #0
Je pense que j'ai peut-être été ouin-ouin dans ma jeunesse et que j'ai appris à New York vraiment une chose, c'est que je me suis fait dé-ouin-ouiniser parce que je pense qu'eux, ils disent que se plaindre, c'est le truc le moins sexy qui existe. Ils ne supportent pas.
- Speaker #1
Qui est le meilleur écrivain français vivant ?
- Speaker #0
J'ai vu tous les lapéros, donc on cite presque systématiquement Michel Houellebecq et Emmanuel Carrère. Moi, je dis le meilleur écrivain vivant. C'est Elisa Ruta. Alors là, ça vous arrange un coin. Je l'ai lu parce qu'un libraire me l'a recommandé cet été. C'est aussi beau dans le fond que dans la forme.
- Speaker #1
Elisa Ruta.
- Speaker #0
Elle est, figurez-vous, libraire au bookstore de Biarritz.
- Speaker #1
Ah oui ?
- Speaker #0
Elle écrit un premier roman qui a une énorme claque en pleine tronche.
- Speaker #1
Trois petits Ausha.
- Speaker #0
Et s'il n'était pas dédicacé par cet auteur que j'ai rencontré par hasard à Nancy, je vous le filerais tellement vous avez besoin de le lire.
- Speaker #1
Mais... Ah bon, c'est bon pour moi ? Ce sera bon pour moi ? J'en ai besoin ? Non,
- Speaker #0
c'est juste tellement beau. Mais alors,
- Speaker #1
c'est bizarre, c'est un poème ?
- Speaker #0
Non, pas du tout.
- Speaker #1
D'accord, parce qu'elle va beaucoup à la ligne. Ça, c'est très bien. C'est une forme originale.
- Speaker #0
C'est une forme originale.
- Speaker #1
Ok.
- Speaker #0
Mais vraiment, celui-ci, c'est elle. Il y en aura d'autres, des Elisa Ruta. Il faudra tous les lire.
- Speaker #1
Vous allez vous faire bien recevoir à Biarritz la prochaine fois que vous viendrez.
- Speaker #0
Ce n'est pas pour ça, mais oui.
- Speaker #1
La phrase de vous dont vous êtes la plus fière, non ?
- Speaker #0
Non.
- Speaker #1
Bah celle-là, elle disait pas mal.
- Speaker #0
Je me suis découverte chez Esso.
- Speaker #1
Oui, je me suis découverte chez Esso, c'est bien.
- Speaker #0
On m'a dit plusieurs fois, plusieurs amis m'ont dit que dans le premier, il y avait une phrase qu'ils aimaient bien, mais je ne saurais pas la dire exactement. C'était, il n'y a pas de vérité, il n'y a que la mémoire des souvenirs. Il n'y a que la mémoire des sentiments. Ça, on m'a dit, ah oui, c'est vrai, c'est juste. Mais je ne suis pas super fière d'une phrase en particulier.
- Speaker #1
Il faut, il faut. Qu'est-ce que j'avais d'autre ? Avez-vous menti durant cette conversation ?
- Speaker #0
Non, je ne crois pas. Il faudrait qu'on me refasse un petit...
- Speaker #1
La question farronnée de 451. Allons-y. Si le livre était interdit et brûlé par des pompiers, est-ce qu'il y en a un que vous seriez d'accord pour apprendre par cœur afin de le transmettre à vos enfants ?
- Speaker #0
Je n'ai plus un cerveau qui fonctionne aussi bien quand j'étais jeune, mais je dirais les fables de La Fontaine. Déjà parce que j'en connais un certain nombre. Et depuis trois siècles, on s'en sert pour inculquer des principes aux enfants. Donc je pourrais aussi... C'est utile. Oui, c'est utile.
- Speaker #1
Et ce serait votre nom ? Ça veut dire que quand vous arrivez, on dit les fables. Ah tiens,
- Speaker #0
voilà les fables. Si on pouvait m'appeler La Fontaine plutôt, parce que certains, dans le livre, ils prennent aussi les noms des auteurs parfois.
- Speaker #1
Oui, ok. Y a-t-il un livre qui vous a sauvé la vie ?
- Speaker #0
Je pense que écrire, je pense que je n'ai jamais été non plus en danger de mort, mais je pense qu'écrire le premier livre, ce n'était pas du tout une démarche, comment dire ? cathartique, mais en vérité, ça m'a énormément aidée. C'est qu'une fois que le livre était écrit, c'était un objet que je pouvais, genre, mettre loin de moi.
- Speaker #1
C'est-à-dire mettre des mots sur un malaise et clarifier les choses. Oui, en faire une histoire,
- Speaker #0
en faire un objet, et l'objet, je le pose, mais c'est vraiment, symboliquement, je l'ai posé, oui.
- Speaker #1
Des conseils de lecture, alors maintenant, puisqu'on parlait de livres, un livre qui donne envie de pleurer.
- Speaker #0
Ah oui, je l'ai emmené. Pourquoi je réfléchis ? Le livre de ma mère.
- Speaker #1
Ah oui.
- Speaker #0
Et je pense que c'est encore plus efficace quand on a perdu sa mère.
- Speaker #1
Oui.
- Speaker #0
C'est magnifique.
- Speaker #1
Vous l'avez relu après ?
- Speaker #0
Oui, bien sûr.
- Speaker #1
C'est très beau. Un livre pour arrêter de pleurer. Après Albert Cohen. Merci.
- Speaker #0
Un livre où il faut arrêter de pleurer, Romain Lemire. Alors, vous allez trouver ça bizarre, mais de la tragédie, il sort quelque chose de super lumineux. Et moi, j'ai fermé le livre, ça m'a vraiment donné la patate. D'ailleurs, je l'ai fait lire à ma fille qui a adoré aussi. Donc, je pense que c'est un bon livre pour se remettre.
- Speaker #1
Dites le titre, dites le titre.
- Speaker #0
Ah, pardon. Clément.
- Speaker #1
Oui, de Romain Lemire. Excellent.
- Speaker #0
Et donc dans cette... C'est cet ordre-là, le livre de ma mère, on pleure.
- Speaker #1
Voilà, et après celui-là pour remonter. Un livre pour crâner dans la rue.
- Speaker #0
Pour crâner dans la rue, il faudrait un truc épais, parce qu'on ne lit plus des livres très épais, on n'a plus le temps. Oui, ça fait crâneur, c'est vrai. Ça fait crâneur. « Huit semences vivants » , Agnès Michaud. Je ne l'ai pas lu, mais je pense que ça pose son... Oui,
- Speaker #1
et puis je crois que c'est très bien, je ne l'ai pas lu non plus, mais justement, on pourra frimer tous les deux sur la Côte Basque. Un livre qui rend intelligent.
- Speaker #0
Alors, je ne l'ai pas lu... Je vais dire que je ne l'ai pas lu exprès. Je ne l'ai pas lu exprès. Ça s'appelle « Qu'est-ce que l'art ? » de Tolstoy. C'est un essai. Il a mis dix ans à écrire cet essai. Et je l'ai lu parce que ma fille prenait des cours de philosophie de l'art et qu'elle ne comprenait rien. Et donc, désolé, Alice. Et du coup, j'ai lu certains des livres pour qu'on en parle. Et donc, c'est dense. Et on y apprend qu'un bon livre, c'est un livre qui fait passer les sentiments et qui pousse à la communion des hommes. Donc, il élimine son œuvre, il élimine Anna Karenin, il élimine Baudelaire, Wagner.
- Speaker #1
Parce qu'il y a quand même des sentiments. Mais ce n'est pas la communion.
- Speaker #0
C'est la victoire du génie sur l'élitisme.
- Speaker #1
Oui, d'accord, j'ai compris. Ah oui, d'accord. Mais alors, quel livre fait ça ? Ah ben, nos livres, voilà, très bien.
- Speaker #0
Voilà, exactement.
- Speaker #1
Un livre pour séduire.
- Speaker #0
Un livre pour séduire... Je pense que si on se balade avec de la poésie, Paul Jean Toulay, contre Rime, si on se balade avec de la poésie, je pense que déjà on marque des points, et si on peut en dire un peu, prendre garde à la douceur des choses.
- Speaker #1
Donc vous êtes le genre de taré qui, dans une soirée, va se mettre à réciter un poème à un gars ?
- Speaker #0
Non, mais par contre le taré qui récite des poèmes, je vais aller voir ce qu'il récite. Ah oui,
- Speaker #1
c'est séduisant quoi. Oui, c'est séduisant, oui. Un livre que je regrette d'avoir lu ?
- Speaker #0
J'avais lu Jonathan Little, Les Bienveillantes, et j'avais fait des cauchemars pendant des jours et des jours. Et je le lisais, en tout cas une grande partie, je l'ai lu dans une roulotte en camargue, qui était infestée de moustiques, toujours avec le même mari. Et du coup, je m'en servais pour tuer des... Et donc je lisais le livre et il était plein de sang de moustiques. Donc vraiment, j'ai cauchemardé avec ce truc.
- Speaker #1
Oui, il est plein de sang, même sans tuer des moustiques. Un livre que je fais semblant d'avoir fini. C'est peut-être le même.
- Speaker #0
Bourdieu. Non, la dysfonction.
- Speaker #1
Non,
- Speaker #0
j'ai fini. Mais je n'ai pas fini Bourdieu.
- Speaker #1
Le livre que j'aurais aimé écrire.
- Speaker #0
Il est là. J'aurais tellement aimé écrire. Pas même Le bruit d'un fleuve d'Hélène Dorion. C'est une poétesse. Vous ne l'avez pas lu ? Non. Bon, alors celui-là, je vous le laisse. C'est une poétesse canadienne. Enfin, canadienne. Oui, canadienne. Oui, elle écrit essentiellement de la poésie. Et ça, c'est un roman. C'est sublime. C'est sublimement bien écrit et c'est aussi avec pas mal de transgénéalogie. Elle remonte le fleuve Saint-Laurent pour essayer de comprendre une tragédie qui s'est passée dans la vie de sa mère. Et c'est sublime.
- Speaker #1
Ah bah merci beaucoup, je suis très content. J'ai un cadeau, parce que j'offre souvent des livres, mais c'est la première fois qu'on en donne un, vous voyez.
- Speaker #0
Ah bah non,
- Speaker #1
c'est très bien. Quel est le pire livre que vous ayez jamais lu de votre vie, Florence Châtaignier ?
- Speaker #0
Ah bah facile, c'est un manuel de finances qui s'appelle le Vernimène.
- Speaker #1
Ah oui ?
- Speaker #0
C'était horrible.
- Speaker #1
Ça veut dire quoi, Vernie Menz ?
- Speaker #0
C'est le nom de l'auteur, j'imagine, mais on appelle ça le Vernie
- Speaker #1
Menz. Ça apprend à devenir riche ou même pas ?
- Speaker #0
Je ne sais pas, ça ne m'a laissé aucun souvenir.
- Speaker #1
Bon, merci infiniment, Florence Châtaignier, d'être venue discuter tranquillement. J'espère que je n'ai pas été trop directe.
- Speaker #0
Non, c'était bien.
- Speaker #1
Vous êtes habituée à faire poser des questions très directes dans les rencontres du Papautin. J'engage nos lecteurs, nos lectrices. nos téléspectateurs, nos spectateurs, nos auditeurs, un peu partout sur le nuage, à fuir la lumière avec elle, Florence Châtaignier, c'est l'édition du Cherche-Midi, c'est vraiment toute une existence de femmes qui défilent et qui montrent qu'on peut changer d'avis, tout simplement, pas seulement changer d'avis, changer de vie. Voilà, et n'oubliez pas, lisez des livres, sinon vous allez devenir une IA. Bonne soirée.
- Speaker #0
Merci Frédéric. C'est bien quand ça s'arrête.
- Speaker #1
Quand tu es dans la position d'habitude de celui qui envoie...