- Speaker #0
Mesdames et messieurs, bonsoir et bienvenue chez La Pérouse pour une conversation aujourd'hui avec une star des lettres américaines. C'est un grand honneur de recevoir Jay McInerney pour son nouveau roman, Rendez-vous sur l'autre rive, publié aux éditions... éditions de l'Olivier. Mais avant de commencer le dialogue, nous avons notre célèbre rubrique
- Speaker #1
Dans le sac de Frédéric.
- Speaker #0
Alors, qu'y a-t-il cette semaine dans notre sac ? Une chemise sale, non on n'en veut pas. Qu'est-ce que j'ai d'autre ? Un téléphone portable, aucun intérêt. Ah ! C'est le roman de la rentrée littéraire Stay Free de Patrice Jean aux éditions du Cherche-Midi. Je l'ai reçu, je l'ai lu, je l'aime. C'est un grand roman balsacien sur trois camarades de classe qui décident de monter un groupe punk. C'est nostalgique, c'est un roman de formation à la Flaubert, c'est un livre à la fois classique et moderne puisque ça parle du punk rock et il y a une sorte de trajectoire de ces trois... élèves de lycée qui vont grandir, qui vont vieillir, qui vont peut-être renoncer à leurs rêves, devoir faire des compromis. Bref, c'est une sorte d'éducation sentimentale contemporaine. Et je recommande vraiment très chaudement la lecture de Patrice Jean, qui est d'ailleurs toujours sur la liste du prix Renaudot, que je préside. Et je le dis, je voterai pour lui. Voilà, je voterai certainement pour d'autres livres, mais notamment pour Patrice Jean. Alors lisez-le, c'est un ordre. remets dans mon sac et on peut passer.
- Speaker #2
Ça sonne bien.
- Speaker #0
Vous ne comprenez toujours pas le français ? Vous ne comprenez pas le français ? Vous ne comprenez pas le français ? Ou vous le comprenez ?
- Speaker #3
Je comprends le français plutôt bien, c'est juste que je ne le parle pas.
- Speaker #0
Alors traduisez tout ce que je viens de dire. Alors...
- Speaker #3
avez dit que votre travail était loin d'être aussi bon que le mien.
- Speaker #0
Exactement, c'est ce que j'ai dit. Bon, désolé, je vais faire l'entretien en anglais, mais ça sera traduit, bien sûr. Ça va être traduit et on parle en anglais. C'est le quatrième tome des aventures de Russell et Corinne Calloway, vos amis.
- Speaker #3
C'est le quatrième et le dernier. C'était une trilogie. Vous avez un mot pour ça ?
- Speaker #0
Ah d'accord.
- Speaker #3
Et maintenant c'est une tétralogie.
- Speaker #0
La technologie. Cela a commencé avec 30 ans et des poussières en 1993. En anglais,
- Speaker #4
le titre était Brightness Falls. Vous avez de nombreux titres avec le mot bright. Bright Lights, Bright City, Brightness Falls et Bright Precious Day.
- Speaker #0
Cette fois,
- Speaker #4
vous avez choisi « Rendez-vous sur l'autre rive » .
- Speaker #0
Je me demandais si c'était lié à votre vie personnelle,
- Speaker #4
à vos problèmes de santé.
- Speaker #3
Eh bien, la signification la plus simple de ce titre, c'est que ça a commencé au début du Covid, de la pandémie. Et du coup, le 15 ou le 16 mars, à New York, tous les restaurants se sont fermés. Et oui. Et c'est pour ça que je marchais dans les rues à New York, et j'ai vu un signe. J'ai eu un signe qui disait « On se voit de l'autre côté, ici ou à l'autre côté » . Et je pense que le propriétaire de ce signe, ce qu'il voulait dire, c'était « On se voit la semaine prochaine, ou dans deux semaines, ou bien que dans tous les cas, la crise allait finir bientôt. » Et évidemment, ça ne s'est pas passé comme ça.
- Speaker #2
Et donc,
- Speaker #3
quand je recherchais un titre pour le livre et que je relisais, Mon premier brouillon, j'ai vu que j'avais écrit ça dans le livre. Et je me suis dit, selon moi, que ça allait être mon titre. Et le titre a plusieurs significations.
- Speaker #4
Et ça me semblait parfait. Vous avez passé votre vie à écrire sur New York.
- Speaker #0
Vous êtes l'écrivain,
- Speaker #4
vous êtes le romancier de New York.
- Speaker #0
Pourquoi ? Comment c'est arrivé ? En fait,
- Speaker #4
vous n'êtes même pas de New York.
- Speaker #3
Personne ne vient vraiment de New York.
- Speaker #2
Ce n'est pas que personne ne vient de New York,
- Speaker #3
mais c'est que tous mes amis à New York, mes bons amis à New York, mes amis qui ont du succès à New York, ils viennent tous d'autres parties du pays. Et ils ont tous été des jeunes ambitieux qui rêvaient de New York et qui ont eu envie de venir à New York, comme moi. J'ai eu ce rêve et je me suis dit qu'il fallait que j'habite à New York.
- Speaker #4
Depuis le début, avec Bright Lights, Big City, en 1984, vous avez construit toute votre œuvre. Comment on dit en œuvre ? Oui, c'est comme ça qu'on dit.
- Speaker #0
Vous avez construit toute votre œuvre sur Manhattan.
- Speaker #2
On emprunte souvent des mots français. Parfois c'est plus facile. Comme savoir-faire,
- Speaker #3
par exemple. C'est aussi emprunter.
- Speaker #0
Vous auriez pu écrire sur la Californie ? Ou Paris ? Je ne sais pas.
- Speaker #3
La Californie, pour moi, ça ne m'a jamais parlé. Je suppose que si j'avais voulu être dans les films, j'aurais déménagé en Californie. Mais ça ne m'a jamais... Même si aujourd'hui, j'ai de l'expérience avec les films, un peu comme vous, ce n'était pas mon rêve. Mon rêve, c'était d'être au centre du monde littéraire.
- Speaker #2
littéraire,
- Speaker #3
et d'écrire des nouvelles. Et c'est un peu ironique, parce qu'avant mon premier livre, il y avait très peu, en fait, pendant beaucoup d'années, il y a eu très peu de nouvelles autour de New York. La Trapker,
- Speaker #2
et après,
- Speaker #3
il y a eu une longue période sans nouvelles écrites à New York. Et il y a eu un éditeur qui m'a dit que c'était un bon livre, mais tout le monde s'en fout de New York en tant que sujet. Et... Et c'est drôle,
- Speaker #2
deux ou trois ans après que j'ai publié mon premier livre,
- Speaker #3
il y a eu des centaines de nouvelles écrites par des jeunes personnes habitant à New York.
- Speaker #2
Pour moi,
- Speaker #3
le moment où j'ai mis les pieds à New York, j'ai su que c'était pour moi. Il y a tellement de choses à écrire.
- Speaker #4
C'est drôle parce qu'avant,
- Speaker #0
vos livres étaient sur les rêves de New York, les écrivains, les clubs,
- Speaker #4
les restaurants.
- Speaker #0
Maintenant,
- Speaker #4
c'est sur la nostalgie de New York.
- Speaker #0
La nostalgie des années 80, tout ce qui a changé. J'ai peur de faire pareil avec Paris, d'être plein de regrets,
- Speaker #4
d'être trop vieux pour ça.
- Speaker #2
Eh bien, c'est en partie le sujet de ce livre. Vous savez, pour les gens de mon âge, quand on traverse New York, c'est plein de fantômes.
- Speaker #3
Vous vous dites, il y avait un restaurant à cet endroit, et j'y avais fait un rendez-vous, et j'y ai eu une super soirée. Et maintenant, c'est un appartement.
- Speaker #2
Ou bien,
- Speaker #3
maintenant, c'est un magasin. C'est un magasin de meubles pour les bureaux. Vous savez ?
- Speaker #2
Et donc,
- Speaker #3
pour les personnages de ce livre,
- Speaker #2
Tu sais, il y a... Il y a une belle quantité de nostalgie.
- Speaker #3
Ils pensent au jour où ils commençaient leur carrière, ils étaient jeunes, ils étaient de l'amour,
- Speaker #2
ils n'avaient pas beaucoup d'argent,
- Speaker #3
ni beaucoup de succès, mais... Ils s'amusaient beaucoup.
- Speaker #0
Ça commence dans un endroit qui s'appelle l'Odéon.
- Speaker #3
Un endroit qui a ouvert en
- Speaker #0
1980. Il était déjà dans Bright Lights Big City.
- Speaker #3
L'Odéon était sur la couverture de Bright Lights Big City.
- Speaker #0
C'est intéressant.
- Speaker #2
L'Odéon,
- Speaker #3
contrairement à beaucoup d'endroits à New York, a duré longtemps. À New York, on n'est pas très bons pour préserver les choses.
- Speaker #0
Regardez,
- Speaker #4
vous êtes dans un restaurant de
- Speaker #0
1766, ici. C'est fou ! À New York, ce serait déjà devenu un magasin de téléphones portables.
- Speaker #3
Oui, on n'a pas de restaurant aussi vieux à New York. Pas de restaurant de 250 ans.
- Speaker #2
Mais à l'Odéon...
- Speaker #3
C'est un vieux restaurant pour New York, 1980. Et donc c'était un endroit où j'allais quand j'étais jeune, quand je galérais, et puis je m'asseyais au bar, je ne pouvais même pas me permettre de dîner sur place, c'était trop cher. Mais j'achetais un verre, un martini,
- Speaker #2
et je m'asseyais au bar, et puis je parlais aux filles,
- Speaker #3
et puis je regardais la clientèle qui était glamour, parce que du bar, on peut tout voir. Il y avait Andy Warhol. Julian Bellucci, Julian Schnabel, Jean-Michel Basquiat.
- Speaker #0
Le narrateur sniffe de la cocaïne avec Jean-Michel Basquiat dans les toilettes de l'Odéon. Bien entendu, c'est de la fiction.
- Speaker #3
Évidemment, évidemment. Je n'ai jamais pris de cocaïne.
- Speaker #2
C'était super de voir toute cette scène.
- Speaker #3
Et puis au final, j'ai fini par faire partie de cette scène. Mais pendant bien 4 ou 5 ans, j'étais seulement observateur. J'étais un enfant, j'étais jeune, je regardais...
- Speaker #4
Mais ne pensez-vous pas qu'observer, c'est le travail de tout écrivain ? Oui,
- Speaker #0
ça l'est. Donc vous avez passé, en fait,
- Speaker #4
les 40 dernières années à observer ce qui se passait autour de vous, dans le centre du monde ?
- Speaker #0
Eh bien,
- Speaker #3
c'est l'impression que j'ai toujours eue. Personnellement, j'ai toujours eu l'impression d'être au centre de l'univers. J'ai toujours eu l'impression de pouvoir tourner dans une rue et de pouvoir tomber sur n'importe quoi. J'aurais pu voir une scène de crime, j'aurais pu voir une magnifique femme, j'aurais pu voir un ami. Vous savez,
- Speaker #0
les possibilités étaient infinies. Donc Russell Calloway est éditeur.
- Speaker #2
ce qui signifie qu'il fait un boulot qui va bientôt disparaître. C'est un homme courageux. Eh bien oui, c'est un dinosaure. Mais ce livre... Vous savez,
- Speaker #3
j'ai toujours eu l'impression que si je n'avais pas publié un premier livre avec du succès, eh bien j'aurais travaillé dans l'édition.
- Speaker #4
Vous avez travaillé à Random House ? Oui,
- Speaker #3
j'ai travaillé dans l'édition pendant quelques années.
- Speaker #4
Quelques années ?
- Speaker #3
Pendant 7 mois.
- Speaker #4
7 mois, ok.
- Speaker #2
Mais...
- Speaker #3
Russell, j'ai toujours conçu la vie de Russell comme une vie que j'aurais eue si j'avais vécu une vie normale. Si j'étais resté avec ma première femme, ça aurait été Corinne.
- Speaker #2
Et du coup,
- Speaker #3
ils vivaient ce que Philip Roth appelle ma contre-vie,
- Speaker #0
la vie que je n'ai pas vue.
- Speaker #4
J'étais content de retrouver mes vieux amis.
- Speaker #0
C'est ce que j'ai ressenti quand j'ai lu mes livres. Content de pouvoir avoir des nouvelles.
- Speaker #4
Corinne est toujours occupée à organiser des fêtes,
- Speaker #0
des galas,
- Speaker #4
des galas de charité.
- Speaker #0
Charities, oui. Ils ont des enfants. Une fille qui a ouvert un restaurant et un autre complètement au wok.
- Speaker #3
L'autre travaille pour Bernie Sanders.
- Speaker #2
On a fait pire.
- Speaker #3
Bernie Sanders, c'est une chose rare aux Etats-Unis.
- Speaker #2
Il est socialiste.
- Speaker #3
Vous savez, quand il s'est présenté aux élections présidentielles, sa campagne était constituée de milliers de jeunes qui croyaient en lui et qui le soutenaient. Et du coup, dans le livre, l'un des enfants de Russell travaille pour Bernie Sanders.
- Speaker #0
Ce que j'aime,
- Speaker #4
c'est que vous pourriez vous moquer de ces jeunes qui veulent sauver le monde, mais vous ne le faites pas.
- Speaker #0
Vous respectez leur opinion autant que celle de Corrine ou Russell.
- Speaker #3
Je pense que quand on écrit des nouvelles... Si je prends la peine d'écrire sur un personnage, il faut que je trouve quelque chose de sympathique en lui. Ça ne peut pas être que de la satire.
- Speaker #0
La satire, c'est bien.
- Speaker #3
Mais vous savez, d'une certaine manière, j'irais mieux. Certes, il est un peu bébête, mais il est sincère.
- Speaker #0
Il y a des dialogues entre le père et le fils, tous les deux ont raison. Russell a raison de regretter l'ancien temps,
- Speaker #4
mais Jérémy a raison de dire que le monde va mal à cause de leur génération,
- Speaker #0
que c'est d'orthodoxes. C'est très intéressant, je n'ai jamais lu ça avant dans un roman.
- Speaker #4
Ce sont deux générations qui se battent, et les deux ont raison.
- Speaker #3
Oui, ils ont tous les deux raison, c'est vrai.
- Speaker #4
Vous pensez que nous, vous et moi, nous avons détruit la planète ?
- Speaker #3
Eh bien, je pense que tant qu'écrivain, on n'a pas vraiment participé à la destruction de la planète.
- Speaker #4
Ok, donc nous ne devrions pas nous sentir...
- Speaker #3
Je pense que beaucoup de gens de ma génération et de votre génération, oui, ont beaucoup... enfin, regardez où nous en sommes maintenant. En France et aux Etats-Unis, particulièrement aux Etats-Unis d'ailleurs. Je pense que les Etats-Unis sont un désastre, politiquement. Et... Eh bien... En France,
- Speaker #0
c'est juste un tout petit peu mieux. Eh bien,
- Speaker #3
ça m'inquiète, parce que ça veut dire que la droite va finir par gagner en France. Je ne pense pas que ce soit une bonne chose.
- Speaker #0
Ce roman est moins satirique que les précédents.
- Speaker #4
Il ressemble plus à une peinture d'Edward Hopper. Décrivez les personnages avec leur nostalgie. Qui sont-ils ? Que font-ils dans ce restaurant ? Que se passe-t-il entre eux ?
- Speaker #0
C'est vraiment comme une peinture d'Opère, transformée en livre.
- Speaker #4
Oui, Opère, c'est une idée intéressante.
- Speaker #2
Si vous regardez la couverture et vous regardez l'Odéon,
- Speaker #3
l'immeuble de l'Odéon, ça ressemble à quelque chose qu'Opère aurait pu peindre. Oui, je parlais d'Hopper à mon éditeur il y a quelques mois.
- Speaker #0
Et bien,
- Speaker #3
on parlait de à quel point on admirait tous les deux Hopper. Mais on disait également que Hopper... vous me rappelez beaucoup Raymond Carver qui a été un super...
- Speaker #4
Vous avez commencé en étudiant la littérature dans le cours de Raymond Carver ? Exactement,
- Speaker #3
qui a été mon professeur.
- Speaker #4
Et c'est drôle parce qu'en France on vous associe toujours à Brest-Estonalis.
- Speaker #0
Quand vous avez commencé à publier à peu près en même temps que lui,
- Speaker #4
vous parliez des jeunes.
- Speaker #0
J'aime bien que j'ai commencé en premier. C'est vrai, « Moins que zéro » est sorti un an plus tard. On compare à Elise, mais ce livre ressemble beaucoup plus à du Raymond Carver.
- Speaker #4
Expliquez pourquoi.
- Speaker #2
Vous savez,
- Speaker #3
il y a toujours quelque chose de triste dans les écrits de Carver. Et je pense que ce livre... Vous savez, j'aime penser que c'est un livre qui est excitant et plein de vie, mais il y a quelque chose de triste dans ce livre. Il y a une note d'horreur. Vous savez, dans ce livre, c'est... le mois d'octobre. Vous savez, on n'est plus en avril.
- Speaker #0
Par ailleurs,
- Speaker #4
peut-être que les personnages de vos premiers romans, qui buvaient beaucoup, qui sortaient, qui prenaient beaucoup de produits... C'est ce qui arrive quand on arrête la cocaïne. La mémoire revient.
- Speaker #0
C'est peut-être pour cela qu'ils commencent à se resouvenir. Avant, ils oubliaient tout.
- Speaker #3
Comment vous savez ça ?
- Speaker #2
Je viens d'étudier la question.
- Speaker #0
dans les livres.
- Speaker #2
Eh bien,
- Speaker #3
c'est vrai que ces personnages prenaient, comme tout le monde,
- Speaker #2
dans les années 80,
- Speaker #3
prenaient de la cocaïne. Et maintenant... Eh bien, vous savez, à un certain moment, ils ont arrêté. Mais il y a un personnage beaucoup plus jeune dans le livre qui prend de la cocaïne.
- Speaker #0
Les souvenirs,
- Speaker #4
la mélancolie... Est-ce un livre sur la résignation ? Eh bien non,
- Speaker #3
je ne pense pas. Parce que, vous savez, je pense que... Je pense que Russell et les autres, ils croient encore. Ils croient encore à la vie, ils croient encore à New York, ils croient encore à l'amitié, ils aiment leurs enfants. Et bien, ça c'est une des raisons pour lesquelles j'écris plus sur les enfants cette fois-ci. Parce que, vous savez, il y a une nouvelle génération, et cette nouvelle génération va prendre le contrôle, pour le meilleur ou pour le pire. et ils ne sont certainement pas résignés.
- Speaker #0
Quand on s'est rencontrés,
- Speaker #4
il y a environ deux ans,
- Speaker #0
vous m'avez confié travailler sur vos mémoires pour publier la vérité sur le New York que vous avez connu. Et puis, ça n'est pas sorti.
- Speaker #4
Si, si, je l'ai écrit. Elles existent, vous savez.
- Speaker #0
Mais si vous publiez Si vous publiez, vous risquez trop de problèmes avec des vraies personnes ?
- Speaker #3
Oui, des procès possibles. C'est marrant parce que ce matin, j'ai reçu un e-mail de mon éditeur. Je lui avais envoyé une nouvelle version. Et puis, il est en Afrique du Sud. Donc, il m'a dit qu'il regarderait et qu'on en parlerait quand il reviendra. Mais vous savez... Parfois, j'aime publier, et puis d'autres fois, je me dis que je peux attendre.
- Speaker #0
De quoi avez-vous peur ? D'être viré de la haute société, comme Truman Capote en 1965 ?
- Speaker #3
Non, eh bien déjà, je ne m'appartiens pas vraiment à la haute société.
- Speaker #2
Mais peut-être que ma femme en faisait partie.
- Speaker #3
Mais non, je dirais que c'est que... Déjà... les ex-copines et les ex-femmes, on ne sait pas si elles vont avoir des objections, des objections sur ce que j'ai écrit dans le livre, et nous attaquer en justice, vous savez.
- Speaker #2
Et aussi, je pense que je ne veux pas me démythologiquer. Vous savez, les mémoires,
- Speaker #3
elles doivent aussi être aussi bonnes que mes nouvelles. Et là, elles ne sont pas aussi bonnes que mes nouvelles.
- Speaker #4
Est-ce que vos mémoires se sont transformées en rendez-vous sur l'autre rive ?
- Speaker #0
Non, non,
- Speaker #3
je les ai tous les deux écrits pendant le Covid. Comme tout le monde, j'avais beaucoup de temps libre. Donc j'ai écrit ça, j'ai écrit les mémoires.
- Speaker #0
Et en ce moment,
- Speaker #3
je travaille sur une nouvelle nouvelle. Je ne sais juste pas ce qui va arriver après, mais je sais que je ne peux pas m'arrêter.
- Speaker #2
Vous savez, quand j'ai fini ce livre,
- Speaker #3
j'ai arrêté d'écrire pendant quelques mois, et je m'ennuyais tellement. Vraiment, je ne savais pas quoi faire.
- Speaker #2
Oui, certes,
- Speaker #3
j'ai des hobbies,
- Speaker #2
mais quand il est 15h,
- Speaker #3
je suis là, je me demande quoi faire, quoi.
- Speaker #2
Mais maintenant que j'écris à nouveau, je commence le matin,
- Speaker #3
j'écris... Je ne mange pas vraiment de déjeuner, donc j'écris jusqu'à 14h, 14h-15h. Et puis, voilà, j'ai vraiment l'impression de faire ce que je suis censé faire.
- Speaker #4
Est-ce que la mélancolie du livre est inspirée par vos deux alertes santé ?
- Speaker #0
Je pense qu'un petit peu, oui. D'abord,
- Speaker #4
une hémorragie dans le cerveau, puis des problèmes de cœur ?
- Speaker #2
Oui, donc en 2024. Eh bien,
- Speaker #3
j'ai eu un accident. Je me suis levé au milieu de la nuit pour probablement aller aux toilettes. Et puis, en fait, je me suis vanoui. Ça m'arrive de temps en temps. Et je me suis tapé sur la tête assez fort. Il y avait du sang partout. Et puis, deux mois plus tard, c'était de pire en pire. et donc deux mois plus tard, j'ai eu une opération au cerveau.
- Speaker #2
Oui,
- Speaker #3
c'est marrant parce que je pense qu'en français, vous avez un mot, trépané.
- Speaker #0
Trépané, you've been trépané ?
- Speaker #3
Et donc j'ai toujours été obsédé par ce mot.
- Speaker #0
Yeah.
- Speaker #3
trépanés parce que les anciens faisaient ça ils faisaient un trou dans la tête pour supprimer les esprits mauvais mais au final mes docteurs m'ont dit que en fait j'allais dîner dans un restaurant assez luxueux et j'ai eu un appel de mon infirmière qui m'a dit qu'il fallait absolument que j'aille à l'hôpital de New York tout de suite et j'ai dit ben non je peux pas Ouais. J'ai une réservation dans ce restaurant, et c'est assez dur d'avoir une réservation dans ce restaurant. Et elle a dit non, non. Elle m'a demandé si je voulais mourir au restaurant, et j'ai dit bon, pas vraiment. Et donc, je suis allé à l'hôpital, et j'ai ramené une belle bouteille avec moi.
- Speaker #0
Parce que j'avais envie d'avoir un peu de plaisir. J'ai lu dans un magazine que vous avez demandé à votre ami, le chef du Bernardin, de vous envoyer une soupe au foie gras. Est-ce que c'est vrai ?
- Speaker #3
À l'hôpital ?
- Speaker #0
Oui, oui,
- Speaker #3
la nourriture est horrible. Donc j'ai passé trois jours sans manger. Mais oui, ils ont donc fait deux trous dans mon crâne. Heureusement, le cerveau n'a pas de nerfs. Donc ça n'a pas fait mal. Ça n'a pas fait mal, mais c'était très étrange.
- Speaker #0
Vous avez l'air normal.
- Speaker #3
Mais ensuite, trois mois plus tard,
- Speaker #2
le cœur.
- Speaker #3
J'ai eu un quadruple pontage.
- Speaker #0
Quatre ruples pontages.
- Speaker #3
Ils m'ont ouvert comme ça. Et donc j'ai eu quatre nouvelles... Nouvelles artères. Et donc, ça a été une année qui m'a fait réfléchir à la mortalité. Et ça s'est retrouvé dans le livre.
- Speaker #0
Ça fait partie du livre.
- Speaker #4
Ça le rend plus profond,
- Speaker #0
plus urgent aussi.
- Speaker #4
Oui, oui, je pense. J'espère en tout cas.
- Speaker #0
Par ailleurs,
- Speaker #4
c'est toujours agréable de vous lire, car on apprend les bonnes adresses, les bons lieux à New York, car c'est une histoire de gens qui sortent, qui vont au restaurant, qui font la fête.
- Speaker #2
Eh bien,
- Speaker #3
vous savez, les restaurants sont un peu devenus le théâtre social de New York. Quand j'étais plus jeune, c'était plutôt les boîtes de nuit. Donc, vous savez... À 19h, à 20h, on se reposait, on prenait une sieste, afin de pouvoir sortir plus tard dans les boîtes de nuit. Et les boîtes de nuit, c'était là où on avait notre théâtre social, là où on avait toutes nos intérêts. L'interaction sociale. Et maintenant, je pense que pour beaucoup d'entre nous, comme on est un peu plus âgés, les restaurants ont fini par prendre ce rôle dans la vie de New York. Et les gens au restaurant ne viennent pas seulement pour manger, mais aussi pour voir des gens, pour être vus, pour socialiser. Et vous savez, généralement, ils sont avec leurs amis.
- Speaker #2
Si ce n'est pas un rendez-vous galant,
- Speaker #3
vous avez 4 ou 5 amis. Et comme vous le savez très bien. la chose assez marrante c'est que quand on voit des top modèles à la Miloui évidemment ils sont terrifiés par la nourriture et
- Speaker #0
à la Miloui en fait il y a des énormes des énormes portions et oui bon je pense que c'est une bonne blague pensez-vous comme Russell Callaway que la
- Speaker #4
La plupart des gens ne changent pas.
- Speaker #0
Pensez-vous que nous sommes les mêmes qu'il y a 40 ans ?
- Speaker #3
Je pense que tout le monde évolue, mais je pense aussi que le caractère que vous avez quand vous avez 25 ans, On peut le retrouver dans la personne qu'on est quand on a 65 ans. C'est ce que je pense en tout cas. Vous savez, si quelqu'un est un menteur, par exemple, ils seront toujours un menteur. Mais c'est intéressant, parce que dans la littérature, on nous dit que les gens changent. Vous savez, les personnages sont censés changer. à la fin d'un livre. Et évidemment, aux Etats-Unis, on a tous ces livres de motivation qui nous expliquent comment être une bonne personne. C'est assez ridicule d'ailleurs.
- Speaker #2
Et donc,
- Speaker #3
ces livres...
- Speaker #4
Je suis vraiment désolé de vous servir de l'eau.
- Speaker #0
Vous savez,
- Speaker #4
parfois je bois de l'eau.
- Speaker #0
Car vous êtes un grand spécialiste du vin, en particulier du vin français. Dans votre livre,
- Speaker #4
il y a une scène où le grand chef se fait cancel à cause d'une histoire de Me Too. Il sort à une fête dans un endroit qui s'appelle Condrieux,
- Speaker #0
comme votre dame a préféré. Et personne n'ose lui parler.
- Speaker #4
se faire prendre en photo avec lui.
- Speaker #0
Je trouve que c'est une façon originale de parler de la société aujourd'hui. Eh bien,
- Speaker #3
vous savez, le mouvement MeToo a été très puissant aux Etats-Unis dans la période pré-Covid. Et bon, je n'aime pas le dire, mais mon éditeur a été renvoyé à cause d'une histoire d'une plainte d'une jeune femme. Et il n'avait pas de problème de harcèlement sexuel, mais il avait un problème d'alcool. Et dans tous les cas, je connais beaucoup de gens, bon, pas beaucoup, mais je connais des gens qui ont été ostracisés ou accusés d'harcèlement sexuel envers des femmes. Et ces gens, c'est difficile pour eux de revenir à New York. Au moins deux ou trois d'entre eux étaient des chefs, d'ailleurs, que je connaissais personnellement.
- Speaker #0
La scène est intéressante, parce que vous ne jugez pas,
- Speaker #4
vous décrivez simplement une fête où personne ne lui parle, tout le monde est lâche.
- Speaker #2
Eh bien,
- Speaker #3
jusqu'à ce qu'une jeune femme vire, il commence à lui crier dessus, en disant qu'elle est une victime de viol et qu'elle n'approuve pas sa présence ici. Et puis,
- Speaker #0
c'est la première fois que je vois ça dans un roman.
- Speaker #2
J'espère que vous n'aurez pas de problème.
- Speaker #3
Non, vous savez, c'est intéressant. En fait, j'étais inquiet de... Je me demandais si certaines choses dans ce livre auraient été jugées comme étant politiquement incorrectes. Par exemple...
- Speaker #0
Non,
- Speaker #2
vous avez juste montré une situation.
- Speaker #3
Par exemple, l'un des personnages principaux de la nouvelle est noir. Vous savez, j'ai vu des gens écrire dans le New York Times, par exemple, ou d'autres endroits, que les Blancs ne devraient pas avoir le droit d'écrire à propos des Noirs, parce qu'ils n'ont pas le droit. Et bon, je pense que ce sont des bêtises, mais je pense que les écrivains de nouvelles devraient avoir le droit d'assumer différentes identités.
- Speaker #4
Pensez-vous que dans la littérature américaine contemporaine, les choses ont changé à cause du politiquement correct ?
- Speaker #3
Oui, je pense. Eh bien, je pense que... Heureusement, mon éditeur, c'est un vieil ami, et il est aussi noir, et du coup il me protège quelque part de ce genre de choses. Mais, Brett Easton Ellis a publié une nouvelle il y a 40 ans qui s'appelait The Shards. une très bonne nouvelle. Et quand il a donné cette nouvelle à son éditeur, ils avaient plein de corrections et de recommandations. Donc par exemple, le livre se passe dans les années 80, et il voulait que les servants soient blancs et pas noirs. Parce que c'était assez politiquement incorrect selon eux que tous les servants ne soient pas blancs. Et bon,
- Speaker #2
il a refusé. Mais je m'inquiète.
- Speaker #3
Oui, je m'inquiète. J'ai peur que d'autres écrivains s'inquiètent de choses comme ça, et que ça les empêche de...
- Speaker #2
Il y a l'autocensure. Oui,
- Speaker #3
je m'inquiète qu'il y ait de l'autocensure. Tous les gens qui ont la vingtaine aujourd'hui sont extrêmement sensibles sur les questions de genre. Les pronoms...
- Speaker #0
Je pensais que c'était courageux de raconter l'histoire à votre façon. Brave, yeah, brave. Brave to tell the story like you want to tell it. Bon courage pour la suite.
- Speaker #2
Good luck for the future.
- Speaker #0
Autre chose amusante, vous détestez les cardigans. Les vestes à boutons. In English, it's cardigans too. C'est un pullover avec...
- Speaker #2
C'est un avis de vieil homme.
- Speaker #0
Il y a beaucoup de choses plus intéressantes à porter, en fait.
- Speaker #3
Je n'ai jamais aimé ce style. Bon, je ne sais pas vraiment pourquoi.
- Speaker #0
Donc, il y a... Est-ce que...
- Speaker #4
J'ai fait une chronique sur votre livre dans le Figaro, et j'ai écrit « Vieillir, c'est accepter de devenir le ringard de ses enfants » .
- Speaker #0
Le ringard, je ne sais pas comment vous dites en anglais. Le ringard. « Vieillir, c'est accepter de devenir le ringard de ses enfants » .
- Speaker #3
Oui, je pense que les enfants de tout le monde pensent que leurs parents sont un garçon. Un cool, exactement,
- Speaker #0
un cool.
- Speaker #2
Je ne sais pas.
- Speaker #3
Je pense que mes enfants se rendent compte que je suis assez différent d'un businessman normal.
- Speaker #2
Mais ils pensent quand même que je ne comprends pas beaucoup de choses sur l'époque actuelle.
- Speaker #3
Ils sont aussi assez bons pour me donner des conseils sur la musique. Des choses que j'aimerais écouter,
- Speaker #0
par exemple. Russell et Corinne Callaway,
- Speaker #4
c'est le quatrième tome, ils deviennent vieux.
- Speaker #0
Ce que j'aime dans votre livre, c'est que c'est l'histoire de gens qui étaient très cool au début, et maintenant, ils deviennent de plus en moins cool.
- Speaker #3
Quand j'ai commencé, Ils étaient dans la fin de la vingtaine. Ils étaient beaux. Ils étaient drôles. Et ils n'avaient pas beaucoup d'argent, mais ils étaient les premiers de leur groupe d'amis à se marier. Et donc, ils organisaient des dîners. Leurs amis célibataires venaient à leur maison. Et oui, ils étaient glamour. Et ils étaient assez cool. Et évidemment, c'est plus dur d'être cool quand on a 65 ans.
- Speaker #0
Donc il n'y aura pas de cinquième tome dans un EHPAD ? Ehpad, comment on dit EHPAD en anglais ? In a home for the dying people.
- Speaker #4
C'est pour ça que j'ai voulu en finir ici. Je ne voulais pas les voir dans une maison de retraite.
- Speaker #0
Ça aurait été horrible. Vous citez
- Speaker #4
Kurt Vonnegut
- Speaker #0
Jr. qui dit « On est ce qu'on prétend être,
- Speaker #4
donc il faut faire attention à ce que l'on prétend être. »
- Speaker #3
Oui, oui, c'est une phrase magnifique. Et ça fait longtemps que je n'ai pas lu un livre de lui. Mais c'est un écrivain superbe, un ami à moi. Et oui, il avait beaucoup de phrases de pitié,
- Speaker #0
un peu comme ça. Brett,
- Speaker #4
qui a écrit Les Éclats,
- Speaker #0
qui est un livre qui ressemble au vôtre,
- Speaker #4
sauf qu'il a besoin de mettre un serial killer dans le livre.
- Speaker #0
Je ne sais pas pourquoi il a toujours voulu mettre un serial killer.
- Speaker #4
Mais dans vos livres, le serial killer, c'est le temps. Le temps les tue, le temps passe, ils deviennent vieux. Pas besoin de serial killer.
- Speaker #3
Vous savez, ce n'est juste pas mon point fort. Ce n'est pas ma spécialité. Mais oui, c'est vrai que ces livres ont toujours un peu de nuance.
- Speaker #2
Parce qu'il a peur qu'ils s'ennuient.
- Speaker #3
Regardez American Psycho. C'est à propos d'un serial killer.
- Speaker #2
Mais oui,
- Speaker #3
je pense que...
- Speaker #4
Mais votre serial killer, à vous, c'est la vieille.
- Speaker #3
Vous savez, j'aime... son œuvre, beaucoup. Mais ça m'a toujours rendu fou quand les critiques disaient qu'on était pareil,
- Speaker #2
alors qu'on est radicalement différents. Mais je pense que, vous savez,
- Speaker #3
Brett a emprunté à mes personnages pour les mettre dans ses livres. L'un d'entre eux était Alison Poole, par exemple, qui se fait tuer, d'ailleurs, quasiment. Mais je pense que ça a été sa manière Merci. de se moquer des critiques. Vous savez, vous pensez qu'on est pareil, alors je vais emprunter un personnage, il y a une sorte de side joke là-dessus, une blague privée.
- Speaker #0
Alors maintenant, faisons un jeu. Je lis des citations de l'ensemble de votre oeuvre. Et vous me dites de quel livre elle provient. Oh oh !
- Speaker #2
Ben j'ai tout le sens de le savoir.
- Speaker #0
C'est un exercice pour voir si votre trépanation a allumé votre mémoire. Les hommes parlent aux femmes pour pouvoir coucher avec elles. Les femmes couchent avec les hommes pour pouvoir leur parler.
- Speaker #3
Je crois que ça a été 30 ans et des poussières.
- Speaker #0
30 ans et des poussières, exactly. Yes, Je pense que c'est vrai. C'est vrai, mais maintenant, plus personne ne couche avec personne, donc ça n'a plus d'importance.
- Speaker #3
C'est ça le problème qu'on est jeunes aujourd'hui, c'est qu'ils ne font pas assez de sexe.
- Speaker #0
Je pense que c'est faux. Autre phrase. Où avez-vous écrit cela ? Votre cerveau a... Attends. En cet instant même, des bataillons d'infimes soldats boliviens occupent ton cerveau. Ça c'est facile, c'est Bright Lights, Big Cities, Journée d'un auto de nuit, 1984.
- Speaker #4
Des bataillons d'infimes soldats boliviens occupent ton cerveau.
- Speaker #0
J'allais y aller. Quand j'ai trouvé ça,
- Speaker #3
je me suis dit que oui, c'était pas mal.
- Speaker #4
Vous réalisez que vous avez écrit cela il y a 42 ans ?
- Speaker #0
42 ans auparavant.
- Speaker #2
Eh bien, oui et non.
- Speaker #3
Vous savez, d'une certaine manière, d'une certaine manière, je n'aurais que pu écrire ça quand j'avais la vingtaine. Je n'aurais pas pu l'écrire plus tard. Et je pense qu'il y a une sorte de musique des sphères que vous fréquentez quand vous avez la vingtaine, quand vous êtes jeune, que vous n'entendez plus plus tard. Maintenant, j'ai d'autres choses. Vous savez, j'ai beaucoup plus de savoir, de sagesse qu'avant, mais j'avais une sorte de ressentiment pour ça,
- Speaker #4
quand j'étais plus jeune.
- Speaker #3
Si vous avez la chance de publier quand vous avez la vingtaine, je pense que c'est assez spécial.
- Speaker #4
Des bataillons d'infimes soldats boliviens occupent ton cerveau.
- Speaker #0
Une autre citation. Autrefois, il n'y a pas si longtemps,
- Speaker #4
Les jeunes gens aimaient la grande ville parce qu'ils aimaient les livres.
- Speaker #3
Je pense que c'est ma dernière nouvelle qui a été... Bright precious days,
- Speaker #0
des jours en fuite.
- Speaker #2
Le troisième tome,
- Speaker #0
la troisième nouvelle. 2016, exactement. Et je quote le reste de la sentence. Donc, une fois, il n'y a pas très longtemps, des jeunes hommes et des femmes sont venus à la ville parce qu'ils aimaient les livres, parce qu'ils voulaient écrire des noveles, des histoires courtes, ou même des poèmes, ou parce qu'ils voulaient être associés avec la production et la distribution de ces artefacts, et avec les gens qui les ont créés. Vous pensez que c'est fini tout ça ?
- Speaker #3
Eh bien, je pense que... Vous savez, quand j'ai publié Bright Light Big Cities, ma première nouvelle, il n'y avait pas de réseaux sociaux, il n'y avait pas de télé gratuite, il n'y avait pas de Netflix ou quoi que ce soit du genre. il y avait moins de compétition, en fait, pour la culture. Et une des manières dont les gens profitaient de la culture, c'était en lisant des nouvelles, particulièrement des nouvelles de New Yorkais, des jeunes. Et je pense que, maintenant, les nouvelles, beaucoup plus de compétition qu'avant. Et je pense que les jeunes lisent moins,
- Speaker #4
ils lisent moins qu'avant, et je pense que c'est moins vrai maintenant que ça l'était avant. Mais l'idée d'une scène littéraire underground de New York, des jeunes qui se rencontrent, qui font des lectures, qui se publient, ils existent toujours ?
- Speaker #2
Eh bien,
- Speaker #3
je pense que ça existe encore, particulièrement à Brooklyn. Vous savez, j'en parle dans le livre, mais il y a énormément de jeunes New York qui habitent à Brooklyn. Et il y a une vraie scène littéraire à Brooklyn. Il y a des gens qui... Il y a beaucoup d'écrivains qui partagent leurs œuvres, qui lisent leurs livres dans des cafés, etc. Mais je ne pense pas que... Je pense que le public est plus petit qu'avant. Vous savez, je pense que... J'entends les éditeurs parler et dire qu'ils ne trouvent pas de nouveau Bright Light Big City. Donc ils publient... Ils dépensent 500 000 dollars sur une première nouvelle et ça ne vend pas autant qu'avant.
- Speaker #0
Bright Light Big City,
- Speaker #2
ça a été énorme.
- Speaker #4
On met un exemplaire, on a eu beaucoup de ventes.
- Speaker #3
La première année, on en a vendu 300 000 et puis ça n'a fait qu'augmenter après. Au bout d'un moment, je ne savais plus où on était. Et puis il y a eu beaucoup de traductions aussi.
- Speaker #0
Ici, on le trouve sous le titre Journal d'un oiseau de nuit ou Bright Lights, Big City.
- Speaker #2
Oui,
- Speaker #3
mais la version française a changé. Et maintenant, sur la couverture,
- Speaker #2
il y a le nom original.
- Speaker #0
Oui, Bright Lights, Big City. Autre citation. À ce qu'on dit, la souffrance, c'est la première matière de l'art.
- Speaker #3
Est-ce que c'est aussi Bright Light,
- Speaker #0
Big City ? Oui, vous êtes très bon. C'est un sens en fait. Vous pensez que la souffrance est la condition de l'art ?
- Speaker #3
Eh bien, je pense que c'est bien pour l'art, en fait.
- Speaker #0
Vous n'avez pas l'air de souffrir. C'est peut-être le problème. Vous ne souffrez pas assez ?
- Speaker #2
Eh bien, avant d'écrire Bright Light, Big City, J'ai été renvoyé du New Yorker, ma femme m'a quitté,
- Speaker #3
et ma mère est morte. Alors c'était trois choses. Et ça a résulté dans l'écriture de Bradlet Vixetier. Hemingway a dit un jour que... La meilleure chose qui puisse vous arriver en tant qu'écrivain, c'est la pire chose, tant que ça ne vous tue pas. Je pense qu'il y a un peu de vérité là-dedans.
- Speaker #0
Allez,
- Speaker #3
une autre,
- Speaker #2
pour le plaisir.
- Speaker #0
Grandir, c'était admettre qu'on ne pouvait pas tout avoir. C'est le même temps à la fin, quand il va acheter des croissants le matin. Allez, encore une. C'est toujours le même. Bright Lights, Big City.
- Speaker #2
Oh, c'est vrai.
- Speaker #0
Oh, un autre. En français. Je l'ai en français. Dieu nous a rendus aptes à l'amitié pour se faire excuser de nous avoir donné une famille. Dieu...
- Speaker #2
Alors, c'est l'amitié,
- Speaker #3
c'était la façon qu'avait Dieu de s'excuser auprès de nous pour nos familles.
- Speaker #0
Et donc ça,
- Speaker #3
c'est mon livre de l'Astor de la Vacheuse. C'est la première ligne.
- Speaker #2
1996. Ça veut dire que la vraie famille,
- Speaker #4
ce sont les amis ?
- Speaker #3
Oui. Et bien maintenant, c'est vrai pour moi. Je pense que pour beaucoup de gens aussi, les amis deviennent la famille. Je suis beaucoup plus souvent avec mes amis qu'avec mes frères. Je ne sais pas si c'est votre cas aussi.
- Speaker #0
Encore une. Les romantiques, c'est comme les gros. Ils ne font pas de vieux os.
- Speaker #2
Ça c'est dans le nouveau livre ?
- Speaker #0
C'est dans le dernier livre. Donc vous êtes toujours drôle. Les romantiques, c'est comme les gros. Ils ne font pas de vieux os. Mais tu es un ancien romantique.
- Speaker #2
Oui, oui,
- Speaker #3
je suis toujours romantique.
- Speaker #2
Je suis toujours romantique, oui.
- Speaker #3
Mais je ne suis pas trop gros.
- Speaker #0
On finit avec les 10 questions compliquées de Frédéric Becbédé. Pourquoi lire votre livre au lieu de scroller sur TikTok ?
- Speaker #3
Parce qu'ils sont plus profonds et ils vous disent un peu plus sur la vie.
- Speaker #0
Que savez-vous faire que ne sait pas faire Tchadjepété ?
- Speaker #3
Eh bien, je peux créer des choses originales. de la prose et des pensées. J'ai vu que Chadi Pitti pouvait imiter mon style, mais...
- Speaker #2
Ce n'est pas moi, en fait.
- Speaker #3
C'est une version de moi,
- Speaker #2
mais ce n'est pas moi.
- Speaker #3
C'est une caricature.
- Speaker #2
Est-ce que vous êtes sûr que vos livres sont utiles ?
- Speaker #3
Je ne suis pas sûr que mes livres soient utiles, mais je pense que je reçois beaucoup de retours des gens qui disent que... que c'est important pour eux ces livres. Pendant des années, beaucoup de gens me demandaient d'écrire de nouveaux livres sur Russell. Et j'espère que certaines personnes pensent que ces livres sont utiles. Et pour moi, ils payent les factures.
- Speaker #0
Pensez-vous qu'un écrivain doit être gentil ?
- Speaker #2
Non,
- Speaker #3
je pense qu'un écrivain qui est trop gentil, il aura peur d'écrire quoi que ce soit, qu'il soit vraiment vrai.
- Speaker #2
Ou négative.
- Speaker #3
Je crois que c'est Faulkner qui a dit que ça valait le coup de marcher sur n'importe quelle gentille femme pour écrire une belle phrase.
- Speaker #0
Y a-t-il une mode que vous regrettez d'avoir suivie ?
- Speaker #3
Peut-être certains costumes que je portais dans les années 80,
- Speaker #0
avec des grosses épaules. Ah oui, les épaulettes !
- Speaker #3
Voilà, avec des grosses épaulettes.
- Speaker #2
Il y a beaucoup de photos. Oui,
- Speaker #0
exactement. Vous préférez regarder une série à la télé ou marcher dans la nature ?
- Speaker #4
Ça, c'est une question chargée. Eh bien, honnêtement, je préfère regarder la télé.
- Speaker #0
Doit-on séparer l'artiste de l'œuvre ?
- Speaker #3
Oui, je pense, je pense. Eh bien, vous savez, Céline a été une personne atroce. Et il a écrit de super bons livres. Je pense que c'est un des meilleurs exemples.
- Speaker #4
Quand savez-vous que votre livre est fini ?
- Speaker #3
Eh bien, quand j'ai fini ce livre, j'ai eu un sentiment de... comme si j'arrivais à la fin. J'étais impatient, enthousiasmé. Et quand j'ai écrit la dernière phrase, j'ai juste su...
- Speaker #2
Il y a eu beaucoup de livres où je n'ai pas eu ce sentiment.
- Speaker #3
Et je ne les ai jamais publiés au final. Mais c'est un très bon sentiment quand on arrive à la fin d'un livre.
- Speaker #0
Oui. Il y a un dicton qui dit qu'écrire, c'est vivre deux fois. Mais n'est-ce pas une excuse pour ne pas vivre du tout ? Eh bien,
- Speaker #3
je pense que beaucoup d'écrivains ne vivent pas assez. Une chose que j'aime à propos de Hemingway, c'est que... Il était sûr que vous pouviez avoir une vie aventureuse, et que l'on pouvait aussi écrire à propos de cette vie aventureuse. Il y a beaucoup d'écrivains américains qui restent seulement dans leur chambre, dans leur tour d'ivoire,
- Speaker #4
et qui ne vivent pas assez.
- Speaker #0
Oui, mais vous aviez des critiques sur...
- Speaker #4
Vous avez été critiqué parce que vous étiez en photo dans des magazines, que vous sortiez trop.
- Speaker #0
On vous disait superficiel.
- Speaker #3
Je suis encore là et entre-temps,
- Speaker #2
j'ai écrit beaucoup de nouvelles.
- Speaker #3
Donc oui, je n'accepte pas cette critique.
- Speaker #0
Un livre pour pleurer,
- Speaker #3
qui me fait pleurer, peut-être Light Years de James Salter.
- Speaker #0
Oui, James Salter, en français, c'est... bon, je retrouverai le titre.
- Speaker #4
Un livre pour arrêter de pleurer.
- Speaker #3
arrêter de pleurer. P.G. Woodhouse. N'importe quoi de P.G. Woodhouse. Je l'ai dit quand je suis déprimé.
- Speaker #0
Un livre pour crâner dans la rue.
- Speaker #3
Pendant des années, ça a été l'insoutenable légèreté de l'être de Bill & Chris Zara.
- Speaker #0
Oui,
- Speaker #3
c'était vraiment ça. Tout le monde voulait montrer ce livre dans le métro.
- Speaker #0
Un livre qui rend intelligent.
- Speaker #3
Eh bien, quoi que ce soit de Evelyn Hoare, je pense que ça vous rend plus intelligent.
- Speaker #0
Un livre pour séduire ? Ici, à Paris, c'est celui-là. En
- Speaker #2
New York,
- Speaker #4
peut-être Bright Lights, Big City.
- Speaker #0
Mais ça peut faire peur aux jeunes femmes,
- Speaker #4
ce livre.
- Speaker #0
Plein de drogues,
- Speaker #4
de dangers.
- Speaker #3
Eh bien, ça m'a permis d'avoir beaucoup de copines.
- Speaker #0
Un livre que je regrette d'avoir lu.
- Speaker #2
Oh, Dieu...
- Speaker #3
J'essaie d'oublier ces livres, évidemment, mais...
- Speaker #2
Je...
- Speaker #3
Vous savez, tout le monde m'a toujours dit qu'il fallait que je lise Middlemarch de George Eliot, mais je n'ai jamais vraiment compris pourquoi.
- Speaker #0
Un livre que vous faites semblant d'avoir fini.
- Speaker #3
David Foster Wallace, son dernier livre.
- Speaker #0
Non, non,
- Speaker #3
celui-là, je l'ai fini.
- Speaker #0
Mais après,
- Speaker #3
il y a eu un autre qui s'appelait... Comment il s'appelait, le dernier ?
- Speaker #2
Il est très, très difficile de finir. Ah, et aussi
- Speaker #3
Finnegan's Wake. Je ne connais personne qui l'ait fini. Le livre que j'aurais aimé écrire... Le livre que j'aurais aimé écrire... Ah, The Great Gatsby.
- Speaker #0
Le pire livre que vous ayez lu ? Si vous avez un ennemi, c'est le moment.
- Speaker #3
Le pire livre que j'ai lu ? C'est pas facile. Je pense que je bloque ces livres hors de ma mémoire quand ils sont vraiment nuls. Je finis même les livres qui sont pas bons.
- Speaker #0
Maintenant, la question Fahrenheit 451.
- Speaker #4
On est en train de brûler les livres.
- Speaker #0
Et vous devez en apprendre un par cœur. par cœur, je ne sais pas comment.
- Speaker #2
Peut-être Balzac, l'illusion perdue. Ah oui, mais c'est très long. Oui,
- Speaker #3
c'est très long, je sais. Ce sera beaucoup de travail. Mais c'est l'une de mes nouvelles favoris.
- Speaker #4
Merci beaucoup, Jay McInerney, d'avoir accepté notre invitation dans Conversations sur l'apéro. En excellente forme.
- Speaker #0
lisez évidemment Rendez-vous sur l'autre rive de Jay McKinney vous avez compris que c'est un ordre on viendra chez vous, si vous ne le lisez pas on viendra chez vous, on a vos adresses on a vos adresses IP en tout cas édition de l'Olivier et puis n'oubliez pas read books or you will become idiots good night true thank you thank you